‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 17 sur 38 · IL · texte numérisé non relu

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informa Henri de la conspiration que ses enfants avaient ourdie contre lui, et lui demeura fidèle dans la guerre que ce prince eut à soutenir contre sa famille révoltée. Le roi de France soutint les intérêts du jeune roi d'Angleterre et favorisa les hostilités de ce prince et de ses frères contre leur père. H avait vu avec peine que le comte de Toulouse avait rendu hommage de ses domaines au monarque, au préjudice des droits de sa couronne. Celui-ci se porta sur les terres du comte de Toulouse, depuis l'Auvergne jusqu'au Rhône, levant des troupes et se faisant donner des secours en argent pour sa cause. Pons, archevêque de Narbonne, fit part de tous ses mouvements au roi de France ; il loi dit que, som prétexte de Toulouse, Henri cherchait a s'emparer des extrémités de son royaume, et lui fit part des progrès de l'hérésie dans sa province.

La vicomtesse Ermengarde, écrivant au même prince, lui dévoile les projets du roi Henri qui ne cherchait a s'emparer de Toulouse que pour dominer sur tout le pays ; elle lui reproche d'avoir commis une grande faute en ne s'ôpposant pas à ce que le comte de Toulouse devint le vassal du roi d'Angleterre ; elle l'engage à prendre les armes, et lui promet que les prélats et les princes défendront avec lui la ville de Toulouse, et l'aideront à rétaWir les choses dans Tétat primitif. La conduite que Raymond V tint en cette occasion à l'égard de son beau-frère le roi de France, prouve qu'il avait véritablement répudié la reine Constance sans espoir de retour.

Cette infortunée princesse, après avoir passé quelque temps à la cour du roi son frère, partit pour la Palestine. Elle acheta de ses hezans une terre dans la plaine d'Asca

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Ion nommée Bétheras, où elle se reposa de ses longs mal* heurs. En l'année 1 173, elle se rendit au chapitre des frères de l'Hôpital , et céda cette terre à cette maison moyennant une rente annuelle de 500 bezans. Raymond des Moulins était alors prieur de cet hospice. Elle désira ensuite être agrégée à Tordre en qualité de sœur, et choisit sa sépulture dans le cimetière des frères. Pendant que la comtesse de Toulouse faisait de grandes largesses à l'hôpital de Jérusalem, l'abbaye de Grand-Selve dans le Toulousain voyait augmenter ses domaines par les libéralités des seigneurs du pays. Guy Vital avait succédé à Pons II dans le gouvernement de cette maison . Amaury de Roquefort , Arnaud Espam , Guillaume de Flaunac, Jourdain de Saint-Laurent et Guillemette son épouse, Bertrand de Glatens, Raymond de Blanquet et Arnaud de Bersac lui donnèrent plusieurs terres. L'abbaye de Bonnefont, qui était alors dirigée par Arnaud I*', successeur de Pierre, reçut aussi des dons de la part de Raymond de Monar et de Resplendie son épouse.

La reine Constance avait mis dans ses intérêts le pape Alexandre III ; elle espérait encore fléchir son époux et faire reporter sur elle ses affections depuis trop longtemps partagées. Le pape, se trouvant à Anagni au mois de février 1174, écrivit en ces termes au frère de cette princesse, Henri archevêque de Reims : « La noble dame Constance nous » ayant représenté qu'elle veut garder la chasteté parce que » son époux ne lui est pas fidèle, nous Favons exhortée à

» retourner avec lui Nous avons écrit au comte de Tou-

» louse pour l'engager à changer de conduite, et lui avons » envoyé une ambassade solennelle pour le presser de rap- » peler la comtesse sa femme.... Nous avons aussi ordonné

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» k nos vénérables frères Tarchevèque de Narbonne, à ré?ê- » que de Nimes et à notre cher fils Raymond, cardinal-diaere » du titre de Sainte-Marie in via lata, de s'employer auprès » du comte de Toulouse pour le porter à faire ce que nous » souhaitons de lui » Les lettres d'Alexandre III ne purent rien obtenir du comte de Toulouse. Constance prit alors le parti de quitter entièrement le monde. Quelques auteurs ont prétendu qu^elIe partit de la Palestine pour se rendre en France, au monastère de Notre-Dame de Soissons, où elle mourut, n nous paraît beaucoup plus probable qu*elle ne quitta pas sa solitude de Bétheras, qu'elle y finit ses jours, et qu'elle fut ensevelie, selon son désir, dans le cimetière des hospitaUers de Saint- Jean.

On a dû remarquer qu'il n'est point question de Hugues évêque de Toulouse dans la lettre d'Alexandre III : ce qui montre que Raymond n'était point alors dans sa capitale. D

se trouvait en effet à Beaucaire, où il avait indiqué une cour plénière. Henri II et le roi d'Aragon devaient s'y rendre pour traiter de la paix entre ce dernier prince et le comte de Toulouse ; mais ces princes manquèrent au rendez-vous. On déploya au château de Beaucaire un grand luxe de fêtes, de joutes et de tournois. Raymond donna cent mille sols à un chevalier nommé Raymond d'Agout ; celui-ci les distribua aussitôt k dix mille chevaliers. Bertrand Raimbaud fit labourer les environs du château et y fit semer trente mille sols en deniers. Guillaume Gros de Martel, qui avait trois cents cavaliers à sa suite, fit apprêter tous les mets avec des flambeaux de cire. La comtesse d'Urgel y envoya une couronne estimée quarante mille sols. Il s'y trouva aussi une foule de bateleurs qui devaient avoir à leur tête Guillaume

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Mite, leur roi. Raymond de Yenous fit brûler, par ostentation, trente de ses chevaux devant toute rassemblée. Toutes ces singularités et ces horribles spectacles que nous traiterions aujourd'hui d'extravi^ances et de cruautés, étaient alors dans les mœurs du temps.

L'entrevue de Raymond et d'Alphonse^ qui devait avoir lieu à Beaucaire, se tint un peu plus tard, au mois de noveoibre, ainsi que nous l'apprend une charte du roi d'Aragon dans laquelle il unit l'hôpital de Larsac en Rouergue au monastère de Notre-Dame de Gassan au diocèse de Beziers. On croit que cette conférence eut lieu à Meillon en Provence, près du mont Yentous. Guillaume YIII comte de Montpellier fût présent à l'entrevue, et Raymond lui promit par serment ^ lui conserver la vie et les domaines. Ce serment fut prêté âu mois de décembre 1174, en présence de plusieurs évoques, abbés et seigneurs. De Meillon, le comte de Toulouse «e rendit à Saint-Gilles, où il fut joint par Bernard-Aton wicomte de Nîmes. Ces deux seigneurs se promirent par un eerment mutuel de s'entr'aider. Dans la même année, Roger Tkomte de Carcassonne et de Beziers accorda a Izarn Jour- <}ain et à Bernard de Saissac, ses vassaux, une colline pour y construire un château qui serait appelé Mônt^Revel. Cette colline était située dans le Lauraguais, et l'on bâtit plus tard dans la {daine qui avoisinait la colline une ville qui prit le nom de Revel.

Hugues troisième du nom, évêque de Toulouse, mourut, d'après les calculs les plus exacts, au mois de mai 1175. Il avait occupé ce siège pendant cinq anné€|s et avait gardé l'abbaye de Sain1>-Saturmn avec son évêché» Il se montra généreux envers plusieurs abbayes : ainsi il céda quelques-

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uns de ses droits à Grand-Selve et donna à Yajâl le moulin de Teladol et ses dépendances. Il ent pour successeur sur le siège de Toulouse Bertrand de Villemur qui était prieur de Camon. Le pape Alexandre III accorda a cette époque une bulle en faveur de Fabbé et du chapitre de Saint-Saturnin, bulle par laquelle il confirmait de nouveau tous les privilèges et toutes les donations faites à cette église ; il donnait de plus le pouvoir au chapitre, lorsque le siège de Toulouse serait vacant , d'appeler un des èvêques voisins pour ordonner les clercs dans leur église.

Le comte Raymond résidait peu alors dans -sa capitale. Le 26 mai , il se rendit médiateur d'un différend qu^avaient Roger vicomte de Carcassonne et Guillaume seigneur de

Lunas au diocèse de Beziers. En l'absence de ses souverains, Toulouse était gouvernée par son conseil de ville. Nous apprenons d'un acte qui date de cette aimée, que ce conseil s'assemblait régulièrement dans l'église ou près de l'église de St-Quintin ; nous y lisons qu'un citoyen nommé Fortil de Molivernet se présenta à Saint-Quintin devant ce conseil avec un grand notobre de prud'hommes qui l'accompagnaient. On voit par là que ce conseil avait la police judiciaire de la ville.

Nous avons vu plus haut que l'abbaye de Feuillants, qui dépendait du Loc-Dieu, s'était placée sous la juridiction de Citeaux et qu'en même temps elle relevait de l'abbaye de Bonnefont. Raymond I", abbé de Feuillants, se vit exempté de cette dépendance en l'année H75. Il paraît que l'état de pauvreté dans lequel se trouvait cette abbaye avait été la cause de l'abandon qui en fut fait par Bonnefont, qui la céda sans retour à Citeaux. Le premier monastère avait reçu

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quelques terres de la libéralité d'un seigneur nommé Guil- . laume. Arnaud Roger, évêquedeComminges, confirma cette donation en 1176, ainsi que la fondation déjà existante du monastère de Saint-Laurent dans son diocèse. Ce prélat mourut peu de temps après, et sa mort est marquée au nécrologe de Saint-Etienne de Toulouse avec le titre de chanoine de cette église.

Au commencement de cette année, le comte Raymond V fit un voys^e en Querci, au mois de février, et se rendit au monastère de Cayrac. Là, se trouvaient réunis en chapitre Pierre abbé d'Aurillac, Tévêque de Cahors, les abbés de Figeac et de Maurs, Bertrand et Guillaume de Cardaillac. — Pierre, abbé d'Aurillac, appela en pariage pour la ville de Cayrac le comte Raymond, à condition qu'il protégerait le monastère et la ville, qu'il n'y ferait aucune nouvelle exaction, et qu*il ne pourrait les aliéner de son domaine. De Cayrac, Raymond V se rendit à Saint-Antonin et donna en fief, le 1" avril, les châteaux de Montclar et de Montpezat à Arnaud de Montpezat, à Bertrand son frère et à B. de Villemur leur beau -frère.

Pons de Montpezat était à cette époque abbé de St-Saturnin de Toulouse ; il appartenait sans doute à cette famille. n est connu dans l'histoire pour avoir fait un accord avec l'abbé de Grand-Selve au sujet d'un fief désigné sous le nom de Gcmssinac. Bertrand de Villemur dont il est ici question serait-il le même que l'évêque qui gouvernait alors l'Eglise de Toulouse ? Les seigneurs de Montpezat donnèrent au comte de Toulouse en toute propriété le château de Caylus et l'engagèrent à ne contracter aucune alliance avec Pons de Toulouse, qui descendait des anciens comtes.de cette ville.

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Pons perdit alors la vicomte de Montclar en Qaerci, dont Raymond V s'empara. Ce prince, de retour à Toulouse» accorda, le 5 ayril, une exemption do péage dans toutes ses terres à Tabbaye de Bolbonne.

Le moment était arrivé où il allait conclure enfin un traité de paix avec Alphonse d*Âragon. Dans le courant d'avril 1176, ils se rendirent Vxm et Fàutre à Ffle de Gernica, entfe Beaucaire etTarascon. L'agent principal du traité fut Hugues Gaufred de Marseille, maître de la milice du Temple* Les assesseurs fbrent, du côté du roi d'Aragon, Raymond de Moncade, Guy Guerrejat de Montpellier et Arnaud de ViUademots; du côté du comte, Ermengarde de Narbonne, Ismidon de Faute, et Guillaume de Sabran. Telles forent les conditions du traité : l"" Raymond cédait à Al|)honse, pour la somme de trois mille cent marcs d'argent, tous ses droits sur le comté de Provence, les vicomtes de Milhaudt de Gevaudan et de Carlad ; S"" le roi engageait au comte le château d'Albaron, File de la Camargue et quelques autres. Un grand nombre d'évêques, d'abbés et de seigneurs assistèrent à ce traité de paix et le signèrent.

Raymond se rendit ensuite à Malaucène, où se trouvait la comtesse de Melgueil sa belle-fille, qui y mourut au mois de septembre. Par son testament, Ermessinde de Pelet laissa ses domaines à la maison de Toulouse, dans la personne de Raymond son époux. Elle n'eut point d'enfants de ce prince, qui se remaria quelque temps après avec Béatrix de Beziers.

Le monastère de la Daurade à Toulouse était alors gouverné par Pierre de Saint-André, qui avait succédé à Guillaume IL II eut lui-même pour successeur Guillaume de

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Gastelnau, abbé de Lézat, qui passa un accord avec Guillaume de Saint^lair, prieur de Saint-Germier de Muret : ce qui demblerait indiquer que ce prieuré dépendait encore de cette dernière abbaye. Les droits du prieur de la Daurade sur la rive droite du fleuve étaient clairement établis, puisque à cette époque Guillaume de Castelnau accorda Tautorisation d'élever là chaussée et de construire le Moulin du Bûdacle (vadaculumj. Thomas était alors chapelain de régUse de la Dalbade. Devant se rendre en Espagne» il confia la garde de cette église a Guillaume de Castelnau, à cette condition que si, avant sept ans, Thomas était de retour ^ il reprendrait cette église, mais que, s*il ne revenait qu'après ce terme ou s'il venait à mourir, le prieur de la Daurade pourrait en disposer à son gré.

Au mois de mars 1177, Bertrand de Yillemur, évêque de Toulouse^ donna plusieurs domaines aux monastères de Lézat et de Bonnefont ; il accorda aussi aui religieux toutes les dîmes qu'il prélevait dans son diocèse sur les biens de ces abbayes. Celle de Calers, gouvernée à cette époque par Dalmace II qui avait succédé à Amaury I*% reçut, avec l'approbation de Bertrand de Yillemur, de vastes domaines de Raymond de Morlac.

Ermengarde vicomtesse de Narbonne, se voyant sans postérité, avait adopté son neveu Aimery de Lara. Celui-ci mourut sans enfants : c'est ce qui porta le comte de Toulouse à chercher les moyens de s'assurer de la vicomte de Narbonne, en qualité de suzerain. Ermengarde, justement effirayée des prétentions du comte, appela à son secours le roi d'Aragon, les vicomtes de Carcassonne et de Nîmes, et les seigneurs de Montpellier. Ces princes, à

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Texception du roi, se liguèrent contre Raymond V; mais Fhistoire ne nous apprend rien sur les suites de cette ligue. Il parait cependant que le comte s'était emparé de Narbonne au mois de décembre, car les divers privilèges qu'il accorda en 1177 aux hospitaliers de Saint-Gilles sont datés de cette ville.

Ces derniers événements précédèrent de très peu de temps la mort de Bertrand de Yillemur. Il n'occupa le siège de Toulouse que cinq années, et n'est connu dans nos annales par aucun fait éclatant. Il eut pour successeur Gosselin, qui ne posséda l'évéché qu'une année. Sous son pontificat, eut lieu a Arles, au mois de juillet 1178, le couronnement de l'empereur Frédéric en qualité de roi de Provence. Quelques historiens ont rapporté que le comte de Toulouse fut présent à cette cérémonie, qui eut Deu dans la cathédrale. Cette assertion n'est appuyée sur aucune preuve solide. Il est certain néanmoins qu'au mois d'août, Raymond se trouvait à Arles, puisqu'il y reconnut par un acte public tenir en fief le château de Beaucaire et la terre d'Argence de l'archevêque et de l'Eglise d'Arles, et que ce prélat lui donnait en reconnaissance les châteaux de Momas et de Mont-Dragon. Le comte de Toulouse favorisa par sa protection et ses largesses la construction du célèbre pont d'Avignon, qu'un jeune berger nommé Benezet ou Benoit avait entreprise, après bien des révélations et des prodiges. Raymond, peu de temps après le couronnement de Frédéric, se hâta de rentrer à Toulouse pour y recevoir quelques prélats qui venaient s'opposer à l'hérésie toujours croissante des henriciens ou albigeois.

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