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ALONSO BERRUGUETE

Fitî. 472. — Isabelle la Catholique.

((Chapelle royale de Grenade. )

iClichë (iariion.)

Peu d'années avant Tépoque où Philippe de Bourgogne entreprenait le retable de Grenade, un Catalan dont la cathédrale de Barcelone possède diverses œuvres, Bartolomé Ordônez (i" 1 520), se rendait à Gènes pour y tailler dans le marbre de Carrare le tombeau du cardinal Ximenes (cathédrale d'AlcalâdeHenares), qu'avait projeté le Florentin Domenico Fancelli et que la mort l'avait empêché de finir. Bartolomé Ordônez s'était si bien assimilé la manière du maître italien dont il avait exécuté le projet qu il a été longtemps dépossédé de deux monuments funéraires très beaux,

placés dans la chapelle royale de Grenade. Celui du côté de l Evangile est commun à Ferdinand et Isabelle ; l'autre, à Philippe le

Beau et Jeanne la Folle.

Le grand artiste qui sut le mieux

concilier le génie espagnol et les

enseignements puisés dans les ate-

hers de Florence ou de Rome fut

Alonso Berruguete (Paredes de

Nava, 1480-1561). Il était fils de

Pedro Berruguete, peintre du roi,

et reçut de lui ses premières leçons.

Après qu'il eut perdu son père, il

partit pour l'Italie (vers 1 502), où

il travailla auprès de Michel-Ange,

de Bramante et de Raphaël. En

1 520, il retournait dans sa patrie.

La renommée l'y avait précédé.

Berruguete est habile à tailler le

marbre ; il excelle aussi à sculpter

et a peindre le bois. La ligne est

correcte et pure ; le modelé, savant ;

le style, noble et expressif. Tou-

FiG. 473. — Alonso Berruguete.

Tombeau des comtes

DE Salinas.

((Mlltédrale de Palencia.)

(Cliché de l'auteur.)

FiG. 474. — A. Ber-

RUGUETE — Saint

Sébastien. Retable

DE San Benito el

Real,

(Musée de ValladoUd.)

(Cliché de r auteur.)

lino da Nola pour don Ramon de Cardona, vice-roi de Sicile, et pour sa femme dona Isabel (Egl. de Bellpuig).

Les sculptures sur bois (fig. 475) et, notamment, les stalles de la cathédrale de Tolède (1535), entreprises en collaboration avec Philippe de Bourgogne, fournissent déjà une idée plus exacte du talent de Berruguete que les tombeaux précités. Mais les œuvres qui accusent le mieux sa personnalité sont les statues et les groupes en bois polychromes, épaves échappées au naufrage où sombrèrent, vers le milieu du XIX' s., la majorité des retables dont il était Fauteur (fig. 474).

Le Saint-Sépulcre de San Jerônimo de Grenade fournit, lui aussi, une expression excellente du style de Berru-

ESPAGNE

tefois, quand le maître s'abandonne à son tempérament, les figures longues, distinguées et toujours intéressantes trahissent dans leur attitude tourmentée et leur musculature saillante le grand disciple d'un grand artiste exagérant les qualités du maître. La polychromie, s'il en use, est simple et puissante. Il aborde les nus hardiment ; les chairs d'une belle tonalité s'opposent à des draperies oîi domine l'or bruni sans damas ni guillochis. En cela, Berruguete diffère de ses prédécesseurs qui se complaisaient k tailler des figures vêtues de riches tissus ouvragés.

Parmi les nombreux mausolées en marbre dus à Berruguete, la critique se plaît à citer celui du cardinal don Juan de Tavera (Tolède, hôp. de Afuera). Je lui préfère de beaucoup le tombeau du comte et de la comtesse de Salmas (fig. 473), qui a la correction, la richesse, la solennité et, à certains égards, le caractère païen du monument exécuté par Giovanni Mer-

FiG. 475. — A. Berruguete.

Stalle de chœur.

(Musée de VaHadolid.)

((Cliché Lacoste.)

DIEGO DE SILOE

Fio. 476. — Berruc.uete. — Saint-Sépulchk

(San .lèronimo, Grenade.)

(Cliché de r auteur.}

guele(fig. 476). La critique en a fait jadis honneur au rival de Michel- Ange, a ritalien Pedro ToiTigiano. puis à Gaspar BeceiTa. L'examen attentif des personnages, la comparaison du style avec celui des statues authentiques du musée de X'alladolid, l'ensemble comme les détails confirment une attribution que personne ne discute plus aujourd'hui. La composition rappelle celle des Saints-Sépulcres

français, qui apparaissent pour la première fois en 1 370 sur le parement d'autel de Charies V (M. du Louvre) et dont l'hôpital de Tonnerre possède une représentation sculptée qui date de 1453.

San Jerônimo, que les monarques espagnols avaient affecté à la sépulture du Gran Capitân, Gonzalve de Cordoue (1443-1515), présente cette particularité d'avoir été construit et décoré par des artistes appartenant aux écoles du Nord. Son architecte, Diego de Siloé {iup., p. 223), jouissait d'un renom de sculpteur que balançait seule sa réputation d'architecte. On lui commanda une Vierge — très belle — le retable du maître-autel et, sans cloute aussi, les statues orantes de Gonzalve et de sa femme, Maria Manrique, duchesse de Terranova y Sesa (fig. 477). C'était un travail considérable dont il n'aurait pu accepter la charge s'il ne «e fût entouré de nombreux collaborateurs. Le licencié Velasco composa le retable d'après les dessins du maître ; Pedro de Uceda

Fig. 477. — Diego de Sii.oé.

Maria iMANKiyiE.

(San Jéroiiinm. (ircnadc.)

(Cliché de Vanleiir.)

ESPAGNE

FiG. 478. — Diego de Siloé.

(Frag. du retable de San Jéronimo.)

(CAiché de F auteur.)

modela, les figures ; les sculpteurs Juan de Aragon, Pedro Orca et Domingo de Navas furent chargés de tailler les personnages et les ornements que Pedro de Raxis dora et polychroma (fig. 478). L'un des bas-reliefs montre l'artiste peignant le retable. La palette rectangulaire qu'il tient à la main présente à chaque angle un creux en forme de godet où 11 puise avec son pinceau pour composer le ton qu'il prépare. L'un des godets est rempli de blanc ; les autres contiennent de l'ocre jaune, du brun rouge et de l'indigo. Ce sont les couleurs employées dans la décoration et les peintures des églises romanes (sup., p. 129; fig. 125, 264 a 268) et les

seules auxquelles les polychromistes espagnols eurent longtemps recours. Au nombre des imitateurs de Berruguete, on compte Andrés de

Najera, l'auteur des stalles de

San Benito (fig. 479) ; Gaspar

de Tordesillas, à qui l'on doit

le retable de San Antonio Abad

(M. de Valladolid) ; Tudedilla,

qui décora la clôture du chœur

de la Seo de Saragosse; Juan

Rodriguez et Gerônimo Pelli-

cier, dont le retable de l'église

du Parral caractérise la collaboration. Mais le véritable émule

et successeur du maître de Pa-

redesfut Gaspar Becerra (Baeza,

1520; Madrid, 1571). Durant

son séjour en Italie, fréquenta-

t-il, lui aussi, l'atelier de Michel- Ange ? On l'a dit et ses œuvres

en témoigneraient, bien que Vasari, qui l'eut pour élève, ne le

compte pas au nombre des disci-

FiG. 479. — Andrés de Najera.

Saint Jean. Stalles de San

Benito el Real.

(Musée de Valladolid.)

(Cliché Lacoste.)

BECERRA. CIRALTE. TORRIGIANO

l'iG. 480. — Gaspar Becerra. — Maternité.

flieliible de hi cathédrale d'Astor^'-a.)

(Cliché de Vauleiir.)

pies du grand maitre florentin. Nomme pemtre et sculpteur 'de Philippe 11 dès son retour en Espagne (1561). Becerra travailla d abord a la décoration du Pardo, puis il p>eignit à fresque 1 Alcazar de Madrid et sculpta pour l'infante dona Maria le retable du couvent de las Descalzas Reaies de la même ville et, pour la

reine dona Isabel de la Paz, la statue de Nuestra Sefiora de la SolUuJ. Le magnifique retable dont il dota la cathédrale d'Astorga fut son dernier ouvrage (fîg. 480).

Francisco Giralte, qui sculpta le retable et sans doute la belle porte de la chapelle de YObispo a Madrid (fig. 482), et Diego de Solis. a qui Ion attribue les stalles de la cathédrale d'Orense (fig. 481), illustrèrent également la sculpture espagnole.

Après avoir déterminé la transformation des écoles du Nord, l'Italie allait triompher en Andalousie. Cette évolution fut préparée par divers artistes, tels que Nicoluso Pisano et Miguel dit ' le Florentin ", mais avant tout elle fut l'œuvre du célèbre émule et condisciple de Michel- Ange, Pietro Torrigiani, connu en Espagne sous le nom de Pedro Torrigiano (Florence, 1470 ; Séville, 1522). En Andalousie, Torrigiano est représenté par un Saint Jérôme pénitent (fig. 483) et une Vierge du musée de Séville (fig. 484), par un autre Saint Jérôme de l'église Santa Ana de Grenade et par quelques médaillons de marbre. Les statues sont exécutées en terre cuite et polychromées. Ces exemples montrent combien était factice l'indignation contre la sculpture peinte qui s'empara de l'Italie vers le temps de Torrigiano, puisqu'il suffisait aux artistes de quitter leur patrie pour asso-

FiG. 481. — Diego de

Solis. — La Tentation

(S ta lien de la cathédrale

d'Orense ) (Cliché de r auteur J

ESPAGNE

FiG. 482. — Francisco Giralte.

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