‹ Histoire générale de l'artChapitre 34 sur 222 · SANTA MARIA DE NARANCO · texte numérisé non relu

SANTA MARIA DE NARANCO

FiG. i38. — Santa Ckistina DE Lena. — Fenêtre poly-

LOBÉE DE l'abside.

(Dessin de l'auteur.}

nervées d'origine perse {sup., p. 7, 8, 25 ; fig. 26, 30, 66) qui de deux siècles encore ne prévaudront pas dans le reste de l'Europe. Leur adoption par les architectes astunens constitue un fait d'une importance archéologique si grande et, néanmoins, si méconnu qu'il a paru nécessaire d'y insister.

Les écus placés au centre des tympans, les liens qui relient les doubleaux a ces écus (fig. 142), les chapiteaux en forme de pyramide tronquée (comp.

fig. 35) ainsi que les lions, les chasseurs et les molosses qui les ornent (fig. 143) sont des motifs de décoration communs à Santa Cnstina de Lena et à Santa Maria de Naranco. Plusieurs se rattachent à des thèmes iraniens connus ou à des thèmes musulmans qui en dérivent.

Quelle était la destination première de Santa Maria ? Il ne s'agissait, semble-t-il, ni d'une éghse comme Santullano, San Miguel ou Santa Cristina, ni d'une chapelle-reliquaire analogue à la Câmara Santa, — l'édifice eût été trop grand et trop mal défendu pour lui confier de précieuses reliques. — En revanche, les dispositions du plan, la présence et l'orientation de la terrasse, une décoration naïve mais riche, tout fait songer à des pièces détachées d'un palais champêtre. La nef centrale aurait constitué la salle de réception, tandis que le monarque aurait occupé d'habitude la petite pièce de l'Ouest, Quant à celle de l'Est, bien reliée a la grande nef et, partant, facile à isoler au moyen de rideaux glissant entre les colonnes, elle aurait reçu un autel et servi d'oratoire,

Fig. i3'j.

— Santa Cuisitna dk Lena

(Plan, fig. 12).

(Cliché de V au leur.)

ESPAGNE

FiG. 14U.

Santa Cristina dk Li;.\a. xVppli UAUTEi. (Voir fig. i3q).

idlichi' Lacoste-

alors que les offices réguliers se célébraient à San Miguel. Telle est la disposition traditionnelle des petites chapelles palatines, décrites par Guillén de Castro dans la Jeunesse du Cid. Cette identification est confirmée par une inscription découverte dans le monument et par les chroniques de l'Albeldence et de Sébastian de Salamanca.

Ces textes, contemporains de la construction, nous apprennent, en effet, que l'édifice désigné aujourd'hui sous le nom de Santa Maria était un palais entouré d'un jardin, que le palais avait été bàti et le jardin planté par Ramiro I^' et sa femme, la reme Paterna, sur le flanc de la montagne de Naranco, que le palais était très rapproché de San Miguel de Lino, élevé par les mêmes monarques, que l'éghse et le palais étaient voiités et, enfin, que le palais comprenait un oratoire et un autel dédiés " à la glorieuse Sainte Vierge Marie ". Le Silence, qui vivait au Xl'^ s., à Oviedo, dans le voisinage immédiat de Santa Maria de Naranco, sait, en outre, qu'a une date voisine de celle où il écrivait l'oratoire de la Vierge avait été ouvert au public et que le palais de Ramiro V^ avait été transformé en une église placée sous le même vocable de Sainte-Marie : Palatium in Ecclesiam postea versum, Beata Dei Genilrix Virgo Maria inibi adoratur. Trois églises voisines de Gijôn — San Adrian, San Salvador de Valdedios et San Salvador de Priesca (iX' et X^ s.) — appartiennent encore au groupe asturien, mais elles doivent être mises à côté de Santullano et placées au nombre des basiliques latines orientales.

FiG. 141. — Environs d'Oviedo.

Santa Maria de Naranco.

Plan du premier étage.

(Levé et dessin de l\iuteiir.)

ÉGLISES PROTO-MUDEJARES

FiG. 142. — Santa Maria de Naranco.

Retombée des arcs doubleaux.

( Cliché de l'an leit r.)

Les vieilles églises de Castille se distinguent des édifices asturiens par l'emploi des voussures outrepassées. Pour éviter toute confusion, elles seront classées sous le nom de proto-niudéjares, qui leur appeirtient à cause de leurs très grandes affinités avec les constructions musulmanes contemporaines et parce qu'elles sont antérieures de plusieurs siècles aux monuments mudéjars proprement dits (/n/., p. 132).

A ce propos, il est un fait qu'il importe de bien préciser.

Quelques archéologues pensent que les voussures outrepassées étaient usuelles en Espagne dès l'antiquité et que les musulmans les empruntèrent aux Visigoths. Que les Romains, après

les guerres parthiques, et les Visigoths, en relation avec l'Orient, aient connu le tracé des arcs outrepassés et en aient même usé dans la décoration, c'est possible ; du moins, les architectes y recoururent si rarement qu'il n'en existe pas d'exemples authentiques dans les édifices construits en Espagne avant l'invasion musulmane (Voir Xajimez prétendu romain, fig. 1 45, et San Juan de Baiios, p. 69). La preuve que ces arcs sont antérieurs à la conquête arabe tirée des Etymologies d'Isidore de Séville (lib.

XV, cap. VIII, 9) n'est pas non plus acceptable. La définition de Arcus y repose en effet sur une sorte de concetti et ne saurait se traduire par arc outrepassé. D'ailleurs, comme la définition est générale {Arcus et for-

FiG. 143. — Santa Maria DE Naranco. — Naissance

DES ARCS, chapiteau, COLONNES

torses coupi.kks.

(Cliché de l'a iileu r.)

FiG. 144. — Santa Maria

DE Naranco.

(Cliché de l'auteur.}

nices, dit le texte), elle impliquerait — à donner au mot arcus ce sens spécial d'outrepassé — que toutes les voussures, toutes les arches, toutes les voûtes visigothes étaient fermées aux naissances. Ce n'est pas admissible. En revanche, si l'on considère que l'arc outrepassé fut employé dans le Sud de la Perse dès le V<^ ou le IV^ s. avant J.-C. (fig. 97), que son trajet est jalonné vers l'Est depuis le Fars jusqu'au cœur du Turkestan chinois et, vers l'Ouest, jusqu'en Espagne, que du Levant au Couchant il apparaît accompagné des thèmes architectoniques et des motifs de décoration caractéristiques des arts iraniens (snp., p. 2, 10, 14, 37 à 39), on est amené à placer le centre de propagation dans la région où convergent les cheminements à travers le temps comme à travers l'espace et à prétendre qu'il ne fut employé en Espagne qu'à dater du moment où il y fut importé par les musulmans.

La première courbe outrepassée introduite fut, semble-t-il, le fer à cheval tel qu'il apparaît à Rabbath- Ammân (p. 14), ou, modifié par une brisure au sommet, comme à el Okhaïdher et à la mosquée de Touloun (fig. 32, 74). On le trouve dans l'Espagne chrétienne, à San Juan Bautista de Banos (fig. 146 à 148), antérieurement à l'an 900. Si l'on s'en rapporte aux fragments du musée de Mérida et à la mosquée de Cordoue (fig. 68, 193), les khalifes omeiyades substituèrent au fer à cheval l'arc de cercle outrepassé, qui eut tendance à se fermer vers la fin du IX« s. Le Xll" s. fut, au contraire, caractérisé dans l'Espagne musulmane par

Fig. 145. — Ajimkz de Tolède.

(Seule, la colonnette est romaine.)

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