PEINTURES RELIGIEUSES DE GOYA
FiG. 6o3. — Hercule délivrant Hésione.
Porcelaine de la Moncloa.
(Musée du Prado.) (Cliché Lacoste.)
leurs attraits.
L'on a reproche à Goya d avoir ouvert le paradis à des célébrités bien profanes. La vérité est que nul artiste en Espagne n'eut moins que lui le sens du religieux. Le Triomphe de la Vierge de Nuestra Senora del Pilar. le Saint Bernardin de
San Francisco el Grande, le Saint François Borgia de la cathédrale de X'alence sont des compositions froides et pourtant païennes. Peut-être Goya ne parvint-il jamais à traduire l'état de béatitude et de pureté célestes parce que chez lui l'imagination ne se substituait jamais aux yeux. De même qu'il ne déguisa jamais la vérité, fût-ce devant des modèles princiers ; de même, il aperçut le paradis à
travers le théâtre et le peupla des anges qu'il eût aimé y rencontrer ; de même, aussi, ses tableaux reflètent deux périodes bien opposées de l'existence politique du pays. Au début de sa carrière, il rend à miracle la douceur de vivre que connut l'Espagne sous les règnes de Charles III et de Charles IV. De cette époque datent la Promenade en Andalousie, le Jeu de paume, la Boutique de faïences, la Moisson, la Fleuriste, le Colin- Maillard, les Lavandières du Manzanares, la Balançoire. Mais soudain l'horizon s'obscurcit, l'orage gronde, éclate et tantôt avec le pinceau, tantôt avec la pointe, Goya se consacre à reproduire les tragédies qui, depuis
FiG. 604. — Vase.
(Cathédrale de liurfros.}
(Cliché Lacoste.)
ESPAGNE
Témeute d'Aranjuez jusqu'à la fin de 1814, ensanglantèrent sa patrie et, soit qu'il peigne ou qu'il grave, il n'atténue ni la férocité sauvage, ni l'héroïsme sombre de l'àme épique de l'Espagne. Les tableaux dits du Dos de Mayo (2 Mai), tels que les Fusillades sur la montagne del Principe, la Charge des Mamelucl^s, témoignent que du paradis il est descendu aux enfers sans transition ni retour vers un passé évanoui.
Le dernier peintre que l'on puisse rattacher à cette période fut Vicente Lopez y Portana (Valence, 1772 : Madrid, 1850), un portraitiste de grand talent devant qui posèrent le duc de l'Infantado, la reine Christine et Goya (fig. 598 a 600).
En 1 720, Philippe V fondait à Madrid la manufacture de Santa Engracia, que Charles III favorisa plus tard et qui exécuta, d'après Goya, les tapisseries du palais de l'Escorial. Les installations des fabriques de porcelaine du Buen Retiro, d'Alcora de Talavera et de Moncloa (fig. 601 à 603), furent dues aux mêmes influences souveraines. Il en sortit des œuvres charmantes, qui font souvenir parfois de l'excellence de l'Espagne dans la statuaire polychrome mais dont la technique resta française. Les sculpteurs et les peintres ornemanistes de toute classe atteignirent eux aussi à la perfection (fig. 604) et, comme les céramistes, suivirent de près les routes tracées par leurs confrères d'au delà des Pyrénées.
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S,VSPECI£S/|
FiG. ôo5. — Portp: de Tolède, a Madrid. {Cliché Lacoste.)