CHAPITRE I
AnCHITECTrUE AUX SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME SIÈCLES.
A proprement parler, il n'a pas été question de la Renaissance en fait d'architecture en Angleterre. Le gothique fleuri a duré depuis l'annéi^ 1420 à l'année 1550. Un événement qui eut lieu sous le règne de Henri ^'III, lit naître un style entièrement nouveau pour les grands châteaux ou palais de la noblesse : il s'agit de la suppression des couvents. Un grand nombre en furent supprimés en 1515; mais leur suppression générale ne date que de 1534 à 1539. Une grande quantité de monastères tombèrent en partage aux favoris du roi et à d'autres nobles qui, avec quelques changements d'ornementation, les convertirent en maisons d'habitation.
Henri \lll était grand amateur d'art, surtout de peinture, il ne dédaignait pas toutefois l'architecture. H termina en 1515 « King's collège '^ à Cambridge, commencé sous Henri \I. Ce roi construisit aussi plusieurs palais, ceux de Bridewell, de Saint-Jacc^ues et de Beaulieu; il modifia et orna les châteaux de Windsor, Whitehall et Hunsdon. Le palais de Nonsuch fut commencé, mais non terminé par lui ; on introduisit dans ces édifices la terre cuite ou brique ornée de sculpture, des bas-reliefs, ou médaillons appliqués sur les murailles ; on enduisit la brique et sur cet enduit on appliquait de la peinture, comme on peut l'observer à Nonsuch. On employait des briques émaillées de deux couleurs, posées en diagonales : les tuyaux de cheminées étaient rassemblés en un corps, sous la forme de colonnes torses ou ornées de dessins, avec deschapitaux en rondebosso représentant les armes du fondateur.
Le cardinal \\'olsey, sous le rapport des constructions, tint le pas avec son royal maître ; tant qu'il jouit d(; sa faveur, il éleva un palais
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à \Miiteliall, Hampton Court, « Ghrisfs collège », à (Jxford. Un Italien, Jean de Padoue, fut <^divizo7^ » (l'inventeur) des ])âtiments de Sa Majesté (Henri VIII, en 1544). On a un exemple du style dans lequel il bâtissait, dans Longleat House, construit en 1567. Hatfield House qu'on lui attribue ne peut pas être de lui, puisque ce château date de 1611. On cite aussi Jean Holbcin le jeune, né en 1498, comme étant un des innovateurs on fait d'arcliitectuie en Angleterre. Le genre métis que lui et Jean de Padoue créèrent sous le règne de Henri VIII, s'est continué jusqu'au règne de Jacques 1"'.
Les châteaux ou manoirs des règnes de Henri VII et de Henri VIII, ont peu conservé du caractère des châteaux fortifiés des siècles antérieurs, à l'exception des créneaux qui surmontent les murs. L'invention de la poudre de guerre les avait rendus inutiles, et ces créneaux ne servaient plus que comme une partie de l'ornementation ; les fenêtres saillantes en encorbellement ont été supprimées. Les tuyaux de cheminée sont groupés en un corps et richement ornés : on leur a donné des formes diverses. Les manoirs de l'âge des Tudor, sont rectangulaires avec cour antérieure et cour intérieure : l'entrée était située entre ces deux cours. Dans le corps de bâtiment faisant face à l'entrée, s'étendaient les appartements principaux, qui consistaient en une grande salle, une chapelle, le grand salon et la salle à manger. Ces appartements communiquaient avec une galerie pour les fêtes et qui embrassait tout un autre côté du rectangle. Hannaker House, auprès de Midhurst dans le Sussex, était bâti au pourtour d'une cour, avec entrée sous un portique à créneaux, flanquée au sud de petites tourelles octogonales. Il y avait à l'angle sud-est une tour carrée : la chapelle et les appartements étaient au levant; la grande salle et les pièces principales étaient situées au nord. Ce manoir avait été bâti par Sir Anthony Brown, qui mourut en 1548.
Hampton Court est un édifice du même règne, bâti par le cardinal Wolsey entre les années 1520 et 1540; ce manoir a 32 mètres de longueur sur 12 mètres de profondeur, et dont les murs ont 1.3'", 70 d'élévation. Le palais de Christ Church, à Oxford, fut également bâti par Wolsey, un peu plus tôt.
A ce style bâtard du seizième siècle, c|ui se prolongea jusqu'au règne d'Edouard VI, succéda un autre style moins confus, moins capricieux et qu'il est plus aisé de caractériser, auquel on a donné la C[ualification de style d'Elisabeth. Il est plus systématique dans les
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plans, plus commode dans ses dispositions, et plus imposant dans ses efï'ets. Jusqu'à cette époque, les châteaux de la noblesse ne consistaient qu'en un rez-de-cliaussée ; mais leur plan n'offrait pas ce que demandaient les exigences accidentelles des progrès de la vie sociale. Sous le règne d'Elisabeth, l'architecture domestique revêtit un caractère plus scientifique; évidemment aucune construction ne fat exécutée sans avoir été étudiée dans un plan préalable.
Vers le milieu du seizième siècle, quelc|ues ouvrages furent publiés sur les arts du dessin et la construction : dès lors les architectes commencèrent à travailler selon un système dans la construction des châteaux et palais de la noblesse. Ce qui distingue la nouvelle architecture de celle des Tudor, c'est le fréquent emploi des fenêtres en saillie et en encorbellement, les galeries sont perfectionnées, elles devinrent plus hautes, plus spacieuses et plus majestueuses; les escaliers, d'étroits et incommodes qu'ils étaient, furent établis de façon à occuper un grand espace du manoir, et à communicfuer avec de vastes vestibules. L'extérieur des façades fut orné de riches entablements, àe colonnes, de ressauts, de pilastres, de médaillons, de blasons et de devises, tels que l'imagination la plus fantastique pouvait les concevoir.
Malgré ses occupations politiques, la reine Elisabeth aimait la peinture et surtout la peinture de portraits. Sous son règne on vit aussi fleurir l'architecture, mais cette princesse ne l'encouragea pas personnellement : elle paraît n'avoir pas voulu employer les revenus de la Couronne à l'édification de nouveaux palais ; elle se contenta de réparer et de restaurer ceux que son frère avait élevés. Mais elle engagea la noblesse de sa cour à utiliser sa grande fortune à ériger ou à rebâtir de somptueux manoirs; ou dit, par exemple, c[ue le comte de Leicester dépensa en 1575 soixante mille livres sterling à la construction du château de Kenilworth.
Le style d'architecture du règne d'Elisabeth, nommé « Elisahethan « par les Anglais, n'était ni grec, ni ogival, ni romain, ni italien, ni étranger, ni national. Sa naissance est due à une période où l'on essaya en fait d'art et de littérature à combiner l'architecture du moyeu âge, les caprices barbares du goût de cette époc[ue, avec les descendants directs des sources réelles, naturelles de la poésie antique et de la critique classique. L'exemple et les préceptes de l'antiquité, un sentiment ])0ur la convenance naturelle,
n'avaient point encore impressionné suffisamment l'esprit de la supériorité de la vérité sur la fantaisie et le caprice; comme la combinaison discordante du classique avec les images et descriptions romantiques produisit l'épopée de Edmond Spencer, Reine des Fées (The Fairy Queen), il en fut de même des édifices les plus splendides du môme temps : les parties ne sont pas hétérogènes en ellesmêmes, elles ne contribuent pas comme elles devraient à former un ensemble complet et achevé; car les uns préféraient des arcs-boutanls aux colonnes, la fantaisie aux règles, tandis que d'autres avaient un penchant à sacrifier toutes choses à un idéal fantasque de frontons rompus, coupés, ou toits du style Palladio; d'autres encore restaient attachés par des sentiments de localité aux lourdes formes, aux fâcheuses proportions de la maison où ils étaient nés. Ce qu'on peut dire de plus logique avec le Troilus and Cressida de Shakespeare, c'est c[ue l'impulsion dominante, en composant cette pièce, fut probablement de transformer les héros poétiques de l'antiquité en guerriers de la chevalerie chrétienne, moins sauvages, plus intellectuellement puissants et ressemblant à un plus haut degré à des combattants, pour transporter les contours et les profils distincts et gracieux de l'héroïsme épique d'Homère dans la cliair, les os et le sang du drame romanesque.
Un des plus célèbres architectes du règne d'Elisabeth était John Thorpe, qui voyagea sur le continent et bâtit plusieurs maisons dans les environs de Paris, Ce fut cet artiste qui conçut et érigea les principaux châteaux et palais du temps d'Elisabeth. La forme générale de ses plans consiste dans trois côtés d'un rectangle, avec un porti([ue au centre ; quand le plan est rectangulaire, ses côtés sont entourés d'arcades ouvertes, formant corridor.
John Thorpe a bâti Holland House, dans le Middlesex ; en 1591, le château de Longford dans le comté de Wilts ; en 1580, celui de Wollaton, Notts ; celui d'Audley End, dans le comté d'Essex, de Kirby et en 1577 celui de Burleigh. Les ornements des balustrades, des portiques, de l'extérieur des fenêtres, sont barbares, de mauvais goût, disgracieux. L'étage supérieur est surmonté d'une variété de frontons à angle aigu ou trilobés, ou en spirales; ils alternent avec des arcs ou des angles droits et se terminent à leur sommet par des pinacles circulaires. Un exemple de cette ornementation baroque et d'un goût bâtard et excentrique, est offert dans le château de
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Wollaton, qui, on s^énéral, ost d'une architecture pittoresque et remarquable.
Parmi les plans qu'il composa, Thorpe en a laissé un d'une maison pour lui. Ce plan est formé par les initiales de son nom reliées par un corridor; l'I contient les dépendances et le T est distribué avec habileté en grands et petits appartements.
Le château de Longford, bâti par Thorpe pour Sir Thomas Gorges et sa femme la marquise douairière de Northampton, est d'une singulière disposition. On y voit le diagramme de la Trinité placé dans le centre du plan, de forme triangulaire.
On a trouvé quelques détails sur John Thorpe dans un ancien manuscrit que possédait la famille de Warwick et qui passa dans la bibliothèque de Charles Grreville en 1810; à la vente de cette bibliothèque, l'architecte John Soane, professeur d'architecture de l'Académie royale, en fit l'acquisition. Le manuscrit en question est in-folio et contient 280 pages sur fort papier, sur lequel sont tracés les dessins. Richardson, élève de Soane, a publié ces dessins manuscrits, qui sont tracés par une main habile ; mais quand il s'agit de représenter le moindre ornement ou une figure humaine, l'exécution est celle du premier ouvrier venu.
Thomas Holte, né à York, édifia les écoles publiques d'Oxford; il fut le premier en Angleterre qui introduisit l'usage des ordres classiques suj^erposés. Il s'inspira des œuvres de Philibert de L'Orme et probablement de la grande porte d'entrée du château d'Anet, construite sous Henri II, roi de France, vers 1553.
Les architectes les plus en renom du règne d'Elisabeth sont ; Bernard Adams, Lawrence-Bradshaw, Robert et Huntingdon, Smithson, John Shute : ce dernier était peintre et architecte, il avait été envoyé en Italie en 1550 par le duc de Northumberland. Shute fut le premier Anglais qui alla en Italie étudier l'architecture. Il publia un livre sur son art et quelques autres ouvrages : il mourut en 1608.
Nous avons dit que, pendant le règne d'Elisabeth, l'architecture fut perfectionnée. Sous .Iacc|ues I", il n'y eut pas un grand mouvement dans les arts, mais ils se développèrent lentement; le roi ne fit que les protéger médiocrement : toute son ambition se bornait à être considéré comme un homme savant en y joignant le pouvoir absolu. Bernard Jansen, architecte étranger, fut employé par les hautes classes : il bâtit en 1616 Audley-Inn, auprès de Saffron Walden
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(Essex), masse énorme et désordonnée; il éleva la plus grande partie de Northumberland House, excepté la façade qui, dit-on, l'ut érigée sous la direction de Gérard Chrismas. Toutefois, plus tard. Moïse Glover paraît avoir rebâti cette façade. Jansen bâtit en 1611 Hatfield House (Herts), qui ne manque pas d'élégance et qui se rapproche du style de la Renaissance italienne du commencement du seizième siècle. On croit qu'il fut aussi rarcliitectc de GJiarlton House, dans le Wiltshire. Gérard Glirismas éleva à Londres une des entrées de la ville, Aldersgate, qui se trouvait dans la rue actuelle de Saint-Martinle-Grand. Jean Smithson fut surtout employé par le comte de Newcastle, plus tard fait duc. Ses principaux ouvrages sont les châteaux de Wel])cck et de Bolsover, de 1613. Buller et Harrison furent des architectes en renom de cette époque. Robert Hooke éleva Bedlam Hospital, vers la fin du dix-septième siècle, dans Moorfields, mais démoli on 1814; il bâtit aussi Aske's Alms-Houses, auprès de l'ancien Musée J)ritannique. Hooke travaillait en compagnie de Gh. Wren.
Dès le commencement du dix-septième siècle, l'emploi des ordres classiques devint général en Angleterre. On voit dans le château de Beaupré, dans le Glamorganshire, une façade et un porche d'ordre dorique : dans cette composition on a fait usage des ordres ionique et corinthien, les colonnes et les ehapitanx ont strictement les proportions voulues et sont bien dessinés.
C'est sous le règne de Jacques I" que l'architecture subit une métamorphose nouvelle. Les édifices de cette époque présentent des masses de maçonnerie ])ien moins pittoresques que ce qui les précéda. La ligne monotone de leur couronnement supérieur est ordinairement coupée par une tourelle plus élevée que celle des angles : il y avait à l'intérieur une richesse lourde ei l'on ne peut trouver aucune élégance dans le style en faveur sous le règne de ce roi. On ne voit plus de fenêtres en saillie et en encorbellement; mais degrandes et longues baies, divisées en deux horizontalement par une traverse ou imposte, et placées en rangées dans chaque étage, ce qui donne un effet remarquable à ce style. Quelques-unes de ces fenêtres étaient moins disgracieuses que d'autres; elles témoignaient de plus de luxe et de richesse tjue de bon goût et de science architecturale.
A la fin du règne de Jacques I''', il s'éleva en Angletei'i-e un artiste
d'un talent et d'un goût exceptionnels, et qui fait honneur à sa patrie. Il s'agit de l'archilecte Inigo Jones, né en 1572, qui alla en Italie pour étudier le paysage * ; à Rome ses idées se développèrent, et de peintre de paysage il devint architecte. A Venise il s'adonna à l'étude de l'architecture; il admira à ^'icence les œuvres de Palladio; on ignore comment il fut invité par Chrétien IV, roi de Danemark, à venir dans ce pays. A Copenhague, Jacques !''■' (alors Jacques VI d'Ecosse) le vit; la reine Anne- (princesse de Danemark), que Jacques épousa en 1589, le fit venir en Ecosse comme son architecte en chef; quand le roi Jacques monta sur le trône d'Angleterre, Jones fut nommé architecte du prince Henri; il fut de plus nommé surintendant des édihces puhlics. A la mort du prince en 1612, Jones retourna en Italie pour développer son goût et son jugement. Les édifices qu'il érigea antérieurement à cette seconf^le visite ne sont pas d'un goût aussi pur que ceux qu'il éleva a})rès ; ils appi'oeliaient trop de ce style bâtard qui précéda Jones : ils sont vulgaires avec des superfluités choc[uantes, avec une surabondance et une lourdeur d'ornementation qui étouffent entièrement le style gracieux et classic£ue renaissant alors. Toutefois, tous ces défauts furent effacés dans les grands projets que Jones conçut dans la suite.
En l'année 1619 Inigo Jones commença à bâtir le Banqueting House de Whitehall à Londres : c'était encore sous le règne de Jacques I''''. Cet édifice fut terminé en deux années, et c'est certainement un des plus élégants en Europe. Il est du plus pur style de la Renaissance, mais ne forme qu'une partie d'un palais projeté qui, s'il avait été entièrement exécuté, aurait surpassé en surface le palais de Dioclétien à Spalatro. Le plan de Jones consistait en un rectangle, subdivisé en sept cours et se serait étendu du parc jusqu'à la Tamise : la façade sur le fleuve devait avoir 219 mètres d'étendue et celle allant à Charing Cross, 347 mètres. Le plan du palais de Whitehall fut peut-être inspiré par celui des Tuileries de Philibert de L'Orme que Jones a pu voir lors de son passage à Paris. Six des cours auraient été rectangulaires, la septième devait être circulaire, de 61 mètres de diamètre. Le Banqueting House est un bâtiment de 37 mètres de longueur sur 21 de largeur hors œuvre : à l'exception
1. Le. comte de Pembroko se chargea de son éducation d'artiste : il remmena avec lui en France, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Italie.