MORT DE CE PRINCE, EN
Nous venons àe voir que Raymond VII avait envoyé à Rome une célèbre ambassade* Ces ambassadeurs avaient ordre de demander au pape : l"" l'absolution de Texcommunicationdontil était frappé; i"" de permettre d'inhumer en terre sainte le corps de Raymond VI ; S*" d'être dispensé du serment de passer outre mer. Grégoire IX, sollicité également par le roi de France, envoya Tévèque de Palestrine avec la commission expresse d'absoudre le comte de Toulouse des censures qu'il avait encourues, et de le dispenser du serment de passer outre mer. Cette absolution solennelle fut donnée au comte vers le mois de juin 1238.
Il venait de se réconcilier avec l'Eglise lorsqu'il eut à terminer un procès que les capitouls intentèrent à Pierred'Albs, prieur de la Daurade, au sujet du passage du pont. Ces magistrats prétendaient avoir droit à une portion des revenus. Le prieur afQrmait, au contraire, que tous ces revenus lui appartenaient. Le comte nomma des juges qui décidèrent que les capitouls auraient part aux reyenus, à la condition expresse que les réparations du pont demeureraient à leur charge. Pierre d'Albs dont il est ici question avait un frère, ou du moins un parent du même nom, qui gouvernait
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alors Tabbaye du Mas-d'Azil, et que nous trouvons sous Tanaée 1238 formaot une alliance avec Févèque de Couserans. Celui de Toulouse, Raymond du Falgar, fit une convention avec Raymond d*Aragqn, prieur du monastère de Montferrat, à laquelle assista en qualité de témoin Guillaume de Sarrenta, abbé de Lézat. Arnaud de Roger succéda, vers la fin de cette année, à Guillaume de Séguier dans le gouvernement de Tabbaye de Bonnefont. Nous le verrons bientôt élevé sur le siège de Comminges.
Au commencement de Tannée suivante (1239), les professeurs de l'Université de Toulouse écrivirent à Gui, évoque de Sora au royaume de Naples, en ces termes : «Maître Loup, maître Pierre de Montlaudier, maître de Saintes, agents procureurs et syndics de TUniversité des Maîtres de Toulouse; maître Sicard, chanoine de Narbonne, maître Arnaldi, archidiacre de Lantar, professeur en cette univerversité : à Gui, évêque de Sora, salut et révérence. Nous vous faisons savoir que le comte de Toulouse nous a soldé rarriéré de notre salaire jusqu'à la concurrence de cinq cent sols morlanais, ainsi que l'avait ordonné Votre Béatitude à Lavaur, en présence des parties intéressées. Ayez la bonté d'écrire au comte que toute cette ailaire est réglée.... »
Ces lettres nous apprennent que Gui de Sora était à cette époque dans la province en qualité de légat du pape, et qu'il avait tenu une assemblée à Lavaur où il avait reçu les plaintes de l'Université de Toulouse, et que le comte avait, sur la demande du légat, cédé a toutes leurs demandes. Ce légat renouvela en faveur de Raymond la sentence d'absolution relativement à l'excommunication dont il avait été
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frappé au sujet de Fabbaye de Moissac dont il avait usurpé quelques domaines. Le comte n'était pas le seul qui s'emparât des monastères, puisque Raymond du Falgar se vit obligé d'ordonner à tous les archidiacres et arcbiprêtres de son diocèse de faire restituer, sous peine de censures, à Fabbaye de Bolbonne tous les biens qu'on lui avait enlevés. La facilité qu'on avait de s'emparer des domaines de l'Eglise engagea Comtors de Palmerio, abbesse de Saint- Laurent de Goujon, à demander à Pierre de Bordelles la confirmation de toutes les possessions du monastère situées auprès du château de Saugède.
Raymond VII se trouvait, au mois de février 1239, aux environs du Rhône, puisqu'il y reçut Aymar II duc de Valentinois en qualité de vassal pour plusieurs châteaux du Vivarais. Il était à Orange au mois de mai; il reçut là l'hommage et le serment de fidélité de Guillaume évéque de Carpentras pour cette ville et le château de Malamort. Nous le trouvons ensuite à Rhodez, où l'évêque et le chapitre lui cédèrent quelques châteaux; plus tard, kMillaud, où il confirma les coutumes de cette ville ; enfin à Castelsarrasin, où il reçut l'hommage de Bernard de Durfort pour certains domaines du Querci. On assure qu'il réveilla alors les droits de ses ancêtres sur le diocèse de Lodève, et qu'il fit occuper en son nom une partie du domaine de l'évêque.
Au mois d'octobre, Raymond VII se rendit à Montpellier où se trouvait Jacques, roi d'Aragon, qui y fit un assez long séjour. Ce fut dans cette entrevue qu'il renonça à toutes ses prétentions sur la seigneurie de Montpellier. D'un autre côté, l'empereur Frédéric, qui était très irrité contre Raymond Bérenger comte de Provence, disposa d'une partie de ses
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Etats, et entr'autres da comté de Forcalquier, en fayeur du comte de Toulouse et de ses héritiers. Par ce diplôme qui porte la date du mois de décembre 1239, il lui ordonna de continuer la guerre contre Bérenger.
L^abbaye d*Eaunes était alors gouvernée par Guarin qui avait succédé k Hugues IL Cet abbé fut choisi pour arbitre par Pierre de la Bénédiction-Dieu ou Nizors pour terminer un différend qui s'était élevé entre Fabbé de Calers et de Bolbonne.
Obéissant aux ordres de l'empereur , Raymond VU partit de Toulouse dans les premiers jours de Tannée 1240, et déclara en partant qu'il tenait quitte Roger-Bernard comte de Foix des engagements qu'il avait contractés vis-k-vis de l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers^ Ce dernier seigneur se présenta devant les inquisiteurs au mois de mars, et obtint rabsolution des censures dont l'avait frappé l'évêque dTrgel. Le passage du comte de Toulouse en Provence fut marque par d'éclatantes victoires ; il s'empara du pont de Bonpas sur la Durance, prit une vingtaine de places tant en deçà qu'au delà du Rhône, et entr'autres le château de Trinquetaille situé dans l'île de Camargue, assiégea Arles, et battit complètement les Français qui étaient venus au secours du comte de Provence. Après avoir levé le siège d'Arles par l'intervention du roi de France, il se rendit dans le Venaissin , accepta la dignité de podestat ou de premier magistrat d'Avignon, et la céda à Gautier, vicaire-général de l'empereur pour la province d*Arles. D'Avignon, Raymond VU arriva à Penautier, près de Carcassonne. Guillaume d'Ulmeio, sénéchal de cette ville, vint l'y joindre et lui fit part d'une révolution qui venait d'éclater dans le pays.
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Cette révolution, dont le but avoué était de soustraire les peuples à Tobéissance du roi, avait à sa tête Trencavel, fils de feu Raymond-Roger, vicomte de Béziers. Après avoir traversé les Pyrénées, il forma une ligue avec les principaux seigneurs du pays et parut en armes dans les diocèses de Carcassonne et de Narbonne, où il s'empara de plu^ sieurs places importantes. Les prélats et les seigneurs se retirèrent à son approche dans ta cité de Carcassonne. Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, s'y rendit aussi avec l'archevêque de Narbonne. Du Falgar, qui 'était doué d'une rare éloquence, se rendait de temps à autre dans le bourg pour exhorter les peuplés à se soumettre au roi. Quant au comte de Touloase, il prit, comme on l'a dit, la route de sa capitale, où il se trouvait au mois d'août puisqu'il y reçut l'hommage de Bernard et de Fortanier de Comminges.
Ces deux seigneurs étaient fils de Bernard de Comminges et de Blanche d*Hunaud de Lantar. Bernard eut cinq fils : Bernard, Fortanier, Aymeri, Roger et Gaillard. Roger devint chanoine de Saint-Etienne, et Gaillard chanoine de Saint- Antonin de Pamiers. Il eut deux filles, Braïde et Navarre. n choisit sa sépulture parmi les hospitaliers de Saint-Jean de Toulouse et leur légua son cheval de bataille et son armure.
Cependant Trencavel se ménageait des intelligences dans le bourg de Carcassonne. Du Falgar, qui observait avec soin toutes les menées secrètes du vicomte, aséembla les bourgeois dans l'église de Notre-Dame, et ayant exposé le saint-sacrement et les saintes reliques, il les exhorta à demeurer fidèles au roi et leur fit prêter serment de fidélité à TEglise, ainsi qu'à ceux qui étaient dans la cité*
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Le 8 septembre, on reçut des lettres de Louis IX qui an- Donçaient des secours ; mais, dans la nuit, ceux qui étaient d'intelligence avec Trencavel Fintroduisirent dans le bourg, n se préparait à donner Tassant à la cité, lorsque Tarrlyée de Tannée française le força à une prompte retraite vers le château de Montréal. Assiégé bientôt dans ce château, il ne dut qu'à la médiation du comte de Toulouse et de celui de Foix de pouvoir sortir avec armes et bagages. Il repassa alors en Catalogue, où il fixa son séjour.
Après Texpédition de Trencavel, Raymond du Falgar, qui s'était montré plein de zèle pour les intérêts du roi de France, se rendit de la part du pape et de T archevêque de Vienne, son légat, à Tabbaye de Lézat. L'objet de cette mission était de redresser et de corriger les désordres qui s'étaient introduits dans cette abbaye par la mauvaise administration de son abbé, Bernard de Sarrenta. Peut-être le siège apostolique avait-il été informé de ces désordres par Pierre d'Albs, prieur de la Daurade, qui à cette époque se trouvait à Rome.
Ce prieur s'y était rendu pour faire confirmer par le pape les privilèges de son église. Grégoire IX adressa d'abord une charte à l'abbé et aux religieux de Moissac, dans laquelle il déclarait que le village de Saint-Micbel du Château, près de Toulouse, et Téglise qui y était attachée avaient été cédés par Tabbé de Cluni au monastère de la Daurade pour rétabUr le culte divin. Le pape confirma cette dernière maison dans la possession de ce lieu connu aujourd'hui sous le nom de Château Saint-Michel, et situé sur la rive gauche de la Garonne.
Dans une seconde charte, le pape confirma tous les pri-
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viléges qui avaient été accordés et les donations faites à' G6 monastère. On trouve dans cette charte la nomenclature de tous les biens de la *Daurade, qui sont : la juridiction temporelle sur le bourg de Saint-Gyprien et le cloître de Sainte-Marie; les chapelles de Saint-Michel, de Sainte - Marie de la Dalbade, de Saint-Nicolas, de Saint-Pierre et Saint-Martin, de Sainte-Marie de Baragnon et de Saint- Jacques; les hospices de Sainte-Marie de la Grave, de Ber^nard Novart, de Saint-Jacques et de Baragnon avec toutes leurs dîmes et dépendances, ainsi que divers clos désignés par le pape; les églises de Sainte-Marie du port de Blagnac et de Saint-Michel de la Ck)ur-Severin. Grégoire désigne ensuite les biens situés dans le diocèse de Toulouse, savoir : Saint-Amans sur Muret, Saint-Saturnin de Belberault, Saint-Eleuthère ou Lothier de Montlaur, Saint-Loup, Sainte-Livrade, Saint- JuUen de Yillaudric, Saint-Sulpice de la Celle, Saint-Salvi près d'Âlzonne, le monastère et le domaine du château Saint-Michel, Fraissinet près de (k)mebarrieu, Saint-Avit de Fronton, Labége, et quelques autres. Le pape entre ensuite dans le détail de toutes les exemptions qu il accorde au monastère touchant la prpfession re^ ligieuse et les sépultures. Cette charte porte la date de 1240, et est signée par huit cardinaux de la sainte Eglise romaine.
L*abbaye de Grand-Selve reçut à la même époque des biens considérables, soit en leudes, soit en péages, de la Hbéralité d*un seigneur du pays, Amanieu de Libret. Raymond Bertier gouvernait ce monastère. Il mourut peu de temps après, puisque dans le chapitre général de Citeaux qui fut tenu cette année, l'abbé de Fontfroide fut élu pour Grand-