A legllie de Salnt-Conte»t , i.rfc» Caen
Les ornements du xn* siècle , en France , sont tirés de la nature, et modifiés selon l'espèce de matériaux qu'on employait pour les pro-
duire. Dans la pierre, ils sont mâles, robustes, arrondis ; dans le bois, on aperçoit une plus grande élégance et une légèreté admirable. Les
ornements en fer battu sont d'une grâce exquise, tandis que l'ornement arabe est uniforme pour toutes les matières; l'artiste oriental n'a point conçu de diffé- 28i. - au ciourede s*iut- Aubin. rence entre i'ornement exécuté en pierre
' et celui exécuté en bois ou en fer. Ce ne sont toujours que des découpures plates et fines, capricieuses à l'infini, si l'on veut , quoique se ressemblant toutes entre elles.
Il parait qu'en général l'établissement des couvents , du vu* au xii* siècle, a puissamment contribué à faire négliger l'édification des églises paroissiales. Lorsque les moines se mêlèrent des affaires des prêtres séculiers, et qu'ils eurent détruit en partie les privilèges et l'influence des paroisses, le nombre toujours croissant des églises conventuelles semble avoir éclipsé les églises paroissiales et les avoir fait descendre au rang de la médiocrité en fait de grandeur et de richesse. L'histoire et les monuments encore existants prouvent qu'il y avait jusqu'au xne siècle des églises conventuelles d'une grande magnificence; mais elles formaient la minorité, et il devait en être ainsi pour réaliser les principes et les désirs des hommes les plus éminents de l'époque. Il est un fait curieux, c'est que Bernard de Clairvaux 1 prononça devant les moines de la célèbre et riche abbaye de Cluny un sermon plein de sévérité, dans lequel il blâmait l'ostentation et le luxe déployés dans l'église de leur couvent. Il ne permit de grandes dimensions et la recherche dans la décoration qu'aux seules églises cathédrales , demandant la plus grande simplicité pour toutes les églises conventuelles et abbatiales. Mais son blâme ne s'adressait qu'aux couvents riches et opulents.
Un fait caractéristique de l'époque , c'est que les évêques français annoncèrent des indulgences en faveur de ceux qui contribueraient à l'édification des églises. En 1016, l'évêque Pontius d'Arles commença cette prédication, qui fut souvent répétée depuis. D'après Jean Morin *, les évêques français du xne siècle érigèrent en principe que quiconque consacrerait une petite somme d'argent à l'exécution ou à la restauration d'une église ou d'une chapelle recevrait la rémission du tiers ou du quart de la pénitence qu'on lui infligerait.
1. Apologia ad Guilhelm. S. Theod. Abl>. opp., t. II, p. />44 et seqq., «1. Bcn<sl.