II
338 TEMPS INTERMÉDIA IBES.
» nous avons appris sur votre compte arrête dans son cours » l'effusion de notre cœur. On nous a dit que vous aviez » détruit Féglise d'Âspjran et les bâtiments qui en dépen- ^ daient, ainsi que celle de Sieurat ; que vous aviez dévasté » toutes leurs terres, et dépouillé Féglise de Saint-Amans » de ses biens ; que vous vous étiez emparé des moulins et » des moissons ; que vous aviez porté la témérité jusqu'à » attaquer Fabbaye de Saint-Gilles, qui ne dépend que de » nous, en construisant une forteresse, au grand détriment » de Fabbé et des religieux. Sachez que nous regardons » comme faites à nous-même toutes ces injures ; en consé- » quence, nous mandons a Votre Seigneurie de les réparer » au plus tôt, sous peine d'anathème. Si vous vous montrez » rebelle, nous avons donné ordre aux archevêques de » Bourges, de Narbonne, d'Arles et d'Aix, et à leurs suffra- » gants, de vous excommunier avec tous vos officiers et vos » fauteurs; de jeter Finterdit sur vos états; de faire renou- » vêler, tous les dimanches, Fanathème avec les cierges allu- * mes et au son des cloches dans toutes les égUses de leurs » diocèses, et de défendre de célébrer les Offices divins dans » tous les lieux où vous vous trouverez, jusqu'à ce que vous » ayez pleinement satisfait. Enfin, soyez assuré que, si vous » persévérez dans votre malice, nous délions vos sujets du » serment de fidélité. » — Le château que Raymond avait fait construire sur les terres de l'abbaye de Saint-Gilles portait le nom Mirapetra. Ce seigneur, n'ayant eu aucun égard aux menaces pontificales, fut bientôt après excommunié.
Cette conduite du comte de Toulouse à l'égard de Fabbaye de Saint-Gilles ne s'accorde guère avec les dispositions dont il était animé au sujet de la conservation de la paix
dans la province : car le premier canon du troisième concile de Montpellier, qui fut tenu en 1195, ordonne Tobservation exacte de cette paix, d'après la volonté du seigneur comte de Toulouse. Celui-ci se rendit, vers Fautomne de cette année, sur les frontières du Querci, pour s'opposer au roi d'Angleterre qui s'était emparé de quelques places. Sur ces entrefaites, Richard et Philippe-Auguste traitèrent de la paix. Par cet accord, Richard céda à Philippe tout ce qu'il avait en Auvergne, et Philippe rendit à Richard Issoudun, Grassac dans le Berri et Souillac dans le Querci avec toutes leurs dépendances. Le comte de Toulouse ne fut point étranger à ces accords. « Le comte de Saint-Gilles et moi , disait Richard , conserverons réciproquement tous les domaines que nous possédions la veille de Saint-Nicolas ; je fortifierai toutes les places que je jugerai a propos dans ces domaines comme dans ceux qui m'appartiennent en pro^ pre, et le comte de Saint-Gilles pourra faire la même chose dans les siens. Si le comte ne veut pas être compris dans cette paix, le roi de France ne le secourra pas contre moi ; il me sera permis de ravager ses états, et de lui faire tout le mal que je pourrai. Si je voulais, au contraire, retenir les conquêtes que j'ai faites tandis que le comte de Saint-Gilles voudrait faire la paix, je serai obligé de lui rendre tout ce que j'ai pris sur lui depuis la veille de Saint-Michel, et il en sera de même de ce comte. Si , enfin, ce prince refuse la paix, je ne ferai aucune entreprise contre lui tant qu'il voudra s'en rapporter au jugement du roi de France. »
Cet article ne fut point accepté par le comte de Toulouse. Du reste, la paix fut bientôt rompue entre Richard et Phi-
lippe-Augusle. Lassé de toutes ces guerres, Raymond VI envoya en ambassade Guillabert , abbé de Castees, auprès du roi d'Angleterre pour lui faire des propositions, qui furent acceptées. D'après les conventions, Richard renonça à toutes ses prétentions sur le comté de Toulouse, et restitea a Raymond le Querci ; il lui donna sa sœur Jeanne en mariage, avec TAgenais pour dot de la princesse. Afin d'épouser Jeanne, sa quatrième femme, Raymond répudia Bour-
guigne de Chypre, sous prétexte qu'ils étaient parents d» quatrième au cinquième degré. Elle se retira alors à Marseille, y épousa, huit ans après sa répudiation, Gaucher de Montbelliard, chevalier français qui s'était croisé pour passer en Terre-Sainte, partit avec lui pour l'Orient et en eut plusieurs enfants. Elle n'en avait donné aucun au comte de Toulouse.
Au commencement du mois de février de l'année 1196, l'évoque Fulcrand, le prévôt de Saint-Etienne Guillaume de Gantés et le chapitre de la cathédrale cédèrent, à titre de bail, à Gautier de Noër l'église de ce lieu, à condition que ce seigneur choisirait un chapelain pour desservir cette église, et que ce chapelain recevrait la juridiction de l'évêque pour y exercer son ministère et y travailler au salut des âmes. A la même époque, les moines de Notre-Dame de Vajal se soumirent a l'abbaye de Boulbonne dans la personne de Dominique II, qui mourut bientôt après et eut pour successeur Bérenger II. Auger, abbé d'Eaunes, augmeala les revenus de son monastère en recevant les dîmes de l'église d'Asque.
Au mois d'octobre, Raymond VI se rendit à la cour d'Angleterre et y épousa solennellement la princesse Jeanne.
TEMPS lMTE»fcMËUl AIRES. 341
Elle avail alors SI ans et était veuve de Giaillaume II roi de Sicile : voilà pourquoi elte garda toïijt^rs le titre de reine. Le 12 novembre, il convoqua une grande assemblée des consuls au nombre de dix^èuit^ au <îloître de Féglise de Notre-Dame de la Daurade, dans la salle du prieur, reconnut qu'il n'avait sur eux aucun droit de queste, de teste, il'aibergue et de prêt, à toôitis qu'ils ne le lui permissent Yolontaitemènt, et confirma tous les privilèges et usages de la cité, ainsi que l'avaient fait son aïeul et son père. Parmi les membires du conseil de la cité, on distingue Raymond ûe Castelnau, Jourdain de Villeneuve, Hugues de Roaix» Adémar de Pont, Pierre-Raymond d'Escalquens, Guillaume de Gardoucb et Atton de Toulouse.
Raymond VI, par son mariage avec Jeanne d'Angleterre, vit augmenter ses domaines de tout l'Agenais situé sur les deux rives de la Garonne, et rentra en possession de ses anciens états qtie Richard avait usurpés depuis longtemps. Il fut délivré à la même époque d'un voisin redoutable dans la personne d'Alphonse II roi d'Aragon, qui était mort k Perpignan le 25 avril 1196, et qui fut inhumé dans l'abbaye de Pobiet.
Devenu maître du Querd, Raymond se rendit, en 1197, à Moissiac, où, par un acte solennel, il promit une entière ^protection aux habitants, reçut ensuite dans le cloître de Tabbaye le serment de leur fidélité, et autorisa toutes leurs coutumes. Ces coutumes avaient été rédigées par Bertrand, abbé du monastère ^ et Bertrand de Fumel. Elles renfermfeût sept articles ; on y trouve les châtiments qui devaient être infligés à certains crimes. De Moissac, le comte de Toulouse SB rendit à Grand-Selve où, en présence de Guillaume
34d TEHfs inniMÉouius.
seignear de Montpellier, il cootinna tous les pmiléges que son père a¥ait accordés à cette maison, AooX Hngaes était alors abbé.
Un nonveaa monastère séle^a, en Tannée 1197, dans le Toulousain : nous Toolons parler de r0raison4)ieo, dont Bernard VI comte de Comminges devint comme le fondateur. Cette maison fut d*abord habitée par des religieuses de la Lumière-Dieu ou de Fabas. Les comtes de Toulouse In cédèrent plusieurs domaines. Fnlcrand, évèque de cette Tille, est mentionné dans la charte que Bernard de Comminges octroya en ËiYeur du nouveau monastère de TOraison-Dieii et de celui de Saint-Laurent de Goyon.
Au mois de juin, Baymond , se trouvant au château de BeauYoisin, près de Nîmes, exempta les chanoines de la cathédrale de tous frais de justice lorsqu'ils plaideraient devant lui et ses barons, reconnut ensuite que ni lui ni aucun de ses prédécesseurs navait eu aucun droit d'albergue sur l'église de Nîmes, et confirma plusieurs privilèges en faveur de quelques corps d'état. Il est dit dans cette charte qu'elle fut donnée pendant le siège du château de Beauvoisin. Nous ignorons quelles furent et la cause et les suites de ce fait d'armes. La reine Jeanne se trouvait en même temps à Beaucaire, où elle donna le jour, dans le mois de juillet, a un prince qui fut nommé Raymond comme son père.
Celui-ci était absent de Toulouse lorsque son viguier y fit une ordonnance, de l'avis des consuls et du commun conseil de la ville et des faubourgs, sur les moyens que les créanciers devaient employer pour se faire payer de leurs débiteurs. Nous apprenons d'une autre ordonnance de la même date qu'il existait trois endroits différents dans la cité (à S'-
ik.
Pierre, à S*-Geraud et à S^-Saturnin) où se trouvaient les mesures en pierre servant à la vente des noix et des grains, et que ces mesures devaient être faites sur le modèle exact d'autres mesures de cuivre adoptées pour le commerce.
Vers la fin de Tannée 1197, Raymond VI se rendit à Montpellier pour y favoriser le mariage de Bernard VI de Comminges avec Marie, fllle de Guillaume VIII seigneur de Montpellier. Cette princesse avait été mariée en premières noces à Barrai vicomte de Marseille, qui mourut peu de temps après son mariage. Bernard de Comminges avait deux femmes encore vivantes quand il épousa Marie de Montpellier : la première* était Béatrix de Bigorre, qu'il avait répudiée à cause de parenté ; la seconde était Comtors de Labarthe, dont il se sépara pour le même motif. H se présenta devant Raymond-Arnaud évêque de Comminges, dans Téglise de ce lieu, et prouva sa parenté avec Comtors. Cette dame ayant donné son consentement a la dissolution de son mariage, révêque prononça la sentence de séparation, qui fut aussitôt confirmée par Tarchevêque d'Auch.
Les noces de Bernard et de Marie furent donc célébrées à Montpellier, en présence de Raymond VI et des évêques de Comminges et de Toulouse. Guillaume donna en dot à sa fllle deux cents marcs d'argent et les habits de noces; Bernard céda a Marie la jouissance pendant sa vie du château de Muret et de ses dépendances. Le comte de Toulouse, Vital de Montaigut et quatre autres seigneurs promirent par serment que Bernard observerait ces choses ; Tarchevêquo d'Auch et les évêques de Comminges et de Toulouse promirent, de leur côté, qu'ils excommunieraient Bernard et jeteraient l'içterdit sur ses terres en cas d'infraction de ces
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condiiioos. Nous croyons que Comtors de Labarlbe, qui fat ain^ répudiée^ était, alliée on parente de Téyêqiiie de Gchqixûnges, qni portait le même nom. Ce prélaX est souvent mentionné dans diverses chartes de Bonnefont et de Lézai U avait reçu , des mains d'un seigneur du pays oommé Fons de MontargOD, un testament par lequel «elui-ci dev^ instituer pour soii héritière l'Eglise de Comminges.
L'évêque Fulcrand était encore à Montpellier lorsque Ber: nard III succéda, dans la prévôté de Saint-Etienne, a Guillaume deOantès. La commanderie de Saint-Jean de Jérusalem devait payer une rente annuelle de sel au chapiib^. Le payement de cette rente éprouvant quelques difîicultés, Bernard fit valoir ses droits auprès du commandeur de Hontaigut, qui s'engagea à la payer, et en fixa le terme au samedi avant le dimanche de la Passion.
Fulcrand était de retour à Toulouse au commencemeot de l'année 1198, puisqu'au mois de janvier il assista comme témoin à une donation faite à Grand-Selve par Esquirols de Montpuy. Il exempta, vers le même temps, Sanche abbé de Gimont des dîmes et prémices que celte abbaye devait lui payer, et confirma les religieux dans la possession des églises de Mazères et de Notre-Dame de Cahuzac, près de Gimont. On trouve dans cette charte la signature de Sparagus, archidiacre de Saint-Etienne, qui succéda à Bernard III.
A cette époque, Raymond-Roger comte de Foix, signala la valeur de ses armes dans une querelle qu'il avait avec le comte d'Urgel. Celui-ci , nommé Armengol II, avait cédé à Arnaud vicomte de Castelbou sa seigneurie d'Andorre. Le clergé d'Urgel, et en particulier Févêque Bernard Caslillo, se trouvèrent blessés de cette concession, Castillo, ayant ap-
TEMPS UiTEBMÉDIÀIBES. 345
pelé à son secours Raymond-Roger, lui promit la seigneurie (f Andorre. Le comte rétablit bientôt les affaires et rédama Texécution des promesses qu'on lui avait faites ; mais Castillo était mort, et Pierre d'Urgio, son successeur, était peu disposé a céder à Raymond-Roger la seigneurie d'Andorre. Ce prince, irrité, rassembla un corps de troupes, assiégea Ui^ei , la prit, la livra au pillage, dévasta la cathédrale, et fit prisonniers les chanoines. On ignore quelle fut la suite de cette expédition, qui dura assez peu de temps puisque, au tm^ïs de mars, Raymond-Roger assista à la consécration solennelle de Téglise de Rolbonne, en présence de Fulcrand évêque de Toulouse, de Laurent évêque de Couserans, et d'Esclarmonde sa sœur. Il accorda, à cette occasion, de très grands privilèges à cette abbaye, qu'il déclare avoir été fondée et dotée par ses ancêtres, et où ils avaient choisi leur sépulture. Mascaros, archidiacre de l'Eglise de Toulouse, avait ssois doute accomp^né Fulcrand à Bolbonne , puisque son nom se trouve dans la charte de Roger de Foix.
Peu de jours après la consécration de l'église de Bolbonne, Raymond VI, accompagné de la reine Jeanne, se rendit à la cour de Richard son beau-frèrei et , le 29 mars,
célébra au Mans les fêtes de Pâques ; de là , il partit pour
le Vivarais, oàil fit un traité avec Nicolas évêque de Viviers, an sujet de quelques différends qui existaient entr'eux touchant le domaine et la juridiction du pays. Ayant reçu en fief de révoque et de son chapitre la moitié du château de TArgentière, Raymond, peu de temps après, se rendit à la
cathédrale de Viviers et fit hommage à saint Vincent qui en était le patron du nouveau fief qu'il venait de recevoir. Il est dit dans l'acte que, pendant que Raymond baisait l'autel,
révêque tenait la chaîne qui était pendue au col de ce prince.
Le 12 janvier 1198, Innocent III succéda à Célestin III. Le 12 avril, le nouveau pape écrivit à, frère Reignier, son légat dans la province, pour lui ordonner de lever Texcommunication dont Raymond VI avait été frappé à cause des excès qu'il avait commis contre l'abbaye de Saint-Gilles. Cette excommunication fut donc levée, sur la promesse que fit le comte de Toulouse de réparer ses torts.
Dans ce même temps, vers le mois d'octobre, Raymond- Roger de Foix céda à Raymond, abbé de Saint-Antonin de Frédelas, un château situé près de la ville de Pamiers et appelé Castlaro (Castela). Ce château avait été construit depuis longtemps pour la défense de la ville.
Un monument historique de la même époque nous révèle l'existence d'une abbaye ou prieuré k Rieux, petite ville de TOccitanie située à quelques milles seulement de Toulouse. Nous y trouvons que Bernard, prieur de Rieux, donna à Raymond, abbé de Bonnefont, six vaches. Il est possible que ce simple prieuré dépendît de l'ordre de Citeaux, et eût quelque rapport avec l'abbaye de Feuillants située sur le territoire de cette ville. Cette dernière maison était encore gouvernée par Théobald P% qui rendit participant des prières et des suffrages de son monastère un seigneur nommé Frugerius. Un autre seigneur du nom de Guaraud de Saint-Marcel fit aussi une transaction au sujet de quelques domaines ou de quelques rentes avec Raymond de Nus abbé de Lézat. Les monastères s'entr aidaient alors ; ainsi , Guillaume-Robert, abbé du Mas-Garnier, accorda à Arnaud , abbé de Grand-Selve, l'autorisation de construire des moulins sur la Garonne, ainsi que le droit de pêche.
TBHPS INTERMÉDIAIRES. 347
Le 4 novembre, le pape Innocent III écrivit à Raymond VI la lettre suivante :
« Celui qui règne dans les cieux a daigné éclairer votre
» esprit de sa vraie lumière, et vous faire rentrer dans
» l'unité de l'Eglise, dont vous aviez été séparé à cause de
» vos fautes. Relevez-vous donc avec courage ; effacez par
» un acte méritoire le souvenir de vos faiblesses. Pour
» stimuler votre indifférence, songez que le Seigneur est
» tombé encore au pouvoir de ses ennemis, que son héritage
» a été envahi ; portez donc votre croix avec lui, et marchez
» pour sa défense. Si l'intérêt de la religion ne vous touche
» pas, laissez-vous du moins exciter par l'exemple d'Al-
j» phonse votre aïeul Nous vous exhortons donc à
» prendre la crqix et à passer au-delà des mers pour y
» combattre les barbares païens Si vous ne pouvez
» y aller vous-même, comme il conviendrait à un grand » prince, envoyez de nombreux soldats à votre place, et » Dieu vous bénira. »
Le comte fut peu touché des exhortations du pontife. A peine eut-U reçu l'absolution de son excommunication, qu'il augmenta les fortifications de Mrapetra à Saint-Gilles, ce qui obligea les religieux à porter contre lui de nouvelles plaintes. Vers la fin de l'année, il se rendit à Nîmes et y fit expédier une ordonnance pour régler l'élection des quatre consuls de cette ville. Cette ordonnance fut rendue dans le palais de l'évêque.
Il paraît qu'à cette époque Raymond-Roger se trouvait encore en guerre avec Bernard VI comte de Comminges, puisqu'il existait des engagements entre le comte de Foix et les chevaliers de Ganac, seigneurs du pays, par lesquels
348 TEMPS INTEMIKOlAIftilS.
ceux-ci s'engageaient à le servir dans cette gii^ire, et le comte à les défendre contre Bernard de Cîominkiges. Cet acte porte la d^te du mois de novembre 1198.
L'année suivante, il s'éleva certaios différends entre Raymond VI et plusieurs de ses vassaux dont il avait reça tfuelque insulte. La reine Jeanne, princesse prudente et couFa{[euse , entreprit de les réduire. Elle se mit à la tête de ses troupes, se présenta devant te château de Caser, où s'étaient renfermés les seigneurs de Saint-Félix, et en fit le stége; mais, trahie par les siens, elle se vit obli^ de fuir; on mit le feu à son ^amp, et die eut beaucoup de peine à se sauver. lodignée de la lâche trahison dont elle avait été Tobjet, elle se disposait à aller solliciter (jpielquBS secours auprès de Richard son frère, lorsque ce prince fut tué, le 6 avril 1199, au siège du château de Chdus en Limousin.
Jeanne se mit en route et arriva à Fontevrault, où elle avait été élevée dans sa jeunesse. Peu de mois après, elle se rendit à Rouen pour y voir son frère Jean- Sans-Terre, successeur de Richard. Etant tombée dangereusement malade en cette ville et sentant arriver sa fin prochaine, elle envoya chercher la prieure de Fontevrault pour qu'elle lui donnât l'habit religieux. Dans la crainte que cette prieure n'arrivât trop tard, elle conjura l'archevêque û^> Cantorbery de le lui accorder. Le prélat refusa d'abord ^ mais elle fit tant d'instances qu'il se vit obligé de la voue à Dieu et à Fontevrault, en présence d'Eléonore sa mère -^ de l'abbé de Turpenay, et de plusieurs religieuses. Voulant donner à Fontevrault les dernières marques de samunificence, elle céda mille sols angevins de rente sur se5
satines d'Âgen aux religieuses, pour l'usage de leur cuisine, en présence tf Hubert, archevêque de Cantorbery, et de Wautier, archevêque de Rouen. Elle dût être profondément affligée avant sa mort delà longue résistance qu'opposait son époux aux ordres du pape. Innocent III:, vojrsoit que le comie de Toulo^^se refusait de détruire le châleau de Mrapelipa, ordonna, le 13 de juillet, à Imbeirid^ Aqtuiim archevêque d'Arles, et à fFère Raynier légat dm saifit-siége, éè ToWiger a détruire cette forteresse.
Cependant la reine Jeanne s'approchait du* terme de sa course. Les chroniques de Fontevrault affirmecÉ qu'elle fut faivorisée d'une vision céleste de la mère de Dieu, et qu'ayaot à subir les dernières tentations de l'esprit des ténèbres, elle prit son. voile et s'écria : Je suis religieuse de Fonte^
vrauU, je ne te crains pas! Elle expira dans les seni-
timents de la plus haute piété, le 24 septembre lt99. Biathikle, sixième abbesse de FontevrauU, l'assista à sa mort et prit soin de ses funérailles. Quand elle eut expiré, on ouvrit son corps pour en retirer l'enfent qu'elle portait, et qui véQut assez de temps pour recevoir le baptême. Ce jeune prince fut inhumé dans l'égUse de Notre-Dame de Rouen. Quant ajii corps de la princesse, Mathilde l'accompagna à Fontevrault ; il fut inhumé dans le chœur des religieuses;, à côté du roi Henri. II son père et de Richard son frère.
Peu de temps après la mort de la reine Jeanne, mourut aussi Adélaïde de Toulouse, veuve de Raymond-Roger II vicomte de Beziers, sœur de Raymond VI, et fille de Raymond Y. Elle fut inhumée au monastère de Càssan au diocèse de Beziers. C'était une femme aimable et gracieuse;
elle portait le nom de comtesse de Burlats, parce qu*elle était née dans ce château, situé en albigeois sur TAgout. Elle a été surtout célébrée et chantée par un poète provençal, Arnaud de Marviel, né au château de ce nom en Périgord. D'abord clerc de notaire, il voulut tenter fortune. Doué d'une belle figure et ne manquant pas d'esprit, il se présenta à la cour d'Adélaïde et lui adressa quelques chansons. Dans une de ces pièces qui porte le nom de la Franca captenenza, il osa lui découvrir sa passion. Adélaïde lui donna des habits, des chevaux et des armes. Malheureusement pour le troubadour, Alphonse II roi de Castille, qui avait quelque inclination pour la comtesse, lui fit donner, son congé ; de là, des chansons nouvelles où il exhale ses regrets. Sur la fin de sa vie, devenu plus sage, il composa un Ensenhamen, où il paraît se repentir de toutes ses folies.
Dans cet Enseignemmt, Arnaud de Marviel s'élève contre les grands et les nobles, qui donnaient toujours des preuves multipUées de leur munificence envers l'Eglise. Ainsi, Bernard Delterral céda à Vital, deuxième abbé de Nizors, plusieurs droits sur ses domaines ; Guillaume de Montron devint aussi le bienfaiteur de cette maison; Guillaume de Galobe des Amans, Amaury seigneur de Montréal et de Laurac donnèrent plusieurs domaines à Bolbonne; Raymond de Nogarède abandonna à Arnaud, abbé de Calers, toutes les dîmes de Saint-Julien de Just-Mont ; Sanche de Lugas et Dominique Dels enrichirent l'abbaye de Grand- Selve de plusieurs possessions. Cette abbaye était alors gouvernée par Amalric, ancien abbé de Poblet en Catalogne, qui reçut, Tannée suivante, de Bernard abbéd'Agen,
l'église de Mazères; il devint plus tard abbé général de Citeaux. Geraud de Saint-Marcel accorda aussi à Tabbaye d'Eaunes quelques terres dans la personne de Hugues I" qui en était abbé, et qui fut choisi pour arbitre dans un différend qu'avaient entr'eux les religieux de Feuillants et de Bonne-Combe.
Telles furent les donations dont la libéralité des seigneurs enrichit les abbayes situées en partie dans les états de Raymond VI. Ce prince, au commencement de Tannée 1200, se rendit à Perpignan, où il fiança Eléonore, sœur de Pierre II roi d'Aragon, qu'il n'épousa qud trois ans après à cause de sa jeunesse, et qui fut sa cinquième femme. Peu de temps après, il eut une entrevue avec Jean, roi d'Angleterre, son beau-frère, et lui fit hommage de l'Agenais et du Querci que Richard avait donnés a Jeanne, sa sœur, en constitution de dot. Il fut stipulé que, lorsque le jeune Raymond serait majeur, il posséderait ces domaines, sous la condition de foi et hommage au roi Jean son oncle, et que, s'il venait à mourir sans enfants, ils rentreraient dans la maison de Toulouse.
Pendant l'entrevue de Raymond et de Jean-Sans-Terre, les consuls de Toulouse tinrent, au mois de mars, une assemblée générale dont l'objet était de régler la manière dont on pouvait prêter de l'argent aux fils de famille. Certaines conditions justement sévères furent apportées k ces sortes de prêts, afin d'arrêter le cours des spéculations honteuses que les prêteurs pouvaient faire sur l'âge des emprunteurs.
Au mois de septembre, le comte de Toulouse assista, en qualité de principal témoin, au testament de Jourdain II
352 TES PS UfTEEMÉDUIBES.
seignenr de Tlsle. Ce seigneur avait épousé Esdarmonde de Foix, et avait eu de cette dame trois fSs et trois fBles. II donna à Bernard- Jourdain, Tainé, la vUte de ÏMb ef le château du Castera; Jourdain, le second, eut q«atre cMteaux, savoir : les cbâteaux de Verfeil, de Thil, de Gm,biac et de Launac. Les châteaux de Grez et de PeUeport devinrent la propriété du troisième, appelé Othon, avetla moitié du Gimoëz ; l'autre moitié devait être partagée entre Bemard-Jburdain et Jourdain. Il donna à Esclarmonde, son épouse, deux mille sols morlanais à prendre sur le château de Thil ; à sa fille Escaronne, neuf mille sols met goriens à prendre sur le château du Castera; à sa fflle Obice, six mille sols melgoriens à prendre sur le ehâteaa de Mérinvielle; à sa fille Philippe, six mille sols melgo^ riens. Bertrand évéque d-Agen, Otbon de Montant, Izarn de Verfeil, Raymond-Roger comte de Foix, assistèrent à cet acte. Les trois fils de Jourdain H formèrent trois branches différentes; Bernard-Jourdain continua celle de Tlsle. Ce dernier épousa, en 1206, Indie, fille naturelle de Raymond V et veuve de Guillabert de Lautrec. Jourdain fut la souche des seigneurs de Launac. Othon-Bernard laissa aussi des enfants. Esclarmonde , après la mort de Jourdain II, se retira auprès du comte de Foix, son frère.
Au mois- d'octobre, l'Eglise de Toulouse perdit Fulcrand son évêque: Pieu de jours avant sa mort, il avait renoncé par acte public, entre les mains dfe Guillaume abbé de Saint-Saturnin, au repas annuel que les chanoines de cette éghse étaient obligés de lui donner; Il occupa pendant vingt ans Févêché de Toulouse. Guillaume de Pûylaurens nous dit que ce prélat vivait fort sobrement dans sa maison
TEMPS LNTERMÉDIAIRES. 353
épiscopale, comme un simple bourgeois, du revenu de ses fermes et de son four. Il ne voulut jamais prendre aucune part aux dîmes que les chevaliers et les monastères percevaient. Vivant sans défense, il était obligé, pour visiter son diocèse, de se placer sous la protection immédiate des seigneurs dont il parcourait les terres. Les nombreux routiers que le comte de Toulouse avait appelés d'Espagne pour soutenir ses guerres, rendaient peu sûres les courses épiscopales de Fulcrand. Il se montra plein de piété et de désintéressement; mais son caractère un peu faible laissa à Thérésie un trop libre cours dans son vaste diocèse.
Avec Fulcrand finit, pour FEglise de Toulouse, le douzième siècle de Fère chrétienne. Pendant cette longue période, la maison comtale de Toulouse se montra toujours la plus puissante, soit par les brillantes qualités de ses comtes, soit par l'étendue de ses domaines qui étaient plus vastes que ceux mêmes des rois de France. Ils étaient bornés, à l'orient i par les Alpes; au midi, par la Méditerranée, les Pyrénées et la Durance; à l'occident, par le duché de Gascogne; au nord, par l'Isère, la Dordogne et les montagnes d'Auvergne.
La cour des comtes de Toulouse était très brillante; ils avaient un connétable, un chancelier chargé d'expédier leurs chartes et de les sceller de leurs sceaux; des viguiers et des sous-viguiers rendaient .la justice ; l'administration des domaines des comtes était dévolue aux baïles ou baiUis. — Au xii* siècle, et sans doute aussi avant cette époque, la ville de Toulouse possédait un conseil ou chapitre, composé des capitulaires ou capitouls, dont le nombre variait suivant les circonstances ; de deux juges, de deux avocats,
et des principaux bourgeois de la cité. Ce conseil suprême était présidé par le comte ou ses viguiers.
Autour de la maison de Toulouse, on voit graviter les anciennes maisons de Barcelonne, de Trincavel, de Folx, de Comminges, de Melgueil ou Substancion, de Narbonne. Parmi les vicomtes, on distinguait celles de Toulouse ou de Bruniquel, de Soligpac, de Lautrec, de Fenouillèdes, de Saur, de Gimoëz ou de Terride, et celle de Minerve. Les seigneurs d'Uzès, d'Alais, d'Anduze, de Sauve, deLunel, de Sabran, et de llsle- Jourdain, étaient les vassaux immédiats des comtes de Toulouse.
Le pouvoir temporel des évêques fut plus étendu au xn* siècle qu'aux siècles précédents; ils parvinrent à se soustraire à la dépendance des seigneurs séculiers, et finirent par exercer une autorité spéciale sur les terres de leurs Eglises. L'exercice le plus haut de leur souveraineté était la justice qu'ils renflaient à leurs vassaux. La liberté qu'avaient acquise les diverses églises à cette époque n'empôchait les seigneurs laïques de s'emparer de la dépouille des évêques que pendant les vacances des sièges. Ceux-ci, du reste, favorisaient quelquefois ces usurpations, en donnant en fief ou en engageant les biens ecclésiastiques entre les mains des seigneurs temporels. Ces cessions et ces engagements plaçaient souvent les évêques dans des positions difficiles ; ainsi Fulcrand se vit obligé de plaider contre son chapitre pour avoir une portion comme les autres chanoines; et par un accord qui porte la date du 7 septembre 1200, il renonça à tout ce qui pouvait lui revenir du chapitre, à l'exception d'une livre de pain et d'une pinte de vin.
"Ordinairement les gentilshommes n'étaient tenus qu à la fidélité et au service militaire envers leurs soigneurs. Les amendes, les confiscations, le droit de vendre et d'acheter le sel et les émoluments des greffes formaient tes droits domaniaux des grands seigneurs, ainsi que la fabrication des monnaies et les péages.
Les mariages, les successions, tes donations entre vifs, tes subtitutions ^ et en général la plupart des contrats, étaient réglés par la loi romaine ; une grande partie des bieng était possédée en alleu, c'est-à-dire sans aucun service féodal. Dans les donations faites aux églises, le donataire livrait une modique somme ^ au donateur, comme pour rendre l'acte plus valable. Quelquefois les donateurs, soit hommes, soit femmes, stipulaient qu'ils pourraient se rendre religieux : ce qui se faisait ordinairement à l'article de la mort, ainsi que l'exécuta Jeanne, comtesse de Toulouse.
Malheureusement, les grands seigneurs, au xn* siècle, vengeaient eux-mêmes leurs propres querelles à main armée : de là, d'interminables guerres qui désolaient toutes tes provinces. Il fallut créer des asiles dans les églises, dans tes monastères, dans les châteaux et villages qu'on fonda à cet effet, et auxquels on donna le nom de Salvetat. ,
La noblesse était alors établie; elle comptait dans ses rangs des chevaliers (m/Kto) qui se livraient à l'exercice des armes et aux fonctions de la judicature, et des écuyers (scutiferi) qui n'avaient pas encore^ reçu la ceinture militaire. Les sceaux dont les grands seigneurs se servaient pour donner nne certaine autorité à leurs chartes, précédèrent les armoiries. Déjà, au xn* siècle, la maison comtale de Toulouse portait la croix vidée, pommetée et cléchée. Quant aux évé
ques, des sceaux de cette époque nous représentent leur image ou celle du patron de l'église, et leur nom en exergue.
Au commencement du xii* siècle, et un peu avant, on trouve un corps distingué d'ecclésiastiques et de nobles qui est appelé le tiers-état. Ce corps, composé en grande partie de bourgeois, forma les communes dans les principales villes, et à Toulouse le chapitre ou conseil commun. Les membres de la commune étaient électifs. Dans le Languedoc, les communes furent établies par les comtés, qui les dotèrent de beaucoup de privilèges, et dans le reste de la France, par les rois.
L'époque qui nous occupe vit fleurir la poésie provençale dans tout son éclat, surtout à la cour du bon RoaI' mond V comte de Toulouse, qui accueillait avec grâce et liesse les joyeux troubadours, entr autres Pierre Rogier, natif d'Auvergne, qui, de chanoine de Clermont, se fit jongleur. Toulouse donna le jour à quelques poètes célèbres. Nous distinguons Pierre Vfdal, fils d'un pelletier de cette ville, qui poussa le délire poétique jusqu'à l'extravagance. Une calomnie qu'il se permit k l'égard de la femme d'un chevalier de Saint-Gilles lui attira un terrible châtiment : il eut la langue percée. Guéri par les soins d'Hugues de Baux, il s'attacha k cette illustre maison. Adélaïde de Roquemartine, femme de Barrai vicomte de Marseille, ayant eu a se plaindre de lui, il se vit obligé de se retirer k Gênes, où il composa des chansons sur sa disgrâce. Il accompagna le roi Richard en Palestine, et de la se rendit en Chypre, où on lui fit épouser une grecque qu'on lui fit croire être descendue des empereurs d'Orient. Pierre Vidal se crut empereur lui-même, et se livra, dans cette idée, k toute
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sorte de folies. A son retour, ayant appris la mort du bon comte Raymond, il s'habilla de noir, fit couper la queue et les oreilles à ses chevaux, laissa croître ses ongles et sa barbe, et voulut que tous ses domestiques en fissent autant. n quitta cependant le deuil, à la prière du roi d'Aragon , qui l'engagea à reprendre la lyre du poète. Pierre obéit, et consacra ses chants à Etiennette, femme du seigneur de Penautier, qu'on appelait « la Louve (Loba) de Penautier. » Pour lui plaire, il se revêtit d'une peau de loup et se mit à courir à travers les montagnes, où il fut chassé par les bergers et mordu par les chiens. Pierre Vidal mourut dans les premières années du treizième siècle. Le recueil de ses . ouvrages contient plus de soixante pièces. Celle qui lui fait le plus d'honneur, est un Conte où il donne d'excellents avis à un jongleur. Il composa aussi une Nouvelle dans le goût des Orientaux.
Pierre Raymond, autre troubadour, était fils d'un bourgeois de Toulouse ; il était sage et spirituel ; il vécut et composa une grande partie de ses chansons dans les cours des rois d'Aragon, du seigneur de Montpellier et de Raymond V. Il mourut à Pamiers. Nous comptons encore au nombre des troubadours toulousains Pierre Guillems, homme courtois et affable, dont les vers sont emphatiques. On possède peu d'ouvrages de ce poète.
En ce temps-là vivait aussi à l'ombre du cloître, dans J'abbaye de Grand-Selve, avec ses deux fils. Foui qu et de Marseille, dont le nom occupe presque la moitié du siècle suivant. Il eut pour père Alphonse, génois d'origine, qui était venu se fixer à Marseille. Foulques devint, après la mort d'Alphonse, héritier d'une immense fortune. Ayant -
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préféré le commerce des muses et des grands à celui que son père avait laissé à sa famille, il parut d'abord à la cour, un peu galante, de Barrai vicomte de Marseille, dont la femme, Azalaïs de Roquemartine, excita les chants du jeune troubadour. Il porta ensuite tour à tour ses respectueux hommages aux pieds de Laure de Saint -Juhen, de MobBe de Pontevès, et d'Eudoxie femme de Guillaume de Montpellier. Parmi ses pièces de poésie, on reiparque celle qui a pour titre Amour et Merci. La fameuse bataille d'Alarcos, dans laquelle Alphonse fut vaincu par le Miromolin d'Afrique, inspira à Foulques des chants héroïques pour ranimer le courage des soldats chrétiens.
Tout-à-coup une tristesse profonde s'empara de Tespril du troubadour. La perte récente de tous les princes qu'il avait aimés jeta sur sa vie un voile sombre : il résolut de quitter le monde. Ayant engagé sa femme à marcher sur ses traces, il abandonna toutes les richesses de la terre, et vint frapper aux portes de Grand-Selve, qui s'ouvrirent devant lui et ses deux enfants. Peu de temps après sa profession religieuse, il devint abbé du Torronet, au diocèse de Toulon. Sa vie cénobitique se traduisit en une réaction éclatante contre sa vie mondaine ; il apporta dans sa nouvelle existence une certaine âpreté de zèle qui était comme l'écho des sentiments intimes de repentir qui l'animaient. Aimeric gouvernait, à cette époque, l'abbaye de Grand- Selve. Il est fait mention de cet abbé dans un acte par lequel Ratier, Pons de Castelnau et Fortanier de Lalanne céi^lèrent quelques domaines à ce monastère. L'égUse de Toulouse vit un de ses enfants monter alors sur le siège épiscopal de Toulon : c'était Pierre Ransiu, qui avait em-
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brassé la règle des ermites de saint Augustin. 11 existe quelque rapport entre cette élection et celle de Foulques à l'abbaye du Torronet, au même diocèse : ce qui ferait supposer que ces deux personnages étaient liés d'amitié.
Au mois de janvier 1201, Raymond VI se trouvait à Carpentras, où il reçut l'hommage de Guillaume-Pierre de Bedoin ; de là, il se rendit à Narbonne, où il donna à l'abbaye de Moissac la justice haute et basse du lieu de Catalens. Il entra bientôt après dans le comté de Foix et s'empara du château de Saverdun. Voici à quelle occasion. Raymond- Roger, de qui dépendait ce château, refusa de rendre hommage pour ce lieu au comte de Toulouse. Ce refus était d'autant plus frappant qu'Arnaud de Villemur, qui le possédait sous la mouvance du comte de Foix, rendit son hommage, en qualité d'arrière -vassal, à Raymond de Toulouse. Celui-ci fit valoir ses droits par la force. On attribue à cet incident l'alliance que firent alors le vicomte de Beziers et le comte de Foix contre celui de Toulouse, alliance par laquelle Raymond-Roger de Beziers appela à sa succession Raymond-Roger de Foix, son cousin, dans le cas où il viendrait à mourir sans enfants. Nous apprenons que, peu de temps après, l'affaire du château de Saverdun fut terminée par l'entremise de Bertrand comte de Comminges et de quelques jurisconsultes qui s'assemblèrent à Toulouse. Le comte de Foix fut condamné à prêter hommage k Raymond et à réédifler la tour et le château.
Après avoir terminé l'affaire de Saverdun, Raymond VI se rendit a Saint-Saturnin-du-Port, et vers le mois de mai il passa un accord avec Hugues V, abbé de Cluny. Il paraît que le comte de Toulouse avait rendu de grands services
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;i cette abbaye, puisque, par reconnaissance, Hugues lui \ ^ donna en fief, ainsi qu'à ses successeurs, un emplacemeiw^ dans la ville pour y construire un palais, à la charge d^^ payer une redevance. De son côté, Raymond fit hommag^^ à l'abbé de Cluny, et confirma une ancienne transaction son père avait faite autrefois avec le monastère de Saint- Saturnin.
Pendant Tabsence de Raymond, l'Eglise de Toulouse fut J *^ agitée par de tristes dissensions. Après la mort de Fui- — -*' crand, le siège épiscopal demeura quelque temps vacant. - ^• Le chapitre de la cathédrale, s'étant divisé sur le choix -a^* du sujet à éhre, quelques-uns de3 chanoines portèrent leurs voix sur Raymond- Arnaud, évêque de Ck)mminges, qui avait été chanoine de Toulouse ; quelques autres élurent Ray- — ^ mond de Rabastens, archidiacre d'Agen. Les deux élus ^^ eurent recours au souverain pontife, qui désigna les abbés ^^ de Grand-Sel ve et de Belleperche pour examiner leurs pré- -"^ tentions réciproques. En attendant la décision des com- -" missaires, Raymond de Rabastens s'installa à l'évêché et ^ commença à en percevoir les fruits. A force d'intrigues, il ï • parvint k détacher du parti d'Arnaud de Comminges les chanoines qui avaient voté en faveur de ce dernier, et il fut reconnu évèque do Toulouse k l'unanimité des suffrages. A peine eut-il été nommé évêque, que des plaintes graves furent portées contre lui au siège apostolique. Innocent III chargea Tévêque de Limoges et les abbés de Grand-Selve et de la Couronne de procéder aux investigations sur la conduite de ce prélat. Après un sérieux examen, son élection fut confirmée, et nous le voyons figurer en qualité d'évéque de Toulouse, au mois de décembre 1202, dans une charte
par laquelle Jean, hospitalier de Thospice de Saint-Antoine hors la porte du Château-Narbonnais, et sa femme Sibile se consacrent au service des pauvres. Nous croyons que cet hospice était différent du prieuré de Saint-Antoine, situé non loin du Château, et que Raymond de Nus, abbé de Lézât, céda à Vital Portaire pour qu'il le possédât à vie.