‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 176 sur 367 · LES PORTAI LS · texte numérisé non relu

LES PORTAI LS

.Allemagne, principalement sur les bords du Rhin, les monuments antérieurs au xm* siècle ont quelques formes a rchi tectoniques empruntées aux Arabes. Ces fôrmes, qui couronnent le plus souvent des compartiments, le plus généralement des baies, telles que portes et fenêtres, se composent dé plusieurs sections de cercle, de secteurs combinés de diverses manières. Les églises de l'Auvergne nous en donnent également des exemples, ainsi que le triforium de l'église de la Charité-sur-Loire. On en voit encore au dortoir du couvent de Saint- Géréon de Cologne, à l'église de Saint-Quirin de Neuss, à l'église des Saints-Apôtres de Cologne, à beaucoup de maisons de la même ville et à l'église de Limbourg. Ces formes arabes, en Occident, ne doivent pas surprendre. Les Européens apprirent de bonne heure à connaître l'habileté des Arabes dont l'industrie arriva jusqu'en Occident ; leurs tissus, surtout, étaient recherchés, c'est ce que prouve le célèbre poème des Nibelungen, où la soie et les étoffes de l'Arabie sont souvent mentionnées. Le commerce seul est l'importateur de ces formes; on les aperçoit surtout aux anciennes maisons des villes commerciales situées le long des fleuves et sur les grandes lignes par lesquelles se faisait le commerce avec le Levant. La science industrielle des Arabes attira l'attention des peuples chrétiens, et qui, sans nul doute, même avant les croisades, eurent connaissance de l'industrie de ces nomades.

Ce qui frappe surtout à l'extérieur des monuments au moyen âge, c'est le portail principal, la façade occidentale. D'abord, au rez-dechaussée, les trois grandes portes d'entrée, et parmi elles la porte centrale, la porte principale. Elle est, dit-on, le symbole de l'entrée dans la vie physique et spirituelle. Ce symbole est représenté par les séries de sujets ornant les voussures du couronnement de cette porte, qui sont généralement au nombre de trois. La première série ou voussure extérieure contient l'histoire de la création du monde et celle de l'Ancien Testament; la seconde, ou voussure du centre ou du milieu, l'histoire du Nouveau Testament, ou sujets tirés de l'histoire de Jésus et de l'Évangile; la troisième, ou dernière voussure, la plus enfoncée de toutes, la plupart du temps des sujets de la vie future, des scènes tirées de l'Apocalypse. En dessous et à côté de ces trois arcades, on plaçait les statues, souvent de taille colossale, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des évangélistes, et une infinité de figure d'anges qui, tenant des instruments de musique, tels que des harpes, des trompettes, etc., et des encensoirs, célébraient les merveilles de Dieu et de la religion. Au-dessus de l'arcade princi-

pale s'élevait un fronton aigu, symbole de la Trinité, sous le sommet duquel siège Dieu le père sur un trône magnifique. Quelquefois aussi on y voit Jésus couronnant sa mère Marie comme reine du ciel *. Au-dessus du fronton de la porte, on plaçait la grande rose principale de l'église, orriée des plus magnifiques vitraux de couleur. Dans ces grandes roses ou fenêtres primitives, dans celles qui datent des xu* et xme siècles, les sujets reproduisent la création du soleil et de la lune, des étoiles, et en général tout ce qui se rattache à l'effet bienfaisant de la lumière. Dans la cathédrale d'Amiens, la grande rose principale de l'ouest représente la terre et l'air; la rose du transsept septentrional représente l'eau ; l'autre , du côté opposé au midi , le feu , formant ensemble les quatre éléments. Les portes latérales du grand portail et celles placées souvent dans les églises du xu* siècle à côté du chœur, vers le levant, ainsi que celles au nord et au sud des bras du transsept, dans les collatéraux même au septentrion et au midi , représentaient l'entrée dans la communion chrétienne, ainsi que la conversion de tous les peuples de la terre, au nord, au sud, à l'est et à l'ouest.

A droite et à gauche du grand portail, s'élèvent presque toujours, dans les églises cathédrales, deux tours gigantesques : celle de gauche, devant le portail, est le symbole de la hiérarchie ecclésiastique et spirituelle, dit-on ; celle de droite, le symbole du pouvoir ou ordre civil ou temporel. La réunion de ces deux pouvoirs dans les monuments du culte n'offre rien d'extraordinaire quand on sait cfue souvent, au moyen âge, le prêtre était aussi le seigneur temporel. Ce qui est extraordinaire, c'est que la. tour de gauche, lorsque les deux tours sont achevées ou portées seulement à une certaine hauteur, comme à Noyon, à Amiens, à Chartres, est toujours la plus élevée des deux; et dans les monuments où une des deux seulement est achevée, la plupart du temps celle de gauche s'élève fièrement, comme à Strasbourg, à Anvers, à Évreux, à Tolède et à Bordeaux.

On ne trouve, en général, que dans les églises métropolitaines, collégiales et paroissiales, et quelquefois dans les églises conventuelles, mais rarement* les deux tours élevées à une égale hauteur, comme à Reims, Paris, Lyon, Ratisbonne, York, Canterbury, Londres, Saint- Sébald et Saint-Laurent de Nuremberg, Cologne, Mantes, Notre-Dame de Munich, Prague, Bayeux *, la Trinité et Saint-Étienne à Caen.

1. Portail de Reims, Moyen âge Monumental et Archéologique, pl. 79, Portail occidental.

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