ARTISTES LAÏQUES
étaient guerriers, par conséquent laïques; leurs monuments furent dans le style que nous nommons à ogive.
Les arcs de la cathédrale de Palerme, dont aucune partie n'est antérieure à l'an 1169, ceux de l'église de la Martorana, de l'église de San- Cataldo, de l'église de La Magione, de la cathédrale de Messine, de la cathédrale de Cefalu, de la Capella Palatina, à Palerme, sont tous à ogive.
Les sociétés de constructeurs n'étaient point hostiles à l'Église, elles ne lui faisaient point d'opposition, mais seulement au clergé, et aux moines en particulier : c'est ce que prouvent les sculptures des monuments du xni* siècle, de cette époque où l'artiste laïque avait son entière et pleine liberté, et où il exprimait ses pensées dans ses œuvres. La bourgeoisie devait avoir une préférence marquée pour ces artistes indépendants, qui se chargeaient de traduire dans la pierre et de graver sur les parois des monuments destinés au peuple les sujets et les idées qui lui rappelaient son triomphe récent sur la dépendance de la féodalité sacerdotale. II est naturel alors de penser que toutes les fois qu'une église ou un monument religieux quelconque fut élevé par les laïques, soit par leurs mains, soit à l'aide de leur argent, ceux-ci imposèrent aux moines l'obi i- ✓ gation de s'entendre avec quelque architecte séculier pour le plan et les élévations, et à la fois pour l'exécution des travaux. L'histoire vient indirectement à l'appui de cette hypothèse. Au xue siècle, l'autorité du pape, et, par suite, celle des couvents et des moines, commence déjà à s'affaiblir. Le nombre des moines diminue tellement qu'au commencement du xme siècle le pape Innocent III lance dans la chrétienté une légion de moines ambulants, les frères prêcheurs, les frères mendiants. L'ogive n'apparaît pas avant la fermentation populaire qui produisit les communes, il est donc naturel de penser qu'un élément populaire, séculier, un élément de liberté, amena son emploi , et que les artistes laïques du xiu« siècle l'adoptèrent comme le critérium de leur nouveau système.
Notre-Dame de Noyon a une grande ressemblance avec Saint-Georges de Limbourg sur la Lahn, dans le duché de Nassau, mais la cathédrale de Noyon est infiniment plus élégante dans toutes ses parties. Les arcades du rez-de-chaussée de la nef sont à ogive, ainsi que celles du triforium ; au-dessus de ce dernier règne une petite galerie
à jour, à plein cintre à Noyon, à ogive à Limbourg. Les fenêtres de la claire-voie dans les deux églises sont à plein cintre; beaucoup de proii. 20
fils se ressemblent parfaitement, surtout les tailloirs et les corniches, ainsi que les sculptures des chapiteaux. On remarque l'alternance dans les voûtes de la nef des deux monuments, mais à Limbourg elle est plus sensible. Saint-Georges a environ vingt-cinq ans de moins que Notre-Dame de Noyon. Il est de l'année 1213 à 1 2£i 2 environ
A quelques kilomètres au nord de Noyon, à Ouesmy, existe une jolie petite église du milieu du xn€ siècle : elle a 27" 15 de longueur dans œuvre et 10m 39 de largeur.
Elle se compose de trois nefs sans transsepts, terminées chacune à l'orient par une abside ou chapelle circulaire. Entre le sanctuaire et la nef centrale est le chœur de 3B 95 de profondeur sur hm 03