MONUMENTS D'ADRIEN
virent l'exemple de la capitale. La correspondance de l'empereur avec Pline le Jeune, si pleine d'intérêt, prouve les connaissances de ce prince et l'intérêt qu'il prenait aux monuments élevés dans les provinces. A Prusa, en Bithynie, il éleva des thermes, à Nicée un théâtre et un gymnase, à Claudiopolis des bains, à Éphèse un gymnase, un aqueduc à ISicomédie, ainsi qu'un forum nouveau, à Sinope un autre aqueduc ; dans la ville dWmatrie il fit construire une voûte au dessus d'une fontaine, et à Nicomédie enfin il établit une communication entre un lac et la mer. C'est sous l'empereur ïrajan que Pline fit construire le temple des Empereurs à Tifernium , son Tuscum et son Laurentium.
Le disciple de Plutarque, Adrien, ne se contentait pas d'être un grand amateur des beaux-arts : il les regardait non-seulement comme indispensables pour donner de l'éclat à son règne, mais il les pratiquait lui-même, il avait un vif amour pour l'architecture. 11 ne fut cependant pas maître d'étouffer sa jalousie contre Apollodore, qui avait élevé les plus beaux monuments sous Trajan, et qu'il fit exiler de la cour. Dans la suite cependant il envoya à cet architecte les projets qu'il avait faits du double temple de Vénus et de Rome, afin d'avoir son opinion sur ces dessins. Apollodore ne put donner sa sanction entière aux projets de l'empereur, et on dit que le monarque outré fit tuer plus tard l'artiste consciencieux et sincère'. Adrien éleva un temple en l'honneur de Trajan, un autre consacré à la Dea bona, et un athénée. Il restaura en outre beaucoup de monuments anciens. Mais le plus grand ouvrage de cet empereur est le tombeau qu'il éleva pour lui-même, ainsi que le pont sur le Tibre qui y conduisait. Sur un soubassement carré s'élève une énorme construction cylindrique de plus de 63 mètres de diamètre. Les Goths endommagèrent considérablement ce mausolée. Au ixe siècle Crescentius s'y réfugia; il en fut chassé par l'empereur Othon III. Au xive siècle, Boniface IX le fit transformer en forteresse, sur les projets de Nicolo di Pietro Aretino. En l'année 593, ce monument avait déjà reçu, sous Grégoire le Grand, le nom de Castrum Sancti Angeli qu'il a conservé encore aujourd'hui. Vers la fin du xve siècle, Alexandre VI y fit construire la . tour carrée qui surmonte le donjon, ainsi que la galerie couverte qui unit ce château fort au palais du Vatican. L'historien Spartien fait une longue énumération des monuments élevés par Adrien : à Tibur,
1. Dion Canins, I. i.xiii, ch. ni-xv. — .Elius Spartianus, Vie d'Adrien.
il bâtit1 une villa dans laquelle il imita tous les édifices grecs et égyptiens; on y voyait un lycée, une académie, un prytanée, un canopus, un pœcile, un labyrinthe, etc. Tout cela se trouve aujourd'hui sur une superficie de ruines de 7 milles ou \ myriamètre. Comme bienfaiteur des villes grecques, Adrien fit terminer le temple de Jupiter Olympien à Athènes*. A Mégare il éleva un temple à Apollon, à Corinthe des bains et un aqueduc, à Mantinée un temple à Antinous, et en son honneur une salle magnifique dans le gymnase.
Sous Antonin le Pieux, l'architecture continua l'essor heureux qu'elle avait pris sous les deux princes précédents. Le règne de cet empereur est un des plus calmes et des plus pacifiques que Rome eut sous l'empire. Il suivit le style en usage sous ses prédécesseurs, mais l'exécution des monuments fut négligée de plus en plus. On voit paraître sous son règne une certaine dureté dans la manière de traiter les ornements, qui se manifeste également dans les monnaies de son temps. Antonin restaura beaucoup de monuments de ses prédécesseurs; il éleva un temple en l'honneur d'Adrien, un autre à sa femme Faustine : c'est un temple d'ordre corinthien, prostyle, hexastyle, ayant encore à chaque extrémité du portique deux autres colonnes, ces dix colonnes réunies formant le portique3, qui seul s'est conservé et qu'on voit contre l'église de San Lorenzo in Miranda ; la corniche mérite surtout l'attention de l'artiste. 11 existe encore huit colonnes en marbre blanc du temple que le sénat érigea à Antonin après sa mort; elles sont corinthiennes et cannelées, leur hauteur, y compris la base et le chapiteau, est de 10 diamètres; leur base est attique. Antonin bâtit une villa à Lanuvium (aujourd'hui Cività Lavinia), à Lorium, sur la via Aurélia, à 12 milles de Rome; et, sur le chemin de Cività Vecchia, il éleva un palais. Jules Capitolin, un des six . écrivains de l'Histoire Auguste, énumère les monuments élevés par Antonin4.
Le règne de Marc-Aurèle n'est point riche en monuments, quoique ce prince fût un grand restaurateur des arts et des sciences. Sous
1. P. Ligorio et F. Contini, Pianta délia villa Tiburt. di Adriano. Roma, 1751, in-<*.
2. Pauaania», 1. i, ch. xvm. — Dion Cassius, 1. lxix, ch. xvi. — Spartien, Vie d'Adrien, ch. xm. — Philostrates, Vie» dtt Sophuttt, 1. 1, p. 532.
3. Desgodets, ch. viu. — d. ï. ©tinltd». Btitfc ûUx «cm. Dresde. 1782-1786, 3 vol. in-4», roi. II, p. 46.
4. J. Capitolin, traduit en français par T. Bandement. Pari», 1845, 1 toI. in-8.