RETABLES
Barcelone (fig. 307). C'est Pedro Oller, qui sculpta en 1420 le retable du grand autel de la cathédrale de Vich et, en 1442, le sépulcre de Fernando T' d'Aragon. Ce sont encore Marcos Canyes, Francisco Vilardell, Père Morague, déjà nommé, et l'auteur inconnu de l'incomparable custodia de la cathédrale de Vich, dont les figures exquises, enchâssées dans une délicate orfèvrerie, donnent une haute idée de la sculpture catalane au début du XV« s.
Les œuvres montrent que les écoles du Nord, ici bourguignonnes et là françaises, régentaient les ateliers aragonais et les ateliers castillans ; mais elles témoignent également que les maîtres étrangers n'avaient guère entrepris sur la personnalité indéfectible des artistes espagnols. Les immenses retables polychromes dont les églises furent dotées au Moyen Age et à la
Renaissance sont encore, de toutes
les œuvres, celles où cette personnalité s'accuse avec le plus de franchise. Ils sont un agrandissement des
triptyques que les aumôniers des
armées chrétiennes posaient sur les
autels de campagne. Leur origine
est glorieuse. Aussi bien, n'est-il pas
de sacrifices que l'Espagne n'ait faits
pour en perpétuer le souvenir. L'un
des premiers où les architectes et les
peintres décorateurs rivalisèrent de
talent avec les sculpteurs est le
retable aux armes parlantes de l'évé-
que don Dalmacio de Mur, que
Père Johan de Vallfogona et Guil-
lem de la Mota commencèrent en
1426 pour la cathédrale de Tarra-
FiG. 35i. — EsTELLA. — Église
DU Saint-Sépulcre.
(Cliché de fauteur.)
ESPAGNE
FiG. 352. — Le Livre
DE LA Passion. {Fragment.)
(Cathédrale de Sérille.)
(Cliché Lacoste.)
gone (fig. 358). Des pinacles charmants couronnent un bas-relief représentant la Vierge et le Divin Enfant. A droite et à gauche, deux figures fort belles, plus grandes que nature, considèrent le groupe avec une pieuse émotion. L'un représente saint Paul et l'autre une disciple de l'apôtre, sainte Thècle, martyrisée à Tarragone.
Sur la prédelle, la sainte apparaît le visage séraphique, le corps nu, les mams jointes, priant au milieu des flammes qui l'enveloppent sans la brûler (fig. 359).
Plus loin, elle garde la même sérénité parmi les reptiles, dans l'étang où on l'a précipitée (fig. 360).
Voici les taureaux qui vont traîner la sainte et déchirer son jeune corps aux pierres du chemin. En dépit des lavages que le retable a subis, comme, au reste,
beaucoup de monuments de marbre et d'albâtre, il conserve des
vestiges de peinture et de
dorure si nombreux que l'on
peut reconstituer la polychromie. D'une manière générale,
elle était or et bleu. Dans
l'architecture, l'or est employé
pour les membres en saillie et
le bleu clair pour les filets et
les fonds plats. Les chairs sont
variées de ton suivant qu'elles
appartiennent à la sainte, aux
femmes qui l'entourent, aux
bourreaux qui la persécutent.
Les vêtements en drap d'or
sont doublés d'une étoffe bleu
foncé damassée d'or. Enfin les
bas-reliefs découpés dans l'albâtre se détachent sur un ciel
Fk;. 3b:-5. — 'I'auuacone. — Poktaii.
DE I.A (>ATin'.l)KAI.E.
— PERE JOn.iN DE WtLLFOGONA
formé par des plaques d'émail bleu foncé couvertes de rmceaux dorés.
Il est probable que Père Johan et Gulllem de la Mota, en adoptant cette gamme bleue, avaient eu pour dessem de placer la samte dans une atmosphère virgmale et céleste.
Le retable de Tarragone avait mis le sceau à la réputation de Père Johan de Vallfogona. Aussi bien, en 1436, avant même qu'il ne l'eût terminé, don Dalmacio de Mur, nommé archevêque de Saragosse, lui confiait-il l'exécution d'un retable destiné au maître-autel de la Seo (/n/., p. 1 78). La composition est noble, la technique d'une perfection rare.
L'Adoration des Mages en occupe le centre. Dans l'expression extasiée des visages, dans l'agenouillement de l'un des rois, jusque dans la position des mains se devine une admiration respectueuse. Un second mage beau comme un dieu s'avance, tenant un vase à parfums. Puis, se perdant derrière la crèche et, débordant l'ogive du cadre, quelques personnages donnent l'impression d'une foule émue et anxieuse. L'école navarraise s'écartait encore moins que les écoles castillane et catalane du chemin tracé par la France. Les relations entre les deux pays étaient d'ailleurs devenues intimes depuis que la princesse Juana, fille et héritière d'Enrique I ( 1 273- 1 304), avait épousé Philippe le Bel.
Il est a présumer que l'architecte du cloitre de Pampelune était français comme l'évéque qui
FiG. 354. — Vierge. (Ci -dessus,
fig. 353.) (Cathédrale de Tarragone.)
(Clich'j de rauteiir.)
FiG. 355. — Tombeau de Juan d'Aragon.
(Cathédrale de Tarragone.)
(Cliché Lévy.)
ESPAGNE
FiG. 356. — Saint-Sépulcre.
{Église de la Réal-Perpignan.
(Cliché de V auteur.}
Tavait élevé (p. 195 ; fig. 247). Tel était, du moins, le cas du sculpteur. Sa signature :
Jacques Pérut fit cet estoire, se trouve audessous de F Adoration des Mages, un haut-relief qui repose sur un socle incrusté dans la muraille.
La porte dite la Preciosa de l'ancienne salle capitulaire (fig. 361) et la console qui porte la chaire du lecteur de l'ancien réfectoire (fig. 362), où se déroulent, dans un style charmant, des scènes empruntées à, .la légende de la Licorne et de la Pucelle, sont également des œuvres de style sinon d artistes français.
Deux beaux mausolés à pleurants occupent le centre de la vieille cuisine conventuelle {sup., p. 153). Ce sont les tombeaux de don Carlos el Noble (Charles III, 1387 et 1425) et de sa femme, dona Leonor de Castilla (fig. 363, 364). Le roi est couvert d'une chape d'or. Sur ses vêtements, court un galon bleu de France semé de fleurs de lis d or. La reine, dont les cheveux châtains sont enveloppés dans une résille d'or, porte la couronne et pose la tête sur un coussin bleu de France. Sauf la grande gorge de la cymaise et la frise
où se détachent les pleurants, qui sont l'une et l'autre en marbre noir, les deux monuments sont de ce bel albâtre de Sâstago (carrière voisine de Saragosse) où furent taillés les retables de la Seo et de Nuestra Senora del Pilar (p. 177, 237). Johan Lomé de Tournay, à qui le souverain commanda son tombeau dès 1416, s'ins-
FiG. 357.
- Tombeau de Lope de Luna.
(Seo de Saragosse.) (Cliché Lacoste.)