LIVRE XXX
DEPUIS L ELEVATION AU CARDINALAT DE RAYMOND DE CANILLAC , ARCHEVEQUE DE TOULOUSE, EN 1350, JUSQUA LA MORT DE PIERRE DE SAINT-MARTIAL, EN 1401.
 peine Raymond de Canillac fut-il promu au cardinalat par Qément VI qu'il donna la démission de son siège. 11 ne garda rarchevêché de Toulouse que cinq années, et eut pour successeur Etienne Aldobrandini ou d'Aldebert, évoque de Saint-Pons et archevêque d'Arles. Le cardinal de Canillac fut créé plus tard évêque de Palestrine et mourut à Avignon en 1375.
Jacques de Bourbon comte de la Marche fut nommé par le roi capitaine général de tout le Languedoc. Il exerçait cette charge en 1350. Au commencement de cette année, les Anglais, ayant violé la trêve, s'avancèrent jusqu'aux portes de Toulouse : ce qui engagea le prince à ordonner que tous les chefs de famille de la viguerie de Toulouse se rendissent en armes à Moissac le 26 janvier, pour résister a leurs entreprises. Le roi , de son côté, donna commission au prieur de Saint-Martin-des-Champs de Paris et à Guillaume- Balbet de se rendre à Toulouse pour y recueillir l'argent destiné à la garde du pays. Il leur donna de plus le pouvoir d'accorder des rémissions pour toute sorte de crimes, d'anoblir et de légitimer moyennant linan-
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ce. Ce fut là un des derniers actes du règne de Philippe de Valois, qui mourut à Nogent-le-Rotrou au mois d'août suivant. La ville de Revel dans le Lauraguais doit son origine à ce prince, qui éleva une bastide dans ce lieu, véritable désert où se retiraient auparavant les malfaiteurs. Une cité se forma insensiblement autour de cette bastide, et elle se trouva bientôt peuplée par trois mille habitants, auxquels Philippe dé Valois accorda de grands privilèges. Il nomma commissaire pour cette fondation Guillaume Flotte seigneur de Revel, qui donna son nom à la nouvelle ville.
Notre chroniqueur Bardin rapporte qu'en 1350, le roi Jean se trouvant à Villeneuve-d'Avignon, on lui donna un tournoi , et que le vicaire général de l'archevêque de Toulouse se présenta devant lui pour se plaindre des horribles traitements que les supérieurs des moines faisaient subir à leurs religieux en les jetant dans une prison perpétuelle appelée le Vade in pace, où ils étaient au pain et à l'eau, sans autre secours. Le roi ordonna que tous les abbés, prieurs et gouverneurs des monastères visiteraient deux fois par mois ces religieux, et leur donneraient un compagnon de temps a autre. Il confia l'exécution de cette ordonnance à Olivier de Laya, sénéchal de Toulouse, et à ses successeurs. Les frères mineurs et prêcheurs en appelèrent au pape de cette sentence ; mais le roi déclara que , s'ils n'obéissaient pas, ils seraient forcés de quitter son royaume. Ils se soumirent.
Nos abbayes du Toulousain nous offrent, dans la période de vingt années, quelques faits que nous consignons dans cette histoire. Julienne de Comminges, qui gouvernait l'ab
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baye de Saiol-Laureut de Goujon, eut soin de faire confirmer par Aymeric de Comminges quelques biens de son monastère. Cette abbesse existait encore en 1348, mais nous ignorons Tépoque de sa mort. Cette maison demeura quatre-vingts ans sans abbesse connue, car ce n'est qu'en 1424 que Ton trouve le nom d'Honorée de Motte. — Bonnefous de Durfort, prieur de la Daurade, obtint de Clément VI Tautorisation de porter, dans la célébration des divers offices, une crosse ou bâton pastoral d'or ou d'argent. — Aymeric de Montalgut, abbé de Mas-Gamier, pourvut de revenus annuels plusieurs charges de son abbaye, telles que celles de cubiculaire ou hôtelier, d'infirmier, etc., avec l'approbation de Bernard-Roger de Saint-Sever, qui présida le chapitre général de Saint-Benoit. Il fixa à vingtcinq le nombre des religieux qui devaient composer l'abbaye. Après sa mort, arrivée en 1547, on élut pour lui succéder Pierre, de Marguerie, qui ne vécut que peu de mois. A ce dernier succéda Raymond Hunaud de Montauban. — L'abbaye des religieuses de Saint-Saturnin de Toulouse fut gouvernée pendant dix-huit années par Gancione, qui mourut en 1541. Aimengarde lui succéda.— Arnaud Ili de Marcis, abbé d'Eaunes, mourut en 1545, et eut pour successeur Arnaud de Cabagnac, docteur en droit.— -Grand- Selve venait de perdre son abbé Guillaume de Piret, qui eut pour successeur Raoul, en 1548.
Le siège de Rieux perdit Antoine de Lobens, son évéque, qui n'avait gouverné cette église que deux années ; il eut pour successeur, en 1550, Durand des Chapelles, qui fut transféré au siège de Magu^lonne. L'abbaye de Feuillants dans ce diocèse ne npus offre, pour cette période, que
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expirait le 12 septembre. La crainte de voir leur projet se réaliser, engagea les habitants à se fortifier. On détruisit alors tous les faubourgs : les chanoines réguliers de la cathédrale, le monastère des repenties de Saint-Loup, les vicomtes de Caraman et de Villemur, Raymond de Castelnau d'Estretefonds, Bernard de Durford de Malauze virent leurs maisons détruites. Le sire de Craon commandait alors à Toulouse avec Charles d'Espagne, connétable de France. La plupart des Toulousains s'armèrent ; d'autres s'enfuirent, car le comte de Strafford menaçait vivement Toulouse. Gaston-Phébus comte de Foix s'y rendit aussitôt pour la défendre, et Aimery de Rochechouart sire de Mortemart y fut envoyé en quahté de sénéchal.
Sur ces entrefaites, mourut à Villeneuve-d'Avignon le pape Clément VL Peu de temps avant sa mort , Etienne d'Aldebert avait convoqué , dans la cathédrale de Saint- Etienne, tous les clercs séculiers et réguliers pour rendre foi et hommage au pontife. Innocent VI succéda à Clément. Le nouveau pontife, dans sa jeunesse, avait étudié dans l'université de Toulouse, où il avait pris le degré de docteur en droit civil et où il ayait même professé. On assure qu'il avait aussi exercé en cette ville l'office de juge-mage. Il s'appelait Etienne d'Aubert.
Le diocèse de Toulouse vit s'élever, ou du moins se terminer, un nouveau monastère, celui des religieuses Salenques. Gaston I*'' comte de Foix avait jeté, quelque temps avant sa mort , les fondements de cette maison tout près d'une église dédiée à saint Félix, en un lieu appelé Salenques (de Salenchis), au territoire de Rieux. Les religieuses cisterciennes qui devaient l'habiter étaient au nombre de
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trente. Gaston, n'ayant pu terminer cette fondation, laissai ce soin à Eléonore sa veuve et à Gaston-Phébus son fils. A leur demande, les papes Clément VI et Innocent VI députèrent les abbés d*Eaunes, de Lezat et de Calers pour Texécution de cette œuvre. Les fondateurs se réservèrent pour eux et leurs successeurs le choix des religieuses k admettre dans leur maison ; ils la soumirent à Tabbé de Bolbonne, et voulurent qu'on donnât à ces filles deux religieux discrets et prudents pour la direction spirituelle. Ils devaient recevoir de l'abbesse huit florins par an. Un prêtre séculier fut aussi attaché à ce monastère, afin d'y célébrer tous les jours la messe pour le repos des âmes des princes de la maison de Foix. On donna a cette abbaye le nom de VAbondance-Dieu. Mantelène de Chatillon, religieuse de la Lumière-Dieu ou Fabas, fut créée et installée première abbesse de Salenques. Son intronisation fut faite en présence de Fabbé de Lezat, qui entonna Thymne Te Deum. L'évêque de Couserans, Canard, officia pontificalement.
Le pape et le roi Jean approuvèrent, à cette même époque, le monastère de St-Pantaléon a Toulouse. Ce prince, dans un voyage qu'il entreprit en Languedoc en 1334, se trouvant à Nimes, exempta les religieux de Tabbaye de Grand-Selve de toute sorte de péages dans la sénéchaussée de Garcassonne, et ordonna au sénéchal de Toulouse d'informer sur Yusage -qu'avaient les religieux dans la forêt de Boitteville. Le roi se rendit à Avignon, et ce fut pendant son séjour en cette ville que le pape chargea Etienne d'Aldebert, archevêque de Toulouse, d'administrer l'Eglise d'Avignon. Ce prélat, ne pouvant alors se rendre dans sa propre
Eglise, la fit gouverner par son vicaire-général Goillaoïne Bragose, qui. fut depuis évêque de Vabres et cardinal. Cette circonstance nous porte à croire qu'Etienne fixa son séjour à Avignon vers ce même temps ; c'est là qu'il quittança Durand, abbé, de la somme de cinquante florins que ce dernier devait au pape, et qu'il lui donna l'absolution de la peine qu'il avait encourue pour avoir différé à les payer. Etienne attesta encore à la cour romaine qu'Âudouin, abbé de Cluny, s'était pleinement acquitté à l'égard de la chambre apostolique. Nous le trouvons encore, deux ans après, à Avignon, où il reçoit Guillaume d'Alberti en qualité de chapelain domestique du pape.
Innocent VI, désirant ardemment rétablir la paix entre les rois de France et d'Angleterre, les engagea à envoyer devant lui leurs plénipotentiaires. Ceux-cî se rendirent en effet à Avignon, mais ne purent s'entendre : de sorte que les hostilités recommencèrent. Edouard envoya le prince de Galles son fils prendre le commandement de son armée, et Jean confia la direction de la guerre au comte d'Armagnac. Celui-ci, ayant appris qu'on devait célébrer des joutes à Toulouse le jour de Saint-George 1355, les défendit. Le sénéchal arrêta aussi le cours des divertissements du carnaval. Ayant appris que le prince de Galles devait faire une irruption sur Toulouse, le comte d'Armagnac somma tous les peuples des environs de se retirer dans l'intérieur de la ville, et ordonna à tous les habitants au-dessus de l'âge de quatorze ans de s'armer, au moins un dans chafue maison, de se tenir prêts a marcher, et de porter en signe de ralliement une croix blanche sur leurs habits. Il fit venir à Toulouse un corps d'arbalétriers génois et lombards.
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et leva des subsides pour soutenir les frais de la guerre.
Cependant le prince de Galles débarqua à BordiBaux, traversa la Gascogne, vint camper à Portet près de Toulouse, pilla et brûla Castanet, Carbonne, Miraraont, Montgiscard, Baziége, Villefranche, Avignonet, le Mas-Saintes- Puelles, Gastelnaudary, Fanjaux, Âlzonne, Montréal, la ville basse de Carcassonne, et se dirigea vers Narbonne, d'où il fut repoussé avec de grandes pertes par le viconate Aimery. Après cela il se retira vers Bordeaux, chargé des dépouilles de la province et emmenant un grand 'nombre de prisonniers. La consternation était générale.; de toutes parts on se mettait en défense.
Les muses ne furent pas toutefois aussi effrayées des préparatifs de la guerre, puisque ce fut a cette époque (1355) que Guillaume Molinier publia les préceptes dictés par la compagnie du Gai Savoir sur la poésie. Le recueil de ces préceptes fut appelé les Lois d'amour (las Leys (Tamor). Ce personnage, devenu célèbre dans nos annales académiques, avait été crée en 1323 chancelier ou secrétaire de la compagnie des Sept Troubadours. Il était logé dans la rue de las Baladas (rue Valade), au quartier de Saint-Pierre-des- Cuisines. Quoiqu'il eut étudié avec succès la jurisprudence, cela ne Fempêchait pas de cultiver la poésie. Les troubadours lui confièrent alors la rédaction des lois de la poésie, de concert avec le docte et révérend seigneur Barthélémy Marc, docteur ès-lois. Trente années environ furent consacrées à ce travail avec plus ou moins d'assiduité ; enfin en 1355 la compagnie du Gai-Savoir réalisa les vœux de ses devanciers. Dans ce long intervalle, on avait établi les grades de bachelier et de docteur en la Gaie-Science ; on avait
doté la compagnie d'un bedeau (bedel) , fixé ses attributions et les insignes de sa dignité. A cette époque, les premiers troubadours avaient disparu, et nous trouvons les noms suivants : Cavayer de Ltinel , Barthélémy Izalguier, Pierre de la Selva, Jean de Seyra, Bertrand Delfalgar, Raymond Gabarra, Germain de Gontaut. Ces nouveaux troubadours ajoutèrent deux prix à celui de la violette d'or, — une églantine et un souci , et déclarèrent aussi que, pour exciter l'émulation, on pourrait de temps à autre donner quelqu'autre prix aux poètes. Il faut observer cependant que les trois fleurs retinrent le nom de joies principales (las jayas principals).
Guillaume Molinier publia son travail en 1355 ou 1356. On trouve dans ce livre les règles nécessaires à la compoposition des œuvres poétiques, au jugement des ouvrages, et à la réception des grades divers en la Gaie-Science. Las Leys d*amor ont été traduites en notre siècle par M. le marquis d'Escouloubre, et publiées de nos jours par les soins de l'un des plus savants maintèneurs du Gai- Savoir (1). On publia, au quatorzième siècle, d'autres préceptes de poésie et de rhétorique en langue romane. L'auteur et l'époque précise de cette seconde pubhcation nous sont inconnus. Elle porte pour titre : Les Fleurs du Gai- Savoir {las Flors del Gay Saber). Ce traité a été traduit en français par M. le marquis d'Âguilar et publié aussi de nos jours.
Pendant que la poésie romane dictait ses gracieux préceptes, les états du Languedoc s'assemblaient à Toulouse
(1) M. Gatien-Arnoult.
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au mois de mars 1356. Bertrand de Piperac, prieur de Saint-Martin-des-Ghamps, Jean Ghalemard, président du parlement de Paris, et Robert de Oermont , maréchal du duc de Normandie, s'y trouvèrent. Ils annoncèrent à l'assemblée que le duc de Normandie allait venir pour se mettre à la tête des troupes et repousser l'ennemi, et qu'il était nécessaire de voter des subsides. Arnaud de Paye, l'un des capitouls, répondit qu'ils étaient contents de l'arrivée du prince, qu'on était disposé à secourir le roi par tous les moyens possibles, et qu'on consentait à l'imposition pendant un an de six deniers par livre sur toutes les denrées ou marchandises qui seraient levées dans le pays, et de plus à celle d'un agneau ou mouton d'or par feu.
Le duc de Normandie fut remplacé dans la province par son frère Jean comte de Poitiers. Le comte d'Armagnac continuait toujours à repousser les attaques des Anglais, et ne cessait, avec son armée rassemblée à Toulouse au mois de mai , d'épier avec soin les marches de l'ennemi qui cherchait à passer le fleuve de Garonne pour faire une nouvelle irruption du côté de Narbonne. Les familles, effrayées, quittaient la ville et se dirigeaient vers l'Espagne : ce qui obligea d'Armagnac à rendre, le 1" juin, une ordonnance pour arrêter les fuyards. Le comte de Poitiers convoqua toutes les milices à Toulouse pour le mois d'août, tandis que le prince de Galles, trompant son adversaire, se précipita dans l'Auvergne, le Berri et le Poitou, qu'il ravagea. Le roi Jean , averti de sa marche, alla à sa rencontre et lui livra bataille k Maupertuis en Poitou, le 19 septembre. Dans cette bataille, le roi de France fut fait prisonnier
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avec une grande partie des nobles, au nombre desquels se trouvait Pierre d'Aubigny, sénéchal de Toulouse.
 peine le comte d* Armagnac eut-il appris la captivité du monarque, qu'il convoqua les états à Toulouse pour la mioctobre. Ce fut dans cette circonstance mémorable que le clergé, la noblessse et le tiers-état de cette sénéchaussée se montrèrent pleins d'ardeur pour la délivrance dq monarque. On vota par acclamation des levées de troupes et des subsides en argent ; il fut décidé qu'on prendrait le deaiî jusqu'à la délivrance du roi , et qu'on suspendrait tous les jeux et divertissements publics.
L'année suivante (1357), on tint k Toulouse une nouvelle assemblée des états au commencement de mai, dans la salle royale du château Narbonnais, et on ordonna la levée des subsides ; mais le peuple, ayant appris qu'une trêve avait été conclue entre les deux rois au mois précédent , et qu'on lui avait caché cette circonstance, n'écouta plus que son ressentiment : il courut en foule au château où se trouvait d'Armagnac et les officiers du roi, et les y assiégea pendant une journée entière. Le comte s'évada dans la nuit. Les séditieux mirent le feu au château et le pillèrent, brûlèrent les maisons des officiers du roi, entr'autres celle de Montrevel, juge-mage, et tuèrent plusieurs personnes. Le tumulte enfin s'apaisa. Le comte, étant rentré à Toulouse, fit rechercher les coupables ; quelques-uns furent pris et exécutés, d'autres prirent la fuite.
Le 15 avril 1358, le comte de Poitiers, que le roi son père avait nommé son lieutenant-général en Languedoc, assembla encore les états à Toulouse. Ce fut dans cette assemblée, où ne figura que le tiers-état, que la séné-
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chaussée de Toulouse donna en particulier à ce prince une gratification de vingt mille moutons d*or pour son entretien. Le comte passa quelques jours à Verdun-sur-Garonne. Le 20 mai, il se rendit à Grand-Selve, où il ordonna que Jean d'Ârmagnac serait mis en possession du comté de Gauré que le roi lui avait donné. Le 6 juin, il se trouvait à Grenade-sur-Garonne, où il manda au sénéchal de Beaucaire d'obliger tous les officiers royaux de faire un prêt au roi. . Il indiqua rassemblée des états à Toulouse pour le mois de juillet, afin de voler des secours pour la délivrance du roi. Cette assemblée fut tenue à Montpellier, et nous y trouvons les capitouls de Toulouse offrant de donner cinquante mille deniers d'or, à certaines conditions qui furent acceptées par le comte le 26 juillet, à Toulouse, où il se trouvait alors. Du reste, cette année et Tannée suivante, il parcourut rapidement toute la province pour des affaires la concernant, et convoqua les états des diverses sénéchaussées. Ces allées et venues continuelles prouvent que le pays était toujours menacé par les Anglais.
Ces peuples n'étaient pas les seuls à faire des hostilités puisque, en 1359, Gaston-Phébus comte de Foix se lia avec les Anglais contre le roi et ses lieutenants. Il entreprit donc la guerre contre le comte de Poitiers et celui d'Armagnac dans le Toulousain. Les peuples de ce pays ayant voulu attaquer Gaston par une marche trop précipitée, ils furent entièrement défaits. Cette victoire ranima l'ardeur de Gaston-Phébus, qui assembla un corps assez nombreux de Béarnais et d'Anglais, se jeta sur le Toulousain, où il prit et brûla plusieurs châteaux, entr'autres ceux d'Hauterive et de Cintegabelle.
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Le pape îoDOcent VI n'oubliait pas Toulouse, où il avait puisé la science sacrée. Possédant en celte ville une maison qu'il avait pendant longtemps habitée, il y fonda, Fan 1359, un collège pour vingt pauvres écoliers clercs, dix pour étudier en droit canon et dix en droit civil. Sur ces écoliers, six devaient être du collège de Limoges, quatre de Toulouse, et les autres de tout le royaume. Il dota quatre prêtres pour le service de la chapelle, qu'il dédia à saint Martial ainsi que le collège, et aussi pour la direction spirituelle des clercs. Tout en exemptant ce collège de la juridiction de l'ordinaire, il confia la direction de cette maison à l'archevêque de Toulouse, et ordonna qu'après sa mort les cardinaux Arnaud et Pierre, ses neveux, l'archevêque d'Auch et l'êvêque d'Albi opérassent dans la direction du collège tous les changements qu'ils jugeraient convenables. (Le collège Saint-Martial occupait le côté de la place du Capitole situé entre la rue Saint-Rome et celle de la Pomme. L'église était modeste et très obscure. Tout l'édifice est depuis longtemps détruit.) De nombreux bénéfices ayant été conférés à cette maison, l'archevêque de Toulouse ordonna que les possesseurs de ces bénéfices sersùent exempts des subsides qu'on levait en France pour la rançon du roi Jean.
Nous ne suivrons pas ici le comte de Poitiers dans ses courses k travers le pays toulousain, convoquant les milices, s'opposant à la marche de Tennemi, épousant à Carcassonne, le 24 juin 1360, Jeanne, fille de Jean d'Armagnac et de Béatrix de Clermont.
Edouard, roi d'Angleterre, qui avait débarqué a Calais avec une nombreuse armée, s'avançait vers Paris. Il était
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à BretigDy près de Chartres lorsque les envoyés du pape parvinrent à faire adopter un traité, qui fut signé le 8 mars 1360. Par ce traité, le roi Jean devait être conduit à Calais ; sa rançon se portait à trois millions d'écus d*or. II donna, pour otage de ses promesses, ses deux fils les comtes d'Anjou et de Poitiers, les ducs d'Orléans et de Bourbon, quarante des principaux seigneurs du royaume, quatre bourgeois de Paris, et deux des plus notables habitants des principales villes du royaume, parmi lesquelles Toulouse tenait l'un des premiers rangs. Le comté de Poitiers ayant été cédé aux Anglais, Jean se qualifia depuis du titre de duc de Berri. Il partit du Languedoc vers la mi-juillet, se rendit a Calais auprès du roi son père, et nomma pour ses lieutenants en son absence Pierre Âycelin de Montaigu, prieur de Saint-Martin-des-Champs à Paris, et Jean Souvain, sénéchal de Beaucaire. On comprend que le royaume dût, être facilement épuisé par la somme énorme qu'il fallut payer pour la rançon du roi. La sénéchaussée dé Toulouse fut l'une des plus chargées.
Par le traité de Brétigny, le Périgord, le Querci, FAgenaîs et la Brgorre furent cédés au roi Edouard ; ainsi le Languedoc, dont ces provinces faisaient partie, fut restreint aux anciennes sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Beaucaire. Nos rois rentrèrent plus tard dans la possession de ces provinces.
Au mois de janvier 1361, Innocent VI publia une croisade dont le but était d'arrêter les brigandages commis par les Compagnies. On entendait par ce mot une armée d'Anglais que le roi d'Angleterre avait licenciée après le traité de Brétigny, et qui s'était accrue de beaucoup de gens sans
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aveu. Elle s était emparé du Pont-Saint-Esprit et menaçait Avignon. Le roi et la reine d'Aragon envoyèrent six cents hommes d'armes et mille hommes de pied ; celui de France ordonna de faire marcher ses milices, et chargea le connétable de Fienne, son lieutenant, de les chasser à main armée. Les compagnies, qui avalent formé le dessein de se porter sur Toulouse, voyant qu'elles ne pouvaient longtemps résister aux efforts réunis des croisés, envoyèrent des députés au pape. Après certaines conditions stipulées, les routiers promirent de passer les monts. Hs abandonnèrent en effet le Pont-Saint-Esprit, et partirent, sous la conduite du marquis de Montfèrrat.
Le 15 mai, mourut à Toulouse Etienne d'Aldebert, archevêque de celte ville. Son corps fut porté à Clermont, au monastère de Saint-AUyre, où il avait été moine. Il gouverna ce diocèse pendant dix ans, et eut pour successeur Gaufride de Veyroles, que le pape fit passer de l'évèché de Garcassonne, à la métropole de Toulouse.
A peine ce prélat eut-il pris possession de son siège, que Toulouse se vit encore menacée par une partie de routiers qui n'avaient pas suivi les autres. Bernard d'Albret, leur chef , les ayant conduits dans les diocèses de Carcassonne et de Toulouse, ils prirent la ville de Montolieu et celle de Saint-Papoul. Le général d'Audenham se mit à leur pour- ' suite , aidé par des Espagnols castillans que Henri comte de Transtaraare et Sanche son frère avaient conduits en France. Ces princes, fils naturels d'Alfonse YII roi de Castille, avaient été obligés de fuir la persécution de Pierre le Cruel, leur frère légitime. Henri de Transtamare forma le projet de se servir des routiers pour aller combattre le roi de Cas-
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tille ; c'est ce qui le détermina à se joindre au maréchal d*Audenham pour conclure un traité avec les compagnies, qui s'engagèrent a sortir du royaume dans six semaines.
Tranquille du côté des routiers, Toulouse reçut dans ses murs une nouvelle colonie. Les religieux de la Sainte- Trinité pour la rédemptioir des captifs, qui depuis bien des années avaient fondé une Maison à Toulouse dans le 'faubourg Saint-Micbel, désirèrent, à cause des guerres, se retirer dans Tintérieur de la ville. Le 23 janvier 1362, ils» achetèrent du chapitre de Saint-Etienne, au prix de huit cents florins, une petite chapelle dédiée à saint Victor et une maison qui avait appartenu à la famille de Rouaix, et s'établirent en ce lieu, qu'ils ont occupé jusqu'à la révolution française, en 1790. (Le couvent et l'église de la Trinité étaient situés dans la rue qui porte ce nom, a gauche. Ils sont aujourd'hui détruits.)
Peu de temps après l'établissement des trinitaires dans l'intérieur de la ville. Innocent Y! mourut à Avignon, le 12 septembre. Il avait élevé au cardinalat Guillaume Bragose, né à Mende, docteur et professeur en droit dans l'université de Toulouse, que l'on regardait comme l'un des plus grands canonistes de son temps, et Hugues de Saint-Martial, docteur en droit civil de Toulouse, où il était à l'époque de la mort du pape. Les cardinaux élurent, pour lui succéder, Guillaume de Grimoard, abbé de Saint- Victor de Marseille, qui prit le nom d'Urbain V. Au commencement de son pontificat, il approuva une transaction que Gaufrid de Veyroles, archevêque de Toulouse, passa avec Villeneuve, prévôt de Saint-Etienne, au sujet de la collation et provision des bénéfices du diocèse. La prévôté fut reconnue
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appartenir de droit au chapitre, Tarchevêque n'ayant seulement sur ce bénéfice que le droit de confirmation.
Un des premiers soins d'Urbain V fut de réconcilier les comtes de Foix et d*Ârmagnac qui depuis longtemps se faisaient la guerre au sujet de la succession du Béam. L'archevêque de Toulouse et Charles roi de Navarre avaient fait accepter, au mois de mars 1362, aux deux princes une trêve ; mais d'Ârmagnac la rompit bientôt après, et envoya le défi au comte de Foix, qui l'accepta. Leurs armées se rencontrèrent au territoire de Launac, au diocèse de Toulouse. La bataille se Uvra le 5 décembre. Du côté de Foix se trouvaient Jourdain comte de Ville, les vicomtes de Cardonne, de Castelbon, de Couserans, le seigneur de Paliés ; du côté d'Armagnac étaient le comte de Comminges, les seigneurs de la maison d'Albret, et plusieurs autres. Le choc fut terrible. On combattit d'abord avec un égal succès, mais la victoire se décida en faveur de Foix. Neuf cents gentilshommes furent faits prisonniers avec d'Armagnac, et furent conduits au château de Foix. Le comte leur fit grâce de la vie, et leur donna quelques villes du comté pour prison jusqu'à ce qu'ils eussent payé leur rançon.
Le comté de Toulouse cessa à cette époque de faire partie du domaine particuUer du roi de France ; le roi Jean unit définitivement ce comté et quelques autres à la couronne, pour la dédommager des provinces qu'on avait été obligé de céder à l'Angleterre. Peu de temps après, ce prince mourut à Londres, le 8 avril 1364, laissant le royaume désolé par la levée des subsides et les courses des brigands. — Charles V succéda à son père.
Bardin le chroniqueur nous rapporte que, le 16 avril, le
maréchal d'Audenham tint une assemblée k Nîmes où furent envoyés, comme députés de Toulouse, Etienne de Nogaret, docteur en lois, et Pierre Izalguier. Il paraît que Gaufrid de Veyroles, archevêque de Toulouse, trouvait que les inquisiteurs de la foi usaient un peu trop largement de leur puissance dans son diocèse, et qu'il avait voulu les forcer à suspendre leurs poursuites, sous peine d'excommunication. Les députés firent part à l'assemblée de cet incident, en la suppliant de vouloir intervenir dans cette affaire. Les évoques présents, à l'exception de celui de Vi^ viers, trouvèrent que cette intervention n'était point dans le droit. Le sénéchal alors évoqua l'affaire a son tribunal , cassa la sentence de l'archevêque, et rétablit dans leurs fonctions les inquisiteurs. Plusieurs graves historiens regardent ces faits comme controuvés.
Louis duc d'Anjou, frère de Charles V, prit le gouvernement du Languedoc, et se rendit k Toulouse le 24 février 1365. n imposa d'un marc d'argent tous les notaires de la province, afin de pouvoir chasser les brigands ou pillards qui la désolaient ; et ce fut pendant son séjour a Toulouse qu'il renouvela, avec les ambassadeurs du roi d'Aragon, le traité d'alliance conclu depuis quelque temps entre les deux couronnes. Par ce traité, les deux rois firent une ligue offensive et défensive contre le roi de Navarre. Cette ligue devint pour le moment inutile, puisque la paix fut bientôt conclue entre Charles V et ce dernier prince.
On a déjà vu que Henri comte de Transtamare, frère naturel de Pierre le Cruel, roi de Castille, devait conduire contre ce monarque les Compagnies ou Routiers qui se trouvaient encore en France. Il fut convenu entre le pape
et le roi qu'on confierait la conduite de ces compagnies et des autres milices qui devaient se joindre à elles, a Bertrand Du Guesclin, chevalier breton, déjà renommé par sa valeur. Ce vaillant capitaine, ayant reçu ses instructions, rassembla ses troupes, se dirigea vers Avignon, passa ensuite à Montpellier, et se rendit à Toulouse au mois de décembre 1365, d'où il emmena pour la guerre d'Espagne quatre cents des principaux habitants. Les Toulousains se rendirent à Carcassonne, où les attendait le duc d'Anjou. Bertrand Du Guesclin arriva à Barcelonne avec ses troupes le premier jour de janvier 1366, et après avoir chassé du trône Pierre-le-Cruel, il y plaça Henri son frère. Pierrç se réfugia par mer à Bayonne, et appela a son secours le prince de Galles, qui chercha à le faire remonter sur le trône. Pendant cette expédition, le duc d'Anjou* séjourna ' à Toulouse aux mois de septembre et d'octobre, et donna des lettres de sauvegarde à l'abbaye de Grand-Selve à cause des dommages qu'elle avait soufferts de la part des Compagnies.
Le prince de Galles se mit à même de gagner les routiers qui étaient passés en Espagne, et les engagea à venir
dans son armée. Ces milice^ suivirent ses ordres et ne
tardèrent pas à rentrer en France par le pays de Foix, au nombre de douze mille hommes. Ces troupes, en sortant du comté de Foix, se partagèrent en trois corps ; deux passèrent par la Gascogne pour aller joindre à Bordeaux le prince de Galles ; et le troisième, composé de trois mille hommes, entra dans le Toulousain pour se rendre à Montauban qui appartenait à l'Angleterre. Bertrand Du Guesclin repassa en France et rejoignit le duc d'Anjou a
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Montpellier. On résolut de rénnir immédiatement les milices de la province pour s'opposer au passage des compagnies. Gui d'Asai, sénéchal de Toulouse, prit le commandement de cinq cents lances et de quatre mille archers. Le 9 août , les troupes françaises campèrent à Villediéu, entre le Tarn et la Garonne. Une compagnie de ces brigands fut battue à Montech par les communes de Toulouse : cent hommes furent tués, quatre-vingts faits prisonniers; on prit cinq cents chevaux, et on mit le reste en déroute.
Mais les compagnies prirent bientôt leur revanche. Berducat d*Albret, leur capitaine, sortit de Montauban et fondit sur les troupes françaises. Celles-ci le reçurent avec intrépidité, et forcèrent les compagnons à se replier du côté de la ville, après en avoir tué une partie. Le gouverneur de Montauban, qui avait mis la garnison sous les armes, rétablit le combat ; de nouvelles compagnies étant arrivées au nombre de quatre cents hommes,, les Français se virent forcés de chercher leur salut dans la fuite. Plusieurs habitants de Toulouse ainsi que le sénéchal furent faits prisonniers, et ne purent recouvrer leur liberté qu avec une assez forte rançon.
En ce même temps Urbain V résolut de rétaWir à Rome le siège du souverain pontificat. Etant venu à Montpellier le !*•• janvier 1367, il y consacra la nouvelle église qu'il avait construite en l'honneur de saint Benoît, et fit présent aux franciscains de cette ville du bras droit de saint Louis de Marseille, évêque de Toulouse, qu'il leur fit remettre par Pierre d'Aragon, neveu du saint et oncle du roi d'Aragon. De retour à Avignon, il fit lever, le 24 avril, l'interdit qu'il avait jeté sur la ville de Toulouse à cause de l'emprison-
nement du grand- vicaire de Tarchevêque. Nous ignorons la cause de cet emprisonnement, qui durait déjà depuis un an. Deux capitouls et deux notables se rendirent à cette occasion auprès du pontife, et lui offrirent une pleine satisfaction sur cette affaire, a la suite de laquelle le cardkial de Palestrine publia l'absolution suivante :
« Guillaume, par la miséricorde de Dieu cardinal-prêtie du titre de Saint-Laurent in Lucinâ, à tous les prêtres, clercs et laïques de Fun et de l'autre sexe de la ville de Toulouse, salut. — Désirant accueillir favorablement vos humbles supplications, nous enlevons l'interdit qui avait été lancé contre les habitants et les églises de cette cité à raison de quelques procès apostoliques intentés à Foccasion de la violence exercée par les capitouls et bourgeois de la dite ville, en jetant en prison le vicaire-général de Tarchevêque, ayant égard au consentement desdits archevêque et vicaire-général et à l'acte de réparation fait publiquement par deux consuls et deux bourgeois devant les portes du palais apostolique ; et cela, par l'autorité du pape, dont nous sommes le pénitencier, et par la délégation spéciale que nous avons reçue. — Donné à Avignon, le 8 des kal. de mai , l'an IV' du pontificat d'Urbain V. •
Le pape désirait ardemment le rétablissement de la discipline ecclésiastique : aussi écrivit-il en 1368 à tous les métropoUtains de tenir des conciles provinciaux. D'après ces lettres, l'archevêque de Narbonne prévint Gaufrid de Veyroles, archevêque de Toulouse, de se trouver avec lui et les autres évêques de la province à Lavaur pour y tenir un concile, qui fut ouvert le 27 mai. Gaufrid s'y trouva en
TEMPS INTBRMÉDU1RE8. 417
personne ; on y remarqua encore Amélius de Lautrec, docteur en décrets, chanoine et chancelier de TEglise de Toulouse, qui avait professé le droit canonique dans Tuniversité de cette ville. Après avoir été évêque de Couserans et de Gomminges, il fut créé cardinal en 1590.
Gaufrid de Veyroles institua dans son église métropolitaine quatre cbapellenies, qu*il dota t^ès richement. 11 se trouvait dans sa ville épiscopale lorsque le duc d* Anjou s y rendit, sur les bruits de rupture entre les rois de France et d^Angleterre. Le prince séjourna longtemps en cette ville, et y reçut Marie de Bretagne sa femme, qui fit son entrée solennelle le 23 septembre. Cette princesse fit grâce, à cette occasion, à deux criminels, prétendant en avoir le droit toutes les fois qu elle faisait sa première entrée dans une ville de France.
L*année 1369 souvrit à Toulouse par la cérémonie de la translation solennelle du corps de saint Thomas d^Aquin. Urbain V ayant dirimé la longue controverse qui existait entre les cisterciens de Fosse-Neuve où le saint était mort et les dominicains, cette insigne relique fut remise au général des frères prêcheurs, Elie Raymondi. Le pape, en lui donnant le corps du saint à Montefiascone, où il se trouvait , lui dit : « Je vous avais laissé la liberté de déterminer » avec votre chapitre dans quelle de ces deux villes, de » Paris ou de Toulouse, vous feriez porter ces reliques ; » mais parce que je prévois que les fortes sollicitations » qu'on vous fera de toute part vous ôteront peut-être la » liberté d*agir selon vos désirs, je révoque cette permis- » sion, et je choisis moi-même la ville et votre maison de » Toulouse, où je n'ignore pas que vous avez une église
448 TEMPS UCTEEMiDlAIRES.
» magnifique et où le peuple est fort pieux. D*ailleurs, on
> vient d'établir dans la même yille une faculté de théolo- » gie dont je veux que saint Thomas soit le docteur et le
> maître, à cause de la solidité et de la pureté de sa doc-
> trine. >
Urbain V voulut prescrire lui-même Tordre dans lequel on dev£dt transporter les saintes reliques. La châsse qui les renfermait fut scellée du sceau du pontife. Le procureur général des dominicains, deux anciens religieux et Tauditeur du cardinal-évêque d'Albano, accompagnaient toujours le corps qu'ils ne devaient jamais perdre de vue, et précédaient le père général de demi-journée. Celui-ci couchait où les autres avaient diné, et dinait le lendemain là où ils avaient passé la nuit. Après deux mois de marche, ils arrivèrent heureusement au monastère de Prouille, sur la fin de novembre 1368. Us s'arrêtèrent un mois entier pendant qu'on faisait a Toulouse les préparatifs nécessaires pour la réception des reUques. La veille de Noël , on quitta Prouille. Le 26 janvier, on s'arrêta à Avignonet, et puis à Yillefranche. A Montgiscard, deux guérisons miraculeuses s'opérèrent. Le dimanche 28 janvier 1369, les reliques furent déposées, au point du jour, dans une petite chapelle appelée Notre-Dame de Pheretra (la chapelle de Saint-Roch). Le même jour, tout le clergé régulier et séculier se rendit processionnellement à cette chapelle pour prendre les reliques. On assure que plus de cent cinquante mille personnes sortirent de la ville à la suite de Louis duc d'Anjou, qui assista à la cérémonie. On y voyait encore les archevêques de Toulouse et de Narbonne, les évêques de Lavaur, Beziers et Aire, les abbés de Saint-Saturnin et de Simorre,
TEMPS INTBIIMÉDIAIEES. 419
les Cours, rUniversité et tous les ordres de la ville. Un dais tout étincelant d*or et de pierreries était porté au-dessus des reliques par le duc et les principaux seigneurs de sa cour. Autour de la châsse flottaient six étendards : les deux premiers étaient aux armes de France, le troisième portait celles de la maison d*Ânjou, le quatrième celles du pape, le cinquième celles de la maison d'Aquin, et le sixième ceUes de la ville de Toulouse. L'archevêque de Narbonne prononça le panégyrique du saint ; les reliques fureQt déposées dans l'église des Frères prêcheurs, et à l'offertoire de la messe solennelle le duc d'Anjou donna cinquante francs d'or (quinquaginta francos auri).
Le duc d'Anjou, vers la fin de février 1369, assembla à Toulouse les communes du Languedoc et donna des lettres pour révoquer tous les commissaires royaux qu'il avait institués, leurs fonctions ne servant qu'à opprimer le peuple ; il confirma en même temps les traités que le comte d'Ar-
magnac et l'archevêque de Toulouse avaient passés avec les habitants de plusieurs villes voisines. Ces traités nous apprennent que Gaufrid de Yeyroles était commissaire royal, qu'il attira à la France les habitants de Cahors et de Capdenac, et que le roi , pour le récompenser de ses services, lui accorda huit cents livres d'or.
Au mois de mai on découvrit à Toulouse une grande conspiration dans laquelle se trouvaient Perrin de Savoie dit le Petit Mesquin; Arnaud de Penne, Amanieu d'Artigues, Nolin Pavalbon, et quelques autres capitaines des compagnies que le duc d'Anjou avait prises au service du roi. Le> pian des conjurés était de tuer ce prince ou de le livrer aux Anglais. Après que tous eurent été arrêtés et qu'on les eût
iiO TEMPS INTSRMÉDIAIRRS.
promenés tous les quatre sur un char dans la ville, on ooya les deux premiers; les deux autres furent décapités et leurs corps mis en quatre quartiers. Le prince partit de Toulouse au commencement de septembre, se dirigea vers le Rhône, revint au mois d'octobre dans cette ville, et y séjourna tout le reste de Tannée. Il acccorda divers privilèges à plusieurs villes qui s'étaient placées sous Tobéissance du roi , établit James Izalguier, chevalier-bachelier, à Gimont eu Gascogne, avec quatre-vingt-dix-huit écuyers de sa suite, et distribua aussi les gens d'armes de la province en divers quartiers. Nous le trouvons encore à Toulouse au mois de janvier 1370, convoquant les états de la province, quFttant ensuite cette ville, et se rendant en France pour se concerter avec le roi sur les opérations de la campagne prochaine contre les Anglais.
Il fut arrêté dans les conseils du monarque que l'on mettrait deux armées sur pied : l'une sous les ordres da duc d'Anjou , vers le Périgord , et l'autre sous ceux du duc de Berri, vers le Limousin et le Querci. Ces deux princes devaient attaquer simultanément le prince de Galles dans Angoulême. Bertrand Du Guesclin fut rappelé d'Espagne et créé connétable de France.
Le duc d'Anjou arriva à Toulouse le H juillet et y trouva réunies toute la noblesse et les milices de la province. Parmi ces milices, il y avait un corps d'arbalétriers du pays de Gênes en Savoie qui était commandé par Antoine Doria , chevalier génois. Peut-être le duc de Gênes, Dominique •Frégose, avait-il été porté à envoyer des secours au prince par Philippe Foucaud, fils d'un viguier de Toulouse et qui jouissait d'un grand crédit auprès de lui. Philippe était un
TBHPS IKTBaHÉDIÂlRES. 421
homme plein de valeur ; il se signala dans Texpédition de Gênes contre TMe de Chypre, et revint à Toulouse chargé d'honneurs et de richesses. Sa famille devint puissante dans le pays.
Après avoir laissé à Toulouse Tévêque de Chartres, son chancelier, pour faire lever des subsides, le duc d'Anjou commença le cours de ses exploits ; Moissac, Agen, Tonneins, le Port-Sainte-Marie, Aiguillon, Cabors, se soumirent à son approche. Il rentra à Toulouse au mois d'août, et entreprit ensuite le voyage d'Avignon pour saluer le pape, qui s'était rendu de Rome en cette ville. Ce pontife, à la prière de l'archevêque de Toulouse, confirma la constitution de Clément VI par laquelle il déclarait que les évêques suffragants étaient tenus de rendre hommage au métropolitain, quoiqu'ils n'eussent été ni élus par le chapitre ni confirmés selon l'antique usage par le métropolitain, mais seulement promus par le siège apostolique. Urbain mourut bientôt après.
D'Avignon, le duc d'Anjou rentra a Toulouse, où Marie de Bretagne sa femme donna le jour a une fille nommée Marie. Marguerite de Roquefort, damoiselle, fut choisie pour nourrice de la jeune princesse. Le duc la gratifia de cent francs d'or. Quelque temps avant l'arrivée du prince, on avait pendu à Toulouse Thomas de Walquefare, chevalier anglais, sénéchal du Querci pour le roi d'Angleterre. On éleva, pour cette exécution, un immense échafaud où treize charpentiers furent employés.
Grégoire VI succéda à Urbain V au mois de décembre 1370. L'un des premiers actes de son pontificat fut une bulle qui donnait plein pouvoir à Audouin cardinal d'Ostie
422 TKMPS IimsaMÉDUIEBS.
de dresser des statuts pour un collège que ce prélat venait de fonder à Toulouse. Ce collège était celui de Maguelonne. U devait y avoir dix étudiants en droit civil et canonique et un prêtre. Cette maison était située rue du Taur ; sur son emplacement on a construit aujourd'hui un magnifique hôtel.
Nos annales nous montrent à cette époque le duc d'Anjou fixant son séjour à Toulouse, où il assemblait de temps à autre les états, et parcourant ensuite la province pour aviser aux moyens de résister à certaines compagnies de gens d^armes qui désolaient le pays.
L'archevêque de Toulouse permit, en 1372, aux religieux de saint Dominique de fonder un couvent de femmes de leur ordre dans une maison appelée à Toulouse FHôpital de la (Couronne. Cette maison était, à ce que nous croyons, située rue du Petit-VersaUles. Elle fut placée sous la juridiction de la prieure de Prouille, et prit plus tard le nom de Sainte-Catherine de Sienne qui lui fut donné pour patronne. Gaufrid de Yeyroles assista au contrat de mariage de Jean, fils du comte de Bologne et d'Auvergne, et d'Hélionorde, fille de Pierre-Raymond comte de Comminges.
D'api^ le chroniqueur Bardin, le duc d'Anjou créa en 1373, a Toulouse, de nouveaux capitouls dont les noms ont été conservés dans sa Chronique, et qui, pour être prorogés dans leurs charges, donnèrent au prince six cents écus d'or. Il résidait toujours à Toulouse, où il assembla, en 1374, une armée forte de quinze. mille gens d'armes. Le connétable Du Guesclin en prit le commandement. Sa marche fut contrariée par une mortaUté, qui devint si grande • dans le Toulousain qu'on y vendit le quarton de blé jus-
qu*à soixante florins. Lorsqu elle eut cessé, le duc d'Anjou se précipita dans TAgenais, où il prit sur les Anglais plusieurs places. Les plénipotentiaires des rois de France et d'Angleterre, s'étant réunis à Bruges, convinrent en 1373 d^une trêve qui devait durer une année entière.
CentuUe d'Astarac, prévôt de Saint-Etienne, mourut en 1361, et eut pour successeur Jacques de Villeneuve. Celuici autorisa les ^religieuses augustines, dans la personne de Constance de Poitiers, leur abbesse, à bâtir une église dans la paroisse Saint-Etienne. 11 eut une discussion avec les capitouls au sujet de la construction des murs d'enceinte de la ville derrière la maison de la prévôté, discussion qui fut heureusement terminée. II mourut en 1375, et eut pour successeur Jean de CasiUac, qui ne garda la prévôté qu'une seule année.
Hugues de Roger et Jean de Nogaret gouvernèrent successivement l'abbaye de Saint-Saturnin. Ce dernier était docteur en droit et professeur très habile dans l'université de Toulouse. Il eut pour successeur Ramnulphe de Valignac de Limoges, qui mourut eh 1375. ^
Le prieuré dé la Daurade perdit, dans cette période, Bonnefous de Durfort, qui avait profité de sa médiation pour réconcilier avec le comte de Poitiers les habitants du lieu de Lagardelle qui s'étaient révoltés contre le juge de Rieux, au sujet de certaines. levées de milices qu'il faisait dans la province. On place sa mort en Tannée 1361. n eut pour successeur Guillaume de Lorme, qui fut transféré plus tard à l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne. A ce dernier prieur de la Daurade succéda Bernard de Malodun. Nous apprenons qu'il existait depuis longtemps auprès de l^lise
4)4 TEMPS UmftMtDIÂIftIi.
de ce nom ud hôpital du Saint-Esprit, puisque Urbain V ordonna à ce prieur de détruire cette maison qui ne pouvait plus se soutenir. Bernard mourut en 1370 ; Bernard Dufaur lui succéda en 1376.
Guillaume de Médère succéda a Hunaud de Montauban dans le gouvernement de Fabbaye du Mas-Garnier. H avait été abbé de Sainte-Sophie de Bénévent, et devint abbé de Saint -Gilles. Jean d*Alberti vint après lui. Ce^ernier, prieur de Saint-Emerent au diocèse d'Auch, assista au chapitre général des religieux bénédictins des trois provinces d*Auch, Toulouse et Narbonne, qui se tint à Lavaur en 1368.
Cest à cette époque que nous trouvons la première abbesse de Saint-Pantaléon appelée de Naves, ainsi que les noms de Saure, de Navatte de la Ville-d'Yers, qui lui succédèrent. L*abbaye d*Eaunes ne nous offre que le nom de ses abbés Bernard, Jean, Jacques et Pons Dupuy. Grand- Selve avait à sa tète Raoul, qui est connu dans notre histoire pour avoir agrandi les bâtiments du collège de Saint- Bernard à Toulouse, et avoir eu quelques démêlés avec le prieur de Grenade^ Il mourut en 1368, et eut pour successeur Bernard de la Fours.
L'abbaye de Salenques avait a sa tête Marguerite, qui avait succédé à Mantélie de Châtillon. Une autre Margueiite de Levis, de la noble famille des seigneurs de Mirepoix, lui succéda bientôt après. — Arnaud III occupa Tabbaye de Calers ; il mourut en 1374, et eut pour successeur Bernard II.
Ce fut en Tan 1353 que les religieuses de Sainte-Qaire s'établirent sur le territoire de la paroisse de la Dalbade. Beriard, cardinal-évêque de Porto, leur céda plusieurs
TEMPS I.YrBEHBOIilRU. 425
maisons qu'il possédait , et le nouveau monastère s'établit sur leurs ruines. Guillaume de Quinbal, curé de la Dalbade, prétendit que cet établissement portait un grand préjudice a son église et en demanda la destruction. Ce différend fut terminé par la médiation du souverain pontife. Les religieuses de Sainte-Glaire fondèrent un autre monastère dans un lieu nommé les Carrelés, au diocèse de Toulouse. Une noble dame toulousaine nommée Françoise de Saint-Raymond fournit aux frais de cette nouvelle maison. Les guerres continuelles dont la contrée fut le théâtre détruisirent ce monastère, qui , avec la permission d'Innocent VI en 1357, fut reconstruit dans Tintérieur de la ville d'Âuterive, sur un emplacement que Gaucelme Mascon , seigneur du lieu, leur céda.
De Tannée 1350 à Tannée 1375, le siège de Rieux fut occupé par Durand des Chapelles dont nous avons déjà parlé. Jean II lui succéda, et gouverna cette Eglise jusqu'en 1359. Pierre de Saint-Martial, né dans la paroisse de Saint- Thomas de la Chapelle du Plan, au diocèse de Tulle, fut élu évéque de Rieux immédiatement après la mort de Jean II. Il fut transféré sur le siège de Garcassonne et de là à l'archevêché de Toulouse, comme nous le dirons en son lieu. Jean de Lanta succéda à Pierre de Saint-Martial.
L'abbaye de feuillants ne nous offre, dans cette période, que les noms de ses abbés : Germain, Jean du' Falgar et Bernard de Calme. — Bernard YI de Planvillars, Martin, Pierre III, Pierre IV, d'Aulier moine de Bolbonne, occupèrent tour à tour Tabbaye de Calers. — Arnaud II abbé de Bolbonne visita, en 1350, le monastère de Valnègre, par délégation de Tabbé de Citeaux. Guillaume IV, son succès-
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seur, reçut trois mille florins d'or de la libéralité de Guillaume évêque de Tusculum, pour rentretieu de trois religieux de BolboQue dans Tuniversité de Paris. Après lui, Raymond fonda un anniversaire solennel pour le repos de rame de cet insigne bienfaiteur, qui légua tous ses biens à cette abbaye. Pierre d'Âulier fut fait abbé de Bolbonne après Raymond.
A Hugues de Cbâtillon succéda, sur le siège de Comminges, Bertrand de Cosnac né au territoire de Limoges. Il était religieux de Tordre de saint Augustin lorsqu*en 1552 il fut fait évèque de cette ville. Nous trouvons son nom dans des accords qui furent passés entre Pierre de Mirepoix et Arnaud d*Auton, ainsi que dans des lettres de Mathe comtesse de Gomminges. Innocent VI avait la plus grande confiance dans son adresse à diriger les affaires les plus délicates : c'est ce qui détermina le pape à le charger de recouvrer les sommes qui étaient dues au collège des cardinaux. En 1366, il assista au concile de Lavaur. Ayant été créé cardinal par Grégoire XI sous le titre de Saint-Marcel, il donna la démission de son siège en 1372, et eut pour successeur à Gomminges Guillaume d'Espagne, fils d'Arnaud de Montespan et de Marguerite de Bartbe. Il avait gouverné l'Eglise de Pamiers avant d'être promu à l'évêché de Gomminges.
L'abbaye de Bonnefont ne nous offre que le nom de deui de ses abbés dans cette période, — Bertrand I*' et Arnaud V. n en est de même de celle de Nizors, que gouvernèrent successivement Bernard du Puy et Bernard V.
Le cardinal de Périgord, en 1376, acheta la maison d'un nommé Mauran, sur la paroisse de Saint-Sernin, et y con-
TBHPS llfTBEM&DIAIRBS. 427
struisit UQ collège. La mort Tempècha de terminer son œuvre, qui fut conduite à son terme par les soins de Grégoire XI. Cette maison devait renfermer vingt pauvres écoliers, dix pour le droit civil et dix pour le droit canonique. Il y avait, de plus, quatre prêtres destinés à la direction spirituelle du collège et au service de la chapelle qui fut dédiée à saint Front de Périgueux. Cette maison était située rue du Taur, et est aujourd'hui occupée par le grand séminaire du diocèse.
GauMd de Yeyroles ne survécut pas longtemps à la fondation du collège de Périgord : il mourut à Toulouse dans la même année, le 10 mars. Il avait gouverné cette Eglise pendant seize ans. Après sa mort, le siège resta vacant pendant deux années, et ne fut rempli qu'en 1378.
L'ordre de saint Dominique possédait alors à Toulouse Tune de ses plus grandes lumières, — Vincent Ferrier. Il était né à Valence, en 1357. Ayant commencé à quatorze ans ses études théologiques, il entra en 1374 dans Tordre des dominicains. Aussitôt qu'il eut fait sa profession, il vint à Toulouse pour y compléter ses cours, et après deux ans de séjour en cette ville, il la quitta pour se rendre à Lerida, où il reçut le grade de docteur. Nous le retrouverons plus tard à Toulouse exerçant avec un étonnant succès le ministère de la prédication.
Vincent Ferrier était encore à Toulouse lorsque, le 7 octobre 1377, la duchesse d'Anjou y donna le jour à un prince qui fut appelé Louis, et qui succéda à son père dans le royaume de Naples et le comté de Provence. Le duc apprit la nouvelle de la naissance de cet enfant au siège de Montségur en Bazadois ; il revint aussitôt à Toulouse et y fit
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célébrer de grandes fêtes pour les relevaflles de la duchesse.
Jeau de Gardaillac fut nommé à cette époque archevêque de Toulouse. Ce fut Tun des plus illustres prélats qui aient gouverné cette Eglise. H naquit dans le territoire de Cahors, au lieu qui porte son nom, dune très illustre famille. Après avoir terminé ses études à Toulouse avec la plus haute distinction, il y fut reçu docteur et y professa le droit civil. L'académie de Toulouse l'envoya auprès de Clément VI pour défendre ses privilèges. Le pape ne put s'empêcher d'admirer son éloquence, et le nomma évoque d'Orense en Espagne. Gardaillac ne partit pour son diocèse qu'après la mort de Clément VI, dont il prononça l'éloge funèbre ; il prêcha aussi pour la cérémonie de l'intronisation d'Innocent, qui fut le successeur de Clément.
Jean de Cardaillac fut transféré de l'évéché d'Orense à l'archevêché de Bragues en Portugal. Il tint plusieurs synodes dans son nouveau diocèse, visita l'église d'Astorga, où il ût une très belle harangue, et fut choisi pour prononcer l'oraison funèbre d'Agnès de Castro, reine de Portugal. Sous Pierre le Cruel, il fut jeté dans les fers à Burgos; mais il fut délivré par Henri, frère de Pierre. Le roi de Castille l'ayant envoyé à Rome auprès d'Urbain V, il traversa la France, s'arrêta au château de Cardaillac pour y visiter sa famille, et se trouva dans cette contrée à l'époque de la mort de Bertrand, évéque de Montauban, son frère, dont il prononça l'éloge. Sur ces entrefaites, Urbain V mourut à Avignon; Cardaillac fit son éloge à Spolète, Il revint ensuite en France, donna sa démission de l'archevêché de Bragues, et fut nommé patriarche d'Alexandrie et admi-
TEMPS INTB&HÉOIAIRBS. 429
nistrateur du diocèse de Rodez. En 1372, nous le trouvons légat apostolique auprès de Tempereur pour traiter de la paix entre ce prince, le roi de Hongrie et les Bavarois ; en 1375, il prêcha à Paris devant le roi Charles, le jour de r Annonciation, et baptisa à Toulouse, Vannée suivante, le fils du duc d*Anjou.
Ce prélat revint a Rome en 1378 ; il assista à la mort de Grégoire XI et à Télection d'Urbain VI, qui le nomma administrateur du diocèse de Toulouse. Sa nomination fut confirmée par Clément VII. Dans cette haute position, Cardaillac se montra fidèlement attaché à son prince le roi de France, qui se servit de son habileté et de son éloquence pour réduire sous sa domination les villes de TAquitaine arrachées au joug des Anglais. La grande confiance qu'on avait en lui, fit que Pierre de Chalais, évêque de Montauban, Tinstitua son exécuteur testamentaire en 1379.
En 1380, Cardaillac prit sous sa protection Tordre des frères prêcheurs, et ordonna a ses suffragants de se charger de la défense de ces religieux, en exécution des bulles que Grégoire XI avait données en leur faveur. Par suite de son dévouement à cet ordre, il voulut que la fête de saint Thomas d'Aquin fût célébrée le 7 mars avec toute la solennité possible, et enrichit Téglise des Dominicains de Toulouse de plusieurs ornements très précieux. Il publia à la même épocpe, avec Taide de Bertrand de Nogaret, son officiai , un ouvrage qui a pour titre : *Statuta curiarum dvilis, criminum , appellationum et matrimoniorum Archiepisoh patûs tolosani.
Les peuples du Languedoc, fatigués des exactions commises par le duc d'Anjou, obtinrent du roi qu'il serait
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remplacé dans son gouvernement. Bertrand Du Guesclin fut nommé après lui ; mais ce grand capitaine mourut au siège de Châteauneuf de Randon, le 13 juillet 1380. Gaston- Pbébus comte de Foix fut alors chargé de commander en Languedoc. Ce prince ne jouit pas longtemps de son commandement, car, Charles V étant mort, Charles VI son fils nomma le duc de Berri pour gouverner la province à la place de Gaston.
Gaston ne vit qu*avec un extrême déplaisir que le roi lui eût enlevé cette charge ; il assembla les notables à Toulouse pour solliciter une décision dans les circonstances délicates où il se trouvait placé. Les uns opinaient pour la soumission aux volontés du prince, les autres au contraire pour la résistance. Un parti mitoyen remporta : il fut décidé qu*on députerait au roi pour lui faire de très humbles remontrances, le suppliant de confirmer le choix qu*avait fait son père de Gaston-Phébus. Du reste, ce prince s^était attiré Taffection des peuples par la douceur de son gouvernement et les victoires remportées à Rabastens-du- Tarn sur les compagnies, qu'il tailla en pièces, après avoir fait pendre à un noyer plus de quatre cents prisonniers faits dans le combat.
Les capitouls de Toulouse se rendirent en France auprès du roi, qui les admit à son audience ; le duc de Berri , oncle du monarque était présent. La demande qu'ils stressèrent ne fut point accueillie : Charles déclara que le Languedoc n'aurait point d'autre gouverneur que le duc. Les députés partirent , résolus à résister. Le roi , dans l'espoir de sauvegarder le choix qu'il avait fait, écrivit à Gaston- Phébus pour lui annoncer sa détermination. Le comte ré-
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pondit au roi qu'il ne souffrirait en Languedoc seigneur ni partie, ni par conséquent le duc de Berri. Charles écrivit alors aux barons et aux prélats de la province pour les engager à se soumettre à ce dernier prince. Toulouse, Narbonne, Beziers et Nimes persistèrent dans leur désobéissance.
On devait s'attendre à ce que le duc de Berri chercherait à se soutenir dans son gouvernement par la force, des armes, et que Gaston-Phébus ne négligerait rien pour persister dans ses projets. Ces deux princes se rencontrèrent dans la plaine de Revel, au diocèse de Lavaur. Le combat ne fut pas de longue durée : Gaston mit en déroute les troupes du duc de Berri , le 15 juillet 1381. Cette guerre dura quelque temps encore jusqu'à ce que le cardinal d'Amiens, par les ordres de Clément VII, fît accepter la paix à Capestan, vers la fin de décembre 1381. Toutefois cette paix ne mit pas un terme aux troubles qui désolèrent la province, car, le duc de Berri ayant voulu lever de nouveaux subsides, les paysans des trois sénéchaussées se soulevèrent de toutes parts et s'armèrent contre les officiers du roi et les maisons les plus opulentes ; ils prirent le nom de Tuchins ou Coquins et se donnèrent des chefs. On eut beaucoup de peine à réduire ces bandes de vrais brigands. Ce fut à cette fin que le roi convoqua à Lyon, au mois d'août 1383, les comnmnes du Languedqc ; il y déclara qu'il évoquait à son conseil tout ce qui regardait le tuchincu, et appela dans cette viUe Jean de Cardaillac, archevêque de Toulouse, pour qu'il l'aidât de ses conseils. Charles VI, en récompense de l'ancienne fidélité de ce prélat, lui fit présent de 2000 pièces d'or.
43S TBHK INTBRMBOUIBBS.
AvaDt de se rendre à Lyon, Cardaillac, ignorant Tépoque de son retour, voulut doter son église métropolitaine de plusieurs joyaux destinés à orner les vases sacrés. Parmi tous les objets d*art dont il enrichit cette métropole, on dis> tinguait un magnifique reliquaire d'argent doré qui représentait la tète ou figure de saint Etienne soutenue par des anges ; sur le piédestal on voyait saint Martial portant une fiole pleine du sang du martyr ; dans Tintérieur du buste, étaient conservées des reliques de la tête de saint EUenne et une ampoule renfermant des parcelles de son sang. Ce reliquaire périt dans Tincendie qui consuma le^ chœur de la métropole au dix-septième siècle.
De Lyon, Jean de Cardaillac se rendit à Paris, 6ù il sacra, le 1" janvier 1384, Philippe Dumoulin, évêque d'Evreux. Il était de retour a Toulouse au mois d'octobre 1385, puisqu'il assista à deux imposantes cérémonies qui eurent lieu à cette époque dans cette ville. La première fut l'élévation solennelle des reliques de saint Jacques le Majeur à Saiot- Saturnin. La basilique devait ces reliques à la libéralité du comte Alphonse Jourdain, qui les avait obtenues des rois de Castille. Ces reliques consistaient en une partie du crâne et quelques ossements. Le 15 octobre, Jean de Cardaillac, assisté de l'abbé de Saint-Saturnin et de plusieurs prélats, se rendit dans la grande nef, qui était décorée de riches tentures. Toute la noblesse de la ville remplissait d'élégantes estrades élevées à grands frais autour de la nef; on remarquait parmi les assistants le duc de Berri, fr^re du roi Charles VL L'archevêque fit la vérification exacte des ossements et les montra au peuple. Les reliques furent ensuite divisées ; la plus grande partie fut renfermée dans
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une caisse en forme de tombeau, armée de bandes de fer. Le procès-verbal de cette élévation fut placé à côté des ossements dans une boite de ' plomb supportée par quatre taureaux. Cette caisse fut renfermée dans une châsse de bois revêtue de lames d'argent. Quelques autres reliques du saint furent renfermées dans un buste d'argent. Ce buste était dû à la munificence du duc de Berri, qui donna à cette occasion huit cents écus d'or, une chaîne d'or d'où pendait un saphir d'un grand prix bordé de rubis et de perles, avec un chaton de quatre rubis d'où pendaient encore de magnifiques perles ; il offrit de plus deux pièces de drap d'or. Tous les seigneurs de sa suite présentèrent a l'offrande de riches vases d'argent. A la procession solennelle que l'on fit autour de l'église, les reliques étaient portées par des prêtres sous un riche dais. La cérémonie fut terminée par le chant des vêpres.
La seconde cérémonie fut la consécration solennelle de l'égUse des Jacobins, qui eut lieu le 22 octobre. Le cardinal Guillaume de Godive ou de Godin, religieux de l'ordre de saint Dominique et évêque de Sabine, avait terminé ce majestueux édifice, où il voulut reposer après sa mort. L'archevêque de Lesbos, religieux carme, présida à la consécration. On y voyait Jean de Cardaillac, de Castelnau évêque de Cahors, Jean de Rieux, Gui d'Auxerre, Jean duc de Berri, le comte d'Etampes, le comte d' Armagnac, celui d'Albret et de Pardiac, le patriarche de Jérusalem, Raymond Béquin de l'ordre des frères prêcheurs, elle cardinal de Thureï.
Après ces cérémonies, le duc de Berri quitta Toulouse et établit gouverneur général du pays le comte d'Armagnac
III fs
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son neveu, aux gages de mille francs d'or par mois. Pendant Tabsence de ce piince, d'Armagnac fit tous ses efforts pour délivrer sa province des Anglais, qui occupaient plusieurs places et qui même s'étaient approchés de Toulouse ; il ût , en effet, un traité à Rodez, en 1587, avec leurs principaux capitaines. Cette négociation fut terminée moyennant une somme considérable qui fut payée aux Anglais.
A cette époque, Jean de Cardaillac donna à sa métropole la belle cloche qui porta son nom et la bénit solennellement. Deux cents ans après, ayant été endommagée, elle fut réparée par les soins de Jean d'Orléans, ainsi que l'attestaient les inscriptions qu'on y voyait gravées (1).
Le duc de Berri revint à Toulouse en 1388 et y séjourna jusqu'au 22 novembre. La province se trouvait alors dans un état déplorable par suite des exactions de toute espèce dont s'étaient rendus coupables les officiers de ce prince ] c'est ce qui porta un saint religieux du diocèse de Toulouse appelé Jean de Grand-Selve à se rendre à la cour pour exposer à Charles VI la situation du pays. Malgré tous les obstacles, Jean parvint jusqu'au monarque, et en présence même du duc il lui traça un tableau saisissant des calamités qui pesaient sur sa patrie. Le roi l'écouta, promit qu'il ferait un voyage dans ces contrées pour remédier à tous ces abus, et prit le religieux de Grand-Selve sous sa sauvegarde.
Au moment où Charles VI se disposait à parcourir les provinces du midi , Jean, roi d'Aragon, lui députa une
(4) Ânno à Christo nato, etc. (Catel , Mém.y 925). — Cette cloche fut fondue lors de la Révolution française.
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ambassade entraordiDaire pour le prier d'envoyer à sa cour des poètes des Jeux Floraux de Toulouse, afin d*y établir des concours de poésie semblables à ceux que les Sept Troubadours avaient institués depuis longtemps en cette ville. Quoique Fhistoire ne nous parle pas des suites de cette ambassade, on ne saurait douter que Charles VI n'ait fait droit à la prière de son royal allié, se servant pour cela de l'entremise des députés que le Languedoc avait envoyés auprès de sa personne. A cette époque, il n'est point encore question de la fondation de Dame Clémence.
Avant son départ, le roi suspendit de son gouvernement de Languedoc et de Guienne le duc de Berri, et se mit en chemin le 2 septembre 1389 avec une pompe vraiment royale. Après avoir visité diverses villes, ce prince arriva à Toulouse le 29 novembre. Un auteur contemporain décrit ainsi son entrée :
« Si partit de Carcassonne le roi et alla à Toulouse, où » tout Languedoc attendoit, et fut reçu et festoyé si gran- » dément, que c'estoit merveille de veoir cette lyesse. Et y » avoit tant de gens es rues à le regarder, qu'on ne pou- » voit passer, si estoient les rues par où il passoit encour- » tinées et parées d'ornemens riches et beaux : et les con- » suis de la ville, vestus d'habits royaux riches et beaux, » portèrent le poésie au roi , et les petits enfans alloient » devant portans en leurs mains bannières de fleurs de lys, » criant : Noël 1 vive le roy ! et les suyvoient les proces- » sions, l'université et le dergé, dont il y avoit moult, et » auprès du roy estoient les ducs d'Orléans, de Bourbon, » et assez loin d'eux les barons et seigneurs du païs. Puis » le sénéchal et viguier en leur endroict, et les suyvoient
TEMPS I>'TEEMÉD1AIRRS.
» par ordre les gens des mestiers vestus de livrée et por- » lans bannière de leur office, et par où le roy alloit, les » tables parmi Toulouse esloient mises où toutes manières » de gens beuvoient et mangeoient en passant ; et en celle » joye, alla le roi à la maistresse église louer Dieu, et d»' » là au chastel Narbonnois son royal hostel, où il demeura » un mois pour sçavoir comme ses officiers le faisoîent, ei » pour ouïr compte et déterminer les querelles du pais. » Et en tant que le roy demeuroit à Toulouse, vindrent îi » lui ses vassaux, le comte d'Armagnac, et le comte de Foix » envoya pour lui, et aussi y feurent les chevaliers et escu- » yers du païs, et feit le roy crier que tout homme qui le- » noit fief de lui vint à Toulouse, et il le recevroit ; et plii> » quiconque se sentiroit estre forfaict, il feroit droîct et » raison, et pour ceste cause estoit-il venu au païs ; et fut » celle parole bien prise en gré de toutes gens qui dirent . » Bien soit venu le roy î Et puis que le roy ot recëu ses » hommages, et le païs réformé en bon estât par le conseil » de ses oncles les ducs de Berri et de Bourbon, lui feit la » cité de Toulouse de grands dons de vaisselle, et ceux de » la ville lui'feirent de grandes requestes, desquelles le roy » leur octroya les aucunes qui lui seinbloient bonnes, et » les autres non, et donna le pays de Languedoc au roy » trois cent mille francs de bonne monnoye. »
Pendant le long séjour que Charles VI fit à Toulouse, il chassa plusieurs officiers qui désolaient la province, en fît condamner un très grand nombre, et nomma à leur place des hommes probes et honorables. Parmi ces officiers se trouva Jean Betisac, qui fut brûlé vif, le mardi avant la fêle de Noël. On vit alors arriver à Toulouse les grands vas-
TEUPS INTËRMKUIAIBES. 437
saux de la sénéchaussée et des environs qui vinrent rendre hommage au monarque : c'étaient Philippe vicomte de Lautrec, le comte d*Astarac, le vicomte de Giraoez, Guillaume de Rabastens, Roger de Comminges, Jourdain de Tille, le vicomte de Caraman. Le prince donna plusieurs chartes et fit certains règlements pour la police de la ville de Toulouse, entr'autres sur les costumes que devaient porter les femmes prostituées.
Un jour le roi, étant allé chasser avec sa cour dans la forêt de Bouconne, fut surpris par la nuit et s,*égara. Il fit alors le vœu de donner le prix de son cheval à la chapelle de Notre-Dame d'Espérance, située dans le cloître des Grands-Carmes à Toulouse. L'obscurité de la nuit s'étant dissipée, le roi put retrouver sa route et alla accomplir son vœu. Cet événement était représenté sur une peinture murale à côté de cette chapelle, où Ton voyait les figures du roi , de son frère le duc de Touraine, du duc de Bourbon, de Pierre Navarre comte d'Evreux, d'Henri de Bar, du comte d'Eu, d'Olivier de Clisson connétable de France, d'Enguerrand sire de Couci. C'est à tort que quelques auteurs ont prétendu que Charles VI avait institué à celte . occasion un ordre de chevalerie. Il existait depuis longtemps au couvent des Carmes une société ou frérie du nom de la Ceinture de Notre-Dame d'Espérance (Zona de Spé), à laquelle furent affiliés seulement le roi et les seigneurs de sa cour. Nous possédons un acte authentique de l'affiliation de ces princes, dans lequel les religieux carmes s'engagent à faire célébrer des messes, à certains jours de l'année, pour tous ces seigneurs, en récompense des aumônes et largesses qu'ils avaient faites à la chapelle de la frérie.
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GastOD-Phébus comte de Foii se rendit aussi à Toulouse, sur Finvitation de Charles VI. Ayant avec lui six cents cavaliers, il alla descendre au couvent des Jacobins. Le lendemain de son arrivée, il se rendit à cheval au château Narbonnais, à la tète de deux cents chevaliers de sa cour. Tout le monde admirait son port majestueux et sa mâle beauté. Dès qu'il vit le roi, il fléchit le genou et se releva. Quand il fut près du monarque, il s'agenouilla encore ; mais le roi le releva, Tembrassa avec effusion et le retint à dîner. A la première table se trouvaient le roi, Jean de Cardaillac archevêque de Toulouse, le duc de Bourbon, le comte de Foix, le comte de la Marche et de Vendôme ; a la seconde, étaient Jean d'Albret, le comte d'Harcourt, Philippe de Bar, et quatre chevaliers de la suite de Gaston-Phébus; à la troisième, étaient le maréchal de Sancerre, Roger d'Espagne, et huit chevaliers de Foix. A une heure on se mit à table; à quatre heures, le comte de Foix rentra au couvent des Jacobins avec le même appareil qu'il avait déployé le matin.
Quelques jours après, Gaston-Phébus donna un magnifique dîner aux principaux seigneurs de la cour du roi ; la table, de deux cents couverts, fut dressée dans le petit réfectoire des dominicains, dont la voûte fond d'azur était ornée des écussons des grandes familles de France. A la fin du repas, Charles VI entra dans la salle avec sa cour, et demeura jusqu'à la nuit au couvent, où les seigneurs passèrent leur temps à jouer à la lutte, au dard ou à la pierre. Gaston fit de grands présents aux ofBciers du prince; ces présents consistaient en soixante coursiers, palefrois, et autres chevaux de main.
Gaston-Phébus n avait pas d'enfants légitimes. Le vicomte de Castelbon, son plus proche parent, rayant mécontenté, cela le détermina à faire donation au roi, après sa mort, du comté de Foix, de la vicomte de Béam et de ses autres domaines moyennant la jouissance du comté de Bigorre et cent cinquante mille francs d*or. Le comte de Foix quitta ensuite Toulouse, et le 7 janvier 1390 Charles VI le suivit à Mazères, et rentra en France après avoir conquis l'affection des Toulousains par sa bonté et l'affabilité de ses manières.
Quelques mois après le départ du roi , Toulouse perdit Jean de Cardaillac son archevêque. Ce prélat mourut le 7 octobre 1390, et fut enseveli dans un tombeau de marbre devant l'autel principal de l'église métropolitaine, du côté de répître, avec une épitaphe. Cardaillac gouverna le diocèse de Toulouse pendant douze ans, et y Qt briller les plus sublimes vertus. Son érudition égala son éloquence ; il remplit plusieurs légations auprès des papes, de l'empereur et des princes, et laissa plusieurs ouvrages inédits dans la bibliothèque des dominicains : des sermons pour tous les dimanches et fêtes de l'année, des discours synodaux sur la convocation des conciles, l'inauguration des évêques, la collation des ordres, la visite pastorale, le sacre des rois à Reims, et plusieurs autres ouvrages qui attestent que personne ne le surpassa en son temps parmi les évêques dans l'art oratoire et dans la science ecclésiastique. •La bibliothèque publique possède encore en manuscrit les sermons de Jean de Cardaillac.
Ses richesses étaient immenses et sa générosité en égala la grandeur. La magnificence de ses ornements pontificaux
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les rendait éblouissants : c'est ce que nous pouvons déduire de rinventaire des divers objets qu'il laissa à son Eglise. On y remarquait des mitres hautes et basses d'un précieux travail (mitris et mitreriis) ; un ornement historié où était représentée l'histoire de Judith ; des boutons formés de grosses perles enchâssées dans une plaque d'argent massif du poids de quatre marcs, destinés à attacher ie pluvial ; un frontal d'or incrusté d'images ; deux cassettes d'or servant d'aiguières ; des statues d'argent massif ; des encensoirs et aspersoirs du même métal ; des croix et des chandeliers aussi en argent ; des tapis a l'aiguille brodés d'or avec personnages ; un livre des concordances dont le prélat se servait dans ses discours ; deux manuscrits des sermons de saint Augustin qu'il expliquait au peuple.
François de Conzié succéda à Jean de Cardaillac dans l'archevêché de Toulouse. Il était né à Genève, de Pierre de Conzié et d'AnceUse de Verbois. Il fut élevé à la cour d'Amédée VI, dont il était allié par son aïeule, et y donna des marques d'un excellent esprit et de rares talents. A Fâge de vingt-quatre ans, il fut nommé évêque et prince de Grenoble. De cet évêché, il passa a la métropole d'Arles avec le titre de grand camérier du pape Qément VIT. Il fut nommé archevêque de Toulouse en 1390, et n'occupa que très peu de temps ce dernier siège, ayant été transféré à celui de Narbonne. Ce prélat est connu dans nos annales par Taustérité de ses mœurs, sa sévérité à faire régner la discipline ecclésiastique, sa prudence et son habileté dans les affaires les plus délicates. Il devint vice-chancelier de l'Eglise romaine, légat d'Avignon, administrateur du domaine de Saint-Pierre, légat auprès de l'empereur Sigis-
mond, et désigné cardinal par Eugène IV. Il mourut a Avignon en 1432, chargé d'ans et de mérites.
Pierre de Saint-Martial, né au château de ce nom au diocèse de Tdlle,* successivement évêque de Rieux et de Carcassonne, fut nommé archevêque de Toulouse après la translation de François de Conzié au siège de Narbonne. A peine avait-il pris possession de son Eglise, qu'il présida, assisté de neuf évêques, à la translation solennelle du saintsuaire dans réglise du Taur. Bertrand Dumoulin, abbé de Cadouin en Périgord, craignant que les Anglais ne vinssent à piller son monastère, résolut d'apporter cette insigne relique k Toulouse. Lorsqu'elle y fut arrivée, Pierre de Saint- Martial se rendit hors des murs dans l'église de Saint-Roch qui venait d'être nouvellement construite (quartier des Minimes), et là il montra le saint-suaire au peuple rassemblé au nombre de trente mille âmes. Une procession à laquelle assistèrent les capitouls, le clergé et la noblesse, fut faite dans l'intérieur de la ville ; le saint-suaire fut déposé au Taur. Cette relique éprouva bien des vicissitudes : d'abord Charles VI ordonna de la porter à Paris, où l'accompagnèrent l'évêque de Saintes, l'abbé de Cadouin, l'assesseur des capitouls et le syndic de la ville. Plus tard, elle fut reportée k Toulouse et déposée au collège de Saint-Bernard, , d'où Ton croit que les religieux de Cadouin la reprirent avec la châsse d'argent qui la renfermait et la cachèrent dans leur abbaye.
Gaston-Phébus comte de Foix venait de terminer sa carrière ; il était âgé de soixante ans environ. Il eut d'Agnès sœur de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, un fils nommé Gaston, qu'il lit mourir, dans la persuasion que ce jeune
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prince avait voulu attenter à ses jours par le poison. Gaston-Phébus est cité dans nos annales comme un priace valeureux, affable et libéral. Sa cour était brillante ; il était musicien, et surtout intrépide chasseur; On croit qu'il est Fauteur d'un traité sur la chasse qui a été imprimé. Sa meute se composait de seize cents chiens. Â sa mort, il laissa un million d*or dans ses coffres. Il avait disposé de sa principauté en faveur de Chartes VI, qui envoya aussitôt plusieurs commissaires à Toulouse pour prendre possession du comté. Mais Matthieu de Foix vicomte de Castelbon fit si bien valoir ses droits à cet héritage, que le roi lui en donna Tinvestiture. Matthieu fut reconnu dans tous les domaines de la maison de Foix.
Des troubles assez graves éclatèrent à cette époque dans luniversité de Toulouse ; voici quelle enfut Tocoasion. Les gens du roi obtinrent une taille ou imposition de soixante mille francs des habitants de la province. Les suppôts de l'université de Toulouse prétendirent être exempts de payer ces subsides ; les fermiers voulurent les y contraindre : alors l'université les frappa d'excommunication. Les gens du roi suspendirent les privilèges du corps universitaire^ Le recteur, les professeurs et les écoliers en appelèrent au roi et lui envoyèrent des députés. Le 17 octobre 1392, Charles VI, voulant pacifier cette querelle, donna des lettres par lesquelles plusieurs membres de l'université devaient être exempts de payer les subsides pour les revenus de leurs bénéfices et pour tout ce qui était nécessaire aux besoins de la vie. En même temps le pape Clément VII travaillait à la réformation de l'université de Toulouse, et de de nouveaux statuts furent promulgués en 1594.
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Le roi, ayant eu connaissance de divers crimes dont lés juifs étaient accusés, rendit un édit le 7 de septembre de cette année pour enjoindre aux juifs et aux juives de quitter promptement le Languedoc. Cet édit fut publié à Toulouse an mois de décembre ; son exécution ne fut pas difficile en cette ville, car il n*y existait que douze familles de ces religionnaires.
Pierre de Saint-Martial embrassa a cette époque le parti de Pierre de Lune, qui , après la mort de Clément VH, avait été élu pape, et dont Tacceptation prolongea un schisme déjà si long. L'archevêque de Toulouse avait un frère dans le sacré-collége, et un intime ami — le cardinal d'Aigrefeuille. Ces deux cardinaux ne voulurent pas signer Tacte authentique par lequel leurs collègues avaient déclaré qu'ils refuseraient la papauté si elle leur était oflerte. Il est à présumer que Topinion du cardinal de Saint-Martial avait exercé une certaine influence sur Tesprit de l'archevêque, qui fut désigné comme l'exécuteur testamentaire de d'Aigrefeuille.
Benoit XIII (c'est le nom que prit Pierre de Lune) était un rusé pontife ; il feignait un désintéressement qu'il était bien éloigné de réaliser. Il se forma en France un parti assez puissant en sa faveur qu'embrassa l'université de Toulouse ; c'est ce qui détermina le roi à assembler à Paris, le 2 février 1395, la plus grande partie des prélats du royaume pour recevoir leur avis sur l'élection du nouveau pape. Ils furent presque tous d'avis qu'il fallait que ce pontife renonçât à sa dignité, pour le bien de l'Eglise.' Nous ignorons si Pierre de Saint-Martial fit partie de cette première assemblée.
Dans Fincertitude des événements, ce prélat déjà sexagénaire voulut faire son testament, qui porte la date de 1597. Il institua dans son Eglise quatre prébendes qui portèrent les noms de Saint-Martial et de SainterCatherine. Il fut appelé par le roi à la nouvelle assemblée qui devait se tenir à Paris après Pâques, en 1398 ; mais n'ayant pu entreprendre le voyage, il se Qt représenter par Vital de Castelmoron, professeur a l'université de Toulouse et prévôt de Saint-Etienne. Dans cette seconde assemblée, on se prononça encore en faveur de l'abdication. L'université de cette ville n'eut pas plutôt appris la décision de cette assemblée, qu'elle adressa un mémoire au roi où elle se prononçait contre le sentiment accepté, prétendant que se soustraire à l'obédience de Benoît c'était embrasser le parti du schisme et de l'injustice.
En attendant, Pierre de Saint-Martial vivait retiré au château de Balma, où il signa le testament de Jean de Faudoas, le 8 juin 1398, créa une vicairie perpétuelle pour le lieu de Miremont dans son diocèse, et donna une somme considérable pour fournir aux frais d'une châsse d'argent destinée à renfermer le corps de saint Exupère dans la basilique de Saint-Saturnin. Ce fut en mémoire de ce bienfait qu'Aimeric, abbé de cette église, favorisa une fondation annuelle de prières pour le repos de l'âme de l'archevêque de Toulouse. Ce prélat pétait entouré, pour l'aider dans son administration, des hommes les plus éclairés et les plus capables ; nous distinguons parmi eux Jean Corserius, qui porta le titre d'offlcial de l'archevêché de Toulouse. Cet officiai avait un tribunal ou cour qu'on appelait en latin Capella. La étaient portées les questions les plus impor-
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tantes du droit canonique, et jugées par des hommes très versés dans ces sortes de matières. Les décisions de Jean Corserius ont été recueillies pour la première fois et imprimées par Etienne Aufrery, docteur en Tun et Tautre droit , officiai de M«' Du Lion, archevêque de Toulouse. Elles sortirent en 1538 des presses de Benoît Bonyn, à Lyon; en 1617, elles furent de nouveau publiées dans la même ville par Antoine de Harsy. Les décisions canoniques de Jean Corserius sont au nombre de cinq cent une, et toutes commentées par Aufrery. Le nombre et la nature des réponses nous prouvent la réputation de science dont jouissait à cette époque Tofficialité de Toulouse.
Cette cité avait alors pour sénéchal Colard d'Estouteville, qui se trouvait mêlé dans l'affaire de la succession du comté de Foix. Matthieu vicomte de Castelbon, successeur de Gastôn-Phébus, venait de mourir : aussitôt Louis de Sancerre, connétable de France, mit sous la main du roi le comté de Foix. Mais Isabelle de Foix, sœur unique de Matthieu et femme d*Archambaud de Grailli , fit valoir ses droits sur ce comté. Comme ils étaient entrés dans Foix pour y recevoir fol et hommage des seigneurs et des habitants du pays, le sénéchal de Toulouse faisait* défense aux peuples de les accueillir. Celui-ci, en effet, après avoir reçu les ordres de la cour, se mit à la tète de quelques troupes pour arrêter les entreprises dlsabelle et d'Archambaud. Cette querelle prit fin par Thommage que rendirent au roi les nouveaux princes de la maison de Foix, qui devinrent la souche de la seconde branche de ces comtçs.
Colard d'Estoute ville dont nous venons de parler publia, le 6 juin 1399, des ordonnances touchant les robes des
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capitouls, le salaire des officiers, et les frais commuos de la police de Thôtel-de-ville. Elles contiennent soixante-huit articles et furent dressées par Pierre de Campredon et quelques autres notables. Parmi ces articles, le vingt-neuvième regarde les frais communs, et mérite de fixer notre attention. Il est ainsi conçu : « Item foc avis que d'el fait de la » violetta, de la englantina et del gauch, que se fassa » coumo accoustumat es ; so es a saber que pezen totas » très hun marc d'argen, et per la violetta otra le marc, » hun franc per la flor sobirana. » Cet article prouve évidemment qu'à cette époque le prix des fleurs du Gai-Savoir se prenait sur les frais communs, et qu encore il n*était point question de Dame Clémence ; mais nous la verrons bientôt paraître.
Nous avions laissé la prévôté de Saint-Etienne de Toulouse entre les mains de Jacques de Villeneuve, qui n est connu dans Thistoire que par quelques transactions qu*il fit, soit avec Constance de Poitiers, prieure des augustines, soit avec les religieux trinitaires, soit avec les capitouls de Toulouse au sujet de la construction des murs de la ville, soit enfm avec la maison des Onze Mille Vierges. Il mourut en 1375. Jean de Casillac, Gilbert de FEtrange, Adalbert de Sade, lui succédèrent dans la prévôté. Npus apprenons que ce dernier prit possession par procureur du prieuré de de Saint-Jacques a Muret. Vital de Castelmoron lui succéda et fut promu à l'archevêché de Toulouse.
L'abbaye de St-Saturnin de Toulouse nous offre, parmi ses abbés, Jean de Nogaret, docteur en décrets et professeur célèbre, qui mourut en 1360. Après lui , Rainouldde Valignac, Vital Blasia, Antoine de Bruguière-Chalabre, Ai-
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meric de Noël gouvernèrent cette Eglise. Celui-ci embrassa le parti de Benoit XIII, qui le créa son grand référendaire et conservateur des privilèges de Tordre de Citeaux. En cette qualité, il ordonna a Tofflcial de Toulouse de casser une sentence d'excommunication qu'avait portée FoOicial de Mirepoix contre le procureur de Bolbonne.
Guillaume de Lorme, prieur de la Daurade, fut nommé abbé de la Chaise-Dieu ; après lui , Bernard de Malodun ût rendre à son prieuré plusieurs églises dont on lavait dépouillé, et contribua à la destruction de Tbôpital de Saint-Esprit qu'on avait construit auprès de la Daurade. Bernard Fabri et Raymond de Vairac gouvernèrent successivement cette maison. Ce fut sous le priorat de ce dernier que Jean, maître général de l'ordre des carmes, donna des lettres authentiques en faveur de la célèbre confrérie de l'Immaculée-Conception établie depuis déjà plusieurs années dans l'église de la Daurade. Par ces lettres, cette confrérie était rendue participante de tous les privilèges attachés à cet ordre. Nous possédons encore les anciens statuts de cette antique société qui porta le titre de confrérie des Tolosains.
Raymond d'Hunaud, Guillaume de Médère, Jean d'Albret, Rostang d'Âusois, dirigèrent en qualité d'abbés le monastère du Mas-Garnier ; Àymengarde et Richarde celui. des chanoinesses de Saint-Saturnin à Toulouse ; Laure, Nava de Laville et Saure du Pin celui de Saint- Pantaléon ; Arnaud de Cabanac, Arnaud de Vesca, Etienne de Bartés, Etienne Guarin l'abbaye d'Eaunes ; Bernard de la Fours , Bertrand, Galin, et Pierre d'Olier celle de Grand-Selve. Le monastère de Salenques fut gouverné par Marguerite et
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Marguerite de Levis, de rilluslre famille de Mirepoix. Raymond Garsias, Arnaud de Gord et Sanche devinrent abbés de La Capelle. Le couvent de Sainle-Qaire à Toulouse compta, dans cette période, Claire de Limas et Françoise d'Elbont au nombre de ses abbesses.
Jean de Lanta succéda à Pierre de Saint-Martial dans révêché de Rieux. Pierre garda cet évêché pendant dix ans; Jean mourut en 1392. Après lui, Jérôme de Foix, Thomas et Guillaume du Puy gouvernèrent cette Eglise.
Jean de Falgar, Bernard de Calm et Jean de Tornecy devinrent abbés de Feuillants ; Bernard de Planvilliers, Martin et Pierre Aubry le furent de Calers. Ce dernier devint abbé de Bolbonne après la mort de Guillaume et de Raymond ; son nom se rencontre dans plusieurs transactions qu'il passa avec Matthieu comte de Foix et Geraude Navailles vicomtesse de Castelbon.
L'Eglise de Comminges eut pour ^vêque, après la mort d'Hugues de Chatillon, Bertrand de Cosnac. Né dans le Limousin, il entra dans sa jeunesse dans Tordre des chanoines réguliers de saint Augustin. Son esprit délié, plein de prudence et de sagesse, le fit employer par Innocent VI dans plusieurs affaires difficiles à traiter, en particulier dans le recouvrement des rentes qui étaient dues au collège des cardinaux. Grégoire XI l'ayant créé cardinal sous le titre de Saint-Marcel, il fit sa démission de Tévêché de Comminges. Guillaume d'Espagne, fils d'Arnaud seigneur de Montespan et de Marguerite de Labarthe, occupa après lui le siège de cette Eglise. Il avait été pendant vingt ans évêque de Pamiers, et fonda quatre bénéfices dans l'église de Saini- Frajou. Après sa mort, Comminges eut pour évêque Amé-
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lius de Lautrec, de Tillostre famille de ce nom. Ce prélat, qui avait été chanoine, chancelier de Toulouse et docteur en décrets, fut d'abord fait évêque de Couserans, et passa ensuite à' Féglise de Comminges, quil gouverna jusqu'à son cardinalat que lui conféra Clément VII. Menaud de Barbazan lui succéda en 1390, et il gouvernait encore le diocèse de Comminges à la fin du quatorzième siècle.
L'abbaye de Bonnefont eut pour abbés dans cette période Bertrand V, Arnaud V, Bernard III (qui reçut en hommage de la noble dame Ricque de Saint-Félix la ferme de la Terrasse) et Arnaud VI, qui fut transféré à l'abbaye de Bolbonne. Celle de Favas ou Lumière-Dieu fut gouvernée par Candors des Monts, qui devint la fondatrice du couvent de r Abondance-Dieu, Frosie de Blanquefort, et Raymonde, à qui Marguerite comtesse de Comminges confirma le pariage du lieu d'Anam. Nizors ou la Bénédiction-Dieu nous offre trois de ses abbés, qui tous portèrent le nom de Bernard.
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