RÈGNE DE CHARLES VII
1661, et sous Louis XI jusqu'en 1483, elle est complète. Sous le règne de Charles VIII, il y a un temps d'arrêt jusqu'à ce qu'enfin la Renaissance éclipse totalement l'architecture du moyen âge.
Dès le commencement du règne de Charles VI (de 1380 à 1422) son oncle, Louis, duc d'Anjou, pilla le trésor et leva des impôts en prévision de son entreprise contre Naples qu'il voulait conquérir. De là , des révoltes, des troubles qui anéantirent les heureux résultats du gouvernement de Charles V. Paris et la France se partagèrent en deux factions, Bourguignons et Armagnacs, qui n'épargnèrent, de part et d'autre, ni assassinats, ni proscriptions, ni spoliations. Les Anglais furent appelés en France. En 1415 a lieu la bataille d'Azincourt, perdue par l'inhabileté du roi de France; dans cette bataille périrent les restes de la noblesse française qui avaient échappé aux batailles de Crécy et de Poitiers. Le règne de Charles VI , tombé en démence dès l'année 1392, à l'âge de vingt-quatre ans, fut malheureux et les circonstances favorisèrent peu l'édification de monuments d'architecture. Parmi les œuvres de cet art dues au règne de ce roi , nous citerons la porte du sud du portail de l'église de Mantes, avec son élégant fronton à jour 1 : cette porte date de l'année 1405 ; la nef de la cathédrale Saint -Pierre de Troyes, terminée eri 1429; Notre-Dame de l'Épine, près Châlons-sur-Marne, fondée en 1419, continuée jusqu'en 1459 et terminée seulement au xvie siècle2; le nom de l'architecte de cette église- est Antoine Guichard. En Bretagne, les églisrs suivantes datent encore du règne de Charles VI :
de la porte méridionale nu portail
celles de Folgoat terminée en 1419, de de rdgiisc de junte.. Saint-Léonard de Fougères commencée en
1406 et terminée en 1440, de Saint- Nona de Penmarch commencée en 1408, de Saint-Gervais à Paris, dédiée en 1420.
Le règne de Charles VII (de 1422 à 14/31) ne fut pas plus heureux que celui de son père ; la guerre contre les Anglais continua. Le roi n'était redevable du peu de troupes qu'il avait qu'à la bonne volonté de quelques vassaux et surtout de ses sujets d'au delà de la Loire.
I. Voyez Moyen âge Monumental et Arvhéototji'itie , pl. 51. — 2. Moyen â<je pittoreique, pl. 25.
. m LIVRE SECOND.
A la paix, le roi s'occupa de réorganiser la milice, qui faisait partout d'affreux ravages, faute de solde et de discipline. Ce fut en H39 que Charles VII entreprit cette réforme militaire : il institua les compagnies d'ordonnance1, origine des armées permanentes, si funestes aux finances de l'État, au repos des nations et aux travaux de l'agriculture, des arts, de l'industrie et du commerce. L'institution des compagnies d'ordonnance fournit au roi environ neuf à dix mille hommes de cavalerie; il y ajouta encore de l'infanterie. 11 ordonna que chaque paroisse de son royaume choisit un des meilleurs hommes qui s'y trouverait pour aller en campagne avec l'arc et les flèches, dès qu'il serait commandé pour servir en qualité d'archer. Afin de rendre l'enrôlement populaire, le roi affranchit l'archer de tout impôt : de là leur nom de francs archers. Une taille perpétuelle fut assignée à la solde de la nouvelle armée permanente et fixée par les états d'Orléins, en H39, à la somme de 4,200,000 livres. Celte création commença la décadence de la chevalerie ; le moyen âge ne cessait d'être battu en brèche de toute manière. La taille, levée par des officiers spéciaux, était assise sur les biens fonds et les corporations industrielles : étaient exemptés « le clergé, la noblesse, les ofliciers royaux, les étudiants, les pauvres et misérables gens ». A la suite de cette institution, s'éleva une révolte et une guerre, connue sous le nom de Praguerie, et menée par les anciens chefs.de bandes et la noblesse. De telles conjonctures étaient défavorables aux arts de la paix et plus particulièrement à l'Architecture et aux arts qui en dépendent. En 1426, on éleva cependant la cathédrale de Quimper; en U26, l'église de Caudebec ; la tour de Pierre Berland à Bordeaux, en 1&30 ; la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, en U3& ; le porche de Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris, en U35; l'église Saint-Jean-du-Doigt, près Morlaix, en 1M0; l'église du Saint-Esprit-de-Rue (Somme), en H40; le portail de la cathédrale de Toul, en UV7 ; le chœur de l'église du Mont -Saint-Michel, en H52 (il ne fut terminé qu'en 1521) ; l'achèvement de l'église de Thann, en U55.
Parmi les plus jolis monuments d'architecture civile du xv« siècle, il faut mentionner la maison de Jacques Cœur à Bourges, actuellement hôtel de ville1. Jacques Cœur était argentier de Charles VII. En 1/^3
1. L'organisation réelle de ces compagnies n'eut lieu qu'en 1445.
2. Monument* Anciens il Modernes, etc., par J. (îailhabaud, 1847. 136e lirrai«on, Plan et façade. Moyen âge Monumental et Archéologique, pl. 255, Façade. — Lt France, par Deroy. Intérieur de la cour. — Jncqut» Cœur et Ch tries VU ou la France au xv« »trr/f. par M. Pierre Clément. Pari», 1853. 2 vol. in 8. T. II, p. 5.