‹ Histoire générale de l'architecture Moyen ageChapitre 22 sur 367 · Forchhamuer, Bail. 1839. p · texte numérisé non relu

Forchhamuer, Bail. 1839. p

sur de vastes terrasses. Les fréquentes constructions massives de soutènement étaient commandées par la nature du sommet des montagnes que les Étrusques choisissaient pour l'établissement de leurs temples. Il fallait une terrasse pour obtenir une surface unie. La terrasse sacrée, attribuée à l'antique Suna, dans le pays des Sabins (aujourd'hui Colle Viatiet Villetta), est à trois gradins. Celle du temple de Signia offre également trois gradins artificiels. La grande terrasse carrée auprès de Civitella, non loin d'Olévano, n'a trois gradins que du côté escarpé du rocher: du côté accessible, elle n'en a qu'un. 11 en est de même de la terrasse sacrée d'Albe. L'n mur de soutènement appartenant à l'antique Auntnca, situé sur l'étroite crête de la Serra, au-dessus de Sessa, n'offre que deux gradins de tous côtés. Ces terrasses étaient souvent destinées à deux sanctuaires, comme dans l'ancienne Norba et à Albe.

L'aire du temple de Jupiter Capitolin à Rome était une de ces grandes plates-formes ou terrasses. Elle avait a peu près 136 mètres en tous sens. C'était une œuvre qui, ainsi que les cloaques de Tarquin, justifiaient l'admiration de la postérité. Dans la masse s'étendaient les faviss,v, cella? et citcrnœ destinées à la conservation des ustensiles sacrés. C'étaient, sans doute, les fosses et les galeries oblongues creusées verticalement et horizontalement dans le roc, telles qu'on les voit encore aujourd'hui. Lue galerie principale s'étendait sous le temple lui-même : elle commençait au mur oriental de la cella et elle était taillée dans le roc. Elle correspondait probablement avec une autre galerie souterraine qui débouchait sur le côté occidental de la plate-forme, et qui se bifurque en deux autres galeries, dont l'une se prolonge vers l'ouest, et l'autre vers le nord. La première de ces deux galeries communique avec le sommet du mont au moyen d'un puits profond, dont l'orifice se trouve dans le jardin du palais CafTarelli.

Ces hautes murailles, qui circonsuivaient la montagne dans tout son pourtour, devaient donner au temple quelque chose de l'aspect d'une forteresse, d'autant plus que ces murailles s'élevaient sans doute encore au-dessus de la plate-forme, flanquée peut-être de plusieurs tours, quoique cela soit très-incertain.

La terrasse du célèbre Dianium ou temple de Diane de l'Algide montre surtout ces enceintes fortifiées. 11 élait situé sur l'extrémité nord-est de la crête de la chaîne qui s'étendait dans une direction sud-est vers les montagnes du pays des Volsques. Là on trouve deux murs d'enceinte, placés l'un au-dessus de l'autre. Le premier se

compose actuellement de terre qui fut autrefois revêtue de pierres taillées, dont on retrouve les vestiges. Le second mur, se rapprochant davantage du sommet de la montagne, se compose du roc égalisé lui-même; il était autrefois', comme le premier du bas, revêtu de pierres très- grossièrement taillées. Entre ces pierres et le roc nu, de plus petites pierres faisaient la liaison. Comme les murs de fortification, ce mur a, ca et là, des angles sortants, dont deux sont très-obtus, mais cependant visibles; au centre de la montagne, il se retourne tout à coup à angle droit, et, après une interruption d'environ un mètre, il reprend son ancienne direction sur une petite étendue pour se poursuivre, dans une situation un peu plus élevée, jusqu'en haut de la montagne. L'interruption indiquée plus haut constituait l'ancienne entrée. L'angle du mur, à droite, est conforme aux entrées des villes anciennes, où le mur en saillie, à la gauche de la porte, formait un boulevard contre l'ennemi qui arrivait de la gauche. L'entrée est encore garantie par un mur isolé et parallèle à la muraille supérieure, qui longe l'ancienne route et forme un coude en face du boulevard. Au pied du mur inférieur s'étend une longue suite de grottes plus ou moins profondes.

Le sanctuaire de Junon à Lanuvium, situé sur le contre-fort des montagnes d'Albano qui. du cratère du lac de Némi, s'étend au sud dans la plaine, aujourd'hui Civita Lavigna, est d'une aussi haute antiquité que le temple de Diane de l'Algide. Le point le plus élevé de celte montagne offre des ruines de toute espèce ; on y trouve deux murs en opus incertum, qui ont servi de soutènement à l'ancienne terrasse du temple.

Nous ne connaissons que d'une manière très-incomplète l'architecture des temples étrusques, où se développa cependant l'architecture étrusque proprement dite. C'est dans ce développement que les Étrusques précédèrent tous les autres peuples italiques. Le temple toscan se rapproche tout particulièrement du temple grec. Vitruve, tout en consacrant quelques pages à l'ordre toscan ou étrusque, n'avait certainement point en vue le temple étrusque primitif, mais seulement sa dégénérescence suivie au temps qu'il vivait. Par les détails qu'il donne, on voit qu'il n'était préoccupé que de l'architecture en pierre, dite toscane, de son époque, dont il confond certains éléments avec l'architecture exécutée moitié en bois par les anciens habitants de l'Étrurie. Les renseignements les plus précis et

les plus utiles sont donnés par Denis d'Halicarnasse, qui nous a heureusement laissé une description succincte du temple étrusque de Jupiter Capitolin à Rome. Cependant déjà à cette époque ce temple avait dû se ressentir de l'influence grecque qui se lit sentir chez les Étrusques dans la période qui suivit la prise de Troie jusqu'à la migration dorienne, et^lus particulièrement dans le vu* et vic siècle avant l'ère vulgaire. Toutefois, faute de meilleure renseignements, ceux que nous donne Vitruve ne sont pas sans une utilité relative; mais il faut s'en servir avec circonspection.

Selon Vitruve, la longueur de l'emplacement du temple toscan devait être divisée en six parties, dont cinq déterminaient sa largeur qui était donc des cinq sixièmes de la longueur. Cette dernière était partagée en deux parties : celle du fond destinée aux chapelles ou cella, et celle de devant aux colonnes du porche. Quant à la partie du fond, elle avait soit une, soit trois cella. La largeur du fond était divisée en dix parties, dont les quatre centrales étaient réservées à la cella principale et les six autres aux deux cella latérales. Mais là où il n'y avait qu'une seule cella, on substituait aux deux chapelles latérales des alx, sans doute des ailes formées de colonnes, selon l'expression usitée, comme les Grecs ont nommé ^Te'pw^a la colonnade de pourtour. Le mur du fond de la cella était prolongé jusqu'aux extrémités des colonnades latérales. Quant au devant du temple, on plaçait, en face des antes des murs extérieurs, une colonne à chaque extrémité, ensuite deux autres entre elles qui répondaient aux murs de refend séparant la cella centrale des deux latérales. Enfin, l'on plaçait d'autres colonnes entre celles que nous venons d'indiquer et les antes des murs des chapelles.

Le plan d'un semblable temple était donc conçu d'une manière claire et logique. Dans la largeur règne une division par cinq, et dans la longueur ou profondeur une division par six. De cette dernière, il s'ensuit qu'il ne faut pas entendre par ces mots de Vitruve : u et qu'entre ces colonnes de devant il y en ait d'autres disposées de la même manière » , qu'il n'y avait qu'une seule rangée de colonnes entre les antes et les colonnes de face, mais d'autres en général, d'autres dans l'enceinte, et placées à côté des premières; il y avait deux colonnades sur le devant, formées par trois rangs de colonnes, qui occupaient tout l'espace central et qui, avec la rangée de colonnes de face ou extérieure, répondaient aux trois parties ou divisions que traçait l'augure dans la partie antérieure du temple, pour la disposition des colonnes.

Vitruve dit que le diamètre des colonnes doit ôtre de la septième partie de leur hauteur, et cette hauteur doit avoir la troisième partie de la largeur du temple : soit un vingt-unième de cette dernière. La colonne se rétrécissait par le haut de la quatrième partie de la grosseur de son diamètre inférieur. Elle avait une base et portait chapiteau; la base se composait de deux parties d'égale hauteur : de la plinthe, circulaire comme la colonne, et du tore qui, avec le congé réunis ensemble, avait la même hauteur que la plinthe. Le chapiteau, de la moitié de la grosseur de la colonne, était divisé en trois parties égales, le tailloir, l'échiné, la gorge avec l'astragale et le congé. Le tailloir circulaire avait le même diamètre que celui du bas de la colonne.

La longueur des entre-colonnements nécessitait, pour l'ordre toscan, un entablement en charpente, dont l'usage s'est sans doute constamment maintenu dans la construction des maisons particulières, ainsi que le montrent les cours ou atriums de Pompéi, qui sont en général dans le style toscan, ou, en d'autres termes, qui avaient des entablements en charpente.

L'architrave se composait «le deux pièces de bois posées sur champ, placées à côté l'une de l'autre à une distance de deux doigts pour empêcher qu'elles ne s'échauffassent et ne se pourrissent. Elles étaient maintenues par un assemblage fait au moyen de plusieurs tenons à queue d'aronde; dans leur épaisseur horizontale, elles égalaient la largeur du haut des colonnes. Cette architrave, avec les murs qui sont au-dessus, et les mutules qui font saillie, avaient en tout la quatrième partie de la hauteur de la colonne. Sur l'épaisseur apparente des poutres, on clouait des ais, et sur cet ensemble on élevait le fronton de maçonnerie ou de charpente; au-dessus vient le faîtage, les chevrons et les pannes, disposés de manière que la saillie soit le tiers du toit réel.

Il est à remarquer que la description du plan du temple étrusque, donnée par Vitruve, est vague, et qu'il y a jusqu'à présent, quant à la disposition et au nombre des colonnes, autant d'opinions que d'essais de restitution. La colonne toscane de Vitruve ne coïncide pas avec les proportions de l'ancienne colonne étrusque. Cette dernière n'avait certes pas de base, ainsi qu'on peut le voir aux colonnes de Pompéi qui, sauf la maigreur, ressemblent, avec leur chapiteau et leurs cannelures, tout à fait aux colonnes grecques doriques. Il est évident que la hauteur de sept diamètres, donnée comme proportion

de la colonne, appartient aux progrès techniques de son époque. Au reste, cette proportion plus svelte naissait de la nature des choses : la colonne toscane n'avait à supporter qu'un entablement léger en bois. N'oublions pas non plus de noter que Vitruve ne parle nullement de colonnes en bois, quoique toutes les parties horizontales fussent de cette matière.

Les règles que Vitruve donne sur les ordres dorique, ionique et corinthien ne correspondent point avec les monuments grecs existants ; elles ne rappellent que celles en usage de son temps; elles ne sont peut-ôtre même que les règles individuelles de son maître et qu'il codifia; on ne peut, par conséquent, accepter d'avantage son temple étrusque qu'on peut prendre au sérieux ses anciens temples grecs. A l'époque de faste de Vitruve, on construisait sans doute certains monuments publics dans le style toscan, c'est-à-dire avec des entablements en bois, faute d'autre moyen; alors aussi on cherchait autant que possible à imiter les édifices bâtis en pierre. Vitruve construit l'architrave avec deux pièces de bois reliées par des assemblages, afin d'obtenir, comme par l'architrave en pierre ou en marbre, une épaisseur égale au diamètre supérieur de la colonne. La plus grande faute commise par Vitruve, c'est qu'il fasse régner, sous le tympan de la façade, la même frise horizontale qui est formée sur les faces latérales par la saillie de l'extrémité des poutres. Voilà ce qui prouve mieux que tout autre raisonnement que le temple toscan de Vitruve n'est qu'une imitation en bois du temple en pierre, et qu'il n'est composé ni construit selon les règles les plus simples de la charpenterie. Comment les poutres ou entraits d'une maison avec fronton ou pignon, qui sont placés en travers, et par conséquent parallèlement à la face, peuvent-ils former saillie? Cependant cette absurdité technique a été adoptée par tous les restaurateurs qui ont entrepris de reconstruire le temple toscan.

Les Étrusques ont importé en Italie le type de leurs temples primitifs : les chalets en charpente des Alpes et de la Rhétie, tels qu'ils sont encore aujourd'hui en usage dans les mêmes localités. Seulement, l'art, le but et les progrès de la technique leur enlevèrent leur excès de rusticité.

Les détails de la Cucumella de Vulci et les façades des deux tombeaux les moins anciens de ISorchia peuvent donner une idée plus exacte de l'ordre toscan que les règles embrouillées de Vitruve.

Pendant sa campagne contre les Sabins, en 582 avant l'ère vulgaire, Tarquin l'Ancien avait fait vœu , s'il était vainqueur, d'élever un temple à la Trinité étrusque. Il commença effectivement ce temple qu'il ne put achever. La colline où le monument devait être placé fut entourée en plusieurs endroits de hautes palissades en bois, derrière lesquelles on jeta de la terre et des décombres, le tout pour obtenir un plus grand espace que n'offrait le sommet du mont Capitale, où Tarquin conçut de bâtir son temple. 11 n'en put toutefois pas même jeter les fondements, car il mourut en 578. Son successeur Scrvius Tullius, roi bourgeois et sans traditions, ne continua pas l'entreprise de Tarquin. Lucius Tarquin, fils de l'ancien, éleva les fondations du temple de Jupiter et en avança considérablement les travaux; on sait ce qu'il devint en l'année 509; il les commença après la prise de Gabies, ville du Latium, en 533, et il préleva, pour couvrir ces travaux, un dixième du butin fait à Suessa Poinetia. L'enceinte du temple avait quatre jugères ou 1 00 ares carrés de superficie, et chacun de ses côtés près de fia mètres de longueur; mais, dit Denis d'Halicarnasse, entre sa longueur et sa largeur, il y a une légère différence à peine de quinze pieds. Ces quinze pieds font cinq mètres. La largeur était donc de fi2m 53 et la longueur de 67m 60. Le plan de ce temple se rapproche davantage du carré que le plan toscan de Vitruve.

En s'appuyant de certains vestiges de murs très-anciens qui existent encore aujourd'hui sur l'emplacement du temple de Tarquin, Abeken en a retrouvé les mesures et la disposition qu'il a utilisées pour la restitution de ce monument. Nous la donnons dans not re figure n° 235.

Abeken admet pour diamètre des colonnes un vingt-unième de la largeur du temple, et, pour leur hauteur, le tiers de .cette largeur. La proportion de leur diamètre aurait donc été de l;7, et donne un temple diastyle. La vingt-unième partie de 02ro53 est de 2n,977, mesure qui, prise pour diamètre des colonnes, donne une façade de six colonnes avec cinq entre-colonnements de 3 x 2" 977 = 8m93. C'est ce que Vitruve ne contredit pas, quand il ajoute que ce temple était aréostyle et non diastyle; il parlait du temple postérieur qui était effectivement aréostyle.

La hauteur des colonnes de ce temple était de 7 X 2œ 977= 20a 86. y compris le chapiteau et la base, de chacun un demi diamètre de la colonne, soit lm68. La cella centrale avait une largeur de 9° 5k: celle des deux autres latérales était de 8ra 25.

Pline |>arle des architraves transversales et longitudinales, ainsi que des caissons du plafond, à l'occasion de leur dorure par Mummius.

Selon les règles de Vitruve, la saillie des mutulcs devait Être de 5" 20; mais il est à observer que ces règles ne s'appliquent réellement qu'aux temples sans portique. H faut donc adopter pour le temple en question une saillie moindre. L'effet de faces écartées, pesantes, xdes barycephala, naissait assez ici au moyen de la forte saillie des chevrons, sur lesquels étaient adaptées des statues, selon l'usage étrusque. Parmi ces ornements en terre cuite, on cite surtout un quadrige au sommet et une statue de Summanus. 11 y avait encore d'autres statues, posées sur des soubassements correspondant aux pannes sablières placées sous les chevrons. C'est ainsi que les montrent la médaille de la gens Petilia et le dessin d'un ancien relief. Les extrémités des mutules étaient probablement ornées par ces aigles en bois qui prirent feu lors de l'incendie sous Vitellius. Le temple s'élevait sur plusieurs marches dont le nombre reste indéterminé et qui n'étaient point en proportion avec les dimensions de l'édifice.

Servius Tulliu<? avait élevé plusieurs temples parmi lesquels nous connaissons celui de la Fortune situé sur le marché aux bœufs, non loin du temple de Matuta, l'esprit économique, l'esprit du ménage, et un autre de la Fortune virile, sur les bords du Tibre. En 497, avant l'ère vulgaire, les consuls Sempronius et Minutius élevèrent un temple à Saturne, sur la voie qui conduisait du Forum au Capitole. Il n'en reste rien : car les grands chapiteaux en travertin qu'on voit parmi les ruines du Forum et qui appartenaient sûrement aux rolonnes postérieures du temple, la façade seule ayant été restaurée «*n marbre, datent du bas temps de la République. Il ne faut pas confondre ce monument avec un autre temple de Saturne situé au pied de la roche Tarpéienne. Deux ans plus tard, la dédicace du temple de Mercure fut faite par M. LaMorius sous le consulat d'Appius Claudius Sabinus et de P. Servilius Prisais ; ce temple était probablement situé dans la vallée de l'Aventin, auprès du cirque. En 488, le consul Proculus \ irginius inaugura le temple de la Fortuna muliebris, bâti à la cinquième pierre milliaire de la voie Latine, où Coriolan trahit et quitta Rome. En 675, eut lieu la dédicace du temple de Castor que le dictateur A. Posthumius avait fait vœu de bâtir pendant la bataille du lac Rhégille. Ce temple était consacré aux dioscures', et était situé sur

Page 1