GOYA
FiG. 6q5. — Goya. - (Musée du Prado.)
La Maja desnuda.
(Cliché Hachette.)
appela en Espagne des niaities français.
Au nombre des peintres qui répondirent au desir du monarque étaient René - Antoine Houasse, envoyé par Lebrun, et son fils. Michel- Ange Houasse (1675- 1730). Jean Ranc, le Fiieilleur eleve de Rlgaud et plus tard Louis- Michel Vanloo, qui vécut en Espagne, de 1735 a 1 752, succédèrent tour a tour à Michel-Ange Houasse dans le charge de premier peintre du roi. A la même époque, Vantivelli, Amiconi. Corrado, Procaccini, les Tiepolo arrivèrent d'Italie et, a la franchise, à la sincérité, à l'étude attentive de la nature, succédèrent le maniérisme, l'habileté et la convention.
Peut-être, Raphaël Mengs (1728-1779), un Allemand italianisé et le meilleur représentant de X académisme avant David, eût-il conjuré la décadence, si, comme les Carrache, il ne s'était laissé séduire par un fâcheux éclectisme qui paralysa ses efforts.
A peme, durant la seconde moitié du XVlir s., peut-on citer Luis Menéndez (Naples 1716-Madrid 1780), fils et élève de Francisco Antonio, miniaturiste de Philippe V. Il peignit quelques tableaux religieux et de bons portraits, mais, de toutes ses œuvres, les natures mortes et les tableaux de fruits furent celles qui assurèrent sa réputation. Classées sous les noms de bodegon et defrutero, le Prado ne possède pas moins de trente-neuf toiles de Menéndez provenant du palais d'Aranjuez. En général, elles sont bien composées et
présentent des qualités sérieuses.
Sous le règne de Charles 1 1 1( 1 759- 1 788), l'influence des Italiens décroît et, sauf la grande peinture décorative, où régnent Tiepolo et ses élèves, les faveurs du public sont acquises aux Boucher, aux Lancret,
FiG. 596. — Go va. - (Musée du Prado.)
La Maja vestida.
(Cliché Hachette.)
3oi -
ESPAGNE
FiG. 597. — Goya.
La Torera.
(CoUeclion La^aro,
Madrid.)
aux Watteau, aux Nattier, aux Fragonard, aux Natoire, aux Ollivier, aux Traverse.
Barthélémy Ollivier, né à Marseille, imitait Pater ; Charles de la Traverse, attaché à l'ambassade française du marquis d Ossun, avait reçu les leçons de Boucher et en avait profité. Durant son séjour à Madrid, il forma de nombreux élèves. Le meilleur. Luis Paret y Alcâzar (Madrid, 1 747-1 799), se distingua dans la représentation des fêtes populaires, les romerias, où tout un peuple s'agite, ivre de joie et de plaisir. C'est encore une foule devinée bruyante qui se presse sur la Puerta del Sol, qu'il se plaît à représenter. Carrosses aux mules empanachées, brise-cœurs et cœurs-à -briser populaires, majos et majas, moines, prêtres, cavaliers et piétons s'y pressent et tâchent de se faire place. Paret peignit également les ports d'Espagne dans le goût
de Joseph Vernet, des fleurs, des scènes empruntées à la vie
palatine (Musée du Prado). Enfin il illustra divers ouvrages tels
que le Parnasse de Quevedo et
les Nouvelles de Cervantes.
L'époque était indécise et les
artistes cherchaient leur voie, quand
parut Goya (fig. 600), un des plus
grands peintres de l'Espagne et,
aussi, l'un des plus personnels. Francisco Goya y Lucientes (Fuente de
Todos I 746- Bordeaux 1 828) avait
étudié à Saragosse, dans l'atelier de
José Lujân Martinez, fondateur de
1 académie de San Luis avant de venir
à Madrid aider son ami Francisco
Bayen à la décoration du palais
royal dirigée par Mengs. Vers 1 773,
il part pour l'Italie, étudie les œuvres
des maîtres, cherche à deviner leur
technique au lieu de les copier et
rentre dans sa patrie après une
Fig. 5u8. — Lopkz. — Duc
DE 1,'Infantado.
(Musée d'Art Moderne, Madrid.)
(Cliché Lacoste.)
GOYA. — Portrait d'Isabel Cobos de Porcel
f Londres. National Galleryj
Plan'chk IV
COVA
FiG. 5oo. — LopEZ. — La reine
Marie-Christine.
(Musée du Prado.) (Cliché Andersoii.)
absence de deux ans. Mengs, qui voulait vivifier la manufacture de tapis de Santa Barbara, rappelle auprès de lui le jeune peintre et le charge de composer une suite de cartons. Ce sont : le Déjeuner sur F herbe, la Danse au bord du Manzanares, la Balançoire, la Dispute à l'auberge neuve, la Noce villageoise, le Colin-maillard, une collection de quarante sujets riants et gracieux. A partir de 1791, Goya traite avec non moins de fraîcheur et d'entrain, mais avec une technique plus soignée, une série de vingt-deux petits tableaux commandés par le duc d'Ossuna et dont les sujets sont également populaires.
Le coloris en est clair et nacré ; les types sont étudiés avec malice.
Dans rEntcrremenl de la sardine, l'Inquisition, la Maison des
Fous, les Flagellants, apparaissent l'esprit frondeur et le sens du
tragique qui caractérisent les
dessins satiriques de l'artiste
connus sous le nom de capri-
chos, les eaux-fortes et les
compositions historiques. Les
portraits de V Infant D. Luis
et de sa famille, du Comte de
Florida Blanca (1783), du
(jénéral Urrutia (1798), du
Duc JAlbe (1799), de la
Famille deCharles IV 0800),
de la Marquise de Espega
(fig. 589), d'Isabel Cobos de
Porcel (pi. IV), de la Belle
Libraire (fig. 590), les portraits
équestres de Charles IV et de
la Reine Maria Luisa en jlonel des Gardes (fig. 593)
Fig. Tkx). — Lopez. — Portrait de Goya (Musée du l'rado.) (Cliché Lacoste.)
ESPAGNE
FiG 6oi. — Porcelaine de
l'ancienne fabrique du
BuEN Retiro,
(Musée du Prado.) ((Jiché Lacoste.)
du Corps font parfois songer à Rembrandt et à Vélasquez, tandis que le Jeune homme en gris, le portrait du peintre Bayen (fig. 591) et même celui de Ferdinand Guillemardet, ambassadeur de France à Madrid en 1 798 (fig. 592), rappellent plutôt par la transparence et la légèreté de touche les œuvres de Reynolds et d'Hogarth. Goya disait qu'il devait tout à Rembrandt, à Vélasquez et à la nature. Cette dernière lui avait appris la sincérité, et il la pratiquait sans concessions, quoi qu'il en pût coûter de désillusion à ses modèles et quel que fût leur rang social. Le portrait de la Sœur de Charles IV en témoigne
tout comme le visage tourmenté de Maria Luisa. Aussi bien, faut-il
croire l'artiste quand il incarne les séductions de l'Espagnole dans
ses jeunes femmes (fig. 594) et dans
ses majas (fig. 595, 596). La Maja
desnuda n est peut-être pas belle
d'une beauté classique ; du moins,
elle est mille fois dangereuse avec
sa peau de nacre, ses seins et ses
hanches menus, sa lourde chevelure
et ses yeux pleins de promesses.
Rien de plus vaillant, dans son
calme souriant, que \a Jeune Torera
(fig. 597), rien de plus charmant
aussi que les manolas sensuelles et
voluptueuses qui, sur le dôme de
la chapelle de la Florida, près de
Madrid, considèrent saint Antonin
ressuscitant un mort et que ces anges
au visage délicat, au teint fardé, qui
soutiennent le coupole et qu'il étudia
d'après les comédiennes réputées pour
Fio. 6o2. — Vase en faïence
DE TaLAVERA.
(Musée du Prado.) (Cliché Lacoste.)