‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 5)Chapitre 1 sur 12 · DELBOT, LIBRAIRE ÉDITEUR, RUE DE LA POMME · texte numérisé non relu

DELBOT, LIBRAIRE ÉDITEUR, RUE DE LA POMME

DE

TROISIËME PARTIE

LIVHE XXXIIi.

DEPUIS L ÉPISCOPAT DE JEAN D ORLEANS, EN 1502, JUSQU A CELUI DU CARDINAL DE MEUDON, EN 1552.

L'archevêque de Toulouse Hector de Bourbon prit pour coadjuteur, en 1501, Jean archevêque de Tarse. On fut étonné qu'il n'envoyât pas ce prélat en qualité de son représentant aux Etats du Languedoc qui eurent lieu au Puy, et qu'il confiât cet emploi à un laïque marié, ce qui lui ôtait le pas sur les vicaires ecclésiastiques des autres évoques. Hector termina sa carrière dans le courant de l'annéd

1502, après avoir gouverné pendant huit ans le diocèse de Toulouse. Il fut inhumé dans le chœur de son église cathédrale.

Jean d*Orléans fut élu pour lui succéder. II était né à Parthenay en Poitou, et était fils de François de Dunois comte de Longueville et de Tancarville, vice-roi de Normandie, et d'Agnès de Savoie, sœur de Charlotte femme de Louis XI. Né le 26 avril 1484, il n*avait que dix-huit ans lorsqu'il fut élu archevêque. Il était doué du naturel le plus heureux; le duc d'Orléans (depuis Louis XII) surveilla son éducation. Toutefois, à cause de son âge, on lui donna pour administrateur Antoine de La Haie-Passavant, son cousin.

L*année même de Félection de Jean d'Orléans, mourut à Toulouse le fameux Olivier Maillard, religieux de saint François. Ce célèbre prédicateur était né en Bretagne. S'étant voué de bonne heure à Tétat religieux, il entra chez les franciscains de la province d'Aquitaine. Après avoir été reçu docteur en théologie à Paris, il se livra au ministère de la prédication, et prêcha dans les principales villes de France et des Etats voisins avec beaucoup de succès. Sa parole, ardente, incisive, et quelquefois mordante, s'attaqua k tous les états et à toutes les conditions, depuis l'artisan jusqu'au grand seigneur, depuis le simple clerc jusqu'au prélat. Les portraits qu'il traçait étaient tellement ressemblants qu'il étsdt souvent facile de reconnaître les personnages. On raconte que, prêchant un jour à Toulouse et faisant le portrait d'un mauvais magistrat, deux conseillers au parlement qui avaient cru se reconnaître dans ses paroles, résolurent de le faire arrêter. L'archevêque inter-

Tint, et frappa d'interdit le prédicateur. Maillard alla se jeter aux pieds de ces magistrats et, tout en faisant ses excuses, parla avec tant de force contre Tendurcissement dans le péché, qu'il convertit ces hommes, qui depuis vécurent loin du monde et dans les exercices de la pénitence. Il fut élu cinq fois provincial de son ordre, et fut nommé par Innocent VIII commissaire auprès de Charles Vin pour obtenir Tabolition de la pragmatique de Charles Vil ; mais il ne fut pas heureux dans sa négociation. Lorsque Louis XII fit prononcer la dissolution de son mariage avec Jeanne de France, Olivier Maillard n'épargna pas le monarque : c'est ce qui le força de quitter Paris. Il y reparut en 1501, accompagné de cinquante cordeliers de l'Observance, dans le but d'introduire la réforme dans le couvent de son ordre. Son projet ne put réussir. De Paris il se rendit à Toulouse, au monastère de Sainte-Marie des Anges (les Récollets), où il mourut. Il fut enseveli dans l'église de ce monastère. L'austérité de sa vie et la parfaite régularité de ses mœurs donnèrent une grande autorité à son éloquence. Il composa 1*» une Confession générale très curieuse, que l'on peut regarder comme le tableau assez fidèle des mœurs du temps ; 2^ un très-grand nombre de sermons latins et français, parmi lesquels on distingue celui qu'il prêcha en 1500 à Bruges, et où l'on remarque les mots hem I hem ! hem! qui indiquaient les passages où l'orateur devait tousser pour exciter l'attention de son auditoire ; — ces sermons ont été plusieurs fois imprimés ; 3*» une Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ où se trouve fondu le récit des quatre Evangélistes ; 4*» quelques poèmes et chansons parmi lesquels on distingue le Sentier du Pa-

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radis et une chanson piteuse (1) : car il fut poëte aussi, quoique assurément très mauvais. D'après le témoignage d'un auteur contemporain (Nicolas Bertrandi), plusieurs miracles s'opérèrent à son tombeau. Ce tombeau se trouve encore dans Téglise des Récollets (aujourd'hui du Calvaire); mais il est impossible de le reconnaître, les dalles et les pierres tumulâires ayant été malheureusement recouvertes*

Il est très-probable qu'Olivier Maillard fut frappé de la peste qui exerçait à cette époque de grands ravages à Toulouse. Le 26 juillet 1502, le parlement fut obligé de se transférer à Muret , puis à Lavaur et à Gaillac, et enfin à Grenade sur Garonne. Il ue rentra à Toulouse qu'au mois de novembre.

Nous avons déjà vu que vers la fin du «iècle précédent le grand couvent des ermites de Saint-Augustin était devenu la proie des flammes. La grande église fut terminée dans Tannée 1804, et le 50 juin un évêque de l'ordre des frères prêcheurs en fit la consécration solennelle en présence de Guillaume de Joncon, de Jean de Verrières et de Jean Dumont , professeurs en la sacrée théologie. Les religieux de cette maison faillirent devenir les victimes d'une

(4) Cette chanson est sur Tair de Bergeronnette savoisienne. Voici un couplet qui fera juger du reste :

Par les frères prédicateurs Sommes cités et convoqués.

Entre vous, endurcis pécheurs, Ne faites que vous en moquer.

Mais la mort vous viendra croquer Devant qu'il soit un an en ça; Lors vous aurez bel écouter Pour rendre compte, et reliqua.

affreuse calomnie : une fille déhontée prétendit être entrée dans le couvent des Augustins et avoir été indignement traitée par un moine nommé de Santo-Petro. L^official fut saisi de Vaffaire ; mais le prieur, homme adroit et intelligent, demanda à cette fille si elle reconnaîtrait Tauteur de cet attentat. Sur sa réponse affirmative, il fit comparaître un autre religieux nommé Géro. Cette fille déclara aussitôt que c'était véritablement ce religieux qui Favait ainsi maltraitée. La calomnie fut alors découverte; mais par une générosité au-dessus de tout éloge |es augustins ne voulurent pas poursuivre cette misérable.

Le sénéchal de Toulouse eut a terminer un différend qui existait depuis longtemps entre le chapitre de Saint-Etienne et les commandeurs de Saint-Antoine de Vienne. Ceux-ci avaient bâti un oratoire, sous Tinvocation de saint Antoine, au pré Montardi ; mais te chapitre fit opposition, et on ne consentit à laisser faire les offices publics dans cet oratoire qu*à ' la charge de lui donner la troisième partie des offrandes faites pour les pompes funèbres et une rente de cinq florins d'^or. Les commandeurs n*ayant point été exacts à tenir leurs engagements, il fut loisible au chapitre de reprendre cet oratoire, par sentence du sénéchal et de Tof* ficial. Plus tard, cette chapelle fut cédée aux pénitents bleus.

Vers la fin du siècle précédent, rimprimerie avait déjà produit à Toulouse plusieurs ouvrages incontestablement édités en cette ville. Parmi les volumes dus aux presses toulousaines, nous distinguons le plus ancien missel de ce diocèse, imprimé, sous Tépiscopat de Pierre Dulion cl par les soins de Pierre Durozier prévôt do Saint-Etienne et

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de Tarcbidiacre Bazelios, chez Etienne Keblat, en i490. Au commencement du siècle que nous parcourons, parut à Toulouse un livre portant pour titre : Le Doctrinal de Sapiença, traduit du latin en langage roman de Guy de Roy archevêque de Sens. Cétait un livre rempli de pieuses légendes, d*anecdotes curieuses et de dévotes maximes propres à intéresser la piété du simple peuple.

Pendant que la théologie mystique produisait ainsi ses œuvres, on élevait à Toulouse de nouveaux oratoires : ainsi Téglise et le couvent des/eligieux de Saint-Antoine du Salin furent construits, et nous apprenons que le cardinal George d*Amboise accorda des indulgences à ceux qui contribueraient par leurs largesses à cette œuvre. Ce légat pourvut un chanoine de Saint-Etienne nommé Biaise Roger du prieuré de Saint-Barthélémy, par résignation de Julien Astorg. Voilà le plus ancien titre que Ton possède sur cette chapelle de fondation royale, et dont il ne reste plus aujourd'hui aucune trace.

L'attention publique fut vivement excitée alors à Toulouse par la condamnation du maréchal de Gié, qui s'était rendu coupable d'avoir fait arrêter les bagages et les voitures d'Anne de Bretagne, reine de France. Son affaire fut portée au parlement de cette ville, et le 9 février 1506 il fut suspendu de la charge de maréchal de France pendant cinq ans et privé de la garde et du gouvernement de François de Valois comte d'Angoul^me. Le maréchal se retira dans sa maison du Verger en Anjou, où il mourut quelques années après. On accusa l'archevêque de Rouen d'avoir suscité cette affaire au maréchal pour l'éloigner de la cour, ce qui lit dire a la basoche : Gié a voulu ferrer Rouen,

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mais Rouen lui a donné un si grand coup de pied quil Ta jeté dans son Verger.

Arnaud Dufaur figura dans la condamnation du maréchal en qualité de procureur général du parlement. Il fut accusé lui-môme d^avoir donné asile à un ecclésiastique de ses amis dans sa maison, et condamné, sous des peines assez graves, à restituer le coupable à la justice qui le poursuivait. Arnaud fût accusé plus tard d'avoir falsifié des lettres pour lever cinquante-quatre livres sur la paroisse de Saint*Jory, et condamné ^l être privé de sa charge et à faire amende honorable en plein parlement, à genoux, tête oue et la torche au poing. Nous ignorons si cette sentence fut exécutée. Arnaud Dufaur était fils de Gratien Dufaur, chanceUer en 1422 du comté d*Armagnac et président au parlement de Toulouse. Il eut un frère nommé Kerre qui fut élu évéque de Lectoure, mais qui ne garda que deux ou trois ans cet évêché.

La peste continuait d'exercer ses ravages en Languedoc, et particulièrement à Toulouse en 1506 ; au mois d*août il avait déjà péri trois mille personnes en cette ville. Le parlement se retira à Gaillac et de là à Montauban. Pour attirer les bénédictions du ciel sur ces peuples décimés par le terrible fléau, on résolut de procéder à Télévation solennelle de plusieurs corps saints, ainsi que nous le verrons bientôt en suivant nos annales. On commença d*abord par faire un inventaire général et circonstancié de toutes les reliques que renfermait la basilique de Saint-Saturnin. Les capitouls s'en étant déclarés les gardiens et les protecteurs, dès ce moment ces reliques furent placées au rang des propriétés inaliénables de la ville de Toulouse.

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La révolte des Gênais obligea Louis XII à franchir les Alpes pour la réprimer ; il fut également forcé d*entretenir un corps de troupes dans le Milanais, où le sénéchal de Toulouse, de Rochechouart, servit à la tête de la noblesse de sa sénéchaussée. La levée des subsides que Ton demanda aux Etats de Narbonne éprouva quelques difficultés à cause de la pénurie où se trouvaient les peuples de la province.

Au mois d*octobre i510, mourut à Toulouse Gonsalve Molina, professeur en médecine. Ce docteur avait été cité au tribunal de Flnquisition par les vicaires généraux de Tarchevêque et Tinquisiteur, à cause de plusieurs erreurs qu'il avait émises dans ses leçons ; mais Molina mourut avant que son procès fût terminé. On s'en prit alors à son cadavre. Après beaucoup de contestations entre le jtige mage et les inquisiteur^, Taffaire fut portée au parlement, qui rendit Farrét suivant :

« La Cour, — veu la requeste faite par Maîtres Antoine » de Sabonières et Vital Thèbes, vie. gén. de l'Archevêque » de Tolose, et Frère Gaillard de Petra, inquisiteur de la » foy, et veuê leur sentence : la Cour a ordonné et ordonne » que le corps de feu Gonsalve Molina, en son vivant dé- » claré par icelle sentence hérétique et apostat, sera baillé et » délivré à l'exécuteur de la haute justice pour être brûlé XI en la place qui est devant l'église métropolitaine de Saint- » Estienne, à laquelle exécution assisteront le juge-mage ■ des crimes, viguier, et capitouls de Tolose, ausquels et » chacun d'eux la Cour a fait et fait commandement, sur » peine de suspension de leurs offices, de donner aide, se- • cours et faveur auxdits vicaires-généraux et inquisiteur

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» en procédant contre les hérétiques et fauteurs d'hérésie ;

> et en outre a ordonné et ordonne que lesdits vicaires et

» inquisiteur, juge-mage, Hugues Bouysson et Jean de

• Saint Jean, capitouls de Tolose, viendront demain en

* icelle à sept heures du matin' faire prendre, en présence » des advocats et procureur du Roy, telles demandes, re- « questes et conclusions que bon leur semblera. »

La sentence fut exécutée. Ainsi le demandaient les mœurs du temps.

Le chapitre de Saint-Etienne, depuis sa primitive institution, était demeuré régulier sous la règle de saint Augustin. Ayant voulu a cette époque se faire séculariser, il fallut surmonter beaucoup d'obstacles, car ce projet trouvait une forte opposition dans Tarchevêque Jean d'Orléans et dans Pierre Duirosier, prévôt du chapitre. Cette opposition fut vaincue, et Pierre de Porta, chanoine de Rieux et con-^ seiller clerc au parlement, fut désigné par le pape Jules II à l'effet de promulguer la bulle de sécularisation, qui porte la date du mois de novembre 1510. Pierre Gaufridi fut chargé de celte promulgation. Par cette* bulle, deux archidiaconés, huit prieurés, les offices d'aumônier, d'infirmier^ de trésorier et de prieur claustral, furent éteints ; leurs rentes, fruits, biens et émoluments furent unis à la mense cs^itulaire ; on créa une dignité nouvelle, celle de grand chantre. Les chanoines prirent Faumusse de fourrure grise et durent se conformer au cérémonial et aux coutumes des églises cathédrales. Cette bulle n'assoupit pas entièrement la querelle, car ce ne fut que quatre ans après, en 1514, qu'elle fut reçue par l'archevêque, et qu'il fut stipulé qu'à l'avenir les nominations aux diverses prébendes ou places

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vacantes seraient faites alternativement par rarchevèque et le chapitre.

Nous avons vu plus haut qu*on procéda, au commencement du seizième siècle, à Télévation de plusieurs reliques. En effet, en 1511, les corps des Apôtres saint Simon et saint Jude, et celui de sainte Suzanne de Babylone, furent solennellement élevés, c'est-à-dire ôtés de leur tombeau de pierre et déposés dans des châsses de bois, d'or ou d'argent. — Dans notre histoire de saint Saturnin, nous avons donné le détail des diverses cérémonies qui eurent lieu à cette occasion dans la basilique de Saint-Saturnin ; nous nous bornerons donc ici à marquer le nom des principaux personnages qui figurèrent dans cette solennité : c'étaient Laurent Lallemand, abbé de Saint-Sernin et évéque de Grenoble ; Matthieu d'Artigueloupe, évoque de Pamiers ; Jean d'Auriole, évéque de Montauban ; Jean de Montaigut, abbé de la Case-Dieu. Le panégyrique des Saints fut prêché par Jean de Pétra, qui était de Tordre de saint Dominique.

Ce fut vers ce temps qu'arriva à Toulouse la nouvelle de la mort de la reine Anne de Bretagne, très excellente princesse à qui le roi Louis Xli donna de justes regrets, ce qui ne l'empêcha pas d'épouser bientôt après Marie d'Angleterre. Il ne demeura pas longtemps avec sa seconde femme, car il mourut le l*' janvier 1515, ne laissant que des filles de son premier mariage. La couronne de France échut à François comte d'Angoulême et duc de Valois, son neveu. L'intrépide Jules II venait de mourir aussi , et Léon X était monté sur le siège apostolique. Ce pontife accorda un jubilé de joyeux avènement qui attira à Toulouse tant de

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fidèles qu'on fut obligé de faire garder par la force armée rentrée de Téglise cathédrale.

Cette Tille vit briller alors dans son sein les hommes les plus distingués dans les sciences et les lettres. Gmllaume Bunel professait la médecine dans l'université avec un grand succès. U est auteur de plusieurs ouvrages, entr'autres d'un Traité en vers contenant les médecines préservatrices et curatives des maladies pestilentieuses. — Nicolas Bertrand! donnait au public ses Hestes tolosaines. Il était avocat au parlement de Toulouse. Son ouvrage, quoique renfermant quelques détails précieux, résisterait dif^cilement à une critique éclairée et impartiale. — Guillaume de Benoit était conseiller au parlement de Toulouse en 1510. Il fut député par le parlement pour aller féliciter François I*'. Il est Vautour d'un savant commentaire sur plusieurs traités du droit civil et sur la matière des testaments en particulier ; c'est le plus ancien auteur connu qui ait fait mention de Dame Clémence, restauratrice des jeux floraux. Il la désigne en ces termes : « Suivant les lois ro- » maines, il est permis de donner des fonds à une ville, à » la charge de célébrer annuellement des jeux, comme a » fait cette illustre fille dame Clémence, très riche citoyenne » de Toulouse qui, pour exciter la jeunesse à parler avec » élégance, a laissé à la ville certains revenus desquels on » fait chaque année trois fleurs d'argent, savoir : une églan- » Une, une violette, et un souci doré. » Il est impossible de trouver un témoignage plus convaincant de l'existence de cette femme.

Le parlement de Toulouse avait alors au nombre de ses conseillers clercs le célèbre Jean de Pins, devenu plus tard

évêque de Rieux. Il descendait d'ane illustre famille de Catalogne, dont le chef se nommait de Pinos marquis de Barbaza. n était le troisième fils de Gaillard de Pins, damoiseau, seigneur de Pins et de Muret, et de Clarmonde de*Saman, Après la mort de son père, Barthélémy de Pins, son frère, chef du nom et des armes de sa maison, le fit élever avec le plus grand soin. Après avoir fait ses premières études à Toulouse, il les continua à Poitiers, à Paris, et à Bologne en Italie où il eut pour maître le célèbre Beroalde. Sa facilité pour la langue latine et la poésie fot remarquable.

Entré dans Tétat ecclésiastique en 1497, il fut ordonné prêtre à Toulouse et fait arcWprètre de Fousseret au diocèse de Rieux. Après avoir cédé à son frère tous ses droits à rhéritage paternel, il repartit pour l'Italie, où il demeura cinq années. Ce fut dans cette période qu*il composa et publia ses premiers ouvrages, 1*» une Préface sur les poèmes de Codrus, poète assez renommé à cette époque ; 2^ la vie de son maître Beroalde, qu'il dédia à Etienne Pencher, évêque de Paris ; 3® la vie de sainte Catherine de Sienne, qu'il dédia à Louis d'Amboise, évêque d'Albi. Créé conseiller clerc au parlement de Toulouse par Louis XII, en 1509, il s'y lia d'une étroite amitié avec Antoine Dupral, chancelier de France, qui avait été avocat général dans cette même cour. Ce chancelier fit connaître Jean de Pins à la Cour. En 1S15, il suivit François I" en Italie et fit partie du nouveau sénat de Milan. Sur la fin de cette année, Léon X envoya Laurent de Médicis, son neveu, au roi pour lui proposer une entrevue. Jean de Pins et Guillaume de Bonnivet furent choisis pour la ménager. Elle eut lieu a Bologne, où fut signé entre les deux princes le célèbre concordat,

La grande habileté qu^avail montrée Jean de Pins dans toutes ces négociations délicates le fit encore choisir par François I*' pour le représenter auprès de la république de Venise, où il suf ménager les intérêts de son prince et ceux de cette république. Au milieu des soins de la politique, il n'oublia pas la culture des lettres. Ce fut à Venise qo*iI composa d'abord un roman, dédié aux enfants du chancelier Dùprat, et qui avait pour titre : Allobrogicœ narrationis Libellus ; puis une vie de S. Roch ; enfin un traité, De Vitd aulicà, qui fut plus tard imprimé à Toulouse. De Venise, Jean de Pins fut envoyé à Rome par le roi en qualité de principal ministre, et nous avons plusieurs lettres qu'il écrivit de cette ville à Madame Louise de Savoie, mère du roi, et au monarque lui-même, lettres dans lesquelles il dévoilait avec une étonnante perspicacité les divers projets qu'on formait en Europe contre la France.

Avant de quitter son ambassade, il rendit à Toulouse, sa patrie, quelques services dont nous parlerons bientôt. En 1520, il fut nommé par le roi évéque de Pamiers. Il allait être mis en possession de ce siège par Bernard de Joyeuse, délégué de Gascard de Montpezat évéque de Rieux, lorsque, ce prélat étant venu à mourir, il fut désigné pour être son successeur, en 1S23. Nous suivrons plus loin ce grand homme dans le caurs de son épiscopat.

En 1516, pendant que Jean d'Orléans archevêque de Toulouse entrait dans les ordres sacrés et recevait le diaconat et la prêtrise, sa ville épiscopale était dotée d'un nouvel établissement. Le frère Matthieu Menou, de Tordre de saint François, entreprit de donner une mission à Château-Vert, lieu où se trouvaient réunies les filles de mauvaise vie.

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Ses prédications produisirent des fruits de salut : un grand nombre de ces filles se convertirent et demandèrent à être réunies en communauté. On leur céda Thôpital du Saint- Esprit dans la cité, et bientôt après arrivèrent de Paris huit religieuses du couvent de la Madeleine, dont cette maison prit le titre. Cet établissement, situé rue des Couteliers, vis-à-vis de la rue de la Madeleine, fut réformé, au siècle suivant, par les soins d*une religieuse de Tordre de la Visitation, M"» d'Aligre, qui lui donna ses règles et y fit fleurir la piété. Cette maison est aujourd'hui détruite.

L'année 1517, dans laquelle nous entrons, devint malheureusement trop célèbre dans les annales de TEglise par le schisme et l'hérésie de Martin Luther. Il naquit le 10 novembre 1483, k Eisleben (ville du comté de Mansfeld) de Hans Lotter et de Marguerite Linderman, qui étaient de braves et honnêtes gens vivant du travail de leurs mains. Martin alla étudier à Magdebourg, à Eissenach et à Erfurth, ne vivant en ces villes que des aumônes que lui procurait sa belle et ravissante voix. A Eissenach, une femme qu'il avait charmée par la mélodie de ses accents devint sa bienfaitrice : c'était Cotta, qui lui acheta une flûte et une guitare. A Erfurth, en 1503, il prit le degré de maître esarts.

La foudre ayant frappé à ses côtés l'uif de ses plus jeunes amis, il résolut de quitter le monde, et à l'âge de vingtdeux ans, il se rendit chez les ermites de Saint-Augustin k Erfurth et s'y consacra à Dieu. Quand il eut été ordonné prêtre, en 1!K)7, on le fil venir a Wittemberg où il enseigna la philosophie, et après avoir pris le bonnet de docteur en théologie dans l'université de cette ville, il en devint pro-

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fessear. Â cette époque, Luther était pur et chaste ; il renouvelait dans sa cellule de Wittemberg toutes les austérités de la Thébaïde. Cependant son cerveau s*étant exalté par Texcës du travail et de la prière, il était en proie aux tentations les plus affreuses. Il les surmontait toutefois avec courage, il se confessait très-souvent, et ses moindres fautes lui paraissaient des crimes. Il poursuivait des chimères et ne s'était pas aperçu d*un secret orgueil qui le dominait tout entier. Cette passion, si dangereuse pour les grands talents, s'épanouissait en lui au bruit des applaudissements humains ; sa chaire de professeur de théologie était environnée d'une jeunesse attentive qui admirait sa parole claire, éloquente, inci^ve. Il fut nommé prédicateur de la ville. Son action oratoire, sa voix pleine et sonore charmaient ses auditeurs ; ses explications de la Bible d'après le texte seul de la Yulgate répandaient une nouvelle vie dans tous ses discours. Telle était la situation de Luther à Wittembei^ lorsque Léon X fit publier en Allemagne de grandes indulgences pour tous ceux qui contribueraient par leurs dons à l'achèvement de la basilique de StrPierre et aux frais de la guerre contre les Turcs. Jusqu'alors la prédication des indulgences avait été dévolue aux augustins ; cette fois elle le fut aux dominicains ; de là une triste rivalité entre ces deux corps. Staupitz, vicaire général des augustins, résolut de venger la prétendue injure que l'on faisait à son ordre, et comme il existait quelques abus dans la prédication de ces indulgences, Staupitz chargea Luther de s'élever contre ces abus dans ses leçons publiques.

D'un autre côté, le dominicain Tezel alla prêcher les indulgences à liîterborck, a huit milles de Wittemberg. Tous

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les habitants de cette dernière ville accoururent vers Tezel; la chaire de Luther et son école ainsi que les confessionaux des Augustins étaient abandonnés. Cen était assez, c en était trop pour ne pas enflammer de colère et de dépit le jeune moine : il prêcha donc publiquement à Wittembei^ contre Tabus des indulgences, et de Tabus il passa bientôt à la chose et s'éleva contre elles. A ce premier discours succédèrent des thèses que Luther fit afficher, le 1'' novembre 1517, sur Fun des piliers de l'église de Wittem-^ berg, et dans lesquelles ses assertions hardies et téméraires étaient développées jusqu'à l'hérésie.

Dès ce moment Luther abandonna la foi catholique, et le voila enseignant les propositions suivantes : l"" que ce qui nous justifie n'était rien en nous ; S"" que nous ne sommes justifiés que par l'imputation que Dieu nous fait des mérites ou de la justice du Rédempteur ; S"" que nous pouvons nous appliquer par la foi cette justice ; 4'' que cette foi justifiante consistait à croire que tous nos péchés nous étaient remis ; 5^ qu'on était pleinement justifié par cette certitude. Tout le protestantisme est à peu près renfermé dans ces propositions. Dès que Luther eut affiché ces thèses, il fallait , au lieu de disputer avec lui, que Staupitz son supérieur le rappelât dans son couvent et qu'il le mtt dans l'impossibilité de propager ses erreurs. Cétait un homme qu'il fallait oublier et faire oublier. On prit un parti tout opposé : on répondit à ses thèses, on le cita à Rome, et Gajetan ne put le convaincre. Luther ajouta de nouvelles erreurs aux premières, et finit par attaquer presque tous les dogmes catholiques. A la faveur de la faiblesse des princes, il continua à dogmatiser.

Nous avons cru devoir faire connaitre rapidement le chef de cette détestable hérésie qui mit le trouble dans toute TEglise et attira sur elle et sur la société, au seizième siècle, tant de malheurs.

Pendant que Luther soutenait ses thèses à Wittemberg , Jean d'Orléans, archevêque de Toulouse, recevait à Paris, le 26 avril 4S17, la consécration épiscopale dans l'église de Sainte-Geneviève* II fut sacré par Philippe cardinal de Luxembourg, assisté d*Etienne Pencher de Paris et de Jean le Veneur de Lizieux, et figura au couronnement de la reine de France. Nous ne pensons pas qu'il ait fait partie des Etats du Languedoc que le roi avait convoqués pour le 12 octobre 1518. L'assemblée se tint à Thôtel-de-ville, et la messe fut célébrée aux Jacobins.

On était alors très occupé à Toulouse d'une affaire qui avait pour objet la réforme du couvent des GrandsCarmes. Le roi et le pape s'étaient réunis pour nommer des commissaires : c'étaient le vicaire-général de Jean d'Orléans, frère Louis de Lira, prieur des carmes de Paris, et frère Raymond de Gossins, jacobin et inquisiteur de la foi. Le parlement, conformément aux ordres de la cour, désigna de son côté le président Maynier et le conseiller Laporte. Les commissaires se rendirent au couvent ; ils trouvèrent les portes fermées et les moines sonnèrent le tocsin. La nuit ayant porté conseil, ils reçurent le lendemain les commissaires, et la réforme fut acceptée.

Toulouse fut évangélisée en 1518 par deux prédicateurs célèbres. L'un était un cordelier nommé Thomas de lUirico. L'église des Cordeliers où il prêchait ne pouvant plus contenir le nombre de ses auditeurs, on choisit la place

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Sainl-Georges pour le lieu de sa mission. L'autre était Arnaud Revelaûd, prêtre séculier, qui prêchait à S*-Etienne. Les fruits les plus abondants de salut couronnèrent le zèle de ces hommes apostoliques. Ce fut à la suite de ces prédications qu*on détruisit les jeux de hasard; des pierres portant le monogramme du Sauveur furent placées a rentrée d'un grand nombre d'habitations, et les capitouls or-* donnèrent que quatre hommes parcourraient pendant la nuit les divers quartiers de la ville on criant : Reveniezvous, ô vom qui dormez ! priez Dieu pour les trépassés. Cette dernière institution se perpétua jusqu'à la Révolution française.

Nous ignorons si le grand-pénitencier de Rome envoyait des subdélégués dans les diverses parties du monde pour absoudre de certains crimes qui relevaient de ce tribunal suprême. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'un abbé de S*- Ubery, ou peut-être de Saint-Thibery, nommé Dupuy, se rendit en 1518 à Toulouse avec le titre de subdélégué dn pénitencier de Rome, et donna des absolutions à plusieurs criminels, avec défense aux officiers royaux d'inquiéter ceux qui étaient ainsi absous. Le parlement regarda ces actes comme abusifs, et condamna Dupuy à une amende de cent livres, et de cinquante livres tournois envers le premier président que cet abbé avait injurié dans une lettre écrite à son procureur. L'arrêt du parlement n'arrêta pas les entreprises de l'abbé, qui fit afficher à plusieurs carrefours de la ville une bulle du pape portant admonestation pubUque contre ceux qui l'avaient condamné. Les registres du parlement ne donnent pas la suite de cette aflEaire. Cette cour souveraine eut aussi à s'occuper du concordai

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qui venait d'être passé entre Léon X et François ^^ Le parlement et Tuniversité de Paris avaient d'abord refusé de recevoir ce concordat, comme contraire à la pragmatique-sanction de Charles VII ; cependant le parlement de Toulouse, ayant appris que celui de Paris avait enfin reçu cet acte des deux puissances, s'assembla extraordinairement, prit lecture de toutes les missives du monarque et reçut le concordat avec celte clause : sans pr^udice des privilèges et libertés de l'Eglise gallimne.

L'université de Toulouse imita sans doute la conduite du parlement pour la réception du concordat, car nous n'avons trouvé aucune trace d'opposition à cet acte dans nos annales. La ville, à cette époque, se montra très-généreuse envers elle, car elle fit construire les études, salles dans lesquelles les professeurs en droit civil et canonique donnèrent leurs leçons; Elles étaient situées au lieu où se trouve aujourd'hui la faculté de droit; Le collège de Saint- Raymond reçut une augmentation de personnel par les libéralités de Jean Bonhomme, curé de Saint-Michel-de- Lanès au diocèse de Mirepoix, qui porta à dix-huit le nombre deâ prêtres collégiats.

Le 12 octobre 1518, le roi fit assembler les Etats du Languedoc à Toulouse. L'assemblée se tint à l'bôtel-devlllOi et la messe fut célébrée dans l'église des Jacobins. On accorda au roi, pour l'aide *et l'octroi, les mêmes sommes que l'année précédente. Aucun évoque ne fut présent k ces états. Les grands-vicaires de Narbonne et de Tou-^ louse eurent une discussion assez vive au sujet de la pré*' sidence, qui fut dévolue au premier.

L'année 1519 vit à Toulouse la réforme des religieux

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augasUns comme elle avait déjà vu celle des carmes. L*archeyêque et les capitoals ^voyëreot à Rome Jacques de la Gorrée, banquier en cette cour, afin d'obtenir du pape la commission nécessaire à cet efiet* La Gorrée trouva à Rome Jean de Pins dont nous avons déjà parlé, et avec lequel il traita longuement de cette affaire, en présence du cardinal SantiqucUro. Ce cardinal, £adsant sflusion à la conduite qu'avait tenue le parlement à l'égard de Tabbé de Saint-Thibery, se répsmdit en inirectives et en menaces contre cette cour. Jean de Pins, en cette occasion, prit ouvertement la défense du parlement et de sa patrie, n ne laissa pas toutefois de j^aider la cause de Tabbé qui avait été mis en prison à Toulouse, et engagea Léon X à écrire en ces termes au roi pour obtenir l'élargissement de cet ecclésiastique : < Sirê, Sa dite Sainteté m'ordonne à » grosse instance de vous écrire et supplier que votre bon » plaisir daigne prendre l'abbé de S'-Thibery, qui est pri- • » sonnier à la conciergerie de votre parlement de Tou- » louse, en singulière recommandation. »

Quant à la réf(H*me des augustins, le pape nomma pour commissaires l'archevêque de Toulouse, l'inquisiteur Raymond de Gossins, le gardien des cordeliers et le prieur des carmes. On avait formé le projet d'envoyer de Rome quelques religieux augustins a Toulouse pour opérer l'œuvre de la réforme, dont les mémoires de cet ordre ne font, du reste, aucune mention. Il y est seulement marqué que François I'' exempta des tailles le couvent, et que cette maison devint l'objet d'une certaine jalousie de la part du clergé séculier à cause des privilèges et faveurs pontificales et royales dont elle avait été dotée. La réforme

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fat exécutée le 9 août 15^ par Jean d^Orféans, qui venait de prendre possession de son siège par procureur, ayant choisi pour son vicaire-général au spirituel et au temporel Jean Tesie, doyen de Saint-Florent d*Âmboise. Jean d'Orléans, qui venait d'être nommé abbé commandataire du Bec et évoque d'Orléans, obtint du pape la permission de garder ces nouveaux bénéfices avec Tarchevèché de Toulouse.

En 1520, la peste désola cette ville. Le parlement s'étant dissous, les présidepts et les conseillers, saisis de frayeur, se retirèrent dans leurs domaines, confiant la garde des habitants au dévouement des càpitouls. On employa tous les moyens possibles pour arrêter ce terriUe fléau. Les médecins ordonnèrent de faire allumer de grands feux pour purifier Tair, et le clergé fit sonner dans là nuit toutes les cloches pour inviter à la prière. La peste ayant cessé, le premier président, qui s'était retiré à Montbrun près de Montgiscard, rentra alors à Toulouse.

Au milieu des ravages de la peste, Laurent Ldlemand, évoque de Grenoble et abbé de Saint-Saturnin, jeta les fondements du couvent et de l'église des réligteux minimes. Déjà ces religieux avaient été introduits au commenceibent de ce siècle, et la chapelle de Saint-Roch, qui était très-ancienne, avait été dédiée à saint François de Paule, fondateur de cet ordre. It ne faut pas confondre cet abbé de S*-Sernin avec son oncle, portant le même nom, qui le précéda dans la dignité abbatiale et dans l'évêché de Grenoble. Nous pensons que Véglise des Minimes, devenue de nos jours une église paroissiale, fut construite à cette époque. On voit au-dessus de la porte les armes de ce

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prélat. Quant au couvent, dont une partie est encore debout, il parait être d'une construction plus récente.

Ce fut, comme on le sait, le 15 juin 1520 que les noo^ velles erreurs de Luther furent foudroyées par une bulle de Léon X. Elles sont renfermées dans quarante-et-un articles, extraites par ordre des écrits qu*il avait déjà publiés. S'il faut ajouter foi à l'annaliste de Toulouse, ces erreurs auraient été répandues dans cette ville cette même année ; il affirme aussi que, la veille de la fête de saint Thomas, on flt brûler un hérétique qui les avait déjà embrassées. A peine furent-elles connues de l'université de Toulouse, que ce corps les attaqua vivement par l'organe de son recteur Jean de Fraicines, qui composa contre Fbérésiarque un livre sur le sacrement de l'autel. Les registres de Tinquisition de Toulouse nous offrent' les noms de plusieurs hérétiques renfermés, vers la même époque^ dans les prisons dé ce\tribunal : c'étaient Jean de Vais, Pierre d*Agen, et Adrien de Villa, prêtre. Il est toutefoia difficile d'affirmer si ces hommes étaient déjà infectés des erreurs luthériennes.

Le 15 mars 1521, Jean d'Orléans fit son entrée spleo-. nelle à Toulouse, accompagné dans cette imposante cérémonie par tous les évêques de la province et par l'abbé de Gimont. A son arrivée, la peste exerçait ses ravages dans sa ville épiscopale ; le parlement se vit obligé de se retirer à Lavaur, où il demeura deux années entières. Ce fléau ne put arrêter 4es dissensions qui existaient entre les religieux observantins et les conventuels du grand-<^uvent. Le P. Bosset, observantin, présenta une requête à M. de Saint-André, premier président au parlement, à l'effet de

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procéder à la réforme des cordeliers. Ceux-ci forent en effet expulsés de leur couyent ; mais c& ne fut pas sans opposer une vive résistance, car le P. Molinié, homme ardent et impétueux, employa tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter le coup qui allait frapper sa maison. Inutiles efforts i le premier président se rendit à main armée au couvent, les religieux farent arrêtés et conduits dans les prisons de Farchevêché, et ensuite envoyés dix à la Daurade, dix aux Jacobins, dix aux Carmes, dix aux Augustins, huit aux Minimes, et huit aux Trinitaires.

Le tribunal de la Sainte-Inquisition de Toulouse fut renforcé à cette époque de plusieurs membres du parlement : messires d*01mières, Jean Barthélemi, Tristan de Léscure furent désignés pour assister l'inquisiteur et le vicaire-général de Tarchevêque dans les diverses procédures: Ces conseillers entrèrent en fonctions par le procès' qui fut intenté à Pierre de Beaumont, médecin, prévenu d'avoir embrassé, à ce que Ton croit; lés idée& nouvelles.

La guerre s'étant déclarée entre François I** et Charles y, le roi fit assembler les Etats du Languedoc à Beaucaire, le 8 janvier 1523, pour demander des subsides. On trouve dans cette assemblée, en qualité de députés de Toulouse, le docteur Etienne de Paulo et Pierre Potier seigneur de la Terrasse. Cette ville fut fortifiée par le roi afin de la mettre à labri des entreprises des Espagnols qui menaçaient les frontières voisines. On pensait que le connétat)le de Bourbon, qui venait d'abandonner par une triste défection le parti du roi» pourrait. passer en Espagne en se rendant à Toulouse : c*est ce qui détermina le prince à envoyer dans cette ville le sieur de Lettes seigneur do

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MoDtpezat, avec des lettres pour le paiiemenU Cette com-^ pagaie ordcxioa au sénédial de fisiire garder avec soin les divers passages des Pyrénées, entr^autres celai de S^^éat; mais le connétable prit une autre route. Alors le roi envoya m Languedoc le maréchal de Lautrec, qui fit son entrée à Toulouse ra 1523, à la tète d'un corps de troupes amené de la Gûienne.

Si, d'un côté, le pariemwt se mêlait de politique, de Tautre il exerçait son autorité sur les affaires de TEglise. Ainsi, quelques démêlés ayant eu lieu entre Laurent Lalle^ mand abbé de Saint-Saturnin et ses chanoines, le parlement rendit un arrêt pour enjoindre à Farchevêque ou à son vicaire-général de procéder à la réforme de Tabbaye, désignant à cet effrt les abbés de Saint-Ambroise de Bour* gels et de Gaillac, qui se trouvaient alors à Toulouse. L'arrêt ne fut pas mis à exécution et les parties s'arrangèrent entr'dies.

La peste, en 1524, décima le couvent des Dominicains. Pour les dédommager de ces pertes, le ciel leur envoya une insigne bienfaitrice dans la personne de madame de la Pélidère, qui laissa à ce couvent des sommes consi* dérables avec lesqudles on fit des acquisitions nouvelles, des constructions, et plusieurs omemmtations intérieures.

Le désir d'arrêter le fléau dévastateur dont nous venons de parler porta les capitouls à réunir en un seul hôpili^ tous les autres hôpitaux de la ville. On choisit pour le lieu de la réunion Thôpital Saint-Jacques, situé sur 1^ rive gauche de la Garonne et qui portait autrefois le nom de SaiDte-Marie; il prit alors le nom de Saiut-Jacques d'une ancienne chapelle dédiée à ce saint. Avant la fusion dont

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il est ici question, cet hôpital était déjà considérable. On porte sa fondation au commencement du treizième siècle, et on reconnaît pour fondateurs deux habitants de Toulouse, Roger et Bernard de No¥ello« Quelques années plus tard, il s'y forma une confrérie célèbre qui administra les biens de cet hospice* Au quatorzième siècle, il était desservi par vingt^eux religieuses appelées les Somrs de la Daurade. Nous plaçons en note les noms de tous les hôpitaux qui existaient à Toulouse à Tépoque de cette réunion. (*)

Le 24 février, 1S25 François I"^ fut tait prisonnier à la bataille de Pavie. Aussitôt le maréchal de Lautrec écrivit au parlement de Toulouse pour lui annoncer cet événement. Cette compagnie ordonna immédiatem^t des prières publiques dans tout son ressort pour la délivrance du monarque, et les jeux et les divertissements publics furent suspendus. Le maréchal ordonna qu*on détruisit toutes les maisons situées hors des remparts, et qu'on réparât

f) Llidpital de la Porle-Saint-fitienne (des Donats) •*- Thôpital de la Pôrte-Nenve — Fhôpital dn Taur, pour les eniants trouvés — > lli^iul de la Grave — Thôpital Saint-Sébastien ou des Pestiférés — lliôpital de Pons, à Saint-Cyprien — llidpital Saint-Nicolas — l'hôpital SainVOrens

— l'hôpital Saint-Eatrope — Vhôpital SaintJacqaes, à Arnaud-Bernard

— l'hôpital du Saint-Esprit, pour les repenties — Fhôpital Notre-Dame du Puy, à Saint-George — l'hôpital Saint-Antoine de Vienne— l'hôpital Saint-Antoine de Lézat— l'hôpital Saint- Anian — l'hôpitol Saint-Raymond — l'hôpital du Corps-Dieu, prés de Nazareth -~ l'hôpital du Puy- Milan — l'hôpital SaintrRemi — l'hôpital de la Sainte-Trinité — l'hôpital Saint-Barthélémy — l'hôpital de la Maynadière, près de la Daurade — l'hôpital Sainte-Catherine des Rogneux, à Saint-Michel — l'hôpital du Temple — l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem.

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les murailles dans là crainte de Vinvasion des Espagnols. René Ragueneau, maître des requêtes» fut envoyé à Toulouse par la reine-mère pour y régler les mesures à prendre par suite de la captivité du roi. Nous croyons que ce fut à cette occasion qu'on aliéna plusieurs biens dans le Toulousain pour constituer la rançon du roi, qui venait d*étre conduit à Madrid. Le prieuré de Saint-Loup, prés de Toulouse, M engagé à cette occasion.

Pendant sa captivité à Madrid, le roi fut atteint d'une maladie qui inspira de Finquiétude pour ses jours: Dans Textrémité où il se trouvait réduit, il fit un vœu aux saints dont les reliques reposent dans la basilique Saint-SatiimiD de Toulouse pour obtenir le rétablissement de sa santé. Dès qu'il fut libre, il chargea Jacques de Minut, premier président du parlement, de remplir son vœu. Ce magistrat se rendit à la basilique et o&it, au nom du roi, six gros cierges parsemés de fleurs de lys d'or, que l'on suspendit à la grille du tombeau de saint Sernin, vis-avis de la chapelle du Saint-Esprit. On plaça aussi une plaque de marbre noir portant une inscription en lettres d'or pour perpétuer le souvenir de la piété du monarque. (!)

(4) Voici cette inscription :

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