‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 140 sur 367 · RÈGNE DE LOUIS VI · texte numérisé non relu

RÈGNE DE LOUIS VI

nelles, promoteur de nouvelles lois tout en introduisant des dispositions qui devaient affermir et limiter ces institutions, Suger était de plus un ami et un appréciateur éclairé du vrai et du beau autant que son époque le permettait. 11 est vrai que Suger fit prêter l'appui du roi son maitrc à Bernard de Clairvaux dans sa lutte contre Abailard ; mais d'un autre côté, toutes les fois qu'il s'est agi des droits essentiels de la monarchie et des prérogatives de la couronne, Suger et Louis VII surent résister à Bernard et môme au pape.

L'action de ces trois hommes, les contrastes de leurs idées, les enseignements d'Abailard surtout, mirent en ébullition et en travail les esprits de l'époque et amenèrent de nouvelles idées dans la société occidentale. Parallèlement à un courant où dominaient les idées creuses et abstraites, roulait un autre courant intellectuel en opposition au premier. La raison des races arianes reprenait lentement son empire; bientôt s'établit de part et d'autre une lutte puissante, active, qui finit par amener une réaction contre les doctrines qui s'étaient superposées à la raison. De cette lutte, de cette opposition s'éleva aussi, à l'aide des idées nouvelles rapportées de la croisade, une révolution silencieuse dans l'art, commencée par Suger, acceptée et développée ensuite par les membres des corporations laïques, mais conservant ce caractère mystique, mêlé de cette tristesse dont le christianisme a empreint toutes ses créations.

Sous les règnes de Louis VI, dit le Gros (1108-1137), de Louis VII, dit le jeune (1137-1180), et de Philippe -Auguste (1180-1223), les arts furent protégés; un grand nombre de monuments d'architecture datent de cette époque. Louis VI fut un des meilleurs rois que la France ait eus : brave, actif, il aimait le peuple, l'ordre, la justice et les arts; sous un tel prince l'architecture et les autres arts devaient s'épanouir et fleurir. En 1113, il fonda l'abbaye de Saint- Victor à Paris; en 1136, une année avant sa mort, celle de Chàlis \ diocèse de Senlis, dédiée à la Vierge; en 1128 fut élevé le prieuré de Saint-Gabriel, près de Creully, au nord et entre Caen et Bayeux. On voit encore le chœur de ce monument, qui mérite toute l'attention de l'archéologue et de l'artiste. L'église de Fontevrault, près Chinon, dont l'extérieur est resté intact, a été commencée par Foulques, cinquième comte d'Anjou, en 1125 ; cette église, de 90 mètres de longueur a des transsepts et cinq absides à l'orient; elle a

] . Caroli loco«.

LIVKE SECOND.

près de 20 mètres de largeur. Au commencement du m" siècle, Judith de Bretagne, femme de Richard II, duc de Normandie, fonda l'abbaye de Bernay dans le département de l'Eure. Des arches à plein

cintre, dépourvues d'ornement, reposent dans la nef sur des massifs carrés de maçonnerie, ornés de piliers; ces piliers ont de beaux chapiteaux en feuillages variés sans mélange de figures grotesques. Sur un des chapiteaux on lit cette inscription : Me fecit Isambardus. Elisabeth , seconde abbesse du monastère de Montivilliers, de l'ordre des Bénédictines, et non loin de Harfleur, commença l'église de ce couvent, qu'on admire encore aujourd'hui. Cette religieuse mourut en 1117. Un des chapiteaux de l'église de Montivilliers représente un ange tenant une balance dans laquelle il pèse des âmes; Satan tâche de faire pencher la balance de son côté en y appuyant une espèce de fourche. D'autres chapiteaux offrent des centaures et des sagittaires. C'est au xiie siècle que fut élevée la grande et belle église de l'abbaye Notre-Dame, à Soissons, dont il reste pour unique débris deux arcades plein cintre richement et magnifiquement sculptées. L'abbaye de Fécamp1, fondée en 66ft, fut détruite par les Normands en 841. En 988, la piété du duc Richard Ier lui fit reconstruire une nouvelle église; elle fut terminée par son fils qui y ajouta les bâtiments claustraux. L'abbé Guillaume, mort en 1107, démolit en partie le côté de l'est du monument, construit par Richard, et l'éleva sur une plus grande échelle. En 1167, un incendie endommagea gravement l'édifice. Dans l'église? abbatiale de Fécamp, encore debout aujourd'hui, les chapelles à plein cintre, derrière le chœur, sont du commencement du xii« siècle. Le corps du monument date sans doute de la construction entreprise par l'abbé Radulphe, mort en 1220. La chapelle Notre-Dame a probablement été élevée par l'abbé Guillaume,

SOI. — ÉgllM de Foutevnmlt.

1. Essai historique et littéraire »ur l'abbaye Je Fécamp, par Leroux de Lincy. Rouen, 1840. 1 toI. in-8 avec 3 jfravures. — Histoire de la cille et de l'abbaye de Fécamp, par Léon Folluc. Rouen, 1841. 1 vol in-8.

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