DEPUIS LA REUNION DU COMTE DE TOULOUSE A LA COURONNE, EN
1271, JUSQUA l'épiscopat de pierre de la chapelle, es
Dans le cours de Tannée 1271, Bertrand de Tille évêque de Toulouse, sur la demande de son chapitre et d'Olivier prieur de Noër, accorda à Guinard Engilbert clerc de Cessérac la chapellenie de Saint-Martin dé Noër avec ses dépendances. Nous le trouvons, à cette époque, en qualité d'arbitre entre Maurin archevêque de Narbonne et son chapitre, au sujet de la construction de la cathédrale ; on le voit encore recevoir le serment du sacriste et de l'archidiacre de cette métropole au sujet du droit de monnaie, et il fut présent aussi à Thommage que les consuls de Toulouse rendirent au roi entre .les mains de Guillaume de Cohardon.
Ce chevalier avait reçu de Philippe le Hardi la commission de faire garder en son nom le comté de Toulouse et ses dépendances. Cohardon, s'étant adjoint Jean de Céranis, se rendit à Toulouse et convoqua, le 16 septembre, une grande assemblée au château Narbonnais. Il demanda aussi aux consuls le serment de fidélité au roi. Ce serment fut prêté, à la réserve des droits de leur consulat, de la justice criminelle, des péages, des leudes, et des autres
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privilèges et coatumes. Od voyait à cette assemblée Bertrand (fe rnie, l'abbé de Moissac, Philippe de Boissi sénéchal du Rouergue, Bertrand vicomte de Lautrec, Sicard d*Alaman viguier de Toulouse, les chevaliers Raymond de Lescure et Gautier de Yaragne. Le lendemain, Cohardon réunit les habitants de la ville et reçut le même serment de fidélité envers le roi de France.
Ce prince fut sur le point d'être dépossédé du comté de Toulouse par les armes de Pierre infant d'Aragon. Celui-ci réunit une grande armée et attira à lui la noblesse des états de son père. Il lui aurait été facile de s'emparer du comté si le roi d'Aragon, pour des raisons politiques, n'avait arrêté son expédition.
Cette tentative de l'infant détermina le roi de France à donner des ordres très pressants au sénéchal de Carcassonne d aller prendre possession du comté de Toulouse. Cet officier partit le 5 octobre 1271 et arriva en cette ville, accompagné de Barthélémy du Puy ; il y trouva Jean de Céranis, Henri de GaudonvilUers, et maître Nicolas de Yerneuil. II fut statué que le commissaire royal, après avoir fait signifier sa mission, mettrait sous la main du roi le comté ; qu'on dresserait un inventaire de tous les actes conservés au château de Penne et de tous les meubles gardés au château de Buzet dans le Toulousain ; qu'il parcourrait tout le pays pour y recevoir le serment de fidélité des seigneurs tant des villes que des châteaux, et qu'on établirait partout le bon ordre.
Cette ordonnance fut exécutée le jeudi 8 octobre. Le commissaire convoqua dans le cJoitre des frères prêcheurs les consuls de la ville, Sicard d'Alaman, les principaux ha-
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bitanls Bernard de (]oinminges, Jourdain de riUe, Arnaud de Marquefave, et plusieurs autres barons et nobles, afin de leur faire prêter serment au roi. Ce serment fut prêté par les habitants, avec toute réserve pour leurs libertés et franchises.
Cohardon parcourut ensuite les différents bailliages du Toulousain, Verdun, Belleperche, Castelsarrasin, Moissac, Villemur et Buzel , mettant partout sous la main du roi les châteaux et villages. Ce commissaire ayant été obligé de s'absenter, le roi envoya dans le comté Florent de Varennes, amiral de France, et Guillaume de Neuville, chanoine de Chai'tres, qui parcoururent également le pays pour achever de le mettre en la possession du roi.
L'abbaye de Mas-Garnier était alors gouvernée par Guillaume d'Alahon. Cet abbé reçut en 1271 foi et hommage de Pierre Jourdain, qui lui céda à ce titre les terres de Beaupré et de Belcaslel. Arnauld se trouvait alors k la tête de l'abbaye de Saint- Volusien. Roger comte de Foix s'étant emparé de la mense abbatiale, l'abbé le dénonça aussitôt à Bertrand de Tille, qui le menaça de l'excommunication. L'abbaye de Feuillants perdit à cette époque Arnaud Garcias, son abbé, qui eut pour successeur Adémar de Francon. Celui-ci ne demeura en place qu'une seule année. Peytavit, prieur de Camon, mourut aussi en ce même temps. Après lui , ce prieuré fut gouverné par Pons de Villars. Arnaud de Montaigut abbé de Sorèze reçut en cette même année 1271 foi et hommage de la part de Pierre de Castelnau. L'abbaye de. Bonnefont , sous le gouvernement de Guillaume-Loup d'Osson, échangea quelques terres avec le damoiseau Arnaud d'Aulon. Bernard était alors codite
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de CommiDges. Ce seigneur conûrma plusieurs donations en faveur du monastère de la Lumière-Dieu ou Fabas et de la comtesse de Benqoe qui en était abbesse.
L'année i272 s'ouvre dans nos annales par la construction du grand chœur de Féglise métropolitaine, qui est due aux libéralités de Bertrand de Fille. Voici les travaux que cet illustre prélat fit exécuter dans son église. Il jeta, derrière la nef bâtie par Raymond VI, et qui existe encore, les fondements d'une nouvelle église qu'il commença par l'abside, le chœur, et les chapelles du pourtour au nombre de quatorze. Cette construction splendide fut poussée jusqu'à la naissaTice des voûtes, qui furent provisoirement remplacées par un plafond de bois ; il détruisit ensuite l'autel qui terminait la grande nef , éleva un mur au-dessus du grand arceau de la nef le plus voisin de l'ancien autel ; relia l'édifice ancien a l'édifice nouveau; éleva ensuite devant le chœur deux chapelles aujourd'hui détruites et qui servaient à l'office paroissial. Le nouveau chœur fut réservé à l'évêque et au chapitre. Dans l'idée de Bertrand de l'Ille, la nef actuelle devait être entièrement détruite, et l'on devait en construire une nouvelle en prolongeant dans la même forme et dans le même axe les piliers, le déambulatoire et les c^^Bles jusqu'à la grande place.
li^rélat enrichit son église de magnifiques ornements, de splendides reliquaires, d'un grand nombre de vases d'or et d'argent d'un prix inestimable ; il y établit douze prébendiers et huit hebdomadiers pour le service divin, introduisit l'ordre le plus parfait dans les revenus de son évêché, et en fit confirmer les possessions par le pape Grégoire X.
Nous venons de voir que le comte de Foix s'était emparé lu a
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de la mense abbatiale de Saint- Yolasien : il se rendit ainsi . coupable d*une action téméraire qui attira sur lui les armes du roi de France. Le château de Sompuy au diocèse d'Auch avait alors pour seigneur Geraud de Casaubon. Geraud V comte d*Ârmagnac prétendait que ce château était de sa mouvance, et vint Tattaquer. Casaubon, dans une sortie qu'il opéra pour repousser son adversaire, tua Arnaud- Bernard frère du comte d'Armagnac et de l'archevêque d'Auch. Désirant tirer une vengeance éclatante de cette mort , d'Armagnac appela à son secours Roger-Bernard 111 comte de Foix, son beau-frère. Celui-ci s'avança vers le château de Sompuy, résolu de le ruiner de fond en comble. Réduit à l'extrémité, Casaubon se plaça sous la sauvegarde du roi , auquel il remit ses domaines entre les mains du sénéchal de Toulouse. Cette royale protection n'empêcha pas d'Armagnac et le comte de Foix de poursuivre leurs desseins : Sompuy fut pris d'assaut , livré au feu et au pillage, et les habitants massacrés. Casaubon ne dut son salut qu'à la fuite.
Irrité de cet attentat , le roi de France résolut de se venger : c'est ce qui le détermina à se rendre dans la province. Il partit de Paris au mois de février 1272, arriva à Poi^îgrs le 9, se rendit à Angoulême, à La Rochelle et à Sain] il séjourna jusqu'à Pâques. Après avoir ordonné à ses pes de s'assembler à Tours le 8 de mai, il partit de Saintes et se rendit à Marmande en Agenais. Toutes ses troupes étant réunies, il se dirigea vers Toulouse et y fit son entrée solennelle le 25 mai. Il était accompagné par l'archevêque de Sens, les évoques de Paris, de Troyes, de Beauvais, de Nevers, de Chalons, de Coutances et d'Avranches. On y
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Toyait aussi le doc de Bretagne, le comte de Flandre, le comte de Boulogne, le comte de Rodez, les comtes de Ponthieu et de Blois avec leurs bannerets, écuyers, arbalétriers et gens d'armes.
Le roi passa huit jours à Toulouse. Ce fut pendant son séjour que Bertrand de Fille plaida devant lui la cause de ses propres vassaux, prétendant qu*ils étaient exempts de porter les armes pour le roi de France. Il parait qu*il perdit sa cause, car un grand nombre de Toulousains et de seigneurs de la province suivirent le roi du côté des Pyrénées. Parmi ces seigneurs, on distinguait Guillaume de Monestier, Jourdain de Rochefort , Beraud de Mercœur, et Hugues d*Arpajon, suivis de leurs damoiseaux.
 l'approche du roi, le comte de Poix eut recours à la protection de Jacques roi d'Aragon. Celui-ci alla à la rencontre de Philippe, qu'il joignit le l'' juin a l'abbaye de Bolbonne. Olric gouvernait alors cette maison ; il y donna une splendide hospitalité aux deux rois de France et d'Aragon , au duc d'Alençon frère du roi , et à Gaston vicomte de Béam, beau-père de Roger de Foix. Gaston demanda grâce pour son gendre, et le jour de l'Ascension on traita de la paix. Mais les articles qui avaient été dressés ne furent point acceptés par le comte de Foix, qui se retira dans son château. Sur ce refus, l'armée royale s'avança vers cette forteresse, le 3 juin, et dévasta le pays pendant que le roi s'était arrêté à Pamiers. Le château de Foix paraissant imprenable, Philippe-le-Hardi ne trouva d'autre moyen pour s'en emparer que de faire tailler les rochers. Ce travail fut exécuté avec une rapidité incroyable. A cette vue, le comte, cédant aux conseils de ses amis, demanda grâce
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et merci et se rendit auprès du roi. Philippe le fit lier et garrotter et renvoya prisonnier dans la cité de Carcaslionne. Après celte expédition, le roi de France rentra dans ses états.
Maurin, archevêque de Narbonne, étant mort après avoir jeté les fondements de la splcndide métropole dédiée aux saints Just et Pasteur, les chanoines de cette église élurent pour lui succéder Pierre de Monbrun, leur confrère. Bertrand de riile, évoque de Toulouse, de concert avec les autres évêques de la province , écrivit aux cardinaux réunis a Viterbe et au pape Grégoire X pour les prier de renvoyer incessamment le nouvel élu à son église. Nous retrouvons Bertrand au concile qui fut tenu au commencement d'octobre k Narbohne. Les décrets de cette assemblée ne sont pas venus jusqu'à nous.
Les abbayes du Toulousain présentent peu de faits dignes d'intérêt dans Tannée 1272. Arnaud Garcias succéda à Adémar de Francon dans le gouvernement de celle de Feuillants, et le prieuré de Camon fut dirigé par Pons de Villars.
Au commencement de Tannée 1273, Philippe le Hardi envoya Foulques de Laon, archidiacre de Ponthieu, et Thomas de Paris, chanoine de Rouen, dans le Toulousain, afin de constater les droits du prince. Gilles Gam-elin, chanoine de Meaux, fut désigné pour exercer les fonctions de procureur général dans cette commission. Celui-ci cita au tribunal des commissaires Sicard d'Alaman, accusé d'avoir usurpé certains biens du comté de Toulouse, et de s'être emparé de Tor, de l'argent , des joyaux, du trésor et des chevaux d'Alfonsc et de Jeanne. Sicard offrit ses défenses ;
mais il tomba dangereusement malade et fit son testament. Il légua vingt mille sols tournois en œuvres pies, savoir : pour la construction de l'église de Saint-Etienne, à laquelle travaillait Bertrand de Tille ; pour les religieuses de la Salvetat près de Buzet ; pour Téglise de Saint-Sulpice, et la construction du pont sur TAgout. Ce chevalier avait été marié trois fois. Il eut de sa première femme (Philippia) deux ûlles, Alix et Cécile ; de la seconde femme (Béatrix de Lautrec) il -eut un fils, Sicard d'Alaman, et une fille nommée Agnès ; de la troisième femme (Béatrix de Hucillon), il eut une fille dont le nom nous est resté inconnu. Raymond d'Alaman chanoine de Rodez fut son fils naturel. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires Bernard vicomte de Lautrec son beau-frère, le prieur dès Jacobins, et le gardien des frères mineurs de Toulouse ; il choisit sa sépulture dans le couvent des frères prêcheurs de cette ville.
Aux fêtes de Pentecôte de cette année, le roi tint a Paris un parlement dans lequel il fut grandement question des affaires du Toulousain. Il y fut d'abord statué que plusieurs localités du diocèse de Toulouse qui dépendaient de la sénéchaussée d'Agen ressortiraient de celle de Toulouse. On y traita ensuite la question des fiefs. Les commissaires du roi voulaient déposséder les Toulousains de certains fiefs ; alors les consuls portèrent plainte au roi contre cette usurpation. Ce prince ordonna que les fiefs héréditaires ou échus par mariage seraient maintenus, ainsi que ceux qu'on avait acquis depuis vingt ans , promit ensuite de rendre justice sur le consulat, c'est-a-dire sur la nomination des capitouls, et confirma tous les privilèges établis. ^
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Quelques auteurs ont prétendu qu'il se tint à cette époque une assemblée ou parlement dans Tabbaye de la Paix ou de la Sagne (Sorèze), à laquelle présida Lancelot d*Orgemont, grand et premier maître, et où se trouvèrent les conseillers clercs de Grolhet , Matthieu de Vabres, Bernard de Monestier et Othon de Panassac, ainsi que les seigneurs de Montégut, Rodolphe de Mauvesin, Everard de Vêtus, Imbert de Gombevis. Nous trouvons un jurisconsulte célèbre, D. Miramont , qui y exerçait Toffice de procureur du roi , et Jean de Romeure celui de secrétaire. Les commissaires du roi à Toulouse avaient demandé la solution de certaines difficultés : aussi le prince dressa-t-il plusieurs articles qui avaient rapport aux excommuniés, au paiement des dîmes, et à divers privilèges des clercs mariés ou non mariés.
Aûn d*assurer à sa cathédrale la possession des biens dont il Tavait enrichie, Bertrand de Tille fit confirmer par une bulle du pape ces donations, et céda au trésorier de son église le lieu à' Arnold. Vital de Vacquiers était alors prévôt de Saint-Etienne et avait succédé dans la prévôté à Bertrand de lllle. Il fit aussi approuver la fondation des douze prébendes qui avait été faite par ce prélat.
L'abbaye de Grand-Selve reçut à cette époque un nouveau lustre de la commission spéciale dont fut honoré Gaufridi , son abbé. Alfonse roi de Caslille avait établi un ordre religieux et militaire semblable à celui de Calatrava, sous le titre de Notre-Dame d'Espagne. Get ordre était destiné à combattre les Sarrasins. Il fonda quatre monastères dans le royaume de Murcie, et ordonna que trois d'entr'eux seraient spumis à celui de Carlhagène. Il voulut que ce nouvel ordre
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fût placé SOUS la dépendance de Giteaux. A cet eiïet, il envoya un député à Tabbé général, qui ordonna à Gaufridi abbé de Grand-Selve d'établir un prieur a Garthagène et de recevoir à la profession des clercs et des laïques. L'abbé de Grand-Selve devait confirmer à perpétuité l'élection de Tabbé de Garthagène.
Arnaud Garcias, abbé de Feuillants, traita de Facbat de quelques terres et fit plusieurs transactions avec la famille de Ravidan.
La succession de Jeanne comtesse de Toulouse donna lieu à un arrêt célèbre, rendu en 1274 par le parlement de Paris. Gette princesse avait fait héritière des domaines dont elle croyait pouvoir disposer, Philippia de Lomagne, sa cousine. Gui comte de Saint-Pol, tuteur de Philippia, demanda à être reçu , au nom de sa pupille, à foi et hommage des terres et seigneuries que la comtesse lui avait laissées. Gui fut renvoyé de sa demande. Philippia épousa plus tard Elle Talleyrand comte de Périgord, à qui elle apporta des domaines considérables, entr'autres les comtés de Lomagne et d'Auvillar.
Le pape Grégoire X excita, à cette époque, le zèle des inquisiteurs, qui firent subir plusieurs interrogatoires touchant la vaudoisie à un grand nombre de personnes. Les dépositions de ces hérétiques nous apprennent que plusieurs d'entr'eux s'étaient réfugiés en Lombardie et étaient rentrés dans le pays ; qu'ils parcouraient deux à deux la province pour y faire des prosélytes. Ges dépositions nous révèlent encore les noms de deux évéques hérétiques de Toulouse, Vivian et Bernard Oliba. Ces sectateurs de Thcrésie vaudoise ne reconnaissaient que l'évangile de saint
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Jean, espéraient le salut des anges rebelles, et rejetaient le culte des images.
Les inquisiteurs jugeaient aussi du crime de magie et de sorcellerie , et c'est peut-être à cette époque que l'on doit rapporter un fait assez singulier, dont les circonstances nous ont 'été conservées par le chroniqueur Bardin. Cet auteur affirme que le chevalier Pierre de Voisins, accompagné de ses assesseurs, avait parcouru sa sénéchaussée et y avait condamné au dernier supplice plusieurs sorciers, entr'autres une femme nommée Angèle, âgée de 60 ans, du lieu de Labarthe. Cette femme déclara qu'elle avait eu plusieurs fois un commerce charnel avec un démon et que de ce commerce était survenu un monstre qui avait la tète d'un loup, une queue de serpent, et le reste du corps d'un homme; elle affirma qu'elle avait nourri pendant deux nnées ce monstre avec de la chair d'enfants égorgés ; qu'après ce terme le monstre avait disparu et qu'elle ne l'avait plus revu. H n'y a qu'une seule difficulté à opposer à ce récit : c'est que Pierre de Voisins, sénéchal de Toulouse, ne Tétait déjà plus en 1254, et qu'en 1274 ou 1273 il était mort depuis longtemps.
L'abbé de Moissac eut alors quelques démêlés avec Tévêque de Toulouse Bertrand de l'IUe, au sujet de l'abbaye de Lézat ; ils choisirent pour arbitre Bernard de Montmirail. Ce prélat fit aussi des transactions avec Bernard abbé de Saint-Théodard et ses religieux, au sujet des églises, bénéfices, dîmes et prémices que ceux-ci possédaient dans le diocèse de Toulouse. Ces transactions lui donnèrent la facilité d'acquérir de nouveaux domaines pour son Eglise. L'abbé de Saint-Théodard, avec lequel Tévêque
de Toulouse fit ces transactions diverses, était Bernard de Malemort. 11 cherchait depuis longtemps a secouer le joug de Tabbaye de la Case-Dieu ; mais il perdit son procès, et fut condamné à prêter foi et obéissance à Tabbé de ce monastère.
Guillaume de Jauffre, abbé de Belleperche, reçut un diplôme de Philippe le Hardi par lequel ce prince confirmait toutes les acquisitions faites par ce monastère.
L'Eglise de Toulouse vit en 1275 élever un de ses enfants à la dignité épiscopale : c'était Bernard de Languisel, originaire du pays de Nîmes et qui avait occupé la charge d'archidiacre du Lauraguaia au diocèse de Toulouse. Il fut fait archevêque d'Arles et ensuite cardinal-évêque de Porto.
Bertrand de l'IUe assista, cette année, en qualité de témoin au mariage de Jacques infant d'Aragon avec Esclarmonde, fille de Roger et sœur de Roger-Bernard comtes de Foix, pendant que le roi de France envoyait Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse, en Navarre, pour y soutenir les intérêts de la reine Jeanne. Eustache partit k la tête des milices de sa sénéchaussée et s'empara de diverses places, entr'autres, d'une partie de la ville de Pampelune. Roger-Bernard comte de Foix seconda beaucoup le roi de France dans cette guerre : c'est ce qui détermina ce prince à lui restituer les châteaux de Foix, de Lordat, de Montgrenier, et plusieurs autres forteresses.
L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon était alors gouvernée par Martine de Blanquefort, qui avait succédé à Contors de Palmire. Martine ne gouverna cette maison que très peu d'années, puisqu'on 1278 nous trouvons à la tête de cette abbaye Longrue d'Aroche.
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Pons Dupuy, qui gouvernait depuis dix ans Fabbaye d*Eaunes, fut choisi en 1275 pour arbitre dans un différend qu'avaient les abbés de Bolbonne et de Calers.
L'abbaye de Saint-Volusien de Foix avait alors pour abbé Guillaume n, dont nous trouvons le nom dans un grand nombre d'actes, avec Bertrand de mie et l'abbé du Masd'Azil.
Feuillants était alors gouverné par Auger IV. Un chevalier du pays nommé Roger d'Aspel avait donné de b*ës vastes domaines à cette abbaye. Auger, pour éviter toute contestation de la part des héritiers de ce seigneur, eut le soin d'en faire confirmer la possession en 1275. U mourut à cette époque, et eut pour successeur Jean de Bologne.
Bernard de Malemort abbé de Saint-Théodard n'était pas moins zélé pour les intérêts de sa maison, car il eut le soin, en ce même temps, de faire confirmer par Philippe le Hardi la transaction qu'il avait fait appiouver quelques années auparavant par le comte Alfonse. Il régla aussi avec les capitouls de Toulouse tout ce qui regardait la levée des dîmes auxquelles avait droit son monastère sur plusieurs lieux désignés dans les actes.
Bolbonne avait perdu Olric, son abbé. Après sa mort, cette maison fut gouvernée par Bernard de Saquart, auquel Guillaume de la maison de Foix fit un don considérable pour son monastère.
Loup d'Osson abbé de Bonnefont mourut en 1275, et eut pour successeur Auger de la Tour, qui ne nous est connu dans l'histoire que par un pariage du lieu de Monhan fait entre Philippe le Hardi et l'abbé de la Bénédiction-Dieu.
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Les habitants de la province avaient porté leurs plaintes au roi de France contre plusieurs officiers de justice : c'est ce qui détermina Philippe à envoyer deux commissaires à Toulouse» en 1277, pour prendre des informations au sujet de ces plaintes. Ces commissaires étsdent Pierre, doyen de Saint-Martin de Tours, et le chevalier Simon de Cuhylis. Ceux-ci rendirent une ordonnance pour la réformation de la justice, après en avoir conféré avec Bertrand de rnie, évêque de Toulouse, le comte de Comminges, les abbés de Moissac et de Belleperche. Cette ordonnance nous a été indiquée par Catel. Les grandes qualités de Bertrand de TlUe le faisaient choisir pour arbitre dans les différends que les seigneurs avaient entr'eux ; ainsi Févêvèque et le comte de Rodez le prièrent de régler les articles d'un accommodement qu'ils avaient besoin de ménager. Cet évéque reçut à Toulouse les ambassadeurs que le nouveau pape venait de nommer pour négocier la paix entre le roi de Castille et le roi de France. Cette ville avait été choisie pour le lieu du congrès. Ces ambassadeurs étaient trois : Geraud, Jérôme et Jean, cardinaux de la cour romaine. Le roi de Castille ne voulut point envoyer des députés, sous le spécieux prétexte que Toulouse appartenait à Philippe le Hardi.
Le monastère de la Daurade à Toulouse ayant perdu Gailhard de Montrabier, son prieur, on lui donna pour successeur Bertrand de Montaigut, que Ton. regarde comme le neveu d'un autre religieux du même nom qui avait dirigé cette maison quelques années auparavant.
Il faut supposer qu'il fut tenu en 1277 un synode provincial à Toulouse, où devait assister le clergé régulier et
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séculier, puisque Guillaume d^Âlahon abbé de Mas-Garnier s excusa de ne pouvoir s'y rendre.
Nous avons déjà vu que les moines de Saint-Théodard cherchaient toujours à décliner la juridiction de ceux delà Case-Dieu ; cependant, sur de nouvelles représentations de de ces derniers, Bernard de Malemort abbé de Saint-Théodard promit foi et hommage à Albert abbé de la Case- Dieu.
Au commencement de Tannée 1278, Toulouse devint le théâtre d'une terrible exécution capitale. Un certain Perrot , catholique de naissance, avait abjuré sa religion pour embrasser le judsasine. Cet homme étant mort , les juifs donnèrent a son corps la sépulture dans leur cimetière, situé près du château Narbonnais. Jean de FrontUeu, dominicain , remplissait alors les fonctions d'inquisiteur à Toulouse à la place de l'inquisiteur titulaire, alors absent. Ayant appris cet événement, Jean de Frontlieu intenta un procès criminel aux juifs et à Isaac Malem qui avait reçu l'abjuration de Perrot. L'affaire fut renvoyée devant les capitouls, qui condamnèrent Malem à être brûlé vif avec le cadavre de Perrot. La sentence fut exécutée.
La famille de l'IIIe- Jourdain avait donné un chanoine à la cathédrale de Saint-Etienne : c'était Jourdain de l'IUe. Il paraît que ce seigneur avait été reçu à celte dignité dans son bas âge et n'avait point embrassé l'état ecclésiastique. La question était de' savoir s'il était obligé d'observer les statuts du chapitre. L'évêque de Toulouse chargea Arnaud de Villemur abbé de Saint-Sernin d'examiner l'affaire, et l'abbé décida que le seigneur de l'IUe n'était point tenu d'observer les statuts.
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Longrue d'Aroche gouvernait labbaye de Saint-Laurent de Goujon, et passa, à cette époque, un accord avec Amanieu II archevêque d'Auch. — La moitié du château de Mazères avait été cédée par Bérenger, qui en était seigneur, à Roger comte de Foix, puisque en 1278 nous trouvons Bernard Saquart abbé de Bolbonne confirmant la possession de ce château à Roger-Bernard, fils de ce seigneur.
Les officiers du roi usurpaient sans cesse sur les droits et les privilèges des monastères et des prélats : c*est ce qui détermina Pierre de Montbrun archevêque de Narbonne à convoquer un concile à Béziers, le 4 mai 1279, auquel assista Bertrand évêque de Toulouse. Ce fut dans cette assemblée que ce prélat fut député a la cour de France avec l'archevêque de Narbonne pour y défendre les libertés de son Eglise. Gilles Gamelin, chanoine de Meaux, procureur du prince dans la province, avait intenté plusieurs procès à révêque louchant le domaine temporel de Tévêché. Bertrand de Fille termina ces différends; et le roi, par une charte datée de THôpital près Corbeil , au mois de septembre 1279, reconnut tous les droits que les évoques de Toulouse avaient sur plusieurs seigneuries,- entr'au très, celles de Verfeil, du Bourg Saint-Bernard et de Castelmaurou. Le roi fit aussi l'abandon de toutes les justices sur le château de Balma que Bertrand de Tille venait de construire. Par réciprocité, Févêque de Toulouse céda au roi rhommage entier des châteaux de Saint-Jory et de Montgiscard. Ce prélat, à son retour de la cour de France, fit une transaction avec Richard abbé de Gimont au sujet du patronage des églises dépendant de son monastère et qui étaient situées dans le diocèse de Toulouse.
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Le roi Philippe le Hardi donna, au mois d*août 1279, une charte en faveur de Tabbaye de Grand-Selve, par laquelle il confirmait ce monastère dans la possession de ses biens.
Geraud comte d'Armagnac avait pris les armes contre Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse. Celui-ci lui livra bataille, le fit prisonnier, et remmena en France, où le comte demeura deux ans enfermé dans le châtean de Péronne. Eustache fut aidé dans cette expédition par le connétable Imbert de Beaujeu, que le roi avait envoyé dans le Toulousain pour y faire la reconnaissance de ses droits contre les usurpations que Sicard d*Âlaman avait faites dans les domaines du feu comte Âlfonse. Le fils de Sicard, qui portait le titre de damoiseau, s'était accordé devant Guillaume abbé de Belieperche, Pierre doyen de Saint-Martin de Tours, et Jean de Putiolo chanoine de de Chartres, commissaires qu'on avait députés pour juger cette affaire. Le roi confirma cet accord, et céda au jeune Sicard d'Âlaman la ville de Saint-Sulpice dans le Toulousain çt les châteaux de Castelnau et de Bonnafous en Albigeois. Nous apprenons par cet accord que la famille d'Alaman était demeurée en possession de l'or, de Fsurgent, des bijoux et des chevaux des comtes Raymond YII, d' Alfonse son gendre, et de la comtesse Jeanne. Le jeune Sicard mourut sans postérité, et la plus grande partie de ses biens passèrent dans la maison des comtes de Lautrec.
Nous avons déjà vu que les religieux du Mont-Carmel s'étaient établis depuis quelque temps dans l'intérieur de la ville, sur la paroisse de Saint-Etienne. Ils avaient élevé dans l'intérieur de leur cloître une chapelle dédiée à Notre-
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Dame de FEspérance, et où se faisaient journellement de grands miracles. Ck)mme le peuple s*y portait en foule, cela excita les réclamations du chapitre de la cathédrale. On ne put apaiser les chanoines que par un engagement que prirent les religieux de payer par annuités, dans la durée de cinq ans, une somme de quinze mille sols toulousains.
Un nouveau monastère se fondait à cette époque dans le Toulousain , ou du moins était reconstruit et agrandi : c*était celui de la Grâce-Dieu. Il dut tout son éclat et ses richesses à Cicard de Miramont et à Honoris de Durohort son épouse. Cette illustre dame, du vivant de son époux, embrassa Fétat religieux à la Grâce-Dieu. Cette maison avait été primitivement occupée par des moines bernardins qui se rendirent à Bolbonne. Honoris mourut au mois d'avril 1280 : c'est ce qui conste de son épitaphe que Ton voit encore gravée sur son tombeau de marbre blanc orné de sculptures en feuille d'acanthe. Au milieu paraît Fécusson des croisés, et sur le couvercle on aperçoit un armoriai portant un lion grimpant (1). Au mois de septembre mourut Cicard de Miramont. Son tombeau est encore dans Féglise de la Grâce-Dieu, où il est représenté armé de pied en cap, comme les chevaliers, avec son épitaphe (2).
(4) AlIMO CHR. 4280, DIE 43 KAL. APRIL. OEIIT
DU HONORIS DR DURO-BORQ UXORIS D" OaRDI
DB MIRAXONTB MILITIS, CUJUS AHIMA RBQUIBS. Ilf PACK. AMBIf.
(2) ANNO CHRIST. 4280 PRIDIB NON. SBPTEH. OBItT N0BILI3
VIR CICARDUS DB HIRAMONTB PRO CVJUS ANIMA PATBR AVE.
Le couvent de la Grâce-Dieu fut , plus tard , cédé aux daines de
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Philippe le Hardi donna, au mois de janvier 1280, des lettres datées de Paris dans lesquelles il expose < que, « voulant épargner les travaux et les dépenses de ses sujets » des sénéchaussées. de Toulouse, Carcassonne, Périgord, » Rouergue, Querci et Beaucaire, il envoie dans le Toulou- » sain des gens de son conseil , savoir : maître Pierre ar- » chidiacre de Saintes, Thibaud doyen de Bayeux, et Pierre » doyen de Saint-Martin de Tours, pour s'y trouver en » personne dans l'octave de Pâques, afin d'y entendre et » d'y juger suivant le droit et l'équité les demandes et les » requêtes des susdits sujets pour lesquelles ils avaient » recours à lui-même. » En conséquence, deux des trois commissaires se rendirent à Toulouse et y tinrent une assemblée que plusieurs auteurs ont prise pour un parlement, mais qui cependant n'avait pas la forme de ces corps judiciaires. Les vice-gérants du roi rendirent plusieurs arrêts touchant quelques prétentions des seigneurs de la province sur certains domaines, et Bernard du Saisset abbé de Saint- Antonin adressa une requête k l'assemblée de Toulouse pour que le sénéchal de Carcassonne fût obligé d'aller tenir ses assises à Pamiers. Il renouvela aussi pour neuf ans,
Fontevrault. \\ est aujourd'hui complètement détruit. L'église existe encore, et sert pour les offices de la paroisse. Elle était dédiée à saint Jean-Baptiste. U existe près du village une fontaine dédiée aussi à ce saint, et que Ton dit être miraculeuse. La dernière abbesse de la Grâce- Dieu fut Marguerite de Lassalle de Moressac, qui voulut, avant de mourir, voir les ruines de son monastère, et qui expira à la Grâce en prononçant ces paroles i Inte, Domine, speravi : non œnfundar m œternum. A la révolution française, on ouvrit les deux tombeaux et on y trouva plusieurs têtes : ce qui fait supposer qu'on y avait placé les corps des enfants des seigneurs- de Miramont avec ceux de leurs pères.
TimPS fNTERMénUIRES. 273
avec le roi , le pariage pour le château de Pamiers et ses forteresses. Ce prince prit en conséquence Tabbaye et le château de Pamiers sous sa sauvegarde.
Philippe vint , cette année, à Toulouse, et voici à quelle occasion : il était toujours en guerre avec le roi de Castille au sujet de Fexclusion à sa couronne que ce dernier avait donnée aux deux princes ses petit^-fils. Sur les instances du pape, les deux rois consentirent à un accommodement, et fixèrent une entrevue qui devait avoir lieu en Gascogne. Philippe s'avança jusqu'à Mont-de-Marsan et Alfonse jusqu'à Bayonne ; de là, les deux rois traitèrent à Dax, par leurs commissaires. Philippe profita de cette circonstance pour voir Pierre d'Aragon avec lequel il avait besoin de traiter de plusieurs affaires, et lui donna rendez-vous à Toulouse, au mois d'octobre. Ces deux princes s'y trouvèrent à cette époque, ainsi çue Jacques de Majorque, frère du roi d'Aragon. Ils s'adressèrent des demandes réciproques, qui ne furent pas accordées. On croit que le but principal de celle entrevue avait pour objet le comte de Foix, qui était alors prisonnier du roi d'Aragon.
Roger-Bernard , de concert avec les comtes d'Urgel et de Pailhas, ainsi que divers autres seigneurs catalans, ayant formé une ligue contre ce prince, celui-ci marcha contre l'armée du comte de Foix et le força de se retirer au château de Balaguer près d'Urgel. Le siège de ce cl^teau fut entrepris le 24 juin 1280. Aussitôt Raymond de Marquefave, Esquieu de Mi.repoix, et une quarantaine de chevaliers du Toulousain, se jetèrent dans la place; mais ils se virent obligés de capituler, et devinrent tous prisonniers du roi d'Aragon, qui envoya le comte de Foix au château de
in 48
274 TEMPS INTEEMÉDIAIRES.
SiuraDa et dispersa les antres dans la Catalogne. Pierre d'Aragon désira de voir le roi de France à Toulouse afin de Tempêcher de donner sa protection à son captif.
Guillaume d*Alahon abbé de Mas-Garnier profita de la présence du roi de France a Toulouse pour placer son monastère sous la sauvegarde du monarque. Les religieux de cette abbaye étaient très-portés a la révolte; c'est ce qui détermina Guillaume à faire entrer le roi dans Tadministralion et le gouvernement de l'abbaye. Cette innovation se perpétua longtemps au Mas-Garnier.
Bernard de Saisset abbé de Saint-Antonin donna, vers cette époque, des règlements aux juifs de sa dépendance ; il leur^ accorda la permission de faire leur résidence à Pamiers, et les autorisa à ne porter sur leurs habits, pour marque distinctive, qu une petite roue tracée avec du fil.
Guillaume Roberti succéda, en 1280, à Bernard duBosc dans le gouvernement de l'abbaye de Calers. Ce fut sous cet abbé que Raymond-Aton d'Auterive choisit sa sépulture dans l'église de cette maison.
Bernard de Malemort était toujours à la tète de l'abbaye de S*-Théodard. Après avoir eu, cette année-là, un différend assez vif avec les carmes qui s'étaient établis à Monlauban, il leur accorda la permission de construire un couvent dans l'intérieur des murs, d'y- établir un cimetière tant pour eux que pour les habitants, à condition que le tiers des recettes reviendrait à l'abbaye.
L'université de Toulouse jetait alors un certain éclat par la renommée qu'avait acquise François Accurse, célèbre jurisconsulte, qui avait d'abord professé à Bologne. Sur les instances d'Edouard V' roi d'Angleterre, il vint en
TEMPS INTeRMÉOIAIRES. ftlé
France et se fixa à Toulouse, où ses savantes leçons eurent un grand succès. On raconte que Jacques de Ravenne vint incognito se mêler à ses auditeurs. Un jour qu'Accurse expliquait la loi sur les intérêts, Jacques lui fit des objections si sérieuses que, ne pouvant trouver de solution ^ le professeur fut obligé d'avouer que Técolier en savait plus que le maître. Il quitta Toulouse en 1280 et revint à Bologne, où il mourut quarante ans plus tard: ce qui laissé à supposer qu'il était assez jeune quand il professait à Toulouse.
L'année 1281 fut marquée dans cette ville par un déplorable événement.. Il existait quatre ponts qui reliaient la rive droite à la rive gauche du fieiive : 1* le pont neuf, qui allait de la Daurade à Fhospice de Saint-Jacques ; S"" le pont vieux, qui allait de la halle aux poissons à Saint- Cyprien; 3^ celui qui commençait au port de Bidou; 4^ le pont de Comminges, près du château Narbonnais. Tous ces ponts étaient construits en bois. La veille de l'Ascension, on faisait, tous les ans une procession en bateau sur le fleuve ; cette cérémonie attirait un grand nombre de curieux; Le 11 mai, le pont vieux s affaissa lout-à-coup sous le poids des spectateurs, et deux cents personnes périrent au milieu des flots.
Bertrand de Ville était alors à Toulouse, puisque, du consentement de Bernard de Montaigut abbé de Moissac, il unit l'église de Saint-Martin de Cultur au prieuré de Sérignac. Il assista aussi a l'accord que fit Vital de Vacquiers prévôt de Saint-Etienne, par lequel ce dernier donna aux juifs de Toulouse Tautorisation de transporter leui' cimetière près de la porte de Montoulieu.
276 TEMPS IMBBXÉDUIRBS.
L'abbaye de Saint-Volusien de Foix était alors gouvernée par Atbon, qui avait succédé k Guillaume II . Nous apprenons des chroniques de cette époque que plusieurs religieux du Mas-d'Âzil, s'étant révoltés contre Guillaume de Pierre leur abbé, furent condamnés à la prison. Cest à ce sujet que Guillaume s'excusa de ne pouvoir se rendre au concile de Beziers dont nous avons parlé, dans la crainte que les moine,s qui s'étaient échappés de leur prison ne lui tendissent des embûches sur la route qu'il avait à suivre pour V arriver.
Bonhomme, qui avait succédé à Jean de Bologne dans le gouvernement de l'abbaye de Feuillants, fit en 1281 une transaction avec un seigneur nommé Bernard de Seysses, en présence de Sicard de Barte abbé de Sainte-Marie de Lombez. — Bernard de Malemort abbé de Saint-Théodard vit, dans cette année, toutes les possessions de son monastère confirmées par Raymond évêque de Cahors.— Guillaume Jauffre abbé de Belleperche fit aussi une transaction avec le damoiseau Arnaud de Blémont, fils du chevalier d'Escorbon, au sujet d'une portion du territoire de Pomaret en Lomagne.
Imbert avait été élu abbé de Bolboime après la mort de Bernard de Saquart. Il fit part d'un différend que Gilles, l'un des commissaires du roi dans la province, avait suscité à Marguerite comtesse de Foix, au sujet de la juridiction
du lieu de Mazères dont il partageait le pariage avec la
maison de Foix. — L'abbaye de Sorèze perdit aussi, en 1282, Bernard II son abbé, qui n'est connu dans l'histoire que par la libéralité de Raymond Pons qui lui céda quelques terres dont le revenu devait être employé à entretenir
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pendant le carême une lampe dans Téglise du monastère. Il eut pour successeur Pierre-Philippe d'Auriac.
Au mois de février 1285, Bertrand de TllIe et les autres évoques de la province écrivirent a Philippe le Hardi en faveur de Tarchevêqûe élu de Narbonne. Bertrand de Ville et Vital Vacquiers prévôt de la cathédrale ayant eu un différend avec Guillaume Gaufridi abbé de Belleperche, au sujet de plusieurs églises, ce différend fut dirimé par Fabbé de Mas-Garnier.
Le roi de France, qui s'était avancé vers les frontières de la Catalogue pour les mettre en sûreté contre les entreprises d« roi d'Aragon, se rendit à Toulouse au mois de juillet, et y reçut Fhommage de Pons de Saint-Just évêqne de Beziers pour la baronie d'Hierle située dans les diocèses de Nimes, de Lodève, et de Maguelonne. Pendant son séjour à Toulouse, il donna des ordres pour l'agrandissement du château Narbonnais, qui s'étendit alors depuis les bords du fleuve jusqii'à la prison des Hauts-Murats, le cimetière des juifs qui se trouvait sur ce terrain ayant été transporté ailleurs, comme nous l'avons déjà observé.
De Toulouse, le roi se rendit à Carcassonne, où, d'après certaine chronique, il avait déjà fait tenir une assemblée présidée par Pierre d'Arablay ayant pour assesseurs des évoques, abbés et barons, et devant laquelle fut cité Eustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse, qui fut absous de toutes les accusations intentées contre lui. Phihppe revint bientôt après à Toulouse, où il fut accompagné par Jacques' roi de Majorque, seigneur de Montpellier. Ce fut alors que les consuls de Toulouse présentèrent à son approbation les coutumes de cette ville, que le roi approuva
278 TBHPS INTERMÉOIÀIBBS.
à Nîmes, au mois d'octobre 1283. Ces coutumes étaient éparses dans plusieurs registres sans ordre: le roi coufia leur rédaction à Bertrand de Montaigut abbé de Moissac, lun des plus célèbres jurisconsultes de son temps, k Eustache de Beaumarchais, et à Etienne de Mortel jugemage. Ceux-ci divisèrent ces coutumes en quatre parties. La première traite des formalités de justice; la seconde, des dettes; la troisième, des dots ; et la quatrième, des Oefs. La plupart de ces coutumes sont conformes au droit romain. Quelques années plus tard, un auteur anonyme ajouta à ces coutumes un assez long commentaire dans lequel il examine la signification du mot capitoùl donnée au& consuls de Toulouse, qu'il croit dériver du mot capitale, mais qui probablement vient du mot capitulum, chapitre ou conseil de ville^
Le roi établit pour lieutenants dans le Toulousain Foulques de Laon, archidiacre de Ponthieu, et Thomas de Paris, chanoine de Reims. Nous trouvons leurs noms dans des lettres qu'ils donnèrent à Eustache de Beaumarchais pour confirmer le privilège que le comte Alphonse avait accordé aux habitants de Toulouse de ne payer qu'un denier toulousain de péage pour chaque saumée de poisson qu'on apporterait de la mer en cette ville.
. Talhafer abbé de Nizors céda au monarque français une partie du territoire de Monhan, du consentement d'Auger de la Tour abbé de Bonn^font, qui mourut peu de temps après et eut pour successeur Guillaume Lupi.— Gaufridi de Grand-Selve obtint à cette époque des lettres de sauvegarde, en faveur de son monastère, de la part d'Elie de Talleyrand vicomte de Lomagne et d'Auvillar. U
fit aussi une transaction, par la voie de son procureur fondé et de ses religieux, avec Raymond Garsias abbé de la Capelle, au sujet du territoire de Tircapel. Garsias mourut peu de temps après cet accord, et eut pour successeur Arnaud-Guillaume de Corduno, qui gouverna la Capelle jusqu'à la fin de ce siècle.
Bertrand d'Auriac abbé de Calers, qui avait succédé à Guillaume Roberti, fit encore quelques accords avec Bertrand de Fille. Ce prélat traita en 1284 avec les habitants de Lavaur au sujet du neuvième des dîmes et prémices de certaines denrées qu'il prélevait sur leur territoire. Dans cette affaire, les deux parties prirent pour arbitre Pierre de Burtis abbé de Lombez, qui était aussi chanoine de Toulouse, et Bernard deLatour abbé de Saint- Papou 1.
Guillaume de Jauffre abbé de Belleperche, régla dans le même temps ce que devaient payer les habitants de certaines paroisses de son abbaye pour les funérailles et Tadministration des sacrements de baptême et de mariage. (On voit ici Tantique usage du casuel paroissial.) Il transigea aussi sur quelques péages avec Bertrand de Durfort baron de Clermont, et après avoir gouverné Tabbaye de Belleperche jusqu'aux dernières années du treizième siècle, il devint évoque de Bazas.
Bernard de Saisset abbé de Saint- Antonin reçut du roi de France la commission de faire quelques accords avec Roger-Bernard comte de Foix sur certains droits établis dans la ville de Pamiers. Ce fait donne à supposer que ce dernier seigneur avait été rendu à la liberté par le roi d'Aragon et qu'il était rentré dans ses états, puisque le 9 juin
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1284 il se trouvait à Varilhes, où il permit, à la prière de Bronissende de Cardonne sa mère, à Braïdie abbesse de Valnère, de Tordre de Citeaux, d'acquérir quelques fiefs, et fit hommage en même temps à Amelius abbé de Lézai pour le pariage de ce lieu.
De grands préparatifs se faisaient en France pour la guerre d'Aragon. Aux fêtes de Pâques 1285, le roi se mit en marche vers Toulouse, el y arriva le 19 avril, suivi de la reine et des dames de la cour, des princes Philippe et Charles ses fils, de Jean Gholet légat du pape, et de la principale noblesse française. De Toulouse, il se rendit a Avignonet, puis a Carcassonne, où il laissa Marie de Brabant sa femme et les autres dames. Le 1"^ de mai, il fit son entrée à Narbonne. Son armée se composait de vingt mille cavaliers et de cent mille fantassins ; sa flotte comptait cent cinquante galères. Le sénéchal de Toulouse joignit l'armée à la tête de la noblesse de sa sénéchaussée, et fut député à Jacques roi de Majorque pour l'attirer, contre son propre frère d'Aragon, dans le p^rti de Philippe. Il réussit dans ce projet. Le récit de la guerre des rois de France et d'Aragon n'appartient pas à notre histoire ; nous dirons seulement que le passage des Pyrénées fut ménagé à Philippe par l'abbé et les religieux du monastère de Sureda, qui étaient nés dans le Toulousain ; que cette expédition ne fut pas heureuse, et que le roi de France mourut a Perpignan, au mois d'octobre 1285.
Au mois de juin précédent, une importante assemblée se tint dans le monastère de Saint-Saturnin de Toulouse. Bertrand Gaufridi abbé de Grand-Selve avait établi depuis quelques années un collège de théologie sous le nom de
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Saint-Bernard, près de la basilique. Il désira faire construire une église à côté de ce collège; à cet effet, il adressa une demande à Arnaud de Villemur abbé de Saint-Saturnin, qui accorda, avec le consentement du chapitre, Térectionde cette église, à certaines conditions très étendues et qui sont spécifiées dans Tacte qui fut dressé à cette occasion. La position de Toratoire est déterminée : elle doit s*étendre sur la rue qui conduit dû lieu appelé Posamilairo (Pouzonville) jusqu'à Matabeuf (Matabovm). Il importe d'obs^ver que cet acte est souiais à Tapprobation de Tévêque de Toulouse. Parmi les noms des chanoines de Saint-Saturnin qui assistèrent à cette assemblée, on trouve Raymond de Saint- Loup, Vital des Martyrs prieur de Martres, Raymond Aton prieur de Calment, et de Pruliac prieur de Kagnac.
Ce fut à cette époque que Bertrand de Tille, sentant arriver sa fin, fit son testament au château de Balma. Cet acte authentique nous montre la magnificence et les immenses richesses de ce prélat. H laissa : l"" une somme considérable pour terminer les plaques d'argent qui recouvraient le haut gradin et le devant de Tautel du chœur. Ces plaques présentaient des images de saints ; S*" deux mille livres pour la construction d une chapelle à saint Simon et à saint Jude, apôtres; S'' six cents livres pour la fondation de messes au jour de Vanniversairë de sa mort; ¥ ses ornements pontificaux et toutes ses tapisseries à son église ; S'' sa belle mitre, sa crosse, son bel anneau, sa chape blanche brodée d'oiseaux à son successeur; 6"* mille calices d'argent ou de vermeil qui doivent être distribués aux égUses et monastères de la province ; J"" quatorze cents livres de renie annuelle pour armer six che-
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valiers; 8" diverses sommes à tous les couvents, abbayes, maisons religieuses, églises de Toulouse et de la province; 9" cinq cents livres à chaque maison des chevaliers du Temple et des hospitaliers de Saint-Jean; 10^ des legs particuliers aux églises de riUe- Jourdain, Narbonne, Beziers, Carcassonne, Maguelonne, Montpellier, Lodève, Uzès, Albi, Cahors, Elne, Agen et Comminges; 11° enfin plusieurs prébendes ou chapellenies fondées k Fille, à Montaigut, à Mondonville, k Notre-Dame de Gravesolle.
Sa maison était composée de douze chapelains, quatre damoiseaux, douze écuyers, trois courriers, fauconniers, cuisiniers, gens de service. Il avait trois grandes bibliothèques, une pour le droit civil, Tautre pour le droit canonique, la troisième pour la théologie. Trois médecins étaient attachés k sa personne. Il déclara dans son testament que tous ceux auxquels les guerres de sa famille avaient causé quelques dommages, devaient être payés sur ses biens ; il voulut qu'après sa mort on habillât mille pauvres, et qu'on' mariât de simples et honnêtes filles aux dépens de sa suc- ' cession. Il institua pour ses exécuteurs testamentaires Varchevêque de Narbonne, Bernard comte de Comminges, Vital de Vacquiers prévôt de sa cathédrale, son frère Jourdain de riUe, et le fils de ce seigneur.
Après avoir tracé ses dispositions dernières, Bertrand de riUe-Jourdain mourut dans les derniers jours de janvier 1286. Ce prélat n'était pas moins illustre par sa piété et sa doctrine que par sa haute naissance. Il gouverna FEglise de Toulouse pendant dix-huit ans. Nous avons parlé plus haut de tout ce qu'il fit pour la construction du chœur de sa cathédrale et l'ornementation de ses autels. Il fut le premier
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évéque de Toulouse inhumé daus Téglise de Saint-Etienne. Ses exécuteurs testamentaires lui élevèrent, dans le sanctuaire, au côté de Tévangile, un magnifique tombeau d'airain supporté par quatre lions. Ce mausolée fut détruit dans Taffreux incendie qui dévora le chœur de la cathédrale, au commencement du dix-septième siècle.
Hugues Mascaron, chanoine de Saint-EUenne et abbé de Lombers, fut élu pour successeur a Bertrand de Tille. Mascaron était déjà évéque au mois de mars, puisque, à cette date, il opéra un échange avec Bertrand de Fodoas, écuyer. Le lundi avant le jour des Cendres, il fit un accord avec le roi Philippe le Bel au sujet du serment que ce prince exigeait pour les biens temporels de TEgUse de Toulouse. Le roi lui donna un sursis, sur la promesse que fit Tévêque de lui payer 4,000 livres tournois. Vers la fin de mars, il rendit hommage à Tarchevêqûe de Narbonne, et approuva la fondation du collège de Saint-Bernard auprès duquel Bertrand de Grand-Selve venait de faire construire une chapelle pour les étudiants en théologie. Cette construction avait été faite avec le consentement d'Arnaud de Yillemur abbé de Saint-Saturnin.
Dans le cours de Tannée 1286, il se tint a Sain^Etienne une assemblée générale du chapitre de cette église; elle fut présidée par le prévôt Vidal de Vacquiers, qui y dressa des statuts pour régler la discipline de cette église. Ces statuts, les plus anciens peut-être dont il soit fait mention dans Thistoire, ne sont pas venus jusqu'à nous.
Raymond Aton gouvernait alors Tabbaye de Mas-d'Azil. Il approuva les coutumes que les consuls de cette ville avaient dressées pour les habitants : ce qui semblerait
indiquer que les abbés de ce monastère exerçaient quelque juridiction temporelle en ce lieu.
Bertrand II de Miremont, évèque de Comminges, mourut -en cette année. Ce siège demeura longtemps vacant. On place aprè3 lui Arnaud Mascaron, chanoine de Saint- Etienne de Toulouse, vers Tannée 1294. Il parait, que son élection ne fut pas approuvée, car vers ce même temps on nomma un autre évêque, comme nous le verrons en son lieu.
Les anciennes chroniques rapportent qu'en Tannée 1286 mourut à Toulouse, en odeur de sainteté, une fille d'illustre naissance nommée Jeanne, que Ton croit avoir appartenu a la maison comtale. Elle avadt fondé un institut connu sous le nom de tiers-ordre de la Glorieuse Vierge Marie. Elle fut ensevelie dans la nouvelle église des Grands-Carmes, dans une chapelle dédiée a saint Martial. Nous ignorons quel est le tiers-ordre dont il est ici question. A la vérité, un monastère de cisterciennes s'établit à Toulouse sous le pontificat de Bertrand de l'IUe, au faubourg Saint-Cyprien. Jeanne aurait-elle été la fondatrice de ce nouvel institut ? Nous parlerons, au seizième siècle, de l'invention du corps de cette sainte fille et du culte qui lui a été rendu.
Philippe le Bel n'avait que dix-sept ans quand il succéda à son père. La France était alors en guerre avec l' Aragon, et le roi d'Angleterre intervint pour rétablir la paix entre les deux royaumes. Le pape ne demeura pas étranger à cet événement, car au commencement de Tannée 1287 il envoya deux légats qui passèrent à Toulouse et se rendirent k Bordeaux. La paix ne put être conclue; c'est ce qui déter-
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mina Philippe à envoyer Robert duc de Bourgogne et Raoul de Clermont connétable de France pour agir dans la province contre le roi d'Aragon. (Is donnèrent commission au sénéchal et au viguier de Toulouse de se transporter dans Içs bastides royales du pays pour faire restituer les biens qui pouvaient avoir été usurpés sur les seigneurs ecclésiastiques et laïques depuis Tunion du comté à la couronne.
Vers la fin de Tannée précédente, était mort dans Tabbaye de Sorèze un seigneur nommé Lancelot d'Orgemont qui, dans son testament en faveur de cette abbaye, se qualifie de grand et premier maître du parlement de Langue d^Oc. Ce document paraîtrait indiquer qu'un parlement existait à Toulouse à cette époque; mais nous pensons que ce mot indique seulement des assemblées tenues dans les provinces, à certaines époques, au nom du roi, par ses lieutenants. Il est certain, en effet, qu'en 1287 une assemblée de cette nature eut lieu à Toulouse ; elle fut présidée par Bertrand de Montaigut abbé de Moissac, maître Laurent de Voisins chefcier de Chartres, et maître Jean de Nausone chanoine de Laon. On rendit, dans cette assemblée, trente-neuf arrêts pour la seule viguerie de Toulouse. Il s'en tint encore une autre un peu plus tard, à laquelle se trouva Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, et enfin une troisième à la fête de saint Martin. Il est très important d'observer que les lieutenants ou commissaires du roi tinrent, pendant plusieurs années, de pareilles assemblées à Toulouse et dans la province.
Le cinq des calendes de juillet, Mascaron évéque de Toulouse ordonna au recteur de Sainte-Gabelle de restituer aux moines de Fabbaye de Bolbonne le huitième des dîmes
286 TEMPS INTBRVÉDUIIIBS.
du lieu d'Ârbouville qu'il tenait en séquestre. Nous apprenons de ce document que Sainte-Gabelle ou Gavelle dépendait toujours des domaines temporels de révêché.
L*abbaye de Saint-Laurent de Goujon avait alors à sa tête Âlasacie des Rosses, qui avait succédé à Longrue d'Aroche;^ Elle gouverna cette maison jusqu'en Tannée 1305.
Gailhard de Miramont fut nommé, en 1287, prieur da monastère de la Daurade à Toulouse et le dirigea jusqu'en
Celte année, mourut à Grand-Selve Bertrand Gaufridi qui avait, été abbé de ce monastère pendant dix-huit ans. — Âmauri de Brassioles fut élu abbé de Calers par la mort de Bertrand d'Âuriac. Il n'est connu dans l'histoire que par une transaction qu'il &t avec les consuls et les habitants de Pamiers.
Sicard de Bartes, chanoine de Toulouse et abbé de Sainte- Marie de Lombez, mourut à cette époque. Ce monastère dépendait du chapitre de Saint-Etienne. Il eut pour successeur Pilefort de Rabastens.
Le 29 janvier 1288, le roi ordonna aux sénéchaux de son royaume de publier qu'il n'y avait aucune trêve entre le roi d'Aragon et lui. Les' commissaires de Philippe exécutèrent à Toulouse les ordres du monarque. Dans de nouvelles séances qu'ils tinrent en celte ville, vers les fêtes de Pentecôte, ils condamnèrent le comte d'Astarac à réparer les dommages qu'il avait causés à l'abbaye de Simorre, et rendirent un arrêt contre les consuls de Toulouse qui avaient violé le droit d'asile en enlevant un criminel de l'oratoire de Nazareth, où il s'était réfugié. Voici comment ils s'expri' ment :
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« Bernard, par la miséricorde de Dieu abbé de Moissac, Laurent de Voisin, Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, les clercs de notre seigneur le roi de France tenant pour le roi le parlement à Toulouse, au viguier de Toulouse salut. Nous vous envoyons un certain arrêt que nous avons dressé, et dont la teneur suit : « A vous vénérables gens tenant le parlement du roi à Toulouse, signifie le chapitre de Saint- Etienne qu'un certain homme s'étant réfugié k Téglise de Nazareth, et les députés des consuls de Toulouse l'en ayant relire par force, conduit à la maison de ville, et les consuls rayant interrogé et mis à la question au préjudice des droits de cette église, les consuls ayant relaxé cet homme sur la demande du chapitre, et layant fait reconduire à Nazareth et là garder à vue, le chapitre demande que Ton n'enfreigne jamais les immunités de cette église : sur quoi le chapitre requiert qu'on lui rende sur cela bonne justice; le parlement ordonne qu'on garde l'immunité de cette église, qu'on en éloigne les gardes, et qu'on permette à ce malfaiteur de se reposer, manger et dormir ; et défendons qu'on lui enlève les aliments. Le viguier de Toulouse est chargé de l'exécution du présent arrêt. -— Donné à Toulouse, le samedi après l'octave de Pentecôte. »
C'est là un des plus anciens monuments indiquant l'existence de cette chapelle qui dépendait du chapitre de Saint- Etienne. Elle était alors bâtie hors des murs, et ne tut construite au lieu qu'elle occupe aujourd'hui qu'au seizième siècle.
L'abbé de Moissac, Laurent de Voisin et Jean Nausone tinrent encore, dans le courant de l'année 1288, d'autres
S88 TEMPS INTBRMÉDIAIEES.
séances qui eurent pour objet certaines affaires de la province.
Vers ce même temps, Mascaron transigea avec le procureur du monastère de Narbonne au sujet du territoire de Faisinals qu'ils possédaient par indivis. Il obtint du pape Nicolas IV Tautorisation de conférer les cures de son diocèse qui n'étaient point possédées par les prêtres. Sous son pontificat, les pénitents connus à Toulouse sous la dénomination de Béguins, du nom d'un marchand de cette ville qui les avait fondés, embrassèrent la règle de saint François d'Assise sous le nom de tierçaires, et s'établirent non loin du couvent des dominicains (a la rue Pargaminières).
Gomme la guerre existait toujours entre les rois de France et d'Aragon, Philippe nomma, pour la continuer et commander dans la province, Simon de Melun maréchal de France et Eustache de Beaumarchais sénéchal de Toulouse. La noblesse du pays alla servir sous leurs ordres. Cependant, à la sollicitation du pape, les négociations furent reprises au mois de mars 1290. Le pontife envoya, à cet effet, en France les cardinaux Benoît Cajetan et Gérard de Parme, et après bien des négociations la paix fut conclue entre ces princes.
Ge fut à cette époque que Roger-Bernard comte de Poix succéda dans la vicomte de Béarn k Gaston de Moncade son beau-père. Gelui-ci avait eu quatre filles de Mathe de Mastas comtesse de Bigorre et vicomtesse de Marsan : l'* Constance , qui épousa successivement Henri prince d'Angleterre et Alfonse infant d'Aragon, dont elle n'eut point d'enfants; 2** Marguerite, qui épousa Roger-Bernard,
TEMPS IMERMÉDIAIRES. $89
et qui eut en dot le Nébouzan dont la ville de Saint» Gaudens est la capitale ; 3^ Mathe, femme de Géraud comte d'Armagnac; 4° Guillaumelte, qui, après la mort de son père, épousa Pierre, fils de Pierre III roi d'Aragon. Gaston, n'ayant que des filles et Constance son aînée n'ayant point d'enfants, résolut de laisser sa succession à Marguerite comtesse de Foix. Il lui fit donc une donation solennelle de ses biens, et en fit dresser l'acte sur l'avis d'Arnaud Novelli, professeur en droit et officiai de Toulouse. Constance et Guillaumette adhérèrent à cet acte ; mais la comtesse d'Armagnac refusa de donner son consentement : c'est ce qui donna lieu à la longue guerre qui divisa les maisons de Foix et d'Armagnac. Le comte de Foix prit toutes les mesures nécessaires pour s'assurer la jouissance de la vicomte de Béarn. Le H mai 1290, il écrivit au roi d'Angleterre, lui promettant de lui rendre hommage du Béarn au nom de la comtesse sa fcmnie.
Roger-Bernard continuait à faire des entreprises sur l'autorité royale ; il maltraita, tua ou emprisonna divers sergents royaux que le sénéchal de Toulouse avait envoyés pour la garde des biens de l'abbaye de Calers situés dans les dépendances de la bastide de Gaillac, dans le Toulousain (Gaillac-Toulza), et donna retraite à plusieurs proscrits. Sur ces« faits, le ror ordonna à Simon Brisetête sénéchal de Cârcassonne de citer le comte à comparaître au prochain parlement de Toulouse. Effrayé de ces menaces, le comte chercha à se réconcilier avec le roi, mais son pardon ne lui fut accordé qu'à certaines conditions.
Le parlement ou commission royale fut tenu en 1290 par Bernard abbé de Moissac, Laurent de Voisins sacriste de
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t90 TEMPS INTERMÉDIAIRES.
Chartres, Pierre de La Chapelle chanoine de Paris, Gilles Camelin chanoine de Meaux, Pierre de Blagnac, et le chevalier Jean de Penne. Ils rendirent un arrêt contre les sergents des capitouls qui avaient jeté dans les fers Eltric de Castelpers, au mépris des privilèges des nobles, et envoyèrent aussi au roi une information qu'ils avaient £aite en son nom touchant des acquisitions que les carmes avaient opérées pour l'agrandissement de leur couvent.
Mascaron évêque de Toulouse eut, cette même année, un différend avec Tabbé de Quni au sujet de la juridiction du monastère de Lézat, et assista au serment que Févèque d'Elne prêta au chapitre de Narbonne. Dans le même temps, Vital de Vacquiers prévôt de Saint-^Etienne tint une grande assemblée capitulaire dans laquelle on décida que les chanoines devaient restituer tout ce qu'ils avaient pris sous la foi dautrui. Le prévôt mourut peu de temps après cette assemblée, et fut inhumé dans le cloître, avec une épitaphe. Il viut pour successeur dans la prévôté Arnaud-Roger de Comminges.
L'église de la Daurade à Toulouse était gouvernée par Gaillard de Miramont, qui céda quelques biens à Âuger du Falgar abbé de Bonnefont. Il obtint, l'année suivante, du pape Nicolas IV des indulgences pour ceux qui visiteraient son église aux jours des fêtes de la Sainte-¥îerge.
Adrémarde Pins fut créé, en 1290, abbé d'Eauneskla place de Bertrand de Maraso. Il avait été syndic de ce monastère.
L'an 1291, il se tint à Toulouse plusieurs parlements. Les arrêts qui nous ont été conservés nous apprennent les noms des divers membres qui les composaient : c'étaient
Aimeric abbé de Sorèze, Pierre de Montréal de Laon, Guillaume de Taluca d'Orléans, Jean Dufour de Paris, Gilbert de Rampro, Izarn de Yalans, Michel de Buscaroube. L'un de ces arrêts avait pour objet l'élection d'un juif, Germain Ruben, à la dignité de consul de Toulouse. Cette élection fut annulée par le parlement, comme con> traire aux règlements en vigueur.
Arnaud-Roger de Comminges prévôt de Saint-Etienne, dont nous venons de parler, fut institué exécuteur testamentaire de sa sœar Mascaronne comtesse de Rodez. Sa place lui fut disputée par Guillaume de Mandagot, qui venait d'être nommé évêque : c'est ce qui obligea le prévôt à partir pour Rome, où il plaida sa cause auprès du pape, qui le confirma dans sa charge. Pendant ce procès , Hugues Mascaron évêque de Toulouse ayant cédé quelques églises dépendantes de la prévôté, plainte fut portée au pape, qui désigna le prieur de Gassand, Géraud évêque d'Arras, Lunard de Ferrentine archidiacre de Langres, pour opérer la restitution de ces églises. Ces commissaires déléguèrent les abbés du Faget de Passan pour traiter de cette affaire, qui ne fut conclue que cinq ans plus tard.
Pierre Alfarici abbé de Grand-Selve et Eustache de Beau^ marchais sénéchal de Toulouse venaient de fonder la ville de Grenade sur Garonne. Le premier soin des fondateurs fut de donner des privilèges et des coutumes aux nouveaux habitants. Le sénéchal les publia en présence de Béraud Sancii juge de Rieux et de Barthélemi de Lagarde juge d'Albigeois. Le 11 mai , Philippe le Bel approuva ces priviléges et coutumes, dont voici quelques articles : 1* Il est permis aux habitants de marier leurs ûUes où ils voudront,
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et d'élever leurs fils dans Tétai ecclésiastique. 2^ Les habitants ne peuvent être mis à la question. 3* On imposera des amendes à ceux qui laisseront entrer des bêtes dans les prés et vignes, ou qui entreront eux-mêmes dans la propriété d'autrui ; à ceux qui ne feront pas le poids, aux vendeurs qui frauderont dans le commerce. Ces amendes doivent être payées au roi et à labbé de Grand-Sel ve. 4" Si quelqu'un meurt sans héritiers, ses biens, après un délai déterminé, passeront au roi et à l'abbé. 5" Tout débiteur qui n'aura pas payé sa dette dans quinze jours, payera une amende au roi et à l'abbé. 6° Tout homme surpris en adultère sera promené par la ville, et payera une amende au roi et k l'abbé. L'abbé de Grand-Selve, en qualité de seigneur, convint de posséder la nouvelle ville en partage avec le roi.
La ville de Grenade avait autrefois une ceinture de hautes murailles flanquée de quatre tours principales, dont une était.penchée comme la tour de Pise ; une autre tour qu'on appelait de la Porte de Toulouse servait de prison ; une troisième portait le nom de tour de Save, et la quatrième celui de tour de Verdun. Plusieurs communautés religieuses, telles que les capucins et les dames ursulines, s'y établirent successivement. La grande et belle église qui existe aujourd'hui fut bâtie par les soins des abbés de Grand- Selve, quelque temps après la fondation de la ville. Elle était desservie par des consorcisles, un archipêtre et trois vicaires.
La magnifique église des dominicains de Toulouse, dont Raymond du Falgar avait jeté les fondements, fut entièrement terminée en 1291, par les soins et les libéralités de
Raymond d'Hunaud, prieur du monastère. I^ première mes^ y fut célébrée, le jour de la Purification de la Vierge, par Bertrand de Montaigut abbé de Moissac.
L'abbaye de Belleperche perdit à cette époque Guillaume de Jauffre son abbé, qui fut promu a Tévêché de Bazas. Il ne jouit pas longtemps de son évêché, et mourut peu de de temps après son élection. On Finhuma dans Téglise de Belleperche, auprès de Tautel principal. Son successeur dans Tabbaye fut Gautier de Clarens, abbé du Périgord.
En 1292, Mascaron évêque de Toulouse défendit à son officiai d'excommunier à Tavenir les moines de Citeaux et de les citer à son tribunal. Cétait un abus qu'il fallai.t promptement réprimer, et qui ne pouvait qu'exciter des querelles continuelles entre le clergé régulier et le clcigé séculier. L'année suivante, les inquisiteurs de la foi k Toulouse se rendirent au parlement qui fut convoqué a Montpellier et présidé par Alphonse de Rouaïra, chambellan du roi de France. L'objet de celte assemblée était de corriger aussi quelques abus. Nous trouvons le nom de l'évoque de Toulouse dans la concession que Cenlulie comte d'Armagnac fit de ce comte a Bernard son fils.
. Au commencement de l'année 1294, le roi envoya dans la province Raoul de Clermont seigneur de Nesle, connétable de France, a cause de la guerre qu'il devait déclarer aux Anglais. Ceux-ci s'étaient portés à quelques excès contre les sujets du roi de France,, ce qui détermina ce dernier a repousser l'attaque par les armes. Philippe fit donc partir son connétable, avec ordre de se saisir du duché d'Aquitaine et des autres domaines soumis aux Anglais. Le connétable arriva a Toulouse au mois de janvier, et donna com-
mission aux abbés de Bellepercbe et de Grand-Selve, k
Raymond Àmelius de Penne et Guillaome d*Âban chevaliers,
à Etienne Morel et Sicard de Lavaur clercs du roi, d'aller à Saint-M^re en qualité d'ambassadeurs signifier à Jean de Saint-Jean, lieutenant du roi d'Angleterre en Aquitaine, la saisie de ce duché, et le sommer de le lui remettre.
Les ambassadeurs quittèrent Toulouse, suivis de leurs notaires et de plusieurs seigneurs du pays. Les abbés avaient emmené avec eux quatre religieux. L'abbé de Bellepercbe porta la parole, et somma Jean de Saint*Jean de restituer le duché d'Aquitaine, Celui-ci refusa de reconnaître leur
autorité, et les commissaires revinrent à Toulouse.
En leur absence, le connétable fit divers règlements pour la police de celte ville. Le 13 de janvier, il rendit une ordonnance touchant Texercice de la justice que Févêque de Toulouse avait sur les clercs, et défendit a Févêque de tenir à sa solde des gens armés, soit clercs, soit laïques, pour la recherche des clercs de son diocèse qui avaient commis quelques délits. Nous apprenons de divers autres, actes du connétable que, pour fournir aux armements tendant à soumettre au roi le duché d'Aquitaine, il imposa un $ubside de six sols tournois par feu.
Malgré les oppositions du lieutenant du roi d'Angleterre, il ne fut pas difficile au connétable de s'emparer de FAquitaine : les Anglais livraient eux-mêmes leurs places. Mais Edouard n'approuva pas la conduite de ses officiers, et résolut d'employer tous les moyens possibles pour ressaisir cette province. Après avoir sollicité Falliance de plusieurs princes, il se disposa à passer la mer. En attendant, il nomma son neveu Jean de Bre-
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tagne pour commander en Aquitaine en son nom, et lui donna plein pouvoir de traiter avec le comte de Foix afin de Tattirer dans, son parti. Ce seigneur demeura fidèle au roi de France. La guerre éclata alors entre Philippe le Bel et le roi d'Angleterre; mais le pape fit tous ses efforts pour en arrêter le cours, et envoya à ces princes les cardinaux d'Âlbano et de Palestrine, dont la mission devait avoir pour but les négociations de la paix» ou tout au moins une suspension d'armes.
Les efforts du pontife ne furent pas couronnés de succès. Au mois de décembre 1294, les Anglais, conduits par le duc de Bretagne, débarquèrent à Temboucbure de la Garonne et s'emparèrent de plusieurs places situées sur les bords du fleuve. Le !•' janvier 1295, Bayonne fut soumis à leurs armes ; mais Charles comte de Valois, étant venu au secours da connétable, reprit quelques-unes de ces villes.
Nous touchons dans notre histoire à Tépoque de l'érection de l'évêché de Pamiers, qui eut lieu en 1296. Boniface Vni, dans sa bulle, expose les motifs qui le déterminèrent à démembrer le diocèse de Toulouse : c'était son étendue, la difficulté où se trouvait l'évêque de veiller au salut d'un aussi nombreux trolipeau, les richesses de cet évêché, qui pouvaient saffire à l'entretien de plusieurs prélats, et le projet de cette érection déjà formé par Oément IV. Il assigna au fatur évêque de Pamiers sept mille livres tournois de rente sur l'évêché de Toulouse, et partagea ce diocèse par une ligne transversale depuis le lieu de Grépiac d'un côté jusques à la Garonne, et de l'autre jusqu'à la rivière de TAgout : en sorte que le nouveau dio-
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cëse fut formé de la partie méridionale de celui de Toulouse.
A peine Hugues Mascaron évéque de cette ville eut-il appris rérection de Tévêché de Pamiers, qu'il se rendit à Rome pour y mettre obstacle. Tout en sauvegardant sa bulle, le pape, par égard pour Tévêque de Toulouse, ditféra la nomination du nouvel évéque ; mais il ne tarda pas à réaliser ses projets, car Mascaron mourut a Rome le 6 décembre 1296, après avoir gouverné FEglise de Toulouse pendant onze années. Son corps fut transporté, quelque temps après sa mort, à Toulouse, et inhumé dans la grande église des Dominicains, auprès de l'autel principal, au côté de Tévangile. Ce prélat, recommandable par sa piété, avait été élevé au sacerdoce par les soins de Raymond du Falgar, dont il était parent ; il appartenait à une illustre famille qui tirait son nom du lieu de Lamasquère, et exerçait des droits seigneuriaux sur Auterive, le Vernet, Beaumont, Sainte-Gabelle, Mireraont, et autres lieux. LorsquoQ construisit le splendide mausolée de saint Thomas d'Aquin, le corps de Hugues fut exhumé et transporté auprès des balustres de fer qui séparaient le chœur de la nef de Téglise.
Après la mort de Hugues âe iMascaron, le pape réserva la nomination de Tévêché de Toulouse, et y appela Louis, deuxième fils de Charles H roi de Sicile, qui n était alors âgé que de vingt-deux ans.
Ce jeune seigneur était né à BrignoUes, en 1274; il était fils de Charles H duc d'Anjou, prince de Salerne, comte de Provence et mi de Sicile , et de Marie princesse de Hongrie. 11 fut confié par son père, pour son éducation, aux
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religieux frâDciscains, et eut pour maîtres dans les sciences humaines Richard de Midleton, docteur de l'université de Paris, Guillaume de Fulgaria, Pons de Carbonnel, etc. On lui donna pour gouverneur Guillaume de Monier gentilhomme provençal, et pour précepteur Jacques d'Euse ou d*Ossat. Louis fit des progrès rapides dans la science et la piété, et dès son bas âge il montra un indicible attrait pour les saintes austérités de la pénitence. Un événement inattendu vint le jeter dans les fers.
Pierre roi d'Aragon n'avait jamais renoncé à ses prétentions sur le royaume de Naples : c'est ce qui le porta à préparer une nombreuse flotte et à venir attaquer cette ville. Charles d'Anjou, aïeul de notre saint, se mit en état de défense. Le prince de Salerne son fils vint à son secours et livra le combat aux Aragonais ; mais la trahison du comte d'Acerra le livra à Roger Doria, chef des troupes ennemies, et il fut conduit prisonnier à Messine. Là, le prince de Salerne fut condamné, par les ordres de Constance, épouse du roi d'Aragon, à avoir la tête tranchée. Heureusement pour lui, que la sœur de cette princesse était retenue prisonnière à Naples, et qu'on préféra la liberté de la captive à la mort du royal captif. Le prince eut donc la vie sauve, et fut envoyé prisonnier en Aragon. Pendant qu'il était dans les fers, Charles P'' mourut, et lui laissa sa couronne. Pour adoucir les horreurs de sa prison, il demanda et obtint qu'on conduisit auprès de lui ses deux enfants Louis et Robert. Ces jeunes princes se rendirent donc a Barcelonne.
Touché des malheurs du nouveau roi de Sicile, le pape Nicolas IV traita auprès d'Alfonse roi d'Aragon, qui venait
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de succéder à son père, de la délivrance de Charles II ; on stipula des conditions, dont la principale garantie fut que les trois enfants du captif, Louis, Robert et Raymond- Bérenger, demeureraient en otage auprès d'Alfonse. Ces illustres prisonniers furent renfermés dans le fort Montcathan. Louis avait quatorze ans à cette époque, et sa captivité dura sept ans. H partageait son temps entre la prière et rétude, et devint pour ses frères et les seigneurs qui raccompagnaient un modèle d*ina1térable patience. Sa grande consolation était de converser sur les choses spirituelles avec deux religieux de saint François qui partageaient sa captivité. Elle n*était pas cependant si étroite qu*il ne pût, de temps à autre, sortir du fort et exercer dans les hôpitaux de Barcelonne son inépuisable charité. Servir les pauvres à genoux, laver les pieds aux lépreux, catéchiser les ignorants, c*étaient là les continuelles occupations de sa vie.
La providence, qui voulait le retirer du siècle, ménagea un accident qui pouvait avoir pour lui les suites les plus funestes, mais qui ne servit qu'à lui faire connaître la voie dans laquelle il devait marcher. Un jour qu'il prenait, avec ses frères, le divertissement de la chasse, le cheval quMl montait s'abattit et roula trois fois sur lui. On le crut mort ; mais instantanément il se releva, sans aucune blessure. Cet événement lui fit comprendre qu'il n'était pas bit pour la profession des armes. Des réflexions sérieuses sur la fragilité de la vie humaine achevèrent de le dégoûter de toutes les choses de la terre.
Les conditions qui avaient été imposées au roi de Sicile n'étaient pas d'une facile exécution ; aussi la guerre continua-t-elle entre ce prince et Alfonse. Ce dernier, pour se
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dédommager de quelques revers, fit transporter ses prisonniers du fort Montcathan au château de Sura. Là, une maladie cruelle occasionée par de fréquents vomissements de sang, mit les jours de Louis çn péril; il vint à une telle exrémité, qu'à Barcelonne on crut qu'il était mort. Ayant obtenu une guérison inespérée, il fit vœu d'embrasser la pauvreté évangélique dans Tordre de saint François d'Assise. Le jour de la Pentecôte 1295, il descendit dans la chapelle du château de Sura, et y renouvela ses engagements au pied des autels. Dans le dessein de se revêtir au plus tôt de l'habit religieux, il voulut prendre la fuite et se retirer en Allemagne ; mais son directeur ,Je P. Pons de Carbonnel, l'en détourna, en lui recommandant d'attendre les moments marqués par la providence. Tout en déférant aux ordres de son directeur, Louis ne laissa pas que d'écrire au souverain pontife pour lui demander la faveur de recevoir la tonsure. Le pape Célestin V lui répondit en ces termes : « A notre enfant bien-aimé Louis, fils de notre » cher enfant en Jésus-Christ Charles roi de Sicile. — > Comme vous souhaitez d'entrer dans l'état ecclésiastique » pour vous y consacrer au service du Seigneur, à votre » prière nous avons écrit depuis peu à notre cher fils le » F. François d'Apt, de l'ordre des mineurs, pour qu'il » permette de vous conférer la tonsure et tous les ordres » mineurs dans la prison où les ennemis de l'Eglise vous » tiennent en ôts^e. — Donné à Salmone, le 8 des ides
» d'octobre 1294, de notre pontificat l'an \. »
A cette bulle, le pape en joignit une autre peu de temps après : « La grandeur de votre naissance, disait le pontife , » la profondeur de votre doctrine, la pureté de vos mœurs.
> la réunion des autres vertus qui brillent en vous, sont » les véritables motifs qui nous ont déterminé à mettre » l'Eglise de Lyon sous votre conduite. > Cette nomination n*eut point de suite, à cause de Tabdication du souverain pontificat que fit Célestin V.
Enfin la guerre cessa entre Charles roi de Sicile et le roi d'Aragon ; un traité de paix fut conclu entre le premier et Jacques II, qui avait succédé à Alfonse son frère. Pour faire cette paii durable, il fut décidé que Blanche, deuxième fille de Charles, serait donnée en mariage à Jacques 11, et que les enfants du roi de Naples recouvreraient la liberté. Les noces furent célébrées avec une royale magnificence, le 1" novembre 1295. Louis et ses frères y assistèrent. Ce prince était alors dans sa vingt-tt-unième année; il était d'une taille élevée et d'un visage agréable : une douce majesté était répandue sur toute sa personne ; sa rare modestie attirait les regards de toute la cour. Jacques II en fut si épris, qu'il lui proposa sa sœur Yolande pour épouse. Louis résista a toutes les sollicitations des deux cours, et demeura inébranlable dans ses résolutions.
En revenant des noces de sa sœur, Louis s'arrêta a Montpellier pour demander l'habit de saint François au provincial des FF. mineurs. Celui-ci ne crut point devoir accéder à ses désirs avant qu'il n'eût obtenu le consentement du roi son père. De Montpellier, Louis se rendit à Saint-Maximin pour y vénérer des reliques que l'on disait être celles de sainte Marie-Madeleine. Il accompagna ensuite son père jusqu'à Florence, où la reine sa mère vint rejoindre son royal époux. Il refusa d'embrasser celte princesse : ce qui fait supposer qu'il avait déjà reçu à celte époque la ton-
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sure elles ordres mineurs. Notre jeune prince vint k Rome avec toute la cour. Boniface VIII témoigna la joie la. plus vive à le voir. On lui permit d'exercer le ministère de la prédication, et tous les habitants de Rome admirèrent son éloquence et les saintes ardeurs de son zèle.
Dans le dessein de couronner son sacriiice, il pria le pape de lui servir de médiateur auprès du roi son père pour qu'il eût enfin la liberté d*entrer dans les ordres sacrés ; en mên\e temps, par un acte solennel, il renonça à tous ses droits sur les états de son père et les transféra à son frère Robert. 11 reçut bientôt après l'ordre du sous-diaconat des mains du pape, qui le nomma son chapelain. Arrivé à Naples, Louis se retira au château de l'Œuf pour se préparer k recevoir le diaconat et le sacerdoce. Ces deux ordres lui furent conférés par l'archevêque de Naples, dans l'église de FF. mineurs conventuels, en décembre 1295.
Peu de jours après son élévation au sacerdoce. Boniface VIII le nomma à l'évêché de Toulouse. A cette nouvelle, le jeune prince se rendit à Rome pour conjurer le pape de renoncer à ses projets. Inutiles efforts, il fallut céder aux ordres du pontife suprême, mais à une seule condition : c'est que le nouvel évèque prendrait l'habit de saint François et ferait profession dans cet ordre. Cette condition étant acceptée, Louis se rendit au couvent'[d'i4ra- Cœli et y prit l'habit du saint ordre, entre les mains de Jean de Mur qui en était général, en présence du pape, du roi son père et de toute la cour romaine, la veille de Noël. Le 27 décembre, il fut préconisé évêque de Toulouse, et sacré par le pape le 30 du même mois, n'étant âgé que de vingt et un ans dix mois.
Le nouvel éla devait, selon Tusage, prononcer un discours dans la basilique des SS. Apôtres, en présence du pape et des cardinaux. Il sortit du couvent d'Ara-€œli, et traversa Rome nu-pieds, vêtu d'un habit grossier, et accompagné des cardinaux Matthieu d'Âqua-Sporta et de Jacques d'Ânagnie. Son discours à la basilique fut prononcé au milieu d'une foule immense; il prêcha avec beaucoup d'éloquence sur le néant des grandeurs humaiDes. Louis ne pensa plus désormais qu'à se rendre dans son diocèse, refusa pour son voyage un cortège digne de son rang et de sa qualité d'évêque, et ne voulut être accompagné que de quelques religieux de son ordre. Etant arrivé k Sienne, il alla loger chez les frères mineurs, et ladssa dans leur bibliothèque une bible qu'il avait enrichie luimême d'élégantes miniatures.  Florence, le clergé, la noblesse et le peuple vinrent au-devant de lui. Un somptueux appartement lui ayant été préparé au couvent de Sainte-Croix, il fit enlever tous les meubles et les riches tentures, et coucha à terre sur son manteau. Quand Louis eut été canonisé, on changea cette chambre en une magnifique chapelle, et sa statue en bronze fut placée sur la porte du couvent.
Quand le saint évêque entra en France, Draguignan et BrignoUes le reçurent tour à tour. Il opéra dans sa patrie un éclatant miracle par la guérison inespérée d'un habitant de BrignoUes appelé Pierre Scarasson. Dès qu'on eut appris à Toulouse qu'il s'approchait des murs de la ville, le peuple sortit en foule pour aller le recevoir; il entra dans la capitale de son diocèse au milieu des transports de l'allégresse publique. On. ne pouvait jamais se lasser d'ad-
mirer la douceur de son maintien, la distinction de ses manières, une si grande noblesse jointe à une aussi touchante simplicité. On raconte que, le jour même de son entrée, sa seule présence convertit un pécheur endurci qui avait vieilli depuis bien des années dans le crime.
La vie que ce saint évêque menait à Toulouse tenait du prodige ; il visitait avec le plus grand soin les hôpitaux et les prisons, répandant de toutes parts des consolations et des aumônes. Tous les jours il nourrissait vingt-cinq pauvres et lavait les pieds à deux d'entr*eux. Son palais présentait le tableau de la pauvreté religieuse ; il n'employait à sa table que de la vaisselle de bois. Ayant été obligé d'accompagner à Paris le roi son père, il alla descendre au couvent de son ordre, et vers la fin du carême de Tan 1297 il habilla à ses frais cent pauvres. Ce fut à Paris qu'il triompha des sollicitations que lui fit subir une princesse de la cour de France, et ce beau trait de sa vie a été chanté par les poètes. Apôtre infatigable, il parcourut, à la prière des évêques, la Catalogne et F Aragon, afin d'exhorter les peuples à la pénitence par ses éloquentes prédications ou respirait le zèle le plus ardent. Se trouvant à Barcelonne le 25 juillet 1297, il fit la consécration de l'église de Saint-Nicolas appartenant aux FF. mineurs ; à Montpellier, il se fit entendre dans plusieurs prédications, où il opéra les conversions les plus éclatantes et même plusieurs miracles sur un grand nombre d'infirmes. Il forma alors le projet de se démettre de son évêché ; mais cette résolution ne reçut pas son exécution a cause de la nomination du nouvel évêque de Pamiers : c'était Bernard de Saisseti, abbé de Saint- Antonin. Alors fut consommé le démembrement du diocèse de Tou-
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louse, et c'est à cette époque que se termine, dans notre plan, Thistoire de cette partie du Toulousain qui forma depuis un diocèse particulier. Ceux qui désireraient connaître la suite des faits relatifs à cette province, pourront consulter les divers auteurs qui en ont traité.
Toulouse ne devait pas jouir longtemps de son saint évêque. Louis, qui se sentait de jour en jour plus d*attrait pour la solitude, quitta son diocèse vers la fin de juillet 1297, célébra la fête do sainte Marthe à Tarascon, le 29, et prêcha son panégyrique dans Téglise qui lui est dédiée. Le 3 août il se trouvait a Brignolles. Ne s*étant pas rendu au couvent de son ordre parce que Charles II son père était alors en cette ville, le prince lui ordonna d'aller habiter le château où il faisait sa résidence. Le saint évêque obéit. Son état inspira bientôt de justes inquiétudes, son corps dépérissait tous les jours ; le 4 août, il fut atteint d'une fièvre violente. Un secret avertissement du ciel vint le prévenir qu'il touchait au terme de sa carrière. Une prière continuelle et la participation aux sacrés mystères lui servirent de préparation à la mort. Le 19 août, il rendit sa belle âme à Dieu, à l'âge de vingt-trois ans et demi. Les divers historiens qui ont écrit sa vie nous ont tracé son portrait : « Il avait le visage et le corps d'une beauté rare : les lis et les roses étaient semés sur sa face ; il avait les cheveux blonds et crêpés, les yeux gros et éclatants, le nez aquilin et un peu allongé, la bouche assez grande et toujours vermeille, l'aspect grave et doux, les membres bien proportionnés et forts, et toutes les perfections du corps étaient comme les rayons de son âme tout angélique. »
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Après Topération de rembaumemeot, sesjossements farent transportés à Marseille. Ainsi Favait-il ordonné dans le testament qn*il dressa le joar de sa mort, et dont nous rapportons ici les principales dispositions : « Il choisit sa sépulture dans Féglise des franciscains de Marseille ; il distribue ses diverses chapelles entre les couvents de Toulouse, Marseille et Aix ; il laisse ses Uvres,^ parmi lesquels il désigne trois bibles, la Somme de saint Thomas et les Fleurs des Saints à quelques amis ; ses anneaux et autres joyaux au roi et à la reine. Il veut que ses biens soient partagés entre les couvents des frères mineurs de Toulouse, de Marseille, d*Aix, de Sainte-Claire d* Assise et des frères prêcheurs de Saint-Maximin. Il donne ses livres d'heures canoniales au couvent de Draguignan, et à celui de BrignoUes un de ses ornements pontificaux. Il nomme ensuite ses exécuteurs testamentaires. > Cet acte porte la date du 19 août 1297.
Arnaud-Roger fils du comte de Comminges, le prévôt de Saint-Etienne, se trouvait a Rome à Tépoque de la mort du saint évêque de Toulouse. Il fut élu pour lui succéder. Bonilace VIII confirma son élection et le sacra lui-même le dimanche Lœtare (31 mars 1298). Arnaud de Comminges partit pour aller prendre possession de son évéché, mais il mourut en route, à Orviette. Son corps fut porté dans Fé^ glise des cordeUers de Samatan, qui fut détruite dans le seizième siècle. Boniface VIII, qui s'était réservé la nomination à Tarchevèché de Toulouse, désigna, pour succéder à Arnaud de Comminges, Pierre de La Chapelle Taillefer, qu'il transféra du siège de Carcassonne. Hispan de Saihis, qui avait succédé à Arnaud de Com^-
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minges dans la prévôté de Saint-Etienne, s'était emparé, h ce titre, de tous les meubles, livres, vases d'or et d'argent du dernier titulaire ; mais Pons Blanchart, syndic da chapitre , en appela au souverain pontife par des lettres qui portent la date du 21 octobre 1299. — Jacques, cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément, succéda dans le prieuré de la Daurade à Gailhard de Miramont. Il ne gouverna pas longtemps ce prieuré, puisqu'en 1298 nous trouvons que Raymond Bernard d'Apremont obtint des capitouls une déclaration authentique par laquelle il fut reconnu que le prieur et les religieux de la Daurade étaient propriétaires du fleuve de Garonne depuis Saint-Hilaire jusqu'au château de Saint-Michel. Bernard d'Apremont s'était emparé du prieuré en dehors de la juridiction de l'abbé de Moissac. Celui-ci, le regardant comme un intrus, le frappa d'excommunication, lui ordonna de rentrer dans l'abbaye de ce lieu, et Qt fulminer en même temps cette sentence hors des portes du monastère. Bernard refusa de l'accepter; mais il se vit cependant obligé de céder k l'orage, puisque nous trouvons qu'en 1500 il fut expulsé de la Daurade et eut pour successeur Emilien de la Chastenairaye, prieur majeur de Moissac.
La guerrre contre les Anglais continuait toujours en Gascogne. Le roi nomma alors le sénéchal de Toulouse, Guichard de Marziac, capitaine et gouverneur de Gascogne et de tout le duché d'Aquitaine. Ce sénéchal fut accusé par l'archidiacre d'Auch et le vidame d'Amiens, réformateurs de la sénéchaussée de Toulouse, d'avoir prévariqué dans sa charge, de concert avec Hugues et Dalmace ses frères- On le dépouilla de sa dignité, et le roi ordonna de se saisir
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de ses biens. Biaise Lupi, sénéchal d'Agenais, lai succéda dans la place de sénéchal. Quelques années plus tard, Guichard fut rétabli dans la possession de ses biens, k la prière du pape, qui s'intéressait à ce chevaUer.
Vers ce même temps, le roi accorda divers privilèges aux habitants de Toulouse. Il défendit a ses commissaires d'obliger les habitants de cette ville de vider leurs mains des biens qu'ils avaient acquis des nobles ; aboUt dans tout le pays toute servitude de corps ou de caselage, qu'il changea en un cens annuel de douze deniers tournois pour chaque sétérée de terre; accorda à tous les habitants une pleine liberté et ingénuité, et défendit d'exiger aucun fouage pour le temps passé.
Pierre de La Chapelle, évêque de Toulouse, envoya en 1299 des députés au concile de Beziers que l'archevêque de Narbonne avait convoqué pour régler quelques différends survenus entre ce prélat et Amalric vicomte de cette dernière ville. L'année suivante, il consentit à ce que Pierre évêque de Carcassonne fût sacré hors de la province. '
L'abbaye d'Eaunes était gouvernée, à la fin du treizième siècle, par Bernard de Magra, qui avait succédé à Adrémar de Pins ; celle de la Capelle avait pour abbé Sancius, qui la dirigea pendant quinze années. L'abbaye de Lezat et celle du Mas-d'Azil n'appartenant plus au diocèse actuel de Toulouse, leur histoire ne doit pas trouver place dans celle que nous écrivons. Du reste , les faits qui se rattachent à toutes les abbayes depuis le quatorzième siècle jusqu'au jour de leur destruction, présentent peu d'intérêt ; une nomenclature stérile des abbés qui les ont gouvernées, des actes d'échange, de fondation, de vente, d'acquisition
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de domaines, de présentation d*hommages, de redevances, tels sont a peu près les événements qni , pour ces abbayes, occupent la durée des siècles. Il suffira désormais de fixer répoque de la mort de chacun des abbés,, et d'indiquer sommairement les faits qui se rattachent à leur gouvernement.
Bertrand de Got, noble aquitain, fils du chevalier Beraud de Villaudran et d'Ide de Blanquefort, avait succédé à Bertrand de Miramont sur le siège de Gomminges. n était chanoine archidiacre de Bordeaux. En 1299, il fit au château d*Alan une transaction avec Auger de Foucaut abbé de Bonnefont, fonda quatre prébendes dans sa cathédrale, et accorda aux religieuses de Fabas plusieurs terres et dons pour les soulager dans leur misère. Cest dans ces actes qu'il désigne Bertrand de Miramont comme son prédécesseur immédiat : ce qui indique que Télection d'Arnaud de Mascaron, chanoine de Saint-Etienne de Toulouse, pour révêché de Gomminges, fut regardée comme non avenue. En 1300, Bertrand de Got fut transféré au siège de Bordeaux, et en 1305, parvenu au souverain pontificat, il prit le nom de Glément V.
Le treizième siècle, dont nous venons de retracer l'histoire relativement à notre Eglise et à notre cité, s'ouvrit sous le gouvernement de Raymond VI et par l'épiscopat de Raymond de Rabastens. On vit apparaître dès les premières années de ce siècle la grande et douce figure de saint Dominique, l'institution de son ordre, ses apostoliques travaux. La guerre contre les albigeois et les malheurs qu'elle attira sur la maison comtale de Toulouse, l'extinction de cette maison dans la personne de Jeanne fille de Ray-
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mond vu, sont évidemment les faits les plus saillants de ce siècle. Le tribunal de Tinquisition, malgré quelques rigueurs qu'on lui a reprochées, contribua puissamment à sauvegarder la foi des peuples, et à arrêter les progrès tou* jours menaçants d'une hérésie qui était anti-religieuse et anti-sociale. Le relâchement des mœurs et de la discipline dans le clergé fut heureusement arrêté par le célèbre concile de Latran, et rinstitution de plusieurs ordres religieux, tels que les frères prêcheurs et mineurs, les trinitaires, les carmes, les augustins, les merçaires...., fut le puissant auxiliaire de TEglise. L'excommunication devint une arme redoutable ; malheureusement, elle fut quelquefois employée par les prélats pour consenfer et augmenter les privilèges et les biens temporels de leurs Eglises ; aussi , les papes se virent-ils obligés de corriger ces abus.
Un usage contre lequel on ne saurait assez s'élever s'était introduit, a cette époque, dans les grandes familles : les pères disposaient de la destinée de leurs enfants, et ordonnaient à ceux qu'ils avaient désignés d'avance d'entrer dans l'état ecclésiastique ou religieux, moyennant une certaine somme donnée.
On a vu que la maison comtale de Toulouse était la plus considérable du pays de France, et contrebalançait l'autorité royale. Le traité de 1229, entre Saint-Louis et Raymond YII réunit à la couronne tous les domaines qu'elle possédait, domaines qui furent, plus tard, partagés en deux grandes sénéchaussées, celle de Beaucaire et celle de Carcassonne. Les sénéchaux avaient une grande autorité dans le pays ; ils étaient cependant soumis aux commissaires réformateurs que le roi envoyait de temps à autre dans
la province. Aux deux séoéchâussées déjà existantes , od ajouta celle de Rouergue et de Toulouse ou d'Albigeois. Ce fut de ces sénéchaussées réunies que fut formé le Languedoc, appelé auparavant Provence. Le royaume fut ainsi partagé en deux parties bien distinctes, la France proprement dite et la Provence ou Languedoc. Les peuples de cette partie du royaume parlaient, dans le treizième siècle, la langue provençale à peu près comme le peuple la parle encore aujourd'hui.
Les lois romaines furent constamment observées à Toulouse pendant ce siècle ; elles y étaient publiquement enseignées dans l'université de cette ville, dont nous avons tracé lorigine, quoique encore informe. Indépendantiment des lois romaines, chaque pays avait ses* usages, ses privilèges et ses coutumes. Les crimes et les délits y étaient diversement punis. La distinction des hommes libres et serfs , des nobles et bourgeois, ainsi que celle des manants et vilains, était à peu près la même qu'aux siècles pré* cédents. Il faut cependant observer qu'on distinguait alors deux sortes de serfs, les serfs de corps et les serfs de corps et de caselage. Les seigneurs avaient droit sur la personne des premiers, en quelque lieu qu'ils fussent ; les autres, outre la servitude personnelle, étaient tenus d'habiter dans les domaines du seigneur, de lui payer certaines redevances, et de cultiver ses domaines.
Les juifs devinrent assez puissants dans la province, au treizième siècle, par la tolérance et les concessions beaucoup trop grandes que leur firent les comtes de Toulouse et les autres seigneurs, sous le prétexte de favoriser le commerce dans leurs états ; ils les admirent même aux
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charges publiques, condescendance qui devint funeste.
Les comtes de Toulouse, jusqu'à la réunion de leurs domaines à la couronne, se maintinrent dans le droit de frapper monnaie. Le sol toulousain valait deux sols melgoriens. On croit que ces sols toulousains étaient les mêmes que ceux appelés raymmdins dans plusieurs chartes.
Les études furent beaucoup plus florissantes dans ce siècle que dans les temps antérieurs. La médecine fut enseignée avec éclat à Toulouse, ainsi que la théologie scolastique, le droit civil et canonique, les arts libéraux et la grammaire. L'histoire y était aussi en honneur, et Guillaume de Puylaufens, chapelain de Raymond VII, passe pour un assez bon chroniqueur. Nous ne pouvons en dire autant de Pierre de Vaux-Semay, le trop crédule historien de la croisade contre les albigeois et Fennemi déclaré de la maison comtale de Toulouse. La poésie provençale fut aussi cultivée avec gloire dans cette période séculaire, et nous avons parlé de plusieurs poètes qui composèrent diverses pièces de vers en provençal .
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