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PONTS

FiG. 3iy. — ClIAlKAU DE LA MOTA.

Flanc (Jauche.

(Cliché de railleur.)

les ponts d'Alcantaia et San Martin de Tolède (xui et xi\' s.), le premier a deux, le second à cinq arches (tîg. 326), sont si connus qu'il est inutile de les décrire.

Tolède, Soria, Sigùenza, Alcala de Henares, retombèrent au pouvoir des chrétiens dans les dernières années du XI s, A la suite de ces succès, les rois de Castille entrèrent en possession dune vaste province où dès longtemps les musulmans et les sujets chrétiens, les mozarabes {sup., p. 132, 133), s'étaient unis contre les émirs de Cordoue. La tolérance dont les chrétiens avaient bénéficié durant cette période profita aux vaincus qui, par voie de réciprocité, ne furent ni expulsés m molestés. Il se forma dans toute la province des aljamas dadas à las artes de la paz (associations adonnées aux arts de la paix), dit un auteur contemporain, dont les membres gardèrent les traditions héritées des maîtres et des ouvriers musulmans.

Les arts du khalifat qui s'étaient constitués en Espagne à l'aide des thèmes apportés par les premiers conquérants s'y étaient développés d'une manière indépendante par suite de la rupture survenue entre les monarques omeiyades de la péninsule et les princes abbassides qui régentaient le reste de l'Islam. Mais, quand les conquêtes almoravide (arabe el morabit ■— le moine-gardien des frontières, 1090-1157) et almohade (arabe el mouahhid ^^^ unitaire, 1157-1212) amenèrent

Fui. 320. — Palma. — Donjon

ET ENCEINTE CIRCLLAIKE Df CHATEAU DE BeLLVEH.

(Cliché Lacoste.)

ESPAGNE

FiG. 321. — Palaia. — Cour du château

DK BelLVER.

(Cliché Lacoste.}

par deux fois les Mogrebins en Espagne, ils y introduisirent des motifs qui modifièrent l'architecture du khalifat et donnèrent naissance à un nouveau style, le style andalous, dont le Maroc devint ensuite tributaire.

Le style andalous se distingue nettement du précédent. Les voussures passent de l'arc de cercle outrepassé de la Perse antique à des combinaisons plus compliquées, — arc et ogive en fer à cheval, demi-cercle surhaussé (sup., p. 68, 69) ; — les ordres de colonne gagnent en élégance et en originalité. L'emploi de plus en plus usuel des ruches d'abeille et des panneaux décoratifs, étudiés en vue de l'emboîtage d'un unique motif, comme ils apparaissent dès le IX'^ s. dans les palais des Abbassides (Sâmarrà, Mésopotamie), le découpage à jour des ornements sont encore des traits qui caractérisent les nouveaux thèmes architectoniques (fîg. 338 à 343, 421 à 425). Comme le style du khalifat, le style andalous se propagea grâce aux copies exécutées par les architectes et les décorateurs chrétiens et au concours que continuaient à leur apporter des confrères et des ouvriers musulmans. Après la bataille de Las Navas de Tolosa,

le roi de Castille, Alfonso VIII, écrit au pape Innocent 1 1 1 : quosdam captivas duximus ad servitium christianorum et monasterium quœ sunt reparanda. Encore au X1V% au XV' et même au XVI s., les chrétiens s'adressent parfois à des maî- , . ,, très musulmans quand ils

- Pykkneks Orikntalks. — Pont i i i

Di; CÉHiT. veulent élever non seule-

(ciiciic Labouciicfrùrcs.) ment des monuments pu-

— 1 Go

lu, 3:

ARCHITECTURE MUDEJARE

FlG. 323. — Pont de San Juan

DE LAS AbADESAS.

((Cliché Lacoste.)

blics et des palais, mais des édifices religieux, notamment la chapelle de la Trinité, que la comtesse de Barcelos fit bâtir en 1354 par un architecte de Saragosse nommé Mahomat de Bellico, l'église de la Chartreuse de Paular, construite de 1433 a I440par Abder Rahman (de Ségovie), la chapelle de la Latina et le porche de la Seo de

Saragosse, dont il vient d'être parlé (p. 148, 1 53). Aussi bien, les Rois Catholiques émus de ces empiétements, créent-ils une police spéciale pour empêcher les musulmans et les juifs de sculpter des statues et de peindre des tableaux de sainteté {inf., p. 194). En 1632, le traité de charpente de Diego Lôpez de Arenas, édité à Séville sous le titre de Compendio del Arte de Carpintena, est un traité de charpente orientale. Durant les XVI' et XVI 1' s., des familles mores qui avaient conservé la tradition des industries orientales et, à Grenade, en 1 725, des fabricants de soieries convaincus de professer la religion musulmane furent brûlés sur un arrêt de l'Inquisition, Jusqu'à la fin du XVIII s., l'Espagne avait conservé dans les mœurs des traditions musulmanes si vivaces que les femmes au théâtre étaient parquées dans la cazuela et couvertes d'un voile impénétrable qui les enveloppait de la tête au bas du corps, écrit l'auteur du Nouveau Voyage en Espagne (Paris, I 789). Dans de pareilles conditions, il n'est pas étonnant que l'union préparée entre les arts chrétiens et musulmans des le début de la conquête se soit consolidée au cours des siècles suivants.

FiG. 324. — Pont de Lugo.

(Cliché de fauteur. )

ESPAGNE

¥iG. 325. — Pont de Zamora.

(Cliché de V auteur.)

Comme on pouvait le prévoir, les édifices mudéjars se trouvent, de préférence, à Tolède et dans les villes qui en dépendaient politiquement durant la domination musulmane {sup., p. 159), puis à Téruel (clochers -minarets de San Martin et del Salvador), Ateca, Calatayud, Daroca, Tauste, Saragosse, enfin à Ségovie, Salamanque et, dans le Sud, à Mérida, Séville, Cordoue et Grenade. Outre de nombreuses églises (fig. 327), Tolède possède deux synagogues mudéjares adaptées au culte catholique : Santa Maria la Blanca et San Benito, plus connu sous le nom de Trànsito de Nuestra Senora. A l'extérieur, rien ne signale la grâce et l'élégance de Santa Maria. Mais la porte est à peine franchie que le regard embrasse les piles octogonales qui divisent en cinq nefs le quadrilatère irrégulier du plan et qu'il s'arrête charmé sur les ornements des chapiteaux d'une délicatesse infinie, les tympans et les frises de stuc ciselé, les arcatures du triforium aveugle de la nef centrale, la charpente et le pavement (fig. 328). Le Trànsito terminé en 1 366 consiste en une nef longue de 21 m., large de 10, haute de 12, recouverte par un artesonado ou plafond à soffites exécuté en mélèze. Sur les murs, s'étendent des stucs ciselés si délicats qu'on

les prendrait pour une guipure de Venise oubliée depuis des siècles sur les parois (fig. 329).

Au-dessus, règne un second étage d'architecture formé de cinquantequatre arcades remarquables par la perfection des ornements. Les unes répondent à des fenêtres ; les autres, aux

Fig. 320. — Tolède.

Pont San Martin.

ARCHITECTURE MUDE/ARE

baies du gynécée. Les colonnes aux chapiteaux couplés, en marbre de couleur, sont couronnées d'arcs polylobés. Leur archivolte rubanée entoure, au sommet, un médaillon finement découpé et se continue pour supporter une haute litre où se développe une inscription hébraïque en relief reproduisant quelques versets des psaumes de

David, Une autre inscription célèbre le souverain régnant, Pedro 1" (1350- 1 369), l'architecte de la synagogue,

tjg^^ don Meir Abdeli, et le donateur, Samuel ^P^fl Levy, Les cartouches qui entourent les |I^^H inscriptions sont séparés par l'écu de Castille et Léon et par l'écu fleurdelisé de France, qui rappelle la nationalité de la reine Blanche, épouse de Pedro 1".

L'architecture civile mudéjare n est pas représentée à Tolède par des monuments aussi complets que les deux synagogues.

Pourtant, il existe quelques fragments d'un réel intérêt appartenant à des édifices des XIII', XIV*- et XV' s. Tels sont le Taller del Moro et le salon de la Casa de Mesa ; telles sont, surtout, les charpente:^

FiG. 327. — Tolède.

Clocher-Minaret

nE San Tome.

mudé-

jares, qui méritent une mention particulière en raison de leur variété et de leur bel état de conservation. Un premier groupe comprend ces charpentes, dont il a été parlé (sup., p. 80), composées de fermes assez voisines pour recevoir sans intermédiaires un plancher jointif sur les arbalétriers.

Dans le second, les fermes, pareilles aux membrures d'un navire, donnent l'impression de la quille renversée d'un bateau à fond plat (fig. 330). Enfin il peut s'agir d'un plancher d'étage.

En pareil cas, les poutres et

l"iG. 328. — Tolède. — Santa Maria

LA Blanca.

(Cliché Vincente Gon^ale:;)

ESPAGNE

les solives, ou les solives seules entrent dans sa composition. Souvent encore, elles portent un doublage dont les saillies dessinent, en général, l'assemblage classique de la croix et de l'étoile à huit pointes de style persan. Tel est le somptueux plafond de la salle capitulaire de la cathédrale construite vers 1510 par Pedro Gumiel et Enrique Egas, les célèbres architectes des Rois Catholiques (fig. 33 1 ). Le style mudéjar entra même dans la décoration des monuments funéraires de l'alguazil don Fernan Gudiel, mort en 1228, et de l'infant don Ferez, petit-fils de Fernando III (1217-1252), que

renferment respectivement la

cathédrale et la chapelle de Las Comendadoras de Santiago.

Au même titre que Tolède, Ségovie offre des exemples de cette singulière architecture.

D'abord, l'église du Corpus Christi qui ressemble beaucoup à Santa Maria la Blanca ; puis, les tours défensives du Parador Grande et du palais du marquis de Lozoya ainsi que de nombreux palais couverts d'un enduit très résistant, où les décorateurs ont dessiné en saillie des combinaisons géométriques (fig.

332 à 334) analogues à celles que Ton retrouvera dans le revêtement en bronze de la porte des Lions de la cathédrale de Tolède (fig. 419). L'une de ces demeures a même conservé un ajimez entouré de ces exquises faïences dont les musulmans avaient apporté de Perse le style, la couleur et les procédés de fabrication (fig. 334).

Saragosse était aussi bien dotée que Ségovie. En 1887, Ton a renversé la Tour Penchée (fig. 335), qui avait été construite en 1 504 par cinq architectes, dont deux chrétiens, Gabriel Gombao et Juan de Sartinena, — un israélite, Ince de Gali — et deux musulmans, Ezmel Ballabar (Ismaïl ibn el Abbar?) et Maestre Monferriz. Mais l'on y voit encore les clochers-minarets de la Magdalena, de San Pablo, de San Miguel de los Navarros, de San Gil et des Santos Pedro y Juan.

Fig. 329. — Tolède. — TrAnsito.

Stucs ciselés.

(Cliché de r auteur.)

ARCHITECTURE MUDÉJARE

FiG. 33o. — Tolède. — San Juan

DE LA PeNITENCIA. CHARPENTE MUDÉJARE.

(Cliché de Vauteur.)

La frontière Nord du mudéjar est jalonnée par des châteaux fortifiés, au nombre desquels était le château del Barco, que le duc d'Albe, aux termes du contrat passé en 1 476, fit décorer à la moresque sous la direction de Juan Rodriguez, — par Salamanque où se trouvent, dans la vieille cathédrale, la chapelle de Talavera ainsi que le magnifique tombeau polychrome du chantre Aparicio — et par un grand nombre d'édifices d'importance secondaire.

En se portant plus à l'Est, Alcalâ de Henares offre à l'étude l'ancien Alcazar et la chapelle de l'Oidor. L'Alcazar, construit, semble-t-il, dans le dernier quart du xiii'^^ s. par l'archevêque de Tolède, don Sancho, fils de Fernando III (1217-1252), fut une première fois modifié par le cardinal Contreras, sous le règne de Juan r"^ (1379-1390). Des plafonds à caissons, du genre appelé artesonado le signalent à l'attention et, aussi, le magnifique Salon de

los Concilios, une vaste et haute nef seigneuriale que couvre une somptueuse charpente polychrome restaurée sous le règne d'Isabelle II.

La chapelle de l'Oidor emprunte son nom à son fondateur, don Pedro Diaz de Tolède, oidor y referendario du roi don JuanIIdeCastille(1407-

„„ ,^ , ^ . 1454). Le dessin très

riG. 5ii. — loLEDE. — Cathédrale. j.i. i -, .

Salle capitulaire. «Je^^cat des decors OU

(Cliché Lacoste.) Togive se marie à de

ESPAGNE

fines arabesques est rehaussé d'une polychromie très douce que domine le bleu clair.

Le palais des ducs de l'Infantado, à Guadalajara (fig. 336), est aussi un monument mudéjar, mais il se rattache par ailleurs à l'architecture de la Renaissance. Dans la même région, San Miguel d'Almazan (43 kilomètres de Soria), commencé en 1220 et terminé sous le règne d'Alfonso X (1 253-1 284), l'un des princes qui favorisa le plus efficacement la fusion des civilisations chrétienne et musulmane, comporte une coupole nervée analogue à celles de l'église d'Akhpat (fig. 89), de la mosquée de Cordoue et du Santo Cristo de La Luz {sup., p. 89, 90).

Seulement, les nervures, — ce détail est à signaler, — dessinent en projection un octogone étoile de style persan qui repose par les pointes sur les sommets des trompes et des grands arcs ogivaux.

A Cordoue, l'on notera la chapelle Villaviciosa de la cathédrale (fig. 338) et de nombreuses églises construites

sous les règnes d'Alon-

soXI (1312-1359) et de don Pedrol"' (1350-1369) : San Nicolas, San Pedro, San Lorenzo, Santa Marina, San Miguel. Cette dernière, présente en saillie, sur le collatéral de droite (côté de l'Epître), une chapelle carrée, couverte d'une coupole sur trompes en arc outrepassé. La même voussure caractérise les fenêtres, la porte de communication, la division des rosaces, tandis que le portail de l'église est de style roman.

Les églises mudéjares de Séville diffèrent de celles de Cordoue par leur caractère plus moderne, la

Fig. 332. — Ségovie. — Enduits DÉCORÉS. (Cliché de Vautetir.)

Fig. 333. — Séguvik. — Palais

nu MARQUIS DE LOZOYA.

((Miellé de r auteur.)

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