RKGNK DE LOUIS XII
faire la grasse matinée, se rendre tard au tribunal et sans fatigue, entendre plaider et souvent dormir; la séance terminée, il rentrait doucement chez lui, et tout cela sans grande peine. Aussi est-ce du rogne de Louis XI l que datent tous ces palais de justice à style flamboyant de l'époque, et qui furent les cimetières du droit et de la justice à poste fixe, qui oblige les plaideurs à des déplacements, les éloigne de leurs affaires et compromet leurs intérêts pour les mettre d'accord. Une telle idée n'a pu s'élever qu'au sein d'une société imbue de principes de droit purement romain.
Sous le règne de Louis XII, comme sous celui de Charles VIII, l'esprit bourgeois, individuel, égoïste, de négoce, et d'agiotage, prit un libre essor. Pour un gros marchand, dit Claude de Seyssel dans les Louanges du bon roi Louis XII, qu'on trouvait à Paris, à Rouen, à Lyon, du temps du roi Louis XI , on en trouve cinquante sous Louis XII ; et ils faisaient moins de difficultés d'aller à Rome, à Naples, à Londres et ailleurs au delà de la mer, qu'ils n'en faisaient autrefois d aller à, Lyon et à Gênes. L'influence du moyen âge continuait à s'affaiblir sous ce roi qui aimait les lettres et les arts et qui avait un goût prononcé pour l'antiquité. Les bibliothèques des rois de Naples et des ducs de Milan furent réunies à celle de Blois,et le précieux cabinet de Louis de Bruges, seigneur de la Grulhuyse, fut acheté. Les ministres auprès des cours étrangères furent chargés de recueillir les manuscrits des meilleurs auteurs de l'antiquité. Louis XII disait que les « Grecs n'avaient fait que des choses médiocres, mais qu'ils avaient eu un merveilleux talent pour les embellir; que les Romains en avaient fait de grandes; qu'ils les avaient dignement écrites; que les Français en avaient fait d'aussi grandes, mais qu'ils avaient manqué d'écrivains pour les dire. » Et dans le but louable de réparer cette lacune, il chargea l'Italien Paul Émile de Vérone (mort en 1529), Robert Gaguin (mort en 1501) et Jean d'Auton (mort en 1527), d'écrire l'histoire de France depuis le commencement de la monarchie. On reconnaît déjà dans les ouvrages de ces auteurs l'esprit de la Renaissance, la réaction contre le moyen âge et la tendance à imiter les historiens de l'antiquité.
Le goût dè Louis XII pour l'antiquité est prouvé par les honneurs et les pensions qu'il prodigua aux savants les plus distingués de l'Italie pour les attirer en France'. André-Jean Lascaris, mandé en France
l. Kloijrné de sa patrie, ce roi se montrait également bienveillant pour la science. C'est ainsi qoe, s étant emparé de nouveau de Naples en 1301, il offrit au célèbre Jean-
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en 1695 par Charles VIII, vint à Paris où il enseigna le grec à Budé et à Danès. En 1503, Louis XII le nomma ambassadeur à Venise. Lascaris lit des traductions latines de plusieurs auteurs grecs, que Claude de Seyssel retraduisit ensuite en français. En 1508, Jérôme Méandre fut appelé en France par Louis XII pour professer les belles -lettres à l'Université de Paris; il y expliquait le matin les auteurs grecs, et le soirCicéron. De son côté François Tissa rd inaugura renseignement du grec à Paris. Venise, jusqu'à cette époque, avait eu le monopole de l'impression des livres grecs. Tissard lit imprimer à Paris un recueil qui contenait les Sentences des sept sages de la Grèce, les Vers dorés de Pythagore, le Poème moral de Phocylide, les Vers de la Sibylle d'Érythréeet quelques autres opuscules en 1507, en tête desquelles il mit une préface latine pour encourager l'étude des anciens.
C'est encore sous Louis XII que commença à s'illustrer Guillaume Budé, né en 1/|07, le véritable fondateur des études humanistes en France, homme doué du caractère celte et d'un esprit de critique infatigable, plein d'idée rationnelles, lucides et incitatives. La première édition de ses annotations sur les vingt-quatre livres des l'umlectcs date de 1508; six ans plus tard il publia son traité de Asse et parlibus ejus, dans lequel il expliquait la relation existant entre les monnaies anciennes et modernes, et éclaircissait une infinité de passages obscurs des auteurs de l'antiquité.
Les saints, leurs légendes, les compositions ascétiques, le mysticisme et ses niaiseries, la scolastique, toutes ces vaines productions, en un mot, furent délaissées, et la raison, qui commençait à poindre à travers la grosse et rude enveloppe que lui avait donnée le moyen âge, recherchait de nouveau ce que la raison d'autrefois avait consigné dans d'immortels ouvrages de littérature, de science, d'histoire et de poésie. Mais l'étude de l'antiquité restait encore le domaine d'un nombre limité d'érudits; elle ne s'était pas encore généralisée et ne s'étendait point à l'ensemble de la classe qui se croyait et se disait érudite.
Ce goût de l'antiquité que nous avons fait remarquer en parlant du
règne de Charles VIII s'étendit sous Louis XII dans les monuments
d'architecture et devait aller en s'agrandissant-, et c'est effectivement
ce qui arriva. Chacune des années du commencement du xvi* siècle •
.luvien Pontanu:*, qui avait été ministre sous Ferdinand lrr, de le rétablir dans toute» *e* dignités; mais ce savant répondit qu'il ne cherchait pas à rendre sa vieillesse plus riche, mais plus occupée.
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arrache pour ainsi dire un détail du passé de la composition des architectes, surtout pour les édifices profanes. Les monuments du culte , seuls conservent la vieille robe du xv« siècle.
Les architectes italiens de la Renaissance se sont inspirés des édifices du temps de l'empire romain, dont ils ont imité les détails en modifiant l'ensemble. Les architectes français de la même époque, en cherchant à entrer dans le caractère des monuments que quelquesuns allèrent voir en Italie et dans le caractère des constructions gallo-romaines de la France, ne purent se dégager tout à coup et d'une manière complète des traditions et des réminiscences de l'architecture du moyen âge, surchargée de saillies, de relraites, de petites surfaces, d'angles et d'une infinité de détails. De là, en grande partie, cette richesse dans les monuments de la Renaissance française qui contraste avec la sobriété des édifices de la Renaissance italienne.
On lit et on relit dans les ouvrages qui parlent de la Renaissance française, que le frère prêcheur Giovanni Giocondo (en latin Jocundus) ou Jean Joconde, appelé en France vers 1/jO(J par Louis XII, avait présidé, comme architecte, à la construction de bon nombre de monuments. Mais si l'on avait examiné les monuments qu'on lui attribue, on se serait aperçu , en les comparant à ceux qui leur sont antérieurs ou contemporains en Italie, qu'ils sont tous membres de la famille française, et qu'ils n'offrent rien d'italien ni dans leur ensemble ni même dans leurs détails. L'influence de fra Giocondo ne s'est exercée que sur la pratique de la construction, que sur la technique de Fart, sur la stéréotomie , sur la statique : les principes d'exécution matérielle étaient oubliés ou tombés en désuétude. C'est ce dont on peut se convaincre par l'imperfection des moyens et toutes les fautes de construction que laissent voir la plupart des monuments de l'époque dont nous parlons. En Italie la statique et surtout la stéréotomie restèrent fidèles aux règles léguées par l'antiquité et conservées pendant tout le moyen âge dans ce pavs, malgré l'ignorance qu'avait généralement répandue le christianisme; les architectes italiens eurent constamment les yeux fixés sur les édifices anciens, qui leur servirent de modèles autant pour la bâtisse que pour l'œuvre intellectuelle.
Qu'on examine avec soin lès restes du château de Gaillon, l'hôtel deCluny à Paris, l'hôtel du Rourgtheroulde et le Palais de justice de Rouen, les portails des églises de Saint-Wulfran d'Abbeville et de Sainl-Riquier, et l'on se convaincra sans peine qu'il n'y a rien d'ila-
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lien dans ces monuments, pas plus que dans le magnifique tombeau des cardinaux d'Amboise de la cathédrale de Rouen. La plupart des profils des moulures, comme la conception des ensembles, ne sont que % des réminiscences métamorphosées du moyen âge. L'ornementation est souvent composée de plantes indigènes. Ou y voit à la vérité l'emploi, mais encore l'emploi réservé du rinceau antique et un commencement d'imitation de la feuille d'acanthe; mais on conviendra que cela ne suffit pas pour prouver l'influence de l'art italien. Comme nous l'avons déjà dit, il y avait encore en France assez de monuments antiques pour servir de types à nos architectes nationaux. Vitruve commençait à être connu, et comme son œuvre était la seule qu'on possédât sur l'architecture des anciens, on s'en servit pour se guider dans la nouvelle voie qui se frayait.
Mais revenons encore un instant au frère Giocondo. Il était philosophe, théologien, très-habile antiquaire et philologue. Dès sa jeunesse il s'était destiné à professer les langues et les littératures anciennes. Les arts n'occupaient qr.e ses moments de loisir. Ce n'est qu'accidentellement qu'il se voua à l'architecture pratique. Sauvai, né en 1620, à peine un siècle après le séjour du frère Giocondo en France, et qui eut à sa disposition le trésor des chartes, dit en parlant du pont Notre-Dame de Paris, attribué à Jocoude, qu'il fut construit par un Français du nom de Didier de Félin, et que Giocondo n'a été que le contrôleur de la pierre. Sauvai se fonde sur un arrêt du parlement de Paris, qui donne à Didier Félin le titre de u maître principal touchant la surintendance de l'œuvre de maçonnerie, » et à Giocondo . celui de « commis à soy donner garde sur la forme d'icelui pont. » Le rôle du frère Giocondo se borne ici à celui d'appareilleur. Le continuateur des Chroniques de Monstrelet dit, sous la rubrique de l'an 1500, que a le roy y envoya Jean de Doyac pour donner la conduite de refaire ledit pont, lequel fut fait en petit de temps. » Donner la conduile du pont n'est autre chose que de le faire exécuter. Giocondo était plutôt constructeur qu'architecte, ingénieur qu'artiste; il a pu être versé dans l'histoire de l'art, et posséder encore l'art du trait. La plupart des travaux littéraires de Giocondo prouvent qu'il était plutôt théoricien que praticien; il était avant tout antiquaire. C'est ce que prouve son édition de Vitruve, les explications et les inU rp rétalions qu'il donna à Budé pour ses annotations sur les Pandectes, sen édition de Pline le Jeune de 1508, le traité de Prodifjiis de Julius Obsequcns, ses travaux phïlologi-