‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 142 sur 367 · ÉGLISE DE SAINT-GILLES · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-GILLES

La nef de la belle et curieuse église Saint-Trophime d'Arles \ en forme de basilique longue, appartient au style de transition. Le chœur et l'abside sont du xv* siècle. La tour centrale, à quatre étages et surmontée d'un attique, est de la dernière moitié du xne siècle. L'ornementation du portail principal, qui est de toute magnificence, rappelle dans ses détails les inspirations de l'antiquité. L'ogive à peine sensible règne dans tout ce monument ; le magnifique cloître annexé à Saint-Trophime, si curieux pour l'historien et 'l'antiquaire, est un ouvrage de la fin du xn° siècle.

Saint-Gabriel , sur la route d'Arles à Saint-Remi, appartient à la môme époque. Il a la forme de la basilique, composée uniquement d'une nef et terminée à l'orient par une abside à six pans. Sa façade présente, ainsi que celles de presque toutes les églises du midi de la France, des réminiscences de l'antique mêlées aux compositions capricieuses de l'architecture romane. Dans le tympan du fronton de la porte d'entrée , un bas-relief représente l'apparition de l'ange Gabriel à la vierge Marie. Cet ange, presque entièrement nu, contrairement à l'usage général au xn" siècle, est peut-être l'exemple unique de ce genre en Occident, excepté en Itajie, où on en trouve quelquefois.

Non loin d'Arles, au sud-ouest, on voit le magnifique portail de l'église de Saint-Gilles2, sans contredit un des plus beaux exemples du style roman. Rien n'égale la profusion et l'élégance de son ornementation ; le reste du monument est peu important. La vis de Saint-Gilles, autrefois le but des pèlerinages de tous les compagnons tailleurs de pierre, est située dans l'angle formé par l'intersection du mur' du collatéral gauche et du transsept. Son appareil est d'une perfection merveilleuse. La construction de cet escalier, qui passe pour un modèle de stéréotomie, a donné son nom à la plus élégante des voûtes rampantes en spirale. Sa destination était vraisemblablement d'établir une communication avec les galeries supérieures. Saint-Martin d'Avallon, église en forme de croix grecque, est un monument de la transition; il est abandonné et tombe en ruine. L'église de Saulieu est de la même époque.

1 . Cathr'dralen françni$ts, par Chapuy. — Moyen Ape monumental et archéolopicjnp, pl. 92, 1 J5, 194..Cloltre , détails «la cloître, pl. 60. Façade, pl. 406. — Chapuy, Cathedralu frnnraitet. — «î. Woods, Lrlttrt, rte, t. 1, p. 164.

2. Voyage dan, l awitnne France, par MM. Nodier et Tajl'or, 1834. T. II , II* partie (Languedoc), pl. 287 à 293. — Moyen ùye piUore^v,. Détails, pl. 119; l'ortail, pl. 123.

L'église de Montmajour, près d'Arles, un monument terminé au xn6 siècle, bien qu'il contienne des parties qui appartiennent au commencement du xi\ se compose d'une partie au-dessus du sol et d'une partie souterraine, à laquelle on descend par un bel escalier. Cette sorte de crypte règne sous presque toute la superficie de l'église supérieure. Sa forme est celle d'une basilique à transsepts, mais dont la nef est très-courte. A quelque distance de l'intersection des transsepts, à la place du chœur s'élève un mur épais en hémicycle, percé de cinq larges arcades , derrière lesquelles se trouve un nombre égal de chapelles séparées du chœur par un large espace formant une sorte de promenoir. Les ornements sont rares dans ce monument; les voûtes sont à plein cintre, aux fenêtres de l'abside on voit l'ogive.

Le plan de l'abside supérieure est un polygone auquel l'intérieur, un placage moderne t a donné la forme semi-circulaire. Auprès de cette église existe un beau cloître composé d'arcades surbaissées qui s'appuient sur des piliers cannelés dont l'entablement est d'une grande simplicité. Chaque arcade est divisée à l'intérieur par quatre petits arcs cintrés ; les colonnes qui 'les soutenaient ont toutes été enlevées. Les voûtes de ce cloître sont en berceau avec des arcsdoubleaux que portent des piliers qui vont rejoindre des consoles historiées d'une exécution médiocre.

Non loin de Montmajour, une autre église, celle de Sainte-Croix , a l'aspect d'un grand mausolée. Son plan est formé du déploiement des quatre faces du cube autour de sa base. Une coupole centrale à base carrée communique à trois de ces faces, circulaires à leur extrémité dont l'une est l'abside, et les deux autres tiennent lieu de transsepts. Une espèce de narthex ou de vestibule précède la coupole, dont il est séparé par une porte intérieure; il occupe ainsi la place de la nef : les voûtes et toutes les ouvertures sont cintrées ; mais il n'y a aucun ornement à l'intérieur de cette chapelle, sauf quelques moulures légères. A l'extérieur, chaque face est terminée par un fronton un peu plus aigu que ceiix qu'on observe dans les édifices antiques. A l'extérieur, le seul ornement est une jolie corniche avec des moulures d'oves et de palmettes évidemment imitées de l'antique.

L'évêque Arnaud commença en 10!|8 à construire une église à Maguelonne (département de l'Hérault), qui fut rebâtie au commencement du xue siècle par son successeur Gauthier, et ne fut terminée

VOUTES. 837

que vers la fin de 1100. Ce qui reste de cette église a l'apparence d'une forteresse, nécessitée sans doute par le voisinage des pirates musulmans des Iles Baléares, « Celle terre si est une petite ysle et estroicte et ne contient que une petite cité tant seullement qui suflist à l'evesque et à son clergié et à leur petite mesnie. Et toutefois estelle enclose de murs pour les assaux des Sarrasins qui par mer courent » Les murs sont couronnés de longs mâchicoulis qui partent d'un contre-fort à l'autre, comme au château des papes d'Avignon. Les fenêtres supérieures de la façade sont décorées dans le goût oriental d'archivoltes formées de pierres alternativement blanches et noires. Le même système d'ornementation est adopté dans sa porte surmontée d'un tympan en ogive, encadré par une archivolte cintrée, large, à claveaux de marbre alternativement blanc et gris veiné de noir. L'abside, d'un très-grand diamètre, est presque aussi élancée que la nef; à l'intérieur, ses fenêtres sont flanquées de colonnettes à chapiteaux ornés de feuillages. L'église n'a qu'une nef, peut-être par suite de la construction postérieure de chapelles latérales qui auront pris la place des bas côtés. Il n'existe aucune décoration intérieure ; les fenêtres sont presque toutes cintrées, quelques-unes très-étroites; quant à celles qui sont à ogive et larges, il est présumable qu'elles ont subi des réparations. En face de l'abside se trouve une tribune ou salle haute, qui paraît avoir été destinée à séparer tous les religieux, ou quelques-uns d'entre eux, du reste des fidèles. On remarque cette disposition dans beaucoup d'églises d'Espagne. Un escalier à deux rampes alternatives conduit à un toit obtus , presque plat , recouvert de larges dalles de pierre. On distingue encore quelques restes d'une crête qui régnait tout le long do l'arête du toit et d'antéfixes en pierre. La gouttière, également en pierre, est cachée à l'extérieur par les murs latéraux. Les tours, aujourd'hui démolies en partie, ne s'élèvent pas au-dessus des murs de la nef.

La voûte est une couverture inventée et employée pour abriter des espaces déterminés, elle n'est point, comme le plafond plat ou horizontal en charpente, une sorte de gril ou filet, formé de matériaux de forte dimension, tels que les entraits, par exemple; elle est au contraire composée de pièces de très-petite dimension, se supj>ortant réciproquement dans le vide et solidaires les unes des autres. La

1. Les Grandes Chroniques de France, etc., publiées par Paulin Pâris. Paria, 1837, 1. 111, p. 313.

voûte réelle n'est point formée de matériaux parallélipipédiques, mais de matériaux taillés de deux côtés en coin, dont deux faces • tendent au point de centre du demi-cercle qui constitue la courbe apparente du dessous de la voûte-, ces coins, qu'en terme de l'art on nomme voussoirs ou claveaux, sont donc plus larges à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les premiers claveaux sont posés sur les murs ou supports verticaux, soit piliers ou colonnes, et les autres suivent la courbe produite par les cintres en charpente jusqu'au sommet de la voûte, où la clef est destinée à maintenir l'ensemble par sa pression qu'elle étend jusqu'à la naissance même de la voûte.

109. — Esquisse isométrique des grandes salles des Thermes romains dépouillées de leur ornementation et faisant comprendre l'origine d'un certain nombre de parties des églises du moyen âge, telles que nefs, collatéraux, claire- voie, triforlum, arcs-boutants, etc.

La forme plus ou moins compliquée ou savante de la voûte, employée dans les édifices, peut aider à suivre le développement du style même d'une manière chronologique. Nous avons vu que la voûte était connue des Égyptiens, des Assyriens, des Grecs et des Étrusques, dès les temps les plus reculés. La voûte en berceau, ou à plein-cintre, ou formée d'un demi-cylindre, est la plus simple et aussi la plus ancienne ; nous l'avons rencontrée à Ninive un millier d'années avant l'ère vulgaire et à Rome du temps des Tarquins; nous avons vu la voûte conique en Grèce avant Homère, aux trésors et tombeaux de

VOUTES

Mykène. Après la voûte on berceau est venue la voûte d'arête, qu'on peut se représenter comme étant l'intersection à angle droit de deux demi-cylindres. La voûte en berceau circulaire et à ogive se voit au palais de Nimroud; au grand cloaque de Home on observe la voûte cylindrique. La voûte d'arête se rencontre dans les xystes ou grandes salles des Thermes romains de Titus, de Caracalla, de Dioctétien etc. Elle existait encore dans la basilique de Maxence, appelée auss temple de la Paix, et enfin dans l'arc de Janus Quadrifons à Home. Dans le xyste du temple de la Paix, 85m55 de long sur 25m 16 de largeur, il y avait trois grandes voûtes d'arête, de 36" 85 d'élévation, et supportées par huit colonnes, hautes de plus de 19 mètres. Dans les Thermes de Caracalla la grande salle avait 56 mètres de longueur sur 2k de largeur; elle avait aussi trois grandes

. 303. — Plan de la grande Salle de» bain»

voûtes d arête. Le xyste des bains de j0 car*»iia.

Dioclétien avait 58m 25 de longueur

sur 2hm 20 de largeur et près de 28 mètres d'élévation. Dans la basilique de Maxence, les trois espaces latéraux, de chaque côté de la grande nef, sont couverts de voûtes en berceau, en angle droit sur le grand axe longitudinal de l'édifice. Le temple de Vénus et de Rome, bâti par Adrien, avait aussi de grandes voûtes en berceau ornées de caissons.

Ainsi que nous venons de le dire, la Grèce primitive connaissait la coupole, formée d'assises horizontales en encorbellement; la coupole fut perfectionnée et développée surtout à Rome, dans le Panthéon. Dans l'architecture du moyen âge, on passa de la basilique à la rotonde, et plus tard on maria la rotonde avec une ou plusieurs nefs oblongues. On employait la coupole, la voûte en berceau et la voûte d'arête pour les petits espaces. Il y avait pour les architectes du moyen âge assez d'exemples de voûtes antiques en Italie et dans la Gaule, où les Romains avaient élevé nombre d'édifices dans lesquels ces couvertures se rencontraient. On imita certaines dispositions de ces édifices et il arriva un moment où la voûte en berceau fut trouvée trop lourde, et puis elle s'appuyait dans toute sa longueur sur les murs latéraux sans pouvoir y pratiquer de baies pour éclairer l'intérieur. Alors on employa de préférence et plus fréquemment la voûte d'arête, ne s'appuyant

H/jO

Page 1