‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 14 sur 20 · III · texte numérisé non relu

III

354 TEMPS INTBEMÉDIAIRES.

soixante-trois persistèrent dans leurs idées, et de ce nombre était Bernard Délicieux. Le pape, informé de ces désordres, les fit citer à son tribunal, en 1317. Soixante y comparurent, conduits par Délicieux. Jean XXII leur ordonna de revenir à obéissance. Plusieurs obéirent, et vingt-cinq demeurèrent obstinés. Sur ce dernier nombre, quatre, dont l'un était de Toulouse, convaincus d'avoir enseigné diverses erreurs qu'ils avaient puisées dans un commentaire de Jean-Pierre d'Olive sur l'Apocalypse, furent abandonnés au bras séculier et brûlés vifs en 1318.

Bernard Délicieux, qui était du nombre des vingt-cinq, fut mis en prison par ordre du pape, qui , par une bulle datée du 16 juillet 1319, renvoya le jugement de cette affaire à l'archevêque de Toulouse et aux évoques de Pamiers et de Saint-Papoul. Ces prélats se réunirent à Castelnaudary et ensuite à Carcassonne ; mais Jean de Comminges n'ayant pu suivre les deux autres dans cette ville, ils s'adjoignirent les évêques de Castres et d'Alet. Les diverses procédures montrèrent que Bernard Délicieux s'était rendu coupable 1** d'avoir soulevé quelques villes contre les inquisiteurs de la foi ; 2** d'avoir pris la défense, dans ses discours, de plusieurs personnes convaincues ou suspectes d'hérésie ; 3° d'avoir déclaré en présence du roi , à Toulouse, que si saint Pierre et saint Paul revenaient à la vie, ils seraient très-probablement déférés au tribunal de l'Inquisition ; 4** d'avoir retardé l'exercice de ce tribunal en supposant des faussetés insignes ; 5° d'avoir comploté avec les habitants de Carcassonne et d'Albi de céder ces villes à Ferdinand infant de Majorque ; 6^ d'avoir lu un livre de nécromancie et de l'avoir apostille. L'accusation

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d'empoisonnement du pape Benoît XI dirigée contre Délicieux fut écartée. Lqs juges le condamnèrent à passer le reste de ses jours dans une prison, au pain et à Feau et les fers aux pieds. La cérémonie de la dégradation fut faite au marché public de Carcassonne, au milieu d'une foule innombrable ; ensuite Bernard fut jeté dans la prison de cette ville appelé le Mur étroit, mais il fut dispensé, à cause de son grand âge et de ses infirmités, des fers et de la diète. Les gens du roi appelèrent a minima de cette sentence et firent appel au pape, qui confirma le jugement, avec défense de le mitiger, et ordonna qu'on enlevât au prisonnier l'habit de saint François qu'il portait encore. Peu de temps après, ce religieux mourut dans les fers.

Par commission apostolique, Jean de Comminges, archevêque de Toulouse, condamna et dégrada Jean Philibert , prêtre du diocèse de Besançon, accusé d'avoir prêché Thôrésie des vaudois dans la province d'Auch. Nous trouvons dans le registre de l'inquisition de Toulouse le détail exact de toutes les cérémonies obsenées pour les dégradations sacerdotales. Ce même livre rapporte plusieurs actes de foi qui furent faits, soit à Toulouse, soit dans la pro* vince, dans les années suivantes.

En 1322, Bernard Guidonis fut nommé à l'évêché de Thui en Galice, et ens.uite a celui de Lodève. Nous devons faire connaître ici ce fameux inquisiteur qui exerça cette haute fonction à Toulouse depuis l'an 1307 jusqu'à l'année 1322, et qui, dans cet intervalle, condamna à diverses peines six cent trente-sept hérétiques albigeois, vaudois, juifs relaps, béguins et apostoliques, dont les noms nous ont été conservés dans le registre déjà cité. Il fit aussi

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brûler, en 1319, deux charretées d'exemplaires du talmud, à cause des impiétés que renfermaient ces Yolumes contre notre seigneur Jésus-Christ et la sainte vierge Marie.

Bernard de la Guyonie était d'une famille noble du Limousin, Entré dans Tordre de saint Dominique, il y partagea son temps entre la prière et Fétude. Il s'est rendu célèbre dans son ordre par les nombreux ouvrages qu'il a composés, et dont la plupart sont encore manuscrits €t déposés à la bibliothèque de la ville de Toulouse, provenant sans doute de celle des dominicains où ils étaient primitivement conservés. On le reconnaît pour auteur d'un catéchisme, de l'Histoire des Pontifes de Rome, des Comtes de Toulouse, des principaux Conciles, des Evêques de Toa- Ibuse, des vies d'un grand nombre de saints et de pieuses légendes, de l'histoire des fondations des couvents de saint Dominique, et d'un grand nombre de sermons. L'ouvrage le plus célèbre de Bernard de la Guyonie est celui qui a pour titre : De Origine Francorum. Cet écrivain, d'ailleurs si fécond, ne se fait point remarquer par la sévérité de sa critique. Ses ouvrages sont presque oubliés aujourd'hui. Il mourut à Lodève en 1331, et fut inhumé dans le couvent des dominicains de Limoges.

Plusieurs personnes' de l'un et l'autre sexe s'étaient alors laissé séduire dans la province de Toulouse par les fausses interprétations apocalyptiques du frère Jean d'Olive ; elles prenaient les noms de béguins ou begimrds et de fratricelles. Ces hommes et ces femmes croyaient que l'antéchrisl allait apparaître en 1325, et s'élevaient avec force contre l'Eglise romaine, qu'ils appelaient VEglise charnelle. Un grand nombre de ces béguins furent livrés aux flammes

TEMPS LNTËUMÉUIAIKES. 357

dans la province. Depuis, ces exécutions devinrent beaucoup plus rares, et peu à peu, dans la p|pmiëre moitié du quatorzième siècle, toutes les sectes hérétiques qui pendant tant d'années avaient infecté la province s'éteignirent, grâce au zèle éclairé des évêques et à l'active vigilance des inquisiteurs de la foi .

Toutefois, a la place des hérétiques, la province se vit alors inondée par les pastoureaux. On appelait ainsi des bergers, pâtres et paysans (hommes et femmes) qui parurent tout-à-coup en France en 1320. Les vagabonds, les brigands, les malfaiteurs et gens sans aveu s'associèrent aux pastoureaux sous prétexte d'aller en terre sainte la délivrer du joug des infidèles. Ces aventuriers commirent de grands désordres, et en voulaient beaucoup aux juifs qu'ils exterminaient sans pitié. Ils s'avancèrent vers Toulouse au nombre d'environ cinq cents, et allèrent demander un asile au gouverneur du château de Verdun-sur-Garonne. Les juifs, a leur approche, s'étaient réfugiés dans une tour élevée. Les pastoureaux les assiégèrent. Les juifs se défendirent avec valeur ; mais les premiers ayant mis le feu à la porte de la tour et la fumée étouffant les juifs, ceux-ci prirent la résolution extrême de se tuer les uns les autres plutôt que de se rendre. Le plus fort d'entr'eux coupa la gorge a tous les autres ; cinq cents juifs tombèrent sous ses coups. Après cette terrible exécution, il se retira au camp des pastoureaux et demanda le baptême. Les brigands n'écoutèrent pas sa prière : il fut massacré.

De Verdun, les pastoureaux se dirigèrent vers Toulouse. Grâce à la vile populace qui les favorisait, ils pénétrèrent dans la cité, y égorgèrent tous les juifs, et s'emparèrent de

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leurs biens. Ils formèrent ensuite le projet d'aller dans le Bas-Languedoc e^de s'embarquer sur la Méditerranée. Le pape tremblait déjà dans Avignon lorsque Aymeri de Gros, sénéchal de Carcassonne, ayant réuni une armée, les arrêta dans leur marche, en prit le plqs grand nombre, les lit pendre, et dissipa tout le reste. Le roi envoya, en 1320, des commissaires dans les sénéchaussées de la province pour informer sur le meurtre des juifs, le pillage de leurs biens et la prise de leurs forteresses. On condamna à de fortes amendes ceux qui avaient favorisé les brigandages des pastoureaux. Cette année fut encore signalée par le supplice qu'on fit subir a plusieurs lépreux accusés d'avoir empoisonné les fontaines publiques. Ceux qui échappèrent au bûcher furent renfermés dans des maladreries pour le reste de leurs jours.

Charles IV succéda à son frère Philippe-le-Long, ïnort le 3 janvier 1322. Le nouveau roi, désirant s'attirer la bienveillance du pape, donna des rentes à la famille du pontife ; il établit ces rentes en faveur du chevaUer Pierre d'Euse, frère de Jean XXII, et de Pierre de Lavic et Arnaud de Trian, ses neveux. Les terres sur lesquelles ces rentes furent établies, étaient Saint-Félix dans le Lauraguais, Montaigu, Calmont et Villemur. Philippe ayant fait condamner les juifs du royaume à une amende de cent cinquante mille francs, ceux du Languedoc furent taxés quarante-sept mille livres parisis, et ceux de la sénéchaussée de Toulouse eu particulier à deux mille Hvres. Le nouveau roi, pour Tacquit de cette amende, nomma des commissaires à la vente des biens des juifs. A Toulouse, Raymond d'izalguier acheta leur- ciriielière et une partie de leurs maisons.

TEMPS IMEUMÙDlllRES. 359

Le pape Jean XXII approuva à cette époque la fondation qui avait été faite du monastère des chanoinesses de Saint- Saturnin par Raymond Atton ; il adressa à ces filles une bulle dans laquelle il exaltait la sainteté de cette œuvre et les plaçait sous l'autorité immédiate de l'abbé de Saint- Saturnin. On sait que cette maison se faisait remarquer par les hautes vertus de celles qui l'habitaient, et qu'elle comptait trente-sept religieuses professes. Quelques années plus tard (1527), le pape érigea ce monastère en abbaye. Sybille de Saint-Rome a toujours été regardée comme la première prieure de cette maison. Son prieurat dura douze ans. Après elle, Navarre de Maurand gouverna ce monastère ; Gaussiane, qui lui succéda, en fut la première abbesse.

Le dimanche dans l'octave de la Nativité de la Sainte- Vierge, on fit à Toulouse, dans l'église de Saint-Etienne, un solennel auto-da-fé où présida Jean dé Comminges par ses commissaires. On y conduisit de la prison des Emmurats quarante et une personnes, hommes et femmes, accusées d'hérésie, et qui y furent condamnées à diverses peines. Ce fut le dernier acte de foi célébré à Toulouse.

Jean de Trie était à cette époque sénéchal de cette ville. Il reçut, au mois de septembre 1325, des lettres de Charles IV, par lesquelles ce prince lui annonçait qu'il avait formé le projet de se rendre en cette ville au commencement de l'année suivante, et lui mandait de faire toutes les provisions nécessaires de bouche, de bois et de cire. En attendant l'arrivée du monarque, les troubadours de Toulouse instituèrent les jeux du gai savoir.

360 TIHP8 INTliXiDIinU».

On a déjà vu dans le cours de cette histoire que la poésie vulgaire ou provençale avait toujours été en grand honneur à Toulouse, sous la domination des comtes de cette ville et grâce à leur éclatante* protection. Les troubadours toulousains, dont les noms ont été gardés avec soin daos nos annales, avaient laissé après eux des héritiers de leur goût pour la poésie et les règles auxquelles elle était déjà soumise.

« Âii temps passé (1323), vivaient à Toulouse, dit un » ancien registre des Jeux Floraux, sept vaillants savants, » gentils et discrets seigneurs qui eurent ardent désir et » grande affection à trouver cette noble, excellente, mer- » veilleuse et vertueuse dame — la science — afin qu'elle » leur donnât et communiquât le gai savoir de faire des » vers (dictar) et de composer des poëmes (dictais) en » roman, afin que, par eux, ils pussent produire et réciter » bonnes et louables sentences pour soutenir les saines » doctrines et les bons enseignements en Fhonneur de Dieu » et de sa glorieuse mère et de tous les saints du paradis ; * pour détruire les ignorants et non savants, comprimer » les fous et sots poètes (aymadors), vivre en joie et sus- » dite allégresse, et bannir colère et tristesse eimemies » du gai savoir.

» Enfin les dits seigneurs, pour mieux trouver cette ver- » tueuse dame — la science — exécutèrent leur ardent » désir et louable affection, et transmirent leurs lettres aux » diverses parties du Languedoc afin que les subtils poètes » et troubadours vinssent au jour à eux assigné pour que » les dits sept seigneurs pussent voir et ouïr leur savoir,

» subtilité et bonnes opinions ; apprendre et trouver, les » uns avec les autres, la dite noble, puissante et vertueuse » dame. Afin qu'ils fussent plus engagés k venir, ils pro- » mirent de donner un certain joyau (certajoyà) de fin or, » ainsi qu'il est plus clairement exprimé dans la lettre » dont la teneur suit :

i Aux honorables et aux preux ,

» Seigneurs, amis et compagnons

» Auxquels est donné le savoir

» D'où croit aux bons joie et plaisir,

» Sens et valeur et courtoisie,

» L'excellement gaie compagnie

» Des sept Troubadours de Toulouse

» Salut, et aussi vie joyeuse.

• Toute notre plus grande attention

» Et pensements avec désirs

» Sont de chanter, de s'ébaudir :

» C'est pourquoi voulons faire ouïr

» De loin, de près, notre savoir.

Les sept troubadours donnent ici quelques enseignements sur la morale, et en particulier sur la conduite que doivent tenir les poètes pour éviter Tamour du jeu et la colère ; ils continuent :

362 TEMPS 1NTBRMÉDIA1RE.S.

• Ainsi, nous sept, suivant le cours p Des troubadours qui sont passés,

» Avons à notre volonté

» Un lieu merveilleusement beau

» Où sont portés maints dicts nouveaux

» Presque à tout dimanche de l'an,

• Et nous n'y souffrons rien de mal.

» En enseignant, l'un reprend l'autre

» Et le ramène de ses fautes

» A ce que raison peut soufirir.

» Et pour plus et mieux avancer » Le savoir si riche et si cher, » Nous vous mandons que, toute affaire » Et toute occupation cessant, » Au lieu serons, s'il plaît à Dieu, » Au premier jour du mois de mai , » Et de moitié serons plus gais » Si ce jour-là vous y voyons ; » Car nous n'avons d'autre plaisir » Que de célébrer* le savoir. » Et afin que mieux il soit fait, » Chacun faisant gentil ouvrage, » Disons que par droit jugement » A l'auteur du plus beau dictât » Nous donnerons une violette

TEMPS INTERMiDUlRKS. . 363

» De fin or pour marque d'honneur,

» Ne regardant prix ni valeur

» Ni rétat ou condition

• De maître ni de serviteur,

» Mais seulement Part de trouver.

B Et donc vous entendrez chanter

» Et lire aussi de nos dictais.

» Si y voyez dicts mal placés

» Ou chose qui ne soit pas bien,

» Vous les mettrez en droite voie,

» Car nous suivons tous la raison.

» Mais, croyez-le, nous soutiendrons

» L^objet fixé par la dispute.

Les troubadours, après avoir parlé dans quelques vers de cette dispute, terminent ainsi leur lettre :

» En suppliant vous requérons

)» Qu'au jour que fixé nous avons,

>» Ici veniez si bien fournis

» De plaisants sons et de beaux dicts

» Que le siècle en soit plus content

» Et soyons meilleurs à jongler ;

>» Que mérite vienne en honneur;

» Que le dieu d'amors vous assiste.

364 TEMPS INTERMÉDUiaES.

» Ceci fut écrit au verger

» Du dit lieu, au pied d'un laurier,

» Dans le faubourg des Âugustines

p A Toulouse, encor nos voisines,

» Le mardi ( n'avons pu devant )

» Après la fête de Toussaint,

» En l'an de l'incarnation

» Du Christ notre rédemption

» Mille trois cent vingt et trois.

» Et afin que ne doutiez pas

» Que nous ne tenions nos promesses,

» A nos ici présentes lettres

» Avons fait mettre notre scel

» Pour gage de la vérité. »

Ces lettres, qui furent expédiées dans tout le Languedoc, portent les signatures suivantes : Bernard de Panassac , damoiseau ; Guillaume de Lobra, bourgeois ; Bérenguier de Saint-Blancat et Pierre de Mejana-Serra, changeurs; Guillaume de Gontaut et Pierre Camus, marchands; maître Bernard Oth, notaire de la cour du viguier de Toulouse, n est constant , d'après ces lettres, qu'avant même Fannée 1323 il existait à Toulouse une compagnie de gais poètes qui avaient quelque lieu de réunion où ils lisaient leurs ouvrages, puisque les troubadours de 1323 déclarent qu'ils ne font que marcher sur les traces de ceux qui les ont devancés.

TEMPS IMTEBMÉDIiiaES. 365

Ces lettres nous apprennent : l"" que nos troubadours avaient des séances littéraires à des jours fixes, presque toujours le dimanche ; iL"" un lieu particulier destiné à ces séances, un beau verger situé près du couvent des augustines, non loin de la porte Neuve (aujourd'hui rue Basse du Rempart) ; 3" un scel ou sceau qui indique qu'ils jugeaient de quelques pièces de poésie, et accordaient des lettres testimoniales aux vainqueurs ; i"" que, cette année, ils accordèrent pour prix, et à leurs frais, une violette d'or : ce qui ne doit point porter à conclure qu'avant cette époque aucun prix n'ait été accordé ; 5" qu'ils ouvrirent une lice publique et solennelle à laquelle ils invitèrent tous les poètes de la province, soit pour y présenter leurs ouvrages, soit pour y étudier les règles de la poésie provençale.

Nous laisserons un instant les sept troubadours attendre à Toulouse l'effet de leurs lettres scellées de leur grand sceau pour suivre Charles IV dans son voyage. Ce prince arriva à Toulouse vers la fin du mois de janvier 1324, accompagné de la reine son épouse, du roi de Bohême son beau-frère, de Charles comte de Valois son'oncle, et de Sanche roi de Majorque. Il resta en cette ville six semaines entières, y donna des lettres de sauvegarde pour l'abbaye de Belleperche, et y reçut Amalric vicomte, de Narbonne qui vint lui rendre compte des dépenses qu'il avait faites pour l'armement naval, armement qu'on fut obligé'de suspendre à cause de la guerre qui allait éclater entre la France et l'Angleterre. Charles quitta Toulouse et revint en France par le Berri. A son retour à Paris, il y fit expédier des lettres en faveur des habitants de Toulouse, par lesquelles il leur accordait, en récompense de leur constante fidélité

366 TEMPS INTERMÉDIAIIIES.

et de leur dévouement tant envers ses prédécesseurs qu'envers lui-même, le privilège d'acquérir, quoique non nobles, les biens des nobles (excepté les fiefs) sans payer finance. Le roi ne put être témoin de la grande solennité littéraire qui eut lieu à Toulouse le l*' jour de mai et les deux jou^g suivants, par suite de l'invitation des sept troubadours. On vit donc arriver de toutes les parties du Languedoc en cette ville maints ' troubadours portant leurs œuvres. Ils furent reçus par les sept illustres au verger des Augustines, le 1'^ jour de mai. L'assemblée était nombreuse et imposante ; on y voyait les seigneurs capitouls François Barrau, Âzémar d'Agremont , Arnaud de Castelnau , Bertrand de Morlas, chevaliers ; Guillaume Pagèze, damoiseau ; Mancip Mauran, seigneur de Montrabe ; plusieurs bourgeois, hommes doctes et savants. Le 1*' jour de mai fut employé à la lecture des pièces ; le deuxième jour, après "avoir entendu la messe, on procéda à un examen attentif; le troisième jour, on rendit le jugement public, et la violette d'or fut adjugée à M* Arnaud Vidal de Castelnaudary, qui , à cette occasion, fut créé docteur en la gaie science à cause de la chanson nouvelle qu'il avait composée en l'honneur de Notre-Dame. Les capitouls furent si heureusement impressionnés par la solennité de ces jeux qu'il fut résolu que dorénavant le prix de la violette d'or serait payé sur les émoluments de la ville. Ainsi fut terminée cette solennité littéraire, qui nous montre d'une manière authentique l'origine du consistoire ou académie du gai savoir, devenue dans le siècle suivant l'académie des Jeux Floraux. Nous parlerons plus bas des préceptes sur la poésie que fit publier le gai consistoire.

TBMPS iNTERMÉDiÂIRBS. 367

Nous avoDS dit que la guerre entre le roi de France et celui d'Angleterre était sur le point d'éclater. Elle éclata en effet en 1524, et voici quelle en fut l'occasion. Le seigneur de Montpezat en Agenais ayant construit une nouvelle bastide^ les gens du roi prétendirent qu'elle dépendait du roi de France ; Montpezat soutenait au contraire qu'elle dépendait du roi d'Angleterre. Les premiers la firent adjuger au roi par arrêt du conseil suprême et y mirent garnison. Montpezat, avec le secours du sénéchal du roi d'Angleterre, la reprit, et fit passer la garnison française au fil de l'épée. Charles IV demanda réparation au roi d'Angleterre, qui différa de la donner : ce qui détermina le roi de France à envoyer en Aquitaine Charles de Valois, son oncle, à la tête d'une armée. Ce prince vint assiéger La Réole, devant laquelle se rendit toute la noblesse du pays. Toulouse y envoya un corps considérable de troupes ayant à leur tête deux capitouls. La Réole s'étant rendue, le château de Montpezat fut pris et rasé. Le comte de Valois, après s'être rendu maître de toute la Gascogne, à l'exception de Bordeaux, Rayonne et Saint-Sever, congédia son armée, et revint en France, où il mourut l'année suivante. Une trêve fut conclue entre les deux princes. Pendant cette trêve, Charles IV fit lever les subsides en Languedoc pour soutenir la reprise de la guerre, mais la paix fut faite en

L'année suivante (1326) offrit à Toulouse le plus bizarre et le plus singulier spectacle qui fût jamais. Le sieur d'Escalquens, capitoul, ayant voulu faire célébrer de son vivant ses obsèques, choisit pour le lieu de la scène la grande église des dominicains, et invita ses confrères à s'y rendre.

368 TEMPS INTBEMÉDIAIBBS.

Le 22 avril, il se fit placer dans un cercueil, les mains jointes ; quarante cierges brûlaient autour ; on chanta la messe et l'office des morts, et le corps vivant fut porté ensuite auprès de Tau tel principal. D'Escalquens s'étant levé du cercueil, se rendit à son hôtel et fit servir le repas des funérailles aux capitouls.

Jean de Comminges, disent nos annales, n'était pas à Toulouse au moment où eut lieu cette grotesque cérémonie ; mais à son retour, il assembla un synode provincial dans lequel l'affaire fut examinée sous le point de vue du droit canonique. Il fut décidé qu'aucun ecclésiastique régulier ou séculier ne pourrait à l'avenir se prêter à de semblables exigences, sous peine d'excommunication. Nous supposons que Jean de Comminges, s'était absenté de Toulouse pour remplir, avec le maître des hospitaliers de Saint- Jean, une mission que le pape leur avait donnée, celle de rétablir la paix entre Guy dauphin de Vienne et Edouard comte de Savoie.

Ce prélat fut bientôt après élevé à la dignité de cardinal et nommé ensuite évéque de Préneste. Il quitta alors l'administration du diocèse de Toulouse, qui reçut pour archevêque Guillaume de Laudun. Jean de Comminges eût été infailliblement porté sur le siège apostolique après la mort de Jean XXII, s'il eût voulu accepter la condition qui lui fut imposée, de ne jamais transporter la papauté d'Avignon à Rome. Il gouverna l'église de Toulouse pendant onze ans. C'était un prélat très magnifique. Il légua des fonds considérables pour qu'après sa mort, qui arriva à Avignon en 1348, on établit des chanoinesses de Saint--Etienne sous l'invocation des Onze Mille Vierges, voulant que le nombre

TEMPS INTKEJIÉDUIEES. 3C^)

en fût porté à deux cents, et qu^elles suivissent la règle de Saint-Augustin ; il y établit aussi douze chanoines réguliers destinés à gouverner le spirituel du monastère et fonda encore quatre chapellenies. La supérieure de cette maison, devait porter le titre d'abbesse et devait être crossée. Les offices divins devant être perpétuellement célébrés dans Féglise du nouveau couvent, la communauté se partagea à cet effet en quatre chœurs de cinquante religieuses chacun. Enfin il enrichit cette maison de nombreuses rehques précieuses, entr'autres, d un os du bras de saint Pantaléon et d'une coupe faite par le saint lui-même, et ordonna que Ton appellerait d'un autre monastère quinze chanoinesses pour former celles de Saint-Pantaléon à la vie religieuse.

Les volontés de Jean deComminges furent exécutées six ans après sa mort. En 1354 on jeta les fondements du monastère, grâce aux libéraUtés d'une femme opulente nommée Nymphe de Struan, qui donna une superbe maison pour Tagrandir. On reconnaît Navie poyr première abbesse de Saint-Pantaléon. Cette maison des Onze Mille Vierges changea son nom en celui du saint dont elle possédait les reliques. Le vénérable fondateur de ce monastère n était pas moins remarquable par sa science que par sa pieuse munificence. 11 composa plusieurs discours sur le mystère de la Passion et sur les fêtes des saints. Le trait de la vie qui a rapport à sa grave dispute en plein consistoire avec le cardinal de Périgord, au sujet de l'élection de l'empereur, n'appartient pas à notre histoire. C'est k tort qu'on a placé au nombre des conciles de Toulouse, sous le pontificat de Jean de Comminges, et l'auto-da-fé de 1319 et le synode de 1326.

III u

370 TEMPS INTBRV&DIâlRKS.

Un puissant seigneur du Toulousain, Arnaud de La Vie de Villemur, fut alors sur le point d'être la victime d'une terrible accusation. On avait découvert à Toulouse une société infernale d'empoisonneurs étrangers à la ville qui avait des ramifications assez étendues. Ces misérables, qui s'adonnaient à la magie et à divers sortilèges, fabriquaient certaines images en cire sur lesquelles ils gravaient plusieurs caractères symboliques ou cabalistiques, et avaient juré la mort du roi et celle de plusieurs illustres personnages. La rencontre fortuite de ces signes ou symboles déterminait là perpétration du crime. Les gens du roi découvrirent ces empoisonneurs, qui furent envoyés à Paris et jetés dans les prisons du Châtelet. Dans leurs interrogatoires, ils déclarèrent qu'ils n'avaient résolu d'attenter à la vie du monarque qu'à l'instigation de quelques seigneurs, entr'autres de celui de Villemur, qui était neveu du pape Jean XXII et conseiller du roi. Mais ces misérables confessèrent ensuite que c'était une accusation injuste ; alors le roi le déclara innocent. Ces empoisonneurs étaient tellement multipliés dans la province que le pape s'était vu obligé de convoquer un concile à Avignon pour défendre, sous les plus graves peines, de vendre* et d'acheter du poison.

Charles IV mourut au bois de Vincennes, le 31 janvier 1528. Philippe de Valois, son cousin germain, lui succéda. On assure que ce dernier prince tint à Paris une assemblée de notables dans laquelle il fut question du rétablissement du prétendu parlement de Toulouse, afin d'épargner aux peuples de la province les dépenses qu'ils étaient obligés de faire en se rendant a Paris ; que Bertrand abbé de Saint- Hilaire au diocèse de Carcassonne , Pierre Galvan chantre

TEMPS intbumbduires. 374

d'Orléans et Raymond de Chalons, commissaires réformaleurs, avaient été chargés de tenir ce parlement; mais qu'il ne dura que six semaines, sur la plainte des évêques qui n^ avaient point été appelés.

Le pays toulousain produisit a cette époque des hommes également distingués par leur science et leur vertu. Raymond Bequin, religieux dominicain, enseigna TEcriture sainte à Toulouse avec beaucoup, d'éclat. Jean XXII, informé de son mérite, le nomma maître du sacré palais, le fit ensuite patriarche titulaire de Jérusalem et l'envoya dans l'île de Chypre pour y gouverner cette Eglise. — Jacques Fournier, né a Saverdun, entra dès sa première jeunesse dans l'ordre de Citeaux à l'abbaye de Bolbonne. Il fut successivement abbé de Fontfroide, évéque de Pamiers, de Mirepoix, cardinal , et enfin pape sous le nom de Benoît XII. Quoiqu'il eut fixé son séjour à Avignon, il s'occupa cependant de Rome, et fit reconstruire k grands frais la charpente de l'ancienne basilique de Saint-Pierre. Benoît XII évita avec soin le népotisme ; plusieurs grands seigneurs lui ayant demandé sa nièce en mariage, il préféra la donner à un marchand de Toulouse. Les deux époux ayant été le voir à Avignon^ il les reçut avec beaucoup de bonté, mais ne leur accorda pour toute faveur que sa bénédiction et les frais de voyage. Aussi recommandable par sa science théologique que par son zèle pour la religion, il composa plusieurs ouvrages sur l'Ecriture sainte et des traités mystiques. Dans la crainte que l'Italie ne devînt la proie des factions, il contint les grands dans le devoir en les plaçant dans les différentes villes qu'ils possédaient en qualité de vicaires du siège apostolique, et persuada aux Romains de

ne plus coDfier la dignité sénatoriale à des personnes rovt les, comme par le passé, mais de la garder pour euxmêmes, sous les auspices de TEglise. Nous avons de ce pape, dont la mort inspira de justes et d'unanimes regrets, i" une épitre dans laquelle il démontre que les âmes qui ont suffisamment payé leur dette a la justice divine pour la peine temporelle due au péché, jouissent de la vision béatifique avant la résurrection dernière et le jugement général ; 2° une constitution sur la visite des monastères; 3*» une constitution touchant la réforme des religieux augustins. Ce fut sous son pontificat que Pétrarque le célèbre poète reçut au Capitole de Rome la couronne de laurier. Benoît XII mourut a Avignon en 1342.

Le roi donna commission, dans le mois de février 1529. au sénéchal de Toulouse de recevoir le serment des capitouls et des habitants : ce qui fut exécuté. En même temps Guillaume de Laudun reçut du pape la mission spéciale de pubher certains statuts dressés par les cardinaux-légats pour la réformation de l'université de Toulouse. Ces cardinaux étaient Pierre de Palestrine et Gamelin évèque d'Aïbano. D'après ces nouveaux statuts, « les danses, les ban- '» quets, les spectacles de comédiens ou d'histrions sont » interdits aux étudiants lorsqu'ils prennent leurs degrés, » et le repas qu ils donnent à cette occasion est réglé à » quinze francs de monnaie courante. Il est défendu aux » écoliers de tenir des enfants sur les fonts. Ils doivent » porter des habits uniformes, savoir : des chapes à man- » ches, et non des habits ronds et courts. »

Ces statuts furent assez mal observés, et eurent à peu près le sort qu'avaient eu ceux qu'on avait déjà faits au

TEMPS INTEUMÉDI AIRES. 373

commencement de ce siècle. Nous savons, en effet, qu'en 1310 Pierre de Verdale, chanoine de Carcassonne, recteur de l'université de Toulouse, en avait dressés. En 1314, Robert de La Tour, prieur de Rabastens, de Tordre de Cluni , et recteur de ta même université, avait aussi réglé le costume des écoliers : ils devaient porter une tunique ouverte, une subre-veste fermée, un corset sans manches, un capuchon, des mitaines et des brodequins. Les professeurs réguliers pouvaient porter l'habit de leur ordre. On trouve dans ces statuts les noms de Bernard de Saint-Genez, licencié en l'un et l'autre droit ; de Guillaume de Montlezun, docteur en décrets, abbé de Moutier-Neuf de Poitiers, qui composa un commentaire sur les Clémentines et un sacramentaire.

En 1324, Barthélémy Fléchier, maître ès-arts et recteur de l'université de Toulouse , avait fait divers règlements dans lesquels il était statué que, le jour où le liencié prenait ses degrés, il ne pouvait se faire accompagner chez lui que par deux trompettes et un tambour.

A l'époque où nous sommes, l'université de cette ville possédait six docteurs régents en décrets et autant en lois , et plusieurs maîtres ès-arts. On trouve dans une requête présentée au recteur de l'université, Pierre de Murisanio , chanoine du monastère de Saint-Antoine de Vienne, les noms de plusieurs professeurs célèbres et notables écoliers, parmi lesquels on distingue dom Roderic abbé de Valladolid, dom Bérenger abbé de Saint-Michel de Flavarit, Robert de Foix, Pierre de Spères, Raymond d'Astarac, Hugues de Gardeilhac, Sicard de Montant, Bernard de Latour, et un grand nombre d'autres.

374 TBMPS INTBRMÂOUIRES.

S'il faut croire au récit de Bardin, un effrayant météore, que le chroniqueur prend pour une comète, apparut toutà-coup à Toulouse, dans la nuit du samedi saint. Sa couleur était rouge et plombée ; la clarté qu'il répandait était semblable à des traits de flamme ; les quaû*e vents du ciel soufflèrent avec violence ;' la terre trembla, et quatorze maisons furent englouties ; le quartier de Pierre de Gameville, capitoul, eut beaucoup à souffrir. La frayeur s'emparait de tous les esprits, surtout lorsqu'on entendait de toutes parts retentir ces paroles : « Hurlez et faites pénitence, car le grand et terrible jour du Seigneur approche. » Ce météore demeura sur l'horizon pendant trente-huit nuits, depuis dix heures du soir jusqu'à l'aurore. Le peuple courait en foule aux églises ; on institua deux jours de jeûne par semaine, le mercredi et le vendredi. A la suite de cette apparition, une maladie épidémique exerça ses ravages et enleva plusieurs milliers d'habitants. Il est bien difficile d'admettre de pareils récits sur la seule autorité d'un historien qui n'indique pas ses sources.

L'inquisiteur de Toulouse soutint peu de temps aprè^s, en 1350, un procès contre Guillaume de Villars, juge d'appaux de cette ville. Quelques abus s'étant gUssés dans l'exercice de la juridiction ecclésiastique, le roi nomma ce magistrat pour les corriger. Ce commissaire se. fit d'aboi'd présenter les registres des cours ecclésiastiques et prétendit que ceux de l'Inquisition devaient lui être remis. L'inquisiteur refusa. Alors les portes de l'Inquisition furent enfoncées et les registres enlevés. Plainte fut portée au parlement de Paris par l'inquisiteur, la procédure annulée, et le commissaire condamné aux dépens.

L'abbaye de Saint-Laurent de Goujon perdit alors son abbesse, Gancione de Laroche, qui, sur la fin de sa vie, alla visiter le prieuré de Sainte-Marguerite de Fontelle au diocèse de Lectoure. Julienne de Comminges, fille de Bernard de Comminges seigneur de Forges, lui succéda. — Amélius de Lautrec , après avoir gouverné Tabbaye de Saint-Saturnin à Toulouse pendant sept ans, fut accusé par Gautier de la Neuville, viguier de Toulouse et gouverneur du château Narbonnais, par-devant le tribunal de Tlnquisition, d'avoir avancé que les âmes humaines étaient mortelles de leur nature et immortelles seulement par la grâce de Dieu. Âmélius plaida sa cause et fut absous. Le procureur général en appela au parlement de Paris, qui confirma la sentence de Tinquisiteur. Jean XXII donna à Âmélius la commission de rechercher les mineurs conventuels qui prétendaient avoir le privilège du saint-siége de recevoir indistinctement tous les legs et offrandes. Il lui fut ordonné que, lorsqu'il aurait en son pouvoir Gui , fils du comte Frédérici, et les autres fauteurs de la révolte, il les traitât selon la rigueur des lois. Nous trouvons ensuite Amélius à Avignon auprès du pape, travaillant à la vérification des miracles et aux informations de la vie de saint Nicolas de Tolentin. Il fut créé évêque de Castres, et eut pour successeur dans son abbaye Hugues de Roger.

Raymond de Montaigut , abbé de Mas-Garnier, mourut en 1323. Il est connu dans nos annales pour avoir faituiuî transaction avec Pons, abbé de Grand-SelVe, au sujet dos limites et des droits de son abbaye. Il était très opulent et établit a ses frais, au Mas, la charge d'aumônier, à laquelle il assigna des revenus particuliers. Il eut pour successeur

376 TBVPS INTBRMtmAiRBS.

Aymeric de Montaigut, religieux de Moissac. — Arnaud de Maris, Pierre de Foix et Arnaud de Marasco occupèrent successivement Tabbaye d'Eaunes. — Guillaume de Pirel , abbé de Beaulieu au diocèse de Rhodez, fut nommé par Jean XXII abbé de Grand- Selve ; il succédait à Pons Maurin. Il gouverna cette abbaye pendant vingt ans. Arnaud de Calbert, abbé de Fontfroide, fut élu abbé de La Capelle. et garda son abbaye un nombre égal d^années.

Léglise de Rieux fut alors successivement gouvernée par Rabastens, d'abord évêque de Pamiers, ensuite de Léon en Espagne, et enfin de Rieux. Fait cardinal au titre de Sainte- Anastasie, il mourut en 1321, et eut pour successeur Bertrand de Pilefort. Celui-ci n'occupa le siège de Rieux que quelques mois. Bertrand de Cardaillac gouverna très peu de temps cette Eglise, et fut transféré sur le siège de Cahors, Il eut pour successeur à Rieux Jean de La Tisseranderie, religieux mineur. Jean résidait à la cour romaine. Noos trouvons cependant un acte par lequel il céda à un prêtre de Tordre de Malte le rectorat de Saint-Sulpice de Lezat.-

A cette époque on jeta à Feuillants les fondements d'une nouvelle église, dont on voit encore les restes. Rajinond de Montlaur, Etienne, et un autre Raymond de Montlaur qui appartenait sans doute à la famille du précédent, abbés de ce monastère, réunirent d'abondantes aumônes pour terminer cet édifice.

A Boson de Salignac succéda, sur le siège de Comminges, Du Millario, qui peut-être appartenait a l'ordre de saint Dominique, mais qui ne vint jamais dans son diocèse pour y être installé. A celui-ci succéda Scot de Linaris, chanoine de Véglise de Saint-Etienne de Toulouse. Nos annales

TSMPS INTERMÉDIAIRES. 377

nous le montrent à Marseille assistant à la dégradation de cinq religieux mineurs, et donnant aux religieuses de Saint- Laurent dans son diocèse une partie des dîmes de Saint- André. Guillaume de Larvo monta , après lui , sur le siège de Comminges. Ce prélat assista en 1330 à la consécration de l'église de Saint-Louis de Poissy, en présence du roi Philippe-le-Long et d'un grand nombre d'évêques du royaume. Sous son épiscopat, Arnaud de Marquefave gouvernait l'abbaye de Bonnefont, et Pierre Sicardi , docteur et professeur en droit canon, celle de Nizors. €e dernier avait succédé à Arnaud de Falgar.

Toulouse vit arriver en ce même temps dans ses murs le plus célèbre poète de son temps, Pétrarque, qui vint saluer la cité des troubadours. Il était né à Arezzo, en 1304. Après avoir passé les six premières années de sa vie auprès de sa mère dans la vallée d'Arno, près d'Ancise, il suivit son père à Pise et de là à Avignon. Clément V venait d'y fixer sa cour. Pétrarque continua ses études à Carpentras , sous Convennole. Il vit alors pour la première fois la fontaine de Vaucluse et ses sites enchanteurs. On l'appliqua à l'étude de la jurisprudence, qu'il dédaigna bientôt pour celle des lettres. A Bologne, il éprouva un irrésistible attrait pour la poésie. La lecture de Cicéron et de Virgile faisait ses délices. Les premiers vers latins qu'il composa furent sur la mort de sa mère, Eletta Canigiani. Son époux la suivit de près au tombeau. Pétrarque et Gérard son frère, privés de fortune, embrassèrent l'état ecclésiastique. Pétrarque se fixa quelque temps à Avignon, où il continua de cultiver la poésie latine, mais il l'abandonna bientôt

378 TEMPS INTBRMÉDIàlRES.

pour écrire des vers dans sa langue naturelle, et c'est par là qu'il est arrivé k Timmortalité.

Pétrarque trouva des protecteurs ; les grâces de sa figure ainsi que ses talents et sa sagesse lui attirèrent la confiance de Jacques Colonne, jeune gentilhomme plein d'amabilito et de vertu,, à la fortune duquel il resta désormais attaché. On dit qu'à cette époque de sa vie, Pétrarque, le lundi de la semaine sainte 1327, vit à Avignon, dans l'église des religieuses de Sainte-Claire, une femme dont la robe verte était parsemée de violettes : c'était Laure, fille du chevalier Audibert de Noves et épouse de Hugues de Sade. Nous n'avons pas à parler ici des influences que la vue de cetle femme exerça sur la vie du poëte. Jacques Colonne, son ami, fut alors chargé par Jean XXII de publier et d'afficher à Rome une bulle fulminée par ce pape contre l'empereur Louis de Bavière. Colonne, ayant exécuté les ordres du pontife, fut promu, à son retour, à Févèché de Lombez. Lo nouveau prélat proposa à Pétrarque de l'accompagner ; ils partirent, et arrivèrent à Toulouse en 1330. Le poëte italien y vit les sept troubadours qui venaient d'instituer les jeux du gai savoir : aussi les a-t-il célébrés dans l'un de ses charmants poèmes. Il trouva la noblesse du pays assemblée à Toulouse pour les noces de Pierre infant d'Aragon et de Jeanne, sœur de Gaston II comte de Foix. Ce dernier obtint alors du roi la permission d'enfermer dans le château de Foix Jeanne d'Artois sa mère, comtesse douairière, à cause de son inconduite.

L'évêque de Lombez et Pétrarque poursuivirent leur route et arrivèrent en celte ville. Le poète affirme qu'il passa là les plus beaux jours de sa vie. Jacques Colonne

TEMK IMTBRMÉDUIRES. 379

lui donna une prébende dans cette église. Le poëte, doté d'un canonicat de Lombez, revint en Italie, et pleura plus tard, dans des pages où respire ce que la gratitude a de plus exquis, la mort de son protecteur.

Dans Tannée 1331, Toulouse fut agitée par un évënement qui eut de funestes suites. Le capitoul François de Gaure rencontra, le soir même du jour de Pâques, une troupe de gens armés : c'étaient des écoliers de l'université qui, s'étant livrés au plaisir, parcouraient les rues en tumulte, et en tète desquels étaient le vicomte de Lautrec et Bérenger. Le capitoul crut qu'il était de son devoir de l'arrêter. Bérenger mit l'épée à la main ; mais il fut repoussé par Douât, l'un des écuyers du capitoul, qui continua sa marche vers le pré Montardi, Les écoliers le rencontrèrent de nouveau sur son passage : alors François de Gaure se saisit de l'un des écoliers nommé Pozols, mais le relaxa bientôt, a la prière de Lautrec. Aussitôt après, ce dernier, par une damnable perfidie, s'écria à haute voix : Ambor ! Ambor! Firets! Firets ! espèce de cri de guerre. Le capitoul fut aussitôt entouré, malgré la résistance qu'opposèrent le soldat du guet nommé Léglise et les deux écuyers qui l'accompagnaient. Le soldat reçut à la tête une profonde blessure ; Bérenger coupa le nez et la mâchoire au capitoul , qui tomba évanoui, et la troupe prit la fuite.

Dès que les capitouls eurent appris ce triste événement, ils se mirent à la recherche des coupables. Bérenger fut arrêté dans la maison de la famille de Penne ; trois membres de cette famille furent arrêtés avec lui, ainsi que plusieurs amis et domestiques : en tout, trente personnes. La plupart des prisonniers étaient clercs, c'est ce qui détermina

380 TEMPS IN'TERMÉDIàlRBS.

Tofflcial de rarchevêque de Toulouse à les réclamer. On renvoya les prévenus, à Texception de Bérenger et d'un membre de la famille de Penne. Deux jours après, la sentence fut rendue ; elle portait que Bérenger devait éire attaché k la queue d un cheval et traîné devant la maison de François de Gaure, où il aurait le poing coupé ; de là il devait être traîné sur la claie aux fourches patibulaires, où il aurait la tête tranchée ; son corps serait exposé ei ses biens confisqués. Bérenger appela inutilement de ceUe sentence devant le viguier, le sénéchal, et même le parlement de Paris : la sentence fut exécutée. Nous verrons plu? bas les suites de cette affaire.

Le roi , désirant porter remède à quelques abus qui s tétaient glissés dans la province, envoya pour commissaire^ dans la sénéchaussée de Toulouse l'archevêque de Reiro? et maître Haubert de Hangest. Ces commissaires se saisirent, au nom du roi , du temporel de Tarchevêque de Toulouse, sous prétexte que ce prélat et ses gens s'étaient emparés d'une partie des domaines royaux. Le prince crut devoir aussi favoriser l'exercice de l'inquisition par Varrûi suivant : « Philippe, par la grâce de Dieu roi des Fran- » çais : aux sénéchaux de Nîmes, de Toulouse et de Car- » cassonne, k notre amé Sicard de Prohenques, clen: » licencié en droit et notre procureur général de la séné- » chaussée de Toulouse, et à tous autres justiciers de la » province d'Occitanie, salut. Quoique nos prédécesseui^ » et nous, dans l'intérêt de la foi, aient accordé au tribunal » de l'Inquisition et à ses officiers droit et autorité sur les » idolâtres, magiciens et hérétiques, parjures et impie^^, » comme l'exige ou peut l'exiger leur charge, cependant

> nos sénéchaux et nos ofliciers troublent les inquisiteurs » de la foi dans leur juridiction, d'où il résulte plusieurs » plaintes. Voulant que ce tribunal jouisse de ses anciens » privilèges, mandons et ordonnons à vous et à tous de » lui laisser le plein exercice de ses droits à Toulouse. »

Le pape Jean XXII mourut à Avignon, le 4 décembre 1 334. Avant sa mort, il accorda aux religieuses de Sainte- Claire d'Auterive au diocèse de Toulouse les mêmes droits et les mêmes privilèges dont jouissaient les clarisses de cette dernière ville. Cest ici le plus ancien monument relatif au monastère d*Auterive, dont la fondation doit être placée beaucoup plus haut. (Ce monastère a subsisté jusqu'à la révolution française, et on voit encore une partie de ses ruines.) Les cardinaux nommèrent, pour succéder k Jean XXII, Jacques Fournier de Saverdun, dont nous avons déjà parlé.

L'affaire de Bérenger fut alors poursuivie par les parents et les amis du coupable. L'université de Toulouse, qui prétendait avoir été lésée dans ses privilèges, leur prêta un puissant appui. Elle avait déjà porté ses plaintes au pape Jean, qui avait délégué Bertrand de Saint-Genez, doyen d'Angoulême, pour adresser aux capitouls et aux habitants de Toulouse un monitoire tendant à la réparation des torts faits à l'université. Le commissaire apostolique arriva à Toulouse et se rendit au couvent des dominicains, où il fixa sa demeure. Rubéi et Bérenger, capitouls délégués par leurs confrères, se rendirent auprès de Saint-Genez, lui déclarant que l'université avait surpris la religion du p^pe, et demandant une enquête, qui leur fut refusée. En même temps le parlement de Paris avait été saisi de ralTaiie et

avait assigné les capitouls. Ce parlement rendit, le 18 juillet

,1335, Tarrêt suivant : « Mandons et ordonnons que le co^p^

» de Bérenger soit levé des fourches et rendu à sa famille

^ pour être enterré avec les cérémonies de l'Eglise ; qu'il » sera fondé une rente ou chapelle de 40 livres de revenu » annuel pour faire prier Dieu pour le repos de Fâme du » défunt ; qu'une somme de 4000 livres sera donnée à >a » famille pour le remboursement des frais par eux avau- » ces.... » Par le même arrêt, les capitouls, la ville et tous ses habitants étaient privés du droit de corps et de communauté, avec confiscation au profit du roi du patrimoine de la ville.

Le 7 août , le roi confia l'exécution de ce formidable arrêt a Hugues d*Archiac, Guillaume Flotte, Etienne d'Albert qui fut pape sous le nom d'Innocent VI, et au sénéchal de Toulouse. Le chroniqueur Bardin nous a décrit dans le plus grand détail la pompe funèbre de Bérenger, où se trouvèrent les capitouls, tous les ordres de la ville, le clergé séculier et régulier, l'archevêque en tête. Le corps du supplicié fut inhumé dans le cimetière de l'église de la Daurade. On compta jusqu'à trois mille écoliers à ces obsèques. Les capitouls furent obligés de faire d'éclatantes réparations, soit à l'université , soit au corps de Bérenger, soit a sa famille. Le surlendemain, les commissaires du roi destituerent les capitouls et déléguèrent leurs fonctions au viguier de Toulouse.

Cependant plusieurs notables de la ville se rendirent à Paris et proposèrent au roi le rétablissement du capitoulat moyennant finance. Une somme de cinquante mille livres tournois fut promise, acceptée, donnée, et le capitoulat fut

TEMPS INTBIIMÉDUIRBS. 383

rétabli, quoique sur de nouvelles bases. Il fut , en effet, convenu qu'il y aurait désormais douze capitouls, huit pour la cité et quatre pour le bourg.

On parlait beaucoup alors à Toulouse des prédications d'un prêtre nommé Jean d'Alta-Ripa (Aulerivé), né à Castres. Le 4 octobre 1336, prêchant à Féglise des Cordeliers, il prit un air inspiré et annonça Femprisonnement du roi Jean et sa mort en Angleterre, ainsi que celle du cardinal Raymond qui avait été évêque de Saint-Papoul. On dit que cette dernière prophétie fut vérifiée par Tévènement peu de temps après. Ce personnage mourut en 1379, a l'âge de 86 ans. On affirme qu'au xvn* siècle, Alphonse d'Elbène archevêque d'Albi faisant démolir un bastion à Castres, on découvrit une table de pierre sur laquelle était gravée une inscription portant que frère Jean avait vu un livre de prophéties dans lequel on annonçait que dans deux cents ans la religion catholique serait profanée à Castres. Nous ne savons quelle foi il faut ajouter à ces récits et à ces découvertes.

Philippe de Valois entreprit a cette époque un voyage dans la province, soit pour y lever des subsides, soit pour visiter Benoît XH à Avignon. Arrivé à Toulouse, il y resta très peu de jours, et n'y rendit qu'une ordonnance relative à l'élection d'un lieu particulier pour les séances des commissaires royaux ; il continua sa route, mais fut bientôt obligé d'interrompre son voyage à cause de la guerre qu'il eut à soutenir contre le roi d'Angleterre. Ce fut pour appeler les bénédictions du ciel sur les armes du monarque, que, le lendemain de Pâques (21 avril 1337), on fit à Toulouse une procession générale qui eut des suites funes-

384 TEMPS INTBRMÊDUlRfiS.

tes. La levée des subsides pour la guerre avait délermiDi les capitouls à députer vers Simon de Provrgny sire d'Orgueri, maître des requêtes, Gallois de La Beaume, gouverneur en Languedoc, le damoiseau Aymertc de Castelnau, et Bernard Garaud, bourgeois. Ces députés traitèrent doni' de la levée des subsides moyennant certaines conditioDs posées et acceptées. Ces subsides, pour les Toulousains, furent fixés à douze mille livres, payables' en deux termes. Ces députés, de retour à Toulouse du siège de Madeilbri où ils avaient trouvé les gens du roi, ordonnèrent la processsion dont nous venons de parler. Le vicaire-général de Tarchevêque regarda cette ordonnance des capitouls comme abusive, et défendit au clergé ainsi qu'aux fidèles d'as^ster à cette cérémonie. Le vicaire général, cité par maître &monis, refusa de comparaître et fut arrêté. Larchevêque en appela au roi, qui confia cette affaire a son gouverneur. Nous en ignorons Tissue.

Guillaume de Laudun, archevêque de Toulouse, dota en 1340 son église cathédrale de la fondation de quatre prébendes canoniales qu'il désigna sous le nom de saint Dominique, en mémoire de Tordre auquel il appartenait avant sa promotion a Tépiscopat ; il consacra en même temps une chapelle de Saint-Etienne en Thonneur de cet illustre patriarche. — Guillaume de Lobersan, prévôt de Si-Etienne, mourut en 1340. Il avait soutenu avec fermeté les droite du chapitre contre les envahissements de Tarchetèque au sujet de la juridiction, ce qui donna lieu à un différend qui fut heureusement terminé par les légats du pape. Guillaume de Lobersan eut pour successeur Roger de Noër. Hugues Roger, qui gouvernait toujours Fabbaye do

TEMPS INTEAHKDIAIBES. :\Sl\

Saint-Saturnin, fut choisi pour arbitre entre Gaston de Poix et Simon d'Arquier qui se disputaient la possession du lieu de Lautrec. L'abbé prononça en faveur de Gaston, à condition cependant qu il payerait a Simon six mille livres. Nous trouvons ici Boniface de Durfort, prieur de la Daurade, ayant une discussion assez vive avec un certain clerc nommé Guillaume des Bordes, au sujet des dîmes de Sainte- Livrade.

L'abbaye des cbanoinesses de Saint-Saturnin avait à sa tète Gaucianne, qui demanda à Beraud, évéque d'Albi, la permission d'établir une maison de son ordre dans sa ville épiscopale.' Cette maison fut appelée les Augustines de Sainte-Catherine, et fut remplacée plus tard par celle des Annonciades. Elle gouverna son abbaye jusqu'en 1341. — Hugues et Guarin furent successivement abbés d'Eaunes à cette époque. — La Capelle ayant perdu en 1340 Arnaud de Galber ti , son abbé, la dignité abbatiale demeura longtemps vacante dans cette maison, car ce n'est que dix-sept, ans plus tard que nous trouvons la suite de ses abbés.

Le diocèse de Toulouse vit s'élever en ce temps un nouveau monastère de religieuses de Sainte-Claire à Lévignac. Elles eurent pour fondatrice Tiburge de rille-Jourdain comtesse d'Astarac. La série des abbesses de cette maison ne s'ouvre qu'au seizième siècle, par Antoinette de Mons.

Ce fut en 1340 que les Anglais entreprirent le siège de Condom. Pierre de La Palu, sénéchal de Toulouse, marcha au secours de celte place, et ordonna à tous les gouverneurs des diverses sénéchaussées d'envoyer le plus tôt possible toutes les milices disponibles, car il craignait beau-

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380 TKMPS INTBRMÉUUl&KS.

iîoup que les Anglais ne fissent une irruption sur Toulouse. Déjà, au mois de septembre, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc, avait ordonné la levée des subsides dans la sénéchaussée de Toulouse, à concurrence de trente-trois mille livres. Cette levée devait être faite par les soins de Guillaume du Vernet, Etienne du Pont et André de Gimilly. Ce fut peut-être pour favoriser l'action de ces commissaires que Louis de Poitiers doc de Dinois et de Valentinois, capitaine général du Languedoc, arriva à Toulouse, et entra en ville par la porte du château Narbonnais. Avant d'aller plus loin, il fit le serment solennel de conserver tous les privilèges des inquisiteurs et ceux de la cité. Pendant son séjour, le prince demeura au château Narbonnais.

Le 17 mars 1342, Gausbert Du val, ancien archevêque d'Arles, et a l'époque que nous parcourons archevêque de Narbonne, fonda dans l'université de Toulouse un collège pour douze écoliers, dont deux devaient être de la paroisse de Saint-Pierre d'Emzac en Querci, lieu de sa naissance; deux, chanoines de l'église d'Arles ; deux autres, prêtres, devant dire la messe alternativement tous les dimanches. Il acheta pour ce collège une maison et des jardins appelés de Versias, dans la rue Valade. Ce collège de Narbonne était situé vis-à-vis du couvent des capucins, aujourd'hui place de l'Artillerie.

Une trêve avait été conclue entre les rois de France el d'Angleterre. Pierre de La Palu , sénéchal de Toulouse, vint alors à Buzet dans le Toulousain, et y disposa de quelques biens confisqués à Gaillac en Albigeois en faveur de Vital de Nogaret, procureur du roi de la sénéchaussée de

T«HPS I?ÎTBAMÉDI AIRES. ;VSt

Toulouse, pour le récompenser de ses services. De leur côté, le comte de Valentînois et Févêque de Beauvais donnèrent k Toulouse des lettres- de noblesse en faveur de Joubert de Ribayrac, pendant que Robert seigneur de Charni, conseiller du roi , rendait des arrêts dans le consistoire de la nouvelle salle royale de Toulouse. Nous supposons que cette salle avait été construite au château Narbonnais, auprès . duquel on éleva une nouvelle église pour le service de ce palais, et dont les restes existent encore de nos jours (place de là Monnaie). Ces constructions diverses marchaient de pair avec celle des nouveaux remparts de la ville, que Ton commença à bâtir du côté de ce château.

Nous trouvons dans nos annales divers actes qui prouvent la présence à Toulouse de Tévêque de Beauvais et du duc de Valentinois pendant la trêve. Ainsi, en 1341, le premier nomma en cette ville un commissaire pour la recherche des biens vendus aux nobles et aux gens d'église, afin de recueillir de l'argent pour la guerre, la trêve devant expirer à la Saint-Jean. On assure qu'il fit exécuter plusieurs criminels condamnés à mort par les capitouls, malgré leur appel au parlement, qui lui suscita une querelle, assoupie plus tard par le roi. Quant au duc, il confirma à Toulouse les coutumes de la ville de Réalmont en Albigeois.

L'évêque de Beauvais, rappelé par le roi , avait fondé dans le diocèse de Saint-Papoul une bastide à laquelle il donna son nom. Ce prélat fut remplacé à Toulouse par Agout de Baux, créé sénéchal de cette ville par le roi, qui anoblit aussi, en 1343, Arnaud et Guillaume Daffis, habitants de Toulouse, et donna commission de poursuivre avec

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vigueur les pillards qui infestaient toule celte sénéchaossée. La trêve entre les rois de France et d'Angleterre fai alors prorogée.

Gaston II de Foix venait de mourir à Séville, dans un âge peu avancé. Par son testament, il avait choisi sa sépulture a Bolbonne, où son corps fut transporté et inhume à côté de ceux de ses ancêtres. Il laissa la tutelle de Gaston III, surnommé Phébus à cause de sa beauté, à Eléonore de Coraminges, sa veuve. Le 5 décembre, cette princesse était à Toulouse, où elle reçut quittance d'un habilani de Burgos en Espagne pour diverses sommes qui lui étaient dues. Phébus épousa plus tard Agnès de Navarre, fille de Philippe III roi de Navarre et de Jeanne de France.

Guillaume de Laudun, archevêque de Toulouse, ne pouvait plus supporter, à cause de son grand âge, le poids de son administration pastorale. Avant de quitter son sié^e. il porta ses plaintes au pape au sujet des vexations san> nombre dont l'Eglise de Toulouse était l'objet de la part des gens de la sénéchaussée, et supplia le pape d'avertir le roi de tout ce qui se passait dans son diocèse. C'est dans les lettres que Rome adressa à ce sujet au roi que le pontife suprême retrace Téloge de Guillaume de Laudun, qu'il nous représente comme un homme plein de mérites et d'une science éminente. Privé de la vue, Guillaume abdiqua l'archevêché de Toulouse, en 1345, en faveur de Raymond de Vis ou de Canillac, chanoine et prévôt de l'églisi' de Maguelonne. Il mourut quelques années après (1352) à Avignon. On lui attribue plusieurs sermons. Il gouverna l'Eglise de Toulouse pendant quinze ans.

Edouard, roi d'Angleterre, ayant manifesté le dessein de

TBMPS l.\TBaMEDIAlRE:i. 389

rompre la trêve, le roi de France fit partir pour la province son fils aîné, Jean duc de Normandie, avec Tautorité de lieutenant-général. Dans le cours de son voyage, le prince passa à Toulouse et a Buzet, et parcourut toute la province. En même temps Edouard fit partir des ports d'Angleterre Henri de Lancastre comte de Derby avec une nombreuse flotte et une forte armée. Ce seigneur résolut d'assiéger d'abord Bergerac, où commandait Bertrand de nile-Jourdain, dont la baronie fut élevée alors au titre de comté. — Bergerac fut pris malgré les efforts du comte de rille, qui se retira à La Réole. Plusieurs places tombèrent au pouvoir des Anglais: Langon, Beaùmont-de-Lomagne , etc. La ville de Fille-Jourdain fut aussi assiégée et se soumit. La plupart des seigneurs du pays furent tués ou faits prisonniers par les Anglais devant Auberoche. Au nombre de ces derniers se trouva Bertrand de Fille. A cette nouvelle, le roi nomma Pierre de Bourbon son lieutenant en Languedoc , sous les ordres du duc de Normandie.

L'histoire garde le silence sur les actions de ce dernier prince et de ses lieutenants en Guienne après la descente du comte de Derby. Nous savons seulement que leurs efforts furent inutiles pour arrêter les armées anglaises : c'est ce qui détermina le prince à mettre sur pied une nombreuse armée et à la réunir à Toulouse avec les états généraux, qu'il y convoqua pour le 17 février 1346. Ces élats furent, en effet, ouverts au jour indiqué. Il y fut décidé qu'on ferait la levée d'un fouage de dix sols par feu , et qu'on se réunirait de nouveau au mois de mai suivant. L'armée assemblée à Toulouse montait k six mille cavaliers et cinquante mille piétons. On se mit en marche au mois

UO TEMPS ntTBRMiDlAIRES.

de mars. Le duc lit d'abord le siège d'Aiguillon, qu'il fui obligé de lever. Parmi ceux qui servirent dans cette armée, nous remarquons Geraud de Montfaucqn, sénécbal de Toulouse, Assur de Polastron, et Arnaud de La Vie vicomte de Villemur. Nos annales nous apprennent encore que les capilouls de Toulouse fournirent au duc de Normandie mille sergents de leur ville pour le siège d'Aiguillon, et que Pons et Bernard d'Izalguier, chevaliers de Toulouse, prêtèrent au roi et à ce prince des sommes considérables pour les frais de celte entreprise.

Sur la fin de mai, le duc de Normandie se rendit a Toulouse pour la tenue des états généraux qu'il avait convoqués ; on y régla la manière dont chaque corps devait pourvoir aux frais de la guerre. Le clergé du diocèse offrit de fournir un subside pour l'entretien d'un certain nombre de gens d'armes, outre le décime qu'il payait. Mais la descente que fit Edouard en Normandie, et qui fut suivie de ' la funeste bataille de Crécy, força le duc à abandonner Aiguillon et a se porter au secours du roi son père. A Agen, où il se trouvait au mois d'août , il désigna, pour gouverner le Languedoc à sa place, son féal cousin Jean comte d'Armagnac, et accorda aux habitants de Toulouse la permission de clore la ville de murailles flanquées de tours. Ces murailles avaient été abattues après la paix de 1229, et on avait déjà commencé de les reconstruire. Le duc revint en France sous l'habit de pèlerin, et le comte d'Armagnac fixa sa résidence à Agen pour observer les mouvements des Anglais, qui s'étaient répandus jusque dans le Toulousain. Il importait grandement aux habitants de Toulouse que leur ville fût bien gardée ; aussi , le 10 oc-

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tobre 1346, les capilouls demandèrent-ils au comte la permission d'étendre l'imposition des quatre deniers par livre sur toute sorte de denrées, imposition que le roi leur avait permise pour la réparation de leurs murailles. Ce fut à cette époque que Ton termina Tenceinte dont les restes subsistent encore aujourd'hui, mais qui bientôt disparaîtront sans retour, grâce à la manie des alignements peu commodes dans les villes du Midi. On détruisit aussi quelques monastères qui étaient situés dans les faubourgs, entr'autres celui de Saint- Jacques le Vieux, dont la fondation nous est inconnue ; celui des bénédictines de Cluny, depuis longtemps établi hors des murs à côté d'une église dédiée a saint Cyprien, et qui reconnaissaient Fabbé de Moissac pour leur supérieur général et le prieur de la Daurade pour leur supérieur immédiat. Ces bénédictines prirent le nom de Dames de la Daurade ou de la Mer. Les inondations fréquentes occasionées par le fleuve et la guerre

des Anglais les ayant forcées à chercher un asile dans

l'enceinte des murs, elles se fixèrent près de la porte de Saint-Cyprien, en un lieu qui leur fut cédé par les chanoines de Saint-Etienne, et où se trouvait déjà une autre maison religieuse appelée les Sœurs Blanches de la Madeleine. Cette dernière maison avait été établie par la famille d' Aigrement, sous le pontificat de Jean-Raymond de Comminges.

Les Anglais faisant toujours des préparatifs nouveaux pour étendre leurs conquêtes, toutes les villes du Languedoc cherchèrent à se fortifier ; on levait partout des subsides. D'après Bardin, un capitoul nommé Guillaume Fabri fut accusé du crime de péculat et jeté dans les fers ; mais

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il ajoute que plus tard son innocence fut reconnue et qu on le réintégra dans sa charge. La même prison qui avait reçu le capitoul reçut bientôt après Guillaume de Cardaillac , évoque de Saint-Papoul, accusé d'intelligence avec les Anglais et de les avoir accueilli dans son diocèse. Le sénéchal de Toulouse le fit arrêter et conduire en cette ville avec quelques ecclésiastiques de sa famille et tous ses domestiques. Ce prélat fut emprisonné au commencement de Tannée 1347 et ses biens confisqués. Le pape, ayant appris cet événement , excommunia ceux qui y avaient participé et se réserva leur absolution. Le sénéchal députa vers le pape pour exposer les motifs de sa conduite et' demander la révocation de la sentence. Le roi intervint, et ordonna que Tévêque fût rendu a la liberté. Cet illustre évêque, sur le point de mourir victime de ses indignes calomniateurs, était d'une éminente sainteté ; il opéra même des miracles pendant sa vie. Sa mort arriva au mois de mars de la même année. Il fut inhumé dans sa cathédrale, qu'il avait terminée et enrichie de plusieurs vases d'or et d'argent d'un grand prix. Après sa mort, le pape commit Raymond de Canillac pour donner l'absolution à ceux qu'il avait excommuniés ; Geraud de Montfaucon sénéchal de Toulouse, Oudard de Merrin viguier, et Guillaume de Grésac juge de Rieux, principaux coupables, furent condamnés à une pénitence qu'ils devaient faire à Toulouse, à Saint-Papoul, et à Vallespi , château que Cardaillac avait fait bâtir.

Cette même année, mourut à Toulouse Jean de la Tissenderie, évêque de Rieux, qui avait fait construire à ses frais le palais épiscopal, et bâtir à Toulouse, auprès de la grande église des Cordeliers, une chapelle qui porta le nom

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de son évéché, et dans la,quelle ii fut inhumé. Son tombeau et son épitaphe s y voyaient encore avant la révolution française. Jean de la Tissenderie consacra la grande et belle église des Cordeliers, dont les fondements avaient été jetés par Pierre cardinal de Foix, cent ans auparavant (1222). Il ne faut pas confondre ce cardinal avec Pierre de Foix qui bâtit à Toulouse, au siècle suivant, le collège qui porte son nom ; ni avec avec Paul cardinal de Foix, qui occupa le siège de Toulouse au seizième siècle. Le premier était religieux franciscain.

A la même époque, mourut aussi à Toulouse Dominique Grenier dé l'ordre des frères prêcheurs, évêque de Pamiers. Il enrichit le couvent de son ordre à Toulouse d'une chapelle dédiée à saint Antonin, au dessous de laquelle il fit établir une grande crypte pour la sépulture des frères et pour six chanoines de Pamiers qui mourraient en cette ville. Il fit élever aussi dans la même maison de vastes infirmeries. La bibliothèque des dominicains à Toulouse possédait de savants commentaires de ce prélat sur plusieurs livres de la Sainte-Ecriture. Sous son épiscopat, on termina k Pamiers l'abside de la nouvelle cathédrale.

Au mois d'août 1347, la ville de Calais tomba au pouvoir des armées anglaises : c'est ce qui détermina Clément VI à prendre tous les moyens possibles pour faire renouveler la trêve entre Philippe et Edouard. Elle le fut en effet jusqu'en 1351, quoique assez mal gardée. Les comtes de Foix et d'Armagnac ayant rejoint l'armée du roi, ce prince nomma à leur place le comte de Valentinois et Guillaume de Flavacourt archevêque d'Auch pour ses lieutenants en Languedoc : ce qui n'empêcha pas le comte de l'Ille et

Gallois de Labaume de remplir les mêmes fonctions dans la province.

L'archevêque d'Auch, accompagné de Geoffroi de Charni el de Gallois, se rendit à Toulouse, où ils assemblèrent, au mois de mars, les députés des principales communautés du pays, et convinrent que la sénéchaussée de Toulouse fournirait au roi quinze cents hommes d'armes entretenus k ses dépens, supposé que la trêve vînt à se rompre. Guillaume de Flavacourt fixa son séjour à Toulouse. Le 27 juillet 1349, il approuva un traité passé entre le procureur général de la sénéchaussée et les habitants de Montesquieu dans le Lauraguais. Il était encore en cette ville à la fin de l'année puisqu'il y convoqua toute la noblesse de la sénéchaussée pour le mois de janvier suivant, et y donna, le 24 décembre, des lettres pour faire jouir Gaston de Foix et Agnès sa femme de la terre de Montesquieu-Volvestre.

Toulouse vit alors son archevêque Raymond de Canillac élevé à la dignité de cardinal sous le titre de Sainte-Croix.

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