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l'humanité du supplicié. Ces légères fautes de goût, compensées par la grandeur artistique de l'œuvre et la vaillance de l'exécution, s'atténuent pour ne laisser briller que les qualités de l'artiste dans la Virgen de los Cuchillos [Vierge des Epées, fig. 496), une variante de ces Vierges de Pitié qui apparaissent pour la première fois dans les manuscrits français du XIV' s. finissant. Affaissée au pied de la croix, les jambes repliées dans l'attitude particulière que prennent les Espagnoles durant les offices religieux, le visage tragique, sillonné de larmes, la mère du Christ a la beauté d'une femme que les ans ont ménagée tout en laissant des traces de leur passage. La robe est rouge foncé, damassée ton sur ton ; le manteau est indigo, réchauffé par des arabesques brunes d'un beau
dessin. La figure semble dorée; le dernier rayon de soleil du Gol-
gotha l'enveloppe et l'illumine.
Cristobal Velâsquez, de qui l'on connaît une très belle Annon-
cialion (fig. 497), dans
cette même église de Las
Angustias ou l'on admire
la Virgen de los Cuchillos, occupe une place
honorable a côte de Juan
de Juni.
Gregorio Fernândez
ou Hernândez, le maitre
incontesté de l'école castillane (Galice, ] 566 ;
X^alladolid, 1636), ne
s inspire ni de Berru-
guete, ni de Becerra. Son
œuvre ne présente aucune
FiG. 5oo — Juan de Arfi:
Saint Michhi..
(Musée de Salatttan^ite.f
(Clithé Lacoste. )
Fui. 5oi.
— Jlan de Arfe. — Don Cristobal
DE ROJAS Y SaNDOVAL.
(San Pedro, Lerma.) (Cliché Lacoste.)
FiG. 502. — MONTANÉS. — SaINT
JÉRÔME. (Retable de San Jéronimo,
à Saiiliponce.)
(Cliché de Van leur.)
ESPAGNE
trace de formules, aucune recherche apparente, aucun effort visible. Sa perfection les ignore. Alors que Juan de Juni recourt aux damas participant de l'éclat de l'or, le maître galicien semble travailler sur l'argent et l'ivoire, et, qu'il peigne des chairs ou des étoffes, il les rend avec un égal souci de la vérité. Les œuvres où cette gamme apaisée fait défaut lui sont attribuées à tort. De ce nombre, sont les groupes ou pasos du musée de Valladolid, que les membres des confréries portaient dans les processions durant la semaine sainte. Il y a dans ces figures vigoureuses la plus étrange collection de rufians, de valets de bourreau et de bandits qui se puisse rêver en une nuit de cauchemar. Sous les apparences des persécuteurs du Christ, les suppôts du monde picaresque ressuscitent avec leurs visages
enluminés, leurs vêtements déguenillés, leurs faces patibulaires.
En revanche, la Pietà et le Baptême du Christ (fig. 498) du musée de Valladolid appartiennent bien en propre à Hernândez. Il en est de même de la Virgen de las Angustias {Vierge des Angoisses, fig.
499), le chef-d'œuvre de la statuaire peinte du Nord. Les yeux profonds, cernés d'une auréole bistre forment deux taches tragiques sur la figure pâle q u'accompagnent les lèvres décolorées de Marie. Une cape grise avec un simple filet blanc sur le bord et, au-dessous de la cape, un voile en mousseline crème bordé d'une raie noire très fine entourent le visage.
La tête, comme les étoffes légères
Fig. 5o3. — Montanés.
Ckucikix. (Sacristie de Los Calices
(lalhcdrale de Séinlle.)
(Clictic Lacoste.)
- GREGORIO HERNÀNDEZ
FiG. 504. — MoNTANÉs. — Christ
TOUT-PUISSANT (San Loreni^o, Séville.)
(Cliché de r auteur.)
qui renveloppent. prennent ainsi un aspect aeiien.et céleste, tandis que la robe brune avec des reflets sanglants et la note d'ocre jaune mise au revers des manches ramènent la pensée vers la terre. Une draperie d'un noir bleuté, tel un manteau de deuil, tombe en grands plis sur le sol. Les yeux et les larmes, qui des paupières roulent sur les joues sont en verre. Très habilement rattachées à la polychromie, ces incrustations en augmentent l'effet saisissant. Anténor et Phidias avaient précédé Juan
de Juni et Gregorio Hernândez dans cette voie pleine de périls.
Hernandez n'était pas mort, sans doute, quand un artiste portugais,
Manuel Peyrera (? 1600-Madrid 1667) vint s'établir à Madrid.
Sa réputation grandit très vite. Le Saint Bruno de la Chartreuse
de Miraflores montre qu'elle était méritée. La statue est peinte sans adjonction d'or ni de damas. Seules, la mitre et la crosse portent des traces de métal et tranchent sur les blancs de la robe et du scapulaire, dont la tonalité chaude et puissante laisse deviner par transparence un dessous métalhque.
L'histoire de la sculpture en Castille serait incomplète si l'on ne citait pas les œuvres des Léoni, qui, durant trois générations, furent les favoris de Charles-Quint puis de Philippe II, et qui exercèrent une action incontestable sur la technique des fondeurs espagnols. En outre des groupes et des figures exécutés pour l'Escorial, ils sont
FiG. 5o5. — Montas Es.