L'ARCHITECTURE PLATERESQUE EN FRANCE
platéresque se fait sentir a Besançon, dans les décorations du palais de Granvelle et, dans l'architecture méridionale, depuis le Roussillon jusqu au golfe de Gascogne. A Toulouse, par exemple, Almery Cayla et les Picart entreprennent pour un marchand venu de Tolède, Juan de Bernuy, l'hôtel qui a conservé son nom (lycée actuel) et le projettent dans le style proto-manouélm ; mais Privât le termine, en 1 533, dans le style platéresque de Burgos. La porte de la Dalbade exécutée vers 1 537 par Michel Colin rappelle l'hospice de la Cruz de Tolède (fîg. 462), tandis que l'hôtel Burnet et l'hôtel d'Assezat sont inspirés de l'architecture de Salamanque. Et pourtant l'hôtel d'Assezat est l'œuvre d'un eleve de Michel-Ange, Nicolas Bachelier (1485-1570), qui fut 1 une des grandes figures artistiques delà Renaissance. En dépit de son éducation, il avait subi le charme de l'architecture espagnole.
Les demeures des grandes familles, au temps de Philippe 11 et de ses successeurs, abritent souvent aujourd'hui des ménages d'ouvriers, des ateliers, des entrepôts. L'on a percé des fenêtres nouvelles, fermé ou démoli les galeries supérieures, substitué des plafonds aux artesonados, multiplié les divisions, replâtré les murs. 11 en résulte que les intérieurs fournissent peu de renseignements nouveaux. On reconnaît pourtant que le palio est toujours le centre et le point de départ de la division. En revanche, les esca-
l'iri. 4''Ô. — SAHAfiOSSK. — LONJA.
((^liclic de l\Tiitciir.>
ESPAGNE
liers à volée droite prennent des dimensions inusitées jusque-là. L'architecture civile n'emploie plus guère la voûte. Les patios, les cloîtres eux-mêmes reçoivent des planchers sur solives apparentes. Le luxe des soffites sculptés, peints et dorés, semble croître. Les pentures, les clous de portes, les grilles des fenêtres, les balcons, les fanaux en fer forgé et ciselé sont de véritables œuvres d'art. Les cuirs, les damas, les tapisseries, les faïences restent en faveur dans les riches demeures, où leur style s'harmonise avec celui de l'architecture.
Le tombeau de Martin Vâsquez de Arce est un magnifique exemple des arts platéresques où la statuaire accuse d'une manière manifeste les tendances signalées dans le tombeau de Juan de Padilla (fîg. 369). Comme le page d'Isabelle, le jeune héros a trouvé la mort dans un des nombreux engagements qui précédèrent la prise de Grenade. 11 est représenté à demi étendu, un livre à la
main, accoudé sur un faisceau de lauriers (fig. 470). Parmi les sculpteurs espagnols, le seul à qui l'on puisse attribuer ce tombeau, si l'on considère la date où il fut érigé, le beau style florentin de la figure et le caractère platéresque du décor, est le Valencien Damiân Forment. Il fut parmi les premiers qui fréquentèrent les ateliers italiens. Toutefois, s'il s'inspira de Donatello pour les figures, il resta fidèle aux vieilles traditions nationales dans le tracé, l'architecture et la peinture de ses œuvres religieuses. Forment, qui se rattache aux écoles du Nord, puisque sa patrie artistique fut l'Aragon, a laissé
Fig. 466. — Diego de Riano.
HÔTEL DE Ville. (Séville.)
(Cliché Lacoste.)
Fig. 467. — AlcalA
DE IIeNARES.
Fi:nî;tke d(i palais.
(ClUhc de l\itileiir.)
DàMIAN forment. FELIPE DE l'ICARNl
FiG. 468. — CiUDAD Rodrigo.
Porte dangi.k armoriée.
(Cliché de r auteur.}
^^^ quatre retables, en outre de ceux ^^^1 de Barbastro et de Poblet aux- ^^mMMMMHJI^ ^^^I I quels il aurait collaboré. Chacun ^^^^^^^^^B\ ^H| d'eux suffirait son nom.
^^^^^^^^^5 BR ^^ premier en date, celui de
^I^P jt 'f t Nuestra Sefiora del Pilar, à Sa-
ragosse, fut commencé en 1 509, et terminé six ans plus tard.
La composition est simple ; l'exécution, incomparable. Le retable de San Pablo, également à Saragosse, et celui de la célèbre abbaye de Monte Aragon, que Ton voit aujourd'hui dans la paroisse annexée à la cathédrale de Huesca, furent entrepris entre 1516 et 1520. Enfin, le 10 Septembre 1520, Forment commençait le retable de la cathédrale de Huesca, dont l'exécution devait
absorber les treize dernières années de sa vie.
Ce fut un artiste de Burgos, d'origine française, qui, au milieu
de sa carrière, se laissa le premier conquérir par l'Italie. Philippe
de Bourgogne, connu en Espagne
sous le nom de Felipe de Vi-
garni. fut choisi par le cardinal
Cisneros pour tracer le retable
de la cathédrale de Tolède ( 1 50 1 ).
Il ne s'était pas encore écarté
des voies artistiques où ses maîtres
l'avaient engagé ; aussi bien, est-ce
dans le style gothique flamboyant
et en bois de mélèze qu'il l'entreprend avec le concours de Peti
Juan (un Français), d'Alfonso
Sanchez, de Sébastian de Almo-
nacid, de Diego Copin de Holanda
et de dix-sept autres sculpteurs
renommés. Le retable est partagé
en cinq registres, et chacun d'eux
en quatre compartiments où sont
FiG. 469. — Santiago.
Maisons sur arcades.
(Cliché de railleur.)
ESPAGNE
FiG. 470. — DamiAn Forment.
Tombeau de Martin VAsquez
DE Arce. (Cathédrale de Sigûencia.}
(Cliché de Fauteur.)
représentés divers épisodes de la vie du Christ et de la Vierge. Il est surmonté d'un calvaire aux proportions énormes et comporte une infinité de niches, de consoles et de pinacles qui portent ou abritent un monde de prophètes et de saints.
Vers 1 506, bientôt après l'achèvement de cette œuvre colossale, Philippe de Bourgogne exécutait les bas-reliefs en albâtre du Tras-Sagrario, adossés au maîtreautel de la cathédrale de Burgos (fig. 471). L'évolution artistique de l'auteur y est déjà manifeste.
Le retable de la chapelle royale annexée à la cathédrale de Grenade, que Philippe de Bourgogne commença en 1 520, comprend dans la prédelle quatre bas-reliefs curieux, relatifs à la reddition de la ville aux Rois Catholiques et au baptême de ses habitants, et, dans les registres supérieurs, quelques bonnes statues. Il fut conçu et traité dans le style de la Renaissance italienne, plusieurs années avant que Forment ne signât à Huesca le dernier chef-d'œuvre de l'art gothique.
Ce détail suffirait à le rendre intéressant. Au pied du retable, on remarque les statues polychromes des Rois Cathohques (fig.
472), bien précieuses, aussi, parce qu'elles furent modelées au lendemain de leur mort et d'après leurs meilleurs portraits (fig. 395).
Quand Navagiero visita la chapelle royale (1526), il les vit, en effet, à la place qu'elles occupent aujourd'hui.
Fig. 471. — Felipe de Vigarni.
Le Crucifiement.
(Cathédrale de liurgos)
(Cliché Lévy.)