‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 136 sur 367 · INDULGENCES · texte numérisé non relu

INDULGENCES

Le même auteur remarque encore que Maurice, évêque de Paris, bâtit, avec le secours de l'argent produit par les indulgences, la cathédrale de Paris, ainsi que quatre abbayes, et que cet ecclésiastique en fut blâmé par le célèbre Pierre le Chantre. Plus tard , Rome suivit l'exemple de la France ; mais lorsque le pape Jules II promulgua les indulgences pour bâtir Saint-Pierre de Rome, cette prédication amena la réformation religieuse en Allemagne, en Suisse, en Danemark et en Suède.

Indépendamment des indulgences qui contribuèrent à l'avancement de l'Architecture, nous voyons encore les pèlerinages concourir d'une manière toute particulière à l'édification des monuments, de môme qu'à la richesse des ornements dont on les décorait. Parmi les pèlerins qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, et à Notre-Dame de Lorette, au delà des Alpes, il a dû se trouver des artistes qui, pendant leur voyage, virent de beaux monuments, et qui, revenus dans leur patrie, firent nécessairement aux œuvres qu'ils créaient l'application des nouvelles connaissances acquises. La translation d'une quantité de reliques en France sanctifiait les lieux où elles étaient déposées: ces reliques attiraient une grande afïluence de pèlerins qui ne manquaient pas de laisser dans le trésor du saint qu'ils venaient implorer des sommes en témoignage de leur piété.

Lorsque, en 1162, l'empereur Frédéric Ier prit Milan, il fit transporter de cette ville à Cologne les ossements des trois Mages, qui furent déposés dans l'ancienne cathédrale bâtie par l'archevêque Hildebold, et terminée par son successeur Wilibert, en 873. Ces reliques furent une source abondante et continuelle de richesses pour l'église, et en moins d'un siècle, en 12/|8, l'archevêque de Cologne, Conrad de Hochstetten , entreprit de bâtir la cathédrale actuelle avec le produit des offrandes des pèlerins, après que l'ancienne cathédrale eut été incendiée. Conrad fit faire en outre des collectes à l'étranger, et le roi d'Angleterre, Henri II, lui permit, en 1257, de les étendre jusque dans ses États.

Il est dans la nature des choses que les arts qui produisent des œuvres visibles, qui embrassent l'étendue, et dont la manifestation extérieure est soumise à la matière, que les arts du dessin et la plastique enfin , et parmi eux l'architecture surtout, n'atteignent que par une marche lente et progressive l'élévation et la perfection. Car la faculté de se rendre maître de la matière dans laquelle la pensée, IVssence d« l'art , doit s'inculquer pour les reproduire, demande des

essais, des tentatives et des efforts, un exercice , en un mot, qui ne se rencontrent pas dans la manifestation de la pensée, soit en paroles, soit en sons, soit en gestes.

Lorsque par les arts l'antiquité grecque eut orné pendant des siècles les sanctuaires de ses divinités, elle monta enfin par le drame à l'apogée de sa perfection au temps de Périklès. Après les artistes étonnants de l'école d'Égine , Phidias créa les chefs-d'œuvre plastiques du Parthénon d'Athènes ; et, à partir de ce moment, on voit naître une suite de productions miraculeuses de beauté, parmi lesquelles l'architecture, la sculpture et la peinture rivalisèrent de magnificence. L'antiquité grecque alors se développa dans toutes les branches des sciences et des arts. Sur certains points, elle s'épuisa, et elle dépassa même les forces humaines. 11 n'en est point ainsi du moyen âge; son âge de maturité ne sortit point, comme au temps de Périklès, de la réunion de toutes les branches de l'intelligence mises à la fois en mouvement. Il serait naturel de retrouver ce résultat chez les peuples européens après la disparition des dernières traces de la civilisation antique. Son époque brillante, au contraire, est pleine de jeunesse, de témérité, de feu , d'illusions et de travers inhérents au caractère de l'adolescence. Le siècle du moyen âge qui répond à celui de Périklès en Grèce, son âge viril, est bien antérieur aux faits généraux qui auraient semblé devoir le produire. 11 n'est pas étonnant, pour cette raison, que la sculpture et la peinture soient restées longtemps dans l'enfance, et que conséquemment les progrès de l'architecture se soient accomplis si lentement pour prendre tout à coup un élan spontané qui l'a élevée au développement que nous apercevons dans les églises de la On du xir3 et pendant le xme siècle.

Nous avons dit, dans l'Introduction de ce volume, que la première période du moyen âge (375 à 1095) pourait être nommée l'époque antique. Ce n'est qu'aux x* siècle en effet, et dans le courant du xi% que les nouveaux éléments sociaux se séparèrent de ceux qui avaient été légués au christianisme par les civilisations antiques. Jusque-là, les peuples de l'ancien empire romain d'Occident et les nations germaniques avaient vécu ensemble, malgré la conscience profonde de leurs nationalités diverses, amenées et constituées par les secousses opérées lors de la grande migration des hordes du Nord au ive siècle. L'art chrétien ancien et l'art byzantin avaient donné les types généraux dans les arts du dessin. Le génie des nations germaniques n'avait point encore atteint assez de force et d'indépendance pour inculquer

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