LIVRE XXVII
DEPUIS LA MORT DE RAYMOND VII, EN 1249, JUSQU A LA REUNION^ DU COMTÉ DE TOULOUSE A LA COURONNE, EN 1271.
A peine Raymond eut-il rendu le dernier soupir que Guillaume de Pian, sénéchal du roi a Carcassonne, partit pour la cour afin d'avertir de la mort de Raymond la reine Blanche et recevoir ses ordres. Alphonse et Jeanne étaient partis pour TOrient. La reine fit expédier aussitôt des lettres, datées du mois d'octobre 1249, qu'elle adressa à ses chers du chapitre, c'est-à-dire aux consuls ou capitouls de Toulouse.
« Blanche, par la grâce de Dieu reine des Français, à » ses chers du chapitre et les probes-hommes de la ville » et du faubourg de Toulouse, salut et dilection. — Nous » avons appris avec une extrême douleur la mort de notre » cher cousin le comte Raymond. Vous n'ignorez pas que » ses états sont tombés au pouvoir d'Alfonse, notre fils * bien-aimé, époux de Jeanne, sa noble fille. En consé- » quence, nous vous ordonnons d'obéir et prêter serment » à Gui, a Hervé de Chevreuse, et à Philippe, trésorier de » Saint- Hilaire de Poitiers et chancelier de notre fils, que » nous avons nommés commissaires pour prendre posses- » sion des états du comte. »
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pouvoir temporel des Eglises, qui exerçaient à cette époque une certaine juridiction sur une portion du territoire.
L'abbaye de Grand-Selve voyait s'élever en ce temps-là les murs de sa nouvelle église, pour laquelle Raymond VU avait donné une somme d'argent assez considérable. Nous ignorons l'époque précise où fut commencé cet édifice, qui était d'une grande étendue et dans le style ogival. Les travaux de construction furent poussés avec vigueur sous le gouvernement de Pierre Raymond et poursuivis encore très activement par son successeur Richard, dont nous trouvons le nom dans un accord qu'il passa avec Bernard et Montarin Gautier au sujet d'un fief nommé Àrgumhad.
En 1250, s'ouvre la série des abbesses de TOraison-Dieu. Raymond YII, avant sa mort, avait donné de grands biens à cette maison, qui avait alors à sa tête Marie de Benque, première abbesse. Elle reçut aussi des marques éclatantes de la munificence du coipte de Comminges.
L'abbaye de Feuillants était alors gouvernée par Théobald III, qui avait succédé à Arnaud Garsias ; et celle de Calers l'était par Raymond de Bajula, qui reçut de Morin abbé de Saint-Ântonin quelques maisons dans la ville de Pamiers. En ce même temps le monastère de Saint-Papoul perdait Raymond d'Atthinac son abbé, a qui on donnait pour successeur Guiraud II.
Alfonse et Jeanne, après avoir fait quelque séjour en Provence, se rendirent à Toulouse et y firent leur entrée solennelle le 23 mai 1251 . Le dimanche suivant, le comte fit assembler tous les habitants dans la maison de ville, et jura en leur présence de les maintenir dans l'usage de leurs libertés elde leurs franchises. Le 28 mai, il assembla vingt
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célèbres jurisconsultes pour leur soumettre le testament de Raymond VII et son codicille. Les docteurs crurent reconnaître dans le premier acte des causes de nullité, et déclarèrent que le codicille seul devait être exécuté, au moins pour les legs pies. Ces legs ne furent cependant acquittés qu'en partie ; il y eut des accommodements avec certaines abbayes, entr'autres, avec Fontevrault, Grahd-Selve et Belleperche.
Âlfonse et Jeanne ne firent pas un très long séjour à Toulouse. Le 30 mai 1251, Alphonse donna a Verdun-sur- Garonne une charte en faveur de Tabbaye de Grand-Selve ; puis il parcourut ses domaines pour recevoir le serment de ses vassaux et confirmer les anciennes coutumes. Le comte et la comtesse se retirèrent ensuite au château de Vincennes, et ne revinrent dans la province que sur la fin de leur vie. fis partagèrent leurs vastes domaines en quatre grandes sénéchaussées : la première fut celle de Toulouse ; la seconde, celle de TAgenais et du Querci ; la troisième, celle du Rouergue, et la quatrième celle de Provence.
Alfonse, avant son départ, avait refusé de rendre hommage à Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, qui se contenta de l'hommage offert seulement par son sénéchal. Cet évêque fut, à cette époque, choisi pour arbitre suprême dans le diiïérend qui existait entre l'archevêque de Narbonne et le vicomte de cette ville ; mais il ne put le conduire à bonne fin. Il reçut une bulle d'Innocent IV par laquelle le pape plaçait sous sa protection les religieux de saint Dominique et le tribunal de l'inquisition.
L'abbaye de Calers était alors gouvernée par Etienne III, qui avait succédé à Raymond Bajols, et qui fit, en 1251,
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une transaction avec labbé de Lézat. L'histoire n en désigne pas Tobjet.
Gilles, abbé de Bellepercbe, qui avait succédé k Laurent, passa dans la même année un traité avec Bernard d'Âstafort touchant les limites d'un lieu nommé Larazet.
Bérenger III gouvernait Tabbaye de Bolbonne. Les comtes de Foix en étaient regardés comme les fondateurs, puisqu'il obtint alors du chapitre général de son ordre l'autorisation de célébrer un service anniversaire pour le repos de l'âme de ces puissants seigneurs. Il mourut en 1251, et eut pour successeur Adhémar.
L'abbaye de Sorèze perdit aussi , vers ce même temps , Pierre de Pierrelate, son abbé. Il eut pour successeur Pierre de Goust.
Raymond d'Antissan, abbé de Bonnefont, mourut cette même année. Il avait reçu pour son monastère de grands biens des libéralités de Bernard de Comminges, qui confirma toutes les donations que ses prédécesseurs avaient faites à son abbaye. Il eut. pour successeur Raymond VII (Arnaud d'Osson). Un certain Guillaume lui disputa la possession de l'abbaye, mais sans succès. Sous le gouvernement de Raymond, le chevalier Adhémar de Punctis embrassa la vie monastique à Bonnefont.
Quoiqu'absent de ses états, le comte Alfonse ne s'occupait pas avec moins d'ardeur du bien de ses sujets. Il envoya pour commissaires à Toulouse, vers l'année 1232, Jean de Maisons, maître Gui Fulcodi , Pierre Bernardi, frère Jean de Castelnau et frère Philippe de l'ordre des frères mineurs, avec mission expresse de réformer tous les abus. Ce fut il l'occasion de ces commissaires que les évêques de Tou-
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louse, d*Agen , d'Albi et de Carpentras adressèrent des let* très trte (ressaotes aux frères prêcheurs pour les engager à exercer Tof&ce d'inquisiteurs dans leurs diocèses, après qu*ils auraient été désignés nominativement par Gui Fulcodi et Jean de Maisons. Ces lettres sont datées de Riom eu Auvergne.
Au retour de Riom , Raymond du Falgar se rendit à Grand-Selve pour y consacrer la nouvelle église. Il fut assisté dans cette cérémonie par Gailbard, évêque de Lectoure, et Nicolas de Couserans. Après cette consécration , il se rendit à Montajuban, et assista à une assemblée dans réglise de Saint-Jacques, où les commissaires d'Alfonse dressèrent divers statuts contre les hérétiques et les excommuniés.
Vers la fin de 1252, ce dernier prince fut atteint d'une attaque de paralysie. Se voyant dans un danger imminent, il fit vœu de revenir dans la Terre-Sainte et de reprendre la croix. Il ne put cependant exécuter de si tôt sa promesse. En attendant , il envoya plusieurs seigneurs de ses domaines en Palestine et fit lever plusieurs subsides pour cette expédition.
Il était toujours au château de Vincennes avec Jeanne , sa femme, lorsqu'au mois de mai 1253 il fit un accord avec Etienne, abbé de Clairvaux, touchant les sommes qu'il leur devait au nom de son père. 11 assigna aux religieux de cette abbaye cent quatre livres parisis de rente sur la prévôté de La Rochelle, pour l'entretien de vingt étudiants en théologie de cette maison dans le collège SAint-Bernard à Paris, et puis il se prépara à effectuer son voyage. Innocent IV, pour seconder son zèle, lui accorda : 1^ trois mille marcs
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d*argent sur les restitutions des usures et des biens mai acquis qui seraient faites dans le royaume de France, les comtés de Toulouse, Poitiers, Provence et Bretagne; 2Mes rachats que devaient payer ceux qui , s'étant croisés pour la Terre-Sainte, ne pourraient ensuite exécuter leurs vœux; 3« les legs faits en général pour la Terre-Sainte. Alfonse ne profita pas de ces concessions : plusieurs obstacles s'opposèrent à son départ.
Au mois de mai , Farchevêque de Narbonne et les évêques de Beziers, de Lodève et d'Agde, réunis à Beziers, écrivirent au comte Alfonse touchant un bruit qui s'était répandu — qu'il allait faire restituer au?: plus proches parents des hérétiques les biens qui avaient été confisqués sur ces derniers ; ils lui montraient les dangers auxquels l'exposerait une semblable démarche, et l'engageaient à abandonner ce projet. Nous lisons dans cette lettre que Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, avait déjà écrit au comte sur ce même sujet.
Au mois de juillet, il fit un bail nouveau au sujet de la monnaie qui devait être • battue à Toulouse ; ce bail fut passé entre le comte, Arnaud Bonaldi d'Albi et Bernard de Croisse. Vers la même époque, il envoya des députés à Tabbesse de Fontevrault pour réclamer les vases d'or et d'argent et les .autres joyaux que son père a'vait laissés a ce monastère. L'abbesse lui écrivit, par ces mêmes députés, qu'elle accédait à ces demandes moyennant une rente annuelle qu'il payerait à l'abbaye. Il fit avec Gilles, abbé de Belleperche, d'autres accords touchant certaines églises de sa dépendance, accords qui furent approuvés par Raymond du Falgar.
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Nous trouvons aussi plusieurs seigneurs du pays toulousain en qualité d'insignes bienfaiteurs de quelques monastères : ainsi, Adhémar de Villeneuve céda ses domaines à Tabbaye de Saint-Papoul et y embrassa la vie religieuse. Etienne III, abbé de Galers, reçut des marques de libéralité d'Ayral de Blancheroche et de Fabre de Birac. Deux fils de Bertrand de Tille entrèrent dans Tabbaye de Nizors, dont Jacques était abbé, et y apportèrent de grands biens.
Dans les premiers mois de Tan 1254, les commissaires d'Alfonse, Jean de Maisons, Gui Fulcodi , Pierre Bemardi , frère Jean de Castelnau, et frère Philippe de Tordre des frères mineurs, publièrent à Toulouse les règlements qu ils avaient dressés pour la réforme de quelques abus : l"" Les sénéchaux obligeront, par la saisie des biens ou par Temprisonnement k Tégard des pauvres, tous ceux qui, au mépris des censures ecclésiastiques, seront demeurés plus d'un an excommuniés, à rentrer dans le sein de TEglise , a moins qu'ils n'aient appelé de la sentence qui les excommunie ou qu'ils niaient été excommuniés pour les dîmes. 2° n est défendu aux juifs de construire de nouvelles synagogues et de sortir de leurs maisons le vendredi saint. Z"" Les sénéchaux ne donneront pas des bailliages à des clercs, et révoqueront ceux auxquels ils en ont donné afin de lesv empêcher de se dissiper. Ils ne mettront pas non plus dans ces charges ceux qui sont suspects d'hérésie. i"" Il est défendu aux sénéchaux, sur les plaintes des barons et des chevaliers du pays, de construire de nouvelles bastides sans Texprès consentement du comte. 5"" On réglera la juridiction des baillis, et il leur est ordonné de se tenir dans les bornes qui leur furent prescrites par ce prince
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lorsqu'il alla dans le pays. 6" Enfin on marque de quelle manière les officiers du comte doivent agir dans la confiscation des biens des hérétiques et pour la restitution des dots des femmes catholiques dont tes maris avaient été condamnés pour crime d'hérésfe.
Ces règlements étaient k peine publiés que les Anglais, qui, par les ordres d'Henri lil, avaient passé la mer pour punir les Gascons de leur révolte, s'approchèrent de Toulouse et commirent quelques excès dans les terre» du comte Alfonse. Celui-ci en porta plainte au roi, qui s'engagea, pour réparer ces dommages, à payer 7258 livres- de Bordeaux, qu Alfonse chargea Hugues d'Arcis, son sénéchai, de répartir entre ses sujets.
Alfonse, ayant à se plaindre des capitouls de Toulouse, envoya, en 1255, deux commissaires dans cette ville, — Guillaume de Rossand, chanoine de Paris, et Philippe d'Eaubonne, chevalier. Ceux-ci assemblèrent les capitoub dans la maison commune, et représentèrent de la part du comte que plusieurs coutumes introduites étaient contraires k l'équité. Les capitouls convoquèrent alors, le 5 juia, une assemblée générale des habitants, a laquelle assistèrent les évêques de Toulouse et de Couserans, les abbés de Saint- Sernin et de Sorèze, le prévôt de la cathédrale, les deux nouveaux inquisiteurs et plusieurs autres religieux, Skard d'Alamand et Pons d'Astoand. Il fut décidé dans cette assemblée qu'on continuerait d'observer les coutumes jusqu'à l'arrivée d' Alfonse ; on députa en même temps des fondés de pouvoirs au prince pour le supplier de maintenir ces coutumes.
Alfonse répondit qu'il désirait conserver ces privilèges.
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et ordonna a ses commissaires de lui envoyer les articles des anciens usages des Toulousains, promettant de régler toute cette affaire. Ces articles furent envoyés, mais sans résultat : car, le dimanche après la Saint-Nicolas 1255, il rendit une ordonnance au château de Vincennes dans laquelle il se plaignait des entreprises qu on avait faites contre son autorité et dressa des règlements contraires aux usages. Celte ordonnance fut notifiée aux consuls et habitants de Toulouse par Etienne de Bagnols, chanoine de Reims, Philippe d'Eaubonne et Pierre Bernardi. Il déclara aussi qu'il voulait rentrer dans le droit dont avait joui son prédécesseur de nommer les consuls de la ville. Ce droit pouvait être contesté, car il est certain que Raymond son père avait laissé aux habitants la liberté d'éhre leurs conseillers municipaux. Les commissaires, après avoir notifié cette ordonnance, firent plusieurs règlements concernant la justice de la cour du viguier, les avocats, les huissiers, et les no- . t^ires.
On trouve les noms des capitouls de cette époque dans les accords que passèrent entr'eux. Tannée précédente, Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, et Bertrand de Montaigut, prieur de la Daurade, au sujet de la permutation de quelques églises : c'étaient Guillaume de Septène, Bertrand de Palais, Guillaume de Rouaix, Raymond Baranhon, Guillaume Saurine, Bertrand Peytavit, Bérenger de Portel, Pons de Gaillac et Vital de Fumel. L'évéque et le prieur avaient choisi pour arbitres Guillaume Isarn, archiprêtre de Rieux, et Guillaume Rotberti, jurisconsulte. Bertrand de Montaigut confirma en même temps la cession des moulins du Bazacle, récemment construits. Il obtint aussi du pape
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Innocent IV plusieurs indulgences pour son église par une bulle donnée dans la ville d'Assise. — Bertrand de Montaigut gouverna encore pendant quelques années le prieuré de la Daurade, et eut pour successeur Bernard de Génies.
Nous avons observé que les deux nouveaux inquisiteurs se trouvèrent à l'assemblée générale des habitants de Toulouse : c'était Reginald de Carnot et Jean de Petra, l'un et l'autre dominicains. Les évêques de Rodez, de Toulouse, d'Albi et de Cahors, assemblés à Gaillac en Albigeois, leur adressèrent des lettres pour les autoriser à publier des indulgences dans leurs diocèses, a y exercer la sainte inquisition, et a y réconcilier les pécheurs à l'Eglise.
Ces inquisiteurs contribuèrent puissamment à la construction de la nouvelle et belle église de Saint-Elan de Lavaur, dont les fondements furent jetés en 1255, d'après l'acte ainsi conçu :
« Faisons savoir à tous que Raymond Calvet, Pierre de » Marlhac, Guillaume Peyroler, et plusieurs autres habi- » tants de Lavaur, ont promis à F. Reginald de Carnot et » F. Jean de Petra, inquisiteurs, qu'ils emploieraient tous « leurs soins à la construction d*une grande église qui pût » contenir tous les habitants de Lavaur, construction qui » doit être commencée dans l'espace de cinq ans. Les dits » inquisiteurs ont permis d'employer à la construction de » cette église tout l'argent qu'on pourra retenir de la com- » mutation des pénitences ou pèlerinages imposés (on ex- » cepte les pèlerinages qui doivent être faits à Saint-Etienne » et à Saint-Saturnin de Toulouse). Les inquisiteurs décla- » rent qu'ils ont ainsi réglé les choses à la prière d'Hugues » d'Arcis, sénéchal de Toulouse, d'Odars de Pouhs, viguier
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» de Toulouse, et avec le consentement de Tévêque de cette » ville et de plusieurs autres prélats. »
Cest ainsi que fut construite la grande et magnifique église de Saint-Elan ou Alain de Lavaur, sous le règne d^Alfonse et le pontificat de Raymond du Falgar, par les soins des nobles habitants mentionnés dans Tacte. Cet édifice religieux, un des plus beaux du Midi^ appartient à ' Tarchitecture gothique.
Raymond du Falgar confirma, à cette époque, Tabbaye du Mas-Gamier dans la possession de plusieurs églises dont les noms suivent : Verdun, Caniac ou Savenez, Aucanville, Maavers, Roiville, Seil, Osmont, Gouas, Margastaud, Brive- Castel, Bourret, Saint-Cassian, Signan, Montbequi, Saint-' Asert, Montbartier.
Nous trouvons, au même temps, Tévéque de Toulouse au concile qui fut tenu à Beziers le 8 des ides de mai, et dans lequel furent promulgués les statuts que Saint-Louis avait dressés pour la réforme des mœurs du clergé et du peuple dans la Gaule Narbonnaise. Raymond du Falgar perdit, cette même année, Raymond Escrivan, prévôt de Saint-Etienne, qui fut enseveli au chapitre avec une épitapbe. Il eut pour successeur dans la prévôté Bertrand de Tille- Jourdain, qui commença sa charge par Tachât de plusieurs terres en faveur de Téglise cathédrale.
L*année précédente, Pierre de Dalbs abbé de Lézat était mort dans ce monastère. Cet abbé, Tun des plus illustres qui aient gouverné cette maison, eut pour successeur, en 1255, Geraud de Villeneuve. On trouve le nom de ce dernier dans une sentence qu^Adémar de Burnos, moine de l^zat, et Bernard, prieur de Puyvert, rendirent en faveur'
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de Lézat contre le monastère de la Grâce-Dieu, au sujet de quelque hommage pour certaines terres. Geraud de Villeneuve fit aussi quelques transactions avec Etienne abbé de Galers. Ce dernier mourut en 1255, et eut pour successeur Raymond d*Ârsac, qui gouverna Galers pendant quatre années et reçut de grands biens pour son abbaye de la libéralité de Bernard de Chaurac.
L abbaye de Saint-Tbéodard était alors gouvernée par Pierre de Bermond, chapelain du pape Alexandre IV, qui lui accorda la permission d*user des ornements pontificaux dans la célébration des sacrés mystères.
Gilles de Belleperche reçut à cette époque, de Guillaume évêque d'Agen, plusieurs églises désignées dans la charte de cession; il mourut en 1255, et eut pour successeur Simon. C'était alors chose assez commune que la cession et permutation des églises entre les évêchés et les monastères ; ainsi, en la même année, Raymond du Falg^r échangea quelques églises avec Pierre de Goust, abbé de Sorèze, pendant que Fabbé de Nizors, Guillaume de Ar, recevait en qualité de frère Gailhard de Benque.
Alfonse comte de Toulouse désirait toujours partir pour la terre sainte. Afin de lui faciliter cette expédition, le pape Alexandre IV rendit en 1256 une ordonnance qui prescrivait à tous ceux qui avaient pris la croix dans les com.tés de Toulouse et de Provence, et qui n'avaient pu faire le voyage, de lui en payer le rachat. Avant son départ, Alfonse présenta au roi son frère un mémoire dans lequel il lui adressait plusieurs demandes, entf autres, celle de lui rendre les fiefs du comté de Foix ; de lui garantir la vicomte de Milhaud contre les prétentions du roi d'Aragon ;
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de lui céder rhommage du seigneur de Mirepoix ; et enfin de lui permettre de lever dans le comté de Toulouse et ses autres domaines les legs faits pour la Terre-Sainte.
Nous ignorons pour quels motifs Alfonse n'exécuta pas son projet de voyage d'outre-mer ; il demeura au château de Vincennes, où il donna plusieurs chartes en 1256. On trouve dans Tune d'elles que Bernard seigneur de Montesquieu était alors emmuré pour cause d'hérésie ; ses biens avaient été copflsqués et donnés, en échange contre la ville de Baziége, à Pierre de Montbrun par Etienne de Bagnols et Philippe d'Eaubonne. Il fit ensuite le bail de la monnaie de Toulouse pour trois ans sous certaines conditions, avec promesse de n'en pas faire fabriquer ailleurs dans cet espace de temps.
Alfonse reçut à cette époque l'hommage de Nicolas, évêque de Couserans, qui reconnut tenir en fief honoré de ce prince la ville de Couserans et quelques autres châteaux. A ce sujet, le comte de Toulouse écrivit à son sénéchal de prendre sous sa sauvegarde et protection spédale l'évêque et son chapitre. '
Cette môme année, mourut à Toulouse Pierre Cellani , ce noble toulousain qui avait donné à saint Dominique sa maison située près du château Narbonnais. Le saint fondateur l'avait envoyé à Paris, où il prêcha avec beaucoup de zèle et de succès, et de là à Limoges pour y fonder un couvent de son ordre qu'il gouverna avec une extrême sagesse. Après avoir rempli une longue et glorieuse carrière dans l'emploi d'inquisiteur de la foi et de prieur de son ordre, il mourut dans un âge très avancé, laissant après lui la réputation d'un homme éminent en sainteté.
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Peu de temps après sa mort, eut lieu le chapitre général des dominicalDs à Toulouse, dans lequel on dressa plusieurs statuts relatifs à la discipline intérieure de Tordre. n fut prescrit à ses membres de ne monter k cheval que lorsqu'une nécessité pressante Texigerait ; on recommanda aussi la plus grande simplicité dans la constructk)D des mona3tères.
Ce fut à celte époque que la mai^pn des seigneurs de riUe-Jourdain choisit sa sépulture à Grand-Selve. Nous trouvons, en effet, «n testament de Raymond Jourdain de Fille, fils d'Odon de Terride, par lequel il choisit l'église de ce monastère pour le lieu de sa sépulture ; lui laisse, à titre d'aumône, son cheval et son raussin avec son harnachement complet, son lit avec ses courtines et son ci^ ; ordoiine que l'on vende ses porcs, et que le prix en soit donné à un certain donzeau pour frais du voyage que ce dernier doit faire, a la place du testateur, a SaintrJacques en Galice. Il donne aussi à Garcie Garcias et à Bernard, ses frères, le domaine de Garrhac et sa chaussure de fer (caHgas ferreas) ; à Bertrand son fils, les maisons qu'il possède dans te faubourg Saint-Gyprien de Toulouse ; fait rentrer Helys, sa mère, dans la possession de ses anciens domaines ; cède à Odon de Terride son neveu, fils d'Àlpaïs sa sœur et de Bernard d'Astafort son époux, le château de Thil et le bourg de Brets, et nomme Richard abbé de Grand-Selve son exécuteur testamiontaire.
Maurin, abbé de Saint-Antooin de Pamiers, touchait au terme de sa carrière. En 1256, il fit quelques transactions avec Adémar abbé de Bolbonne, et reçut l'investiture du château et de la ville de Pamiers ainsi que de l'ile qui était
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au-delà de VAriége, par la cession que lui en fit Roger IV comte de Foix et Philippe sa femme. Maurin reçut le serment du comte et lui confia la garde de ces domaines ; il mourut peu de temps après, et eut pour successeur Guillaume IV.
A cette même époque le comte de Foix fut frappé d'interdit par Sanche Morlan, abbé de Saint-Volusien, qui avait à se plaindre, ainsi que ses chanoines, d'injustes vexations de la part de ce seigneur. Morlan avait succédé, dans cette abbaye, à Guillaume-Athon de Durban. Pendant que Roger IV vexait les chanoines de Saint- Volusien, il prétait sa protection a Geraud de Villeneuve abbé de Lezat, au sujet des fiefs de Lezat et de Sauveterre. Cet abbé eut aussi quelques démêlés avec Raymond du Falgar concernant la bénédiction abbatiale, dont Tévéque voulait se réserver le droit. Ce différend fut terminé par l'entremise de Farchevôque de Narbonne.
Alfonse donna de nouvelles preuves de son zèle contre les hérétiques dans une ordonnance qu'il fit dresser k Vincennes, au mois de mars 1257. Il y déclara que ceux qui seraient désormais élevés à la dignité de sénéchal, de consul ou de viguier dans son comté de Toulouse et les pays voisins, seraient obligés de prêter serment entre les mains des inquisiteurs de la foi, qu'ils poursuivraient les hérétiques et les feraient emprisonner.
Le serment que le sénéchal de Toulouse devait prêter aux inquisiteurs n'empêcha pas celui qui se trouvait alors en charge de se porter k de violentes extrémités contre l'abbé de Mas-Garnier et son monastère. L'abbé de Quse s'était rendu au Mas pour visiter cette maison, et y avait
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fait d'excellents règlements qui avaient été acceptés par Raymond de Septène. Toutefois, un affreux scandale y eut lieu. Un moine appelé Arnaud de Chartrouse, qui avait été convaincu de plusieurs crimes, ayant été chassé du monastère, eut recours à Vévêque de Toulouse, qui ordonna à Raymond de Septène abbé du Mas de le recevoir de nouveau dans ce couvent. Sur son refus, Raymond du Falgar invita Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse, à prêter main-forte à ce moine. Landreville arriva bientôt au Mas à la tête de gens armés, s*empara du monastère, en chassa Raymond, maltraita même les religieux, et livra le Mas au pillage. L*évèque poussa si loin la vengeance, qu'il destitua Raymond et nomma un autre abbé à sa place. La victime de ce brigandage, Raymond de Septène, mourut peu d'années après. Gehii qu'on avait nommé au gouvernement de l'abbaye s'appelait Vital d'Âspaon, lequel causa tant de dommages à cette abbaye qu'on se vit plus tard forcé de lui enlever sa charge.
Si, d'un côté, l'on voyait des seigneurs et des prélats porter atteinte aux droits sacrés des monastères, de l'autre des hommes riches et puissants leur donnaient de vastes domaines : ainsi, en 1257, Pons de Villemur dota de plusieurs terres l'abbaye de Lezat ; Pierre Bermond abbé de Saint-Théodard céda à Pierre de Gastillon et à quelques autres seigneurs le port du Perget, qui devait être situé sans doute sur le Tarn. C'est à cette époque que Guillaume Roberti abbé de Bolbonne confirma le pariage de la ville de Mazères, qui avait été établi par Roger IV comte de Foix.
L'année 1258 offrit aux habitants de Toulouse une so-
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lennité digne de leur piété. Depuis la translation du corps de saint Saturnin dans la basilique exupérienne, au v*' siècle, cette vénérable dépouille reposait dans une crypte immédiatement placée au-dessus de Tautel actuel du chœur, avec les saints évêques de Toulouse et d'autres reliques. Cette crypte existe encore, et occupe la partie basse de ce qu'on nomme vulgairement les caveaux des corps saints. On y descendait par deux degrés parallèles placés, non derrière, mais bien sur le devant des marches qui conduisalent au sanctuaire. L'autel n'a jamais existé sous la calotte que surmonte la tour du clocher. Ces degrés furent, en 1258, remplacés par les deux chapelles où reposent aujourd'hui la relique de la sainte Epine et celles de saint Jacques le Majeur. Cette crypte ancienne présentait, à droite et à gauche, quatre sacellum où reposaient les cercueils de pierre qui renfermaient les diverses reliques. Au niveau du sanctuaire et derrière l'autel, s'élevait le presbyterium qui, par des issues pratiquées entre les piliers quadrangulaires de l'abside, donnait entrée sur le déambulatoire autour duquel sont rangées les chapelles actuelles. — Il importe de. bien fixer ici la position des lieux et des choses. Le chœur des chanoines n'était pas, au treizième siècle, où il est aujourd'hui, mais bien derrière l'autel actuel et à la place qu'occupe de nos jours la crypte nou^ velle. Ce fut, en effet, devant le presbyterium ou le chœur des chanoines que fut trouvé le corps de saint Saturnin, dans la crypte ancienne sous l'autel : Inventum fuit corpus sancti Saturnini in capite ejusdem eccle^œ, ante chorum canonicorum. C'est ce passage mal interprété qui a fait supposer gratuitement qu'il existait un souterrain au des-
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SOUS du clocher. Ce clocher existait évidemmeût avant Télévatioo des reliques de saint Saturnin» puisque nous possédons un poids de la ville de "Toulouse appelé quarteron qui porte la date précise de Fan 1238, et qui présente la forme exacte du clocher tel qu*il est aujourdliui. Noos pensons que les quatre énormes piliers qui supportent cette belle tour et les grands arcs qui les couronnent, appartiennent a répoque de la reconstruction entière de Fédi&ce par Pierre Roger et Saint-Raymond, au onzième siècle; et nous croyons que Bernard de Gentiac, qui commença à gouverner Tabbaye en 1332, fit construire la superbe tour avant de procéder à Télévation du corps de saint Saturnin.
Bernard de Gentiac fit exécuter de grands travaux dans rintérieur de la basilique, en vue de cette élévation soleunelle. Le presbyterium fut d'abord transporté en avant de la coupole ; à sa place, et à la suite de la crypte ancienne, il fit jeter une voûte assez élevée dans le style gothique, qui était depuis longtemps connue — prœparatâ crypta cum testudine ; — il fit abattre le mur qui séparait Tancienne crypte d'une partie du presbyterium : en sorte que Ton put, comme on le voit aujourd'hui, descendre de la crypte nouvelle à celle qui existait déjà. Il fit percer le mur d'enceinte de la nouvelle par de grandes ouvertures destinées à la libre circulation du jour et de la lumi^, et fit enfin pratiquer deux entrées principales qui partaient du déambulatoire de Fabside.
Quand ces travaux furent exécutés, il invita Raymond du Falgar évêque de Toulouse et tout le clergé séculier et régulier de la ville a se rendre à Saint-Saturnin au jour
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indiqué (le 6 septembre 1258), pour procéder k Télévation du cercueil de pierre qui renfermait le corps du saint martyr. A cette cérémonie se trouvèrent donc réunis Raymond du Falgar, évêque de Toulouse; Bernard de Gentiac, abbé de Saint-Saturnin ; Bertrand de Tllle-Jourdain, prévôt de Saint-Etienne ; Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse; le viguier, les consuls ou capitouls, Fr. Pons de Saint-Gilles, prieur des dominicains, et un peuple immense. Cette cérémonie commença par une procession solennelle dans laquelle furent portées les reliques de Saint-Saturnin, qu*on avait sans doute extraites momentanément du cercueil de pierre. Le dais ou baldaquin sous lequel ces reliques étaient placées fut porté par deux chanoines de la basilique et deux religieux de^^int Dominique. Après la procession et la messe pontificale, les reliques furent montrées au peuple et renfermées dans leur ancien tombeau, qui fut élevé sur la plate-forme au-dessus de la nouvelle crypte. On lit dans d*anciennes chroniques que Raymond du Falgar avait ordonné trois jours de jeûne pour que Je ciel indiquât le lieu où reposait en terre le corps du saint martyr. €e ne fut point là le motif de la pénitence imposée, car on n*ignorait pas où était le tombeau de saint Saturnin, puisque, près de deux cents ans auparavant (1085), Izarn s'était réservé la clef de ce tombeau.
Fr. Pons de Gilles, prieur des dominicains, dont nous venons de parler, était un homme puissant en œuvres et en paroles ; il fut inquisiteur à Toulouse, et mourut quelques années après à Brives. Sa sainteté fut attestée par des prodiges. L'ordre de saint Dominique reçut à cette époque une marque éclatante de la libéralité de Jourdain de Saissac,
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de la famille des comtes de Qermonl-Lodëve, qui donna au monastère de Prouille Timmense forêt de Ramundens, Alfonse comte de Toulouse confirma cette donation et céda aussi une partie de cette forêt.
Au milieu des splendides cérémonies qui avaient lieu a Toulouse pour Félévation du corps de son premier apôtre, le roi de France et celui d'Aragon terminèrent les longs différends qu'eurent ces deux cours au sujet de la possession réciproque de quelques provinces. Par cet accord, Jacques d'Aragon céda les droits qu'il prétendait avoir sur Toulouse et son comté au roi de France. Quoique ces droits aient été regardés conmie entièrement chimériques par quelques historiens, néanmoins cet accord termina les luttes incessantes que faisaient naître les prétentions royales sur certains domaines.
Nous avons vu plus haut que Guillaume Roberti, abbé de Bolbonne, avait ratifié le pariage de la ville de Mazères établi par Roger IV comte de Foix. Cet abbé échangea, en 1258, les dîmes de ce lieu avec celles des églises de Saint- Jean de Graon et de Saint-Michel de Montant, et termina. Tannée suivante, un différend qu'il avait avec Bertrand abbé de Saînt-Papoul.
Le monastère des dames de Prouille reçut, cette même année, la visite de Humbert de Romanis, maître général des dominicains, qui y dressa plusieurs statuts touchant la discipline monastique et la gestion des biens du prieuré. Gatherine de Sales était alors prieure de Prouille ; elle avait succédé à Glande Riche. Gatherine gouverna cette maison jusqu'à la fin du treizième siècle, et parvint à une extrême vieillesse.
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Au commencement de Tannée 1259, Févèque de Cahors et les consuls de cette ville, ayant eu un procès assez important au sujet de la peine à infliger à un homicide, Raymond du Falgar parvint à terminer ce différend. Dans le même temps Bertrand de Fille- Jourdain, prévôt de Saint- Etienne, se rendit à Paris pour tâcher de concilier plusieurs membres de sa famille au sujet de Théritage de Raymond Jourdain, leur aïeul. — Richard abbé de Grand-Selve qui, Tannée précédente, avait fait quelques transactions avec Barthélemi abbé de Gimont, mourut à cette époque, et eut pour successeur Pons, troisième du nom. Celui-ci n'est connu dans nos annales que par un accord qu'il passa, le 17 avril 1259, avec Simon abbé de belleperche.
Les religieux de saint Dominique perdirent à Toulouse, en Tannée 1260, Tun des membres les plus distingués de leur ordre, — Bernard de Traverse. Il avait pris Thabit religieux au couvent de Saint-Rome, et prêcha avec un éclatant succès dans toute la provinco de Toulouse. Ayant été envoyé en Catalogne, il y fut lâchement assassiné par les juifs. Son corps fut placé dans la cathédrale d'Urgel, sous un superbe mausolée. L'on dit que sa sainteté fut attestée par plusieurs miracles.
Il y avait près de trente ans que Foulques avait jeté les fondements de la nouvelle église des dominicains à Toulouse. Cet édifice avait été continué jusqu'en 1260 sans interruption, lorsque Tabbé de Moissac et le recteur de la Daurade élevèrent des prétentions sur la propriété de certaines maisons qu'on avait été obligé de démolir pour achever Téglise. Les dominicains eurent recours au pape Alexandre IV, qui, par un bref en date de cette année,
s'efforça d'arrêter ce procès. Raymond du Falgar profila de celte occasion pour approuver la fondation et la construction de la nouvelle église, et donna 4000 sols toulousains à cet effet. Il institua en même temps une redevaDce annuelle d'étoffe pour habiller vingt religieux. Les libéralités de l'évêque de Toulouse envers Tordre de saint Dominique sont consignées dans un mandement qu*il adressa aux fldèlfê de son Eglise. C'est là qu'il raconte l'histoire de la fondation du nouveau temple par Foulques, ainsi que la bénédiction du cimetière ; c'est là encore qu'il comble d*éloges cet ordre apostolique, et qu'il emploie pour l'élever les plus belles comparaisons bibliques. — Il approuva en même temps la cession que Pierre de Bermond, abbé dé Sainl- Théodard, fit a Albert abbé de la Case-Dieu du prieuré de Villamur, Nous ignorons s'il est ici question de Villemur sur le Tarn ou de Vielmur en Albigeois.
L'Eglise de Comminges était toujours gouvernée par Amaud-Roger, qui reçût, peu de temps avant sa mort, des marques éclatantes de la libéralité de Geraud d'Orbessan. Ce seigneur légua tous ses biens à l'église de Comminges ainsi que les églises de Saint-Julien et de Saint-Paul de Bouillac. Arnaud-Roger fonda aussi quelques prébendes du bas chœur au chapitre de Saint-Gaudens. Nous apprenons, d'un testament qu'il fit à Toccasion d*un voyage entrepris vers Montpellier, quel était son équipage : il était composé de quatre mulets et de deux palefrois; il dépensait par jour 25 sols tournois. Il laissa un mulet au sacristain de Maguelonne, 60 sols à son médecin, et 2000 sols au chapitre général de Citeaux pour qu'on fît un service pour le repos de son âme. Dans son testament, il nomme toutes
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les abbayes de la provîDce qui deviennent ses légataires, et en particulier celle de Bonnefont, dont il avait été religieux et dans laquelle il fait une fondation pour le repos de son âme. L'on croit qu'Âmaud-Rdger donna, en 1260, la démission de son siège, et qu^il mourut peu de temps après. Il eut pour successeur Geraud d^Audiran.
Le chapitre de Saint-Etienne de Toulouse comptait alors au nombre de ses chanoines Bertrand de Miramont, abbé de Sainte-Marie de Lombez, lequel fut choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre Tévèque, le prévôt et le chapitre de Toulouse d*une part, et Pons abbé de Grand- Selve et ses religieux d*autre part, au sujet des dîmes à percevoir sur les domaines et les églises dépendant de cette abbaye au diocèse de Toulouse.
A peine Raymond du Falgar eut-il dirimé ce procès, qu'il ratifia la donation que, Foulques avait faite de Téglise de Sainte-Marie de Fanjeaux en faveur du monastère de Prouille. Il confirma aussi , à la même époque, la cession que Guillaume de Spam fit de sa personne et de celle de ses chevaUers à Tordre de Citeaux en s'affiliant à Tabbaye de Feuillants. Il règne quelque obscurité sur Torigine de ces chevaliers : le nom du fondateur varie dans nos chroniques ; c*est tantôt Guillaume de Spata, et tantôt Guillaume ou Raymond de Marra. Il paraît que ce seigneur avait institué en Gascogne, peu de temps auparavant , un ordre religieux et militaire à Finstar de celui de Malte ; que cet ordre renfermait des frères et des sœurs ; qu'il s'était un peu relâché de sa ferveur primitive ; et que le fondateur, en Taffiliant à Tabbaye de Feuillants, voulut lui imposer des règles plus sévères.
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Uordre des chevaliers du Temple à Toulouse était alors gouverné par Ronsolin de Fos, avec lequel Bertrand de ITUe- Jourdain, prévôt de Saint-Etienne, passa un accord en 1261 touchant les dîmes des biens des Templiers dans la province.
Guillaume, abbé de Saint- Antonin, reçut le serment de Roger IV comte de Foix au sujet du château et de la ville de Pamiers. Ce seigneur Tavait déjà prêté une première fois à Maurin, prédécesseur de Guillaume. Roger, de temps à autre, faisait main-basse sur les revenus des abbayes de ses états, puisqu'on 1261 nous trouvons qu'Arnaud abbé de Saint-Volusien et ce prince choisirent pour arbitre l'archevêque de Narbonne au sujet des usurpations du comte.
Guillaume de St-Esperce gouvernait Fabbaye de Calers, et reçut au nombre des bienfaiteurs de sa maison Guillaume de Napres, qui lui laissa tous ses vastes domaines.
Nous avons vu que Geraud d'Audiran occupait le siège de Gomminges. Bernard d'Orbessan, du consentement de sa femme, vendit a Tévêque, en 1261, le lieu où fut construite à Saint-Frajou la maison épiscopale: il lui céda aussi tous ses autres domaines situés entre la Save et le Touge.
Du château de Vincennes, le comte Alfonse et la corntesse Jeanne se rendirent à Nogent-FErembert ; ils y reçurent Gui de Séverac, l'un de leurs vassaux du Ronei^e, qui venait porter plainte contre les vexations dont on accusait Vivien, évêque de Rodez. De Nogent, ils allèrent à Long-Pont , et y fixèrent pendant quelque temps leur résidence. On venait de trouver à Orzals en Rouergue une mine d'argent dont Alfonse, d'un côté, et Hughes comte de Rodez et les seigneurs du pays, de l'autre, se disputaient là
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propriété. Au commencement de Tannée 1262, ce différend fut plaidé devant Raoul de Gonesse, trésorier de Saint- Hilaire de Poitiers et vice-gérant d'Âlfonse. Raoul consulta Raymond du Falgar, Sicard d'Alaman, Pons d'Âstoand, Odon de Moutonier, clerc du comte, et sur leur avis refusa d'entériner une requête que Hugues lui présenta. Il remit à terminer cette affaire devant les commissaires d'Âlfonse, au prochain parlement. Le comte de Rodez en appela de cette décision au comte de Toulouse. — Nous suivrons plus tard cette affaire.
Quelques dévots habitants de cette ville, guidés par le sentiment d'une vive piété, se réunirent pour former entr'eux une espèce de société ou frérie, se tracèrent des règles, et prirent un costume particulier sous le nom de frères de la pénitence. C'est là , à ce que nous croyons, l'origine de ces sociétés de pénitents qui se répandirent en France aux xvn* et xvin' siècles, et qui existent encore de nos jours. Les frères de la pénitence demandèrent à Raymond du Falgar la permission de construire une église à leur usage. Cette permission leur fut accordée, et ils bâtirent cette église hors les murs de la ville, du côté de la basilique de Saint-Saturnin. Cette frérie fut dissoute trois ans après son établissement.
Pons, troisième du nom, abbé de Grand-Selve, mourut en 1262 dans son monastère. Il eut pour successeur Bernard de Bac. Â peine celui-ci avait-il pris les rênes de son gouvernement, qu'il eut à soutenir plusieurs procès ; l'un, contre Yves abbé de Cluny, sur la possession de quelques églises ; l'autre, contre Hélie Aucher, prieur de la Règle.
S24 , TEMPS intbrmiSduirbs.
Guillaume de Pins, prieur du Mas-d'Agenais, fut choisi pour arbitre de ce dernier différend.
A cette époque, Fabbaye de Sorëze perdit aussi Pierre de Goust, son abbé, qui fut appelé au gouvernement de celle de Lagrasse, et eut pour successeur à Sorèze Bernard de St-Geniës, sur lequel nos annales ne produisent aucun fait.
L^année 1263 vit mourir Raymond-Roger IV. Se sentant près de sa fin, il se fit transporter à Bolbonne, et le jour de saint Mathias il y rendit son âme à Dieu, dans Tappartement de Guillaume Roberti , abbé du monastère, en présence de tous les religieux, des abbés de Bardonne, de Calers, du Mas-d'Azil et de Lezat. Après avoir fait une confession générale de sa vie, il fit son testament et voulut qu'après sa mort on le revêtit de Thabit de Giteaux. Ses funérailles furent célébrées avec une grande magnificence. L*arcbevêque d*Auch, Amanieu d*Armagnac, qui avait été chanoine de Toulouse, Raymond du Falgar, Geraud d'Audiran évêque de Gomminges, y assistèrent. Ce dernier mourut peu de temps après à Condom et fut inhumé dans Téglise de Sainte-Catherine.
A son retour de Bolbonne, Raymond du Falgar donna une espèce de constitution dans laquelle se trouvait rapportée une bulle qu'Innocent IV lui avait depuis longtemps adressée, et dans laquelle le pape lui ordonnait de ne pas souffrir qu'on inquiétât les inquisiteurs dans l'exercice de leur charge. Les expressions dont se sert le pape pourraient peut-être jeter quelque jour sur les accusations dirigées contre l'évêque de Toulouse, accusations dont nous parlerons bientôt. Ce prélat donna, à cette époque, aux frères et sœurs de Prouille, l'église de S*-Sâturnin de l'IUe.
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Le siège apostolique se montrait toujours plein' de bienveillance pour Tordre de saint Dominique, puisqu'en Fannée 1265 Urbain IV, par une bulle qu'il adresse au prieur et aux religieux de cet ordre à Toulouse, s'efforce, contrai* rement aux prétentions de Tabbé de Moissac et du prieur de la Daurade, de les maintenir ' dans la possession des terres où se trouvaient bâtis et leur couvent et leur église. Urbain IV rendit aussi une autre bulle en faveur des religieux de Caters, dans laquelle il frappait d'excommunication tous ceux qui oseraient troubler les moines de cette maison dans la perception de leurs fruits et dans la possession de leurs biens. Cette bulle fut adressée à l'archevêque de Narbonne et à ses suffragants.
Bernard de Gentiac, abbé de Saint-Saturnin, touchait au terme de sa carrière. Peu de temps avant sa mort, il avait cédé en fief à noble Bertrand de Marestan la moitié du bourg et du château de Luberville. Il fut enseveli sous l'autel de la chapelle de Notre-Dame-de-Salut, située dans le cloître de Saint-Saturnin, et eut pour successeur Arnaud de Vîllemur.
Bernard de Génies, prieur de la Daurade, fit don à l'hospice Saint-Jacques d'une vaste prairie située à l'extrémité du pont. Ce fut sur cet emplacement que l'on construisit divers bâtiments destinés à recevoir les pauvres malades. Cet hospice prit dès-lors de rapides accroissements et devint le plus important de toute la ville. En mémoire de ce bienfait , les religieux de la Daurade devaient célébrer, tous les ans, la fête de saint Jacques dans cet hospice. Leur présence dans celle solennité était aussi regardée comme un acte de leur haute juridiction.
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Pierre de Bermond gouvernait encore Tabbaye de Saint- Théodard, et nous le rencontrons, en 1263, en qualité de Xémoin lors du serment que Bertrand de Riom abbé de Gaillac prêta entre les mains de Bernard de Combret, évèque d'Albi.
L'abbaye de Belleperche avait à sa tête Guillaume de Jaufre, noble seigneur du Périgord, qui obtint d'Arnaud- Odon vicomte de Lomagne la faculté de construire des bourgs et villages sur les terres que Tabbaye avait acquises dans les territoires de Lomagne, d'Âgen et de Toulouse. Ce fut sous son gouvernement que se termina la nouvelle église du monastère, qui fut solennellement consacrée: A cette occasion, le pape Clément IV accorda de grandes indulgences à ceux qui assisteraient à cette cérémonie ou qui visiteraient cette église.
L'affaire des mines d'Orzals, dont nous avons déjà parlé, fut reprise en 1264. Odon de Moutonier se rendit, à cet effet , à Toulouse, et y réunit une espèce dQ parlefuetit dans lequel se trouvaient Sicard d'Alaman,Pons d'Astoand, Pierre vicomte de Lautrec, les sénéchaux de Toulouse et du Rouergue, le viguier de Toulouse, et plusieurs jurisconsultes. Odon de Moutonier se borna à déclarer que le trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers'avait simplement admis la requête du comte de Rodez. Cette affaire fut terminée. Tannée suivante, par une transaction passée entre le comte de Toulouse et celui de Rodez et par laquelle le tiers de la mine d'Orzals devait appartenir k Alfonse. On a cru voir dans cette assemblée l'origine du parlement de Languedoc ; mais nous ne pensons pas que ce qu'on a depuis appelé parlement puisse être fixé à cette époque.
TEMPS INTERMÉDIAIRES. iîl
Alfonse voulait toujours partir pour la Terre-Sainte : aussi demanda- t-il au pape Urbain lY la confirmation des grâces qu'Innocent IV lui avait déjà accordées. Urbain lui écrivit pour le prier de changer son vœu, et au lieu d'exécuter son voyage d'outre-mer, de venir en Italie lui prêter le secours de ses armes contre Mainfroi, roi de*Sicile. Mais le comte persista dans son premier projet.
Geraud d'Armagnac, son vassal, s'étant révolté contre lui, il ordonna aussitôt a Pierre de Landreville, sénéchal de Toulouse, d'assembler la noblesse et de déclarer la guerre à ce seigneur. Le sénéchal entra bientôt sur les terres de Geraud, les ravagea, fit un grand nombre de prisonniers, et le força à demander la paix et à lui donner des otages. A cette nouvelle, Alfonse qui ne voulait pas pousser les choses à l'extrême envers son vassal, manda à Landreville de prendre toutes les assurances nécessaires auprès de Geraud et de Pincelle sa mère,. et, sur leur promesse d'ester à droit devant sa cour, de lui rendre les otages et les domaines saisis. Le sénéchal exécuta ces ordres. Geraud fut condamné à payer à Alfonse quinze cents livres tournois pour les frais de guerre. Ce seigneur se rendit à Toulouse auprès du sénéchal, et par des accords ultérieurs devint quitte à l'égard d' Alfonse pour quatre cent cinquante livres de Morlas.
Une effroyable tempête s'était depuis quelque temps formée sur la tête de Raymond du Falgar, évêque de Toulouse. On vit arriver successivement en cette ville Maurin archevêque de Narbonne, Bérenger de Frédol évêque de Maguelonne, et le prieur de Nérac, de l'ordre de saint Benoît; ils se présentaient en qualité de commissaires d'Ur-
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TEMPS INTEEMÊOUIRES.
baiD IV pour procéder à des informations juridiques sur la conduite de Raymond du Falgar. Leur premier soin, en arrivant à Toulouse, fut d'instruire Alfonse de Tobjet de leur mission dans ses états. L'archevêque de Narbonne le fit en ces termes :
« Au plus sérénissime et au plus débonnaire des princes Alfonse comte de Poitiers et de Toulouse, Maurin archevêque de Narbonne : salut et accroissement de grâce et d'honneur.
» Le pontife suprême qui exerce dans l'Eglise de Dieu un souverain pouvoir a entenâu arriver jusqu'à lui les cris de l'infamie : il a appris que Raymond évêque de Toulouse, au mépris de la dignité pontificale, avait autrefois mené et menait encore une vie horriblement dissolue (enormiter dissolutam). Il nous a donné la commission ainsi qu'à nos collègues de faire une exacte inquisition contre cet évêque, ordonnant que ce prélat, les préposés et les baillis fournissent à nous et à nos serviteurs tout ce qui serait nécessaire à notre entretien pendant la durée de l'enquête. Sur le refus qu'il ont fait d'obtempérer à ses ordfes, nous les avons excommuniés. Ils ont méprisé notre sentence ; c'est ce qui nous a déterminé d'écrire au pape pour le supplier de vouloir presser l'exécution de son ordonnance. Le pape nous a répondu que, dans le désir qu'il avait de voir consommer cette affaire, il allait écrire à votre Sérénité pour que vous ordonniez au sénéchal, au tiguier et aux baillis, de nous fournir, sur les biebs de l'évêché, les fonds nécessaires à notre entretien pendant la durée de l'enquête. Nous possédons encore des lettres pontificales directe-
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» ment adressées aux capitouls et autres ofQciers de vos » états aux mêmes fins. Nous ne doutons pas, sérénissime » prince, que vous n'accédiez à toutes les demandes. Vos > ancêtres ont toujours été très dévoués au siège aposto- » lique, €t le pape est assuré que vous marcherez sur leurs » traces. »
Ces lettres furent adressées au comte par Maurin, vers le mois d'avril 1264. 'Nous apprenons par elles que l'accusation dirigée contre l'évêque de Toulouse était extrêmement grave et intentée principalement contre ses mœurs ; que les commissaires avaient à cette époque conimencé leurs informations, et que les capitouls, les baillis et autres officiers s'étaient rangés du côté de l'évêque.
Au mois d'avril l'archevêque de Narbonne écrivit de nouveau au comte pour se plaindre des excès dont s'étaient rendus coupables les partisans de l'évêque contre les commissaires. Cette seconde lettre nous apprend que ces commissaires étaient logés dans le cloître de Saint-Etienne : ce qui nous montre qu'au treizième siècle il existait des appartements destinés aux chanoines de ia cathédrale et qui dépendaient de l'église. Beraud d'Ânduze, à la tête d'une troupe de soldats armés, vint un jour attaquer les commissaires jusque dans leur logis, en faisant entendre ces cris terribles : A mort! à mort/ à mort! Qu'aucun n échappe! Beraud d'Anduze et sa troupe furent repoussés par les gens de l'archevêque. L'écuyer de ce prélat conduisant un jour a l'abreuvoir son cheval, les mutins voulurent s'en emparer. L'écuyer fit résistance ; mais il fut frappé si violemment k la tête qu'il expira peu de jours après. La terreur que d'Anduze et ses soldats inspirèrent aux commis-
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saires fat si grande, que leurs gens n*osèrent pas même sortir pour acheter les aliments sur les marchés publics.
Maurin se plaignait encore dans cette lettre de la conduite des officiers du comte, et lui demandait une éclatante réparation pour la mort de son écuyer et les excès commis contre sa personne.
Urbain IV écrivit, de son côté, au comte Alfonse deux lettres consécutives. Dans la première, on trouve ce passage mémorable qui montre l'étonnante gravité des accusations dirigées contre Raymond du Falgar : « La fumée » des crimes et des forfaits s'échappant de la fange dans » laquelle s'est vautré Tévêque de Toulouse, au péril de » son âme et au scandale de son peuple, par une vie vo- » luptueuse, est montée jusqu'à nous. » Le pape nous apprend ici que Raymond avait été cité à comparaître devant les commissaires, qu'il s'y était refusé, et qu'il avait quitté Toulouse malgré leur défense. Le reste de la lettre a trait aux frais d'entretien sur les biens de l'évêché.
La seconde lettre du pape à Alfonse nous apprend que, dans l'absence de Tévêque, les gens des commissaires pontificaux s'étaient fait raison à eux-mêmes en pillant et dévastant les biens de l'Eglise de Toulouse. Il parait que le parti des commissaires s'était grossi d'une foule de brigands et de gens sans aveu qui, àous le spécieux prétexte d'aider les inquisiteurs, dévastaient les maisons et les fermes des clercs de l'Eglise et des laïques partisans de l'évêque. Ces excès allèrent si loin, que le pape se vît forcé de prendre la défense de ces biens. Le but de la seconde lettre n'est autre que d'engager Alphonse à réprimer et à punir ces brigandages.
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Tout-à-coup celle affaire prit une face nouvelle. Alfonse écriTit au sénéchal de Landreville la leltre suivante : « Le pape nous a écrit pour nous engager à fournir, sur les fonds de Févêché, à Tentrelien des commissaires et de leurs gens. Nous avons appris, d*un autre côté, que le vénérable évêque, pour des causes très plausibles (probabilibus causis), avait récusé ces inquisiteurs et en avait appelé au saint-siége. Cest pourquoi vous examinerez avec le conseU d*hommes habiles et impartiaux, et avec toute la maturité possible, si les ordres du pape doivent être exécutés ; de même que, si le vicaire et les officiaux de révoque requis par vous donnent de bonnes raisons pour qu'on ne se serve pas des biens de Févêché pour les frais de la commission, vous suspendrez la saisie de ce temporel, en vous excusant auprès des commissaires. Instruisez-moi de toute cette affaire. Donné à Rampillon; le samedi avant les Rameaux. »
Conformément à cette lettre d* Alfonse, Landreville convoqua une grande assemblée de jurisconsultes et de canonistes pour examiner là question. B. Saisset, chancelier de l'Eglise de Toulouse, prit la parole et montra que toutes les lettres apostoliques étaient entachées d'une foule de défauts de forme, ce qui rendait leur authenticité suspecte ; qu'elles contenaient des faits matériellement faux, puisqu'il était constant que l'évêque s'était présenté par ses procureurs devant ses commissaires; que, du reste, le prélat s'était pourvu en cour de Rome, çt que déjà on lui avait donné pour se défendre un juge ou auditeur. Il conclut au rejet de la demande des subsides, et menaça d'excommunier Landreville s'il passait outre. Le sénéchal, suivi de Guil-
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laume d'Escalquens, lieutenant du viguier, des chanoines de la cathédrale, des capitouls et des principaux citoyens, se rendit au logis des commissaires et interjeta appel au pape contre toutes les lettres prétendues apostoliques et contre tout ce que l'archevêque de Narbonne pourrait entreprendre au préjudice de TEglise et des habitants de Toulouse. Cette démarche du sénéchal intimida les commissaires, qui se virent obligés de se retirer, résolus cepen- 4ant à se venger plus tard de leur défaite.
Raymond du Falgar étant allé plaider son procès à Rome, le pape Urbain IV lui donna Tabsolution de la sentence d'excommunication portée contre lui par l'archevêque. Il revint alors dans son diocèse peur y être de iiouveau excommunié, comme nous le dirons bientôt.
Pendant que l'affaire de Raymond du Falgar agitait tous les esprits, de nombreux miracles s'opéraient a Toulouse dans la chapelle des religieux carmes, à l'extrémité du faubourg Saint-Michel. La vérité de ces prodiges fut attestée à Toulouse par Raymond de Saint-Martin, évêque d'Aire, par des lettres testimoniales qui portent la date du commencement d'octobre de l'an 1264. . Ce (ut sans doute la grandeur de ces prodiges qui inspira aux h2J[)itants de Toulouse le désir de posséder les religieux carmes dans l'enceinte de la ville. Pour opérer cette translation, il était nécessaire d'obtenir l'autorisation du siège apostolique. A cet effet, les capitouls Arnaud de Gritens archidiacre de Villemur et officiai de l'évêque , Raymond de Saint-Martin ëvêque d'Aire, l'abbé du monastère de la Grâce-Dieu de l'ordre des prémontrés, frère Guillaume maître du Temple el chapelain du pape, le maître de l'ordre de Jérusalem^
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adressèrent une supplique au siège apostolique. Le pape accorda la translation. Cest dans le bref de Clément IV que nous trouvons les noms des habitants de Toulouse qui achetèrent plusieurs maisons au quartier des juifs, pour y jeter les fondements du nouveau monastère. Ces habitants étaient Arnaud Vascon, Frenier de Puits-Clos, Arnaud Germar, Pierre Vaditor, Arnaud Calvet et Teilhier.
Ce fut donc au milieu du treizième siècle que fut bâti le nouveau couvent des Carmes, et qu'on jeta les fondements de la belle église gothique que nous avons pu admirer dans notre enfance et qui^ est aujourdhui détruite. La construction de ce temple excita la ûireur des juifs. Il existe une ancienne légende sur cette église que nous rapportons ici, sous toutes réserves. Il est dit qu'un nommé Vignes, fils d'un viguier de Toulouse, se rendit au nouveau couvent, menaçant de le livrer aux flammes. Aidé par ses satellites, il fit tendre des chaînes devant la porte du monastère , et retint ainsi captifs les religieux pendant trois jours. Au troisième jour, qui était celui de la Transfiguration, au moment où, à Foffîce des vêpres, on chantait ces mots Potem in terra erit semen yus, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. A la vérité, la légende rapporte que quelques religieux étaient parvenus à s'échapper du couvent et étaient allés chercher main-forte. On ajoute que Vignes fut condamné à avoir la tête tranchée, et que son visage devint hideux et difforme. Touché de repentir, il obtint sa grâce et fit bâtir à ses frais le beau portail de l'église qui était orné d'un très grand nombre de statues de saints. Une procession annuelle perpétua chez les carmes le souvenir de cet événement.
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qu'il accorda aux capitouls de poursuivre tous les clercs qui se seraient rendus coupables de quelques crimes. Ce qui prouve eniiD la fausseté de ces imputations, c'est qu'il reçut plus tard des témoignages d'estime de la part du siège apostolique, et qu'il continua d'exercer avec honneur son ministère jusqu'à sa mort.
Clément lY se montra plein de bienveillance à l'égard de l'ordre de saint Dominique à Toulouse, auquel avait appartenu Raymond du Falgar ; il accorda plusieurs privilèges et indulgences à ces religieux dans le cours de l'année 1263. Vers cette époque fut solennellement consacrée la grande et splendide église des dominicains, puisque le pape accorda de grandes indulgences pour le jour de cette consécration et son anniversaire. L'histoire ne nous dit pas quels furent les prélats consécrateurs.
L'abbaye de Grand-Selve était toujours gouvernée par Bernard de Bac, qui fit en 1265 un accord avec Pierre de Bouër, maître de l'hospice de Jean de Jérusalem de Brugale.
Celle de Lezat perdit Geraud de Villeneuve, son abbé, qui
eut pour successeur Pierre de Binhac, dont nous trouvons le nom dans un acte par lequel il cède en fief quelques fonds de terre. Celui-ci gouverna pendant très peu de temps cette maison. Aculée lui succéda.
Guillaume de Jaufre de Saint-Théodard donna, k cette époque, des statuts et coutumes aux habitants de Larazet. Comme il leur portait le plus grand intérêt, il obtint d'Arnaud Othon vicomte de Lomagne l'exemption de plu^eurs droits de péage, fiefs et autres, qu'ils payaient au château d'Auvillar.
Le comte Alfonse ne perdait pas de vue son voyage en
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Terre-Sainte;. Au commencement de Tannée 1266, il envoya au pape Jean de Nanteuil et Guiscard son clerc pour lui demander la permission de lever un décime sur le clergé de ses états. Le pape se contenta de lui donner des espérances et le pressa d'exécuter son projet. Pour fournir aux frais de l'expédition, le prince fit demander un don gratuit aux Toulousains. Ceux-ci lui écrivirent, par Pierre et Raymond de Castelnau, des lettres très louangeuses pour répondre à sa demande et lui exprimer le désir qu'on avait de le voir à Toulouse. Après avoir reçu ces lettres, Alfonse envoya en cette ville deux commissaires, Pons d'Astoand et Odon de Moutonnier, pour faire justice à tous ceux qui avaient quelques plaintes a former contre lui. Ces commissaires parcoururent plusieurs contrées et restituèrent plusieurs domaines.
Charles comte d'Anjou et de Provence, frère d'Alfonse, était entré en Italie, sur la demande du pape, pour faire la conquête de la Lombardie et des royaumes de Naples et de Sicile sur Mainfroi, fils naturel de Frédéric II. 11 fut suivi dans cette expédition par plusieurs seigneurs du Toulousain, entr'autres, par Gui III de Levis, maréchal de Mirepoix, et Jourdain IV, seigneur de mie-Jourdain. Celui-ci, étant arrivé à Pérouse le 29 janvier 1266, y fit son testament. Avant son départ, il avait laissé l'administration de de tous ses domaines à Bertrand son frère, prévôt de la cathédrale de Saint-Etienne.
La seigneurie de Villemur était alors occupée par Bertrand de Mailhac, qui, au nom de ses neveux Hugues et Bertrand, rendit foi et hommage à Pierre de Bermond, abbé de Saint-Théodard. Celui-ci mourut peu de temps
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après, et eut pour successeur Bernard de Malemort. L'élection de cet abbé causa de grands troubles dans ce monas* tère. Les moines de Saint-Théodard avaient été excommuniés par le pape à cause du refus qu'ils avaient fait de payer certaines dîmes à Charles d'Anjou, nouveau roi de Sicile. Ne pouvant ainsi procéder d'eux-mêmes à l'élection de leur abbé, Jean aumônier de leur maison fut député au pape. Clément nomma alors Bernard de Malemort. Mais Albert abbé de la Chaise-Dieu, de qui dépendait Saint-Théodard, prétendant que la nomination lui appartenait malgré, le recours au pape, nomma de son chef Pierre d'Arnaud, Fun de ses moines. Celui-ci, à la tête d'une cohorte armée, se rend à Saint-Théodard, escalade les murs, brise les portes et s'empare du couvent. Instruit de ces excès, Clément IV releva Malemort de l'excommunication lancée contre lui, et manda aux abbés de Moissac et de Beaulieu ainsi qu'à l'archidiacre de Cahors d'excommunier ces sacrilèges usurpateurs. Bernard demeura, par ce fait, paisible possesseur du monastère.
Bertrand de Miramont, qui avait succédé à Geraud d'Andiran, gouvernait alors FEghse de Comminges. En 1266, il fit quelques conventions avec Vital, prieur de Saint-Laurent, au sujet des dîmes de cette paroisse. Bernard d'Orbessan lui rendit tous les biens qu'il possédait k Saint-Frajou. D'anciennes chroniques rapportent que ce prélat, s'étant rendu à . Sarrancolin pour apaiser une dispute entre deux compétiteurs à ce prieuré, y fut assailli par les familiers d'Arnaud de Montfaucon qui prétendait au prieuré, contre Sans Onic de Viec. On assure qu'il fut délivré par les habitants de la ville.
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Toulouse avait donné naissance à un personnage assez célèbre, le nommé Michel de Tholosa. Il était non seulement très versé dans la philosophie . et Fastronomie, mais très recommandable aussi par sa piété. Attaché à TEglise de Narbonne, il y devint archidiacre, et composa un écrit sur les droits et prérogatives des archidiacres. Cet ouvrage déplut beaucoup à Farchevêque, qui Texcommunia et le dépouilla de son bénéfice. Michel alla à Rome en appeler au pape, qai le releva de Texcommunication et le rétablit dans sa dignité, tout en approuvant son livre. Gomme Michel s'était livré a l'étude dB l'astronomie, il avait renfermé dans son livre plusieurs prophéties. L'histoire nous apprend que cet archidiacre parvint à la dignité de vice-chancelier de l'Eglise romaine, et qu'en 1267 le roi de France lui accorda la liberté de faire voiturer à Toulouse le sel de ses salines, principal revenu de son archidiaconé.
Au mois de mai de l'année 1267, Alfonse écrivit de Rampillon à son sénéchal de Toulouse pour faire lever incessamment le [(yimge dans sa sénéchaussée et en faire remettre le produit au Temple, à Paris ; il chargea aussi Pons d'Astoand et Sicard d'Alaman de lui procurer, par toutes * les voies possibles, autant d'argent qu'il se pourrait pour les frais de son armement et passage en Terre-Sainte, car le pape le pressait beaucoup d'exécuter ce voyage et lui avait même adressé à ce sujet plusieurs lettres où il lui promettait de l'aider de tout son pouvoir.
La ville de Toulouse s'abonna, pour le fouage, avec Alfonse, qui écrivit en même temps aux consuls et aux habitants qu'il prorogeait le paiement des 6000 livres tournois qu'ils lui avaient promis ; puis il donna à ses officiers des
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ordres pour le gouvernement de ses états. Nous trouvons dans une de ses lettres, adressée de Long-Pont au viguier de Toulouse, Tordre de dissoudre la confrérie de Notre- Dame du Mont-Garmel, nouvellement établie, et qui ne comptait pas moins de cinq mille personnes de Fun et de l'autre sexe. Il paraît que ces confrères étaient un peu turbulents, car il fut nécessaire de les mettre à la raison, n mandait aussi à ses commissaires de veiller avec soin sur d'autres confréries qui pouvaient compromettre la tranquillité publique.
Raymond du Falgar n'était point à Toulouse quand arrivèrent ces lettres d'Alfonse, puisque, sur le bruit qui courut de la mort de ce prélat , le viguier usurpa les biens de l'évêché, sous le prétexte du droit de régale. L'official de Toulouse excommunia le viguier, et Qément IV manda à l'évêque de Beziers de confirmer celte sentence. Ces fails nous apprennent que l'évêque de Toulouse gouvernait en paix son Eglise, qu'il y exerçait son autorité, et que le sainlsiége prit sa défense. En même temps le pape chargea Bertrand de l'Ille, prévôt de Saint-Etienne, de terminer un différend qui s'était élevé entre le comte de Foix et l'abbé de Saint-Volusien.
L'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers avait alors à sa tête Bernard Saisset, fils de Raymond Saisset chevalier et seigneur de Saint-Aignan au diocèse de Toulouse. On croit qu'il avait été chancelier de Raymond du Falgar. Un an après avoir succédé à Guillaume IV dans le gouvernement de l'abbaye, il eut un différend avec le comte de Foix, et refusa, pour le dirimer, la médiation de Gaston vicomte de Béarn.
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L'abbaye des cistercieunes de Vainègre au pays de Rieux^ et dont nous avons raconté la fondation au commencement du treizième siècle, était à cette époque gouvernée par Mabile 11% qui prit en 1267 la direction du monastère. Elle succédait à Mabile V\ sa parente, qui en avait été abbesse pendant trehto-sept ans. Mabile II gouverna Tabbaye pendant dix ans, et trois ans après sa mort Yalnègre passa sous le gouvernement de Braïdie.
Alfonse continua, dans Tannée 1268, ses préparatifs pour son voyage d'outre-mer. Il crut devoir faire d'abondantes aumônes aux, maisons religieuses établies à Toulouse ou dans les environs, puisqu'il ordonna à son sénéchal de donner trente livres tournois aux frères prêcheurs et autant aux frères mineurs, une somme proportionnée aux frères des Sacs, aux frères de la Trinité, aux frères des Capistres, aux frères de Saint-Augustin, aux sœurs Minorettes de Toulouse, aux religieuses de TOraison-Dieu, de Bagnols en Lauraguais, et de Lespinasse. Les ordres du Sac, de la Trinité et des Capistres étaient de simples confréries laïques qui avaient un oratoire et un lieu d'assemblée en commun ; les frères de Saint-Augustin étaient les religieux croisiers ou de Saint-Orens qui s'étaient établis alors près de la porta Pozonville ; les Minorettes suivaient la règle de saint François.
Pendant qu'il faisait distribuer des aumônes aux couvents, le comte Alfonse imposa une capitation sur tous les juifs de ses domaines. Leurs biens furent évalués à la somme de 2333 livres tournois. De plus, les juifs de Toulouse durent financer 3500 livres tournois. Il ordonna ensuite à ses commissaires de lever la queste et la taille sur les
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hommes de corps et les hommes de caselâge da comté de Toulouse. Les différentes villes de ses domaines lui donnèrent d'abondants subsides, et Toulouse plus que toutes les autres.
Il était juste quen compensation de ces subsides, les Toulousains demandassent au comte quelques concessions : c'est ce qui les détermina à lui adresser un mémoire, divisé en quinze articles, concernant leurs libertés, leurs privilèges, Tadministration de la justice et la police ; ils demandaient , entr'autres choses, qu'on rédigeât enfin les coutu* mes de Toulouse jusqu'alors assez indéterminées. D'après les ordres du comte, Sicard d'Âlaman réunit les habitants, et leurs désirs sur tous ces points ayant été clairement exprimés, les quinze articles furent approuvés par Alfonse. Frère Philippe de l'ordre des mineurs ayant été envoyé au pape pour lui réclamer les secours promis. Clément IV répondit qu'il ne pouvait rien mander de précis jusqu'au retour d'un légat qu'il avait député en Allemagne.
Au mois de juillet 1268, les consuls et la communauté de Pamiers formèrent une grande assemblée dans laquelle ils accordèrent à Bernard Saisset, abbé de Saint-Antonin, l'autorisation pleine et entière de céder ou d'aliéner le domaine ou partie du domaine de Pamiers au roi ou à tout autre prince. Usant de ce pouvoir, Saisset céda le droit d'hommes d'armes et de chevauchée au roi de France et a ses héritiers. Saisset se montra le zélé défenseur des habitants de Pamiers, puisqu'il porta plainte à cette époque contre le <îomte de Foix au sujet de certaines injures dont ceux-ci avaient été victimes de la part du comte.
En 1269, la ville de Pamiers reçut les enfants de saint
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Dominique ; le couvent fut fondé par Arnaud Seguier, religieux de Toulouse. Raymond du Falgar se rendit en cette ville pour célébrer la première messe dans l'église du nouveau monastère et y bénit le cimetière des frères. Arnaud Seguier ne gouverna pas longtemps la maison de Pamiers ; il fut bientôt après nommé prieur de Prouille, et gouverna pendant vingt-neuf ans ce prieuré. Sous son gouvernement, la grande église de Prouille fut construite; la première pierre fut posée par Gui de Le vis, maréchal de Mirepoix. Dix-sept ans furent employés à la construction de Tédifice. Arnaud bâtit aussi l'église de S'-Martin pour les frères de , Prouille, et celle de Sainte-Marie de Fanjaux. Après avoir augmenté considérablement les bâtiments du monastère et ravoir environné de hautes murailles, il mourut à Prouille plein de jours et de mérites.
Au moment du départ du comte Alfonse, les habitants de Toulouse voulurent cimenter leur union. A cet effet, on convoqua dans le palais commun une grande assemblée qui se tint en 1269, et voici quel en fut l'objet. La ville était alors divisée en deux parties distinctes, la cité et le bourg. La première occupait le territoire où sont aujourd'hui situés la Daurade, le Pont- Vieux, la Dalbade, la Pierre et Saint- Geraud, Saint-Etienne, et Saint-Rome. On voit que cette partie de la cité renfermait six circonscriptions. La seconde oecnpatt le territoire de Saint-Pierre des Cuisines, de Lascroses, d'Arnaud-Bernard, de Pouzonville, de Matabiau et de Ville-Neuve : encore six circonscriptions. Avant l'époque où nous sommes parvenus dans notre histoire, chacune de ces parties de la ville avait ses charges, ses revenus, son trésor et ses trésoriers. H résultait de cette division
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des procès, des querelles, qui compromettaient la tranquillité publique : il fut donc résolu dans cette assemblée qu'à Vavenir ceux de la cité et du bourg feraient cause commune pour les charges, les revenus et les rentes, et qu'il n'y aurait qu'un seul trésorier. A cette assemblée se trouvèrent les douze capitouls, Guillaume de Parade, Bernard de Traget, Arnaud de Guy, Pierre Nègre, Guillaume de Vendine, Arnaud de Bonin, pour la cité; Pons d'Avignon, Guillaume Gascon, Pons Gascon, Jean Bequin, Arnaud de Ramondi, et Guillaume Robert, pour le bourg. Tous les religieux existant alors à Toulouse s'y trouvaient également : on y distinguait quatre Fr. prêcheurs, Raymond Dupont, Raymond Gautier, Raymond de Comminges, Raymond Baranhon; six Fr. mineurs, Arnaud de Marcille, Arnaud d'Arcis, Hugues de Gorder, Guillaume Andric, Guillaume de Molan, Raymond Rainaud ; quatre de l'ordre de Citeaux, Guillaume Vital, Pierre Rauset, Pierre Sobaque, Bernard Esperonier ; cinq de l'ordre du Carmel, Laurent de Figeac, Raymond de Gaillac, Raymond de Vigan, Guillaume Hortolan, Pierre de Villeneuve, Geraud de Sidole; de l'ordre de la Mère-de-Dieu, Pierre de Damiac, Pierre Michel, Bernard d'Ulmo, Pons de Gragnague; de l'ordre de la Pénitence, Bernard de Lauran, Guillaume Pause, Jean d'Alniçhan, Guillaume Hortolan ; de l'ordre de Sainte-Croix, Pierre Foltaud, Guillabert, Simon, Pierre de Vieuxfort; de l'ordre de saint Augustin, Jacques de Montsalvi, Pierre Robert, Minon, Pierre de Milhars ; de l'ordre de Sainte-Eulalie, Guillaume Urset, Guillaume Vital, Pons de Muret, Raymond de Castagnac.
On voit, par les ordres religieux dont il est fait mention
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ici, que déjà les augùstins s étaient établis a Toulouse,' ainsi que les moines de la Merci ou de Sainte-Eulalie, dont le couvent était situé près de la porte Arnaud-Bernard. Les religieux de Sainte-Croix sont ceux de Saint-Orens ; quant à ceux de Notre-Dame et de la Pénitence, il a été impossible d'en suivre la trace.
Au treizième siècle, il y avait donc à Toulouse douze capitouls, six pour la cité et six pour le bourg. La cité se trouvant plus tard beaucoup plus peuplée que le bourg, on en choisit huit pour la cité et quatre pour le bourg. En 1346, on réunit ces deux parties de ville sous Tenceinte des mêmes murailles, dont on voit encore quelques restes. En 1589, le roi Charles VI ordonna que les capitoulats de Toulouse seraient réduits au nombre de quatre ; ce qui fit réduire à ce nombre les douze parties de la ville, sous les dénominations suivantes : f " le capitoulat de la. Daurade, Saint-Pierre, Saint-Martin et le Pont- Vieux; 2^ le capitoulat de la Dalbade, Saint-Barthélémy, la Pierre et Saint-Geraud ; 3*» le capitoulat de Saint-Etienne, de Saint-Rome et de Saint-Kerre des Cuisines ; 4° le capitoulat de Saint-Saturnin et de Saint-Saturnin du Taur. En 1392, Charles VI porta le nombre des capitouls à six d abord, et ensuite k huit ; en 1400, ce nombre revint à douze ; enfin, en 1438, ce nombre fut fixé a huit, nombre qui a été maintenu jusqu'à la révolution française.
Lii ville reçut alors une division nouvelle ; elle fut partagée en huit régions ou capitoulats : l"" le capitoulat de la Daurade, Saint-Pierre et Saint-Martin (la chapelle de Saint- Pierre et Saint-Martin qui donna le nom à cette partie de ville était située k la rue Sainte-Ursule) ; — 2Me Pont-
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Vieux (Saint-Cyprien) ; — 3° la Dalbade; — 4" Sainl- Bartbélemy (la chapelle de Saint-Barthélémy qui a donné son nom à cette autre partie était située à la place qui porte le nom de ce saint; — 5*» Saint-Pierre et Saint-Gerand (le quartier de la Pierre où était située la chapelle de Saint- Geraud) ; — 6° Saint-Etienne et Saint-Rome ; — 7*» Saint- Pierre-des-Cuisines et Saint-Julien (1^ chapelle de Saint- Julien était située derrière le parc actuel de Tartillerie, à la place qui porte ce nom ; — 8*» Saint-Saturnin et le Taur.
Âlfonse et la comtesse Jeanne se trouvaient à Saint- Jean-d'Angely au mois de mars 1269, puisqu*ils y donnèrent une charte par laquelle il cédèrent à Tabbé et au chapitre de Saint-Saturnin de Toulouse toutes les redevances du château de Vacquiers et ses dépendances, ainsi que les rentes en blé ou en argent qu'ils prélevaient sur le château de Saint-Geniés et les fermes de Gratentourt, de la Bastide de Saint-Sernin et celle d'Ârnàud Benoit, habitant de Toulouse.
S'étant rendus à Toulouse vers le commencement de Tannée 1270, ils y demeurèrent jusqu'aux premiers jours de mai ; et après des affranchissements en faveur des serfs de cette ville, ils partirent pour Aymargues près d'Aiguës- Mortes, où ils firent leur testament.
Celui de Jeanne est daté d' Aymargues, le lundi veille 'de la Saint- Jean-Baptiste de Tan 1270. Elle choisit sa sépulture dans l'abbaye des religieuses de Notre-Dame de Gerci au diocèse de Paris, de l'ordre de saint Augustin, des frères de Saint-Victor de Paris, qu'elle avait fondée avec le comte son mari. Elle lègue la somme de dix mille marcs d'argent en œuvres pies, et donne sur celte somme cinq
mille livres tournois à la même abbaye de Gerci, outre ses tases d'or et d'argent. Elle veut que le reste soit distribué à l'abbaye de Fontevrault, où le comte son père était inhumé ; à divers monastères de cet ordre ou de celui de Citeaux ; à tous les couvents de Tordre des mineurs et de celui des prêcheurs situés dans ses domaines; à plusieurs autres maisons religieuses qu'elle nomme, mais surtout à un monastère de filles de l'ordre de Citeaux, dont elle ordonne la fondation dans ses domaines, et auquel elle lègue la ville de Lille en Albigeois» Elle ordonne aussi de prendre sur cette somme les legs qu'elle fait à ses domestiques, parmi lesquels elle fait mention de trois de ses chapelains,
de son physicien ou médecin, etc. Elle nomme pour ses exécuteurs testamentaires : dans les domaines qui lui étaient propres, Bernard comte de Comminges, Amalric vicomte de Narbonne, et Sicard d'Alaman; et en France, Guillaume de Vaugrigneuse, sous-doyen de l'église de Chartres, Jean de Nanteuil, et Pierre chambellan du roi, avec tous les évêques de ses états, chacun dans son diocèse. Elle lègue à Guillaume d'Anduze, m^ cousin, et à ses successeurs, le village de Soal dans le Toulousain ; à Bernard d'Anduze, frère de ce dernier, le château de Montcuq dans le Querci ; à Sicard d'Alaman, celui de Rabastens en Albigeois; à Philippe et à Gaucerande filles de Roger de la Voûte, ses cousines, cinq cents livres tournois à chacune pour se marier ; à Gaucerande, fille d'Amalric vicomte de Narbonne, sa couine, le château de Lille dans le pays Venaissin ; à Marguerite sœur de la même Gaucerande de Narbonne, la ville de Cavaillon ; à Guillaume de Narbonne, clerc, leur frère, les châteaux de Bonils et de Cabrières ; a Sicard
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d*Alanian, fils du même Sicard et de feue Béatrix de Lautrec, le château de Caylus en Querci, pour se marier avec Gaillarde, fille de Bertrand vicomte de Brunlquel, sa cou-
sine; et enfin à Charles roi de Sicile, comte de Provence et d'Anjou, et à ses enfants, tout le pays Venaissin, quel qu'il soit, excepté les domaines dont elle disposait par ce testament. Elle nomme pour héritière universelle de Ions ses domaines situés en Âgenais, en Querci, en Albigeois et en Rouergue , Philippe , sa cousine, fille de feu Arnaud- Othon vicomte de Lomagne et de Marie d'Anduse sa femme qui était actuellement remariée avec Archambaud comte de Périgord. Elle lui lègue, de plus, tous ses bijoux, avec ordre à ses exécuteurs testamentaires de la marier comme ils jugeront à propos. Enfin elle donne au comte Alfonse son mari la jouissance de tous ses biens, jusqu'à ce que Philippe de Lomagne, son héritière, soit parvenue à Tâge nubile. Telle est la dernière disposition de la comtesse Jeanne de Toulouse ; mais elle ne fut pas exécutée selon les intentions de cette princesse.
Le testament d' Alfonse est daté en général du mois de juin de ra.n 1270, et écrit en français. 11 institue pour ses héritiers ceux qui devaient Tôtre par droit ou par coutume, et fait des legs pieux ou des fondations en faveur de toutes les églises les plus célèbres du royaume, et de la plupart des couvents des divers ordres qui y étaient établis : en sorte que lacté est extrêmement long. 11 exerce aussi sa libéralité envers ses officiers et ses domestiques, et lègue trois mille livres tournois de ses meubles à la comtesse Jeanne, sa femme. Il ordonne à ses exécuteurs testamentaires de racheter les pèlerinages qu'il avait voués
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à Saint- Jacques de Compostelle, à Notre-Dame de Roc- Âmadour, à Notre-Dame de Boulogne, à Saint-Eloi de Noyon, et à divers autres lieux de dévotion, supposé qu'il ne pût pas les accomplir lui-même. Il veuf que ce quil a pris du mariage du fils du vicomte de Polignac avec la demoiselle de Saint-Bonnet, soit rendu, et nomme pour ses exécuteurs testamentaires maîtres Guillaume de Vaugrigneuse, sous-doyen de Téglise de Chartres, six autres ecclésiastiques, monseigneur Pierre le chambellan chevalier, deux frères mineurs, et frère Jean de Vannes de Tordre de la Trinité. Enfin il affranchit tous ses serfs et leurs enfants, quelque part qu'ils soient, et abandonne toutes les dîmes qu'il tient en sa main en faveur des lieux ou des personnes auxquels elles devaient appartenir.
Nous apprenons d'un acte qu'Alfonse rendit à Aymargues, que les Toulousains avaient fait un don gratuit à leur prince pour son passage en Terre-Sainte. Avant de prendre la mer, il adressa des lettres-patentes a l'inquisiteur de Toulouse par lesquelles il déclare que tous ses sujets doivent répondre de leur foi devant son tribunal, et peuvent y être poursuivis pour crime d'hérésie, de magie, de parjure, et de sortilège. Après avoir donné le gouvernement de ses états à Sicard d'Alaman, il s'embarqua, dans le mois de juillet, avec la comtesse, et alla joindre le roi à Cagliari en Sardaigne.
. Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, touchait au terme de sa longue carrière. La veille de la fête de saint Matthieu 1270, il confirma l'abbé de Ramiers dans l'administration des monastères que les religieux avaient confiée il ce dernier, tant au spirituel qu'au temporel. Un différend
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s'étant élevé entre les cannes et le chapitre de Saint- Etienne, au sujet de la construction de leur nouvelle église, ce fut lui qui le termina, et qui accorda à ces religieux la permission de faire bénir cette église et leur cimetière par qui ils voudraient : ce qui montre que cet édifice était alors achevé (1).
Le 19 octobre, Falgar mourut dans un âge assez avancé et dans la 39'' année de son épiscopat. Il fut inhumé à l'extrémité du chœur de Téglise des dominicains.
Ce grand évêque, Tun des plus illustres qui aient jamais occupé le siège de Toulouse, était profondément versé dans la science théologique et prêchait avec une rare éloquence. Il se montra toujours Tintrépide défenseur des droits de son Eglise, et en augmenta beaucoup les vastes domaines. Ennemi déclaré des hérétiques et des mauvais clercs, il les poursuivit avec une certaine force, mêlée cependant à beaucoup de douceur. Ces derniers, par un esprit de vengeance que n'explique que trop Foubli des devoirs les plus sacrés, jetèrent à profusion d'odieuses calomnies sur sa brillante renommée, car il est impossible d'appliquer à un autre Raymond qui gouverna l'Eglise de Toulouse sous
(4) L'église des Grands-Carmes était grande et belle ; eUe avait la forme d'un T. La porte d'entrée était plaeée à la tête du T, et offrait à l'oeil l'autel principal et le chœur, qui formaient la ligne principale. Â droite et à gauche de la porte d'entrée, se développait la grande nef, ornée dans tout le pourtour de douze chapelles latérales ; à gauche en entrant, se trouvait le grand escalier qui conduisait à la chapelle de Notre-Dame de Mont-Carmel, placée en dehors de l'édifice principal et surmontée d'an dôme. L'architecture de l'église était gothique. Elle a été complètement détruite ainsi que le couvent en 4808 et 4809. ^Ils occupaient le terrain où a été tracée la grande place qui porte le nom de place des Carmes.
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le pâpto UurbaiQ II les accusations dont il fut Tobjet. Il composa plusieurs ouvrages qui ne sont pas venus jusqu*à nous.
Le lenden^n de sa mort, 20 octobre 1270, Bertrand de riUe, prévôt de Téglise cathédrale, fut élu pour lui succéder à Tunanimité des suffrages. Son élection fut confirmée par Farcbevêque de Narbonne. Ordonné prêtre et sacré évêqne le jour de saint Thomas, il officia pontificalement dans sa cathédrale le jour de Noël. Il était fils de Jourdain II et d'Indie, fille naturelle de Raymond V.
Peu de temps après Félection de Bertrand de Tille, Guillaume de Jaufre abbé de Saint-Théodard reçut en hommage, de Raymond de Durfort seigneur de Clermont-Soubiran, les terres d'Argnagnac et de Donzac.
Bernard de Benque gouvernait alors Fabbaye de Nizors ; il avait succédé à Bernard de la Tour. Nous trouvons le nom de cet abbé dans une transaction qu'il passa à cette époque avec Bertrand de Miremont, évêque de Gomminges. Nous pensons que Bernard de Benque était le frère de la comtesse de ce nom qui était alors abbesse de Favas en Gomminges.
Après la mort de Saint-Louis, Alfonse et Jeanne de Toulouse passèrent Thiver en Sicile ; ils se trouvaient à Messine au mois de mai 1271, où ils s'embarquèrent pour ritalie. Une fois débarqués, ils se rendirent au château de Corneto en Toscane, où ils furent Tun et Taulre atteints d'une indisposition subite. S'étant fait transporter à Savonne, Alphonse ajouta un codicille à son testament par lequel il choisissait sa sépulture à Saint-Denis. Il mourut à Savonne le vendredi après V Assomption, et la comtesse
Jeanoe le mardi suivant. Les circonstaaces de leur mort sont diversement racontées, car un auteur contemporain affirme qu'ils moururent au faubourg Saint-Pierre d'Arena près de Gènes, et que les chevaliers de leur suite inhumèrent dans la cathédrale de Gênes sa chair et ses intestins.
Le corps d'Alfonse fut transporté à Saint-I^enis, et son cœur à Maubuisson. Jeanne fut enterrée dans Fabbaye de Gerci en Brie, au diocèse de Paris. On y voyait son tombeau au milieu du chœur ; sa statue y était couchée enveloppée d'un grand manteau , la tète coiffée d'une guimpe, couverte d'un voile, et ceinte d'une couronne royale.
Ainsi moururent, sans postérité, à l'âge de cinquante et un ans, Alfonse comte de Poitiers et Jeanne comtesse de Toulouse. Philippe IH recueillit toute leur succession et gouverna le comté de Toulouse en qualité de souverain particuUer, et non comme roi de France. A la mort de Jeanne, ses domaines comprenaient 1° le comté de Toulouse divisé en sept bailliages et gouverné par un sénéchal ; 2* le Rouergue; 3^ la partie de l'Albigeois située sur la droite du Tarn ; 4^ l'Agenais ; 5*» le Querci ; 6° le marquisat de Provence.
Alfonse fut un prince chaste, très pieux, plein de droiture, et ne manqua pas de valeur ; il se montra très charitable et généreux envers les pauvres et les établissements religieux de ses domaines. Dans une seule année, il distribua huit cent quatre-vingt-quinze livres tournois en aumônes. La comtesse Jeanne était à peu près du même caractère que son épou?:. Us firent réparer à Toulouse les raurîailles du château Narbonnais et y firent bâtir une tour nouvelle. Ils firent constiiiire aussi dans le Toulousain plu-
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sieurs villes ou bourgs qu'on appela bctstides, tels que Villefranche, Calmont, Salle, le Fousseret, Gimont, Saint- Sulpice et Palamini.
Grâce à la vigilance, à la piété et surtout a la fermeté du comte Alfonse, Fhérésie des albigeois, qui depuis longues années avait causé tant de malheurs dans le Toulousain, fut complètement éteinte ; les hérétiques n'osèrent plus se montrer, et se virent obligés de chercher leur salut dans la fuite. Ce prince dépensa plus de vingt mille livres pour les frais de Tinquisition.
Dans la comtesse Jeanne s'éteignit cette illustre maison des comtes héréditaires de Toulouse qui, depuis Frédelon, comptait seize souverains. Cest à cette maison si puissante que Toulouse doit toute sa gloire, ses lois,, ses coutumes, ses libertés.