‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 4)Chapitre 7 sur 20 · III · texte numérisé non relu

III

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cueillit révêque avec bienveillance, et le 28 avril 1236 il écrivit à Raymond VII une lettre dans laquelle on trouve racontée en détail Taffaire des inquisiteurs de Toulouse. — « Ce que nous craignions, dit le pape, est arrivé. L^arche- » vèque de Vienne et les prélats de sa légation nous ont » appris que votre viguier et les consuls de Toulouse ont » d*abord formé des difficultés pour empêcher qu'on ne

• procédât contre les hérétiques, et fait plusieurs insultes » à Guillaume Arnaud, frère prêcheur, qui exerçait dans » cette ville avec beaucoup de zèle l'office d'inquisiteur par

• notre autorité et celle du même archevêque ; qu'ils l'ont » chassé ensuite avec violence ; qu'ils ont défendu dans « toute la ville et le faubourg à toute sorte de personnes » de vendre ou donner aucune chose à notre frère l'évêque

• de Toulouse et à son clergé, d'avoir aucune communica-

• tion avec eux, de demeurer à leur service, et de faire

• aucun présent ou aumône aux frères prêcheurs. De plus, » les consuls de Toulouse ont fait saisir par leurs gens,

• dans le temps que vous étiez dans la ville, la maison de » l'évêque qui y était actuellement malade, et fait prendre » ses chevaux et ses autres effets ; ils ont blessé griève- » ment quelques chanoines ou clercs, soit dans l'église, soit » dans leur cloître, soit enfin dans la maison épiscopale. » Ils leur ont fait d'autres insultes, et ont mis des gardes » dans toutes les maisons ecclésiastiques pour empêcher » qu'oa ne leur fournît les choses nécessaires à la vie. Ils » ont contraint l'évêque et ses clercs à sortir de la ville ; » ils ont défendu d'y prêcher publiquement et d'y entendre » la parole de Dieu. Tout cela a été fait par votre ordre, » comme ils VcLssurent, Vous qui étiez obligé , suivant le

concile de Toulouse et le traité de Paris, de protéger les églises et les ecclésiastiques, dé conserver leurs droits et leurs libertés, de concourir efficacement à la punition des hérétiques, de payer une certaine somme à ceux qui se saisiraient de leurs personnes, de donner tous les ans un honoraire aux maîtres régents de Toulouse pendant un temps fixé, et d'aller servir outre-mer avec pluMeurs bourgeois et chevaliers de vos domaines : vous avez supprimé cet honoraire, ce qui a fait, dit-on, cesser les études.

Vous avez établi des formules injustes, contraires à nos statuts et au droit, au sujet de Tinquisition contre les hérétiques, que vous avez favprisés par là. Vous traversez celte recherche : vous permettez à plusieurs de ceux qui étaient déjà condamnés d'habiter dans le pays, et vous donnez retraite aux étrangers qui y viennent chercher un asile; vous avez parmi vos conseillers ou domestiques des gens suspects ou diffamés pour fait d'hérésie ; vous les avez promus aux offices publics ; et comme on a lieu de le conjecturer par l'examen de vos faits, vous ne craignez pas de vous montrer fauteur des hérétiques, leur receleur et défenseur; et vous ne vous mettez pas en peine de vous corriger, après en avoir été souvent averti. De là plusieurs enfants de perdition ont eu l'audace d'attenter à la vie de quelques prêtres et des autres catholiques qui, par zèle pour la foi, poursuivaient les hérétiques ; de là plusieurs ont abjuré la catholicité pour embrasser l'erreur ; de là enfin d'autres ont causé des dommages considérables et fait divers outrages aux églises, aux ecclésiastiques et aux catholiques occupés à

raiMre de la foi ; et vous avez refusé d'en faire justice, après en avoir été requis plusieurs fois. Nos vénérables frères Farchevêque de Narbonne, les évêques de Toulouse et de Carcassonne et ledit frère Guillaume, ayant lancé plusieurs fois Texcommunication pour toutes ces choses, tant de leur autorité que de la nôtre, soit contre Yous, soit contre lesdits consuls; et le même frère Guillaume ayant ordonné aux prêtres des églises de Toulouse et aux frères mineurs de cette yille de publier les dimanches et les fêtes cette sentence d'excommunication, les consuls ont chassé violemment ceux qui se disposaient à faire cette publication : ils ont fait de grandes menaces aux frères mineurs pour Tavoir faite, et on en a battu quelques-uns jusqu'à effusion de sang.

» De plus, vous avez fait défendre publiquement de comparaître devant l'inquisiteur, pour répondre sur la foi ou sur autre chose, sous peine de punition corporelle et de confiscation de biens. Comme nous ne saurions passer sous silence tant d'attentats commis au préjudice de la foi, nous vous enjoignons de les corriger suivant Tordre du légat, et de les faire réparer par les consuls de Toulouse et vos autres sujets, suivant le pouvoir qui vous en a été donné ; de ne pas différer davantage votre départ pour le prochain voyage d'outre-mer avec les mêmes bourgeois et chevaliers, et d'y servir pendant cinq ans, conformément au traité de paix : sinon, nous ordonnons au légat de vous y contraindre, ainsi que les autres, par les censures ecclésiastiques, et de faire publier tous les dimanches et fêtes dans toutes les églises de sa légation, au son des cloches et à cierges éteints, lesdites sentences

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• d*excommunicâtion, jusqu*à ce que vous ayez fait une

• satisfacUoo convenable. »

Celte lettre était accompagnée d*une recommandation expresse adressée au légat d'user de toutes les censures pour contraindre le comte de Toulouse d*obéir à ses ordres. Il ordonna ensuite le rétablissement de TUniversité de cette ville, qui sans doute avait interrompu ses cours publics par suite des désordres que les procédures des inquisiteurs avaient causées. Il prescrivit Tabolition de toutes les confréries qui avaient été instituées contre la liberté ecclésiastique, et défendit de donner les emplois publics aux hommes suspects d'hérésie. Le pape écrivit enfin au roi de France pour l'engager à user de toute son autorité sur le comte de Toulouse, afin de l'obliger à réparer le passé. « Achevez, dit-il, ce que le roi votre père a heureusement » commencé dans le pays d'Albigeois. Engagez le comte à

> passer la mer au mois de mars prochain, pour aller ser-

> vir dans la terre sainte, et envoyez Alphonse votre frère » prendre l'administration du comté de Toulouse. » Grégoire IX donna la dispense à ce dernier pour épouser Jeanne, fille du comte Raymond. Ils avaient alors seize ans accompUs.

Le pape avait déjà ordonné à Raymond VU de rappeler à Toulouse les frères prêcheurs et de leur pennettre de continuer leur office d'inquisiteurs. Gonséquemment à ses ordres, le comte eut a Garcassonne une conférence avec l'archevêque de Vienne, à la suite de laquelle Raymond du Falgar et les dominicains furent rappelés vers la fête de saint Augustin. On donna alors pour coadjuteur k Guillaume Arnaud Jean de Netoya, provincial des frères mineurs; il se

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fit bientôt remplacer par frère Etienne de Saint-Thibéry. De Carcassonne, le comte revint a Toulouse et s'y trouvait le 1 1 août ; il y reçut, dam la condamine comtak et dans sa tante, Thommage-lige de Raymond vicomte de Turenne, qui reconnut tenir de lui et de ses prédécesseurs plusieurs châteaux.

Dans Tannée 1236, Bernard, abbé du Mas-Garnier, assista à la visité que fit Raymond de Montpezat, abbé de Moissac, du monastère iHExim^ et dressa quelques accords avec Arnaud Gailhard, abbé de Grand-Selve. — Albert Aureilhe, abbé de Saint-Théodard, se trouvait aussi à la visite dont nous venons de parler. Cet abbé rappela aux saintes règles du désintéressement le chapelain de Téglise de Saint-Jac-

' ques à Montaubaa, qui avait refusé de donner la sépulture à un pauvre dont la famille ne pouvait payer les frais exigés. Il défendit à ce chapelain de rien exiger à l'avenir pour la sépulture des pauvres, et fixa la somme de sept deniers pour tous les autres. — Etienne, abbé de Belleperche, tran<

. sigea, cette même année, avec un seigneur du pays, Bernard de La Motte, au sujet de plusieurs domaines qui avaient appartenu à Guillaume de Costelnati Barbe-de-Fer. L'abbaye de Bolbonne perdit alors son abbé, Pons de Saint-Victor, qui eut pour successeur Bernard d'Albars, qui donna Thabit religieux à up jeune seigneur nommé Ayols CAyolium) dont la famille nous est inconnue. Un seigneur du pays de Ck)mminges appelé Pierre de Castel céda à Pierre, abbé de la Bénédiction- Dieu (Nizors), tous les biens qui provenaient de l'hérédité d'Alamanda, son épouse, et qui étaient situés à rille- Jourdain. Gauceran de La Tour se rendit aussi à cette époque le bienfaiteur de l'abbaye de Bonnefont.

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Le tribunal de rinquisitioa avait jeté la terreur dans les esprits; et le comte de Toulouse, persuadé que les inquisi* teurs lui étaient personnellement hostiles, écrivit au roi de France pour le supplier d^avertir le pape de retirer ses pouvoirs à ces religieux. Grégoire IX, touché de ses remontrances, écrivit, au mois de février 1237 , à Farchevêque de Vienne son légat pour avoir à destituer ces inquisiteurs. Cet ordre ne fut pas de sitôt exécuté, puisque nous trouvons les procédures de Guillaume Arnaud et de Fr. Etienne de Saint-Thibéry contre les hérétiques. Pendant qu'ils s'étaient rendus à Montauban, arriva chez les dominicains à Toulouse un certain Raymond Grossi, toulousain, qui pendant vingt-deux ans avait suivi Terreur. Cet homme fut intentée par les inquisiteurs, en présence de Pierre, prieur de la Daurade, et de maître Nicolas de la même église. Sur ses délations, on appela plusieurs hérétiques et on rendit plusieurs sentences contre les vivants et contre les morts. Ceux-ci tarent exhumés et leurs cadavres traînés au milieu des places publiques, précédés d*un crieur qui, au son de la trompette, acclamait : Qui aytal fayra, aytal périra. Ces cadavres furent brûlés dans le champ du Comte , en présence du viguier de Toulouse et du peuple qui s*y était assemblé.

Le zèle redoutable des inquisiteurs rencontra cependant quelques obstacles ; ayant en effet condamné six hommes et six femmes, le viguier et les consuls rtf usèrent de les prendre. Irrités de cette résistance, les inquisiteurs rendirent, d'après les conseils de Raymond du Falgar, de Bernard abbé du Mas, du prévôt de Saint-Etienne et du prieur de la Daurade, une sentence, au mois de juillet 1237, dans

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la cathédrale de Saint-Etienne, par laquelle ils excommunièrent le viguier et les consuls.

L'évéque de Toulouse venait de recevoir du légat la commission de se rendre a Fabbaye de Lézat pour y faire la visite de cette maison. Ce fut alors qu*il sépara la mense abbatiale de la mense conventuelle. Il fut aussi choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre le comte Raymond et le chapitre d*Âlbi. Le prévôt de Saint-Etienne dont il est question dans la sentence d'excommunication, était Guillaume de Gauzenche, que nous trouvons à cette époque en qualité de témoin dans un accord passé entre Raymond du Falgar et Bernard de Gentiac, abbé de Saint-Saturnin. Ce prévôt mourut au mois d'octobre.

Au mois de mai, Raymond VII se trouvait en Provence où il continuait la guerre en faveur des Marseillais contre Raymond Bérenger qui, se trouvant pressé, se plaignit au pape de la conduite du comte de Toulouse à son égard. Grégoire écrivit en effet à Louis IX pour l'exhorter à empêcher Raymond de continuer la guerre de Provence, Il se plaignait dans ces lettres de ce quç le comte n'était point exact a payer les honoraires des professeurs de l'Université de Toulouse. Ayant écrit au comte lui-même pour l'engager à mettre bas les armes, ce seigneur, touché des remontrances du pape, suspendit la guerre et envoya à Rome pour ambassadeurs quelques prélats et religieux de ses Etats afin d'assurer le pontife de son entière soumission à l'Eglise.

Vers la fin de l'année 1237, le roi de France, sur les plaintes portées contre l'inquisition de Toulouse, donna des ordres pour la suspendre. Ce tribunal suprême ne rendit aucune sentence pendant quatre années, et l'on ne trouva

dans cet espace de temps que de simples passeports donnés par Guillaume Arnaud et Etienne de Saint-Thibéry en faveur de ceux auxquels ils avaient imposé quelques pénitences.

Claude Leriche gouvernait alors le monastère de Prouille. Elle est regardée comme la seconde prieure de cette maison, après Guillemette de Fanjaux que saint Dominique avait établie. Claude écrivit au pape que les religieux de saint Dominique ne voulaient plus se charger de la direction spirituelle de leur maison, sur ce que le chapitre général de rOrdre avait décidé que les religieux ne se chargeraient plus de la conduite des femmes. Le pape prit la défense des dominicaines et écrivit au B. Jourdain de Saxe, ministre général, pour lui déclarer que son intention était que Tordre continuât auprès des sœurs de Prouille l'œuvre de dévouement que saint Dominique avait conunencé. Nous apprenons, d'après des lettres de Grégoire IX, qu'il y avait à Prouille un prieur et quatre religieux pour le service du prieuré. ,

Il existait dans le diocèse de Toulouse, et à très peu de distance de cette ville, un archiprêtré appelé de Rieux (de rivis) où se trouvait une église dédiée à la Vierge et un château bâti sur les bords du ruisseau la Rize. Ce château appartenait à Gentille de Gensac, fille d'Aymar de Gensac et de Sybille d'Auterive. Gentille, qui avait épousé Raymond de Benque, céda à Raymond VU, du consentement de son époux, le château de Rieux et les domaines de Gonac, Etézenac et Montesquieu. Cest là le plus ancien monument que nous possédions de la ville de Rieux, qui fut plus tard érigé en évêché. Cette cession eut lieu au commencement

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de Tannée 1238, en présence de Guillaume Izam, archîprêtre de Rieux, et de Raymond du Falgar. Ce prélat passa aussi un accord avec Arnaud d*Âragon, prieur de Castelsarrasin, et reçut dans sa ville épiscopale les religieux du Montr Carmel qui vinrent au mois de juillet y former un établissement.

Cette sainte colonie, composée de six religieux, était codduite par frère Guillaume d*Amsia, toulousain. Elle venait du MontrCarmel, et portait avec elle une statue miraculeuse de la Sainte-Vierge. Uévêque de Toulouse céda aux Carmes une portion de terrain située auprès de l'oratoire de Férétra, sur les bords du fleuve ; on construisit quelques cellules; la statue fut placée dans Toratoire de Férétra, où elle attira bientôt un grand concours de peuple ^ cause des prodiges sans nombre qui s'y opérèrent. Cette statue devint célèbre , et au milieu des calamités publiques on la descendait de son piédestal pour la porter processionnellement dans les rues et les places publiques de la cité.

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