‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 171 sur 367 · STYLE DU XIII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

STYLE DU XIII» SIÈCLE

intérieure est subordonnée à l'emploi des voûtes d'arête et de leurs formes diverses. Mais le sentiment de l'uniformité de toutes les parties de l'ensemble se manifeste plus vivement que dans l'architecture à plein cintre : l'organisme qui le pénètre est plus vivant et plus actif que dans les monuments antérieurs. La direction verticale, qu'on aperçoit dans toutes les combinaisons, se développe d'une manière frappante. Un genre particulier et essentiellement nouveau de façonner la matière, un principe jusqu'alors ignoré de la forme, tant pour l'ensemble que pour les détails, s'éloignant totalement de ce qui a précédé, ont été la conséquence de ce changement dans la manière d'envisager et de traiter l'apparence matérielle de l'art.

Le chœur n'est plus aussi détaché des autres parties du monument. Il n'est plus, comme dans l'ancienne basilique latine, placé dans un lieu séparé et à part ; il arrive aussi à être presque de plain-pied avec le reste du sol du monument ; ce qui vient sans doute de la suppression des cryptes, dont on n'avait plus que faire à cette époque. Le chœur, entouré d'un collatéral, s'étend sur l'intersection des transsepts avec la nef. Il s'avance quelquefois dans l'étendue occidentale de l'église; alors il est entouré d'une élégante décoration architecturale en pierre ou en bois, ornée de sculptures. L'espace occidental à l'intérieur, sous les tours, forme un vestibule ou porche en rapport avec le système adopté pour l'intérieur de l'édifice.

Ce système consiste principalement à faire disparaître entièrement l'aspect massif et roide des murailles, malgré le développement de l'organisme des voûtes et la tendance à conduire dans les airs l'ensemble avec tous ses détails. Aussi n'aperçoit-on dans les monuments de ce style que des supports dont la dimension est dissimulée par des divisions verticales et par des voûtes légères qui semblent à peine reposer sur leurs bases. C'est par ces particularités que l'architecture à ogive se distingue essentiellement de l'architecture à plein cintre, dans laquelle la masse des murs compose la principale partie du monument, et à laquelle les piliers et les colonnettes ne sont que plus ou moins accolés. Souvent même les supports ou soutiens décoratifs ne paraissent être que le résultat du hasard et du caprice. Dans l'architecture à ogive, au contraire, les murs ne sont pas une nécessité pour joindre entre eux les piliers ; ils ne forment qu'une liaison légère entre ces derniers, et n'apparaissent, pour ainsi dire, que par surcroît de luxe. Les propriétés caractéristiques produites par ce principe nouveau dans la conception de la forme consistent en ce que

les piliers et les colonnes engagées (qui, ainsi que dans le système de voûtes à plein cintre , sont déterminés par la disposition intérieure ) s'élancent indépendants et librement en hauteur : leur mouvement se prolonge et se continue dans les lignes de la voûte qui les couronne. La subdivision de la masse voûtée, qui anime son uniformité, pour ainsi dire, ainsi que la voûte d'arête l'avait fait dans le style à plein cintre, se multiplie encore et produit à un degré supérieur le même effet, par l'introduction des arcs-doubleaux qui servent à* indiquer transversalement les parties principales de la voûte , et par celle des arcs ou croisées d'ogives qui coupent la voûte en diagonales , et qui la divisent en parties secondaires. Ce système de plusieurs nervures forme la charpente, l'arête de la voûte, et les intervalles qu'elles laissent vides sont remplis avec des claveaux de diverses formes, tantôt carrés, tantôt triangulaires. La voûte, quoique divisée, ne se présente plus comme une masse, elle n'est plus qu'un assemblage de nervures légères, dont l'agrégation forme un tout complet. Dans ces nervures s'épanouit le jet et le mouvement vertical des piliers ; le poids des voûtes ne semble reposer que sur de certains points où elles prennent véritablement naissance, et il fait l'effet de ne retomber uniquement que sur les piliers. Ainsi, la masse des voûtes semble se décomposer, et les murs épais et d'apparence massive deviennent inutiles pour soutenir sur les côtés latéraux et extérieurs le poids de ces mêmes voûtes ; les culées ne présentent également que de simples piliers, nommés contre-forts qui composent les points de résistance des murs. Ces piliers les pénètrent jusqu'à l'intérieur, où, profilés de diverses manières , ils servent de point d'appui aux arcs-doubleaux de la voûte, tandis qu'à l'extérieur ils conservent un caractère de puissance et de force qui garantit la solidité des murs. Suivantce système de contre-forts, les murs de remplissage ou d'enceinte sont presque inutiles, ils ne servent qu'a recevoir des croisées trèshautes et larges. L'étendue autour des fenêtres n'est occupée que par une maçonnerie légère. Par cette disposition des masses, le poids et la dimension verticale disparaissent en même temps, les lois du jet perpendiculaire régnent librement et d'une manière puissante. Avec ce principe pour la forme des voûtes, le plein cintre, immobile et fini, aurait été en contradiction; on adopta l'ogive hardie et ascendante, employée déjà auparavant sous diverses formes, et de diverses manières, dont l'imitation ne servit aucunement à la création, mais seulement au développement du style du xine siècle. Les voûtes

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à nervures, les contre-forts et les ogives, dans leurs proportions et leurs rapports réciproques, sont donc les éléments caractéristiques de cette architecture.

Dans tout cet arrangement nouveau, il était naturel de supprimer ou de transformer une des formes principales de l'architecture à plein cintre; il s'agit de l'abside, de la demi-calotte sphérique qui couronnait, à l'extrémité orientale, la partie du monument où était le maître-autel. L'introduction de la voûte d'arôte avait déjà fait entrer, dans certains monuments à plein cintre de la fin du xir siècle, des nervures aux voûtes, dont le résultat fut la substitution à la forme sphérique et peu organique de la couverture du chœur d'une autre forme à plusieurs pans, d'une forme polygonale enfin. Au xiu" siècle, cette forme devint générale dans les monuments, et de telle sorte même que le chœur n'était plus une chose à part, ayant une apparence particulière et indépendante du reste de l'édifice. Mais sa terminaison polygonale rentrait dans le système général de construction ; elle était fondue avec le reste et n'en faisait plus une partie séparée.

Nous venons d'envisager la naissance de la charpente générale des créations architecturales du xur siècle ; nous avons vu leur différence de celles du style à plein cintre. En entrant dans les détails architectoniques, nous y apercevrons également une transformation totale. Nous parlerons d'abord des piliers qui supportent les arcades des nefs. Au lieu des colonnes légères de la basilique romaine, le caractère lourd et pesant de l'architecture à plein cintre avait amené forcément un système de piliers carrés, qui,

servir de supports aux voûtes, n'avaient pas moins dans

leur essence quelque chose de massif, d'inanimé, qui ressemblait beaucoup aux principes de la muraille. L'architecture à ogive se rapprocha de nouveau de la forme cylindrique de la colonne, forme qui renferme en elle un mouvement, une vie que le pilier exclut, et contre laquelle vinrent s'appuyer légèrement des colonnettes engagées, destinées à servir de supports aux nervures des voûtes. Dans les premieFS essais de l'architecture à ogive, cette disposition eut sans doute quelque chose de maladroit, mais bientôt elle s'appropria un organisme complet et achevé. La masse du cylindre est dissimulée par l'alternance infinie de colonnettes engagées plus ou moins fortes (dont les dimensions sont déterminées par le degré d'importance des nervures

m LIVRE SECOND.

qu'elles doivent supporter) et par les gorges ou système de cannelure introduites entre les colonncttes. Le pilier, ainsi fait, a la forme d'un ensemble animé, qui s'élève avec une puissance et une indépendance consolidées encore par les détails. Le pilier est effectivement considéré et traité comme un tout, un ensemble, en y comprenant sa base et son chapiteau même. La base lui donne une fondation, un pied solide, composé pour ainsi dire de plusieurs assises. La première a une forme polygonale sur laquelle s'élèvent, se suivent, les groupes de colonnettes engagées, et selon les colonnettes isolées encore des demi-polygones les uns sur les autres. Sur l'étage supérieur de ces derniers reposent tout alentour les moulures de la base proprement dite des colonnettes. Elles ont un principe d'élasticité semblable à celui de la base attique, qui est cependant modifié considérablement d'après les proportions générales du système lui-même. Le chapiteau forme une couronne légère de feuillage^ visible de tous les points : elle s'épanouit en forme de cloche renversée, et n'est couronnée que par un abaque ou tailloir, qui n'offre que quelques moulures délicates et fines. Comme le jet ascendant du pilier et de ses diverses parties doit se continuer et se communiquer sans interruption aux arcs et aux nervures de la voûte, le chapiteau n'a point naturellement ici cette signification toute-puissante qui exprime l'arrêt complet de la colonne, comme cela se voit dans l'architecture grecque et égyptienne. 11 ne fait qu'indiquer la transition du jet ascendant qui passe dans la courbe de l'ogive. Pour cette raison aussi sa forme est plutôt décorative que nécessaire ; elle n'est pas soumise aux exigences rigoureuses des principes architectoniques.

Ainsi que dans l'architecture à plein cintre, les demi-colonnes des piliers se continuent dans le style à ogive, à travers le triforium et la claire-voie jusqu'à la naissance des voûtes, en coupant la couronne de feuillages qui forme le chapiteau du rez-de-chaussée; ensuite, sur leur sommet, se trouve la naissance des arcs-doubleaux et des nervures de voûtes qui couvrent la nef principale, et en cet endroit les demi-colonnes des piliers sont terminées par des chapiteaux particuliers, en rapport et en proportion avec le reste de la masse qu'ils coiffent. Ces demi-colonnes forment la face intérieure des contre-forts, qui servent de culées aux voûtes de la nef centrale. Elles doivent être considérées en outre comme la continuation des gros piliers de la nef qui les supporte. C'est encore ainsi que les contre -forts des bas cotés du rez-de-chaussée et du triforium sont disposés, c'est-à-dire

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