IL
tint (l*Alacippe du Mas-Garnier rautorisation de constniire quelques moulins sur le fleuve de Garonne, et mourut peu de jours après. Il eut pour successeur Guillaume I" de Gambanol. Raymond de Pins donna à la même époque quelques domaines à Fabbaye de Calers dans la personne de Dalmace, son abbé, auquel succéda Bernard I"^. Arnaud I^, abbé de la Capelette, mourut aussi en ce même temps. Sylvie de Martres, haute et puissante dame, gratifia de plusieurs terres le monastère de Bonnefont ; Guillaume Raymundi , qui en était abbé , reçut ces dons et laissa son abbaye a Raymond IL
Après la mort de Raymond Guilaberti , prévôt de Saint- Etienne, qui eut lieu en 1174<, la prévôté demeura vacante pendant cinq ans, et ce ne fut qu'en 1179 que Tarchidiacre Guillaume Pétri fut élevé à cette dignité, qu'il ne posséda , du reste, que très peu de temps, puisqu'il mourut au mois de décembre de Tannée suivante. Arsius fut élevé sur le siège de Comminges, où il fit briller les plus éclatantes vertus. Il succédait à Arnaud-Roger. Il assista au troisième concile de Latran, dans lequel on anathématisa les hérétiques qui infestaient les provinces méridionales des Gaules, tels que les cathares, patarins. et autres publicains qui étaient principalement répandus dans la Ga^ogne, l'Albigeois et le pays de Toulouse.
Le comte de cette dernière ville, qui, comme nous l'avons déjà dit, s'était emparé de la vicomte de Narbonne, vit à cette occasion une formidable ligue se former contre lui ; elle était composée du roi d'Aragon, des vicomtes de Beziers et de Nîmes, et d'Ermengarde. Dans le dessein d'opposer quelque résistance à leurs attaques, le 28 avHl 1179, il
s'unit à divers seigneurs du Bas-Languedoc et conclut avec eux un traité. Suivant cet acte, Raymond d'Uzès, Pons 6osselîn de Lunel et Pierre de Bernis reçurent en fief, de Raymond, tous les domaines, qu'ils possédaient dans la vicomte de Nîmes, avec promesse de l'aider contre le vicomte de cette dernière ville. Le roi d'Aragon et le comte de Pro- Tence son frère, Raymond Bérenger, se rendirent à Beziers, et de là à Carcassonne, où Roger vicomte de Beziers se déclara le vassal d'Alphonse ainsi que du comte de Pro* vence. La guerre que Raymond V avait à soutenir contre ces seigneurs ne lui permit pas d'assister au couronnement de Philippe son neveu, fils de Louis-le-Jeune, qui eut lieu à Reims le 1**' novembre,
Après la mort de Gosselin évêque de Toulouse, et sur le refus d'Henri de Clairvaux, Fulcrand fut choisi pour occuper ce siège. Son élection dût être postérieure au concile de Latran, car il n'est point compris parmi les évêques de la Narbonnaise qui y assistèrent. Des chartes.de l'abbaye de Lézat qui portent la date du mois de décembre H 79 affirment qu'il était alors évêque de Toulouse.
En 1180, la guerre continua dans la province entre Raymond V d'un côté et Alphonse et ses alliés de l'autre. Le roi d'Aragon assiégea le château de Fourques situé sur le Rhône, au-dessous de Beaucaire, et qui appartenait au comte de Toulouse. Celui-ci le suivait de près, puisque au mois d'août il confirma en faveur de l'abbaye de Saint-André sur le Rhône la donation d'une partie du château de Pujault qui avait été cédée à ce monastère par un seigneur (Isnard de Gargaïa), en y prenant l'habit reUgieux. Il se porta bientôt après avec ses troupes sur les frontières du
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Rouergue et du Querci, puisque, vers le t^' octobre, il passa un accord avec Tabbé d'Aurillac au camp devant Capienac : ce qui ferait supposer que le roi d'Aragon et le comte de Provence s'étaient dirigés de ce côté.
Les seigneurs du pays toulousain se montraient toujours généreux euTers FEglise : ainsi, à cette époque, Antoine Arnaud de Castel verdus donna plusieurs terres à l'abbaye de Bolbonne. Cette donation se fit en présence de Roger- Bernard comte de Foix, qui vivait encore. Guillaume de Castelûau, qui gouvernait Fabbaye de Lézat avec une rare prudence, termina un différend qui existait entre le prieur de Saint-Antoine de Toulouse et Pierre de Raissac, sous le règne de Philippe. Cette intervention dût être postérieure au mois de septembre, puisque Louis Vil mourut le 18 de ce mois, laissant la couronne à Philippe-Auguste. Ce prince, au commencement de son règne, chassa tous les juifs du domaine royal ; « il alla consulter, disent les vieilles chro- » niques, un certain ermite ayant nom Bernard, très saint » homme, lequel était alors correcteur des bonshommes du » moûtier de Grandmont (depuis, les Minimes) dans le bois » de Saint-Mandé, près Vineennes. Celui-ci lui conseilla de » relâcher et quitter tous les chrétiens de son royaume des » dettes qu'ils devaient aux juifs, de bouter tous les juifs » hors du dit royaume, et de retenir pour son usage la cin- » quième partie des créances de ces infidèles. En Tan de » Fïncarnation 1181, le roi commanda que tous les juifs » s'appareillassent de quitter le royaume de France et qu'ils
» fussent tous dehors à la fête de saint Jean-Baptiste
» Quand les juifs s'en furent allés, le bon roi ordonna qu'on » nettoyât leurs synagogues, afin qu'elles fussent dédiées à
TEMPS INTKRMÉPUIRES. 309
;• églises, et que Ton y consacrât autels pour le service de » Notre-Seigoeur. »
I/es juifs de Toulouse habitaient dans un quartier appelé les mux de$jmf$ (judeœ aqim-^Jot^-Aïguesy. Il paraît que l'ordonnance du roi Philippe ne pût les atteindre. Leur existence à Toulouse en cette année est marquée par une sentence que rendit contre eux Tévêque Fulcrand : ils étaient obligés de donner chaque année, le jour du vendredi saint, quarante-quatre Uvres de cire» Arnaud, sacriste de la cathédrale, affirmait que ces lipres devaient être du poids commun de Toulouse;. les juifs prétendaient au contraire qu'elles devaient être seulement du poids de vingt sols ta livre» qu'on appelait livre prime. L'affaire fut portée au tribune de l'évêque, qui eut pour assesseurs Tarchidiacre Bernard de Gradac, Guillaume de Brunet, Pierre de Marquefave, Bernard de Saint-Romain, Pierre Bruno, le chanoine Fabre, l'hôtellier Gaïrauld, et quelques autres. Après l'audition des témoins pour les deux parties, l'évêque condamna les juifs à acquitter leur rente au poids commun. Bernard de Gradac dont il est ici question fut élevé bientôt après à la dignité de prévôt de Saint-Etienne, à la mort de Guillaume Pétri. L'évêque de Toulouse donna à Alquier abbé de Belleperche une église désignée sous le nom de Cordue. Sous son épiscopat, Pierre et Bertrand de Mornac frères cédèrent à Bernard abbé de Calers tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur plusieurs terres, pour le repos de leur âme et celle de leun^ parents.
Au mois d'août 1181, Raymond V, de l'avis des capitouls ou membres du conseil commun de la ville, fit d'excellents règlements pour sauvegarder la paix entre la maison com-
310 TEMPS INTEBIIÉDIAIBBS.
taie et tous les habitants de la cité; de plus, pour régler le salaire de divers corps d^état et la vente de certaines marchandises, en particulier celle du poisson, tel que sattmon, truite et anguille. On voit, par ces diverses dispositions de police, que le conseil de ville n'était point étranger à cette époque à Tadministration intérieure de la cité, et que le comte faisait tous ses efforts pour gagner Taffection du peuple : affection d'autant plus nécessaire que les armes du roi d'Aragon le pressaient vivement. Ce prince, en effet, se jeta dans le Toulousain avec une partie de son armée, vint camper sous les murs de la capitale, ravagea les environs, et passa ensuite en Aquitaine pour rejoindre le roi d'Angleterre son allié.
Ces guerres et ces dissensions continuelles favorisèrent beaucoup les progrès de l'hérésie. Le vicomte Roger contribua puissamment à les étendre, par la haine qu'il portait au comte de Toulouse. Alexandre III résolut alors d'envoyer un légat dans le pays : il choisit Henri de Château-Marcey, abbé de Claivaux, cardinal et évoque d'Albano, qui avait fait partie de la première mission. Celui-ci prit dans cette circonstance une marche toute différente : il s'adressa aux catholiques, ranima leur zèle par son éloquence, les engagea à prendre les armes et à le suivre ; il forma un corps d'armée, se mit a la tête des troupes, et marcha droit au château de Lavaur, dont il fit le siège. Raymond de Baimiac et Bernard Raymundi dont nous avons déjà parlé s'y étaient réfugiés, et, de là, prêchaient l'hérésie. Le cardinal Henri investit la place, et après une résistance assez grande de la part des assiégés, il s'en empara, grâce aux intelligences secrètes qu'il s'était ménagées auprès de la vicom-
tesse Adélaïde, femme de Roger IL Ce seigneur se soumit alors. Le cardinal exigea qu'il lui remît les hérétiques qui Btalent en son pouvoir. Raymond de Baimiac et Bernard Raymundi se convertirent; ils se firent chanoines, Fun de Saint-Etienne, et l'autre de Saint-Saturnin.
De Lavâur, le cardinal s'avança au-delà de Toulouse jusque sur les frontières d'Espagne; là, il fut joint par Etienne de Tournay, abbé de Sainte-Geneviève de Paris. Cest ce que nous apprenons d'une lettre que ce dernier écrivit en ces termes : « La crainte du danger imminent où je me » trouve exposé par les courses des voleurs, des cottereaux, 3» des Basques et des Âragonnais, fait que je supporte avec » moins de peine les fatigues du long et pénible voyage que :» j'ai entrepris. Je suis l'évêque d'Albano par les montagnes » et les vallées, au milieu des déserts ; je ne trouve partout » que des villes consumées par le feu ou des maisons rui-
» nées On m'assure que je trouverai ce prélat au-delà
» de Toulouse, près des Espagnols. » Etienne de Tournay écrivit une seconde lettre à Jean de Bellesmains qui venait d'être nommé au siège de Lyon : « J'ai eu, dit-il, en passant » dans ce pays lorsque le roi m'envoyait à Toulouse, une » image de la mort toujours présente devant mes yeux : j'y » ai vu les églises brûlées ou presque détruites, et les lieux » qui auparavant servaient d'habitation aux hommes, de- » venus la retraite des bêtes. » Ainsi se trouvent consignés dans l'histoire les hauts faits de l'hérésie des albigeois. Le cardinal Henri termina sa légation et quitta les états du comte de Toulouse, qui vint à cette époque (H 82) au secours du fils du roi d'Angleterre. Ce jeune prgice voyait avec peine que son père, qui l'avait associé au trône, l'éloi-
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gnât du gouveroement, tandis que ses deux frères Richard et Geoffi*oy administraient, Fun, le duché d'Aquitaine, et l'autre la Bretagne* Il demanda la Normandie, qui lui fat refusée. La division éclata alors entre les trois princes fils de Henri II ; le jeune Henri et Geoffroy se liguera contre le duc d'Aquitaine. Le roi d'Angleterre, désirant terminer cette guerre qui afOigeait son cœur paternel, entra dans l'Aquitaine, d'où il fut repoussé par les habitants qui prêtèrent serment de fidélité au jeune roi. Celui-ci, s'étant révolté contre son père, appela à son secours Philippe- Auguste, Raymond comte de Toulouse, et plusieurs autres grands vassaux.
Le pape Lucius avait succédé à Alexandre III. Au commencement de son pontificat, il approuva la donation qui fut faite à l'abbaye' de Saint-Pons de Tomières de celle de Venerque dans le Toulousain, dépendante de l'ordre de saint Benoît et dédiée à l'apôtre saint Pierre; il accorda aussi plusieurs privilèges à Fabbaye de Bolbonne, qui reçut de grands biens à la même époque de Bertrand de Nerag, pendant que celle de Feuillants était richement dotée d'une partie des moulins de Ravidan dans la personne de Théobald, son abbé, qui avait succédé à Raymond P'.
La province d'Aquitaine vit, en 1183, le roi d'Angleterre et son fils se faire une guerre acharnée. Le premier appela à son secours le roi d'Aragon et plusieurs autres princes, qui vinrent le joindre dans le Limousin. Le l*' mars, il vint assiéger le château de Limoges, dont son fils prit la défense. Le 26 mai, le comte de Toulouse arriva à Uzerche, où il rencontra le jeune Henri qui était venu au-devant de lui, mais qui mourut peu de jours après à Martel, en pré-
TEMPS INTEBVÉDIÂIRES. 343
sence de Raymond V et du duc dé Bourgogne, témoignant un grand repentir de la guerre qu'il avait déclarée à son père. Ce prince avait choisi sa sépulture dans la cathédrale de Rouen, et c'est à ce sujet que le comte de Toulouse, de concert avec le duc de Bourgogne et l'évêque d'Agen, écrivit an pape pour lui rendre témoignage de la votonté du jeune Henri. La lettre de Raymond porte la suscription suivante : « Au très révérend père en J,-C. et seigneur Luce, par la » grâce de Dieu pontife des Romains, Raymond par la même » grâce duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de
>» Provence': salut »
Quelques circonstances de la guerre de Henri H roi d'Angleterre et de son fils nous sont indiquées dans les poésies de Bertrmd de Born, guerrier et troubadour ; il était vieomte de Hautefort dans le Périgord, seigneurie qu'il par- "tageait avec Constantin son frère. Bertrand, voulant posséder «eul le manoir de ses aïeux, en chassa Constantin. Celui- « appela à son secours le vicomte de Limoges, le comte de Périgord etTalleyrand seigneur de Montagnac. Ces seigneurs «t Richard comte de Poitou vengèrent Constantin en saccageant les domaines de Bertrand. Le troubadour prit sa revanche par un mventes, espèce de poésie héroïque consacrée aux actions d'éclat ; « Mon frère, dit-il, veut avoir » la terre de mes enfants. — Je le déclare, il s^en trouvera » mal, s'il veut disputer avec moi. Je crèverai les yeux à » qui voudra m'ôter mon bien. La paix ne me convient pas ; » la guerre seule a le droit de me plaire. Ne rien craindre » voilà mon unique loi. Je n'ai égard ni aux lundis, ûi aux » mardis ; les semaines, les mois, les années, tout m*est » égal Pour moi, faire provision de lances, de casques,
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» d'épées, de chevaux, c'est ce que j'ambitionne. A tort ou » à droit, je ne céderai rien de la terre de Hautefort ; elle » est à moi, et on me fera la guerre tant qu'on voudra.. . » Bertrand de Bom devint le redoutable ennemi de Richard : il ligua contre lui plusieurs seigneurs ; mais, triste jouet de la fortune, il vit bientôt les rois d'Aragon et d'Angleterre, ainsi que Richard qui avait fait la paix avec son père, venir assiéger son château et le forcer à se rendre. Dans sa colère, il publia un autre sirvente contre le roi d'Aragon ôbxïs lequel il lui reproche le parjure de Sanche, son frère, qui avait abandonné les intérêts du comte de Toulouse pour se liguer avec le roi d'Angleterre.
Nous possédons plusieurs poésies de Bertrand de Bom, entr'autres, deux complaintes sur la mort du jeune Henri, des sirventes où il chante les guerres du roi d'Angleterre et de Philippe-Auguste. Il choisit pour la dame de ses pensées Menta ou Mathilde femme de Talleyrand, seigneur de Montagnac et frère du comte de Périgord, à laquelle il adresse plusieurs vers où il n'est question que d'éloges, de reproches, de jalousies, de protestations, de brouilleries et de réconciliations. Le Dante a mis Bertrand de Born dans son Enfer où il est condamné à porter entre ses mains sa tête séparée du tronc, pour avoir fomenté la guerre entre le roi d'Angleterre et ses enfants.
Le comte de Toulouse perdit, en 1183, Alberic Taillefer son second fils. 11 avait épousé Béatrix, héritière du Dau-' phiné, et mourut sans enfants. Raymond, dans la crainte de voir passer cette province en des mains ennemies, hâta l'alliance de la veuve avec Hugues III duc de Bourgogne, qui,
pour la contracter, répudia Alix de Lorraine, son épouse.
Au milieu de tous ces événements, un nouveau monastère était fondé dans le pays de Comminges : c'était celui de la Bénédiction-Dieu ou de Nisors. Il fut établi, sous les auspices d'Arsius évêque de Comminges, par les religieux de l'abbaye de Bonnefont, sous la dépendance de Gitaux et dans la ligne de Maurimont. Bernard, qui était sans doute religieux de Bonnefont, fut désigné pour le premier abbé. Les libéralités de Bertrand, seigneur de la nie, contribuèrent puissamment à assurer l'avenir de cette maison ; il lui donna plusieurs terres dans le territoire de Laserade. Non seulement les seigneurs se montraient généreux envers les monastères, mais ils se retiraient quelquefois dans la solitude pour y embrasser la vie religieuse ; ainsi, au mois de septembre 1183, Arnaud-Guillaume Dalga prit l'babit de convers à Belleperche dés mains de Bernard ; il céda de très grands biens au monastère, a condition que son fils serait admis au nombre des moines quand il aurait atteint l'âge prescrit. L'épouse d'Arnaud-Guillaume reçut des religieux de Belleperche 250 sols, a l'aide desquels elle embrassa la vie religieuse dans un couvent de l'ordre de Fontevrault, situé sur les rives de la Garonne, non loin de Belleperche, et que nous croyons être le prieuré de Lespinasse.
Les chanoines de Saint-Etienne eurent à cette époque quelques discussions avec Pierre de Saint-André, prieur de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse. Nos chroniques ne nous apprennent pas quel en était le sujet. L'évêque Fulcrand et Bernard Gradac, prévôt de Saint- Etienne, intervinrent pour rétablir la paix. Cet acte de conciliation précéda de très près la mort de Pons de Monpezat,
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abbé de Saint-Saturnin, qui eut pour successeur Guillaume de Gantés* Celui-ci joignit à la dignité abbatiale celle de prévôt de Saint-Etienne, car Bernard de Gradac mourut Tannée suivante, et fut enseveli dans le cloître de Saint- Etienne, avec une inscription tumulaire.
En 1184, au mois de septembre, on tint une grande assemblée dans le cloître de la Daurade, sous la prési* dence de Guillaume III, prieur de cette église. Un citoyen de Toulouse nommé Bernard Mandataire et GuUlemette sa femme avaient construit un hôpital et une église dédiée ^à sainte Radegonde, dans le territoire de Saint^Pierre des Cuisines. Leur intention fut de céder cet hôpital et ses dépendances à Saint-Pierre de Cluny et à FaUbaye de Moissac, à la charge par cette dernière d'y enU*etenir à perpétuité treize pauvres, dont deux prêtres, et les autres clercs ou laïques. En reconnaissance de cette donatioo, Fabbé de Moissac agrégea Bernard et Guillemette à la congrégation, et les rendit participants de toutes les bonnes œuvres qui se feraient dans son sein. Il prit pour témoins de ses engagements les abbés de Gimont, d'Eaunes, de Belleperche et de Grand-Selve, qui s?ins doute étaient présents à cette assemblée. L'abbé d'Eaunes dont il est ici question reçut en même temps un don pour son monastère d'une dame du pays nommée Assalite de Saint- Amans. L'hôpital de Sainte-Radegonde fut plus tard appelé de la Mainadière, nom qui dérive évidemment de celui
de son fondateur Albert de Dieupentale donna aussi de
vastes domaines situés dans cette seigneurie au monastère de Saint-Pierre de la Cour.
/ Fulcrand n'était pas moins généreux à Fégard des ab-
bayes, puisque, vers le commencement de Tannée 1185, il céda à Guillaume abbé de Vajal les églises de Saint-Pierre de Canens et de Saint-Jean de Fageac.
Att mois de février, le comte de Toulouse et le roi d'Aragon eurent une entrevue dans File de Oernica, et terminèrent leurs longues querelles par un traité solennel ; ils promirent de vivre désormais en bonne intelligence et de s'aider contre leurs ennemis communs. Ce traité, qui renfermait aussi d'autres conditions, fut passé en présence de l'archevêque^ de Narbonne, de Févêque de Barcelonne, et d'Ermengfltf'de vicomtesse de cette première ville. De Gernica, Raymond se rendit à Nîmes, où il accorda, le l""^ mars 1185, divers privilèges aux habitants et les exempta de toste et de questê, sorte de droits seigneuriaux.
L'histoire des évêques de Vaison nous révèle un fait qui parait se rs^porter à Raymond V, quoiqu'il soit possible de l'appliquer à son fils, qui portait peut-être aussi à cette époque le titre de comte de Toulouse ; il y est dit que le comte de cette ville avait dépouillé Bertrand de Lambesc, évêque de Yaisôn, de ses titres et de ses droits, et que Bérenger de Reillsme, son successeur, excommunia le comte à Entreehaux, parce que ce seigneur avait élevé une forteresse à VaîsoQ pour effrayer le pays ; que Raymond , irrité de cette excommunication, chassa Févêque de Vaison du diocèse, et qu'enfin, quelques années plus tard, le comte de Toulouse rendit Févêché et toutes ses possessions a Guillaume de Laudun, successeur de Bérenger. — • Quoique ces faits aient échappé à nos chroûiqueurs, ils n'en ont pas moins été attestés sous la foi du serment , en 1189, par d'irrécusables témoins.
348 TEMPS Intermédiaires.
La paix entre le roi d'Aragon et le comte de Toulouse ne fut pas de longue durée. Celui-ci ayant assiégé Carcassonne sur le yicomte Roger, Alphonse vint aussitôt à son secours, et força Raymond à lever le siège, pendant que Richard duc d'Aquitaine, à la tête d'une armée nombreuse, ravageait les terres du comte de Toulouse et lui enlevait plusieurs châteaux. Il paraît que ce dernier prince n*opposa aucune résistance à Finvasion de Richard, puisque au mois d'août 1187 il se rendit vers le Rhône, où il donna à l'abbaye de Franquevaux ce qu'il possédait dans le territoire de Fourques de la succession de feue Agnès, sa sœur. Cesl le seul monument qui nous révèle l'existence de cette princesse. Nous ignorons si elle fut mariée ; cependant il ne faut pas la confondre avec une autre sœur du comte de Toxklouse qui fut mère de Bernard de Comminges VI* dtf nom. Celle-ci, nommée Laurence, épousa Dodon, fils de Bernard V. Dodon, fatigué des grandeurs humaines, se retira à l'abbaye de Feuillants, où il mourut et où il fut inhumé. Il eut trois fils de la princesse de Toulouse : Bernard VI, qui lui succéda, Guy seigneur d'Aure, et un autre Bernard seigneur du pays de Savès dans le Toulousain. On lui donne encore pour enfants Roger comte de Pailhas, qui fut la souche des vicomtes de Couserans, et Arnaud seigneur de Dalmazan. Bernard VI comte de Comminges épousa Béatrix- Etiennette, fille de CentuUe comte de Bigorre, dont il n'eut qu'une fille unique appelée Pétronille.
La présence de Dodon comte de Comminges dans Fabbaye de Feuillants fut pour cette maison la source de grands privilèges de la part du pape Grégoire. Ce pontife adressa , en 1187, une bulle très étendue à l'abbé et aux religieux
de Feuillants, dans laquelle 1° il place cette maison sous Tôbservance de Citeaux ; 2*» il confirme ses privilèges et les donations qui lui ont été faites par la famille de Gomminges et Raymond comte de Toulouse, qui lui a accordé le péage dans tous ses domaines et plusieurs maisons situées dans cette ville ; 3** il leur accorde la facilité de recevoir qui bon leur semblera dans leur abbaye, sans que personne puisse s'y opposer ; 4" il leur donne enfin des exemptions particulières et les place sous la juridiction immédiate du siège apostolique. Cette bulle, signée par douze cardinaux, fut délivrée à Ferrare. Il paraît que, dans la suite des âges, il s'éleva quelques doutes sur l'authenticité de ce monument, puis(}ue Charles Bastard de Borbon, sénéchal de Toulouse, fut obligé de la garantir.
L'abbaye de Grand-Selve reçut, à cette époque, de trèsgrands biens de la libéralité de plusieurs seigneurs, entr'autres, de Gaston de Béarn, qui prit Fulcrand évêque de Toulouse pour témoin de sa donation, de Gautier de Terride et d'Indie sa femme, de Geraud de Rie, qui donna l'autorisation de couper tout le bois nécessaire dans l'étendue de ses domaines. Raymond V se montra aussi , l'année suivante (1188), bienfaiteur de cette maison, à laquelle il céda une portion de territoire pour la construction de quelques moulins près du château de Verdun. L'acte fut signé par Fulcrand. Cet évoque céda à Odon abbé de Bolbonne les prémices et les dîmes de toutes les terres relevant de son évêché qui pouvaient être cultivées par la main des moines. De concert avec ce même Odon et Guillaume de Cantès, prévôt de Saint-Etienne, il termina un procès qui existait entre les abbés de Gombelongue et de Vajal. A l'exemple de Fui-
310 TEMPS INTBMltDIAIEBS.
crand, le prévôt de Sâint-Etienne accorda à Bolbonne les dîmes des terres qui relevaient de sa prévôté. OdoD, parla vertu et la sagesse de son gouvernement, exerçait une grande influence sur les seigneurs du pays, puisqu'en 1188 il obtint . d* Arnaud-Guillaume d'Artuin une entière liberté sur toutes ses terres, et qu'il termina un différend qui existait entre son abbaye et celle de Guxa au sujet des dfmes de Trémes- Aiguës.
Il reçut dans Féglise de son abbaye la dépouille mortelle de Roger-Bernard comte de Foix, qui avait accepté, peu de temps avant sa mort, le gouvernement de Provence des mains du roi d'Aragon, son cousin germain. Il mourut dans les premiers jours du mois de novembre, et laissa de sa femme Cécile de Beziers, fille de Raymond Trincavel, deux fils et trois filles. L*ainé de ses fils, nommé Roger, mourut avant son père. Raymond Roger lui succéda* L'aînée de ses filles épousa Guillaume-Arnaud de Marquefave ; la seconde, Esclamonde, fut mariée à Jourdain II seigneur de l'Isle, el la troisième à Roger de Comminges vicomte de Couserans. Peu de jours après qu'il eut pris le gouvernement de ses états, Raymond-Roger, septième comte de Foix, confirma avec Raymond abbé de Saint-Antonin le pariage que son père avait déjà fait avec ce monastère, et fut bientôt le témoin dé la guerre que Richard duc d'Aquitaine déclara aa comte de Toulouse.
Celui-ci avait à son service un domestique nommé Seissttfl qui lui conseilla de faire arrêter plusieurs marchands aquitains qui commerçaient dans ses états. Après s'être ligué avec Richard d'Angoulême, Gaufred de Lusignan, et qud* ques autres seigneurs, il se mit à ravager les terres du duc.
Cependant Richard trouva le moyen de se saisir de Seis- Sun et de le jeter en prison^ où il fut cruellement traité* Raymond V usa alors de représailles : il fit arrêter deux chevaliers aquitains, Robert et Rodulphe Poër, qui rêve- Baient du pèlerinage de Saint-Jacques, et menaça Richard de les faire mettre à mort s'il ne lui rendait son prisonnier, Philippe-Auguste intervint, et les deux chevaliers furent délivrés moyennant rançon. Richard, indigné, se mit aussitôt à la tête d'un corps de ces brigands qu'on appelait Barbançons, se jeta en 1188 sur les états du comte, porta partout le fer et le feu, prit dix-sept châteaux^ entr'autres ceux de Moissac'et de Cahors, s'approcha de Toulouse après avoir ravagé ses environs et se disposa à en faire le siège.
Justement effrayé, le comte de Toulouse envoya des députés à Philippe- Auguste pour se plaindre des hostilités de Richard. — Comme le roi de France et celui d'Angleterre avaient pris la croix l'un et l'autre et devaient se rendre en Palestine pour s'opposer aux progrès du sultan Saladin, il avait été convenu entr'eux que toutes les querelles cesseraient depuis le moment de leur entrevue jusqu'à leur re^ tour d'Orient. L'entreprise hardie de Richard était une infraction à cette trêve, et Raymond s'en plaignit au roi de France. Celui-ci, peu content des raisons apportées par le roi d'Angleterre pour justifier la conduite de son fils, attaqua les états de ce dernier, soumit à ses armes le Berri, une partie de la Touraine et du Bourbonnais, entra même jusque dans le Querci , et reprit cinq châteaux dont le duc d'Aquitaine s'était emparé sur le comte de Toulouse. Richard se vit alors obligé d abandonner le siège de cette ville pour marcher au secours de ses provinces envahies.