PEINTRES DE LA PÉRIODE PLATÉRESQUE
FiG. 484. TORRIGIANO.
La \'ikrgk kt i.k Divin Enfant.
(Musée de Séville.)
(Cliché Lacoste.)
L'élève favori de LIanos fut Vicente
Macip. Ses peintures, où se révèle le
désir d'imiter Raphaël, sont exécutées
dans un sentiment religieux qui en fait
le principal mérite. Ce sentiment s'exalte
encore chez son fils, Juan de Juanes
(Fuente la Higuera, 1 507 ? — Bocai-
rente, 1 379). un artiste consciencieux,
d'une individualité fort accusée et à
qui la critique n'a pas toujours rendu
justice. Un séjour en Italie, durant
lequel il reçut, dit-on, les conseils de
Jules Romain, lui fut profitable, mais
n amoindrit pas sa personnalité. Les
têtes de christ étudiées avec amour
et piété lui appartiennent au propre
(hg. 485). Dans ses portraits, d'ailleurs
excellents, il rappelle le Bronzino.
Bien que Luis de Vargas (1502-
1 568) procédât, comme Juan de Juanes, de l'école de Raphaël,
des différences notables existent entre les deux maîtres. Elles tiennent a ce que Luis de Vargas défendit moins sa personnalité que
Juan de Juanes. Son célèbre tableau dit de la Gamba (cathédrale
de Séville), qui représente la génération temporelle du Christ, est une peinture italienne, correcte, d'une couleur chaude et dorée, mais d'une clarté uniforme et où la formule se substitue trop souvent à l'émotion.
Luis de Vargas est encore l'auteur d'une Adoration des Bergersi^g. 486) et d'une Piéta (fig. 487) où l'on relève les qualités et les défauts de la Gamba et d un Jugement dernier (Couvent de la Misericordia, Séville) dont il ne reste que des vestiges. Cette distinction un peu conventionnelle, cette correction académique furent communes à tous les peintres valenciens et andalous de l'époque de Vargas.
Fig. 485. — Juan de Juanes.
•• EccE Homo ".
(Musée du l'rado.)
(Cliché Hachette./
ESPAGNE
FiG. 486. — Luis de
Vargas. — Adoration des
Bergers. (Partie cenlrale du
retable de la chapelle
du Nacimiento, Séinlle.)
(Cliché Lacoste.)
Aucun d'eux ne laissait présager l'éveil prochain d'une école promise aux plus glorieuses destinées. En effet, 1 époque arrive où l'architecture platéresque perdra son caractère pour se rapprocher de l'architecture italienne pseudo-classique ; en revanche, la peinture et la sculpture, brisant les liens qui les retenaient captives, ne s'inspireront que de la nature, n'obéiront qu'au génie national. Cette époque est celle que l'Espagne isole et célèbre sous le nom de Siècle d'Or.
Le Siècle dOr comprend la période qui s'ouvre vers 1 560 et se prolonge jusqu'à la fin du XViF s. Il est pareil à une merveilleuse couronne où s'enchâsseraient les gemmes les plus précieuses qu'ait produites le génie espagnol : Fray Luis de Leôn, Cervantes, Guillén de Castro, Lope de Vega, Calderôn, dans la littérature ; Murillo, Vélasquez, dans la peintu-
re ; Juan de Juni, Gregorio Fernândez, Montanés dans la sculpture ; Morales, Salinas dans la musique. Seule, l'architecture est en décadence. Le Siècle d'Or est pour elle le Siècle de l'Escorial (fig. 488, 489).
Commencé en 1 563 par Juan Bautista de Tolède et terminé en 1 584 par Juan de Herrera, le monastère royal de San Lorenzo pèse de la masse triste de ses granits sur la période que ferme, à Saragosse, Nuestra Senora del Pilar (fig. 572).
Il fut fondé par Philippe II pour accomplir un vœu fait à saint Laurent dont il avait canonné l'église pendant le siège de Saint-Quentin. Aussi bien,
Fig. 487. — Luis de Vargas.
PiÉTA. (Retable de Santa Maria
la lilanca, Séville.)
(Cliché Lacoste.)