L'ARCHITECTURE AU SIECLE D'OR
FiG. 488. — JlAN DE HeRRERA. — MONASTÈRE ROYAL DE SaN LoRENZO.
(El Hscorial.) fCliché Lacoste.)
rédifice a-t-il la forme d'un gril (280 m. sur 1 56), afin de rappeler sur quel instrument de supplice le saint souffrit le martyre. Le manche est figure par le palais, et les pieds sont représentés par quatre tours hautes de 55 m. (fig. 488).
Le patio de los Re\)es, où l'on pénètre d'abord, est bordé de colonnes sur deux côtés. Au fond, s'élève la façade de l'église, précédée de larges degrés et ornée de six colonnes doriques portant les statues colossales des rois de Juda. Tout cet ensemble est austère, gris et compassé.
L'église, dont les dispositions furent copiées sur celles de Saint- Pierre de Rome a l'époque où triomphait la croix grecque avec Perruzzi et Michel-Ange, est traitée dans le même esprit que les façades (fig. 489). Seule la Capilla Ma\)or{ait exception. Le retable, haut de 30 m. environ, est l'œuvre de Giacomo Trezzo de Milan. C est un monument classique, aux ordres de colonnes étages, construit en marbre de couleur, couvert d'ornements dorés, peuplé de statues de bronze plus grandes que nature et orné de peintures par Pellegrino Tibaldi et Francisco Zuccaro. A droite et à gauche, s'ouvrent les oratoires, également ornés d'une profusion de marbre et de dorures, ou sont placés deux groupes célèbres, modelés et fondus en bronze par Pompeo Léoni {inf., p. 255) — du côté de l'Evangile, Charles-Quint et sa famille; du côté de l'Epître, Philippe II et les siens. — Enfin, du même côté de l'Epître, on voit une sorte de fenêtre d'où Philippe II assistait aux offices sans sortir de ses appartements et sans quitter son fauteuil de goutteux.
FiG. 489. — Eglise de l'Escorial.
Nef et abside.
(Cliché Lacoste.)
ESPAGNE
Le caveau royal fut construit au XVI ^ s. par Crescenzi. L'escalier, le Pudridero où les corps séjournent cinq ans et la salle octogonale oîi ils sont portés après ce délai sont d'une richesse excessive. L'entrée occupe un des côtés de l'octogone et l'autel le côté opposé. Sur les six autres sont disposées quatre rangées de niches renfermant chacune un cippe de forme antique en marbre noir avec un cartouche au nom du monarque dont le tombeau a reçu la dépouille.
Bien qu'elle fût en opposition avec le génie artistique de la nation, l'architecture froide et nue de l'Escorial jouit d'un demi-siècle de faveur. La sévérité du style s'accentue même à Valladolid, dans la cathédrale de l'Asunciôn, commencée en 1 585 par Juan de Herrera sur des dimensions
si colossales qu'elle n'a jamais été lime, et dans l'église de l'Incarnaciôn, édifiée à Madrid par Juan Gomez de Mora.
Déjà l'architecture s'humanise dans l'immense Séminaire Diocésain ou Seminario Conciliar (20 000 m. q.) dont les Jésuites firent dresser le projet par ce même Juan Gomez de Mora et dont la première pierre fut posée le 12 Novembre 1617, sous le règne de Philippe III (1598- 1621). Il est vrai que, les travaux ayant duré I 38 ans, chaque étage reflète le goût de l'époque où il fut construit (fig. 490). Le fronton avec son cadre sinueux au centre duquel se détache YAs-
Fig. 490. — Juan Gomez de Mora.
Sk.minaire Diocésain.
(Salatuanqiie.}
(CJiché de Vauleur.)
-{RCHfTF.CTLRE CIVILE
JM
soniplion Je la l lerge et que surmonte un Saint Ignace colossal est déjà très orne. Mais les clochers latéraux, le dôme central, les contreforts et les pmacles, d'ailleurs de grande allure, sont d'une richesse encore plus accusée. L'eghse est en croix latme à trois nefs. Les bascôtés sont sépares de la nef centrale par quatre belles arcades auxquelles répondent autant de chapelles des collatéraux. Ln entablement d ordre dorique avec métopes, triglyphes et corniche saillante supporte la voûte plein cintre. Au-dessus de chaque chapelle existe un balcon qui court le long du transept et du chœur. Enfin le dôme octogonal repose sur des pendentifs décorés d'immenses écus aux curmes d'Espagne.
Le règne de Philippe IV (1621- 1565) se signale par la construction de San Isidoro el Real, la cathédrale toujours provisoire de Madrid. Des revêtements de marbre, des pilastres décorés de bronzes dorés, un éteige en triforium composé de tribunes ou plutôt de loges de théâtre donnent à l'intérieur un caractère mondain que ne laisse pas pressentir la nudité de la façade.
Les constructions civiles sont moins sévères que les constructions religieuses. Juan de Herrera luimême se départait en pareil cas de son excessive froideur, comme en témoignent les maisons qu'il a bâties (fig. 491) et le bel escalier de la Lonja
de Seville (1583-1598).
Fig. 402 — Astorga. r - i
iiA^,-. ^^ .. ^ La même observation
HÔTEL DE VILLE. , ,. • l T~>I
(Cliché de i auteur.) S applique à la Plaza
Fig. 4QI. — Juan de
IIkhrera. — Maison de José
DE LA Calle. (Plasencia.j
(CJichc Lacoste.}
ESPAGNE
FiG.