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fluent de la rivière du Tescou avec le Tarn. Cette abbaye avait été Féformée au xi*" siècle et soumise à la Chaise-Dieu ; elle prit alors le nom de Montauriol, d'un village voisin qui en dépendait. Alphonse résolut de bàtiir une ville près de cette abbaye, à cause de la beauté de son site ; il en fit tracer Tenceinte, voulut qu'elle s'appelât Montauban (Montalba), parce qu'elle devait s'élever sur une éminence et que les saules (alba) croissaient aux environs. Par une charte qui porte la date du mois 'd'octobre IIM, de concert avec Raymond son fils, il fixa les droits que devaient lui payer les nouveaux habitants, entr'autres, celui de douze deniers à'acapte pour chaque maison qui aurait six astades de lai^e et douze de long. Il énumère dans cette charte tous les états et professions, et fixe ce que chacun doit payer de redevance annuelle.
n fallait nécessairement peupler la nouvelle ville : le comte trouva très naturel d'oWiger les vassaux de l'abbaye, et ceux de Montauriol surtout, à venir s'établir dans la nouvelle cité. Les moines de Saint-Théodard s'y opposèrent. Alors Alphonse les chassa de leur maison, les menaça de se porter aux dernières extrémités, et fit élever trois châteaux sur les terres de l'abbaye. Albert, qui gouvernait le monastère, après avoir pris conseil de plusieurs évêques de la province, partit pour se rendre auprès d'Eugène IH. Il le rencontra à Viterbe, et raconta au pontife tout ce qu'il avait eu à souffrir de la part d'Alphonse. Le pape, touché de ses plaintes, écrivit, le 23 juin de l'an 1145, à Arnaud archevêque de Narbonne et à Raymond de Lautrec évéque de Toulouse, des lettres dans lesquelles il leur ordonne d'engager Alphonse à laisser en paix les moines de
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Saint-Théodard, à démolir les châteaux qu'il avait construits, à réparer les dommages qu'il avait causés, et à abolir enfin les mauvaises coutumes qu'il avait introduites dans ce monastère. Le pape donne au comte quarante jours pour se soumettre ; passé ce terme, s'il n'obéit pas, l'interdit doit être jeté sur la ville et le diocèse de Toulouse. Si le comte résiste encore, le pape menace de l'excommunier. LTiistoire ne nous dit point quelle fut l'issue immédiate de cette affaire, qui, du reste, ne fut terminée qu'après la mort d'Alphonse.
Au milieu des démêlés du pape et du comte de Toulouse, les seigneurs du pays se livraient de continuels combats. Pour les mettre d'accord, on était obligé de tenir souvent des assemblées ou plaids dans lesquels ils remettaient leurs intérêts communs à la décision d'autres seigneurs ou à l'intervention d'un arbitre. Ainsi les seigneurs de La Salvetat et de Labastide en Albigeois, de Lavaur et de Verfeil dans le Toulousain, soumirent leurs différends à Sicard vicomte de Lautrec, qui s'efforça de tout concilier dans un plaid qui fut présidé alors par Roger vicomte de Carcassonne, et où se trouva Bernard comte de Comminges. Ainsi encore, le comte de Toulouse, dans un autre plaid qu'il tint à Uzès en 1145, mit d'accord entr'eux, d'un côté, l'évêque et les chanoines de cette église, et de l'autre Raymond, sa femme Béatrix, et Bernard son neveu.
Si les seigneurs devaient la paix à l'intervention de leurs égaux, ils devaient à l'autorité toute paternelle des évêquesde réparer bien des injustices commises à l'égard des monastères. Ce fut par cette autorité que Roger III comte do Foix se détermina à restituer a Tabbave de Saint- Volu sien
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les biens qu'il avait usurpés. Il déclare que Raymond de ^^ Je Lautrec, évêque de Toulouse, l'archidiacre Maurin, Ray- — ^mond de Saint-Martin, chevalier du Temple, Font engagé ^^-jé à rendre à cette abbaye ce qu'il avait usurpé ; il désigne ^^ ^e dans la charte les lieux de Babre, d'Asafont, d' Aspirai, et *^3et quelques autres, comme devant être restitués à Tabbaye de ^^ JQe Saint- Volusien et à Bernard qui en était abbé. Elle porter»* le la date du mois de novembre 1145. Cest ici le demier^m^^r acte dans l'histoire où il soit fait mention de Roger RI : ce^^^=3C€ qui nous fait supposer qu'il mourut peu de temps après. •^^. n eut pour successeur Roger-Bernard.
Les longs démêlés que les chapitres de SaJnt-Etienne et*^ et de Saint-Sernin avaient eus ensemble n'étaient pcMnt de^^JBe nature k édifier les fidèles ; c'est ce qui détermina ces corps religieux a manifester leur union par quelque marque éclatante. Il fut décidé que, trois fois l'année, ces chapitres se -^^«e rendraient l'un chez l'autre par des processions ou stations ^ ^^ solennelles. En l'année 1145, le chapitre de- Saint*Etienne ^^^^ ne voulut point se rendre à Saint-Sernin au jour de la fête ^^^ de saint Jean -Baptiste, malgré les accords; plainte fut ^^^^ portée à Raymond de Lautrec, qui parvint à arranger cette ^* affaire entre le prévôt Bernard Bonhomme et l'abbé Hu- — -* gués.
L'évêque de Toulouse reçut, cette année, dans son diocèse quelques religieux du monastère de la Crête situé au diocèse de Langres. Ils s'établirent dans une vallée entourée de bois et en un lieu nommé Feuillants, au sud-ouest de Toulouse et non loin de cette ville. Le monastère nouvellement construit prit le nom de la Charité, et plus tard celui de Feuillants, L'éloignement de la maison mère (l'abbaye
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de la Crète) détermina les moines de Feuillants à se [dacer sous la juridiction de Fabbaye du Loc-Dieu, au diocèse de Hodez. En 1163, ils se donnèrent à Tordre de Cîtaux. Le premier abbé de Feuillants fut RainuUe.
L'dbbaye de Bonnefont venait d'étendre ses domaines et sa juridiction; Pierre, qui en était abbé, acheta pour la somme de 200 sds Melgoriens, d'un seigneur nommé Villadig et de Garssinde son épouse, certaines propriétés situées au lieu de Villelongue. La même année, Pierre se rendit au diocèse de Garcassonne pour y fonder le monastère de Campagne. Cest ici la première fille de Bonnefont. n est utile de remarquer que les biens des monastères ne provenaient pas exclusivement des donations ou fondation» des seigneurs, mais que souvent, en se livrant au travail, en défrichant et cultivant leurs terres, les moines acquéraient des domaines à prix d'argent. L'année suivante (1146), Pierre eut pour successeur Bernard dans le gouvernement de l'abbaye de Bonnefont Celui-ci eut la consolation de recevoir au nombre des reUgieux du monastère Brunon de Latour avec son fils, riches et puissants seigneurs qm donnèrent en cette circonstance l'exemple d'un merveilleux détachement de toutes les choses de la terre. Il reçut aussi, à la laême époque, une forêt considérable de la UbéralKé de Bernard de Soys, de la comrtesse Marthe et de Gausmvwà teiH* frère.
Si, d'un côté,. l'abbaye de Bonnefont augmentait ses domaines, d^ l'aube le chapitre de Saint-Etienne recevait aussi do^ nûu^eaux dons; ainsi, au mois de janvier 1146, un s^gneiMT nommé Gilabert dœma au chapitre l'archidia^ coûé de Saint- Paul qiû était divisé en dix-huit églises. La
tiù TEMPS UiTBRMÉDlAlEES.
» tique Henri? Un loup ravisseur habite dans vos domai- » nés sous la ppau de brebis ; mais , comme le dit le Sei- » gneur, vous le connaîtrez à ses œuvres. Les basilique » soni sans peuples, les peuples sans prêtres, les prêtres » sans honneur, les chrétiens sans christ. On dit que les » temples ne sont que des synagogues; que le sanctuaire de » pieu n'a p)us rien de sacré ; que les sacrements ne sont > plus choses saintes ; qu'il n'y a plus de solennités, ies » boiomes meurent dans leur péché et paraissent devant le » tribunal redoutable sans s'être réconciUés, sans avoir reçu » le gage des sacrés mystères ; les enfants ne peuvent vAm » aller à Jésus-Christ, puisqu'il n'y a plus pour eux de ^)ap- » téme et qu'on n'ouvre plus pour eux les sources du salut^ » Dieu s'écriant en vain : Laissez les petits enfants s'apffo- » cher de moi. Est-ce qup celui qui sauve et les animaux » et les hommes n'arrêtera le cours de sa miséricorde que
» pour les créatures innocentes? Un homme qui tient
» de pareils systèmes ne vient pas de Dieu, ô douleurl et » cependant on l'écoute, et il y a des hommes qui le » croient!.... Quoique je sois infirme, je me rendrai cepep- » dant dans le pays qu'il infecte de ses doctrines. Chassé » de la France entière, il a trouvé un asile dans vos états. » Jugez, prince illustre, si cela est honorable pour vous! » Je ne suis pas surpris qu'il vous ait trompé, car s'il n'a » pas la piété, il a su en avoir l'apparence.
» Savez- vous quel est cet homme? Un moine, un apçvMiat » qui , après avoir quitté son état , est revenu , comme te » chien à son vomissement, à toutes les passions de la chair » et aux folies du siècle. Ne pouvant cacher aux yeux des » siens la grandeur de ses crimes, il a erré en vagabonc^ suç
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* la terre ; après avoir mendié son paiq , ii a fait un trafip de l'Evangile, il s'est mis a prêcher, car il est éloquent, et a vendu la divine parole pour manger. Si, après avoir /oami à son entretien, il pouvait arracher quelque argent i des gens simples ou à des femmes, il l'employait au jeu ^o à de plus infâmes commerces. Pendant le jour il récent les applaqdissements d'une multitude égarée ; pendant it nuit il vivait, ce prédicateur insigne, avec de^ prosti- Liées Qu des épouses infidèles. Informez-vous, si vous le oulez, illustre seigneur, comment et pourquoi il st quitté lausanne, et le Mans, et Poitiers, et Bordeaux? Est-ce li'il peut revenir aux lieux qu'il a parcourus, lui qui a Bûssé partout des traces de ses infamies?... Et vous osiçz espérer de bons fruits de cet arbre maudit î Est-ce que', lu lieu où il habite, il n'a pas répandu 3ur la terre en- :^re Fodeur infecte d.e ses doctrines?
^ yoilà la ca\ns.e de çjion voyage. J[e pe viei^s pas de mpi^ l(iême, c'est l'Eglise qui m'appelle. Si Von^ peut arracher C0S épines et ces germes , faibles encore , du cl^amp (lu Seigneur, cç n'-est pas vû^çjl qui pe i^uis rien, mais ce ^ont les évêq^es, c^ SlO^^ ^s saints qui m'accompagnent, c>st votr^ puissante autorité qui opéreront ces prodiges. Parmi ces npbles puyriers, brille avec éclat le. vénéça3)le évêqu^ d'Ctetie, qui a reç.u poui^ cela ui;i^ miâsion et^presse à.^ siège ^pc^tolique, hommes qui a fait de grandes choses eot Israël et dont Dieu s'est servi pour donner en hden de& circonstances l;a victoire a son Eglise. Auguste prince, il est de votre intérêt d,e le bi^ recevoir, ainsi que ceux qujk l'acco^y^agnent ; et pour qu'un si grand f^ravail entrepris par de si graiids hop^w^s pour vQt,re bien ^riituel el
2t8 TEMPS INTERMÉDIAIRES.
» celui de vos sujets ne soit pas inutile , aidez-les selon la » mesure de la puissance que Dieu vous a donnée. »
Après avoir écrit au comte Alphonse cette lettre, moirament impérissable d'un zèle tout apostolique et d'une ravissante éloquence , le saint abbé quitta Clairvaux et se dirigea vers Toulouse, en suivant la route de Poitiers, Bordeaux, Bergerac, Périgueux, Sarlat et Cahors, au miBeu des acclamations des peuples accourus sur ses pas. Prêchant partout, partout il opérait des prodiges et d'innombrables conversions. Lorsqu'on apprit à Toulouse sa prochaine arrivée , tous les habitants , seigneurs et peuples , allèrent au-devant de lui ; son entrée dans la ville fut un véritable triomphe. L'empressement fut si grand, que le saint sévit obUgé de s'arrêter au monastère de Saint-Saturnin, hors les murs. On se prosternait devant lui; on demandait sa bénédiction. Le lendemain de son arrivée, il commença le cours de ses prédications, qui, d'après Godefroy, son biographe, durèrent quelques jours ; il prêcha particulièrement dans leglise cathédrale. Ayant appris que, parmi ceux qui faisaient profession pubUque des erreurs d'Henri, il y avait quelques pauvres tisserands, il chercha à les détromper par les exh/)rtations les plus pressantes. Un grand nombre de chevaliers favorisaient en secret cette hérésie, mais ils n'osaient manifester leurs sentiments. Le légat cita Henri et ses sectateurs, qui se séparèrent et prirent la fuite en divers Ueux voisins.
Après avoir évangéUsé Toulouse , saint Bernard et le légat parcoururent les bourgs et les châteaux des environs, prêchant partout contre l'hérésie. Ils arrivèrent un jour à Verfeil (viride folium)^ antique seigneurie dont nous avons
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déjà parlé dans le cours de cette histoire. S'il faut s'en rapporter à un ancien chroniqueur, il y avait en ce heu cent maisons de chevaliers qui- favorisaient l'hérésie. Le saint prêcha dans l'église de Verfeil ; ces gentilshommes sortirent dès qu'il eut commencé sa prédication, le reste des auditeurs en fit autant, en sorte qu'il se trouva presque seul dans l'égUse, ce qui le détermina à prêcher sur la place pu- Uique. Les chevaliers, s'étant réunis de nouveau pour l'entendre, occasionërent un si grand tumulte que le saint fut obligé de se retirer , après avoir secoué la poussière de ses souliers et donné la malédiction au château. Le même chroniqueur affirme que cette malédiction du saint reçut son effet , que la plupart de ces chevaUers moururent misérablement, et qu'il avait connu un principal seigneur de Verfeil, âgé de 100 ans, qui mourut dans une extrême misère. Guillaume de Puylaurens est le seul historien qui rapporte ces faits. Godefroy, secrétaire du saint, qui l'accompagnait
dans ses voyages et qui écrivait avec le plus grand soin toutes ses actions, au chapitre VU* de sa Vie^ parle du séjour que le saint fit dans le Toulousain. Comme il ne fait pas mention des événements qui se seraient passés à Verfeil, cela nous donne à penser que Guillaume de Puylaurens , auteur d'ailleurs très peu sûr dans sa critique , n'a recueilU que des traditions incertaines sur le fait qu'il avance — qu'il y avait alors cent maisons de chevaliers à Verfeil. Ces cent maisons en font supposer au moins deux lois autant pour les vassaux et les gens de service ; dès-lors Verfeil aurait été à cette époque une ville assez considérable : ce qu'il est difficile d'admettre.
De Verfeil, saint Bernard se rendit en un bourg qui
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n'était pas très éloigné et où il y avait encore quelques hérétiques. Il y prêcha avec succès, et les habitants Fâccueillirent avec toute la vénération qui était due à sa personne.
Ce bourg prit à cette occasion le nom du saint. On montn encore en ce heu les restes de Tancienne é^&6 oix saini Bernard a prêché. Cette église tombant en ruines, on éleva vers la an du quinzième siècle ou au commencement d seizième, un temple d'une très belle architecture gothi que que la piété et la reconnaissance des habitants dédi^ rent à saint Bernard. On ne doit pas croire que la noblesses du pays se montra indocile aux exhortations du grandk. homme, car plusieurs gentilshommes qui s'étaient laissé pré venir contre le clergé par les vaines déclamations d'Henri^ promirent à saint Bernard de ne plus le protéger. Le refu que fit cet hérétique d'entrer en conférence avec le légal du pape et sa fuite contribuèrent beaucoup à détacher d son parti un grand nombre d'adeptes ; d'ailleurs ses débor — déments, connus des peuples, le discréditèrent complètement. Les principales erreurs des henriciens consistaient m^ rejeter une grande partie de l'Ecriture sainte et le baptême» des enfants ; ils ne voulaient ni temples ni autels ; ils reiiirsaient d'honorer la croix , soutenaient qu'il n'y avait pouàfc de sacrifice de la messe, que les évêques et les prêtres n» consacraient pas le corps du Seigneur, et qu'il ne fallait pa& prier pour les morts.
Leurs mœurs étaient aussi corrompues que leur doctrine — Pierre le Véaérable , abbé de Cluny, s'éleva contre eux e écrivit à. plusieurs évêques pour les engager à les chasse de leur diocèse. Pierre de Bruys et Henri s'étaient d'abori retirés à Saint-Gilles. Le premier y fut brûlé tout vif, a
punition de ce qu'il avait mis le feu à des croix qu'il avait ^tassées. Le témoignage de Pierre le Vénérable vient nous apprendre que l'hérétique Henri avait semé ses erreurs à Toulouse, car dans le Traité qu'il adresse aux évoques de Provence et de Dauphiné, il se plaint de ce qu'une ville aussi considérable , aussi policée , aussi éclairée que Toulouse, se soit laissée séduire par ces systèmes i:*^-pîes.
La mission de saint Bernard à Toulouse fut accompagnée d^éclatants prodiges. Un pauvre aveugle s'étant présenté au Beu 0* saint Bernard prêchait, mais ne l'ayant pas trouvé, supplia ceux qui l'entouraient de le conduire au saint abbé. On accéda à ses désirs ; mais le saint venait de partir. Animé alors par la fm la plus vive , îl se prosterna sur la terre que les pieds de l'apôtre venaient de fouler , il frotta ses yeux avec la poussière et recouvra la vue. Le saint guérit encore un grand nombre de paralytiques, d'aveugles et de sourds-muets. H faisait ordinairement ses voyages à cheval. Un jour qu'on lui avait donné une assez bonne monture , il fdt insulté par un sectateur d'Henri qui , tenant la tête haute et le regardant fixement, lui dit : — Seigneur abbé, spçfpeoei que le cheval de notre maître dont vous dites tant te mal n'est pas aussi fort ni aussi potelé que le vôtre. — D est vrai , répondit le saint ; mais qu'importe ! nous ne terons pas jugés au tribunal de Dieu sur nos chevaux de ermce, mais sur nos personnes. Voyez si votre maître est ^Dmme moi ! et aussitôt abaissant son capuce, il montra on éou amaigri par lés austérités de la pénitence.
Le miracle le plus éclatant que le saint opéra a Toulouse CLt la guérison d'un chanoine de Saint-Saturnin. Ce chanoine, qm s'appelait Jean, était étendu depuis sept mois
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dans son lit sans aucun mouvement; ses jambes s*étaient desséchées et ses nerfs complètement retirés ; 11 ne pouvait qu'avec la plus grande peine vaquer aux nécessités de la nature. La décomposition de son corps faisait de rapides progrès; l'odeur qu'il répandait força l'abbé du monastère à le faire transporter dans une maison voisine. Ayant demandé la fav!eur d'être présenté au saint, six hommes le portèrent
étendu sur un grabat dans un appartement voisin de Tabbaye. Quand saint Bernard se fat rendu auprès de lui, l malade voulut lui faire la confession de ses péchés, e^ sollicita sa guérison de la ferveur de ses prières. L*abbé bénit aussitôt et se retira. On l'entendit cependant s'adresser" à Dieu et lui dire : « Qu'attendez-vous de moi, mon Seî- » gneur! Ce peuple cherche des miracles, et nous leur pro — » fiterons peu par nos paroles si vous ne les confirmez par^ » des effets merveilleux de votre puissance. » A peine lessaint eut-il prononcé ces paroles, que l'infirme se leva, sortit, accourut sur les pas du saint, se prosterna à ses pieds et les embrassa. Le premier chanoine qui le rencontra prit la fuite, le prenant pour un fantôme. Le bruit de cette guérison se répandit bientôt au dedans et au dehors du monastère, le peuple se précipita dans la basilique, où l'on rendit à Dieu de solennelles actions de grâces.
Après ce miracle, le saint se vit obligé de se dérober à l'admiration publique et s'enferma dans sa cellule, dont il fit avec soin garder toutes les avenues. Quant au chanoine miraculé, il se rendit plus tard à Clairvaux, où il prit l'habit religieux, et devint abbé du monastère de Valdeau dans le Toulousain. Ce monastère n'eut pas une longue durée. Il est à remarquer que, dans la relation qui nous a été laissée
du séjour de saint Bernard à Toulouse, il n'est nullement question du comte Alphonse. Ce prince s'était laissé séduire par la fausse piété d'Henri ; les miracles et les prédications de ràbbé de Clairvaux le détachèrent facilement d'un bom^me qui l'avait si indignement trompé. On ne saurait douter de la présence d'Alphonse à Toulouse pendant le séjour qu'y fit l'homme de Dieu , car ce prince ne partit pour la croisade qu'au mois d'août 1147.
Pour ce qui est de l'hérétique Henri, les uns prétendent iqu'il fut conduit à l'évêque de Toulouse; qu'il demanda id*^er à Qairvaux pour s'y livrer aux travaux de la péni- "tence ; que saint Bernard lui donna des lettres de recom- Tûàndatidn pour ce monastère ; mais qu'il manqua de parole, et persista dans ses erreurs. D'autres affirment qu'il fut pris, conduit au concile de Reims qui se tint Tannée suivante, et que le pape Eugène IH qui y présidait le condamna à la prison, où il mourut. Tout nous donne heu de croire que ssônt Bernard visita l'abbaye de Grand-Selve, ou du moins qu'il se ha d'amitié avec Bertrand qui gouvernait alors cette maison. En effet, après le retour du saint à Clairvaux, l'abbé de Grand-Selve se rendit auprès de lui pour négocier l'union de cette abbaye à l'ordre de Citeaux, en l'affiliant à Clairvaux. Saint Bernard accepta avec joie la proposition de Bertrand; on le conduisit au chapitre, où il changea d'habit, et renonça pour lui et ses frères à sa primitive institution. Ce monastère, qui plus tard devint si célèbre, r.eçut à cette époque une donation de quelques terres qui lui furent cédées par un seigneur^du pays nommé Arnaud Elie et OdoH son fils. .Hugues, abbé de Saint-Saturnin, approuva cet acte.
224 TEMPS INTERMÉDI.VIBES.
Quelques autres seigneurs, membres d'une même famille riche et puissante, Guillaume Pétri, Aimeric et Adéitiar ses frërés, cédèrent à Bertrand abbé de Grand-Selve toutes les terres qu'ils possédâieïït à l'eçt de Toulouse, ùon loin dii cjhâteau de Sainte-Gabelle, près du fleuve de Caiers. Cette donation fut approuvée par d'autres personnages, Guillamne Rainié&, Conpans de Bonville, Raymond de Beaùmofti et Arnaud de Lens : ce qui prouve qu'ils avaient quelques droits sur ces terres. Bertrand fonda aussitôt un monastère et y plaça des religieux de Grand-Selve. Etienne en fut le premier abbé. Peu de temps après cette fondation, Calérs reçut de Pierre et de Jean de Lissac des terres et des vignes qu'ils possédaient aux lieux de l'Herm et de Roquefort , et compta encore an nombre de ses bienfaiteurs Gàillauire d'Aure et Raymond Bernadi, qui lui cédèrent la terre icmt entière de l'Herm, en présence de Guillaume de ffiéau.
Nous pensons que la fondation de Caiers eut lietr après le retour de Bertrand de l'abbaye de Clairvaux. Il était porteur d'une lettre de saint Bernard aux fidèles de l'Eglise de Toulouse, dans laquelle le saint leur disait : « L'arrivée » de notre cher frère Bertrand de Grand-Selve nous a com- » blé de joie, en nous apprenant la constance et la sincérité » de votre foi, votre inviolable affection pour nous, et votre » zèle contre les hérétiques.... Je rends grâces a Dieu de » ce que ma présence ne vous a point été inutile ; elle a été » de courte durée, mais elle a porté son fruit.... Ils ont » donc été pris, ces loups qui désolaient le troupeau!.... « Qui me donnera de trouver l'occasion de vous revoir » encore!.... Obéissez à votre évêque et aux autres mînîs- » très ; ne recevez aucun prédicateur étranger qui vous soit
TEMPS ITfTERMÉDIÀlRBS. 2l25
» inconnu. Je vous recommande Bertrand abbé de Grand- » Selve, le porteur de ma lettre ; il vient d'unir sa maison ■ à notre ordre. Adieu. » Cette lettre combla de joie les habitants de Toulouse, qui avaient témo^né à saint Bernard la vénération la plus profonde pour sa sainteté et les plus vives sympathies pour son beau génie. Cet homme incomparable ne dut qu'à sa vertu l'influence étonnante qu'il eierça sur son siècle.
Sur le point de quitter ses étals, le comte Alphonse voulût donner à son peuple une dernière marque de son affection ; par une charte qui porte la date de 1147, il déclaré qu'il n'a aucun droit de queste ou de toste dans Toulouse ou dans ses feubourgs, ni celui de chevauchée commune^ le cas de guerre dans le Toulousain excepté ; il confirme et ratifie pour tous les habitants de la cité et ses faubourgs toutes les franchises et coutumes dont ils jouissaient et qu'il leur avait données. Le comte s'embarqua ensuite sur une flotte qu'il avait fait équiper vers l'embouchure du Rhône, en un lieu où plus tard on construisit le port tf Aigues-Mortes. Il fut suivi dans son voyage à la Terre- Sainte par Bertrand et une princesse, ses enfants naturels, at par Raymond Trincavel vicomte de Beziers. On croit que Kaydide, femme d'Alphonse, était morte avant son départ. Son voyage fut asse2 long, car il n'arriva au port d'Acre 4Q*àti printemps de l'année 1148, et prit ensuite la route ie Jérusalem. Etant entré dans Césarée, il mourut subitement à table, du poison qu'on avait jeté dans les ikieîK qu'on lui avait servis. Quelques auteurs ont avancé, ssuds aucun fondement, que cet attentat fut commis par
Iqs ordres d'Eléonore, femme de Louis-le-Jeune. Il parait II. l'i
226 TEMPS INTERMÉOUIRES.
plus certain que la reine Mélissinde, mère de Baudouin III roi de Jérusalem , fit commettre ce crime.
Ainsi mourut loin de ses états, à Fâge de 45 ans, Alphonse Jourdain, fils de Raymond de Saint-Gilles. Doué parla nature des qualités les plus brillantes, ce prince fat par* sa bonté l'idole de ses sujets, qui , pour louer quelqu'un des leurs, disaient : « Il est bon comme Alphonse — Acos un Amphos. » La piété sincère qui le caractérisait ne l'empêcha pas de commettre des fautes, que n'explique que trop l'humaine faiblesse. Sa haute capacité nous est révélée par les négociations importantes auxquelles il prit une part active; les donations qu'il fit pendant son règne aux monastères et aux églises portent le caractère de la vivacité de sa foi ; elle est encore attestée par les démarches qu'il fit pour obtenir l'absolution de l'anathème qu'il avait encouru. S'il était beau de voir le siège apostolique prendre la défense du plus faible, il ne l'était pas moins de voir le plus fort se soumettre à ses lois. En habile politique, il sut devancer les exigences de son peuple, et au lieu de lui laisser prendre à lui-même ses franchises, il les lui accorda. C'est du règne d'Alphonse Jourdain que datent les coutumes de la ville de Toulouse et l'institution de ses officiers municipaux, qui furent plus tard appelés Capitouls^ désignation qui ne vient pas du temple du Capitale, mais de l'assemblée dont ils étaient membres, et qui signifie un conseil , un chapitre — capitulum. Dans les chartes qui précèdent le règne d'Alphonse, on remarque plusieurs témoins qui n'étaient autres que ces conseillers ou consuls ; depuis la mort de ce prince, ces témoins prirent aux affaires une part plus active, et dans bien des circonstances
TElP;S tNTERMéDIAIRÉ&. %%^
la ville était administrée par ses propres officiers, sous la suzeraineté des comtes. Alphonse affranchit Toulouse d'un droit appelé portaticum, espèce d'octroi qui affectait les denrées et les marchandises : il régla aussi tout ce qui regardait la justice criminelle. L'équité présidsdt à ses conseils; ainsi, comme on l'a vu, il renonça à la dépouille des évoques de Toulouse, et fit de nombreuses restitutions aux ^lises. S'il partit pour la croisade, ce fut par un sentiment de religion qu'excitait en lui l'entraînement général, et par le désir naturel à un fils de marcher sur les traces de son père.
Sa cour était galante et polie ; on y cultivait la poésie romane^ et les troubadours recevaient, de la part du prince, joyeox et loyal accueil. Il admit auprès de sa personne Giraud le Roux. Ce troubadour était né à Toulouse, d'un pauvre chevalier. Giraud était aimable et avait une belle Voix ; mais il ne respectait pas assez l'hospitalité que lui donnait le comte ; il adressait, même dans son palais, ses chansons et ses vœux à Faydide, fille d'Alphonse, devenue plus t^rd comtesse de Savoie. Nous possédons sept pièces de ce poète roman ou romancier, qui , toutes, sont adressées à l'objet de sa flamme. Le poète se plaint beaucoup dans ses vers de l'indifférence de la princesse ; mais nous croyons que c'était une affaire convenue entr'eux deux, et ^jOLÎl ne faut pas prendre au sérieux la passion de Giraud le Roux.
La poésie romane n'était pas la seule qui fût cultivée à Toulouse, au temps d'Alphonse ; la poésie latine l'était aussi. Les écrits de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, nous révèlent l'existence d'un moine nommé Raymond qui
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vivait à Toulouse, on ignore dans quel monastère, et qui faisait des vers latins. Ayant envoyé quelques-uns de ses poèmes à Fabbé de Cluny, celui-ci lui adressa une pièce de poésie que nous citons : « Vos cheveux sont blancs, ûiais » votre muse ne vieillit jamais. Croye^vous qu*elle cesse » de chanter parce que vous avancer en âge ? Vous êtes » blanc comme le cygne, et vous chantez encore.... 1km
* ces oiseaux la voix séduit et la blancheur ; pendant que » Tune plaît aux yeux, l'autre plaît k Voreille. Un fleuve ne » peut plaire s'il n'a quelque oiseau sur ses rives. Jusqu'ici » la Garonne ne connaissait pas le chant du cygne, mainte- » nant elle a le sien qui charme ses bords. Toulouse pleu- » rait , veuve de ses anciens poètes ; qu'elle se réjouisse
* aujourd'hui de ce que vous lui rendez sa gloire. Vous
* m^écrivez que vous désirez visiter les ruines de Rome. Ce » voyage me tente et me fairait plaisir,.... »
Alphonse laissa plusieurs enfants : Raymond, qui lui succéda et qui fat le cinquième du nom ; Alphonse, qui mourut sans postérité ; un troisième, dont le nom est inconnu et qui mourut jeune. Ce dernier fut inhumé dans le cimetière de la Daurade avec une inscription qui porte qu'il quitta la vie dans la première enfance. On donne encore à Alphonse un autre fils nommé Muce, qui fut inhumé dans la cathédrale de Nîmes. Ce dernier n'était pas légitime. Nous avons déjà parlé d'une fille d'Alphonse qui devint comtesse de Savoie. Deux autres enfants naturels, un garçon et une fille, le suivirent en Terre-Sainte ; le premier, qui portait le nom de Bertrand, fut pris par les Turcs, resta onze ans en esclavage, et obtint enfin sa délivrance. Quant à la fille, elle devint, après sa captivité, Tépouse de Noradin, prince d'Alep.
TEMPS lMT£BMÉDIAlRfiS. 229
11 est vraiment beau pour l'histoire de suivre cette grande maison des comtes de Toulouse dans ses alliances comme dans ses exploits. Bertrand, frère du comte Alphonse, comme on Fa vu , devint la souche de la maison de TripoU où Ton trouve encore des héros. Pons, fils de Bertrand, cloniia le jour à Raymond, qui lui succéda dans le comté de Tripoli. Par suite du hasard des combats, ce dernier prince V>mba au pouvoir des Turcs^^ mais il fut délivré par les ptinces d'Antioche et d'Edesse. En 1148, après avoir reçu, à Tripcdi le roi Louis-le-Jeune qui revenait alors en France, le prince H^^ymopd fut lâchement assassiné. Il laissa deux ^n£wts d'Qodierne sa femme : Raymond II, qui lui succéda et qui jfui; le dernier comte de Tripoli de la maison de Toulouse, et Itfélissinde. L'histoire nous montre Raymond II déclarant la guerre à Manuel Comnène, empereur de Constantinople, pour venger l'insulte qu'il prétendait en avoir reçue par le refus qu'avait fait l'empereur d'épouser sa soeur Mélissinde ; elle nous raconte les indignes traitements <iu'il eut à souffrir dans sa prison après la perte d'une bataille contre les infidèles ; sa pnçon de quatre -vingt mille ducats d'or ; sa délivrance ; sa régence pour le royaume de Jérusalem ; la mort de Baudouin Y. L'histdre nous parle 60ÇorQ de Sybille, comtesse de Joppé, et de Gui de Lusignaû, scm second mari , couronnés rois de cette ville ; de la tr^ fameuse bataille de Tibériade où l'armée des croisé9 fut totalement vaincue par Saladin, bataille qui fut suivie de la perte de Jérusalem et de presque toute la Palestine.
Après cette éclatante défaite, Raymond II se retira dans ses états, où il mourut sans postérité, laissant pour héritier
230 TBMFS INTERHÉDIAIRBS.
Raymond son filleul, second fils du prince d*Antioche. « Le » comte de Tripoli , dit un historien du temps, est maigre » et fluet , mais d'une taille avantageuse ; il a le nez aquilin, » les cheveux plats et bruns, les yeux vifs. Il est actif et » prévoyant, et d'un extérieur composé ; il est libéral et » affable avec les étrangers^ sévère à Fégard de ses dômes- » tiques, médiocrement instruit dans les lettres (qu'il a ap* » prises durant sa captivité) ; il s'applique à l'intelligence » des saintes Ecritures et se plaît à proposa les difficultés » qu'il y rencontre lorsqu'il trouve quelqu'un capable de les » résoudre. Il a épousé Esquive, veuve de Gautier prince » de Galilée, laquelle a plusieurs enfants de son mariage que » le comte r^rde comme les siens propres. » Tel est le témoignage de Guillaume de Tyr. Ce prince a été accusé d'avoir trahi l'armée chrétienne et de l'avoir livrée aux infidèles. Cette accusation, qui flétrirait k jamais sa mémoire^ n'est appuyée sur aucun fondement.
Une aventure assez singulière, et peut-être un peu romanesque, se rattache au nom de la comtesse de Tripoli veuve de Raymond II. Il existait à cette époque un troubadour nommé Geoffroy Rudel, seigneur de Blaye. Sur le portrait que lui firent les pèlerins de la beauté de la comtesse, il se prend d'une ardente passion pour elle, compose des chansons, abandonne sa seigneurie et s'embarque pour Tripoli. Attaqué d'une maladie soudaine sur le vaisseau, on le croit mort et on dépose son corps dans une hôtellerie. La comtesse arrive ; Geoffroy, qui respire encore, voit la comtesse, lui exprime ses vœux et meurt entre ses bras. La veuve de Raymond lui fait de superbes funérailles et va ensevelir sa douleur au fond d'un cloître.
TEMPS INTERMEDIAIRES. %3i
Vers la fin de cette année, l'abbaye de Grand-Selve perdit Bertrand, son abbé. Cétait un homme plein de zèle pour la prédication de la sainte parole ; il évangélisa tout le Toulousain, et par sa rare éloquence eut le bonheur de ramener à Dieu un grand nombre d'âmes. Sa sainteté n'était pas moins grande que ses talents; il mourut plein de mérites, et fat honoré à Grand-Selve d'un culte public. Il eut pour successeur dans le gouvernement de l'abbaye Alexandre de Cologne, chanoine de cette église, illustre par la noblesse de sa race et par la renommée que lui avaient acquise ses connaissances théologiques. Pendant que saint Bernard prêchait la croisade, touché des discours et des exemples du saint abbé, il quitta le monde, embrassa la vie monastique à Clairvaux, et jfiit ensuite désigné par saint Bernard pour gouverner Grand-Selve. Il reçut, en faveur de son monastère, de grands bienfaits de la part de plusieurs seigneurs : Raymond Adémar lui donna la terre de Banis ; Giraud de Bec, Guillaume de Grave, Raymond Bérenger, Pons de la Mothe et Raymond de Montaigut lui donnèrent la forêt de Candeil, où l'on construisit l'abbaye de ce nom. Il désigna pour premier abbé de cette maison, Guillaume de Montpellier. Après avoir dirigé l'abbaye de Grand-Selve, il fut, quelcjues années plus tard, élu abbé général de Citeaux. Les toparques de l'Isle-Jourdain se montrèrent très bienveillants pour lui, et accordèrent plusieurs privilèges à Grand-Selve. Raymond V n'avait que quatorze ans lorsqu'il succéda à son père. Son premier soin fut de se concilier l'affection de ses grands-vassaux ; aussi, dans une assemblée qui se tinta Beziers, au mois d'avril 1149, il jura solennellement à Roger vicomte de Carcassonne de n'attenter ni a sa vie, ni à ses
231 TEMPS UrrBRMÉOiAlUSS.
domaines, et de Taider contre tous» excepté contre ses vassaux et les frères de ce Ticomte. Plusieurs évêques assistèrent à cette assemblée, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs du pays, parmi lesquels on distinguait Guillabert der Lauraguais, Richard de Flsle , Guillaume de Saint-Félix ^ Âimeric de Confalens. Ce fut encore dans cette assemblée de Beziers que se termina le différend qui ex^tait entre k^ monastère de Saint-Théodard et la maison de Toulouse.. Amélius, abbé de Saint-Théodard, se rendit à Beziers. Dans un entretien qu'il eut avec le comte Raymond, il lui rappela les différends que le monastère avait eus avec Alphonse soa père, au sujet de la construction de la nouvelle ville da Montauban, et le pria de vouloir bien les terminer, I^mond accéda au désir d' Amélius, et par un acte qui porte la date du mois de mai 1149, il accorda au monastère de Saint-Théodard la moitié du domaine et de la justice de Montauban, exempta Tabbaye de tous droits et devoirs envers lui et ses successeurs ; céda aussi les terres que le monastère possédait avant la construction de la ville, ainsi que plusieurs autres domaines, et toutes les églises qu'on bâtirait dans la suite. Ainsi fut terminé le différend. De Beziers, Raymond V se rendit à Uzès, où il présida un plaid dans lequel furent terminés aussi certains démêlés qui existaient depuis longtemps entre les évêques et les seigneurs de cette ville.
Au mois de novembre de cette année, Roger-Bernard, quatrième comte de Foix, céda à Raymond de Lautrec, évêque de Toulouse et abbé de Saint-Antonin, le village de Frédclas, le château de Pamiers, les anciennes et nouvelles habitations qui s'étaient formées autour de ce château, et
TEMPS INTfiRKSOUIBfiS. 33$
Tabbaye de Saint- Antonio. Dans le cas où il viendrait à violer ses engagements, il appela sur sa tête et sur celle de ses descendants Texcommunication que les papes Urbain et Pascal et le cardinal Gautier avaient lancée conire son aïeul. De son côté, Raymond de Lautrec confia à la garde de Roger le château de Pamiers et tous les forts qui en dépendaient. A titre de retour, le comte de Foix s'engagea à donner annuellement à Fabbaye de Saint- Antonin une demi-mesure de pur froment, un muid de bon vin, une vache grasse et quelques sols d*or. Cet accord, qui porte le nom de pariagey fut signé par plusieurs seigneurs du pays, Raymond^Aton d*Auterive, Bernard de Beaumont , Bertrand de Beaupuy, Arnaud de Villemur.
Raymond de Lautrec présida,^ au commencement de Vannée 1150, une assemblée qui eut lieu dans le cloître de Saint-8atnrnin ; elle avait pour objet certains démêlés q^i existfi^ient entre Guillaume lU prieur de la Daurade, et les frërQs de Saint-Remi de Tordre de Jérusalem, ie premier réclamait Féglise de la Dalbade, que les seconds voulaient usurper ; cçux-H^i affirmaient que cette é^ise leur avait été autrefois cédée, et qu^ les prétentions du prieur étaient injustes. L*évêque de Toulouse, qui agissait dans cette circonstance au nom du pape Adrien IV, décida TatSaire en Êive^r de Guillaume, qui reprit alors l'église de la Dalbade, moyennant une indemnité de 80 sols toulousains qu'il donna aux hospitaliers de Saint-Jean. L'évèque de Toulouse prit l'engagement, à l'égard des habitants de Puylaurens, de ne plus lancer d'excommunication contre le château à cause de la fidéUté qu'ils avaient montrée. Ce fait est assez obscur. Raymond de Lautrec avait-il quelques droits sur ce château ?
OU bien avait-il pris la défense des seigneurs de Puylaurens contre des vassaux révoltés ? Cest ce que nous n avons pu découvrir.
A celte époque, Fabbaye de Bolbonne fut réunie à Tordre de Giteaux, et celle de Bonnefont reçut, dans la personne de Servatius son abbé, des terres situées dans le territoire de Compagne, avec les bois nécessaires pour y construire un monastère, et plusieurs pâturages. Cette donation fut faite par le vicomte Roger, frère de Raymond de Trincavel, Ainsi Bonnefont devint la mère de Fabbaye de Compagne, qui fut bâtie à cette époque au diocèse de Carcassonne, entre les deux ruisseaux de Sor et de Lampi , au pied de la montagne Noire. Le vicomte Roger dont il est ici question mourut au mois d'août 1150, a Fanjaux, sans enfants, et laissa tous ses domaines à Raymond Trincavel, son frère. Quant à Bernarde sa veuve, elle se retira auprès de son père Bernard IV comte de Comminges, qui fut tué cette même année auprès de Saint-Gaudens, et inhumé dans l'abbaye de Bonnefont. Sa statue sépulcrale a été retrouvée de nos jours au milieu des ruines de cette abbaye. Il laissa trois fils : Bernard V, qui lui succéda, Roger et Odon. Bernard eut un fils appelé Odon qui épousa une sœur du comte Raymond de Toulouse, et devint le père de Bernard VI. Raymond, premier abbé de Bonnefont, rendit les honneurs funèbres a Bernard IV comte de Comminges. Il avait succédé à Servatius dans le gouvernement de l'abbaye ; son nom se trouve dans un accord de pariage que passèrent entr'eux Bérenger abbé de Bolbonne et le comte de Foix Roger-Bernard. Eugène III lui adressa une bulle en faveur de son monastère. Raymond duc de Narbonne devint le bienfaiteur de sa maison et lui
TEMPS INTEKHÉDIAIBES. 235
donna la liberté d'acquérir et de vendre dans ses domaines sans payer aucun droit.
Roger-Bernard contracta, en Tannée 1151, alliance avec Raymond Trincavel qui lui donna sa fille Cécile en mariage. Le nouvel époux, par un acte daté du 11 juillet, céda à Cécile les terres d'Arsens, d'Alairac, de Fraixan et de Foncian, situées au diocèse de Carcassonne. De son côté, Raymond Trincavel donna en dot à sa fille les châteaux de Sainte- Gabelle et de Montant , la part qu'il avait au bois de Bolbonne, et le domaine qu'il possédait depuis la colline d'Âlsapans jusqu'à rAriége ; enfin Roger-Bernard désigna en douaire à sa femme les châteaux de Pamiers et de Beaupuy. Dans cet acte, le comte de Foix reconnaît celui de Barcelonne pour son seigneur et maître. On croit que celui-ci , après avoir assujetti Raymond Trincavel , s'attacha à soumettre à sa domination Roger-Bernard son neveu , et qu'il l'obligea à se déclarer son vassal pour certaines parties du comté de Foix et quelques domaines que Roger-Bernard possédait dans le comté de Carcassonne. C'est ce qui explique les paroles de l'acte ci-dessus rapportées.
L^église de Comminges était toujours gouvernée par Raymond de Nur ou de Noër, qui possédait quelques droits sur une église de son diocèse dédiée à saint Laurent. En l'année 1151, il céda, de l'avis des chanoines de son église, ces droits à Longebrune, prieure de Boulau au diocèse d'Auch , de Tordre de Fontevrault, pour y bâtir un monastère. Guillaume, archevêque d'Auch, approuva la fondation de cette nouvelle abbaye. Roger de Nur mourut bientôt après, et eut pour successeur sur le siège de Comminges Arnaud de Roger. JLe premier soin de ce prélat fut de visiter le nou-
236 TEMPS IMTEEMÉDIAIUIS.
veau monastère que son prédécesseur avait établi. Il se rendit donc à Saint-Laurent avec Guillaume, archevêque d'Aucb, réunit les religieuses en chapitre, et \&ar donna §es mandements. Cet évèque avs^it été chanoine de Toulouse et p^^ssait pour un homme très versé dans les sciences. H voulut connaître les titres de fondation du nouveau monastère, les examina avec soin et les approuva. Les religieuses de Saint-Laurent, en signe de parfaite obéissance, baisèrent toutes en chapitre Fanneau de Tévêque. Dodon comte de Gomminges assista à cette assemblée. Quelques auteurs avancent qu'Arnaud de Roger appartenait à cette deraière {amille.
Raymond de Lautrec, évoque de Toulouse, fut pris pour arbitre en 1152 entre Raymond Trincavel et un seâgpeur nommé Hugues Escafré et ses frères. Ces seigneurs s'étaient plaints de ce que le vicomte de Beziers avait élQvé quelques retranchements sur le territoire d'Alzonne, et en d^nandaient la destruction. L'assemblée décida que ces retranchements, qui étaient d'utilité publique, demeureraient en leur entier. La justice civile d'Alzonne fut adjugée à Escafré et la justice criminelle à Trincavel. Il fut ensuite stipulé que le village de Sorèze subsisterait au lieu qu'il occupait déjà. Escafré fut obligé de reconnaître qu'il tenait de lui le château de Roquefort.
A peine Raymond Trincavel eut-il terminé tous ses différends, qu'il eut à soutenir une guerre assez sérieuse contre Raymond V de Toulouse. Le vicomte de Beziers avait depuis quelque temps abandonné son parti, et s'était déclaré le vassal du comte de Barcelonne contre les droits de souveraineté de Raymond. Celui-ci dissimula pendant quelque
temps la félonie de Trincavel, bien résolu cependant d'en
tirer vengeance. Il écrivit d'abord à Gnillaume évêque de
Beziers, qui avait & se plaindre du vicomte^ pour l'engager
à s'opposer à ses usurpations sacrilèges, lui promettant se*
cburs et protection. Paf cette démarche, il gagna à sa cause
le clergé du diocèse de Beziers. Il voulut aussi établir ou
augmenter ses droits à la reconnaissance des Toulousains
en coûftrmant divers règlements dressés par le commun
conseil de la ville et du faubourg. Nous avons déjà parlé de
ce conseil commun, qui existait sous le comte Alphonse
Cmais dont Torigine est sûrement beaucoup plus ancienne),
et qui devait se trouver dans toutes les cités avec le titre
âe municipB : conseil composé des hommes les plus in-
fluetats, soit par leur fortune, soit par leur naissance.
Nous rsçportons ici ces premiers règlements comme étant la source des coutumes de Toulouse qui furent rédigées dans la suite» On prescrit d'abord la quotité des amendes à payer par les maraudeurs ou ceux qui laisseraient vaguer leurs animaux sur les terres d'autrui ; on fixe ensuite la mesure du vin. Depuis la fête de la Saint- Jean jusqu'à la ^Toussaint, il est défendu d'acheter du blé pour le revendre. "Viennent ensuite des règlements de police pour la vente des comestibles sur les marchés publics ; on désigne dans cet îacte trois marchés, la place du Pont, celles de Saint- Pierre et de Saint-Geraud. On enlève aux églises et aux monastères le droit d'asile en faveur des meurtriers et des voleurs de nuit. Si quelqu'un tue un voleur de nuit ou un Ibomme de mauvaise vie (cûltellarium), il ne pourra être poursuivi comme homicide. Les règles qui sont tracées dans cet acte, relativement à ceux qui pourraient attenter à
238 TEMPS INTERMÉDUIRES.
la vertu d'une femme, sont assez curieuses : si Fhomme est plus honnête que la femme, il doit ou l'épouser ou lui donner un mari digne d'elle ; si la femme est plus honnête que l'homme, celui-ci doit ou lui donner aussi un mari, ou subir la peine qui sera imposée par le comte et son conseil. Le comte se réserve ici la justice criminelle contre les conspirateurs.
Nous trouvons dans cet acte mémorable, qui devait avoir sans doute force de loi, l'organisation du conseil commun. Ce conseil était composé 1** de capitulaires (domini de capitula) ou les capitols, 2*» de juges (jtidices), 3^ d'avocats (advocati). Si ces trois catégories étaient fixes, le nombre des membres qui composaient chacune d*elles ne l'était pas. L'acte déjà cité nous offre les noms des six capitols : Pons de Villeneuve, Guillaume de Bruguières, Senoret du Pont, Pierre, Raymond de Guillelmi et Bertrand. Nous trouvons ici encore quatre juges, Pierre de Rouaix, Maurin, Pons de Sorèpe et Arnaud de Pierre ; enfin deux avocats, Guillaume Rainai et Arnaud Siguier.
Raymond V confirma encore à la même époque d'autres règlements dressés par le conseil commun concernant les engagements réciproques, les dettes, créances, cessions et actions contre les débiteurs. Les mêmes capitols, juges et avocats composaient une seconde assemblée comme la précédente. Il est manifeste, d'après ces actes, que c'est à cette date qu'on doit rapporter l'existence connue et distincte des magistrats municipaux de la ville de Toulouse qu'on appela capitols, ou mieux capitouls, magistrats qui, sous le bon plaisir du comte, réglementaient les affaires civiles de la cité.
La maison des seigneurs de Flsle-Jourdain se faisait distinguer entre toutes les autres par sa piété et sa libéralité envers les monastères : ainsi, en 1152, Jourdain de risle donna à l'abbaye de Grand-Selve le droit de pâturage dans toute l'étendue de ses domaines et de ceux qu'il possédait à Bolbonne. D'année en année jusqu'à la fin du xii« siècle, les seigneurs de l'Isle comblèrent cette sainte maison des marques de leur munificence; ainsi Pierre, Odon, Geraud et Vital de l'Isle cédèrent à Grand-Selve des terres, des bois et des privilèges ou exemptions qui rendirent cette abbaye l'une des plus riches de la province.
Douze ans s'étaient écoulés depuis la fondation du monastère d'Eaunes lorsqu'on 1152 la dignité de prieur fut changée en celle d'abbé. Le premier qui prit ce titre, fut Vital-Raymond. Il put reconstituer, ou du moins agrandir cette maison par les libéralités d'une noble dame, Raynaude de Lazinc, qui céda à la nouvelle abbaye la terre d'Auriol, Vital-Raymond eut pour successeur Sanche P', qui reçut au nombre des religieux un puissant seigneur du pays nommé Auriol-Guillaume d'Aine. Ce seigneur, en embrassant la vie monastique, donna tous ses biens à cette maison. Le nom de ce moine ferait supposer qu'il appartenait à la famille de la dame de Lazinc, première bienfaitrice d'Eaunes.
L'abbaye de Lézat était toujours gouvernée par Aton III, qm reçut en 1153 de riches domaines de Bernard de Vilar. Après avoir donné l'habit religieux à un seigneur nommé Roger de Saint-Médard, il fit quelque transaction avec Bernard Bonhomme, prévôt de Saint-Etienne. Il céda plus tard à Geraud de Saint-Sigismond ou Saint-Simon quelques droits et hommages qui étaient établis en sa faveur sur les
tiO TEMPS INTERMÉDIAIRES.
terres de ce seigneur. Il eut pour successeur à Lézat Guillaume m de Castelnau, qui fut en même temps prieur de la Daurade à Toulouse.
Tout se préparait dans cette ville pour la guerre que Raymond V déclarait au vicomte de Beziers. Trincavel ne manquait pas de bravoure : c'était un de ces preux chevaliers à forte lame, hardi et chercheur d'aventures. S'il faut ajouter foi à une ancienne chronique, Trincavel, accom'^ pagné de Guillaume VII de Montpellier et de plusieurs autres seigneurs, se jeta sur les terres du comte, et dans une expédition de chevaussée s'avança jusqu'aux portes de Toulouse. Raymond V repoussa. Trincavel avec tant d'impétuosité, qu'il s'empara de tous ses chevaux, mit en fuite son armée et fit prisonnier le vicomte, le 10 octobre 1155. Jeté dans les fers et n'espérant peut-être pas trop sa déUvrance, Trincavel s'occupa de faire son testament dans sa prison. Les clauses de cet acte, qui est très étendu, n'appartiennent pas à notre histoire ; nous donnons seulement ici les noms des seigneurs ses vassaux qui furent faits prisonniers avec lui : c'étaient Bernard d'Anduse, Guillaume de Tortose, Izarn de Dorn, Gillers-Arnand de Beders, Hugues de Cessenon, Aimar de Murviel, Gaucelin de Claret, Pierre de Puylaurens, Raymond de Termes, Bernard de Cessenon, Guillaume de Salvagnac, Arnaud de Montaigut et Pons de Saveroles. Trincavel ne demeura pas longtemps prisonnier; Raymond le délivra avec tous ses seigneurs ainsi que Guillaume de Montpellier, mais il exigea pour sa rançon trois mille marcs d'argent, somme énorme qui força le captif, pour la payer, d'engager une partie du domaine de Beziers. Il donna aussi au comte de Toulouse plusieurs ferres.
TCMPS INTEHHKOIAIRBS. 244
Le vainqueur de Trincavel contracta, peu de temps après <^en 1154), une très belle alliance en épousant Constance, sœur de Louis-le-Jeune, Cette princesse était veuve d'Eus- -taohe de Blois, qui avait été associé à la couronne d'Angleterre par le roi Etienne son père, mais qui mourut sans GofBnU Tannée précédente. Constance était beaucoup plus âgée que le comte de Toulouse, qui à cette époque n'avait Saëre plus de vingt ans. Elle garda le titre de reine qu'elle ^sivait porté du vivant de son premier mari. La nouvelle comtesse fit son entrée à Toulouse, au milieu des acclama-^ fions du peuple. Les chevaliers du Bourg et ceux des Ar-
<leDnes allèrent la recevoir en cavalcade ; on célébra ses noces avec des joutes et des tournois magnifiques, et sans <3oute quelque troubadour vint mêler ses chants poétiques il tous ces jeux. Elle descendit au château de Peyrolade, situé sur la rive gauche du fleuve.
La reine Constance fut bientôt suivie à Toulouse du roi Jjouis-le- Jeune son frère, qui arriva en cette ville vers la fin de l'année 1154. Il revenait alors du pèlerinage de Saint- Jfacques en Galice, qu'il, avait entrepris par dévotion, selon la mode du temps. Raymond de Lautrec profita de la présence du roi de France dans sa ville épiscopale pour appeler sa royale protection sur les trois grandes églises de Toulouse, Saint-Etienne, Saint-Saturnin et la Daurade. Louis se rendit au chapitre de Saint-Saturnin, accompagné du oomte de Toulouse, de la reine Constance, de Raymond de lantrec, de Hugues archevêque de Sens, de Roger abbé de Saint-Eucher d'Orléans et chanceUer du prince ; là, il dressa xme charte par laquelle il confirma tous les privilèges ac^ oordés par Charles-le-Chauve à ces trois églises.
242 TEMPS INTEBMÉDIAIBBS.
Il existait alors dans le Toulousain une maison religieuse qui fiit d'abord occupée par des prémontrés de la Chaise* Dieu : cette maison s'appelait Goyon. L'année même où Louis-le-Jeune vint à Toulouse, Pelagoz de Bonrepos céda à ces moines le droit de faire paître leurs troupeaux dans toutes ses terres. Cet acte de cession fut dressé en un Tillage du Toulousain appelé Fonsorbes. No»s apprenons de cet acte qu'il y avait là une terre seigneuriale et que le seigneur qui la possédait alors se nommait Raymond Odon. L^année suivante, Indie, mère de Pelagoz, comtesse de Bonrepos, céda à ces mêmes religieux un bois situé sur le chemin qui conduisait de Palamini à Sainte-Marie d'Elme ; elle y déclare, ainsi que son fils, que ce don est fait à cette maison pour reconnaître la bienveillance avec laquelle ces religieux ont donné la sépulture dans leur église à Garcias de Bonrepos son époux. L'acte fut dressé pendant le obsèques de ce seigneur, en présence du clergé et du peuple.
Louis VII quitta Toulouse après avoir donné des marques éclatantes de sa religion. Raymond V accompagna son ' beau-frère dans son voyage en Languedoc, puisque, au commencement de l'année 1 155, il passa un accord avec l'évêque de Carpentras, au pont de Vidourse, sur les frontières des diocèses de Maguelonne et de Nîmes. Par cet accord, le comte de Toulouse déclarait que la moitié de la ville de Carpentras appartenait à l'évêque, et défendait qu'on élevât aucune tour sans l'autorisation de ce dernier. Raymond était là accompagné de ses barons, Guillaume de Sabran, Geraud d'Amici, Richard de l'Isle, Hugues de Baux et Bernard de Posquières ; il se rendit ensuite à Carpentras pour y confirmer cet accord.
TEMPS iNTBRMBDIAIRRS. 243
ViTait alors dans la Provence un gai troubadour, Raiml>aud d'Orange, fils de Guillaume d'Omelas. Après la mort ^e son père, il se retira dans une petite ville du pays Bommée Courteson et y passa ses jours à cultiver la poésie provençale. Nous ne parlons ici de ce pcfète qu'à cause d'un prince né à Toulouse et qui se trouve mêlé à son histoire. Ck>mme les autres troubadours, Raimbaud faisait des vers très licencieux, qu'il adressait à un être imaginaire objet de ses affections les plus désordonnées. Il fut aimé, disent les vieilles chroniques, de la comtesse de Die, qui avait épousé Guillaume de Poitiers. Ce dernier prince était né à Toulouse dans les premières années du xii« siècle, et d'après des conjectures qui paraissent vraisemblables, il était fils naturel du, célèbre Guillaume IX duc d'Aquitaine. Nous ignorons pour quels motifs Raymond V favorisa son mariage avec l'héritière des comtés de Valentinois et de Diois. Guillaume devint ainsi la souche des seigneurs de ces noms. La comtesse de Die, qui faisait aussi des vers, répondait donc il la-passion que Raimbaud avait pour elle. Nous possédons encore vingt-quatre pièces de vers de ce dernier, et quatre de la comtesse.
Raymond de Lautrec fut obligé, cette même année 1155, ^'offrir sa médiation entre le prévôt de sa cathédrale et -Aton abbé de Lézat, au sujet d'une nouvelle église en ]*honneur de saint Germier que les habitants de Muret venaient de faire construire. A côté de cette nouvelle église, on éleva la maison du prieur destiné à la desservir. Ce ^piartier de ville prit alors le nom de prieuré de Saint-Germier. Plusieurs habitations s'élevèrent autour de ces édifices; c'est ainsi que Muret, qui dès le principe n'était
244 TEMPS INTEBMéDUIRES.
qu'un simple château, devint insensiblement une ville assez étendue. L'histoire ne nous dit pas ce que produisit la médiation de révoque de Toulouse par rapport à Téglise de Saint-Germier, dont le chapitre de Saint-Etienne et l'abbaye de Lézat se disputaient la possession. Elle garde encore le silence sur une autre médiation de l'évoque de Toulouse entre deux seigneurs du pays, Arnaud de Verdun et de Bessens. Bernard Bonhomme, prévôt de Saint^tienne, céda en 1156, à Bernard I" abbé de Feuillants, tous les droits qu'il possédait dans l'église de Saturnin de Pissenis. On ignore où était située cette église. Nous apprenons d'un acte qui porte la date de cette année, que Raymond de Lautrec se démit de l'abbaye de Frédelas, et eut pour successeur dans- cette abbaye Pons de Brugale, qui reçut de Roger-Bernard comte de Foix le château de Saint-Félix^ Cet abbé devint évoque de CarcasSonne.
Le comte de Toulouse n'était point encore rentré dans sa capitale depuis son départ à la suite du roi de France. Il faisait sa résidence avec sa femme Constance dans le château de Saint-Gilles sur le Rhône, puisque, vers la fin de mars 1156, il accorda à Tabbaye de Franquevaux l'exemption du droit de péage dans tous ses domaines. Le 27 octobre. Constance donna un fils au comte de Toulouse: cet enfant fut nommé Raymond comme son père. La naissance de ce premier-né combla de joie les deux époux. Peu de temps avant que Raymond fût devenu père, il s'était réconcilié avec le vicomte de Beziers : c'est ce qu'atteste le serment qu'il fit à Trincavel de lui conserver ses domaines, tous ses fiefs et ses alleus envers tous et contre, excepté contre ses propres vassaux et contre Bernard Aton vicomte
TEMPS INTfiRMÉDIAlEBS. S45
de Nîmes, frère de celui de Beziers. Sicard vicomte de liâutrec, Guillaume évêque d'Âlbi, Sicard de Laurac, Izarn de Doui^e, Bermond d'Uzès, Guillaume Oalric, Bertrand d'Avalaz, Raymond de Pauler, Guillaume de Saint^Félix, Bernard de Combret et Guillaume de Durban signèrent cet acte en qualité de témoins.
Mais la réconciliation de Raymond et de Trincavel ne fut pas de longue durée, puisque, au mois d'août 1158, le comte de Barcelonne fit un accord avec Trincavel par lequel il lui promit de l'aider de toutes ses forces dans la guerre qu'il allait avoir avec Raymond comte de Toulouse et de Saint-Gilles. Ermengarde vicomtesse de Narbonne et Guillaume de Montpellier furent présents à cet accord, qui fut passé dans cette ville : ce qui laisse à supposer qu'ils se liguèrent aussi contre le comte de Toulouse. Ce prince allait, voir se lever contre lui de formidables ennemis, parmi lesquels Henri II roi d'Angleterre tenait le premier rang, et que nous allons rencontrer bientôt avec son armée devant la capitale des états de Raymond V.
Avant de raconter les circonstances de ce siège mémorable, nous terminerons le dix- septième Livre par le récit de quelques faits qui intéressent notre Eglise. Oger, abbé de Bonnefont, reçut en 1157 quelques domaines pour son abbaye d'Arnaud de Gastillon. Gaillarde de l'Andorre, fille de Guilkoime, seigneur de ce lieu, fit son testament en faveur d'Oger et de son monastère. Oger mourut peu de temps après, et eut pour successeur Pierre II. Les abbayes de Grand-Selve et d'Eaunes reçurent aussi à cette époque plusieurs dons. La première, dans la personne de Pons !" son abbé, reçut de Randulfe, abbé de Saint-Sardos, tout ce qu'il
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possédait au territoire de Saragotie. Bertrand de Roquefort pour la terre de Ricalmont, Galard seigneur de Sirac pour les pâturages de ses terres, Guillaume de Francosta et Geraud de Marcastald devinrent ses bienfaiteurs. La seconde reçut , dans la personne de Sanche son abbé, de Durand de Molnair, les terres de Villeneuve, de Royan et de Rieutort. Vers la fin de Tannée 1158, Arnaud de Roger, évêque de Comminges, consacra à Lézat une église en l'honneur des saints Julien, Jean et Martin.
L'année suivante, un seigneur du pays toulousain nommé Raymond de Marenx donna quelques terres qu'il possédait sur le ruisseau de ce nom à Raymond de Lautrec évêque de Toulouse, pour y construire un monastère. Ce prélat accepta la donation, et une nouvelle abbaye fut bâtie ; le prélat la céda à Bolbonne pour des religieuses cisterciennes. Aton, abbé de Lézat, s'opposa d'abord a la construction du monastère ; il y consentit cependant, à la prière de Dominique abbé de Bolbonne. Guillaume, qui fut plus tard abbé de Lézat, et ses religieux cédèrent enfin tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur Téglise de Marenx, à condition que les religieuses payeraient annuellement à ce monastère quatre setiers de blé et quelques autres denrées.
Guillaume de Garnucia gouvernait alors l'abbaye de Notre- Dame de Vajal ; il avait succédé à Aimeric. Parmi les bienfaiteurs de cette abbaye, on compte Auger de Caumont, qui possédait à cette époque une partie des forêts de Bolbonne et qui donna à Guillaume l'autorisation d'envoyer paître ses troupeaux dans ces forêts. On voit, par toutes ces donations, que l'une des sources de la richesse des monastères était les nombreux troupeaux qu'on y gardait, et que le droit
de dépaissance était un bienfait pour toutes ces maisons religieuses. L^abbaye de Calers avait pour abbé Jean P% qui reçut de Geraud de Saint-Simplice quelques fonds de terre situés dans la paroisse de Saint-Julien de Tézac , et d'un seigneur nommé GuiHaume de Ck)nsens, le fief de Manique, terres aujourd'hui inconnues.