‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 121 sur 367 · SA I NT-PH I L1BEHT DE TOURNIS · texte numérisé non relu

SA I NT-PH I L1BEHT DE TOURNIS

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988, ni celui de Ilildehert, abbé de l'Ile-Barbe, qui éleva, en 985, une église et un couvent nouveaux, ne purent dissiper chez le peuple la crainte de la fin prochaine du monde. Enfin Tan 1000 arriva : la peur de la chrétienté s'apaisa. Alors une nouvelle ardeur de bâtir s'empara des esprits; on répara à l'instant les anciennes églises ménacées de destruction par le temps. Cette ardeur poussa les peuples, les riches et le clergé à élever en tous lieux des cathédrales nouvelles, des églises et des couvents. Dans des villages môme on construisit des chapelles, et l'édification de tous ces monuments était dirigée par des évôques. Près de trois ans après l'an 1000, dans presque tout l'univers, surtout dans l'Italie et dans les Gaules, les basiliques des églises furent renouvelées, quoique la plupart fussent encore assez belles pour n'en avoir nul besoin. Et cependant les peuples chrétiens semblaient rivaliser à qui élèverait les plus magnifiques. On eût dit que le monde se secouait et dépouillait sa vieillesse pour revêtir la robe blanche des églises1. A partir de la fin du règne de Hugues Capet, et pendant les deux siècles qui le suivirent, une époque pacifique commença pour la France. Le royaume cessa d'être partagé entre les fils du roi, et l'hérédité de la couronne s'établit par ordre de primogéniture. A cette époque appartient encore ïa naissance des poésies chevaleresques, des grands poèmes épiques du moyen âge français, l'apogée de la poésie nationale et celle des troubadours provençaux. Sous Louis VI s'opère une révolution importante : les communes s'affranchissent, et le beffroi, avec l'hôtel de ville, donnent un nouveau motif à l'exercice de l'imagination de l'artiste.

Robert le Pieux (de 996 a 1030), bon, simple, encouragea, par son exemple et ses libéralités, le zèle du clergé pour l'édification des monuments religieux, et l'architecture fleurit sous le règne de ce prince, qui éloigna en partie de ses États la violence et la superstition. La munificence de Robert permit à Morard, abbé de Saint-Germaindes-Prés, de rebâtir l'église de son monastère sur une échelle plus vaste. Sainte-Geneviève fut aussi restaurée; Robert y ajouta un cloître, et ensuite il fit des dispositions pour élever une cathédrale à Paris avec toute la magnificence que l'époque permettait.

Entre Chàlons et Mâcon sur le Rhône, à Tournus, existe encore la curieuse église de Saint-Philibert. Elle remplace une autre église plus ancienne et incendiée en 1006. Cet édifice forme une croix latine ter-

1. Glabri Rndolphi, //»/. tut Itmporù, lib. m, c. iv ; apud Script., t. X, c. xxi v

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minée à l'orient par une grande abside sur l'axe de l'église, et par deux plus petites absides sur les murs orientaux du transsept. La nef, de 26» 50 de longueur sur 7B Z|0 de largeur du centre en centre des colonnes, est précédée d'un porche de 18- 70 de longueur sur 13-65 de largeur dans œuvre, et couvert d'une voûte de 7-50 d'élévation. La longueur totale de tout l'édiOce dans œuvre est de 70» 30 depuis la porte d'entrée jusqu'au fond de l'abside, et de 75» 30 jusqu'au fond

de la chapelle centrale. Les trois nefs ensemble ont 18" 50 de largeur dans œuvre. Trois portes communiquaient du porche à l'intérieur de l'église. Sous le chœur existe une crypte. L'architecture du porche a un caractère rude et grossier; ses colonnes sont basses et d'un fort diamètre (2- 60); elles soutiennent une voûte d'arête, et ne sont point ornées de chapiteaux, mais simplement d'un tore. Au-dessus est une vaste salle voûtée, soutenue également par de grosses colonnes : la voûte atteint l'élévation de celle de la nef. La nef est formée de huit grosses colonnes de im35 de diamètre et 9œ 30 d'élévation, sans chapiteaux. Au-dessus de ces colonnes du rez-de-chaussée s'élèvent de petites colonnettes engagées, d'où s'élèvent les arcs-doubleaux qui supportent autant de voûtes en berceau transversales 1 qu'il y a de travées : cette disposition est remarquable. Ces voûtes en berceau ont 17B85 d'élévation et 4m30 de largeur : la hauteur des arcs-doubleaux est de H» 35. La distance longitudinale des colonnes de centre en centre est de 5m50. Les bas côtés ont des voûtes d'arête. Ces bas côtés étaient éclairés par des fenêtres étroites, petites et cintrées à leur sommet. La nef recevait le jour par des fenêtres semblables, ainsi que le montre la vignette. Telles sont les portions de l'église de Saint- Philibert de Tournus qui appartiennent au xi* siècle. Les transsepts et

Ï60. - PUn de Saint-Philibert de Tournu».

1. La voûte n'est pas cintrée en berceau, comme le dit par erreur M. Mérimée. Note* d'un toyagt dam le Nid,, etc., 1835, p. 75.

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