‹ Histoire générale de l'Église de Toulouse (volume 3)Chapitre 36 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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Après atoir établi ses disciples à Toulouse, Dominique partit pour Rome vers la fin d'octobre, afin d'assister au concile de Latran, dont Touverture eut lieu au conmiencernent de novembre 1215. Il s'y trouva douze cents prélats tant patriarches qu'archevêques, évêques et abbés. On y dressa une exposition de la foi catholique contre les erreurs du temps, c'est-à-dire contre les albigeois et les vaudois ; il fut ordonné que les hérétiques seraient livrés au bras sécuUer après leur condamnation canonique, et que les princes pourraient être forcés, par l'excommunication, à sévir contre les hérétiques dénoncés, soit en les privant de leurs biens, soit en les chassant de leurs terres, ou même en les exterminant : Pro viribiis exterminare studebunt. Le concile déclara enûn que si les princes refusaient d'obéir sur ces points aux évéques, le pontife suprême pourrait délier leurs vassaux du serment de fidélité et donner à d'autres leurs domaines et leurs principautés. On prétend que les ambassadeurs des rois et des princes étaient présents aux assemblées où toutes ces dispositions furent prises.

Quoique les actes du concile de Latran ne fassent aucune mention du comte de Toulouse, nous savons cependant, par les témoignages unanimes de plusieurs auteurs, qu'on y traita des affaires de ses domaines. Voici d'abord comment s'exprime Pierre de Vaux-Sernay : « Raymond, jadis » comte de Toulouse, son fils, et le comte de Foix, se ren- » dirent au concile pour demander la restitution de leurs » terres. Simon de Monfort y envoya, de son côté, Gui son » frère et quelques autres fidèles. Il faut avouer que plu- » sieurs, même parmi les prélats, en opposition avec les » principes de la foi , parlèrent en faveur de ces princes ;

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» mais les conseils d'Achitophel et des méchants furent » détruits, et le pape, suivant les désirs de la plus saiue » partie du concile, statua que Toulouse et les* autres ter- » res dont les croisés s'étaient emparés, appartiendraient » à Simon de Monfort, et que la Provence, en tout ou en » partie, appartiendrait au flls de ce prince, si toutefois il » s'en montrait digne. »

D'après ce passage, il est certain que Raymond, son fils, le comte de Foix, et sans doute celui de Comminges, se rendirent à Rome pour y défendre leurs droits. Ayant été introduits dans le concile, ils allèrent se prosterner aux pieds du pape, qui les releva avec une extrême bienveillance. Le jeune Raymond présenta à Innocent III des lettrées du roi d'Angleterre. Chacun de ces princes se plaignit de la conduite de Montfort à leur égard ; l'un des cardinaux et l'abbé de Saint-Thibéry prirent la défense des seigneurs opprimés. Foulques demanda la parole et dit : « Le comte de Foix » ne peut disconvenir que son comté ne soit rempli d'hé- » rétiijues, car, après que le château de Monségur a été » pris et rasé, on a fait brûler tous les habitants. Sa sœur • a fait mourir son mari pour l'amour des hérétiques. » S'étant réfugiée dans Pamiers, où elle a demeuré pen- » dant quatre ans, l'hérésie, par son crédit, a pris de nou- » velles forces. Enfin ce comte, aidé de celui de Toulouse, » a fait périr à Montjoire plus de six mille croisés allant au » secours de Lavaur. »

Il eût été beaucoup plus prudent pour Tévêque Foulques de garder le silence, car la réplique du comte de Foix fut terrible contre lui : « Je n'étais pas le maître, dit ce sei- » gneur, du château de Montségur ; mon père l'avait donné

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» à ma sœur, et je ne puis être responsable de ses actes. » Ceux qui ont été tués à Montjmre n^étaient que des bri- » gands qui désolaient le pays. Pour vous, évéque de Tou- » louse, n*étes-vous pas coupable d'avoir livré au pillage » votre ville épiscopale ? d'y avœr fait périr plus de dix » mille habitants, de concert avec le légat et Simon de I» Montfort?... » Le comte de Foix finissait à peine son discours, que Raymond de Roquefeuille, Fun des barons de la province, porta des plaintes amëres sur la conduite déloyale que le général de la croisade avait tenue à Tégard du comte de Beziers, l'accusant de l'avoir fait périr et d'avoir désolé ses domaines. Les princes sortirent alors du concile. ^ Bientôt après arrivèrent Gui de Montfort et les envoyés de Simon. Ceux-ci déclarèrent que la restitution des domaines • empêcherait qu'à l'avenir on pût prendre les intérêts de l'Eglise. Leur opinion fut partagée par la majorité des évoques. Le pape paraissait embarrassé ; après avoir consulté ses archives, il déclara qu'il ne pouvait se dispenser de restituer ces domaines. Cette proposition déplut à l'assemblée et on murmura hautement. Indigné de ces murmures, le chantre de TEglise de Lyon, homme plein de mérite, se tourna vers le pontife et lui dit : « Vous savez » bien que le comte de Toulouse vous a remis sur-le- » champ, ou à votre légat, ses places fortes ; qu'il s'est » croisé des premiers, et qu'il a combattu pour l'Eglise au » siège de Carcassonne contre le vicomte de Beziers, son » neveu. Il a fait toutes ces choses pour vous donner des » preuves d'une entière obéissance : vous ne pouvez donc » vous dispenser de lui rendre ses domaines, sans vous » couvrir d'une honte qui rejaillira sur toute l'Eglise : de

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» telle sorte que dans la suite on ne voudra plus se fier à » vous. » Il se tourna ensuite du côté de l'évêque de Tou- » louse et lui adressa ces mots : « Il paraît que vous n'ai- » mez ni ce prince ni votre peuple ; car vous avez allumé » un si grand feu dans Toulouse, que rien n'est capable » de réteindre. Vous y avez fait mourir plus de dix mille » hommes, et vous y en ferez périr encore davantage si » vous persévérez dans vos desseins. Vous avez, par là, » décrié la cour de Rome. Est-il juste que, pour satisfaire » la passion d'un seul , tant d'autres innocents soient sa- » criflés ? »

L'archevêque de Narbonne lui-même prit la défense des princes.

Innocent III parut un instant disposé à rendre au comte de Toulouse ses domaines ; il déclara que, s'il était coupable, il ne fallait pas du moins en priver son fils, qui ne devait pas porter les fautes du père. Cette disposition du pontife excita de grandes clameurs dans l'assemblée ; plusieurs prélats déclarèrent que si Monfort était dépossédé, ils emploieraient tous leurs moyens pour le maintenir. L'évêque d'Osma dit alors au pape : « Ne vous effrayez pas » de toutes ces menaces. L'évêque de Toulouse est un grand » flatteur ; mais, malgré ses intrigues, il ne pourra em- » pêcher que le fils du comte Raymond ne recouvre ses » domaines sur le comte de Montfort. Ce jeune prince trou- » vera de l'appui auprès du roi de France, du roi d'Angle- » terre et de plusieurs autres princes dont il est parent, et » il saura bien soutenir son droit, quoique encore jeune, » Le pape répondit : « Ne vous embarrassez pas du fils du » comte de Toulouse, car si le comte de Montfort lui retient

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» ses domaines, je lui en donnerai d'autres; et s'il est fidèle » à Dieu et à FEglise, il ne manquera de rien. »

Tel est le récit que nous fait un ancien historien de tout ce qui se passa au concile de Latran au sujet du comte de Toulouse, n faut bien que ce récit soit vrai dans le fond, quoique peut-être exagéré, puisque nous avons vu que Pierre de Vaux-Sernay rapporte les oppositions que rencontra dans plusieurs évêqu^s la spoliation du comte de Totilouse, oppositions qu'il compare aux conseils perfides d'Achitophel. Foulques fut donc vivement repris dans ce concile : on lui reprocha en face d'avoir fait périr dix mille habitants de sa ville épiscopale. — Nous avouons qu'aucun monument historique ne vient justifier une pareille accusation, à moins qu'on ne veuille parler des combats que les croisés livrèrent dans diverses circonstances aux habitants de Toulouse, à l'instigation de Foulques, ennemi acharné des hérétiques.

La cause de Simon de Montfort prévalut néanmoins au concile de Latran, et, de l'avis de la plus grande partie des prélats. Innocent III rendit le décret suivant :

« Tout lunivers est informé des travaux que l'Eglise a » entrepris, soit par les prédicateurs, soit par les croisés, » pour exterminer les hérétiques et les routiers de la pro- » vince de Narbonne et des pays voisins. Le succès a ré- » pondu, par la grâce de Dieu, à nos soins; en sorte que » les uns et les autres étant chassés, le pays est maintenant >» gouverné dans la foi catholique et la paix fraternelle. Mais » comme ce nouveau plant a besoin d'être arrosé, nous » avons jugé à propos d'y pourvoir, après avoir consulté

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» le concile. Que Raymond comte de Toulouse, qui a été » trouvé coupable en ces deux articles, et que plusieurs » indices certains prouvent depuis longtemps ne pouvoir » gouverner le pays dans la foi, soit exclus pour jamais d'y » exercer sa domination, dont il n'a que trop fait sentir le » poids, et qu'il demeure dans un lieu convenable, hors du » pays, pour y faire une digne pénitence de ses péchés ; » cependant qu'il reçoive, tous les ans^ quatre cents marcs » d'argent pour son entretien, tant qu'il obéira humble- » ment. Que sa femme, sœur du feu roi d'Aragon, laquelle, » suivant le témoignage de tout le monde, est une dame » de bonnes mœurs et catholique, jouisse entièrement et » paisiblement des terres qui lui ont été assignées pour son » douaire; à condition qu'elle les fera régir de telle sorte, » suivant l'ordre de l'Eglise, que l'affaire de la paix et de » la foi n'en souffre aucun préjudice : autrement, on lui » donnera un équivalent, selon qu'il plaira au siège apos- » tolique. Que tous les domaines que les croisés ont con- » quis sur les hérétiques, leurs croyants, leurs fauteurs et » receleurs, avec la ville de Montauban et celle de Tou- » louse qui est la plus gâtée par l'hérésie, soient donnés » (sauf en tout le droit des hommes catholiques, des fem- » mes et des égUses) au comte de Montfort, homme cou- » rageux et cathoUque, qui a travaillé plus que tout autre » dans cette affaire, pour les tenir de ceux de qui il doit » les. tenir de droit. Le reste du pays non conquis par » les croisés sera mis, suivant le mandement de l'EgUse, à » la garde de gens capables de maintenir et de défendre » les Intérêts de la paix et de la foi, afin d'en pourvoir le » fils unique du comte de Toulouse, après qu'il sera par-

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» venu â un âge légitime, s'il se montre tel qu'il mérite » d'obtenir le tout, ou seulement une portion, ainsi qu'il » sera plus convenable. »

Gonséquemment à ce décret, Simon de Montfort ne devait dominer que sur les pays qui s'étendaient depuis Beziers jusqu'à l'Océan, les Pyrénées et la Dordogne. Le reste des domaines du comte de Toulouse fut mis en séquestre pour son fils.

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