‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 170 sur 367 · Martène et Durand., Tlusaur., IV, p. 1248 et · texte numérisé non relu

Martène et Durand., Tlusaur., IV, p. 1248 et

2. Schnaase, Histoire des Arts du dessin, t. IV, 1" partie, paje 300, note première.

3. Joinville, Histoire de saint Louis. Collection Michaud et Poujoulat, t. I, p. 320.

xiiie siècle relatif à la construction d'une église, de celle de Wimpfen imThal (dans le grand duché de Hesse), il est dit ce qui suit : « Monasterium a R. P. Crudolfo constructum, pramimia venustate ruinosum, ita ut jam in proximo ruinam minari putaretur, diruit, accitoque peritissirao architectures artis Iatomo, qui tune noviter de villa Parisiensi e partibus venerat Franciae, opère Franciyeiw basilicam ex sectis lapidibus construi jussit; idem vero artifex mirabilis architectural basilicam , iconis sanctorum intus et exterius ornatissime distinctam , fenestras et columnas anaglici operis multo sudoreet sumptuosis fecerat expensis, sicut usque hodie in praesens humano visui apparet. Populis itaque undique advenientibus, mirantur tam opus egregium, laudant artificem, vencrantur Dei servum Richardum nomenque ejus longe lateque portatur, etc.1, » c'est-à-dire : « Le monastère qui par son grand âge menaçait ruine, de telle sorte qu'on devait penser qu'il s'écroulerait prochainement, fut démoli par lui (Richard) et après avoir appelé un tailleur de pierre très-expert dans l'architecture , et qui Venait d'arriver de Paris, de la province de France, il fit élever la basilique à la manière française en pierre de taille. Le même artiste a élevé la construction remarquable de la basilique qui est ornée des images des saints à l'extérieur comme à l'intérieur, ainsi que les fenêtres et la sculpture des colonnes d'un grand travail et d'une grande dépense, telle qu'elle apparaît aujourd'hui aux regards. Le peuple qui afflue de toutes les contrées, admire la magnifique œuvre, loue l'artiste, honore le serviteur de Dieu, Richard, et répand au loin son nom. » L'église de Wimpfen le Val a été bâtie de 1262 à 1278. L'auteur de la chronique citée est Burckhard de Halle, mort en t300. Si un auteur germanique de la fin du xm* ou du commencement du xiv* siècle qualifie de française l'architecture ogivale, il n'y a aucune raison de révoquer en doute son dire. Nous dirons plus, c'est en France que devait naître cette architecture. Consultons J'histoire. Elle nous apprend que les comtes de Paris conspiraient contre les descendants de Charlemagne qui ne faisaient pas les affaires de l'Église, comme celle-ci l'entendait; ils leur suscitaient des entraves de toutes sortes, poussés qu'ils étaient par • les prêtres qui ne trouvaient pas dans la race de Charlemagne la docilité et la complaisance qu'ils voulaient. Cette race personnifiait l'esprit et les mœurs francs, le travail laïque et temporel, et elle contrastait avec l'influence et l'action que l'Église tendait à exercer. Les comtes de Paris

l. J. F. Schannat, Vindrmia- litterarite, etc. Fulde 1723-1724, fol Chronloon ccclesi» Wimpenais.

STYLE DU XIIIe SIÈCLE. 885

semblaient devoir mieux faire ses affaires. C'étaient non des nobles sortis de la conquête franque, non des nobles guerriers, mais des nobles sortis de la bourgeoisie marchande de Paris. Leur esprit était abstrait, il se plaisait aux déductions et aux productions cérébrales. En dehors de la phraséologie de convention, soit verbale, soit écrite, en dehors de cette phraséologie des homélies d'église de leur temps, les comtes et la bourgeoisie de Paris déduisaient surtout des principes et des conséquences dans la forme sémitique et qui sortaient fondamentalement des écritures de la tribu des enfants d'Abraham. Il n'est donc point étonnant que les instituteurs des comtes de Paris étant des prêtres et des moines de Rome, ces comtes devinssent leurs humbles serviteurs et s'inspirassent entièrement de l'esprit sémitique ou juif que les prêtres s'efforçaient de leur inculquer. D'un autre côté, les comtes de Paris, devenus rois, servirent de trait d'union entre le sud et le nord de la France. Leur position géographique seule leur fit exercer cette mission. Car aucun prince de la maison Capet ne se distingua par son génie, son talent ou des actions d'éclat. Dès le xie siècle Paris devint le siège de l'érudition du temps, il devint le séjour de ceux qui voulaient apprendre: il fut dès cette époque une ville cosmopolite où affluaient les étrangers. Paris fut un creuset où vinrent les provinces apporter leur contingent d'idées et d'activité. Paris condensait les idées provinciales, et de l'amalgame de tous ces éléments hétérogènes, de tous les essais partiels tentés dans les provinces, s'éleva un style conséquent, logique, satisfaisant à toutes les exigences des esprits scrutateurs et avides d'une innovation qui satisfît l'attente de l'époque. Toutefois , le style ogival n'est point sorti de l'imagination d'un maître unique, comme l'Athéné grecque; il fut l'œuvre progressive, lente, de facultés collectives, qui mûrirent leur conception peu à peu, en la modifiant et en la complétant.

Au XIIIe siècle l'architecture du moyen âge est à son apogée. Maîtresse de la matière, elle la façonne avec hardiesse; elle semble lui ordonne* de faire monter au ciel la pensée de l'artiste. Simplicité et élégance dans le plan, élévation dans les proportions perpendiculaires des façades, discernement dans le choix des objets de l'ornementation, science dans la combinaison des effets d'ombre et de lumière, tout cela se trouve relativement dans les monuments du xiu* siècle. Les édifices de cette époque réunissent en eux tous les beaux-arts ; la sculpture et la peinture viennent comme auxiliaires à l'architecture, et lorsque ces trois sœurs eurent terminé la technique de leur art, le résultat

saisit les masses, et les fidèles, à la vue des hautes voûtes azurées et parsemées d'étoiles d'or, de ces figures de saints, entonnaient les chants qu'accompagnaient les sons puissants de l'orgue : tous les arts concouraient ainsi dans ce grand concert.

Au xme siècle, l'architecture est maîtresse de la forme; la géométrie y domine. Elle ne doit pas son existence au concours de la sculpture, qui à d'autres époques, comme aux xve et xvi* siècles, y devient l'élément dominant. Du temps de Louis IX , l'architecture est tour à tour sévère et imposante dans les monuments religieux, capricieuse dans les palais et les hôtels de ville. La sculpture n'y apparaît que comme luxe, que comme accessoire. Elle ne s'aperçoit qu'aux chapiteaux, qu'aux corniches horizontales, coupées par des lignes verticales; qu'aux voussures profondes des arcades, qu'aux archivoltes triangulaires d'encadrement des baies. C'est cet emploi modéré de la sculpture dansjes monuments du xme siècle qui les rend agréables par l'harmonie calculée d'après des règles qui, négligées, amenèrent la décadence de l'architecture du moyen âge. En comparant l'ensemble avec les détails, beaucoup de monuments de la môme époque entre eux, on s'aperçoit qu'une loi , que des règles et des principes ont présidé à leur conception générale et à l'ordonnance de leurs parties. C'étaient des réminiscences ou des traditions des écoles de l'antiquité. Au xme siècle la ligne droite et le cercle jouent un grand rôle dans la combinaison des figures géométriques employées aux roses, aux fenêtres et en général partout où s'applique l'ornementation mathématique, c'est-à-dire celle dans laquelle n'entrent ni les plantes ni les animaux. La moitié de l'angle droit, celui de 45 degrés, est employé de préférence pour les embrasures des portes, des fenêtres et pour le contour des moulures et des ornements. Les nombres impairs dominent dans toutes les parties.

Quant à ses conditions extérieures, le style de l'architecture à ogive se lie étroitement au style à plein cintre , imité de la basilique voûtée, tel qu'il s'était développé pendant des siècles. Dans ses principales parties, le plan des églises reste le même que précédemment. Le chœur est placé à l'orient, il est séparé de la nef par un ou plusieurs transsepts; deux tours, couronnées de flèches en pyramide, s'élèvent généralement sur le côté occidental du monument, et forment, avec le portail , la façade principale , celle que l'artiste a pris le plus de soin à orner. La nef du centre s'élève à une hauteur assez considérable au-dessus des bas côtés, placés au nord et au midi ; la disposition

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