SCULPTURE - ÉCOLE FRANCO-ITALIENNE
caractères distinctifs de la race doit
être attribuée à Ihabitude qu'avaient prise les sculpteurs de terminer leurs études à Rome, aux
subventions gouvernementales que
recevaient, a cet effet, ceux dont
le talent était officiellement reconnu
et à la suprématie donnée à des
artistes étrangers. De ce nombre,
fut Robert Michel, qui, après
avoir étudie la sculpture à Lyon,
Montpellier et Toulouse, était
venu a Madrid en 1 752. Nommé
directeur de l'Académie de San
Fernando, il collabora, en tant
que statuaire, a tous les édifices
civils et religieux construits durant le règne de Charles III.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la sculpture se soit
de plus en plus attachée à la beauté profane. Les anges sont modelés
d'après des jeunes filles rieuses ; les saintes ont la grâce d'Aphrodite ;
les religieuses ressemblent à de délicieuses mondaines déguisées.
, Le Bernin revit et, sous le voile
et le scapulaire des carmélites, reparaît sa Sainte Thérèse en extase blessée au cœur par une flèche que lui décoche l'amour divin, un bel enfant aux cheveux bouclés, à la bouche mutine. Est-il utile d'ajouter que ce sont là des œuvres de décadence, étrangères à une tradition qui, loin de tomber dans la mièvrerie, se distingua toujours par la pureté de goût et le culte de la forme ?
Considérée dans son ensemble, c est encore avec les écoles fran-
P , ^ ^ çaises que l'école de sculpture
FiG. og2. — GovA. — Portrait 1 1 1 t rr •
DE Glillemardet. espagnole a le plus d affinité ;
(Musée du Louvre. f (Cliché Giraudon.) mais elle ressentit plus longtemps
ESPAGNE
FiG. 593. — Goya. — Maria Luisa.
(Musée du Prado.) (Cliché Lacoste.)
qu elles 1 émotion religieuse et
resta plus longtemps fidèle à
la statuaire peinte. Les grands
maîtres montrèrent en fouillant
excellemment le marbre blanc
que leur prédilection pour le bois
et la polychromie ne naissait ni de
leur incapacité, ni de leur ignorance. Dans leur esprit, comme
dans celui des artistes grecs, la
couleur, loin de nuire à la forme,
rehaussait sa beauté. A cet égard,
la sculpture espagnole est une et
vraiment nationale. Aussi bien, les
différences entre les écoles du Nord
et du Sud tiennent-elles plutôt au
choix des sujets qu'au style proprement dit. Le Nord recherche
les épisodes dramatiques et sanglants. Le Sud, sans les dédaigner,
les emprunte plutôt qu'il ne les crée. Epris de la beauté féminine,
dont les artistes ont sous les yeux des types parfaits, il marque sa
prédilection pour les années heureuses de la Vierge ou les traits
glorieux de sa vie. Les œuvres sorties des ateliers du Nord refléteraient-elles la tristesse des granits de la Castille ? L'art du Sud serait-il imprégné de la chaude coloration des feuilles et des fleurs poussées entre le cristal des ruisseaux et l'azur profond du ciel, ou bien aurait-il, lui aussi, gardé un reflet persistant des traditions apportées d'Orient {sup., p. 280 a 282) ?
L'école de peinture de Madrid avait succédé à l'école de Séville et poursuivait sans éclat une carrière où elle avait débuté sans gloire {sup., p. 278, 279), quand Phihppe V, désireux de donner aux arts une vie nouvelle,
iSÉ^JT'
FiG. 594. — Goya.
La Déclaration.
(Collection du marquis de la liomairo)
(Cliché Lacoste.)