‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 113 sur 367 · MONUMENTS DU VI' SIÈCLE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DU VI' SIÈCLE

A cette époque le clergé s'occupait beaucoup d'art, et il favorisa l'architecture. Léon, treizième évêque de Tours, était un ouvrier en bois fort habile, dit Grégoire de Tours, et surtout habile dans l'art de construire en bois. 11 faisait des tours couvertes en or, et montra aussi beaucoup d'habileté dans d'autres genres d'ouvrages*. Grégoire de Tours, l'historien, était un grand amateur d'architecture et de peinture, comme nous le voyons par la description qu'il fait d'un temple antique en Auvergne, d'un château à Dijon, et par les constructions qu'il fit faire à Tours et en d'autres lieux. <» Je trouvai les basiliques de Saint-Perpétue, dit-il lui-même, ruinées par le feu, et je les fis peindre et décorer par nos ouvriers avec autant d'éclat qu'elles avaient anciennement. Je fis construire près de la basilique un baptistère où je déposai les reliques des martyrs saint Jean et saint Serge; et, dans l'ancien baptistère, je plaçai celles de saint Bénigne, martyr. Dans plusieurs lieux du territoire de Tours, je dédiai des églises et des oratoires que j'enrichis de reliques saintes*. >»

Ferréol, évêque de Limoges, répara la basilique de Saint-Martin de Brives, consumée par un incendie au point que l'autel et les colonnes, qui étaient formés de plusieurs sortes de marbre artistement adaptées, furent calcinés'. Dalmace, évêque de Khodez, étudia l'architecture et commença plusieurs fois à rebâtir sa cathédrale; mais, désappointé sans doute de l'effet de son œuvre, il la laissa inachevée*. Agricola, évêque de Chàlons-sur-Saône, éleva dans cette ville un grand nombre d'édifices, bâtit des maisons, et construisit une église soutenue par des colonnes et ornée de marbres de diverses couleurs et de peintures en mosaïque8. Dalmace, Agricola et Grégoire de Tours fleurirent sous Chilpéric 1er (mort en 584), Childebert III (mort en 593), et Gontran (mort en 595), rois de Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne. Ces princes protégèrent les arts et fondèrent un grand nombre d'églises, parmi lesquelles est celle que Gontran fit bâtir à Châ Ions-su r-Saône en l'honneur de saint Marcel, et celle encore que Childebert éleva à saint Lucien près de Beauvais. Chilpéric ordonna des monuments curieux pour l'époque; il fit construire à Soissons et à Paris des cirques où il donnait des spectacles au peuple*. Ces théâtres ou arènes étaient sans doute élevés en charpentes que le feu ou le temps a détruites; car on n'en a jamais trouvé de vestiges.

1. Grégoire de Tours, 1. m, ch. xvii. — 2. Ibid., 1. x, ch. xxxi. 3. Ibid., 1. vil, ch. x. — 4. Ibid., I. v,ch. xlvii. !i. Ibid., 1. v, ch. xi.vt. — 6. Ibid., 1. v, ch. xviu.

Vers le vh» siècle, en 013, lorsque Clotaire 11 réunit sous le môme sceptre les diverses provinces de la Gaule, gouvernées par son père et ses oncles, cet événement amena une sorte de tranquillité intérieure, et favorisa aussi les arts et particulièrement l'architecture. A cette époque vécut saint Éloi , né en 588, à Cadillac, près de Limoges. Sa science et ses vertus lui acquirent la plus grande célébrité. Clotaire H lui ayant demandé une selle, et lui ayant fait donner l'or pour l'exécuter, saint Éloi en lit une comme le roi la lui avait demandée, et une autre pour employer le restant de la matière qu'on lui avait confiée. La confiance de Clotaire montre l'habileté et l'honnêteté du maître orfèvre. Ayant exercé l'art de l'architecture et de l'orfèvrerie pendant les règnes de Dagoberl I«r et de Clovis II, saint Éloi embrassa l'état ecclésiastique, et fut nommé à l'évéché de Noyon en 640 et mourut en 659. Audoénus ou saint Ouen, son biographe, nous a conservé la description du monastère qu'érigea saint Éloi à Solagnac, près de Limoges. Ce saint évèque bâtit un couvent de religieuses et les églises de Saint-Paul et Saint-Martial à Paris. Elles étaient couvertes de plomb, et son biographe parle des honoraires que touchait l'évcque pour ses ouvrages. A Noyon, il construisit un couvent de femmes et plusieurs autres monastères dans divers lieux de son diocèse, dont quelquesuns furent exécutés par ses élèves et sous sa direction. Quoique grand architecte, il est cependant plus connu comme orfèvre et pour avoir exécuté des chasses et des croix magnifiques en or et en argent et ornées de pierres précieuses, et destinées à différentes églises, mais plus particulièrement à celles de Saint-Denis près Paris et de Saint- Martin de Tours, ce qui lui acquit une grande réputation.

Mais la plus grande œuvre d'architecture du vu* siècle est la construction de l'église de Saint-Denis près Paris, par le roi Dagobert Ier, mort en G38, et par son fils Clovis II, mort en 656. Il paraît qu'elle surpassa en grandeur et en richesse tous les monuments religieux des siècles précédents. Dagobert donna huit mille livres de plomb pour la couverture *. En 652 il y eut en France une grande famine, et alors Clovis II fit enreverdu chœur les lames d'argent avec lesquelles son père avait fait couvrir l'église à l'endroit des châsses 3. Dagobert 11 enrichit aussi l'église de Strasbourg de fondations considérables. Il lui fit présent de plusieurs reliquaires, d'un calice d'or et de pierres pré-

1. Chroniqutê de France, règne de Dagobert, ch. xvn. Êdit. de. Paulin Pâris, 1836; t. I, p. 374.

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