‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 4 sur 20 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

DEPUIS LA GUERRE DE LOUIS VIII CONTRE RAYMOND VU EN 1226, JUSQU A L ABSOLUTION DE CE SEIGNEUR EN 1238.

Bien des motifs auraient dû détourner le roi de France d'entreprendre la guerre contre Raymond VII : ce^^seigneur était son proche parent et Tun des premiers pairs du royaume ; il protestait en toutes manières de son inviolable attachement à la foi catholique; les promesses les plus sincères venaient garantir sa foi. Rien ne put arrêter le roi : aussi croit-on que le désir d'ajouter à sa couronne les vastes domaines de la maison de Toulouse dicta sa résolution.

Le 28 janvier 1226, il convoqua à Paris une assemblée nombreuse dans laquelle il fit part de ses projets, qui furent approuvés. Dans ce même temps le légat excommuniait, par autorité du pape, Raymond et ses associés, et confirmait au roi de France la possession des domaines de ce seigneur. De son côté, Amauri céda aussi au roi tous les droits qu'il avait sur ses domaines. Le 30 janvier, Louis VIII et ses barons prirent la croix des mains du légat, qui envoya des prédicateurs prêcher partout la nouvelle croisade. On accorda à tous ceux qui se croiseraient contre le comte de Toulouse toutes les indulgences possibles, et l'on mit a la disposition du roi tous les trésors de l'Eglise.

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Le 29 mars, une nouvelle assemblée fut réunie à Paris ; le roi donna Tordre à ses vassaux de se trouver à Bourges le quatrième dimanche après Pâques. Alarmé de ces préparatifs, Raymond VII s'attacha à gagner de plus en plus Taffection de ses peuples : le 10 mai, il octroya une charte aux habitants de Toulouse pour la conâAnation de leurs privilèges ; huit jours après, il donna en fief à Roger-Bernard comte de Foix le château de Saint-Félix dans le Toulousain avec une quinzaine de villages qui en dépendaient.

Sur ces entrefaites mourut Bernard V comte de Comminges, qui avait secouru les Raymond dans toutes leurs guerres. On croit qu'après avoir fait profession de la vie monastique à Bolbonne, il fut inhumé à Monsavés. Il laissa plusieurs enfants de ses trois femmes. Contors de la Barthe lui donna Bernard VI, qui lui succéda. On lui attribue uoe quatrième femme dont on prétend qu'il eut Ârnaud-Roger, religieux de Citeaux à Bonnefont et ensuite évêque de Comminges. Bernard V fut le principal bienfaiteur de labbaye de Feuillants située dans son comté. Il donna des marques éclatantes de sa pieuse libéralité à deux autres monastères, celui de Notre-Dame de Goujon ou de Saint- Laurent, qui avait été cédé aux Qsterciennes par les reli- ^eux de Prémontré ; et celui de TOraison-Dieu, qui avait été fondé par les religieuses de la Lumière-Dieu ou de Favas vers la fin du onzième siècle.

Louis VIII partit de Bourges au temps marqué. Son armée se composait de cinquante mille cavaliers et d'un plus grand nombre dp fantassins. Il passe à Lyon et continue sa marché vers Avignon. La plupart des villes se soumettent à son autorité. Le lendemain de la Pentecôte, il

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dresse son camp devant Avignon. Le podestat et les notables s'étaient déjà rendus auprès de lui à Montélimar pour offrir le passage des troupes sur leur pont, et le légat lançait une nouvelle excommunication contre le comte de Toulouse et jetait l'interdit sur toutes ses terres. Le roi désira faire pasAr une partie de ses soldats au milieu de la ville, comme on en était convenu ; mais les Âvignonnais, craignant qu'il ne s'emparât de leur ville, refusèrent ce passage : de là, le siège de la place par le roi de France. Pendant qu'il était devant Avignon, plusieurs villes se rendirent; Carcassonne et Albi reconnurent sa souveraineté. Bernard VI comte de Comminges abandonna le parti de Raymond VIL Celui>ci se tenait aux environs d'Avignon, dressant des embûches aux troupes royales, tandis que les assiégés faisaient de leur côté de vigoureuses sorties. Mais l'attaque devint si vive qu'ils furent obligés de capituler.

Après la prise d'Avignon, le roi s'avança dans la province. Foulques, évêque de Toulouse, s'était depuis longtemps rendu auprès du roi ; il l'accompagna à Beziers et à Carcassonne, et l'on affirme qu'il le défraya à ses propres dépens pendant tout le cours de l'expédition : ce qui prouve son extrême opulence. L'abbé de Feuillants, Hoger II, se donna beaucoup de mouvement en faveur du roi et reçut le serment de fidélité de plusieurs seigneurs du pays, Guillaume de Maurens, Odon de Pressac, Bernard de Marquefave, Bertrand-Jourdain et Bernard-Jourdain de l'Ille.

Le roi se rendit de Carcassonne à Pamiers au mois d'octobre ; il y tint une assemblée où se trouvèrent les évêques et les barons de sa suite ; Foulques y assista aussi. On y fit des règlements touchant l'excommunication lancée par

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le légar, à laquelle on ajouta une amende de neuf livres et un denier pour celui qui se laisserait excommunier après la troisième monition, et la confiscation des biens s'il demeurait contumace pendant un an.

Le 30 septembre 1226, Roger-Bernard se trouvait à Toulouse avec Raymond VII. Ils formèrent eçtr'eux une ligue ou traité dont le principal article était de ne conclure ni paix ni trêve avec TEglise ou le roi de France et leurs alliés sans leur consentement mutuel. Âmauri de Montfort était à Pamiers avec le roi de France, et ce fut sans doute pour atténuer les effets de la ligue dont nous venons de parler qu*il céda alors à Louis tous les droits qu'il avait sur la ville et le cbâteau de Pamiers. Le roi, après l'assemblée tenue en cette ville, reprit la route de France; mais il mourut le 8 novembre à Monpensier, sans avoir conduit au terme la guerre qu'il avait entreprise contre Raymond VIL n laissa de Blanche de Castille plusieurs fils dont rainé, âgé de douze ans, lui succéda sous le nom de Louis IX.

L'abbaye de Bolbonne reçut vers Ta fin de cette année, dans la personne de Robert ou Robin, son abbé, plusieurs domaines de la générosité du comte de Foix, de Sicard de Concian et de Raymond de Pastapung, seigneurs toulousains.

Pendant l'hiver de 1227, le comte Raymond se mit en campagne et assiégea le château d'Hauterive sur l'Âriége. La garnison fut obligée de se rendre, et le comte y perdit Etienne de Ferriol, du diocèse d'Âgen, l'un de ses meilleurs chevaliers. Après avoir renforcé la garnison du château de Bécède dans le Lauraguais, il en confia la défense k Pons

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de Villeneuve et à Olivier de Termes. Ses armes étaient couronnées tous les jours d'un plein succès ; c'est ce qui nous explique le 17'' canon du concile qui fut tenu à Narbonne, dans le carême : « Nous statuons et ordonnons très

> expressément, disent les pères, de dénoncer excommunié,

> tous les dimanches et fêtes, au son des cloches et à » cierges éteints, Raymond fils de Raymond autrefois comte » de Toulouse, le comte de Foix et Trencavel, les Tou- » lousains hérétiques, leurs croyants, fauteurs, défenseurs « et receleurs... » Les esprits, comme on le voit, étaient très peu disposés en faveur du comte de Toulouse. Grégoire IX, qui avait succédé à Honorius, permit au roi de lever les décimes contre les albigeois, et ce prince envoya des troupes dalis le Toulousain pour y continuer la guerre que son père n'avait pu terminer.

Humbert de Beaujeu était à la tête de ces troupes. Ayant mis le siège devant le château de Bécède, il vit arriver dans son camp l'archevêque de Narbonne et Foulques de Toulouse qui vinrent lui prêter main forte. L'assaut ayant été donné, la plus grande partie des assiégés prit la fbite pendant la nuit. Ceux qui restèrent furent passés au fil de l'épée ou assommés à coups de pierres. Foulques taterfeéda pour que Ton conservât la vie aux femmes et aux enfants. Gérard de Lamotte, diacre hérétique, et ses compagnons furent brûlés vifs par les Français. On ignore la suite des expéditions d'Humbert et du comte de Toulouse pendant la campagne de 1227 ; on sait seulement qu'au mois d'août, il se trouvait a Gaillac en Albigeois et qu'il exempta les habitants de cette ville de tout droit de leude ou de péage dans ses terres.

Foulques, qui assista au siège du château de Bécède, employa son autorité pour terminer d'une manière définitive la cession qui avait été faite, par Pierre abbé de Cuxa, de Téglise de Trémesaïgues (inter ambas aquas) au monastère de Bolbonne. Cette union fut conclue en présence de révèque de Toulouse, le jour de la fête de saint Thomas, en 1227, sous le gouvernement de Robert. — Marie, cinquième abbesse de Saint-Laurent de Goujon, fit quelques accords avec Geraud de Polastron, abbé de Simorre.

Hélie Guarin gouvernait alors la célèbre, abbaye de Grand-Selve. Cet abbé joua un rôle assez important à cette époque, puisqu'il fut choisi de la part du cardinal Saint- Ange pour faire des propositions de paix à Raymond VII et aux fauteurs des albigeois. Plein de zèle pour les intérêts da sa maison, il reçut de Garsias de Sabolène une terre et un honneur que celui-ci possédait auprès d'une ferme nommée de Lescolt. Nous le ' rencontrons terminant un différend qu'il avait avec Âuriol abbé de Gimont, en présence de Vital abbé de Berdonne, et acceptant d'être, avec Jourdan abbé de Saint-Saturnin, l'un des exécuteurs testamentaires de Pierre de Capdenier.

L'abbaye de Camon avait à cett^ époque pour huitième abbé Palassin. Son nom se trouve dans un acte où il déclare agir en qualité de prieur de cette maison et des frères qui y étaient réunis. — Raymond V, abbé de Bonnefont, mourut cette même année, après avoir reçu plusieurs domaines des mains du chevalier Bernard de Pas. Il eut pour successeur Guillaume IV.

Au commeDcement de l'année 1228, Raymond VII recommença ses expéditions ; il prit d'abord le château de

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Saint-Paul sur TÂgout, puis la ville de Castelsarrasin, et se fortifia dans son camp de manière à le rendre imprenable. A cette nouvelle, Humbert de Beaujeu accourt avec des troupes et accompagné de quelques évèques, parmi lesquels étaient Foulques de Toulouse. Ce prélat, qui commandait un corps de réserve, s'était retranché dans un camp près de la commanderie de Ville-Dieu, de Tordre des Templiers. Les habitants refusèrent de la recevoir, et on assure que de jeunes gentilshommes avaient formé le projet de s'emparer de sa personne et de la Uvrer au comte de Toulouse; mais ce complot fut découvert. On dit encore qu'un combat aurait été livré contre les Français par Raymond après la prise de Castelsarrasin, combat dans lequel ceux-ci auraient laissé quinze cents chevaliers et deux mille sergents armés qui furent faits prisonniers et sur lesquels le comte de Toulouse aurait exercé des cruautés inouïes. (Matthieu Paris, qui rapporte ce fait, est un auteur très suspect).

Humbert de Beaujeu, n'ayant pu empêcher la prise de Castelsarrasin, s'avança jusqu'à Toulouse, campa dans un lieu appelé Pech amalri, situé au levant de la ville, et passa de la à Montaudran. Pendant trois mois, ses troupes portèrent la désolation aux environs de cette capitale, fourrageant les moissons, détruisant toutes les maisons dans la campagne et arrachant toutes les vignes. L'évêque Foulques se trouvait au milieu de ces dévastateurs. L'armée de Beaujeu se retira ensuite à Pamiers, pendant que Raymond VII recevait à Gaillac et à. Rabastens l'hommage des habitants du pays.

Grégoire IX, fatigué sans doute du désolant spectacle

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que donnait au monde entier Tintorminable guerre des albigeois, chercha le moyen d*y mettre fin en proposant la paix entre le roi de France et le comte de Toulouse. Dans ridée du pontife, une alliance entre la fille de Raymond et Vun des frères du monarque devait en préparer et en hâter la conclusion. Il confia la négociation de ce traité au cardinal Saint-Ânge, qui lui-même en donna la commission à Tabbé de Gra/id-Selve, Hélie Guarin, dont nous avons déjà parlé. Cet abbé se rendit à Baziége, où se trouvait Raymond ; ils conférèrent ensemble. Après que ce prince eut écouté les propositions qui lui étaient faites, on convint qu'on se rendrait à Meaux en Brie. Le comte donna plein pouvoir à Fabbé de Grand -Sel ve de traiter en son nom avec son cousin Thibaud comte de Champagne.

Toulouse possédait alors un opulent personnage, Pierre de Capdenief, qui devint le fondateur de plusieurs établissements religieux. Ayant voulu, en 1228, faire son testament, il choisit, comme nous l'avons observé, pour les exécuteurs de ses volontés dernières l'abbé de Grand-Selve et celui de Saint-Saturnin. Il possédait une vaste maison derrière cette dernière église, et voulut qu'on y établît un hôpital (ho^pitiolum) pour les religieux de Citeaux, et en particulier pour ceux de Grand-Selve. Cet hôpital fut placé sous l'invocation de saint Bernard ; plus tard, l'abbaye de Grand Selve érigea dans cette maison une chaire de théologie.

Le cardinal Saint-Ange se rendit à Meaux au jour marqué, dans le mois de février 1229, Raymond VII s'y trouva aussi , avec la plus grande partie des prélats de la province

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et les députés de Toulouse. On s'occupa de traiter d*abord des articles de la paix. Lorsque ces articles furent stipulés, rassemblée se transporta à Paris. Le jour du Jeudi-Saint, 12 avril, le roi, le comte de Toulouse, le légat et les évèques, parmi lesquels se trouvait Foulques de Toulouse, se rendirent devant le grand portail de Notre-Dame de Paris; là, on fit la lecture solennelle du traité, et le comte jura de Tobserver dans tous ses points. Nous rapportons ici les principaux articles de cet acte si fameux dans notre histoire. l"* Le comte s'engage à combattre les hérétiques et à les chasser de ses états ; S*" à faire une prompte justice des hérétiques manifestes et de leurs fauteurs ; S"" à garder la paix dans ses domaines, a protéger les églises en conservant leurs droits , à observer fidèlement toutes les règles prescrites pour l'excommunication, à exclure les juifs et ceux qui étaient notés d'hérésie des charges publiques ; 4** à restituer les biens qui avaient été usurpés ; S^" à payer exactement les dîmes, à donner dix mille marcs d'argent pour réparer les dommages qui avaient été causés par l'usurpation de ces dimes ; 6"" à payer deux mille marcs d'argent à l'abbaye de Qteaux, cinq cents à Clairvaux, mille à Grand-Selve, trois cents à Belleperche et autant à Candeil, six mille pour les fortifications et la garde du château Narbonnais, que le roi retiendra pendant dix an%; l"" à payer quatre mille marcs d'argent pour entretenir pendant dix ans quatre maîtres de théologie, deux en droit canonique, six maîtres ès-arts et deux régents de grammaire ; 8* à prendre la croix des. mains du prélat après son absolution et aller servir en Palestine pendant cinq ans ; Q"" à traiter en amis tous ceux qui avaient prfs part à la croisade.

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Le 10^ article est le plus important de tbus : le comte donnera sa fille en mariage à Tun des frères du roi ; il gardera pour lui tout le diocèse de Toulouse, mais après sa mort ce diocèse appartiendra à sm gendre et à sa postérité. S*il n*y a pas d'enfants de ce maris^e, ou si sa flUe meurt sans enfamts, ce diocèse appartiendra au roi, à l'exclusion des autres enfents du comte. Il"* L*Âgenais, le Rouergue, une partie de FÂlbigeois demeurent en la possession de Raymond. Tous ces pays doivent, après sa mort, appartenir à sa fille s'il meurt sans enfants mâles légitimes. 12® D laisse Verfeil et Las Bordes à Févéque de Toulouse et au fils d'Odon de Lyliers, à condition que Févéque lui rendra ses devoirs comme à son seigneur. Toutes les donations Élites par le roi ou les croisés dans les domaines du comte sont annulées. IS"" Il prêtera serment de fidélité au roi et lui cédera tous les domaines situés en deçà du Rhône; ceux qui sont au delà seront donnés à FEglise romaine, li"" Les habitants du pays qui ont été chassés ou spoliés dans la croisade seront rétablis dans tous leurs biens. IS"" Les murs de Toulouse seront détruits et les fossés comblés, lô"" Trente villes ou châteaux désignés dans le traité doivent aussi perdre leurs murailles. — Les articles suivants jusqu'au vingtième ont rapport au serment qui doit être prêté par Raymond YII et ses vassaux. — Le vingtième renferme le nom des divers châteaux que le roi doit garder pendant dix ans ; les premiers cinq ans, aux dépens du comte, les cinq derniers aux dépens du roi. ^l"* Les habitants de Toulouse et les peuples des pays laissés à Raymond sont déchargés de tout engagement contracté antérieurement envers le roi, ou son père, ou le comte de Montfort.

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n fut enfin sUpulé que vingt citoyens de Toulouse demeureraient en otage auprès du roi jusqu'à ce qu'on eût démoli cinq cents toises des murs de Toulouse.

Raymond ayant juré d'observer fidèlement tous ces articles, le légat le conduisit, nu-pieds, en chemise et en haut-de-chausses, devant Tautel où il reçut l'absolution. Le légat lui fit expédier un acte «de cette sentence dans lequel il déclare, « que le noble homme Raymond, fils de Raymond autrefois comte de Toulouse, ayant été longtemps rebelle à l'Eglise et au roi, s'était enfin rendu à leurs ordres et aux siens ; qu'il était venu humblement et dévotement demander son absolution, et implorer leur clémence et non leur jugement ; qu'il avait juré solennellement en sa présence devant la porte de l'église de Paris, le jour du Jeudi-Saint, d'obéir absolument aux ordres de TEgUse et aux siens, dans tous les points pour lesquels il avait été excommunié. Ayant égard, poursuit le légat, à son humilité et à sa dévotion, nous avons eu soin de lui donner l'absolution, suivant la forme accoutumée dans l'Eglise, et nous l'avons aussitôt déclaré excommunié de son consentement s'il contrevient à quelqu'un des articles qu'il a promis d'observer, et qui sont contenus dans le traité de paix, et s'il ne les exécute pas : nous le réduisons en ce cas au même état qu'il était avant son absolution, quant à l'excommunication, et nous le soumettons aux peines qui ont été décernées » contre lui et contre son père, soit dans le concile gé- » néral, soit depuis. Donné à Paris le 12 d'avril de Fan « 1228. (1229). »

C'est ainsi que Raymond VII abandonna une grande par-

lie de ses domaines a la couronne de France. Cet abandon, qui paraît au premier abord Feffet de la faiblesse, fut cependant imposé à ce prince par la nécessité des circonstances. Il avait usé sa valeur à défendre ses droits ; la plupart de ses grands vassaux, avaient déserté son parti ; ses sujets étaient découragés, ses ressources épuisées, ses adversaires redoutables ; sa foi de catholique sincère se trouvait blés- • sée de la sentence d'excommunication lancée contre lui : tels furent les motifs qui déterminèrent son assentiment aux articles de la paix conclue. Cet acte est placé dans l'histoire comme un monument indestructible qui nous donne une véritable idée de la guerre des albigeois. En effet, de deux choses Tune : ou Raymond VII était hérétique, ou il ne rétait pas ; s'il Tétait , pourquoi lui laisser une partie de ses domaines ; et s'il ne l'était pas, pourquoi le dépouiller? Après la conclusion da la paix, Amauri de Montfort céda à Louis tous les droits qu'il pouvait avoir sur le comté de Toulouse, la vicomte de Beziers et le pays conquis dans l'Albigeois. Les domaines cédés au roi de France se composaient l*" du duché de Naii)onne; i"" des comtés particuliers de Narbonne, Beziers, Agde, Maguelonne ou Melgueil, Nîmes, Uzès et Viviers ; S"" des droits que la maison de Toulouse avait sur le Velay, le Gevaudan et le Lodevois ; 4*» de la partie du Toulousain qui comprenjiit uîie portion des diocèses modernes de Mirepoix et de Pamiers ; 5° de la moitié de l'Albigeois. Les domaines laissés au comte de Toulouse furent : IMe comté de Toulouse, qui comprenait Toulouse, Pamiers, Montauban, Lavaur, St-Papoul, Rieux, Lombez , une partie de Mirepoix, et le comté de Foix ; 2* la partie septentrionale du diocèse d'Albi ; 3*» le comté du

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Rouergue comprenant les diocèses de Rodez et de Vabres ; 4* le Quercy, à l'exception de la ville de Cahors ; 5*» tout TÂgenais.

Par ce traité, le marquisat de Provence, situé entre le Rhône, Flsëre et la Durance, ftit cédé à TEglise romaine. Il parait que le pape ne garda que ce qui forma le comtat Venaissin, disposant de tout le reste en faveur d'Aymar de Poitiers comte de Valentinois, à condition qu'il servirait • l'Eglise romaine.

Nous venons de voir qu'il est question dans le traité de paix d'honoraires qui doivent être payés par Raymond à quelques professeurs. On a cru trouver dans cet article l'origine de l'Université de Toulouse. Il est certain qu'à cette époque un grand nombre d'écoUers et plusieurs maîtres quittèrent l'Université de Paris à pause des troubles qui s'y étaient élevés et se rendirent à Toulouse. Cependant, avant même l'arrivée de saint Dominique, nous connaissons un professeur de théologie nommé Alexandre qui enseignait dans cette ville. Nous croyons toutefois que les études ne furent organisées qu'en 1229. On institua donc quatre professeurs de théologie qui devaient être pris dans les chapitres de Saint-Etienne, de Saint-Sernin, de la Daurade et dans le clergé séculier, deux de droit canonique, six pour les arts, e*t deux pour la grammaire.

Après avoir reçu l'absolution dans l'église de Paris, Raymond VII se constitua prisonnier au Louvre, et fit hommage au roi pour tous les domaines qui étaient restés en sa puissance. Il devait demeurer à Paris jusqu'à ce qu'il eût fait remettre sa fille, à Carcassonne, entre les mains des commissaires du roi, et qu'il eût remis cinq de

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ses châteaux, savoir : le château Narbonnais, ceux de Penne en Agenais, de Laroque, de Peynisse, de Cordes et de Verdun, et qu on eût rasé 500 toises des murailles de Toulouse. Cherchant à exhorter le comte de Foix à Taire sa paix, il s'empressa de lui écrire, le 25 avril, la lettre suivante :

< Raymond, par la grâce de Dieu comte de Toulouse^ » à noble homme Roger-Bernard comte de Foix. Jouissons

• des biens temporels, en telle sorte que nous ne perdions

• pas les éternels. Etant venu en France pour conférer » avec le cardinal romain, légat du saint-siége, et notre » très cher seigneur le roi de France, nous nous sommes » écartés, par le conseil du comte de Champagne et de » nos autres amis, des articles que nous vous avions mon- » très ; nous soumettant absolument aux volontés du roi

> et du cardinal. Et certes nous avons obtenu, par la grâce » de Dieu, des conditions bien plus avantageuses que » nous ne l'aurions osé espérer autrement. Nous avons » beaucoup parlé avec eux de votre affaire, et nous y » avons travaillé avec toute Fardeur possible, comme le » sait très bien le comte de Comminges votre beau-frère ;

> mais nous n'avons pu terminer entièrement cette négo- » dation à votre avantage. Néanmoins le cardinal envoie » sur les lieux, à nos instances, et principalement pour

• votre affaire, notre vénérable et cher père Pierre de » Colmieu, avec un plein pouvoir. Cest un homme dont » nous avons éprouvé la sagacité, la droiture, la religion, » la douceur et la bonté dans toutes les occasions ; c'est » pourquoi nous vous conseillons de faire tout votre pos- » sible pour le voir et de déférer à ses avis. Si vous le

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