LIVRE XX
DEPUIS LA MORT DE RAYMOND V, EN 1194, JUSQU A L ÉLECTI01 DE RAYMOND DE RABASTENS, EN 1202.
Les anciens historiens ont fait un grand éloge de Ray — mond V ; ils Font représenté comme un prince plein de^ bravoure. Ses exploits militaires, sa prudence, son affabilité, sa grandeur d'âme le rendirent supérieur à tous les princesde son temps. Ses sentiments personnels sur l'hérésie de^albigeois nous sont révélés dans la belle lettre qu'il écrivit^ à l'abbé de Clairvaux. Les guerres continuelles qu'il eut Su soutenir détournèrent son attention des progrès de celte hérésie. Ces guerres ayant épuisé ses finances, il oublia les droits de la justice en s emparant du trésor de Fabbaye de Saint-Gilles, dont il se servit pour soudoyer ses troupes. Excommunié à cause de sa téméraire entreprise, il revint à résipiscence, à la prière de Hugues, abbé de Bonneval, religieux d'une vie exemplaire. On raconte que ce saint personnage, s étant rendu à St-Gilles, y célébra les SS. mystères, et qu'après la messe il montra au comte et à Fassemblée un pain d'une éclatante blancheur ; qu'ayant prononcé sur ce pain la formule de Fexcommunication, il devint noir et répandit une insupportable odeur ; qu'ayant ensuite prononcé sur ce même pain les paroles de Fabsolution, il revint à son premier état. On ajoute qu a la vue de ce prodige,
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Raymond se jeta aux pieds de Hugues, reconnut sa faute, et restitua à Saint-Gilles tous les biens qu'il avait usurpés.
La répudiation qu'il fit de la reine Constance et un penchant trop ardent pour les femmes pèsent sur sa mémoire. Il se montra généreux envers l'Eglise; les abbayes de Bonnecombe en Rouergue et de la Garde-Dieu en Querci reçurent des témoignages de sa munificence ; il accorda à la ville de Toulouse de grands privilèges, et rendit plusieurs ordonnances pour le règlement de la police. Tous ses actes sont empreints d'une grande douceur, à l'exception de ceux qui regardent les hérétiques, car il avait condamné au supplice du feu tous les albigeois qui seraient trouvés dans Toulouse ainsi que ceux qui leur donneraient asile, après avoir confisqué les biens des autres. Sa cour fut brillante, animée et chevaleresque ; il accueillit tous les troubadours, les combla d'honneurs et de biens, et favorisa ainsi , comme nous le dirons plus tard, le développement de la poésie provençale.
Raymond V eut trois fils de la reine Constance : Raymond, qui lui succéda ; Albéric Taillefer, qui épousa Béatrix héritière du Dauphiné et mourut sans postérité, et Baudouin. Il eut aussi de la même princesse une fille nommée Adélaïde qui épousa Roger II vicomte de Beziers, et une autre qui épousa un des frères de Dodon comte de Conaminges. H laissa une fille naturelle nommée Indie qui se maria, en 1203, avec Guillabert de Lautrec, et en secondes noces (1206) avec Bernard Jourdain seigneur de l'Isle.
Raymond VI prit possession des états de son père le 6 janvier 1195. Il était né le 28 octobre 1156, et avait 38 ans quand il commença à régner. A l'âge de seize ans (1172),
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il épousa en premières noces Ermessinde de Pelet comtesse de Melgueil, qui mourut six ans après son mariage (1178). Quelque temps après, il se maria en secondes noces avec Béatrix, sœur de Roger II vicomte de Beziers ; il en eut une fille nommée Constance, qui épousa en premières noces Sanche VI roi de Navarre, par qui elle fut répudiée, et en secondes noces Bernard de Sauve, dont elle eut six enfants. Raymond VI répudia Béatrix et épousa en troisièmes noces Bourguigne de Chypre.
 peine arrivé dans la capitale de ses états, Raymond VI convoqua dans l'église de Saint-Pierre des Cuisines les consuls et les principaux habitants de la cité et reçut leur serment de fidélité, que ceux-ci lui prêtèrent , sauf leurs droits, usages, coutumes et franchises. Le comte jura, à son tour, de garder ces coutumes, et confirma tous les privilèges que son père et son aïeul avaient accordés à la cité, en particulier la sauvegarde qui portait exemption de leude et de péage et qui réglait les frais et amendes de la justice criminelle, excepté les homicides, les traîtres, les voleurs et les adultères qu il se réserva de punir.
Richard, roi d'Angleterre, avait enlevé le Querci à Raymond V, à la réserve des abbayes de Figeac et de Souillac, qui étaient demeurées sous le pouvoir de Philippe-Auguste parce qu'elles étaient royales. Ce prince, désirant l'agrandissement de Raymond VI, son cousin germain, lui donna ainsi qu'à ses héritiers, en augmentation de fief et hommage, la garde de Figeac avec tout le droit , le domaine et la puissance qu'il y avait. Cet acte porte la date du mois de février 1195 et mit Raymond VI en possession d'une partie du Querci. Ce prince fit , au mois de mai suivant, un voyage
dans le Bas-Langaed^c et en Provence ; en effet, il accorda qaelKiues privilèges aux habitants de Nîmes, donna en fief , en sa qualité de comte de Melgueiï, le lieu d)e Boutounet (près de Montpellier) à Raymond de Lambert, et conclut un ftpaité avec Guillaume IV comte de Forcalquier, Par ce ftraité 8s se promirent par serment un secours mutuel envers et «entre tous, et de veiller à la conservation de leurs domains.
Bernard de Montesquieu, prieur de la Daurade, exerçait aussi à Toulouse sa souveraineté. Il donna en fief, à un citoyen nommé Bernard, une partie de la rive du fleuve de Garonne pour y construire des moulins, se réservant la dixième partie de la pêche qui serait faite dans le fleuve. E'abbaye de Sorèze était alors gouvernée par Bertrand de Pîerrelate; qui afferma certains domaines dépendant de Fabbaye à Guillaume Palaysin, prieur de Saintes-Puelles. Nous apprenons de cet* acte qu'il existait à cette époque un prieuré au lieu où furent ensevelies ces saintes filles qui avaient pris soin die la dépouille mortelle du premier évêque de Toulouse.
Le comtfe de cette ville était encore aux environs du Rhône, où il' se rendit coupable de certèiins excès contre plusieurs églises dépendant de 1-abbaye de Saint-Gilles. Ces excès furent poussés si loin, que le pape Célestin Ili se crut obligé d-écrire à Raymond: VI une lettre comminatoire ; le pontife s'exprimait ainsi : « A notre cher fils le noble comte » de Toulouse, saluï. — Avant d'être âevé sur le siège apos- »' tôHque, nous portions une sincère affection à votre père, » d'illustre mémoire. Depuis notre élévation, nous étions ' animée à' votre égard des mêmes sentiments; mais ce que