III
82 TEMPS INTBEifÉDIàIRES.
• faites de bonne grâce, nous ne doutons pas que votre
• affaire ne parvienne à une bonne fin. »
Pierre de Colmieu dont il est ici question était chapelain du pape et vice-légat. Le roi venait de le nommer son lieutenant dans le pays d* Albigeois, en lui donnant pour assesseur Matthieu de Marli. Colmieu devait recevoir le serment des barons, des chevaliers et des peuples pour Fexécution de la notivelle ordonnance que Louis IX venait de rendre contre les hérétiques de son royaume. Cette ordonnance nous indique d*une manière claire et précise les moyens à employer contr'eux : 1® le roi ordonne aux barons du pays, à ses baillis, et à tous ses sujets, de rechercher les hérétiques et de les dénoncer atix ecdésias' tiques qui ont pouvoir de les juger. ï"* Il veut qu*ils soient punis dès qu'ils auront été condamnés par Tévéque diocésain ou ses ecclésiastiques. Il importe d'observer que ce mot condamnés ne doit pas s'entendre de l'application de* la peine à subir, mais seulement de l'acte par lequel ce tribunal déclarerait que tel ou tel individu est réellement hérétique. 5"" Dès que les hérétiques auront été condamnés, c'est-à-dire convaincus, on en fera prompte justice. — II est manifeste, d'après cette célèbre ordonnance, l'' qu'il existait alors dans le pays d'Albigeois un tribunal, composé de l'évoque diocésain et d'autres ecclésiastiques, spécialement destiné non à la recherche, mais à la simple conviction des hérétiques (c'est ce tribunal connu sous le nom si faussement redoutable de l'Inquisition) ; S"" qu'à cause de la perturbation générale que l'hérésie causait dans la société, soit en prêchant la révolte contre l'autorité des gouvernements, soit en répandant des maximes contraires au
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droit sacré de propriété, cette hérésie fut classée au nombre des crimes qui déliaient être punis par les lois civiles.
Le jour de la Pentecôte, 5 juin 1229, le roi créa chevalier Raymond VU, qui quitta alors le palais du Louvre. Ce seigneur suivit la cour à Moret en Gatinois et à Loris au diocèse d'Orléans. Pendant que Raymond était à Moret, Jeanne sa fille y arriva, et le cardinal légat, ayant accordé la dispense du degré de parenté qui était entra cette princesse et Alphonse frère du roi, célébra les fiançailles entre ces enfants qui n'étaient alors âgés que de neuf ans. Le mariage fut célébré huit ans plus tard. Le roi ordonna à divers seigneurs du Rouergue de prêter serment de fidélité au comte de Toulouse, auquel il rendit la vicomte de Millaud. En échange, Raymond céda à Louis IX la ville de Saint-Ântonin.
Pierre de Colmieu et Matthieu de Marli se rendirent ensuite au pays de Foix. Roger-Bernard vint les joindre à Saint-Jean des Verges. Il se tint là une grande assemblée, le 16 juin ; on y comptait l'archevêque de Narbonne, les évêques de Tournay, de Toulouse, de Carcassonne et de Couserans ; les abbés de Lagrasse, de Bolbonne, de Foix et de Combelongue; le maréchal de Levis, et plusieurs autres chevaliers français. Cédant aux conseils du comte de Toulouse, Roger-Bernard promit dans cette assemblée de chasser les hérétiques de ses états, d'observer les règlements qui avaient été dressés sur ce point, et de restituer les biens usurpés aux églises. Il remit au roi les châteaux de Lordat et de Montgrenier pour la sûreté de ses promesses.
Au mois de juillet, Pierre de Colmieu se rendit à Tou-
TVMK INTEftXÉDIAIftBS.
loose et réconcilia cette ville. Il y fut bientôt suivi du cardinal Saint-Ange et de Raymond- VII qui arriva vers le mois de septembre. Le cardinal ordonna au comte d'exécuter tous les articles du traité de paix : ce qu*il fit. Les commissaires du roi reçurent ensuite le serment de fidélité de Raymond, et le remirent en possession des pays qi|i lui avsdent été laissés.
Au mois de novembre, le légat assembla un concile à Toulouse dont les canons sont venus jusqu'à nous.' Les archevêques de Narbonne, de Bordeaux, d'Auch, un grand nombre d'évêques et de prélats, le comte de Toulouse, les autres comtes et barons du pays, le sénéchal de Carcassonne, deux consuls de Toulouse, l'un du bourg, l'autre de la cité, y assistèrent. Le cardinal légat ouvrit le concile par ces paroles :
< Quoique divers légats du saint-siége aient fait plusieurs » statuts contre les hérétiques, leurs fauteurs ou rece- » leurs; pour conserver la paix dans le diocèse de Tou- » louse, la province de Narbonne, les diocèses et les pays » voisins, et pour le bien du pays ; faisant cependant » attention que ces provinces, après avoir été longtemps > désolées, sont actuellement pacifiées comme par miracle » par le consentement et la volonté des grands, nous avons » jugé à propos d'ordonner, du conseil des archevêques, » des évoques, des prélats, des barons et des chevaliers, » ce xiue nous avons jugé nécessaire pour purger du venin » de l'hérésie un pays qui est cmMne néophyte, et pour y * conserver la paix. ■
On dressa ensuite les canons suivants .
1* Les archevêques et les évêques choisiront dans chaque
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paroisse, et dans chaque ville ou Taubourg, un prêtre et deux ou trois laïques de bonne renommée, ou un plus grand nombre s*il est nécessaire,, qui prêteront serment de rechercher avec soin, fidèlement et fréquemment les hérétiques, faisant des visites domiciliaires dans les maisons, les souterrains, les caves, les greniers ou autres dépendances, et dénonceront ces hérétiques, leurs Tauteurs, leurs adhérents, receleurs et défenseurs à Févêque, aux seigneurs des lieux, ou à leurs baillis, pour qu'ils soient punis d'après les lois.
2® Les abbés exempts qui ne sont point sujets à la juridiction ordinsûre en feront de même.
3"* Lc^ seigneurs des lieux porteront le plus grand soinà Tinquisition des hérétiques dans les villages, les msdsons et les forêts de leurs domaines, détruisant leurs retraites les plus cachées.
¥ Tout seigneur qui, par l'appât de l'or ou pour toute autre cause, permettra à un hérétique de demeurer dans ses terres, perdra tous ses biens, et sera remis à l'autorité dont il dépend pour qu'il soit statué sur son sort.
5* Si un seigneur, sans être convaincu d'avoir toléré sciemment des hérétiques, est cependant soupçonné de négligence, ou qu'on trouve souvent des sectaires dans ses domaines, il sera sévèrement puni.
6* Toute maison dans laquelle on aura trouvé un hérétique sera détruite, et le lieu de la retraite confisqué.
7"* Le bailli exerçant sa charge dans des lieux suspects d'hérésie, qui ne se montrera pas très diligent à la recherche des hérétiques, perdra ses biens et ne pourra être constitué ailleurs dans sa charge.
86 T£MPS INTBRHÉDllIBBS.
8^" Dans la crainte que les innocents ne soient confondus avec les coupables et que quelqu'un ne soit caJomnieusement regardé comme hérétique, on ne punira jamais personne qu'il n'ait été jugé tel par Tévèque ou un ecclésiastique compétent.
9"" Il sera permis de rechercher et prendre les hérétiques dans les domaines d'autrui ; les baillis prêteront secours à tout inquisiteur : les baillis du roi dans les terres du comte de Toulouse, et les bailUs du comte dans les terres du roi.
lO*" Si quelques hérétiques indtUs, abandonnant spontanément l'hérésie, se convertissent à la foi catholiqiie, reconnaissent leur erreur, ils ne demeureront point au lieu où ils ont habité, si ce Ueu est suspect, mais bien dans un lieu cathoUque exempt de tout soupçon. En haine de leurs anciennes erreurs, ils porteront deux croix d'une couleur différente de leurs habits, l'une a droite et l'autre à gauche sur leur poitrine. Ces croix ne pourront, du re§te, les justifier, à moins qu'ils ne portent avec eux des lettres authentiques de leur évéque qui attestent leur réconciliation. Ils ne pourront exercer des emplois publics ni dresser aucun acte légal s'ils n'ont été réhabilités par le pape ou son légat après qu'ils auront accompli la pénitence imposée. ^ H* Si un hérétique est convaincu de n'être revenu à la foi catholique que par la crainte de la mort ou tout autre motif humain, il sera mis en prison pour y faire la pénitence imposée par l'évèque, de telle manière qu'il ne puisse corrompre les autres. Il y sera nourri par ceux qui possèdent son bien, et s'il n'a pas de bien par l'évèque luimême.
12" Tous les hommes au-dessus de quatorze ans, et
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toutes les femmes au-dessus de douze, abjureront toute hérésie contraire à la sainte et catholique Eglise romaine et à la foi orthodoxe, sous quelque nom que cette hérésie soit énoncée. Ils prêteront serment de garder cette même foi, de poursuivre les béréUqnes et de les dénoncer. À cet effet, on tiendra dans chaque paroisse une liste exacte de tous les habitants des deux sexes. On prêtera le serment précité devant Tévêque ou les hommes à ce députés. Si quelqu*un est absent, et que dans les quinze jours qui suivront son retour, il n*a point prêté ce serment, ce qui sera très facile à connaître, il sera déclaré suspect d*hé* résie. Ce serment doit être prêté tous les deux ans.
13. Tout fidèle de Fun et de Tautre sexe parvenu à Fâge de discrétion sera tenu de se confesser au propre prêtre^ ou à tout autre avec sa permission, trois fois Tannée, et de communier aussi trois fois, à Noël, k Pâques, et à la Pentecôte. La confession doit toujours précéder la communion, à moins que, par le conseil du prêtre, il ne diffère Faccomplissement de ce devoir pour quelque juste causer. Que les pasteurs soient très exacts à rechercher si quelqu'un manque à ce devoir ; car si quelqu'un le transgresse sans la permission 'du propre prêtre, il sera regardé comme suspect d'hérésie.
li"" On défend à tout laïque d'avoir les livres de l'ancien et du nouveau Testament, à l'exception du Psautier, du Bréviaire, ou de l'Office de la bienheureuse Vierge. Il est également défendu d'avoir ces livres en langue vulgaire.
IS"* Ceux qui seront dénoncés comme hérétiques ou suspects d'hérésie ne pourront avoir recours au médecin. Lorsqu'un malade aura reçu la sacrée communion des
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mains de son pasteur, il sera gardé jusqu'au jour de sa mort ou de sa guérison, afin qu'aucun hérétique n'ait accès auprès de lui, l'expérience ayant appris que d'irréparables maux provenaient d'un semblable accès.
16** Tout testament doit être £ait en présence du propre prêtre, ou , à son défaut , en présence d'un ecclésiastique assisté de discrètes personnes ; sans cela, le testament doit être regardé comme nul.
l?*» Défense est faite aux prélats, barons, chevaliers et autres seigneurs, de confier jamais aucun bailliage ou administration des terres à un hérétique ou à ses fauteurs. Il doit être, également exclu de tout conseil ou aCTaire de famille.
18** Ceux-là sont regardés suspects d'hérésie qui en sont accusés par le bruit public ou légitimement soupçonnés par des personnes graves devant l'évêque.
19** On gardera fidèlement la liberté des églises et des monastères. Ces églises percevront la dîme et les prémices sur les biens des particuliers avant toute déduction de dépense et nonobstant toute coutume contraire. Qu'aucun laïque n'ait la témérité de faire peser des exactions sur les églises.
20** Aucun clerc ne payera la taille, même par suite d'héritage, s'il n'est commerçant ou marié. Si, par l'effet d'hérédité, ils acquièrent quelque fief ou quelque fonds grevé de rentes, ils se contenteront d'acquitter ces charges sans être tenus à aucune taille ou exaction.
21** Les clercs, les religieux, les voyageurs et chevaliers seront exempts de péage, à moins qu'ils ne soient marchands. Qu'aucun nouveau péage ne soit établi par leslaï-
ques, a Texception de ceux qui sont autorisés par une immémoriale coutume ou des ordonnances des princes. Ceux qui violeront ce statut seront punis par les censures épiscopales.
22° Ceux qui ont droit de péage procureront la sécurité des routes de manière à ce qu'aucun dommage ne soit porté aux voyageurs. Les cas de guerre et de voyage de jour exceptés, tout dommage sera réparé, et exigé même avec rigueur si Ton opposait quelque résistance à la réparation.
23° Qu'aucun laïque ne s'avise d*imposer des tailles ou exactions aux personnes ecclésiastiques, à moins que cellesci ne possèdent de leur part quelque bien particulier. Dans ce cas même, les laïques useront avec modération de ce droit, qu'a leur tour les ecclésiastiques pourront exercer sur les laïques.
24*» Si quelqu'un s'empare d'un clerc, même simplement tonsuré, pour quelque crime ou toute autre cause, il en donnera avis aussitôt au prêtre du lieu, et par lui à l'évêque. Sur la demande ou l'ordre de l'évêque et de l'archidiacre, le captif sera livré pour qu'il soit jugé d'après les lois. En cas dfe refus, il sera excommunié et forcé à le remettre par l'autorité supérieure.
25** Les paroissiens, .le seigneur et la damé du lieu devront se rendre à l'église aux jours de fête où le li avail est prohibé; ils entendront la prédication, assisteront à l'office, et ne sortiront qu'après la messe. Si , dans la famille, l'un ne peut venir pour cause d'absence ou autre cause légitime, l'autre se rendra toujours. Si ceux qui sont présents ne viennent pas sans avoir de légitime excuse, ils payeront
12 livres tournois, dont la moitié appartiendra au seigneur et Tautre moitié au prêtre du lieu. Le samedi à vêpres, à cause de la dévotion à la Sainte-Vierge, on se rendra à l'église.
^G"" Les jours de fête sont ainsi fixés : la Noël , saint Etienne, saint Jean VEvàngéliste, les SS. Innocents^ saint Sylvestre, la Circoncision, l'Epiphanie, la Purification, l'Annonciation, l'Assomption, la Nativité de la bienheureuse vierge Marie, la Pâque et les trois jours suivants, les trois jours des Rogations, la Pentecôte et les deux jours suivants, saint Jean-Baptiste, l'invention et l'exaltation de la sainte Croix, les douze Apôtres, sainte Marie-Madeleine, saint Laurent, saint Martin, saint Nicolas, saint Michel, la Dédicace, le jour de la fête patronale, tous les dimanches de l'année.
27'' Ces jours de fête, d'après les canons et l'antique coutume, on s'abstiendra d'œuvres serviles. Ainsi qu'aux autres fêtes qui pourront être désignées par l'évêque, tous les dimanches on avertira le peuple de la célébration de ces solennités.
iS"" Toutes les personnes âgées de 14 ans et au dessus seront tenues de prêter le serment de la paix. Si quelqu'un averti par son évêque, ou par lettre, ou pa» courrier, re* fuse de se rendre dans la quinzaine, il y sera forcé par les censures. Il sera mis, lui et les siens, au ban de la paix ; personne ne sera tenu de lui répondre et il sera tenu de répondre à tous. Ce serment de la paix doit être renouvelé tous les trois ans.
Les canons suivants jusqu'au Z7^ regardent les peines qui doivent être infligées aux violateurs de la paix.
S?'' Si quelqu'un commence la guerre, on fera serment
TEMPS IlfTBRMéDIÀIRES. 94
contre lui ; celui qui ne favorisera pas ce serment sera réputé infracteur de la paix. On prêtera généralement serment contre tous les ennemis de la foi et de la paix, spécialement contre Guillaume seigneur de Pierre-Pertuse, Gausserand seigneur de Puylaurens, et Raymond de Mort, qui sont excommuniés, déshérités, et ne peuvent être absous que par sentence apostolique.
SS"" Il est défendu à tous barons, châtelains, chevaliers, habitants des villes ou des campagnes, de former entr*eux aucune espèce de ligue, réunion ou frérie, ou de s^engager sous la foi du serment a quoi que ce soit. Les réfractaires seront condamnés, savoir : les ^ barons, à cent Uvres de monnaie Courante, les châtelains à soixante, les chevaliers à quarante, tous les autres à cent sols. Toute ligue ou frérie est dissoute.
SQ"" Que personne n ait la témérité de s^emparer d'aucun château ou village du domaine de VEglise ou de la Cou* ronne. Si quelqu'un se rend coupable de cet attentat, ses biens seront vendus, il sera excommunié à perpétuité, et ne pourra être absous que par le pape ou son légat ; de plus, il sera exilé au-delà des mers et ne rentrera jamais dans ses terres.
Le AO^ canon n'est qu une extension du précédent.
il'' Pour une plus grande conservation de la paix, on n'élèvera de nouveaux châteaux sous aucun prétexte ; les fortifications détruites ne seront pas rebâties.
H"" Les veuves ou les femmes nobles qui possèdent des châteaux ne contracteront aucune alliance avec les ennemis de la foi. Si eUes contractent mariage, leurs châteaux appartiendront aux seigneurs des lieux, de manière cependant
92 TEMPS INTERMÉOiAIftES.
que ces châteaux puissent être rendus à leurs légitimes descendants.
45** Qu'aucun juge n'accepte jamais rien, à quelque titre que ce soit, de ses parties ; que l'exercice de la justice soit gratuit, laissant de côté la faveur, la haine ou la crainte.
44** Les pauvres auront un avocat nommé d'office, si leur cause en a besoin.
45** Les statuts de ce concile seront puWiés quatre fois l'année par les pasteurs, les dimanches qui suivront les Quatre-Temps. Tel fut le célèbre concile de Toulouse dans lequel on établit d'une manière fixe le tribunal de l'Inquisition. Il est très important d'observer que tous les canons qui ont rapport à ce tribunal furent dressés en présence de Raymond VH, des autres seigneurs du pays et des consuls de Toulouse, et accepté par eux ; conséquemment, ce fut l'autorité civile, d'accord avec l'Eglise, qui dressa toutes les procédures, car on regardait les hérétiques comme des ennemis et de la foi et de la société. Nous ferons remar-
quer ensuite que la recherche des hérétiques était particulièrement dévolue aux laïques (can. 1), qui étaient nommés inquisiteurs ; que, d'après le canon 8% personne ne devait être puni avant d'avoir été jugé comme hérétique par l'évêque ou quelque ecclésiastique compétent : ce qui parait indiquer que cette punition n'était infligée que par le bras séculier. Il est évident que tout châtiment infligé aux hérétiques en dehors des pénitences canoniques, telles que l'excommunication, les jeûnes, les aumônes, les disciplines volontaires, les pèlerinages, ne pouvait être subi qu'avec la force matérielle appliquée par l'autorité des souverains ; que, par voie de conséquence, les peines afflictives ou in-
TEMPS INTERMÉDUIEBS. 93
famantes, telles que la prison, les fustigations forcées, la confiscation des biens, certaines tortures, et la mort, étaient du ressort de l'autorité civile, et que FEglise était complètement étrangère à l'application de ces peines.
Le H* canon du concile de Toulouse présente une équivoque difficile à détruire : il y est question des hérétiques qui ne sont point rentrés avec bonne foi dans le giron de l'Eglise. Il y est dit : Ad agendam pœnitentiam per epi^ copum loci in muro includantur. Le sens naturel serait qu'ils devaient être condamnés à la prison par l'évèque lui-même ; cependant on pourrait absolument expliquer ce passage en disant qu'ils devaient être condamnés a la prison par les procédures acceptées, pour y faire la pénitence imposée par l'évèque du lieu. Du reste, si l'évoque condamnait dans ce cas exceptionnel à la prison (in muro), ce ne pouvait être qu'en vertu d'une jurisprudence instituée par l'autorité du souverain.
Le nouveau tribunal commença à fonctionner pendant la durée du concile. Il existait alors à Toulouse un ancien hérétique , nommé Guillaume Solier , qui s'était converti volontairement ; on espéra qu'avec son secours on pourrait connaître beaucoup de sectaires. Il fut donc réhabilité. Sur les indications de Solier, Foulques fit alors approcher les témoins , qui furent interrogés avec soin par les évoques. Parmi ces témoins, quelques-uns étaient un peu suspects dans la foi ; ils ne voulurent rien révéler : ce qui rendit cette partie de la procédure inutile. Un certain nombre d'hérétiques vinrent s'avouer coupables, et furent pardonnes. Il y en eut qui demandèrent les noms de ceux qui. avaient déposé contre eux ; mais le légat
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n'ayant point voulu accéder à leur demande, ils n'insistèrent pas.
Il est facile de voir que dans le concile de Toulouse où Finquisition fut établie, il n'est nullement question des religieux de saint Dominique. Cest à tort que quelques historiens, même parmi ceux de cet ordre, ont avancé que ce saint patriarche a exercé l'office d'inquisiteur général dans le midi de la France. Il faut ici s'entendre sur les termes. Le titre d'inquisiteur, dans le principe, était attaché au ministère de tous ceux qui étaient envoyés par le pape pour convertir les albigeois par la prédication. Cette charge consistait à exciter le zèle des princes contre les hérétiques, à s'enquérir du nom et de la qualité des sec- .taires, à diriger les travaux des évoques pour l'extirpation des fausses doctrines, et à correspondre directement avec Rome sur tous ces points. Si saint Dominique a exercé l'office d'inquisiteur, ce ne peut être que de la manière dont nous venons de l'expliquer. Il reçut aussi de la part des légats le mandat d'imposer aux hérétiques convertis les pénitences canoniques, et il était mort depuis longtemps lorsque l'inquisition fut établie sous des formes nouvelles. Notre intention n'est pas de justifier ici ce tribunal des excès qu'il a pu commettre, surtout en Espagne, des abus qui ont pu s'introduire dans les procédures, des usurpations même de la puissance ; mais nous sommes bien loin de traiter ce tribunal comme l'ont fait et le protestant Philippe de Limborch et le chanoine de Tolède Antoine Llorente. Quand on juge les faits à distance, on les juge presque toujours mal. Quand on voit des papes tels qu'Innocent III et Honorius et un souverain tel que Louis IX établir ce
tribunal, il faut conclure que le mal était bien grand pour avoir recours à un aussi redoutable remède.
Raymond VII s*empressa d'exécuter les décrets du concile de Toulouse. Ayant fait dans ses états une recherche exacte de tous les hérétiques, Guillaume, surnommé le pape des aibigeùis, fut pris et brûlé vif. Ce supplice, qui ne nous inspire aujourd'hui que de Fhorreur, n'inspirait pas le même sentiment dans les temps anciens ; il n'était pas seulement réservé aux hérétiques, beaucoup d'autres criminels avaient à le subir.
Au commencement de décembre, le cardinal de Saint- Ange quitta Toulouse, après avoir donné à l'abbé de Saint-Saturnin et à celui de Grand-Selve la commission de faire une enquête spéciale sur les prétentions que Raymond VII et l'abbé de Moissac avaient sur la seigneurie de cette dernière ville. Il parait que le comte était alors en guerre non seulement avec l'abbé de Moissac, mais encore avec ceux de Gaillac et de Montauban , puisque Grimoald évêque de Gomminges le cita a son tribunal pour répondre sur ces différends. Plusieurs années après, Raymond, ayant refusé de se rendre à cette citation, fut excommunié par révéque, qui fit connaître cette sentence aux évêques d'Albi et de Rodez.
Le légat, qui se trouvait à Momac près d'Orange à la fin de l'année, adressa de ce château un décret en forme de lettre à Foulques, évêque de Toulouse. Il y annule tous les actes qui avaient été faits pendant la guerre, comme étant contraires aux lois des églises, et impose ensuite des pénitences à tous ceux qu'il avait trouvés suspects d'hérésie à Toulouse. Foulques publia ces lettres dans l'église de
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Saint- Jacques, que nous croyons être la même que celle de Saint-Etienne, en présence de tous ceux que ces lettres regardaient et qu'il y avait appelés. Toutes les informations que le légat avaient faites dans la province furent tenues très secrètes. Il était à craindre que si les personnes intéressées en avaient eu connaissance, le sentiment de la vengeance ne les eût portées à de déplorables excès contre les délateurs.
A cette époque, Pons de Capdenier, de concert avec Raymonde sa femme et Etiennette sa ûlle, acheta pour la somme de 1200 sols, de Bernard-Raymond Fuster, un immense jardin situé près de la place des Bretonnières, au lieu appelé des Guarrigues (de garrigiis). On ne doit pas être étonné que Pons ait acheté ce jardin pour en faire hommage aux religieux de saint Dominique, puisque ce riche citoyen s'était enrôlé sous la bannière du tiers-ordre du saint patriarche. Il fit aussi l'acquisition, de Pierre de Celmo, d'une maison contiguë au jardin des Guarrigues et au mur de la ville. Raymond du Falgar était alors provincial des dominicains et Bernard de Garrigues prieur de Saint-Rome.
L'établissement de l'Inquisition à Toulouse devint la source d'une véritable guerre civile. Ceux qui avaient été cités comme hérétiques ou suspects d'hérésie cherchèrent leurs délateurs et en tuèrent un grand nombre ; André de Chalvet, brave chevalier et sénéchal du roi, fut pris et massacré dans une forêt ; on refusa de payer la dime à Foulques, et ses terres furent ravagées par des hommes qui ne vivaient que de brigandages. Ce dernier, soupçonnant le comte de Toulouse de ces vexations, s'en plaignit à lui
TEMPS INTBRICÉOUIRES. 97
en ces termes : « Je sais que par la grâce de Dieu et là » vôtre j*ai recueilli mes dîmes assez tranquillement Tan- » née dernière ; maintenant, c*est a vous que je m'en prends • du trouble que je souffre, et ne croyez pas que je puisse » le supporter patiemment. Je suis disposé à être exilé de » nouveau, n*ayant jamais été mieux que dans mon exil. » D'un autre côté, le roi de France défendit à Raymond de rien aliéner des domaines du diocèse de Toulouse, lui ordonnant de révoquer toutes les donations qu'il aurait faites. Raymond avait à se plaindre de plusieurs ecclésiastiques de ses états qui, contrairement aux traités de Paris, n'avaient pas restitué les biens usurpés par les croisés. On croit que le comte de Toulouse se rendit alors à la cour de France pour obtenir une pleine satisfaction sur ce point important.
Les évoques de la province, désirant soutenir les droits
des églises, députèrent à Rome, en 1230, Glarin évéque de Carcassonne, pour y porter leurs plaintes contre le comte de Toulouse. Celui-ci avait envoyé auprès de Grégoire IX des ambassadeurs qui plaidèrent sa cause ; aussi, le pape écrivit-il, au mois de juillet, à Pierre de Colmieu son légat : « Les ambassadeurs du noble homme Raymond comte » de Toulouse nous ayant supplié de lui accorder un délai » tant pour son passage à la terre sainte que pour le paie-
> ment de dix mille marcs d'argent qu'il doit aux églises » en réparation des dommages qu'il a causés, attendu qu'é- » tant réconcilié depuis peu à l'Eglise , il ne peut disposer » de son domaine comme il faudrait, et qu'il ne saurait » fournir aux frais de son passage d'outre-mer pour la fête
> de Pâques prochaine à cause que ses états sont entière-
iii. 7
98 TEMPS INTERMÉDUtRBS.
ment épuisés, voulant favoriser sou zèle envers Dieu et TEglise, nous lui accordons pour le paiement de cette somme un délai qui durera autant que nous le voudrons. Quant au terme du passage, vous consulterez Ik-dessus le roi et la reine de France, et après avoir délibéré avec les prélats et les barons que vous jugerez à propos, et avoir considéré toutes choses, vous nous renverrez leur avis pour nous déterminer ensuite. »
Grégoire IX écrivit cette année plusieurs lettres, soit à divers prélats, soit à son légat Pierre de Colmieu, soit enfin à Foulques évêque de Toulouse et à l'abbé de Grand-Selve, au sujet de Raymond VU. Nous^ apprenons par ces lettres que ce seigneur s était déjà séparé de Sancie son épouse ; que le pape lui accorda la permission de prélever des impôts sur les vassaux des églises pour pouvoir faire honneur à ses engagements: que le légat devait évoquer à son tribunal toutes les causes qu'on pourrait intenter au comte sur les matières du for ecclésiastique ; que Raymond avait demandé au pape qu'on donnât la sépulture chrétienne à son père, et qu'il avait ordonné des informations à ce sujet.
Après son voyage à la cour de France, Raymond se ren- <lit dans ses états. Au mois de septembre, il fit la paix avec ' CentuIIe comte d'Astarac, qui lui donna en fiefs le château de Saint-Orens et la terre de Fimarcon en Agenais. II reçut aussi l'hommage de Roger-Bernard comte de Foix pour le château de Saverdun et le reste du comté de Foix jusqu'au Pas de la Barre au diocèse de Toulouse.
A la même époque, l'empereur Frédéric donna en fief à Raymond la terre de Lille, les villes de Garpenlras et de
TEMPS INTERMÉDlAtllES^. ^\)
IWerrelatte, les comtés de Forcalquier et de Sisteron : c'est ce qui explique pourquoi le comte de Toulouse prenait dans ses actes le titre de comte de Provence. Ayant été appelé par les Marseillais contre Raymond-Bérenger qui assiégeait leur ville, le 7 de novembre ces peuples lui donnèrent , en reconnaissance de ses bons et loyaux services , toute la ville basse, pour en jouir pendant sa vie. L'intervention du comte de Toulouse dans les affaires que les Marseillais avaient à démélet avec le comte de Provence Raymond-Bérenger, détermina entre ces seigneurs une guerre qui dura trois années entières.
Vers la fin de Tannée, Foulques confirma la relaxation de l'église de Notre-Dame de Fanjaux que les dominicains avaient faite en faveur du monastère de Prouille. Après avoir assisté à la translation solennelle de ces religieux du couvent de Saint-Rome à celui de la paroisse de la Daurade, il bénit le nouveau cimetière, et, le jour de Noël, il célébra les saints mystères dans l'église dont il avait posé la première pierre. La pieuse colonie fut conduite au nouveau couvent par Jean de Joannia, prieur de Saint-Rome. Pierre d'Albs était alors prieur de la Daurade.
Condors, comtesse de Ck)mminges, fit hommage à l'abbaye de Nizors d'une terre considérable placée sous le patronage de saint Etienne, premier martyr. Etienne gouvemait cette maison depuis plusieurs années. — L'abbé de Grand-Selve, auquel avait écrit Grégoire IX au sujet du comte de Toulouse, était toujours Hélie Guarin, qui en 1230 transigea avec l'abbé du Mas-Garnier, Guillaume Ratier, relativement à tous les dommages que les deux abbayes avaient pu se causer réciproquement. — Les mo*
400 TEMPS LNTBBIIÉDIÂIRES.
naslères n'étaient pas toujours d'accord entr'eux; ainsi nous trouvons Pierre I*% abbé de Bolbonne, et Maurin, abbé de Pamiers, en litige au sujet du tiers des biens immeubles que les religieux de Bolbonne recevaient de la part de ceux qui choisissaient leur sépulture dans leur monastère , et sur lesquels les moines de Pamiers prétendaient avoir des droits. Les religieux de Bonnefont et de Candei| furent pris pour arbitres. — Le prévôt de Saint-Etienne, Guillaume de Lauret, mourut cette même année 1230 ; il avait gouverné la prévôté pendant neuf ans. Il eut pour successeur dans cette dignité Guijlaume des Âlains, et fut enseveli dans le cloître.
Au mois de janvier 1231 , Grégoire IX écrivit au comte Raymond des lettres pour l'engager à payer à l'abbaye de Giteaux et aux autres monastères de cet ordre les sommes auxquelles il s'était engagé par le traité de Paris, lui déclarant qu'il avait chargé l'évêque de Tournay, son légat , de l'y contraindre par la voie des censures ecclésiastiques. Ce prélat, qui se nommait Gautier de Mamis, cita Raymond à son tribunal , dans l'église de Pierre-Albe à Castelnaudary. Raymond y comparut, et promit de satisfaire à toutes les plaintes portées contre, lui.
Au mois de février, il se rendit a Limoges. L'abbé de Saint-Martial l'appela en pariage , avec le consentement de son chapitre, pour quelques villages du Rouergue. Divers actes nous prouvent qu'il ne quitta pas le haut Languedoc durant le cours de cette année. Ainsi, il termina plusieurs différends qu'il avait avec plusieurs abbayes , entr'autres avec les abbés de Montauban et de Gaillac. .Par l'une de ces transactions, Raymond reconnaît tenir en fief des reli-
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gieux de Gailiac tout ce qu'il possédait dans cette ville ; par Tautre, il cède à Aurioli, abbé de Saint-Théodard, le quatrième de la justice et des droits seigneuriaux de cette ville. II termina encore un différend qui existait entre Hélie prieur de Saint-Caprais et lui, devant Jourdain, abbé de Saint-Saturnin de Toulouse, qui avait été choisi pour médiateur.
Sur ces entrefaites, Grégoire IX écrivit au comte au sujet du meurtre d'un religieux de Fabbaye de Conques. Le pape déclare que Bernard comte de Gomminges et ses vassaux ont arraché du saint autel un moine sous-diacre ; qu'ils Tout blessé mortellement pendant qu'il embrassait la sainte eucharistie et le crucifix ; qu'ils l'ont traîné hors de l'église et pendu à un gibet ; qu'après que ce malheureux a été délivré par un ermite, il a été pendu de nouveau. Il prie le comte de punir sévèrement ce forfait. Raymond VII s'empressa de donner satisfaction aux religieux de Conques : c'est ce que nous apprenons d'une lettre que Vivian leur abbé lui écrivit. Le moine qui fut tué s'appelait Jean, n parait que Blanche 4*Hunaud de Lantar, comtesse de Gomminges, n'était pas étrangère à la perpétration de ce crime. L'abbé de Conques pria Raymond de restituer à Bernard de Gomminges les domaines dont il s'était emparé, probablement en punition de ce sacrilège.
A cette époque, Grimoald, évêque de Commipges, fit consacrer par Amantius, archevêque d'Auch, la nouvelle église du monastère de la Lumière-Dieu ou de Fabas dans son diocèse. Angélique était alors abbesse de cette maison qu'elle gouvernait depuis seize ans. Sous cette abbesse, Guillaume de Toges et Bernard de Montant devinrent les
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bienfaiteurs de Fabas. Peu de jours après, Grimoald fit consacrer Téglise de son monastère de Sauve-Majeure par Malemort, archevêque de Bordeaux, en présence des évoques d'Àngoulême, d'Agen, de Saintes, et d*un grand nombre d'autres prélats.
L'abbaye de Frédelas était toujours gouvernée par Maurin, qui acheta de Bérenger, abbé de Lagrasse, la terre de Juillac au diocèse de Toulouse.
L'évèque Foulques touchait au terme de sa course. Peu de jours avant sa mort, il remit quelques charges à son chapitre. Sa fin fut assez agitée. Plusieurs gentilshommes de son diocèse refusèrent de se dessaisir des dîmes inféodées, et les anciens seigneurs du château de Verfeil ne cessaient de lui faire la guerre. Le jour de Noël 1231, il rendit son âme à Dieu, après vingt-sept ans d'épiscopat. Guillaume de Puylaurens exalte son zèle a s*acquitter de tous les devoirs de sa charge : il reconstitua, dit-il, Tévêché de Toulouse, en faisant rentrer des mains des laïques les dîmes qui devaient enrichir ses successeurs; car, lorsqu'il prit possession de cet évêché, il ne trouva pour vivre que 100 sols toulousains. Son corps fut transporté en grande pompe au monastère de Grand -Selve et inhumé près du grand autel , à côté de Guillaume de Montpellier. Il fut honoré a Grand-Selve comme un bienheureux. La plupart des auteurs modernes le dépeignent au contraire comme un homme de sang, d'un caractère fourbe et sans loyauté. — Foulques fut un homme profondément habile, et d'une très haute intelligence. Il se déclara rennemi des albigeois et de leurs fauteurs, et les poursuivit à outrance : de la, sa haine contre certains de ses propres diocésains
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qu'il supposait entachés d'hérésie et contre la maison corntaie de Toulouse qu'il regardait comme le soutien de Terreur. Guidé par un zèle trop ardent, il a pu sans doute commettre des fautes, se jeter dans des entreprises qu'une âme moins passionnée aurait évitées ; mais on ne peut, sans injustice, lui refuser un dévouement sans bornes à la sainte cause de la religion, un courage, une intrépidité qu'aucune considération humaine ne faisait fléchir, une étonnante activité pour corriger les abus, sauvegarder la discipline et faire rentrer son Eglise dans ses droits.
Nous possédons plusieurs ouvrages de Foulques ; ils se divisent en trois classes : les chants d'amour et les chants patriotiques, qui appartiennent à sa vie de troubadour, et quelques chants mystiques qu'il composa vers la fin de sa carrière (1). Noua possédons encore un curieux inventaire de tous les ornements pontificaux de Foulques, où sont mentionnés les objets suivants : des tuniques, des dalmatiques, des chasubles, des chapes d'or et de diverses cou-
(4) Nous citerons ici une strophe de ces derniers chants
Senher Dieus que nasqnetz de la Verge Maria Per nos guérir de mor, e per restaurar via, E per destmir Efer quel diables ténia ; ^
E fos en crotz levatz
D'espinas coronatz
E de fel abeuratz.
Senher 1 merce vos cria Âquetz pobles onratz ; Quel vostra pietatz Lor perdon lors pecatz.
Amen, Dieus aissi sia !
leurs, de riches coussins pour supporter le missel, des manuterges de couleur, des pales revêtues d'étoffes d'or, des cordons de soie, des peignes d'ivoire, des chandeliers de cristal, des bassins de porcelaine, des manches d'éventail, des coffres de parfums , des essuie-mains d'étoffe floche, des crosses et des bâtons d'ivoire, des candélabres d'or et d'ivoire, des croix d'ivoire dans l'une desquelles est incluse une relique de la vraie croix, des encensoirs d'argent, des calices d'argent, des bassins d'argent, des chrêmières, des mitres, des crosses d'argent, etc.
 F^oulques succéda frère Raymond du Falgar, provincial des dominicains, né au château de Miramont au diocèse de Toulouse. H fut élu le 21 mars 1232 , et prit possession de son évêché le vingt-huitième jour du même mois. Son élection fut confirmée par l'évoque de Toumay , légat du saint-siége. Peu de jours après sa consécration, il opéra une transaction avec Durand, évêque d'Albi, au sujet des dîmes qu'ils avaient acquises sur les limites de leurs diocèses ; il s'accorda ensuite avec le chapitre de Saint-Etienne relativement à deux prébendes sur lesquelles il réclamait ses droits. Guillaume des Âlains était encore prévôt de ce chapitre, et nous le trouvons mentionné dans une sentence qui fut portée entre les chanoines de Saint-Etienne et Jourdain abbé de Saint-Saturnin, au sujet des églises de Saint- Georges, de Pins et Justaret dans le Toulousain. Cest ici le dernier acte où il soit question de Jourdain, qui mourut à cette époque avec une grande réputation de piété et de doctrine. Il eut pour successeur Pierre de Malasaire, inquisiteur de la foi, qui ne garda l'abbaye que deux années.
TEMPS INTERMBDUIBES. 405
Raymond du Falgar se montra aussi zélé que son prédécesseur contre les hérétiques ; il fit tous ses efforts pour engager le comte de Toulouse à les poursuivre avec vigueur. Dans une seule nuit, ils prirent dix-neuf de ces sectaires tant hommes que femmes qui s^étaient cachés dans les montagnes. On distinguait parmi eux Payen, seigneur de la Bécëde dans le Lauraguais. Quoique le comte fît tout ce qui dépendait de lui pour donner pleine satisfaction a l'Eglise, quelques prélats lancèrent contre lui, sous divers prétextes, plusieurs sentences d'excommunication. Raymond s'en plaignit au pape, qui écrivit à Tévêque de Tournay, son légat, pour l'engager à traiter Raymond Vn avec douceur et charité, et à empêcher les évêques de rien entreprendre contre lui. « Il faut, disait le pape, » l'arroser comme une jeune plante et le nourrir du lait » de l'Église. > Cétait dans des termes aussi affectueux qu'il parlait de Raymond VII dans une lettre qu'il adressa à Louis IX et à la reine Blanche. Ceux-ci, de concert avec l'empereur Frédéric, avaient sollicité le pape de restituer au comte de Toulouse les terres situées à la gauche du' Rhône, c'est-k-dire le marquisat de Provence. Le pape proteste dans sa lettre de son affection toute paternelle pour Raymond, déclarant qu'il en référera sur l'objet de leur demande à son légat et k une assemblée d'évêques. n écrit dans ce même sens au comte, lui disant que s'il avait usé à son égard de quelque sévérité, c'était pour le gagner comnfe un fils.
Pendant une grande partie de l'année 1232, ée seigneur fit séjour à Toulouse ; il y reçut le chapitre et quelques habitants de Montauban, auxquels il accorda quelques pri-
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viléges. Arnaud de Baziége, flls de Bertrand de Varagne, et Bertrand de Baziége son âls lui donnèrent une partie du lieu de ce nom, et reçurent en échange ce qu'il possédait au château de Gardouch dans le Lauraguais. Cest ici Fun des plus anciens monuments qui^ attestent la noblesse de la maison des Varagne-Gardouch. Raymond passa ensuite en Albigeois, et fit un accord avec Tévôque d'Albi au sujet de quelques domaines du pays. Au mois de septembre, il alla du côté de Bordeaux et eut une entrevue avec Henri III, roi d'Angleterre, qui avait passé la mer pour réprimer quelques infractions qu'il prétendait que Louis IX avait faites à la trêve conclue entr'eux. C'est ce que nous apprenons d'une lettre qu'Henri écrivit à l'empereur Frédéric.
Grégoire IX, qui s'occupait activement à cette époque de la canonisation de saint Dominique, nomma commissaires pour procéder aux informations Tancrëde archidiacre de Bologne, Thomas prieur de Sainte-Marie de Benn, frère Parlmaire chanoine de la Trinité. Arrivés à Toulouse pour commencer le procès en cette ville, ils adressèrent leurs lettres à Pierre abbé de Saint-Saturnîn, à Raymond-Donat archidiacre de Saint-Etienne, et à Pons archidiacre de Saint- Saturnin. Ceux-ci leur répondirent en ces termes : < Ray- » mond Catalani prieur de Prouille, Pierre Agenn frère » prêcheur, Raymond d'Aure prieur de Saint- Antonin, et » Raymond de Viilars cellerier du même monastère, nous » ont remis les lettres apostoliques par lesquelles il nous » est ordonné de procéder a des recherches exactes sur la » vie de Dominique d'Osma. Nous avons pris toutes les » informations nécessaires en appelant les témoins et les
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» Êtisant déposer joridiquement, et nous vous adresserons » ce procès. >
L'abbaye de Grand-Selve était alors gouvernée par Arnaold Gailhard, qui avait succédé à Hélie. Ce fut entre ses mains que Fabbé de Bolbonne et Bertaud de Belpech passeront un compromis. L'abbaye de Calers perdit, à cette époque, son abbé, Guillaume II, qui Tavait dirigée pendant dix-sept ans, depuis la mort de Jean I^. — Maurin, abbé de Frédelas, commit cette même année la garde du château de Pamiers à Roger-Bernard comte de Foix, et, de concert avec ce seigneur, accorda plusieurs privilèges à la ville de Pamieis et confirma ses coutumes.
Unebaute et puissante dame du pays toulousain, Riscende de Serrane, donna tous ses biens à Fabbaye de Lézat et se dévoua à Dieu dans cette abbaye, entre les mains de Bernard de Sarranta qui en était abbé. Ce fait nous montre que les femmes se donnaient aux abbayes, vivant, soit dans un lieu séparé du monastère, soit dans leur propre maison, observant exactement toutes les règles, et portant sans doute quelque habit particuUer. On voit ici Forigine ou du moins le développement de cette institution connue sous le nom de Tiers-Ordre.
Les hospitaliers de Saint- Jean de Toulouse virent étendre leurs domaines : en 1232, Vidal Robert leur céda tout ce qu'il possédait dans Y honneur et la seigneurie de Guaridecb. On suppose que ce personnage était seigneur de ce lieu qui est situé au nord-est de Toulouse, et qui depuis cette époque appartint à Fordre de Malte. Cest ici le titre le plus ancien que nous possédions sur cette commanderie.
Pendant qu'on procédait à Toulouse aux informations
4 os TEMPS INTERMÉDIAIRES.
sur la sainteté de Dominique, le tribunal de Tlnquisition prenait une forme nouvelle. Grégoire IX ayant appris que les hérétiques qui avaient abjuré leurs erreurs, y étaient de nouveau tombés, écrivit au roi pour qu'il avertît le comte de Toulouse de se tenir sur ses gardes. Considérant ensuite que les évéques étaient beaucoup trop occupés pour donner assez de temps à la recherche des hérétiques, il résolut de confier cette recherche aux frères dominicains de Toulouse. 11 leur écrivit, au mois d'avril 1233, pour les nommer inquisiteurs du royaume de France, les recommanda en cette qualité à tous les prélats du royaume, et principalement aux archevêques de Bourges, de Bordeaux, de Narbonne, d'Auch, de Vienne, d'Arles, d'Aix et Embrun, et à leurs suffragants. Il adressa de semblables lettres aux comtes de Toulouse, de Foix, et à tous les vicomtes, barons, sénéchaux de France, ainsi qu'aux capitouls de Toulouse, les conjurant de favoriser par tous les moyens possibles la sainte inquisition.
Conformément aux lettre's pontificales, Tévêque de Tournay se rendit à Toulouse, y érigea ce tribunal, et nomma grands inquisiteurs deux religieux de l'ordre de saint Dominique, frère Pierre Cellani et frère Guillaume Arnaldi. Nous croyons nécessaire de reproduire ici un mémoire touchant les erreurs des albigeois, les pénitences qu'on leur imposait, et la manière dont les inquisiteurs procédaient a leur interrogatoire.
Articles sur lesquels errent les hérétiques modernes.
« l** Ils disçnt que le corps de Jésus-Christ n'est pas au » sacrement de l'autel, et qu'il n'y a que du pain. S'» Tout
prêtre qui est en état de péché mortel De peut pas consacrer. 3° L*âme de rhomme n*est autre chose que le
sang. 4"" La fornication n'est pas un péché. 5<> Tous les hommes seront sauvés. 6** Personne n'entrera au paradis avant le jugement. 1"* A cause du délai du payement, Fusure n'est point un mal. S"" L'excommunication est une chimère. O*" Autant vaut se confesser à un laïque qu'à un prêtre. lO"" La loi judaïque est meilleure que la loi chrétienne. Il"" Ce n'est pas Dieu qui fait ce qui croit sur la terre, c'est la nature. 12° Le Fils de Dieu n'a pris en la Vierge qu'une chair fantastique. IS"* Les pâques, la pénitence et les confessions n'ont été instituées par l'Eglise que pour obtenir de l'argent des laïques. 14'' Le prêtre qui est en état de péché mortel ne peut absoudre personne. 13* Aucun évêque ne peut accorder des indulgences. 16"" Tous ceux qui sont nés d'un légitime mariage seront sauvés. »
Pèlerinages majeurs.
« Le tombeau des SS. Apôtres, Saint- Jacques en Galice, » Saint-Thomas de Cantorbéry, les Trois Rois à Cologne. »
Pèlerinages mineurs.
« Plusieurs sanctuaires de la Vierge, parmi lesquels on » distingue Boulogne-sur-Mer, Roc-Amadour, Le Puy, Char- » très, Paris; Sainte-Madeleine en Provence, Saint-Gilles en » Provence, Saint-Guilhem du Désert, Saint-Antoine de > Vienne, Saint-Martial, Saint-Léonard du Limousin, Saint- » Denis, Saint-Louis de France, Saint- Vincent de Castres.
Interrogatoire des hérétiques.
« Il faut d'abord avertir celui qui doit être examiné que, s'il se repent, il sera traité avec douceur. Sait-il quel est l'objet de l'inquisition. — A-t-il entendu parler des hérétiques ou a-t-il assisté à leurs prêches. — A-t-il ajouté foi à leurs discours ; a-t-il, avec réflexion, cru à leur enseignement. — A-t-il avoué ses premières faiblesses. — A-t-il connu les monitions que nous adressons aux hérétiques.— Croit-il qu'il y a des hérétiques dans son pays. Connaît-il quelqu'un suspect d'hérésie. — Connaît-il quelqu'un dans son pays ou dans son village qui ait offert asile aux hérétiques. — A-l-il reçu ou défendu un hérétique, et comment a-t-il appris qu'il l'était. — Connaît-il quelque lieu de réunion des hérétiques ; y a-t-on prêché ; qui a assisté à ces prêches ; de quoi a-t-on parlé. — Ces réunions ont-elles eu lieu de jour ou de nuit. — Qui estce qui a prêché. — A-t-on pris quelque repas, et qu'at-on mangé. — A-t-il mangé du pain béni par les hérétiques. — Qu'a-t-on apporté à ceux qui étaient présents. S'esl-il confessé à un vaudois et a-t-il donné quelque chose pour cette confession. — A-t-il embrassé un hérétique en signe d'union. — A-t-il dit, en le saluant, Benedicite. Lui a-t-il fait des salutations profondes. — L'hérétique lui a-t-il imposé quelque pénitence. — A-t-il fait quelque legs ou^ donation aux hérétiques. — Sait-il si on a fait une collecte pour les hérétiques ; a-t-il participé à cette collecte ; sait-il ce qu'il a donné. — A-t-il été appelé à rendre compte de sa foi. — A-t-il abjuré ou connaît-il
TEMPS INTBBVÉDIAIRES. 414
que quelqu'un Tait fait. — A-t-il eu foi aux hérétiques , leur a-t-il servi de messager. — Qu'a-t-il choisi, la suspension ou le feu. — S'il a choisi le feu, pourquoi. — A-t-il cru que les hérétiques fussent de hons hommes. — A-t-il entendu quelqu'un nier un article de foi. — Est-ce la crainte de la mort, ou celle des gens de hien, ou la persuasion qu'il a eue qu'un autre révélerait ou ne révélerait pas qui l'a porté à ces aveux. — Combien d'années a-t-il demeuré hérétique. — Qui lui a enseigné l'hérésie et qui Ta apprise avec lui. — A-t-il conduit les hérétiques d'un lieu à un autre, a-t-il couché avec eux. S'il a déjà prêté serment. — Savait-il que ceux qui celaient les hérétiques étaient excommuniés. — A-t-il caché des hérétiques. — Nous a-t-il dit la vérité. — A-t-il appris à quelqtfun à nous répondre, et lui-même l'a-t-il appris de quelqu'autre. — A-t-il pris la fuite pour cause d'hérésie, ou a-t-il engagé les autres à la prendre. — S'est-il engagé avec les hérétiques à ne rien révéler. (Il faudra l'interroger article par article.) — A-t-il rendu visite aux hérétiques, et qui avait-il avec eux. (Il faut l'interroger sur ce qui a été dit touchant les sacrements, les serments, les divins offices, les prières pour les morts, le sacrifice de la messe et les confréries.)
Interrogations pour les sortilèges.
» Combien de sortilèges connaft-il touchant les choses > ou les animaux perdus, le recel des voleurs, les maléfi-
» ces la manière de contracter mariage
» Fétat des âmes des morts l'enchantement des
wt
TEMPS INTBEMÉDlAtRBS.
fruits, des herbes, des lanières des habits, le traitement des maladies, la cueillette des herbes le visage tourné vers l'orient, les pèlerinages et les messes. (11 faut surtout linterroger sur les superstitions qui pourraient s'être glissées au sujet des sacrements, du culte divin, des temples, des offrandes déposées sur l'autel pendant la lecture de l'Evangile, onze jours durant ; sur l'eucharistie gardée, le chrême et l'huile volés, le baptême des images, la bénédiction du pain et de l'eau et les bénédictions nuptiales ; qui lui a appris toutes ces choses ; à qui a-t-il appris à deviner, à enchanter, et combien de fois
Interrrogations aux juifs.
» Comment t'appelles-tu, où es-tu né, où as-tu vécu, — Tes parents sont-ils ou ont-ils été juifs. — Quels sont leurs noms, prénoms et domicile. — As-tu des frères ou des sœurs; quels sont leurs noms, prénoms et domicile. Quels sont les alliés et leurs enfants. — Quelqu'un de ta famille est-il baptisé. — Es-tu juif ou chrétien. — Quelle est la meilleure loi , et dans laquelle veux-tu mourir. — Te crois-tu obligé de garder le serment fait sur la loi de Moïse par la voix ou le pied de Dieu. — Quelle peine inflige-t-on aux parjures. — Ta femme et tes enfants sontils baptisés, l'es-tu toi-même , quel nom t'as-t-on donné. A-t-on baptisé d'autres personnes avec toi , quels sont leurs noms et où sont-elles. — Es-tu revenu au judaïsme,
où, et par qui. -^ Quand as-tu rejudaïsé, et où
Combien de temps es-tu demeuré chrétien. — T'es-tu confessé, as-tu communié. — As-tu admis tout le sym-
TEMPS INTKaMÊDUIRBS. ' M S
» bole. — Tes-tu marié depuis que tu es chrétien. — Com- » ment s'appelle ta femme. — As-tu des enfants , sont-ils » baptisés.— Connais-tu quelque chrétien qui judaïse.et où. » As-tu engagé quelque chrétien à judaïser »
Telle est la longue série des questions qui fut dressée par les inquisiteurs de Toulouse immédiatement après Férection du tribunal. Le respect que nous devons à nos lecteurs ne nous a pas permis de traduire ici certaines questions qui nous découvrent Texcès des désordres auxquels s'abandonnaient les albigeois. Il est certain que, dans leurs assemblées, ils se livraient à d'indignes parodies des plus augustes mystères et à d'ineptes monstruosités. On soumettait ceux qui devaient être admis à des épreuves, telles que la suspension et le feu, et ces épreuves offensaient à la fois la raison, la religion et la morale. Gomme on le voit, l'action de l'inquisition s'exerçait non seulement sur l'hérésie, mais encore sur la magie, sur les chrétiens qui judaïsaient, ou sur les juifs qui, après avoir embrassé le christianisme, roTenaient au judaïsme. La seule peine qu'infligeaient les inquisiteurs, en dehors des pénitences canoniques, était la prison perpétuelle, ainsi qu'il conste d'une lettre qu'écrivit Grégoire IX à tous les suffragants de la province de Narbonne : in perpetuo carcere detrudatis. Cette peine avait été établie contre les hérétiques par l'autorité des souverains et était devenue d'un usage universel.
Après la nomination des inquisiteurs, plusieurs hérétiques furent recherchés et pris a Toulouse ; on se saisit de leur chef nommé Vigouroux de Bouconne (Vigorosus de Baconia), qui fut brûlé vif. Ces terribles exécutions parais*
444 TEMPS INTERMÉOUIRES.
saient être justifiées par les massacres dont se rendaient tous les jours coupables les albigeois. Ainsi, en Vannée 1233, trois dominicains de la maison de Toulouse furent tués à Cordes et leurs cadavres jetés dans un puits le jour du dimanche des Rameaux. En expiation de ce forfait, oii chanta depuis, tous les ans, la Passion du Sauveur auprès de cette citerne qui recelait ces corps mutilés.
Raymond du Falgar donna, à cette époque, une marque éclatante de son dénouement a son ordre en jetant les fondements et posant la première pierre de la grande et magnifique église des dominicains que nous admirons encore aujourd'hui. On commença dans le même temps la construction du cloître du monastère et de toutes ses dépendances. L'histoire w)us a conservé les noms des insignes bienfaiteurs de cette maison : Tévêque de Toulouse donna quatre mille sols toulousains et au-delà, indépendamment des sommes annuelles qu'il versait pour le vestiaire et la nourriture des religieux ; Pierre Martin, de Gaillac ; Auriol, marchand du bourg ; Guillaume de Ventouillac, viguier de Toulouse ; Arnaud Barravi et Bernard de Foix, cédèrent soit des jardins, soit des maisons pour favoriser les constructions nouvelles. La bâtisse de Téglise fut commencée par la chapelle de Tabside dédiée à la Vierge et continuée dans la partie orientale jusqu'au milieu de la nef.
Le nouveau couvent des dominicains reçut alors un hôte illustre dans la personne de Pierre Cendras, prieur du couvent de Barcelonne, jqui prêcha à Toulouse au miUeu d'un grand concours de peuple et y opéra plusieurs guérisons miraculeuses. Ce couvent était alors gouverné par Pôns de Saint-Gilles, dont les annales de Tordre font lin
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toagnifique éloge. Ce fut lui qui donna les plus grands soins à renseignement de la théologie à Toulouse, choisissant les plus habiles maîtres, appelant aux cours publics et nourrissant à ses frais un grand nombre de jeunes écoliers pour leur faciliter l'élude de la science sacrée. Aussi reçut-il avec une extrême joie les lettres que Grégoire iX écrivit cette année-là à Raymond* VII pour l'organisation de rUniversité de Toulouse.
Ces lettres portent la date du 30 avril 1233. Après avoir rappelé ce qui avait été fait pour l'érection de TUniversité à Toulouse et les statuts du comte, le pape confirme cette institution et lui accorde les mêmes piviléges qu'a celle de Paris; il ordonne aux habitants de fournir des maisons pour la demeure des écoliers, et veut que le prix en soit réglé par quatre commissaires, deux clercs et deux laïques. « Nous voulons, dit le pape, que si quelque professeur, ou » écolier, ou clerc, et leur serviteur, se rend coupable de » quelque délit, il ne soit pas jugé par des juges séculiers... » et que les laïques soient tenus de répondre aux écoliers » devant le juge ecclésiastique d'après là coutume de l'Eglm » gallicane (secundum consuetudinem Ecclesiœ gallicanœ). » Il place l'Université de Toulouse sous la protection du comte, de ses barons et de ses baillis, et recommande à Raymond VII de payer exactement l'honoraire auquel il s'était engagé par le traité de Paris.
Raymond était accusé d'une certaine négligence par rapport à ce traité. L'évêque de Tournay, dont le zèle contre les hérétiques était très ardent, l'appela devant le roi. Le légat se rendit à la cour accompagné de l'archevêque de Narbonne et de plusieurs évêques de la province, et en
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particulier de Raymond du Falgar. On tint, vers raulomne, une assemblée à Melun, dans laquelle Tévêque de Tournay exposa tous les griefs qu'il avait contre le comte de Toulouse. Il fut décidé que Tévêque de Toulouse et un gentilhomme appelé Gilles de Flajac dresseraient des cahiers qui seraient présentés au comte. Après l'assemblée de Melun, Raymond du Falgar et Gilles de Flajac, commissaires, se rendirent à Toulouse, et remirent à Raymond VII les cahiers déjà dressés. Le comte se détermina, conjointement avec les commissaires, à dresser des statuts ou règlements qui furent publiés, vers le mois de mars 1233, dans une grande assemblée qq|*se tint au clottre de Saint-Etienne. Ces règlements, qui nous ont été conservés, sont d'une très grande étendue ; ils ne font que reproduire en partie les constitutions du dernier concile de Toulouse touchant les hérétiques et leurs fauteurs. On y trouve cependant quelques particularités : il est défendu aux clercs de porter des couteaux-poignards, des épées ou des lances, à moins qu'on ne soit en temps de guerre, (nisi forte timbre guerrœ); la profession religieuse y est clairement désignée par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance; le moine qui enfreint le vœu de pauvreté doit être jeté, après sa mort, dans le fumier. On s'occupa aussi du costume des chanoines, qui affectaient un luxe extraordinaire de vêtements : leurs chapes, leurs manteaux, leurs tuniques, leurs chaussures doivent être de couleur brune ou noire ; les habits de soie sont défendus ; il doit y avoir dans chaque monastère des écoles de grammaire.
Il est expressément ordonné que les cloîtres soient bien fermés et qu'on n'y introduise jamais des femmes : que la
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lecture soit faite pendaût le repas des moioes. On recommaode le lavement des pieds aux pauvres, une fois la semaioe. La simouîe est frappée d'anathëme. Ces règlements font mention d*un abus bien étrange qui s'était introduit dans quelques abbayes exemptes : il est dit que les moines, sous préjtexte de vendre leur vin, faisaient entrer des histrions, des jongleurs, des joueurs d*osselets; ceux qui tombaient dans cet abus devaient être suspens de tout office. On publia aussi dans cette assemblée les ordonnances de Louis IX touchant les hérétiques et le maintien de la discipline religieuse.
Raymond VII dressa, de son côté, des règlements particuliers. Ces statuts sont divisés en trois classes : dans la première, le comte ordonne la recherche des hérétiques dans tous ses états, la destruction entière de tous les lieux de retraite des sectaires, la confiscation des biens et de fortes amendes ; dans la seconde, il prend sous sa protection toutes les abbayes, et particulièrement celles de Tordre de Citeaux; dans la troisième, il défend d'établir de nouveaux péages et d'exiger des droits d'albergue sur les monastères, les granges et les biens des religieun.
Ces règlements publiés par Raymond VII produisirent une heureuse impression sur Tesprit de Grégoire IX, qui écrivit à Tuniversité des maîtres et des écoliers de Toulouse pour leur accorder le privilège de régenter partout, et de jouir du revenu de leurs bénéfices après avoir subi Texamen dans cette université. Il chargea levêque de Narbonne et les évèques de Toulouse et de Carcassonne de Texécution de ces bulles. Cette école devenait tous les jours plus célèbre et par les talents des professeurs et par le
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nombre des élèves. Jodocus Lovrentius {Josse Louvreins) y enseignait alors avec la plus grande distinction le droit civil. Il devint la souche de Tillustre maison de ce nom, fut envoyé ambassadeur en Angleterre en 124.3, et mourut en 1311 ^é de quatre-vingts ans, laissant un fils nommé Guillaume d*Anne d'Escalquens, sa femme.
Nous pensons que Raymond du Falgar était présent à la grande assemblée qui fut tenue au cloîtré de Saint-Etienne en 1233, quoique quelques auteurs la placent à Tannée suivante. Au mois de septembre, il se rendit à l'abbaye de Grand-Selve et y consacra un autel k sainte Marie-Madeleine ; il venait d'assister aux noces de degux seigneurs toulousains, Grimaud d'Exuin et Guillemette. A cette époque il eut une contestation assez vive avec le chapitre de Saint- Saturnin ; il demandait le droit de procuration et réclamait la troisième partie des fruits de Tarchidiaconé de Villelongue. Le chapitre soutenait qu'en vertu des privilèges accordés à Tabbaye par les papes, les prétentions de Raymond du Falgar étaient injustes. Cette affaire fut portée au tribunal de Grégoire IX, qui nomma pour juges les abbés de Grand-Selve et de Saint-Théodard. Ceux-ci envoyèrent une commission apostolique au prieur de la Daurade, à Veffet de citer Tévêque devant les délégués du pape dans leglise de la Daurade. Nous ignorons Fissue de cette affaire.
Bernard d'Amilian gouvernait alors Tabbaye de Saint- Papoul ; il avait succédé à Pierre de Saint-Germain, qui avait été a la tète de ce monastère pendant vingt ans. Bernard acquit la juridiction temporelle sur tout le territoire de Saint-Papoul des mains d'un seigneur qui le possédait alois et qui se nommait Jourdain de Roquefort, dont on
"voyait le tombeau dans le cloître de l'abbaye. Celte cessioB fut approuvée par Raymond VII.
Au mois de janvier 1234, le pape écrivit à son nouveau légat, Jean de Burnin, archevêque de Vienne, qui avait succédé à Tévêque de Tournay, pour l'exhorter à agir avec la plus grande douceur à l'égard du comte de Toulouse. Grégoire déclare dans ses lettres que ce seigneur se montrait très dévot au saint-siége et fils spécial de l'Eglise romaine. Il défendit aux évêques de la province de l'excom» munier aussi facilement qu'ils le faisaient et de jeter l'interdit sur ses terres. En même temps il écrivit au comte lui-même au sujet du marquisat de Provence et du pays Venaissin dont celui-ci demandait la restitution : < Je sou- » haiterais, lui disait le pape, vous accorder cette demande; » mais à cause des prétentions que plusieurs ont sur ce » pays, et voulant rendre à chacun ce qui lui est dû, je » ne puis pour le présent vous donner une réponse posi- • tive. Du reste, poursuivez toujours avec zèle la défense » de la foi catholique, et persévérez comme vous l'avez fait » dans votre dévouement à l'Eglise romaine. »
Au mois de mars, Raymond se rendit à la cour du roi de France qui se trouvait à Lorris en Gatinois. Le but de son voyage était de remettre entre les mains de Louis et de la reine Blanche la décision de tous les différends qu'il avait avec Raymond Bérenger comte de Provence, et de se plaindre de ce que plusieurs ecclésiastiques avaient acquis, malgré lui, plusieurs fiefs dans sa mouvance. Le roi, désirant donner pleine satisfaction au comte de Toulouse, écrivit en sa faveur aux prélats de la province et leur ordonna de vider leurs mains de tous ces fiefs, avec défense d'en ac-
quérir de nouveaux sans sa permission et celle du comte. Louis IX fit plus encore , il écrivit au pape : « Nous vous » avons prié de rendre le marquisat de Provence à notre » cher et féal cousin Raymond comte de Toulouse, qui Ta » eu possédé autrefois ainsi que ses prédécesseurs, dsùis » la confiance que cette restitution l'engagerait à garder la
> paix de TEglise et à une plus grande fidélité envers nous. » Nous nous portons d'autant plus volontiers à réitérer » cette demande, que le comte n'a pour héritier qu'une » fille unique qui doit épouser, avec votre dispense, notre » cher frère. C'est pourquoi nous regarderons cette grâce » comme si elle nous était faite à nous-même. Il est certain » d'ailleurs, ainsi que nous l'avons appris par le témoignage » des prélats du pays, que le comte est fort attentif à re- » chercher et k punir les hérétiques. Nous vous prions » de plus de vouloir l'écouter favorablement, pour l'amour
> de. nous, dans toutes ses autres justes demandes. »
Ces lettres produisirent un heureux effet. Raymond se détermina à passer les Alpes, et alla a Rome réclamer son marquisat au pape, qui le lui rendit. On affirme que le comte de Toulouse se dévoua alors pour le service personnel de Grégoire IX qui avait été chassé de Rome par ses sujets, et que ce seigneur prit le commandement des troupes pontificales contre les Romains. De Rome, Raymond se rendit 'a Montefiascone, et fit hommage à l'empereur Frédéric du marquisat de Provence. Frédéric lui donna et confirma la terre de Venaissin pour lui et ses héritiers, et lui restitua le titre de marquis de Provence. Ainsi le comte de Toulouse rentra en possession de cette portion importante des domaines de ses ancêtres.
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Après que ce seigneur eut publié son édit contre les hérétiques, Jean de Bumin, archevêque de Vienne, assembla un concile à Beziers dans lequel on recommanda l'exacte observation des derniers statuts de celui de Toulouse. Raymond du Falgar assista au concile de Beziers qui se tint vers le mpis d'avril. Ce prélat se rendit ensuite a Toulouse, où il célébra avec grande pompe la canonisation de saint Dominique ; il offrit, a cette occasion, les saints mystères dans 1 église des frères prêcheurs, et assista au repas qui lui fut servi. On était sur le point de se mettre à table lorsqu'on vint annoncer au prieur, Pons de Saint-Gilles, que les hérétiques étaient entrés dans une maison située dans un quartier voisin, où se trouvait une femme malade et à laquelle ils voulaient faire embrasser leurs erreurs. Cette femme était la belle-mère d'un poitevin nommé Borfier; L'évêque et quelques religieux se rendirent aussitôt auprès d'elle. Après l'avoir interrogée, on acquit la certitude qu'elle était déjà pervertie dans la foi. Toutes les instances pour la ramener devinrent inutiles. Raymond fit alors appeler le viguier de Toulouse, qui la fit porter, couchée dans son lit, au pré du Comte, lieu des exécutions, et la livra aux flammes.. On s'empara du poitevin son gendre et de Bernard Audric du lieu de Drémil (de trito milio), qui, pour se sauver, découvrirent un grand nombre d'hérétiques.
Après cette exécution, Raymond du Falgar rentra dans son palais et ne voulut point prononcer le discours qu'il avait préparé. Le prieur Pons de Saint-Gilles prit sa place, et le soir, après l'office de None, il prononça en présence d'une foule immense l'éloge de saint Dominique, en commentant c^ paroles : Elie s est levé comme le feu, et sa
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parole était brûlante comme la flamme. Les inquisiteurs Pierre Cellan et Guillaume Arnaud, excités par le zèle de leur prieur, firent citer à leur tribunal tous ceux qui étaient suspects d'hérésie. Ce tribunal était dressé dans le cloître des dominicains, et là se trouvait Durand de Bars, viguier du comte de Toulouse. On conduisit un hérétique nommé Jean. Comme, après sa condamnation, le viguier se disposait à le faire brûler le peuple s ameuta et menaça le magistrat et les inquisiteurs. Jean fut conduit alors dans les prisons de Tévêché, où on entreprit inutilement sa conversion. Ceux qui lavaient défendu jusqu'alors l'ayant abandonné, il fut brûlé vif avec plusieurs autres que l'on amena de Lavaur.
Raymond du Falgar confirma à celte époque le monastère de Prouille dans la possession de l'église de Bram que Foulques lui avait déj'a cédée. Il fit aussi une transaction avec . Pierre d'Albs, prieur de la Daurade, pour fixer les limites du territoire dixmaire de cette église. — L'abbaye du Mas-d'Azil était alors gouvernée par Etienne, qui , après une longue vacance de la dignité abbatiale dans cette maison, avait succédé à Laurent. Etienne, de concert avec un seigneur du pays, Guillaume Amilius, céda quelques terres a l'abbaye de Calers. Il sortit de l'ordre de saint Benoît pour entrer dans celui de saint François. — Pons de Saint-Victor, abbé de Bolbonne, reçut au nombre des bienfaiteurs de son abbaye Galard de Boulane, qui lui céda quelques terres. Il eut pour successeur Bernard d'Albars. — Bernard d'Amilian, abbé de Saint-Papoul, fut placé, au mois de décembre 1254, à la tête du monastère de Camp- Rond par l'abbé de Moissac ; mais son élection ne fut pas
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approuvée par Tévêque de Gironne. Bernard, croyant que ce refus d'approbation venait de la part des moines, se rendit au monastère à la tête d*une bande de cavaliers et de gens sans aveu, dans Tintention de le détruire. Il fut alors excommunié par Févêque de Gironne.
L'année 1235 fut signalée à Toulouse parles travaux de rinquisition. Vers les fêtes de Pâques, des dénonces contre les hérétiques furent portées' en si grand nombre devant ce tribunal, qu'il devint nécessaire d'augmenter le nombre des juges. On adjoignit donc aux dominicains plusieurs curés de la ville et des frères mineurs de saint François. Pons de Saint-Gilles, avec le secours du viguier de Toulouse, fit approcher plusieurs personnes, entr'autres Arnaud Dominici, qui , se voyant menacé de mort, déclara qu'il connaissait un lieu où se tenaient cachés onze hérétiques. Il mena alors Pierre de Malafayre abbé de St-Saturnin et le viguier de Toulouse à un château appelé Cassers où ils prirent dix-sept hérétiques. Arnaud Dominici fut alors relaxé; mais les fauteurs de l'hérésie exercèrent sur lui leur vengeance et le massacrèrent dans son lit en un lieu nommé Cantarez. L'abbé de Saint-Saturnin et le viguier s'emparèrent aussi dans le bourg d'un chef hérétique, Pierre Guillaume de Lort. Ils allaient l'entraîner lorsque Raymond Roger, Pierre d'Esquinat et quelques autres le délivrèrent. A cette nouvelle, les deux inquisiteurs de Toulouse qui se trouvaient dans le Quercy et l'Albigeois revinrent en cette ville et citèrent plusieurs personnes, avec promesse de ne condamner à l'exil , à la prison ou à la confiscation des biens aucun de ceux qui feraient une confession sincère. Les inquisiteurs . avaient obtenu cette faveur du comte de Toulouse. Pour
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répandre une plus grande terreur dans les âmes et un plus grand éloignement de Thérésie, les inquisiteurs firent exhumer des cimetières catholiques {asmeteriis sacris) les corps de ceux qui étaient morts dans Thérésie. Ces cadavres décharnés et mutilés furent traînés sur des claies dan5 les rues de la ville et ensuite livrés aux flammes.
Ces terribles exécutions mirent la ville entière en désordre. Les consuls se rendirent auprès du comte pour le supplier d'éloigner les inquisiteurs. N'ayant pas réussi, le comte s'adressa à Jean de Burnin, légat du pape, le conjurant de renvoyer au moins Pierre Cellan, qui autrefois faisait partie de la famille domestique de feu son père (de Curid) et qui maintenant se déclarait son ennemi. Cet inquisiteur, sur la demande de Raymond VU, fut donc envoyé à Cahors. Quant à Guillaume d'Arnaud son collègue, il fit citer à Toulouse dou^ hérétiques, qui refusèrent de comparaître et de rendre compte de leur foi ; bien plus, ils se répandirent en terribles menaces contre l'inquisiteur. Voyant ensuite qu'ils étaient toujours l'objet de sa poursuite, ils déterminèrent le comte a le chasser de la ville. Ces menaces n'altérèrent point l'intrépidité d'Arnaud, et il continua toujours son inquisition. Alors les consuls se rendirent au couvent des dominicains, prirent par la main l'inquisiteur et le conduisirent avec tous ses religieux à la tête du pont au-delà du fleuve ; là, ils lui déclarèrent que s'il voulait cesser ses poursuites, il pourrait restei' dans la cité avec le3 siens ; que, dans le cas contraire, il fallait à l'instant sortir des terres du comte de Toulouse.
Guillaume d'Arnaud, ayant pris pour compagnon frère Giran, se rendit à Carcassonne, laissant en partant la com-
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mission aux curés de Toulouse et au prévôt de Saiut- Etienne de continuer Tinquisition avec vigueur. Sans perdre de temps, les consuls envoyèrent Guillaume Vacquier et d autres émissaires pendant la nuit pour se saisir du prévôt de Saint-Etienne et des curés de la ville, qui furent tous conduits à la maison commune. Au lever du soleil ils les chassèrent de Toulouse et portèrent un édit par lequel tout religieux ou ecclésiastique qui ferait Tinquisition serait condamné k mort et exécuté sans sursis. Des gardes furent alors placés aux portes du palais épiscopal et du couvent des dominicains, avec défense expresse de faire passer, soit à Févéque, soit aux religieux, aucune espèce de vivres. Raymond du Falgar, pressé par la faim, fut obligé de quitter la ville. Quant aux dominicains, ils ne vécurent, pendant trois semaines que dura la consigne, que du pain, des œufs ou du fromage qu'on leur faisait passer par-dessus les murs du couvent et pendant la nuit.
De Carcassonne, Tintrépide Arnaud écrivit au prieur Pons de Saint-Gilles de désigner quatre dominicains qui citassent les hérétiques à comparaître devant son tribunal en cette ville. La commission était déUcate. Sans hésiter, Pons de SaintrGilles appela au son de la cloche tous ses religieux et leur fit part de Tordre qu'il avait reçu. Avec une éloquence surhumaine, il leur parla de la gloire du martyre, et leur ^t que tous ceux qui désireraient faire partie du nouveau tribunal se prosternassent à terre. A rinstant tous les corps, toutes les têtes s'inclinèrent. Quatre dominicains furent alors désignés, savoir : Raymond de Foix, Jean de Saint-Michel, Gui Navarre et Guillaume Pelisse qui nous a conservé cette intéressante histoire. Après
s'être confessés et avoir reçu la sainte obédience, ils se mirent à Tœuvre.
Ils se rendirent aussitôt, au péril de leur vie, dans la maison du vieux Mauran, près de Téglise de Saint-Saturnin pour y commencer Tinquisition. Là, ils furent assaillis, chassés, battus, menacés de mort, et ils eussent infailliblement péri sans Tintervention de Pierre de Cussan, excellent catholique qui les protégea. A cette nouvelle, les consuls prirent le parti de les chasser de la ville plutôt que de les faire mourir. Les dominicains ayant eu connaissance de cette détermination, résolurent de confier à des mains amies leurs livres, leurs caUces et leurs ornements. Le lendemain, après la messe conventuelle, le prieur les exhorta à la constance et leur dit de ne partir qu'à la troisième sommation. Ils se rendirent ensuite au réfectoire pour prendre leur repas : ils étaient au nombre de quarante, parmi lesquels on distinguait frère Laurent de Paris, nouvellement arrivé pour enseigner la théologie, et un jeune toulousain nommé Raymond Thomas qui venait de prendre rhabit de saint Dominique.
Pendant qu'ils étaient à table, les consuls arrivèrent au couvent, suivis de nombreux satellites. Le prieur, s'étant avancé, voulut expliquer sa conduite. Tout devint inutile ; au premier coup de cloche, les religieux sortirent du réfectoire et se rendirent à l'église en récitant selon la règle, le psaume Miserere, De nouvelles explications furent alors données. Sur le refus que firent les consuls de les écouter, le prieur prit la croix et la châsse des reliques qui y était attachée et se rendit avec tous les religieux dans le cloître, où l'on tint séance pendant que les satellites des consuls
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ravageaient le réfectoire, se livrant à de copieuses libations. Aussitôt Bernard Seignier, Raymond Rotger et Bernard de Miramont s'emparèrent du prieur et le traînèrent hors du cloître. Les religieux subirent le même sort. Lorsqu'ils furent parvenus à la porte extérieure, frère Laurent de Paris et frère Arnaud de Catelan se prosternèrent la face contre terre. Raymond Rotger, aidé par deux satellites, les prit alors par les pieds et la tête et les porta dans la rue. Tous les religieux furent obligés de sortir. La joie était peinte sur leur visage ; ils chantaient le Credo, le Salve Regina et le Te Deum. Oii laissa les infirmes à l'église de la Daurade, avec un vieillard décrépit, frère d'Albs, qui avait été chapelain de cette église.
Les chanoines de Saint-Etienne mirent à la disposition des dominicains leur maison de campagne de Braqueville. La plupart des religieux se retirèrent dans plusieurs couvents de la province. Pons de Saint-Gilles s'établit au village de Portet, près de Toulouse, où il donna l'habit à Guillaume de Saint- Gaudens qui avait professé la logique et la physique avec la plus grande distinction à Montpellier.
L'évêque de Toulouse se rendit a Carcassonné, auprès de Tinquisiteur qui, le 10 novembre 12^, publia une sentence d'excommunication contre onze capitouls de Toulouse comme fauteurs des hérétiques; Les habitants de Narbonne ayant imité la conduite des Toulousains contre les inquisiteurs et les dominicains, l'archevêque de cette ville, Raymond du Falgar et Guillaume Arnaud comprirent Raymond VII dans l'anathème porté contre les capitouls.
Du reste, ce seigneur essuya à cette époque plusieurs autres sentences d'excommunication. Ainsi les commissaires
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do pape déclarèrent qn*il avait eocoani cette peine canoniqae poar avoir osé de qoelqoes voies de lait contre le prieor do HasHl'Agenais, toochant la seigneorie et la jostice de ce lieo ; ils jetèrent F interdit sor ses états et ordonnèrent de cesser la célébration des offices divins partout où il se trouverait. Vers la fin de Tannée, Raymond se rendit à Hagoenao en Alsace, où se trouvait Tempereor Frédéric, qui y-fit expédier deux chartes en sa Eaveur. Par la première, il donna de nouveau à Raymond Tinvestiture du comtat Venaissin et du marquisat de Provence, dont il lui défendit, peu de temps après, d'aliéner aucun domaine. Par la seconde, il lui donna pour vassaux les seigneurs de Lille, de Carpentras, du château d'Entraigues, et de plusieurs autres. On affirme, d'après une ancienne chronique, que Tempereur donna aussi à cette époque au comte de Toulouse la ville d'Arles et ses dépendances.
L'abbaye de Saint-Antonin de Pamiers avait toujours à sa tête Maurin, deuxième du nom, qui la gouvernait depuis sept années. Il acheta d'Hélie évêque d'Agen, sous la redevance d'une rente annuelle, tout ce que ce prélat possédait dans le territoire d'une église dédiée à sainte Foi de Serveithas. Le (Éapitre de Saint-Saturnin perdit, cette année, l'un de ses membres les plus distingués dans la personne de Raymond de Sellis, chanoine de cette église et prieur de Saverdun, dont l'épitaphe nous a été conservée (1). Il fut inhumé dans un caveau creusé dans le
(1) NONAS : IVNII : OBIIT : BDVS :