CHARLES LE CHAUVE
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reuseraent l'admission des arts dans le culte, et son éloquence lui acquit une grande célébrité1. Mais, bientôt après le règne de Louis le Débonnaire, les arts tombèrent dans une barbarie absolue. Les causes de cette décadence sont les invasions fréquentes et funestes des Normands, de ces hordes venues du Nord, et qui se ruaient sur la pauvre France comme sur une proie à dévorer. Vers la fin même du règne de l'empereur, les Normands firent une apparition, et depuis ils réitérèrent leurs irruptions pendant un espace de quatre-vingts ans. Ces guerriers sauvages profitèrent de la faiblesse des successeurs de Louis, particulièrement dé l'épouvante du roi Charles le Chauve; ils pillèrent les couvents, en dévastèrent les bâtiments, incendièrent les églises, et s'embarquèrent pour leur patrie chargés d'un butin énorme et précieux. En 842, ils ravagèrent Rouen, et Saint-Ouen devint la proie de leur fureur. L'abbaye de Jumiéges fut également incendiée. Les lieux qui eurent plus particulièrement à souffrir de leur pillage furent Nantes, Chartres, Bordeaux, Toulouse, l'île dite d'Oissel, Rouen et Paris, d'où ensuite ils passèrent en Angleterre. D'un autre côté, les Sarrasins entrèrent en France et s'avancèrent jusqu'au mont Saint-Michel, dont ils pillèrent la riche abbaye.
En 856, les Normands inondèrent de nouveau la France, et mirent le feu à toutes les églises de Paris. Saint-Étienne, la cathédrale, Saint- Germain-des-Prés et Saint-Denis furent seules sauvées des flammes. Le royaume était ébranlé jusque dans ses fondements; l'empereur même était abandonné, parce que les seigneurs, s'occupant de la défense du territoire, s'étaient retirés dans leurs châteaux, d'où ils gouvernèrent non comme vassaux, ainsi qu'autrefois, mais en souverains absolus, qui transmettaient directement à leurs fils leurs propriétés comme patrimoine indépendant. Us adoptèrent même, dans la suite, les mœurs des Normands, fortifièrent leurs châteaux, faisant des battues dans la contrée afin de piller sur les grands chemins les pèlerins et les voyageurs.
Charles le Chauve (mort en 877), passionné pour le luxe et la pompe, ainsi que pour les fêtes splendides, protégea et encouragea les arts. Dans ce but, il appela en France des artistes grecs et de l'Asie Mineure. Mais ces hommes ne purent maîtriser le caractère barbare et sauvage de l'époque, et leurs efforts tentés en faveur d'une régénération des arts ne furent point couronnés de succès. Pendant le règne
1. Jomr, Aurelianenais ecclesia- Episcopi, Lk cultu imaginum. m.
de Charles le Chauve, on restaura une grande partie des monuments incendiés et ruinés par les Normands; on en éleva môme une infinité de nouveaux, parmi lesquels on remarquait Saint-Corneille de Compiègne, maintenant détruit, et Saint-Bénigne de Dijon. Peut-être l'abside de Saint-Quinin de Vaison, département de Vaucluse, appartient-elle à ce temps.
Vers cette époque, le clergé français s'occupait, comme partout ailleurs, d'arts et de sciences; il en était même le seul soutien. Les traditions et la technique furent conservées par les prêtres. Les moines aussi se firent artistes ; ils étaient en même temps architectes, sculpteurs et peintres. Un moine du couvent de Saint-Gall, nommé Tutilo, fit un voyage à Metz afin d'y exécuter de ses propres mains différentes sculptures'. Quelques chanoines de l'église de Sens, parmi lesquels se distinguaient Bernelin et Bernuin, fabriquèrent un retable en or richement orné de pierres précieuses, de mosaïques et d'inscriptions*. Maignaud, chanoine de Sainte-Geneviève de Paris, est cité comme ayant bâti, sous le règne de Hugues Capet, le portail de l'église de Sainte-Geneviève3. Anstée, moine de Gorze, jouissait d'une grande réputation comme architecte; mais il eut peu d'occasions d'exercer ses talents*.
Au xe siècle, s'était généralement répandue une idée ridicule qui . contribua puissamment à laisser tomber en décadence les arts et les sciences. Toute la chrétienté croyait à la fin du monde, et l'an 1000 était désigné comme l'année fatale où tout devait périr. Au \? siècle déjà, le pape Grégoire Ier (mort en 604), croyait à la fin du monde, idée accréditée dès lors parce que les livres dits saints l'annonçaient». L'an 1000 devait être celui de l'Antéchrist et du jugement dernier. A la fin du xe siècle, des hommes éclairés combattirent cette opinion, et parmi eux Abbon de Fleury surtout0. Adson, abbé de Luxeuil en Austrasie, mort en 992, répond, dans un écrit intitulé : Traité de V Antéchrist, aux demandes sur la fin du monde, que lui adresse Gerberge, femme de Louis IV ou d'Outre-Mer. L'exemple même d'Arnould II, évêque d'Orléans, qui reconstruisit son église cathédrale7, incendiée en
1. Le Beuf, Dissertation sur fétat des sciences, Recueil II, p. 138.
2. Id., ibid., p. 137. — 3. Millin, Antiquité* nationales, t. V, »• 60. 4. Le Bouf, Dissertation, etc., p. 139. — 5. Apocalyi**, ch. xx, v. 7.
6. In apologet. ad Hugonem rejem, p. 401. In cod. cnmnum Eccles. Rom., e biblioth. Pithfci, Paris, 1687. In-folio.