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CHAPITRE III

DU STYLE BYZANTIN

Le sl\ lu byzantin s'est-il introduit véritablement avec son ensemble et ses détails dans les pays de l'Occident? Nous prétendons que non. II est clair qu'il ne peut pas être question ici du style byzantin de la première époque, de Constantin à Justinien, du ive au vie siècle ; car il est impossible d'admettre qu'une nation quelconque ait cberché à imiter l'architecture byzantine avant que celle-ci n'eût acquis un caractère spécial, avant qu'elle ne se distinguât par une plus grande richesse de style, que celui usité dans les provinces de l'empire d'Occident. Mais nous savons que les circonstances ne permirent pas aux divers peuples de l'Italie, et en général à tous ceux de l'Occident, d'adopter et d'imiter exactement ce que l'architecture byzantine offrait d'original, de différent, de nouveau, sous Justinien, ce qu'elle ajouta encore à son style, et ce qu'elle modifia et perfectionna pendant le règne de ses successeurs. On sait que les règlements liturgiques de Justinien ne purent être introduits à Rome, ni même encore dans la Pentapole. Puis le plan compliqué des églises grecques était incompatible avec le rite de l'Église latine. Les dimensions grandioses, la magnificence et le luxe dans l'exécution, qui, vers cette époque, distinguèrent l'architecture byzantine religieuse, étaient au-dessus des ressources de l'Italie après la guerre avec les Ooths, après l'invasion des Lombards, ressources qui faillirent jusqu'au temps des Carlovingiens et même plus tard. On se demande donc ce que les peuples de l'Italie ont pu emprunter en fait d'architecture à l'empire d'Orient depuis le vi* jusqu'au vnr siècle. L'exécution, peut-être? Mais nous savons que la technique, dans les deux écoles, sortait des traditions romaines, et il n'existe aucune raison pour en admettre l'oubli com-

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plet chez les Italiens, du temps de la domination des Gotiis et des Lombards.

L'école romaine n'avait été soumise , pendant la domination des Goths, à aucune interruption essentielle; elle se maintint même sous les Lombards, et nécessairement donc à Home et plus particulièrement à Ravenne. L'influence grecque sur l'exarchat était faible, l'opposition du peuple et du clergé était violente. Dans le récit d'Agnellus, dans les monuments de Havenne, dans les paroles d'Anaslasius, et dans les églises latines, nous n'apercevons pas la moindre trace d'un effort ou d'une envie de transplanter en Italie ce qui servait à caractériser l'architecture byzantine.

Il est certain que du temps de Charlemagne on alla chercher les types de l'architecture dans les villes qui avaient fleuri dans l'empire d'Occident. Il est certain encore que pendant le ixe et le \e siècle, pendant l'époque de décadence et de barbarie la plus complète de l'exécution matérielle des monuments, toutes les églises d'Italie montrent dans leurplan la tradition latine. Cette barbarie dans l'exécution exclut toute pensée de modèle esthétiquement beau. Et lorsque Vasari nous parle de l'influence de modèles byzantins, d'architectes et d'artistes byzantins ou néo-grecs, ce qu'il dit n'a pu avoir lieu que depuis le xt* siècle.

L'usage, à compter de Vasari jusqu'à nos jours même, de commencer la série des monuments soi-disant byzantins avec le dôme de Pise et l'église Saint- Marc de Venise est devenu sacramentel. Ces deux monuments sont cependant fort différents, tant dans leurs plans que dans leurs détails : examinons-les donc.

Le dôme de Pise est bâti selon la basilique romaine qui , depuis le ive siècle, est constamment restée en mémoire en Italie. I n simple coup d'œil sur son plan suffit pour s'en convaincre. Ce qui diffère de la basilique, c'est la coupole centrale, élevée sur l'intersection de la croix, et qui, à la première inspection, donne au dôme de Pise, ainsi qu'a beaucoup d'autres églises du xie siècle et des siècles suivants, une sorte de ressemblance extérieure avec les monuments byzantins de l'époque avancée du moyen Age. Une disposition semblable se remarque dans un monument antérieur, dans Saint-Nazaire et Saint- Celse, à Ravenne, bâti , dit-on , par Galla Placidia. Mais cette forme est probablement née de traditions locales et latines, et a eu une sorte de renaissance lorsque les moyens d'exécution de toute espèce augmentèrent, et il est présumable encore qu'elle n'a pas été imitée

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d'un type étranger. D'un autre côté, sans parler des croisades, il n'est pas invraisemblable que par l'extension du commerce avec le Levant, qui amena les Occidentaux en Orient, ceux-ci, frappés de la coupole, de sa hardiesse et encore de sa position symbolique au-dessus du maître-autel , l'imitèrent en Italie, en Allemagne et même en France.

Ce n'est point Busketo ou Buschctto , nommé dans une inscription placée à gauche de la grande porte occidentale de la façade du dôme de Pise, qui est l'auteur de cette vaste église; il n'est que l'auteur de la façade. Tendant le moyen âge, on avait l'habitude de conserver la mémoire des architectes en leur consacrant une inscription qui commençait par ces mots : Hoc opus. Sur la frise de la première rangée d'arcades du rez-de-chaussée de la façade principale du dôme de Pise, on lit l'inscription suivante : Hoc opits eximium tam mirum tam preliosum — Hainaldus prudens oprrator et ipse tnagister constituât mire sollerter et itupuiosc. Nous avons donc ici le nom du véri- . table architecte du dôme de Pise. Ce grand et magnifique monument, œuvre d'une république naissante et riche, n'est point, comme on l'a prétendu à tort, le premier symptôme d'une renaissance de l'art, le premier exemple d'une architecture basée sur des règles; cet édifice n'est que la réminiscence et le dernier produit de deux écoles d'architecture, qui s'étaient élevées déjà depuis l'an 1000. Le foyer de la première fut Florence; elle s'efforçait, dans ses œuvres, d'atteindre des dispositions symétriques et une exécution d'ornements d'un style très-peu en relief; l'autre, qui avait son centre à Lucques et plus tard à Pise, atteignit une perfection moins complète dans les détails, mais une plus grande magnificence dans ses conceptions d'ensemble que la première école.

Nous avons des exemples certains de l'école d'architecture florentine du xie siècle : d'abord, la façade de Saint-Miniato a Monte, aux portes de Florence, et celle de l'église d'Empoli qui est inférieure à la première, quant aux proportions, mais dont la sculpture atteste une époque de progrès. Mais comme on quitta déjà vers le xnP siècle, à Florence et dans son voisinage, les tendances de cette école, il est

1. Les premier» vers de la frise au-dessus des premières arcade» du re» -de-chaussée commencent ainsi :

Hoc opus cxlmil prcpollciis arte maglittrl BU novlcs lu§trl» annts jam mille peractis Et tribus eeptum post natum Vlrgine verbum.

Elle date donc de l'an 1093.

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présumable que les décorations des façades de Saint-Jean et de l'église de Saint-Sauveur, ainsi que celle de l'abbaye sur la route de Fiesole, sont contemporaines de celles de Saint-Miniato et d'Kmpoli. La même remarque pourra encore s'appliquer à l'église de Sainte-Reparata qui n'existe plus, et qui était le second dôme de Florence. Les architectes italiens du xve siècle , et surtout Léon-Raptiste Albcrti , né à Florence, doivent à cette école ancienne d'architecture plus d'une heureuse inspiration.

Les églises Saint-Michele, Saint-Frediano, Sainte-Maria-Bianca , basiliques d'une grande pureté de conception, ornées à l'intérieur d'une quantité de colonnes et de chapiteaux antiques, et à l'extérieur d'une décoration en marbre blanc, habile et correcte, sont des exemples du développement contemporain de l'école d'architecture de Lucques. Les pilastres sur les murs latéraux de l'église de Saint- Michele semblent avoir quelque ressemblance avec le dorique.

La proximité des carrières de marbres de Carrare favorisa sans doute le développement des écoles toscanes.

Le plan de Saint- Marc de Venise est celui d'une basilique. Le rite de l'église latine défendait à Venise, aussi bien que partout ailleurs en Occident, de copier des églises grecques dans leurs parties essentielles. L'interruption des colonnes par des masses de maçonnerie carrées a eu lieu à Saint-Marc, non pour établir des lieux destinés à de certaines cérémonies qui n'existaient pas dans l'église latine; mais cette interruption provient de la nécessité de donner à la toiture pesante et à sa construction compliquée de forts appuis et des culées. Saint-Marc n'a de byzantin ou grec nouveau que la couverture composée de plusieurs coupoles élevées à l'intérieur, qui paraissent surbaissées et plates. Il est possible que les dômes en charpente qui surmontent ces coupoles soient postérieurs au reste de la construction de l'église; ils sont peut-être contemporains de la décoration actuelle de la fac,ade, et ils furent élevés dans le but unique de produire un bel effet; car on ne peut autrement expliquer leur excessive élévation au-dessus des anciennes coupoles. Cette espèce de caractère n'a été imité qu'à Padoue, et il se trouve uniquement à l'église Saint-Antoine. Le contre-sens et la dépense d'une toiture double, d'une couverture compliquée à pure perte, devaient se révéler à l'artiste; peut-être aussi l'effet ne répondit -il pas à l'attente. Quant aux architectes qui ont coopéré à la construction du monument, il est impossible d'établir jusqu'à présent, par des documents écrits, s'ils étaient grecs, byzantins

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ou italiens. Les mosaïques de l'église sont byzantines, mais d'une époque avancée; les plus anciennes et les plus belles, qui se trouvent dans le porche qui entoure l'église de trois côtés, sont peut-être de l'école de Ravenne, mais elles peuvent cependant aussi dater d'une époque antérieure et plus avancée, et avoir une origine byzantine. Ce sont les allégations générales et non prouvées de Vasari, qui prétend que le toit élevé de Saint-Marc est établi tout à fait selon la manière des Byzantins d'une époque avancée du moyen âge; que les coupoles sur l'intersection sont des vides longitudinaux et transversaux placfc , du reste, sur des basiliques toutes romaines par leur plan : ces allégations vagues ont fondé l'opinion erronée que le style d'architecture suivi dans l'ouest de l'Europe pendant le xie et le xu« siècle était venu de l'empire d'Orient. En Italie, ainsi que dans les autres pays où se pratiquait le culte en usage à Rome, l'architecture n'a jamais cessé d'être l'expression des théories romaines. Nous avons rappelé, en outre, que, dans le plan et l'ordonnance des diverses parties des églises byzantines, il y avait bien des dispositions contraires au rite de l'Église latine. 11 s'ensuit qu'on n'a pu, à aucune époque, prendre pour modèles en Italie les églises byzantines; celles qui existent encore prouvent qu'on en a modifié et changé l'ordonnance intérieure. Nous voyons même que cette modification conditionnelle du style byzantin n'a eu lieu que sur peu de poinls géographiques ; elle ne devint jamais générale, même dans les localités où l'on en fit usage. Car à Venise, où la direction du commerce ferait croire à une certaine alliance défensive et protectrice de la ville avec l'empire d'Orient et à un goût prononcé pour tout ce qui était byzantin, il ne se montre rien à l'église Saint-Marc qui pût s'y rapporter d'une manière directe. Le baptistère et les basiliques de Torcello et de Grado prouvent au contraire que, même encore dans les îles vénitiennes, la tradition romaine chrétienne se maintint fortement en général ; de sorte que le toit byzantin de l'église de Saint-Marc ne fait même qu'une exception à la règle générale.

L'introduction dans les monuments de l'Occident de certaines particularités appartenant à l'architecture byzantine des bas temps de l'empire, lorsque même cette architecture eût été encore plus répandue que les monuments ne nous le prouvent, ne justifie en aucune manière l'application du nom de style byzantin au style qui offre ces particularités. Ce terme, dénué de toute espèce de fondement, employé sans raison dans le vocabulaire des arts, donne lieu souvent à de ii. l*>

fausses inductions et à des idées erronées. Ces termes d'architecture byzantine, d'art byzantin, que le préjugé a une fois sanctionnés, se placent de manière à empêcher la vérité d'arriver, et éblouissent de la manière la plus grossière. On s'est eiïorcé, il n'y a pas bien longtemps encore, de chercher la soi-disant architecture gothique chez les Goths, ainsi que l'ont fait Maffei et Gibbon. Il n'est donc pas étonnant que d'autres hommes de nos jours aient été chercher la naissance de l'architecture, qu'on nomme arbitrairement byzantine, en Orient, et principalement à Constantinople.

Mais de telles tentatives sont souvent accompagnées des illusions les plus extraordinaires. On a établi et souvent répété que Saint-Vital de Ravenne et Saint-Marc de Venise ne sont que des copies de Sainte- Sophie de Constantinople. Mais Saint-Vital est un monument circulaire, dont la partie basse est entourée d'un collatéral; Saint-Marc, au contraire, est un carré disposé dans la forme de la basilique dont la couverture extraordinaire n'a aucune influence directe sur le plan. Comment des églises dont le plan est si différent ont-elles pu être copiées d'après un même modèle? Et si on prend ces monuments séparément, il est impossible de les comparer à Sainte-Sophie de Constantinople. Celle-ci est une sorte de rotonde d'un grand diamètre, élevée sur quatre énormes piliers formés par des faces plus ou moins larges, plus ou moins hautes, tantôt placées à angle droit, tantôt à angle aigu ou obtus ; Saint-Vital de Ravenne, au contraire; est la continuation d'un motif ou d'une forme employée depuis longtemps par l'Église latine à Rome, dans Saint-Étienne, ainsi qu'à Ravenne : Saint- . Marc enfin est, d'après son plan , semblable à une basilique antique. Ces dçux monuments s'écartent évidemment du plan et de la complication des parties qui distinguent précisément Sainte-Sophie, et nonseulement des deux églises en question , mais encore de toutes les églises latines de l'Occident.

Une illusion semblable a aveuglé un auteur contemporain jusqu'à un tel point qu'il croit avoir découvert dans le portail principal de Saint-Marc de Venise un bas-relief représentant les portiques extérieurs, et maintenant détruits, de Sainte-Sophie de Constantinople. Cette partie du monument a ('-té élevée très-tard, et lorsque l'usage en Occident avait déjà cessé depuis longtemps de copier, dans un rapport quelconque, un modèle byzantin. Il arriva alors tout le contraire : le style de l'ouest de l'Europe se répandit en Orient; le portail de Saint-Marc offre, par conséquent, des traces du style ogival,

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style qui a éprouvé des métamorphoses diverses sur toute l'étendue du sol de l'Italie. 11 est tout à fait inutile, pensons-nous, de faire venir de modèles byzantins l'accouplement et la forme des colonnes, souvent estropiées, de l'ancien système de colonnes ; car ces anomalies appartiennent exclusivement au commencement du xu8 siècle. De semblables monstruosités doivent leur existence au problème qui consiste à faire entrer comme ornements d'un système quelconque les vestiges d'une magnificence passée. Les fûts de colonnes d'une bonne conservation, ainsi que des fragments entiers d'architecture, devenaient toujours de plus en plus rares de siècle en siècle parmi ces vestiges.

Depuis une époque très-reculée on employait des colonnes et des arcs devant les basiliques, soit par richesse, soit par utilité. En fait de galerie couverte, l'atrium de l'ancienne basilique de Saint-Clément, supporté par des colonnes, est parfaitement conservé. Sur la face de Saint-Jean et de Saint-Paul, sur celle de Saint-Laurent de Rome, les portiques ont plutôt été rétablis en 1200, qu'érigés nouvellement. On trouve de temps en temps des preuves de la durée de cet usage dans des époques obscures du moyen âge : à Florence, par exemple, sur la fac,ade de Saint-Jacques d'en deçà de l'Arno, où les porches n'ont le plus habituellement qu'une petite profondeur, et dégénèrent peu à peu en pur ornement, comme motif pour engager des colonnes, qui, dans l'architecture toscane du xi* siècle, occupent partout les façades des églises et jusqu'à la hauteur des collatéraux. Ensuite il fallut orner l'espace qui restait et qui s'étendait jusqu'aux deux lignes inclinées du fronton ou pignon. Aux environs de Florence on plaça des pilastres au-dessus des colonnes, dont l'entablement aboutit jusqu'à la naissance du fronton ; par cette disposition , le style de la façade semble se rapprocher de l'architecture antique. En d'autres lieux on remplit cet espace par une rangée de colonnes isolées, dont celles du centre s'élevaient presque jusqu'à la hauteur de la couverture; les autres suivaient dans leur élévation l'inclinaison du toit, et diminuaient de hauteur graduellement vers les extrémités. Le dôme de Fuligno et la façade do l'église de Carrare sont des exemples de cette sorte de décoration. Ces portiques étroits offraient encore un passage ; ils étaient destinés à exposer des reliques ou à recevoir le prêtre qui donnait la bénédiction. Mais au xu* siècle ils ne devinrent plus qu'une sorte de galerie aveugle. Car il y a des exemples, et à Pise surtout, de quatre, cinq ou six rangées de petites colonnes qui, de la hauteur des collatéraux, s'élèvent jusqu'au sommet de leur appentis. Mais nous

manquons absolument de bonnes raisons et de preuves historiques pour faire dériver ce caprice de modèles byzantins.

11 est encore facile de suivre l'origine de ces colonnades circulaires et à çolonnes fortes et courtes, qui couronnent extérieurement l'hémicycle oriental des églises de cette époque. Nous en voyons un magnifique exemple dans la terminaison du chœur de Saint-Frediano de Lucques. Peut-être employait-on ces colonnades à jour pour la défense ou pour la promenade, car il est constant que la galerie à demi ouverte, et malgré cela encore d'une certaine largeur, placée sur le pignon de l'église de Saint-Saba, dans la partie ruinée de Rome, galerie appuyée sur des piliers carrés et sans ornements, n'a jamais servi à l'embellissement de l'église : elle avait sans doute un usage utile. D'autres singularités, et d'autres déviations aux traditions jusqu'alors inaltérées de l'antiquité chrétienne, s'expliquent mieux et plus sûrement par les efforts réitérés des habitants de ce côté des Alpes, et particulièrement des constructeurs libres et architectes de l'Allemagne, qui, francs de l'impression journalière des monuments antiques, cherchaient déjà alors un nouveau style d'architecture. 11 est prouvé que ces écoles occidentales ont exercé dès l'an 1100 une assez grande influence sur l'Italie.

Quant à la constance opiniâtre des Byzantins à rester fidèles aux anciennes traditions, nous voyons, jusqu'à la conquête franco-vénitienne, qu'ils ont maintenu à un haut degré les formes introduites par l'école chrétienne de Rome. Au ive siècle déjà cette école s'était éloignée en plusieurs points du style antique. Ainsi, au palais de Dioclétien, à Spalatro, on voit des colonnes placées au-dessus de consoles. Un fragment du musée du Vatican, d'un travail fort soigné, prouve néanmoins que cet usage datait déjà d'une époque antérieure. Afin de pouvoir se passer de la sculpture , qui dès le iv» siècle était tombée dans une plus grande barbarie que la peinture, on entourait très-anciennement les fenêtres d'une construction à arcades de plusieurs espèces. En dernier lieu on s'en tint au plein cintre, sous lequel on plaça de très-bonne heure de petites colonnes, tant pour supporter les parties de remplissage des baies, que pour y fixer les volets et les fenêtres. Ces détails, et d'autres encore, empruntés à l'architecture chrétienne de l'école romaine, se maintinrent chez les Grecs modernes au delà d'un siècle plus longtemps que chez les Italiens; et cette remarque semble exclure l'hypothèse que les irrégularités qu'on observe aux monuments de l'Italie du xnc siècle sont copiées sur des modèles néo-

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grecs. Si pour la plupart l'origine de ces innovations est claire et naturelle, on se demande pourquoi on s'est donné la peine de les déduire d'une source combinée sur de simples conjectures, et d'un pays lointain, inconnu dans ses détails plus encore que dans son ensemble.

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici qu'on aperçoit dans les entourages des manuscrits grecs et dans leurs émaux un penchant à orner de couleurs diverses les surfaces unies. On cite jusqu'à ce jour l'art des Orientaux de rompre les surfaces par des couleurs diverses sans leur ôter l'harmonie. Ils sont réputés pour leurs tapis, leurs étoffes, leurs mosaïques, qu'on cherche à imiter. Ce genre toutefois ne peut pas s'appliquer aux corps, aux formes arrondies. 11 n'aura par conséquent influé à aucune époque sur la véritable décoration architecturale dont il n'existe plus aucun exemple.

Par l'imitation des types et des méthodes byzantines, au commencement du xuie siècle seulement, on voit dans quelle acception conditionnelle et de quelle manière restreinte l'influence de l'architecture byzantine s'est fait sentir sur quelques points de l'Italie. Le xie siècle peut passer comme l'époque à laquelle commence, dans les monuments d'architecture de l'Italie, un goût pour l'imitation byzantine , très-limité à la vérité. Mais si ces types avaient dominé, si on les eût acceptés généralement et sans modification , il est certain qu'ils auraient entraîné aussi la peinture, d'autant plus que la sculpture du xie siècle offre sur quelques points l'existence d'une école grecque.

11 n'est point étonnant au reste que pendant l'époque durant laquelle on imita avec empressement et le plus généralement la peinture néogrecque, l'architecture byzantine ne fût plus remarquée par les habitants de l'Italie; car c'est précisément à celte époque aussi que l'architecture des Européens occidentaux se développa d'une manière particulière et toute nationale, dans le style que l'on a nommé ogival. Les habitants de l'ouest de l'Europe l'ont introduit en Orient, ainsi que le prouvent plusieurs exemples en Syrie, dans l'île de Chypre, et quelques églises à ogive de l'Attique et de la Morée.

L'introduction en Orient de l'architecture du Nord commence dès les croisades; il existe dans le Levant plusieurs monuments où l'on distingue parfaitement le style roman du xnc siècle, et il y en a d'autres à dates certaines où l'on voit l'emploi de l'architecture ogivale des xur et xtv siècle.

L'erreur de quelques antiquaires, qui consistait à faire venir d'Orient l'ogive et le développement de son architecture, n'est plus discutée

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aujourd'hui; aussi cette origine de l'ogive est-elle universellement abandonnée. Nous renvoyons à notre Manuel de l'histoire générale de l'Architecture ' pour la série et l'analyse des opinions diverses concernant l'origine et le nom à donner à l'architecture ogivale. Nous en citons au delà de soixante-quinze.

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