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A8SEEVANTUR YOTUM NUNCUPAVEBAT, QUOD FEANSCUSCI MANDATO
BBGllS TICIBU8 CLARIS. YIR JACOB. HINUTIUS
SERATUS TOLOSA. PRINCBPS, ADSTANTIBUS OMNIUM ORBINUM
GIVIBUS, BITE PERSOLVIT ANNO SALUT. 4525.
POSUBBB VIRI GAPITOLINI.
miPS MODERNES. 27
Comme il avait résolu de se rendre à Toulouse en quittant Madrid, et que la reine-mère avait écrit aux capitouls à ce sujet, on se disposait à le recevoir avec cette magnificence digne de sa personne royale ; on avait même déjà préparé des présents pour lui être offerts, entr*autres six statuettes d*argent représentant les six apôtres dont les corps reposent dans la basilique d^ Saint-Saturnin, lorsqu'on reçut de nouvelles lettres de la régente qui annonçaient aux capitouls que le roi avait changé son itinéraire, et qu'il se rendait directement à Paris.
Un événement extraordinaire vint toutnà-coup agiter la population toulousaine : il était question d*un miracle opéré par un crucifix qui était élevé sur la place du Salin. Le vicaire-général de Tarcbevéque, Finquisiteur de la foi et un conseiller du parlement procédèrent à une enquête sur la vérité du prodige. L'histoire ne nous apprend rien sur la suite de cette enquête ; mais elle nous dit que le curé de la Dalbade, Jean de Sahonières, et le syndic du chapitre de Saint-Etienne se disputèrent les riches offrandes que Ton déposait aux pieds du crucifiix ; qu'il y eut procès sur cette grave affaire, et que le parlement, dans sa haute sagesse, décida en faveur du curé de la Dalbade.
Un événement d'une autre nature arriva à Toulouse en l'année 1526 : nous voulons parler de la sécularisation du chapitre régulier de Saint-Saturnin que Qément VII opéra par une bulle du mois d'octobre, à la prière de Laurent Lallemand et du chapitre de la basi-^ lique. Le pape reconnaît dans sa bulle Texistence à Saint- Semin des corps de six apôtres, et y désigne par leurs
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noms les treize prieurés dépendant de Fabbaye qui étaient situés dans les diocèses de Toulouse, de Mirepoix, de Lombez et de Pampelune (en Espagne). Nous pensons que ce fat à Toccasion du changement opéré dans la basilique que le pontife accorda un jubilé qui devait être célébré tous les cinq ans dans cette église. L'ouverture en fut faite cette année-là par une procession solenndle à laquelle assistèrent tous les ordres de la ville.
Au mois d'octobre 1526, mourut à Toulouse Pierre de Buxi, évoque de Lavaur. Il était docteur en Tun et l'autre droite chancelier de l'Eglise de Toulouse, chanoine d'ÂIbi et de Lavaur, archiprêtre de l'église de M ôntastruc et notaire apostolique. Il fut élevé à la dignité de prévôt de l'église Saint-Etienne par la mort de Pierre Durosier, et de là il fut appelé à l'évéché de Lavaur. Son inhumation eut lieu dans le choeur de l'église métropolitaine.
Nous ne devons pas oublier dans cette histoire la pieuse légende qui se rattache à la fondation de Notre-Dame de Nazareth à Toulouse. En creusant les fossés de la ville, on avait trouvé, assez près de la porte Montgaillard, une image de la Vierge revêtue d'un éclatant soleil. Il fut dès-lors résolu qu'on construirait une chapelle pour la recevoir, et une femme pieuse offrit sa maison, qui fut changée en oratoire sous le nom de Notre-Dame de Nazareth. Dès le principe il ét^t situé hors des murs. Au treizième siècle, Bertrand de l'Isle laissa trois cents livres pour être employées en rente annuelle de quinze livres à Tentretien d'un prêtre qui devait être attaché au service de la chapelle ; plus tard, elle fut transportée dans l'intérieur de la ville, au lieu où elle est aujourd'hui située. On
reconnaît mesure de Vabres pour son fondateur. Au seizième siècle, Georges d*OImières, président au parlement, obtint des bulles pour Férection de cette église en col- . légiale. Ces bulles furent fulminées par Jean de Pins, ëvèque de Rieux, et Barthélémy Gastellan, archidiacre d'Avignon.
Toutefois le syndic du chapitre de Saint-Etienne fit opposition à la fuhnination de la bulle, et Jean d'Orléans, archevêque de Toulouse, se joignit k lui : en sorte que Térection ne put avoir lien, et que la chapelle demeura sous la dépendance du chapitre de Saint-Etienne, qui y * établit quelques prêtres consorcistes pour la desservir. (Cette chapelle, décorée avec une pieuse magnificence, a été cédée aux missionnaires du diocèse. On y voit le mausolée de M. de Hauteserre; elle garde aussi le tombeau du P. Seranne de la compagnie de Jésus, mort à Toulouse m odeur de sainteté.)
Les funestes erreurs de Luther, qui s'étaient déjà répandues en France dans les principales villes du royaume, commençaient à attirer a son parti les hommes dont l'esprit était exalté par l'orgueil ou le cœur gâté par les passions. Dès le mois d'avril 1521, la faculté de théologie de Paris censura les opinions de l'hérésiarque, et démontra qu'il ne faisait que ressusciter tous le systèmes des hérétiques et des impies des temps passés. Tous les livres que Luther avait déjà composés, entr'autres celui de la Captivité de Babylone, furent analysés par la faculté avec beaucoup de précision et de clarté.
Toulouse ne tarda pas à être infectée des erreurs de Llilher puisque, à peu près à l'époque dont nous écrivons
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rhistoire, le parlement déclara que le jugement des luthériens appartiendrait au tribunal de llnquisition. Les nou^ velles doctrines firent d'abord quelques prosélytes parmi les écoliers de Funiversité dont la tête était facile à s*exal^ ter, et qui, sous le prétexte de liberté, étaient disposés à admettre des systèmes qui la favorisaient outre mesure. Les progrès rapides de Thérésie doivent être bien moins attribués à quelques désordres qui régnaient dans le clergé séculier et régulier qu'à Famour de la nouveauté, surtout quand elle favorise les mauvaises passions, et qu'à Fignorance en matière de religion dans laquelle vivaient la plupart des peuples. Nous avouons toutefois que le clergé n'apportait pas en général assez de zèle à l'instruction des fidèles^ et que beaucoup d'évéques ne résidaient pas assez habituellement dans leur diocèse. Leur absence ne contribua pas peu au progrès de l'erreur. Ainsi, enlSâS^ Jean d'Orléans, au lieu de se trouver à Toulouse au mi^ lieu de son troupeau, assistait au contrat de mariage de Philippe de Savoie et de Charlotte de Longaeville.
L'hérésie ne fut pas le seul fléau qtii menaça cette ville en cette même année, car la peste et la famine s'y joignirent pour désoler les habitants. La charité chrétienne se trouva, par son dévouement, au niveau des calamités : on érigea de toutes parts des hôpitaux temporaires pour recevoir les pestiférés de plusieurs contrées voisines dont le nombre s'était grandement accru ; les orphelins de Fun et de l'autre sexe furent placés à Fhôpital du Taur, situé vis-à-vis de Féglise de ce nom, et ensuite répartis chez les plus riches propriétaires. On eut recours à la prière pour apaiser le ciel; les capitouls firent un vœu aux
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reliques de Téglise de Saint-Saturnin, et offrirent un plan en relief de la ville, de Toulouse, que l'on voit encore aujourd'hui suspendu à la voûte du déambulatoire de l'abside. Les ravages qu'exerça la peste déterminèrent la créa* tion de quelques hôpitaux : c'est ainsi que le prieuré de Sainte-Catherine, situé au Taubourg Saint-Michel, fut changé en un établissement sanitaire pour les hommes atteints de maladies cutanées. Le fléau qui, cette année, désola la ville de Toulouse fut la cause qu'on diminua la taxe de trentecinq mille livres qu'on lui avait imposée pour la rançon du roi, et qu'elle fut réduite à vingt-cinq mille.
L'université de Toulouse était alors une des plus florissantes de l'Europe ; la faculté de droit civil et canonique y avait attiré un nombre prodigieux d'étudiants de diverses nations, entr'autres des Espagnols et des Allemands. Chaque nation avait formé une espèce de confrérie sous la protection d'un saint ou patron particulier; chaque confrérie avait un prieur^ un trésorier, et un orateur. Le. prieur présidait l'assemblée, le trésorier recevait les deniers de l'épargne, et l'orateur, qui était d'ordinaire le plus capable de la troupe, devait prononcer un discours pour la fête du saint ainsi qu'une oraison funèbre aux jours d'enterrement. Ces confréries devinrent suspectes au pariement, qui rendit un arrêt pour les dissoudre. A la vérité, cet arrêt ne reçut pas son exécution, mais il ne laissa pas que de jeter le trouble parmi les écoliers et d'exciter même leur indignation.
L'orateur de la nation française à Toulouse était à cette époque Etienne Dolet, l'un des plus beaux esprits de son
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siècle. Il était né à Oiiéans en 1509 et avait alors une vingtaine d'années. Après avoir fait a Paris de fortes études et suivi avec éclat les cours d'éloquence latine de Nicolas Berauld, où il avait puisé un goût prononcé p<nir cette langue et une véritable passion pour Cicéron, il élaît devenu un de ces redoutables humanistes du seizième siècle tout bardés de latin et terribles dans la disputé. Pendant trois ans il travailla à Padoue sous Simon de Villeneuve qui lui enseigna l'art de polir son style. De Padoue il se rendit à Venise, où il assista aux leçons de Baltista Egnazio qui expliquait les Offices de Cicéron et le livre de Lucrèce. Le prieur, qui présidait à ces études, ne l'empêcha pas d'offrir à Venise quelques sacrifices à l'amour profane. (Il est bon de tout noter dans des hommes de cette trempe.)
Cédant au conseil de l'un de ses amis, qui lui persuadait de se livrer à l'étude du droit, Dolet vint à Toulouse en 1528 ou, plus exactement peut-être, en 1531. Un illustre prélat de l'Eglise de France, l'évoque de Rieux, Jean de Pins, devint son protecteur et lui fournit les fonds nécessaires pour son voyage et son entretien à Toulouse. On suppose que Dolet avait connu ce prélat en Italie. Ayant été choisi pour prononcer le discours d'usage à la tête de la nation française, Dolet stigmatisa en ces termes le parlement et son arrêté : « Notre crime c'est de nous unir, » de vivre ensemble en bons compagnons, de nous secourir » mutuellement comme frères. Dieux immortels! dans » quel pays sommes-nous ? chez quelles gens vivons-nous? » La grossièreté des Scythes, la monstrueuse barbarie des » Gètes ont-elles fait irruption dans cette ville pour que les
» pestes* humaines qui Thabitent haïssent, persécutent) et » proscrivent ainsi la sainte pensée ? »
On voit poindre dans ces derniers mots Vidée luthérienne qui reposait tout entière sur le libre examen privé, au mépris de Tautorité légitime. Dolet continue : « Les
> Turcs laissent les chrétiens s'assembler entr eux sans la
> moindre opposition ; ils ne font violence à personne, ils » souffrent que les étrangers s'organisent à part, et leur » permettent de se régir eux-mêmes d'après une organisa- » tion spéciale. Il n'en est pas ainsi des magistrats toulou- » sains : nous pratiquons avec eux la même religion, nous » vivons soumis au même gouvernement, nous parlons à
> peu près la même langue, eh bien ! toutes ces considé- » rations ne les empêchent pas de nous traiter en étran- » gers, que dis-je i en ennemis. »
Les Gascons voulurent avoir leur revanche : ils chargèrent Pierre Pinache, leur orateur, de répondre à Dolet. Sa harangue fut virulente et appela un nouveau discours de Dolet, qui ne mit plus de bornes à sa colère. Nous verrons plus tard les suites de ces disputes universitaires.
Les progrès du luthéranisme à Toulouse déterminèrent le clergé à resserrer les liens de la discipline ecclésiastique. Le chapitre de l'Eglise métropolitaine publia en 1530 ses nouveaux statuts, qui sont les plus anciens que nous possédions en manuscrit. Ils sont divisés en cent et quelques articles, et ont trait à la manière dont les Offices doivent être célébrés ; il y est aussi question des diverses dignités capitulaires et de la qualité de revenus fixée à chacune d'elles. Ces statuts reçurent l'approbation de Jean d'Orléans, qui publia lui-même les siens l'année suivante. Us
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portent le Utre de Constitutions du diocèse de Toulouse, et sont divisés en quatre-vingt-un chapitres. Le syndic de la ville de Toulouse poursuivit ces constitutions devant le parlement comme abusives an (dusieurs acides ; le syndic signalait les articles des mariages clandestins, ceux des immunités des biens de TEglise, des questeurs, de Finbabileté des recteurs et vicaires à retenir les testaments, du droit des recteurs sur les sépultures et sur la célébration de certaines fêtes. Le parlement, après avoir pris connaissance des articles incriminés, déclara y avoir abus, et condamna le vicaire-général à Famende. Cette compagnie ne se montra pas alors très versée dans le droit canonique, car il est très facile de justifier les articles prétendus abusifs. Cette affaire n'alla pas plus loin, et les statuts de Jean d*Orléans demeurèrent comme un monument de son zèle pour le rétablissement de la discipline. Ils ont été imprimés au dix-septième siècle. — L'archevêque ne se trouvait pas à Toulouse à Vépoque de ce procès ; il avait été obligé d'assister au couronnement d'Eléonore d'Autriche, reine de France.
L'un des plus zélés partisans de Thérésie luthérienne dans le Toulousain et FAgenais, fut iules de TEscalle ou Scala, de Fillustre maison de Véronne et Viceace, qui se mit à propager les erreurs nouvelles, de concert avec Marc-Antoine de La Romée, évéque d'Agen. Leurs prédications furent soutenues par celles de trois religieux augustins nommés frère Tadié, frère Qément de BlancorTerra; le nom du troisième est resté inconnu. Ces malheureux avaient apostasie le catholicisn^ pour devenir les disciples de Luther. C'étaient des hommes très éloquents et qui ga-
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gnërent à la nouvelle doctrine un grand nombre de religieux, de magistrats, de professeurs, de nobles, mais peu de peuple. Deux cordeliers se mirent aussi prédicants. L'un, appelé de Nuptiis, était fortement protégé par la reine de Navarre qui se montrait très favorable au luthéranisme; il prêchait à la Daurade, de compagnie avec Melcbior Flavin, religieux du même ordre. Avertis Fun et Tautre que le parlement allait les faire jeter dans les fers, ils prirent la fuite et eurent le bonheur de revenir à TEglise qu'ils avaient désertée.
Le mal allant toujours croissant, le parlement crut devoir prendre une mesure de rigueur : le 31 mars 1532, jour de Pâques, il rendit un arrêt pour faire citer et comparaître devant l'inquisiteur tous ceux qui étaient convaincus ou suspects de la nouvelle hérésie. Trente-deux furent ajournés à comparaître. Parmi ces derniers, se trouvait Jean de Boissonné, professeur en droit à Tuniversité de Toulouse. U fut condamné à faire amende honorable, à payer mille livres aux pauvres, et à voir sa maison confisquée. L'exécution de la sentence eut lieu sur un échafaud dressé sur la place de Saint-Etienne. Jean Boissonné y parut vêtu d'une robe grise, la tête nue et rasée. L'inquisiteur lui adressa de sa chaire un long discours dans lequel il retraça l'histoire de tous les maux que l'hérésie avait causés en France, et à Toulouse en particulier. Après ce discours, Boissonné, qui par ses talents et ses vertus privées excitait les plus vives sympathies, lut et signa son abjuration, puis reçut dans l'église l'absolution de son hérésie. Au moment où Boissonné faisait ainsi amende honorable, on élevait la grande tour ou clocher de S*-Etieone.
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Ce professeur était très versé dans la science du droil ; ii faisait aussi des vers. On a conservé ceux qu'il composa en l'honneur de dame Clémence-Isaure.
Jean de Gadurque ne fut pas aussi heureux que Boissonné. Celait un clerc licencié en droit de la ville de Limoux. Il fut accusé d'avoir prêché le luthéranisme la veille de la Toussaint, et d'avoir substitué (le jour de la fête du gâteau des rois) à ces paroles : le roi boit, celles-ci : Christ, règne en nos cœurs, paroles qui étaient devenues le signe de ralliement du nouveau parti. Cadurque fut conduit sur la place de Saint-Etienne où, ne voulant pas abjurer ses erreurs, il fut dégradé de la tonsure cléricale et de son tit^e de licencié. Un moine jacobin fut chargé de prononcer le discours ordinaire. Comme il citait un passage de Tépitre dernière de saint Paul à Timothée, Cadurque acheva ce passage en l'appliquant à l'Eglise romaine. On le conduisit ensuite au palais, où il reçut la sentence de mort. En sortant il s'écria : 0 palais d'iniquité ! ô siège d'injustice ! Il fut brûlé vif sur la place du Salin, conservant jusqu'au dernier moment une constance digne d'une meilleure cause. Un cordelier nommé Mârcîi , qui avait été jeté dans les prisons pour avoir prêché le luthéranisme à Castres et dans le ^Rouergue, fut aussi brûlé vif à Toulouse. Vingt-deux personnes furent encore placées sur l'échafaud pour y abjurer les nouvelles erreurs : ce qui montre combien cette doctrine avait fait de progrès rapides à Toulouse.
Le chapitre de Saint-Sernin possédait alors parmi ses chanoines Pierre de Papillon, natif de Bourges. Par son testament, qui porte la date de 1532, il céda sa maison et
ses jardins, situés dans le capitoolat de Saint-Pierre des Gaisines, pour y fonder un collège pour sept coUégiats prêtres, dont deux devaient être du diocèse de Bolirges. Ce collège n'existait déjà plus à Tèpoque de la Révolution française. Nous avons déjà dit que cette maison fut fondée sous le pontificat de Jean d'Orléans .
Ce prélat était à cette époque comblé d'honneurs. A Farchevécbé de Toulouse, il ajouta celui d'Orléans. Il venait d'être nommé tuteur des enfants du duc de Longueville,. . son frère lorsqu'il vint à Toulouse pour recevoir François l!" qui se dirigeait vers Marseille afin de s'y rencontrer avec le pape au sujet du mariage d'Henri d'Orléafis, son second fils, avec Catherine de Médicis, nièce du pontife.
Le roi partit de Fontainebleau au mois d'avril 1533, prit la route de FAuvergne, passa au Puy en Velay, et, traversant le Rouergue et l'Albigeois, s'approcha de Toulouse. Le 29 juillet, le maréchal de Montmorency, en sa quahte de gouverneur du Languedoc, fit son entrée solennelle en cette ville, accompagné^ de Pierre de Clermont-Lodève son lieutenant et de plusieurs autres seigneurs. Le 30, le dauphin François, qui avait couché au château de Balma où se trouvait l'archevêque, fit son entrée, accompagné du duc d'Orléans et de Touraine ses frères; et le 31, arriva aussi le cardinal Duprat, archevêque de Sens, légat du Saint-Siège et chancelier de France, suivi de divers évéques et autres pr^^lats.
L'entrée de François I*^ eut lieu le 1" août. La veille, it se rendit au château de Balma, où il soupa et coucha avec une partie de sa cour. Le roi, étant parti de Balma, se rendit au couvent des Minimes, où l'on avait construit
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pour le recevoir ime longue et large galerie formée de colonnes d'ordre ionique et recouverte en entier d'étoffes d'or et d'azur. Lorsqu'on fut averti de l'arrivée du roi en ce lieu, les capitouls, les nobles tenant fiefs, les bourgems, marchands et autres habitants, partirent en cérémonie de l'hôtel-de-ville et se dirigèrent vers la porte de Pozonville. Là, les nobles et bourgeois se rendirent où était le roi; quant aux capitouls, ils se retirèrent vers la porte Arnaud- Bernard pour y attendre Sa Majesté. La marche royale se déploya ainsi : l^'le clergé séculier et régulier de tonte la ville, avec croix et bannières ; %"" des gens de pied mar-< chant de sept en sept accoutrés de velours, satin et taffetas déchiquetés de couleurs diverses, avec leurs capitaines, porte^nseignes, sergents, fifres et tambourins; S"" des gens à cheval accoutrés de halecrets et heaumes surdorés à Fantique, faudes et manches de taffetas snr nu, portant des branches de laurier ; k" des enfanta de dix ans à cheval, accoutrés de satin, damas et taffetas blanc, portant un écusson aux armes de France et criant à pleine voix : mve k roi! 5*" les basochiens à pied, accoutrés de satin et taffetas ; G"" les facteurs des marchands et bourgeois à pied, accoutrés de velours avec cordons de fil d'argent déchiquetés, tenant un bourdon à la main ; T"" les enfants de la ville à cheval, accoutrés de velours et leurs chevaux housses de même ; 8"" les marchands et bourgeois de la ville à cheval, vêtus de robes de taffetas, satin ou ^damas cramoisi avec pourpoints de même.
Venaient ensuite les nobles, précédés des trompettes et de leur enseigne portée par le baron de Fourquevaux, tous k cheval, portant chamarres de velours bordé d'un
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lizeré d'or et toques de velours à plume blanche ; monsieur le sénéchal et les gentilshommes de la sénéchaussée ; Tunifersité ; la cour du parlement ; les gens de la maison du roi ; les évêques, archevêques et cardinaux, le légat du pape; le grand chancelier Duprat ; le roi.
Dès que le prince fut arrivé à la porte d* Arnaud-Bernard, les capitouis le reçurent un genou à terre, et maître Filboli, run d'entr*eux, lui adressa sa harangue. Le roi s'approcha alors d*un autel revêtu de drap d*or où se trouvaient la croix, les chandeliers et un missel ouvert au canon de la messe ; il fit serment de conserver les privilèges de la ville en ces termes : « Vous avez été tou- » jours loyaux et obéissants à mes prédécesseurs et à » moi, et je Tai bien connu : je vous remercie de vos > bonnes volontés ; et quant à vos privilèges, je vous les » garderai. » Après le serment, le roi se plaça à cheval sous un dais magnifique porté par les capitouis. Il était revêtu d'un habit de pourpre brodé d'or et portant le collier de Tordre. Au devant du dais, Bertrand d'Izalguier portait le pennon de la ville, le grand-maître son bâton, et le grand écuyer Tépée royale. Après le roi, se trouvaient le dauphin, les ducs dX)i1éans et d'Angoulème, le duc de Vendôme, et les autres seigneurs de la cour. On se mit aussitôt en marche. Lorsque le cortège passa sous la porte Arnaud-Bernard, on vît descendre par le moyen d'une machine deux filles qui complimentèrent le roi. Un peu plus loin, à la seconde porte, un jeune garçon du nom de Bernard Nalot, descendant au milieu d'un nuage, présenta au roi les clefs de la ville. On arriva ainsi jusqu'à l'église Saint-Etienne en suivant une ligne droite
depuis Saint-Sernin jusqu'au Salin, et depuis le Salin jusqu'à la métropole.
Le lendemain eut lieu rentrée de la reine Eléonore ; on lui rendit les mêmes honneurs qu*au roi. Elle était dans une litière étoffée de drap d'or, et portail un bonnet de velours noir orné d'une plume blanche. Après elle, marchaient a cheval près de cent dames ou demoiselles. La reine alla descendre à l'archevêché, où le roi était logé.
On offrit au prince et à sa femme des vins exquis, des confitures, et autres rafraîchissements selon Tusage; on présenta ensuite ce qu'on appelait les gratuites : au roi, — vingt-quatre marcs d'or qui devaient être placés sur un surtout triangulaire couronné de deux belles figures représentant l'amour et la crainte, avec des devises analogues ; à la reine, — trois mille écus d'or ; au grand-maître, — deux mille dans une coupe d'or ; à la grande-maîtresse, — une chaîne d'or ; au dauphin, — trois beaux chevaux ; aux ducs d'Orléans et d'Ângoulême, — un beau cheval à chacun ; au légat, — deux mules superbement harnachées et une coupe d'or.
Le 4 août, François I*' tint au parlement son grand lit de justice. Il alla se placer sur le trône qui lui avait été préparé ; à sa droite étaient le dauphin et les ducs d'Orléans et d'Angoulême ses fils, messieurs de Vendôme, de Lorraine et de Nevers, et le sire de Montmorency gouverneur de la province ; à sa gauche étaient les cardinaux Duprat, de Lorraine, d'Orléans archevêque de Toulouse, le premier président du parlement (de Minut); aux pieds du trône étaient Antoine de Rochechouart, sénéchal de Toulouse. On y voyait encore un grand nombre d'archevô-
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ques, d'évèques, de prélats et grands seigneurs de la province. Le roi fil quelques représentations à la compagnie du parlement et reçut quelques remontrances.
Pendant son séjour à Toulouse, le roi donna des lettres-patentes en faveur de l'université de cette ville, et accorda aux vingt docteurs régents de ce corps le pouvoir de créer, ériger et promouvoir à Tordre de chevalerie les personnes qu'ils jugeraient capables de recevoir cette haute distinction. Les professeurs en droit de l'université de Toulouse avaient déjà le privilège d'être faits comtes-èslois après avoir enseigné pendant vingt ans. Biaise Auriol, docteur régent en droit canonique, fut lé premier que l'on créa chevalier. La cérémonie en fut faite avec beaucoup de pompe, le 1" septembre, par Pierre Daffis, qui lui donna l'épée, la ceinture, le baudrier, les éperons dorés, le collier et l'anneau sur lequel étaient gravées les armes du nouvel élu ; ensuite Daffis lui adressa un très-beau discours dans lequel il le loua de ce qu'étant prêtre, il avait été référendaire dans la chancellerie de Toulouse : de ce qu'il avait été le premier qui eût montré qu'on pouvait écrire élégamment en français, genre que personne n'avait connu auparavant.
Avant son départ» François I" alla visiter les reliques qui reposent dans la basilique de Saint-Saturnin, où on lui montra une pierre précieuse nommée le camayeu qui était, dit-on, d'une assez grande valeur. Le 9 août, le roi, étant à Castelnaudary, envoya à Toulouse le président Bertrand! avec des lettres pour les capitouls et pour l'abbé et les chanoines de Saint-Sernin. L'objet de ces lettres était de demander le camayeu pour en faire présent au pape.
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Le chapitre répondit qu'il ne pouvait, sans rautorisation du souverain pontife, rien distraire de son trésor. Cette réponse ayant été transmise au roi, ce prince envoya de Marseille de nouvelles lettres à Bertrandi, avec la dispense du pape. A cette nouvelle, les capitouls s'assemblèrent le 28 octobre, et il fut décidé que trois d'entr'eui, Qapiers, Saint-Félix et de Bauteville, se rendraient à Marseille pour faire au roi de trës-humbles remontrances : ce qui fut exécuté. Mais ces remontrances ne furent pas écoutées ; Téloquence des députés qui firent un rapprochement du camayeu et de Tor de Toulouse échoua devant la volonté du monarque. Trois députés de la ville et un chanoine de Saint-Sernin partirent alors pour Marseille, emportant avec eux le précieux joyau, dont le roi fit hommage au pape.
Aucun mémoire n*est venu jusqu'à nous sur la qualité de cette pierre précieuse que nos historiens prétendent avoir étp offerte à la basilique par Charlemagne. On donnait le nom de camayeu aux onices et sardoines taillées et sur lesquelles on gravait quelques figures.
Nous ignorons si Jean d'Orléans employa sa médiation entre le roi et le chapitre de Saint-Sernin pour la cession de ce bijou; quoi qu'il en soit, il fut alors créé cardinal sous le titre de Saint-Martin des Monts et prit celui de cardinal de Longueville. Il ne jouit pas longtemps de cette nouvelle dignité, car, en se rendant à Marseille pour y saluer le pape qui allait assister au mariage de Catherine de Médicis sa nièce avec Henri duc d'Orléans, il fut pris a Tarascon d'une maladie subite qui l'enleva à l'âge de quarante-deux ans.
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Ce prélat, homme de bonnes mœurs et d'excellente doctrine, gouverna le diocèse de Toulouse pendant trente ans. Toutefois il eut quelques démêlés avec son chapitre au sujet du droit de visite de l'église de Saint-Etienne, droit que le chapitre refusait de reconnaître. Nous possédons, sous la date de 1523, un acte capitulaire sur ce sujet dirigé contre l'archevêque. Il se montra toujours jaloux de son autorité, car, à l'époque de la sécularisation du chapitre de Saint-Etienne qui eut lieu sous son pontificat, les chanoines ayant brisé les poite^ des archives dont Tarchevêque avait la clef, et ayant enlevé le trésor pour couvrir les frais des bulles de sécularisation, le prélat fit évoquer l'affaire au grand conseil du roi. Il eut le soin de se faire réserver la nomination à cinq archidiaconés dans la bulle que le pape Jules rendit pour séculariser le chapitre-
Lorsqu'on 1510 on nomma des juges pour connaître de la mutation de l'état des chanoines, ces juges ayant contesté la juridiction de l'archevêque, il fit rendre des arrêts et inhibitions royaux contre ces délégués. Son zèle pour la discipline ecclésiastique se manifesta par la publication des ordonnances synodales dont nous avons déjà parié, par l'approbation des statuts du chapitre qu'il fit confirmer par Clément YII, avec l'érection de quatre prébendes.
Jean d'Orléans, ayant formé le projet de terminer son église cathédrale, fit élever les contreforts ornementés destinés à soutenir la voûte du chœur, et sur lesquels on voit encore ses armes ainsi que celles du chapitre ; il fit ensuite construire la sacristie capitulaire, ainsi que l'attestent ses écussons, et plusieurs chapelles du chœur furent
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terminées par ses soins. Il fit aussi élever cet énorme pilier destiné à relier le chœur à la nef , qui porte son nom et ses armes. Grâce à ses libéralités, Ténorme cloche de Cardaillac fut refondue ^ et son église fut enrichie d'une magnifique croix processionnelle en vermeil d'un travail "exquis-
On reproche à ce prélat de n'avoir pas résidé habituellement dans son diocèse, et d'avoû* ainsi, sans le vouloir, favorisé par ses absences les progrès du luthéranisme. L'année même de la mort de Jean d'Orléans, le 25 mars 1533, Etienne Dolet le fougueux humaniste fut mis en prison par ordre du juge-mage. Dammartin. On est peu surpris de cet arrêt lorsqu'on lit son dernier discours contre Toulouse, et dans lequel il s'élève avec une incroyable véhémence contre certaines cérémonies du culte catholique usitées dans cette ville. Au second jour de son incarcération, il écrivit à Jacques de Minut, premier président au parlement, pour l'intéresser à son sort. Grâce à la puissante médiation de Jean de Pins, évêque de Rieux, qui écrivit aussi à ce magistrat en faveur du prisonnier, Dolet fut bientôt rendu a la liberté. Il se retira dans une campagne assez éloignée de la ville ; mais, peu corrigé par le malheur, il attaqua ses adversaires avec l'arme de l'épigramme. Ce fut d'abord Pinache, ensuite le juge-mage Dammartin, puis Gratien du Pont seigneur de Drusac. Ce dernier venait de composer un assez curieux ouvrage ayant pour titre les Controverses du sexe masculin et féminin, où il attaquait les femmes : c'est ce qui détermina Dolet à prendre la défense de ce sexe outragé. Drusac, très irrité des hardiesses de l'humaniste, obtint un arrêt du
parlement qui forçait notre jeune savant à quitter le ressort du parlement.
Pendant son séjour à Toulouse, Dolet, à Fexemple de Boissonné, concourut aux jeux floraux : il présetita aux gais mainteneurs dix pièces de poésie latine. La quatrième est un panégyrique de dame Clémence; et parmi les autres pièces sont deux odes en Thonneur de la Vierge. Le poète ne fut pas heureux dans sa poétique offrande. Cette déconvenue n*explique que trop la publication qui fut faite à Lyon, peu de temps après, de ses discours contre Toulouse, à la suite desquels on trouve un grand nombre de lettres de Dolet écrites à plusieurs de ses protecteurs ou amis.
Notre humaniste quitta donc Toulouse sans retour, et se rendit k Paris. Depuis cette époque de sa vie jusqu'à sa mort tragique en 1546, Dolet publia ses Commentaires sur la langue latine, son Recueil de Poésies, et plusieurs autres ouvrages. Il tua, pour cause de légitime défense, un peintre nommé Guillaume Compaing, prit femme à Lyon et eut un ûls qu*il appela Claude. Il se fît imprimeur en cette dernière ville, et consacra malheureusement ses presses à la publication de plusieurs ouvrages destinés à propager Thérésie, tels que les Œuvres de Mélancthon, le livre de rinstitution chrétienne de Calvin, etc. En 1542, Tinquisiteur Matthieu Orry rendit une sentence contre lui : il fut jeté de nouveau dans les fers, dont cependant le délivra la clémence royale, grâce à Tintercession de Pierre du Chastel, évêque de Tulle. Rendu de nouveau à la liberté, bien loin de profiler de ces avertissements durs et sévères qui lui étaient donnés, Dolet publia un dialogue qu'il atlri-
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buait à Platon, intitalé Axiochus, La faculté de théologie, ayant découvert dans cet opuscule quelque proposition opposée au dogme de Timmortalité de Tâme, le parlement de Paris le .condamna à être supplicié sur la place Maubert : ce qui fut exécuté le 3 août 1546.
Sous Tépiscopat de Jean d^Orléans vivaient à Toulouse des hommes justement célèbres : c*étaient le président Jacques de Minut, ami éclairé et protecteur généreux de tous les savants, auquel Egnazio fit hommage de ses trois livres de Romanorum^Prindpibus, et Dolet d'une épitaphe ; — Biaise d'Auriol, dont nous avons déjà parlé. Né à Castelnaudary, il fut chanoine de cette collégiale et enseigna le droit-canon à Toulouse. Il est auteur d*un ouvrage qui a pour titre la Départie d'Amour : des joies et douleurs de Notre-Dame, confessionnal pour savoir les péchés et leurs circonstances. 11 a aussi composé un commentaire sur le sexte des décrétales. — Pierre Bunel, l'un des latinistes les plus élégants de son siècle. Il eut pour protecteurs Emilius Perrot, Lazare Baïf , et Georges de Selve, évoque de Lavaur. Il mourut à Turin, en 1546. Ses lettres ont été plusieurs fois imprimées. Nous possédons Védition de 1687 donnée par Colomiés, avec une préface et des notes de Graverol. — Guillaume Bunel, médecin célèbre, docteur régent en l'université de Toulouse, est auteur d'un ouvrage en vers où il indique les divers remèdes aux maladies pestilentielles.
On place à cette même époque l'existence d'une femme devenue célèbre a Toulouse par sa beauté : c'était Paule de Viguier, surnommée la Belle Paule. Elle était fille d'Antoine de Viguier et de Jacquette de Lancefoc. Elle épousa
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en secondes noces le baron de Fontenille. On affirme qu'elle fut choisie pour haranguer en vers François I" à Toulouse. Après être parvenue a un âge très avancé, elle fût inhumée dans Téglise des Grands-Augustins. La Belle Paule fut chantée par les poètes. Gabriel de Minut sénéchal du Rouergue composa en son honneur un Hvre singulier qu'il intitula la Paulo-graphie, et dans lequel il décrivit dans les plus grands détails la beauté de son héroïne. Il est difficile de soutenir jusqu^au bout la lecture de cet ouvrage, qui fut dédié à Catherine de Médicis, et publié avec toute la candeur possible par la très-digne abbesse de Sainte-Claire, parente de Fauteur.
Gabriel deGrammont succéda, cette même année, à Jean d'Orléans sur le âége de Toulouse. Il était fils de Roger de Grammont, sénéchal d'Aquitaine et d*Eléonore de Béarn. Après avoir fait d'excellentes études, il vécut à la cour de François I'^. Il fut successivement évêque de Couserans, de Tarbes, de Bordeaux, de Poitiers, et cardinal sous le titre de Sainte-Cécile. Jacques Dufour, abbé de la Case-Dieu, prit possession de l'archevêché de Toulouse en son nom. Lorsque Gabriel de Grammont fut nommé à ce siège, il s'était déjà rendu célèbre par d'importantes négociations : ainsi il fut député auprès de Charles-Quint pour traiter de la rançon de François I*' et de ses enfants, et accompagna Marguerite de Navarre à Madrid pour terminer cette affaire. Il fut envoyé par François I* auprès d'Henri VIII roi d'Angleterre pour traiter de l'alliance de ce royaume avec la France, après avoir négocié toutefois en Italie plusieurs affaires importantes qu'il avait conduites toujours à heureuse fin. Nos annales nous ont conservé le récit de la
brillante entrée qu'il fil le 15 mars dans sa ville épiscopale ; les capitouls lui firent présent de plusieurs bassins et vases de vermeil.
Le couvent des cordeliers de la grande observance fut témoin, en 1535, d'une imposante cérémonie. La réforme avait été introduite dans cette maison quelques années auparavant par Alexandre Rousset, commissaire apostolique, Pierre de Saint-André, premier président au parlement, et frère Arnaud de Saint-Félix, provincial. Noble Denis de Belvèse seigneur de la Bastide fit hommage à Téglise des Cordeliers d'un très-bel autel orné de peintures dor et d'azur qui fut solennellement consacré par messire Jean de Lacour, évêque de Syrie in panibus et religieux conventuel. Cet autel et les ornementations qui l'accompagnaient avaient été exécutées par le célèbre sculpteur Nicolas Bachelier, qui, vers la même époque, dota l'église de Saint-Etienne d'une belle sculpture représentant la moit de la Sainte- Vierge.
Sous le rapide épiscopat de Gabriel de Grammont, on tint une assemblée extraordinaire dans l'hôtel du premier président ; trois conseillers, le juge-mage, le viguier et les capitouls s'y trouvèrent. Les gens du roi y parlèrent avec force contre les désordres publics, et particulièrement contre le blasphème, qui était alors très-répandu. On dressa en conséquence des règlements de pohce pour réprimer ces excès, et un blasphémateur fut brûlé vif sur la place Saint-Georges : terrible exécution qui contint dans le devoir ceux qui se Uvraient à ce désordre. L'archevêque mourut au château de Balma le 24 mai 1534, après quelques mois d'épiscopat ; son corps fut transporté dans la
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«faapelle du château de Bidâcbe en Béaru, où se trouvait la sépulture de ses ancêtres.
Le 29 avril, Odet de Chatillon-Coligny, fils de Gaspard de GhatilloQ et de Louise de Montmorency, et frère de Tamiral de Goligny, fut élu pour lui succéder. Il était doué d'un caractère plein de douceur. Après avoir fait de trèsbonnes études, il cultiva avec un égal succès les sciences, les arts et la poésie. Il n'avait que quatorze à quinze ans quand il fut créé archevêque de Toulouse. Â la demande de François I"", le pape Paul III, à l'élection duquel il assista, le créa cardinal-diacre et lui donna l'autorisation de recevoir les ordres sacrés en un jour. Son vicaire-général eut une discussion assez vive aux Etats de Beziers qui se tinrent en octobre, au sujet de la préséance qu'il prétendait obtenir sur celui de l'arcfaevêque de Narbonne.
Peu de jours après l'élection d'Odet de Chalillon, le roi et la reine de Navarre firent leur entrée à Toulouse et reçurent en présent des médailles d'or de la valeur de quatre cents écus (au soleil). On était alors occupé à Toulouse de la formation de la Légion du Languedoc, milice que le roi avait voulu créer dans chaque province. Celle du Languedoc fut placée sous les ordres du sénéchal de Rochechouart. Cette milice ne fut pas de longue durée. La guerre ayant éclaté de nouveau entre François I*' et Charles-Quint, celui-ci projeta de faire une irruption dans la Provence : c'est ce qui détermina le roi à mettre garnison dans plusieurs villes du Languedoc. Après qu'on eut fortifié Toulouse, on y fit l'inspection de tous les habitants capables de porter les armes, et leur nombre s'éleva à 35,000. Les suites de cette guerre n'appartiennent pas à notre histoire.
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Le brait des combats n'empêcha pas les maintenours des jeux floraux de distribuer en cette année 1535 leurs prix ordinaires ; mais les écoliers de Tuniversité se montrèrent si turbulents à la séance que Ton fut obligé de renforcer la milice urbaine qu'on appelait le guet. Peut-être ce concours extraordinaire d'écoliers s'explique+il par la présence du poète Jean Voulté, originaire de Champagne, qui Tint se plaindre de ce qu'on lui avait refusé un prix qu'il croyait avoir mérité. C'est dans ces vers qu'il adresse à dame Clémence que l'on trouve un nouveau témoignage en faveur de l'existence de cette femme.
Le parlement de Toulouse perdit, l'année 1536, Jacques de Minut, son premier président. Il se faisait bravement descendre du célèbre Minutius Félix, apologiste de la religion au second siècle. Son corps fut inhumé dans l'oratoire de Nazareth, devant l'autel principal. Le président Jean Bertrandi fut élu pour lui succéder. Il avait d'abord été capitoul, ensuite deuxième président, et enfin premier président k l'époque que nous parcourons. Plus tard il occupa la même charge au parlement de Paris, ainsi que celle de garde-des-sceaux. Devenu veuf, il embrassa l'état ecclésiastique, fut créé évêque de Comminges, archevêque de Sens et cardinal. Il mourut à Venise en 1560.
A côté de la belle figure de Jean Bertrandi, nous trouvons, par un affligeant contraste, celle de Jean d'Ulmo, quatrième président au pariement de Toulouse. Ce magistrat se trouva grandement compromis dans un procès déféré au parlement ; ce procès existait entre plusieurs liabitants de Montauban, parmi lesquels se trouvait un riche marchand nommé Martel. D'Ulmo fit d'abord dresser par un commis
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greffier une commission qui n'avait point été délibérée, ce qui constituait un acte faux. En travaillant à cette commission, il vola les parties intéressées. Martel ayant acquis la certitude de ces &its, porta plainte au conseil du roi, qui nomma des commissaires pour l'instruction de cette afiEaire. D'Ulmo fut condamné, par suite de la procédure instruite contre lui, à être dégradé en pleine audience, ensuite flétri sur la place des exécutions, et enfin renfermé pour le reste de ses jours dans un château-fort.
Conformément à cette sentence, d'Ulmo, qu'on avait conduit à Paris, fut ramené à Toulouse et, les plaids tenans, dégradé, porté sur un tombereau à la place Saint-Georges, attaché au pilori, et marqué au front d'un fer rouge ; il fut enfin renfermé au château de Saint-Malo en Bretagne, où il mourut par la corde, s'étant, dit-on, rendu coupable de quelqu'autre faux. On peut lire dans les annales tous les discours et remontrances qui lui furent adressés en cette circonstance par l'avocat-général. L'hôtel d'Ulmo était situé dans la rue Ninau ; il se distinguait par une élégante toureUe.
Le luthéranisme faisait toujours de grands progrès en France : ce qui détermina François F à rendre, en 1538, un nouvel édit contre les protestants beaucoup plus sévère que tous ceux qui l'avaient précédé. Toulouse, à cette époque, fut témoin d*un déplorable scandale. Frère Louis Rochette, de l'ordre de saint Dominique, théologien habile et inquisiteur de la foi , s'étant laissé gagner par la nouvelle hérésie, fut appelé devant les grands-vicaires de monseigneur Odet de Chatillon qui, après l'avoir reconnu coupable, le livrèrent au bras séculier. Il fut condamné par le
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parlement i être dégfadé et brûlé vif. L'abbé de S*-Semin, Laurent Lallemand, présida k la dégradation, qui eut lien le 10 septembre sur un écbafand dressé sur la place Saint- Etienne. Après avoir fait monter Rochette sur un tombereau, on lui fit parcourir les principales rues de la ville ; une fois arrivé à la place du Salin, il y fut brûlé vif, à trois heures de l'après-midi. Théodore de Bèze, dans son- Histoire ecclésiastique, prétend que Louis de Rochette ne fut pas condamné pour avoir embrassé l'hérésie, mais pour s'être rendu coupable de quelque crime contre nature. Il est difficile de connaître sur ce fait la vérité historique.' Ce qu'il y a de certain, c'est que, peu de temps avant sa condamnation, Louis de Rochette avait été envoyé à Âgen pour y poursuivre Thérésie avec Geoffroy de la Chassaigne, conseiller au parlement de Bordeaux; qu'il s'était acquitté avec le plus grand zèle de son ofiice d'inquisiteur, et que, peu de jours avant de rentrer à Toulouse, il avait reçu l'abjuration de Raymond Duluc, conseiller en la sénéchaussée d'Âgen. Il avait auprès de lui un vicaire nommé Richard qui subit le même 'sort. Percin, dans son Histoire des Dominicains de Toulouse, se contente de dire que Rochette fut malheureux dans son office d'inquisiteur, plus malheureux encore par la manière dont il termina sa vie.
L'année même de l'exécution du F. Rochette, furent publiés quelques ouvrages liturgiques et canoniques : nous voulons parler du bréviaire, du missel et du rituel, dont nous possédons encore de vieux exemplaires. On remarque dans le rituel une instruction en langue romane que les pasteurs adressaient au peuple pendant la grand'messe ;
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elle commence ainsi : « Honorables senhors et donas : en > aquesta sepmana ya festas laqualas sancta mayre Gleysa » vos manda et fa asaber : Premierament, doma que sera » dylus, per boun cap de sepmana, sancta mayre Gleysa » solepnisara la festa d*un grand amie de nostre Senbor, » de monseignor sanct Peyre... » Viennent ensuite les prières publiques pour tous les ordres de la société civile et religieuse.
Pendant que Tarchevêque Odet de Chatillon siégeait au parlement de Paris, l^ministration.de son diocèse était confiée à Guillaume Piati, dominicain évêque de Tarse, avec le titre de suffragant. Nous croyons que ce fut ce prélat qui consacra Téglise de Garidecb, et non levêque dé Lavaur, comme paraissent Fattester. les archives de cette commanderie; il fit aussi publier les décisions de Corserius commentées par Aufrery, ainsi que le^ ordonnances des fois de France sur les matières bénéficiales qui avaient été mises en ordre par Charles de Grucalius, professeur en l'un et l'autre droit à l'université de Toulouse. .
En 1ÎJ38, rassemblée des Jeux floraux entendit le poète Pierre Trassebot faire Téloge public de dame Clémence. Ce fut lui qui présenta aux mainteneurs une très-humble requête des dames toulousaines par laquelle elles demandaient à être admises à concourir pour les prix, suivant la volonté de la restrauratrîce des jeux. Cette requête, en vers romans, fut, dit-on, composée par ces dames, dont les noms au nombre de sept sont venus jusqu'à nous. D'habiles critiques ont néanmoins avancé que ces noms étaient purement allégoriques.
Le sanctuaire des muses fut un peu plus respecté à cette
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époque que celui de la science, car dos auuales nous apprennent qu'en 1539 il y eut un effroyable tumulte aux écoles de l'université. Les écoliers se rendaient en armes aux leçons des professeurs : or, Fun de ces jeunes gens nommé Salyat se permit de tirer Fépée en pleine classe. Le parlement fut saisi de cette affaire : Tépée fut clouée à un des murs de Tuniverslté. Mais les écoliers, s*étant réunis, détachèrent cette épée et mirent le feu«à Tune des écoles. On arrêta cent vingt de ces émeutiers, et un seul appelé Trilletou fut pendu pour servir d'exemple à tous les autres.
Le parlement ne laissait aucun crime impuni : en 1542, Pierre de Gaillard, conseiller clerc en cette haute cour, fut condanmé à être dégradé et k faire amende honorable à genoux, la torche en main, comme convaincu d'avoir commis plusieurs faux dans l'exercice de sa charge. L'arrêt fut exécuté le huitième jour de mai. Jean de Masencal était alors premier président. Ce magistrat, l'un des plus célèbres du seizième siècle, d'une ancienne famille du Bazadois, avait été successivement conseiller et avocat général. Pierre de Gaillard, quelques années après, fut rétabli dans tous ses titres et dignités. La cour souveraine de Toulouse s'immisçait assez facilement dans les affaires de l'Eglise, puisqu'au mois de novembre elle rendit un arrêt portant défense à tous les curés de son ressort de rien exiger pour l'administration des sacrements, sépultures, sonnerie des cloches, et autres cérémonies ecclésiastiques.
(Met de Chatillon était toujours absent de sa ville épiscopalc ; il se reposait des soins de son vaste diocèse nonseulement sur Piati son suffragant, mais encore sur Fran-
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çois d'Ârjac, son vicaire-général, qae nous voyons paraître aux Etats d'Albi, k ceux de Beziers où il fut question de la création du canal des Deux-Mers, et à ceux de Lavaur qu*il présida.
La trêve qui avait été conclue entre Charles-Quint et François I"^ fut rompue. Le roi se rendit à Lyon et mit sur pied deux grandes armées : la première, formée de 38,000 hommes, devait se porter vers le Luxembourg, sous les ordres du duc d'Orléans ; la seconde, plus considérable, devait agir du côté des Pyrénées, sous les ordres du dauphin et du sire de Montpezat, lieutenant du Languedoc, et chercher à reconquérir le Roussillon. Le siège fut mis devant Perpignan, qui fut vaillamment défendu. Cette expédition des troupes royales n'eut ainsi aucun succès. Après la levée du si^e de Perpignan, le roi se rendit à Beziers où se tenaient les Etats : de la il se rendit à Toulouse, où il ne coucha qu'une nuit, et se dirigea vers La Rochelle pour en châtier les habitants qui s'étaient révoltés*
Pendant que Frsmçois I^ était ai Toulouse, le vicaire-général de l'archevêque, un capitoul et le syndic de la sénéchaussée de cettà ville se rendirent auprès de lui afin d'avoir ia réponse au cahier des doléances que présentaient les Etats de Beziers. Nous ignorons l'issue de cette députation. Dans le désir d'augmenter ses ressources pour la guerre, le roi créa et vendit plusieurs charges dans les cours souveraines ; ainsi, par des lettres données à Fontainebleau au mois de mars 1543, il créa vingt nouveaux conseillers au parlement de Toulouse, moitié clercs, moitié laïques, qui furent bientôt réduits à quinze ; il créa encore une nouvelle charge de président et une chambre des requêtes. Le 3
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mai, il rendit un édit pour obliger les habitants des viHes closes du royaume à fournir des subsides pour la guerre. La sénéchaussée de Toulouse fut taxée pour 108,000 liv. La crainte où Ton était que les Espagnols ne fissent quelque tentative du côté du Razës porta les habitants de Toulouse à se jeter dans Carcassonne au nombre de miUo hommes sous les ordres du baron de Fourquevaux, et à fortifier leur ville. Ces marches et ces défenses devinrent inutiles par le nouveau traité de paix qui fut conclu Tan-^ née suivante, à Grespi, entre 1- empereur et le roi.
Tranquille du côté de la guerre , Toulouse s'occupa à jeter les fondements de la première pile d'un grand pont sur la Garonne. Le suffragant die l'archevêque de Toulouse Piati bénit solennellement la première pierre au milieu de tout le clergé de la ville, et cette pierre fut posée dans les fondements par Jean de Masencal. L'administration municipale donnait en même temps tous ses soins à une affaire d'une tout autre importance : c'était la guerre qu'elle avait déclarée aux voleurs qui infestaient cette grande cité ; et comme il était nécessaire de donner un terrible exemple, on fit construire une énorme machine où se trouvaient adaptées dix-huit potences. Cette machine était promenée dans toutes les rues de la ville, et à chaque place on pendait un malfaiteur, jusqu'au nombre de dix-huit. Il parait que ces brigands ne se contentaient pas de voler, ils étaient de plus accusés d'avoir jeté du poison dans les fontaines publiques.
Au commencement de janvier 1545 le parlement de Toulouse enregistra le traité de Crespi ; mais les gens du roi firent une protestation contre quelques articles. Cette même
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anifëe, Toulouse fut visitée par plusieurs fléaux : le 22 avril, un tremblement de terre jeta tous les habitants dans la stupeur, la famine désola la cité, et on dépensait plus de mille livres par jour pour donner du pain aux pauvres. A la suite de la famine, la peste exerça ses ravages ; deux eapitouls, Jacques Gharentus et Jean de Pins, eu moururent. Les magistrats firent construire cette année-là une chapelle dans Tbôtel-de -ville et élever la fontaine que Ton voit encore à la place Saint-Etienne.
Les Etats ordinaires du Languedoc, qui s'étaient assemblés à Montpellier le 26 novembre, furent présidés par le comte d'Enghien, Le vicaire-général de Tarcbevéque de Toulouse fut chargé de porter le cahier des doléances à la cour. Âpres avoir assisté à ces Etats, le comte se rendit à Toulouse où il fit son entrée solennelle le 15 décembre. Il mourut le 23 février de Tannée suivante. Le roi François I"^ mourut aussi peu de jours après Qe 23 mars), au château de Rambouillet. Le dauphin monta alors sur le trône sous le nom de Henri H. Le parlement de Toulouse fut instruit de la mort de ce prince par des lettres de cachet du nouveau roi : aussitôt il forma une députation composée de présidents, de conseillers, de capitouls et autres seigneurs pour aller complimenter le prince et lui demander la confirmation des privilèges de la ville. On fit à Toulouse de ^lendides funéraiUes à François F ; on en trouve le détail très circonstancié dans nos annales. Le connétable de Montmorency, qui avait été disgracié par le feu roi, fut rétabli par Henri U dans sa place de gouverneur du Languedoc, et fit son entrée à Toulouse le 13 octobre.
Ce (ut sous le règne de Fran^jois I" que Thérésie proies-
tante prit naissance en France et se développa avec une effrayante rapidité. Ni les édits royaux ni les rigueurs dont on usa envers les sectaires ne purent en arrêter le progrès. Il ne faut en chercher d'autre cause que dans la corruption générale des mœurs et dans Tignorance en matiàre de religion. On vit s'affaiblir insensiblement la discipline ecclésiastique; à Toulouse, le chapitre de là cathédrale et de Saint-Saturnin se sécularisèrent ainsi qu'un certain nombre d'abbayes. L'hérésie commença à se répandre en cette ville par quelques professeurs, et surtout par les élèves de la faculté de droit, qui assistaient au nombre de plus de quatre mille aux leçons du docte Coras, dont la fin fut si tragique. Rien n'égalait l'insolence de cette turbulente jeunesse. La veille de Noël 1548, un luthérien nommé Martino entra dans l'église de Saint-Pierre pendant le sermon, portant un chat embroché et s'écriant : catm natus t Le jeudi saint, une foule d'écoliers protestants se rendirent dans l'église des Tierçaires; et comme, selon les mœurs du temps, on faisait une procession où les pénitents prenaient en public la discipline, ces écoUers accompagnaient cette procession en jetant des cris forcenés et en accablant d'injures les fidèles. Martine fut, il est vrai, fustigé et les écoliers jetés dans les fers, mais ces châtiments n'arrêtaient pas le cours de l'hérésie.
La peste qui exerçait alors ses ravages a Toulouse porta les capitouls à travailler à l'assainissement de la ville ; à cet effet, on détruisit tous les avant-corps des maisons, ce qui rendait les rues étroites, obscures et malsaines. Trè^ peu d édifices étaient bâtis en briques ; les constructions étaient faites on bois et tuiles crues, ce qui favorisait les
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incendies. La ville prit donc alors une face nouvelle, et Ton vit s'élever ces vastes demeures surmontées de tours rondes ou carrées dont nous apercevons encore aujourd'hui les restes.
Une affaire déplorable et scandaleuse vint à cette époque jeter la division entre le parlement et le clergé de Toulouse. Un prêtre nommé Bec fut accusé d'entretenir des relations criminelles avec une jeune veuve dans la même maison qu'il habitait. Ayant eu connaissance de ce scandale que peut-être les vicaires-généraux étaient impuissants à corriger, le viguier de Toulouse déféra cette affaire au parlement, qui par un arrêt confisqua la maison et renvoya Fecclésiastique devant ses juges ordinaires. Dans cet arrêt, la cour enjoignait à tous les archevêques et évêques du ressort de veiller avec soin à la répression de pareils scandales. Le clergé traita cet arrêt d'abusif, et l'un de ses membres publia un libelle contre le parlement sous ce titre : Arrest du parlement de Toulouse très profitable. Jean de Lettes, évêque de Montauban, qui était intéressé en cause, se donna des soins pour faire casser cet arrêt par le conseil du roi : ce qui fut exécuté à Âmboise. Jean de Masencal, indigné de la conduite du conseil, publia, en ré* ponse au libelle, un écrit sous ce titre : De la vérité et autorité de la justice du roi en la correction et punition des maléfices. Dans cet écrit il dévoilait de grands désordres dans le clergé, et n'épargnait pas même les prélats.
Les parties intéressées agirent avec tant d'adresse auprès de la Sorbonne, que cette faculté censura l'écrit du président, n est facile de concevoir combien cette censure lancée contre un homme tel que Jean do Masencal entretint
la division entre le clergé et la cour. Du reste, il est fâcheux pour le clergé de la province d'avoir eu pour solliciteur dans cette affaire un homme tel que Jean de Lettes, car voict en quels termes les savants auteurs de la Gaule ehrélimm terminent Farticle qu'ils lui ont consacré dans leur excellent ouvrage : < Il se démit de Tévêché de Montauban en > faveur de son neveu Jacques des Prés, et fut nommé pre- » mier abbé commandataire de Loc-Dieu. Après avoir dé- » pouillé son église de ses biens et de tous ses ornements, » il se retira dans sa châtellenie de Beauvais près de Mon- » tauban, non pour y mener a la campagne une vie pai- » sible, mais pour s'y livrer avec plus de facilité à son » libertinage, car il y épousa publiquement Àrmande de » Durfort de Boissiëre, se rendit ensuite à Genève, où il » apostasia, et mourut, laissant ses domaines à cette mal- » heureuse femme et aux trois enfants qu'il en avait eus. » Faut-il s'étonner que l'Eglise de Jésus-Christ ayant à sa tète de semblables évéques, l'hérésie ait fait d'aussi rapides conquêtes? Toulouse ne fut guère plus heureuse avec son archevêque.
Le président de Masencal envoya à Paris son gendre Pierre du Bourg pour solliciter la radiation de la césure, et ne put l'obtenir ; il garda alors le silence et\ accepta cette humiliation en philosophe chrétien. Ce magistrat mourut en 1562.
Guillaume Piati, suffragant d'Odet de Chatillon et évêque de Tarse, mourut aussi à Toulouse le 17 février 1550. Ce prélat, de l'ordre de saint Dominique, était très pieux. Il composa une messe pour célébrer par une fête particulière Tagonie du Sauveur ; il favorisa et chercha à étendre la
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déTOtion au saint nom de Jésus. Sous ses auspices, les dominicains firent ériger dans leur église par le pape Paul III la célèbre confrérie du S'-Sacrement, destinée à arrêter les progrès de Vhérésie. Alexandre Perault, chanoine de Saint-Etienne et vicaire-général de Tarchevëque, publia la bulle du pape. Peu de temps avant sa mort, Guillaume Piati consacra Téglise des dominicains de Fanjaux quMI dédia au saint patriarche.
Après la mort de son sutfragant, Odet de Chatillon, du consentement d*Henri II, permuta entre les mains du pape, avec Antoine Sanguin de Livry cardinal de Meudon, Farcbevèché de Toulouse contre Fabbaye de Fleury, avec clause de retour ; mais ce dernier n*obtint ses bulles que. quelques années plus tard. — Nous verrons bientôt reparaître le cardinal de Chatillon sur le siège de Toulouse. Pendant la première période d'Odet de Chatillon, la cvra de Saint-Etienne fut unie au chapitre ; le curé portant le titre de chapelain majeur — capellanus major — ou d*archiprêtre.
Arrivés maintenant, dans notre histoire, à la moitié du seizième siècle, nous allons retracer les faits qui se rattachent à Texistence des abbayes du Toulousain et des év6chés de Rieux et de Comminges.
Au commencement du siècle que nous parcourons, Pierre Du Rozier occupait la prévôté de Saint-Etienne, de laquelle il se démit en 1514 en faveur de Pierre Buxi. Celui-ci était docteur en Tun et Tautre droit, chancelier de TEglise de Toulouse, chanoine d'Albi et de Lavaur, archiprètre deMontastruc. II eut pour vicaire-général Jean de Buxi, chanoine et archidiacre de Montesquieu. Pierre, ayant été fait évê-
qae de Lavaur, se démit de la prévôté en faveur de François de Tournon. Cette cession ne fat connue du chapitre qu*a sa mort, qui eut lieu k Toulouse en 1526. Les chanoines élurent alors pour lui succéder Etienne Sacaley, conseiller au parlement, président aux enquêtes, chanoine et archidiacre majeur. Sélection fut confirmée par Jean d'Illiers, vicaire-général de Farchevêque, en vertu d'une commission du pape. Mais François de Tournon, archevêque de Bourges, ne voulut pas renoncer à ses droits. L'affaire fut portée au grand conseil, qui décida en sa faveur. Peu de temps après, François donna sa démission au pape. La prévôté fut alors remplie par Louis comte de Canossa, évoque de Bayeux. Il en prit possession en 1531 par Antoine de Noailles, son procureur, et mourut Tannée suivante à Vérone. Averti de la mort de Louis par Pierre Dufaur, président aux requêtes, François de Tournon se remit sur les rangs et fuf élu prévôt de nouveau ; mais il recéda cette dignité à Jacques de Castelnau de Clermont- Lodève, qui occupait la prévôté en 1550.
L'abbaye de Saint-Saturnin était encore gouvernée, en 1520, par Laurent Lallemand, évêque et prince de Grenoble. Son neveu, du même nom que lui, lui succéda. Ce dernier eut un procès avec le parlement au sujet de la sécularisation du chapitre de son église, qu'il favorisa auprès de Qément VIL Nous avons parlé de cet abbé à l'occasion de la dégradation du dominicain Rochette.
Jean de Morlon, prieur de la Daurade, mourut en 1522. Jean de Narbonne, abbé de Moissac, lui succéda, après avoir triomphé de Bérald, son rival. Sous son gouvernement, Etienne Goutils, prieur de Saint-Martin-des-Champs,
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vint à la Daurade pour y entreprendre la réforme du monastère, mais ce fat en vain. Jean de Narbonne eut à soutenir un long procès avec frère Roger de Naples, qui cherchait, contre les droits du prieur, à rendre la place de prieur claustral perpétuelle par Fautorité du parlement. Jean céda le prieuré de la Daurade à son frère Bertrand, qui le resigna à son tour à Antoine d'Oriole, abbé de la Garde-Dieu et prieur de Saint-Pierre de Bridon. Ce dernier mourut dans son monastère, en 1542, plein de jours et de mérites. Il fut inhumé au milieu du chapitre, et Ton grava sur sa tombe une épitaphe qui retrace sa vie.
Gui du Val qui était Picard de nation et moine de la Daurade, succéda à d*Oriole. Il dut sa nomination à Tentremise d'Imbert de Saveuses, maître des requêtes, qui sut écarter ses compétiteurs Bertrand de Narbonne et Gilbert du Mans moine de cette maison. Au milieu de toutes ces disputes, les religieux de la Daurade se trouvaient privés des choses nécessaires a la vie et se virent obligés d^avoir recours à l'intervention royale. Antoine de Saveuses succéda à Gui du Val.
L'abbaye du Mas-Garnier fut très-malheureuse au commencement du seizième siècle par les vexations de toute espèce que lui fit éprouver Antoine de Garaman, son abbé. Ce personnnage avait été prieur majeur de la cathédrale de Montauban, abbé de Moissac et de Bonne- Combe. Après avoir écarté ses compétiteurs Jean cardinal de Saint-Sabin et Jean de Castanha, religieux de Montmajour, il alla s'emparer de l'abbaye, malgré l'opposition des moines : sa mort vint les délivrer. Après lui, Gilles du Falgar, qui d'abord avait été infirmier du monas-
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1ère et se trouvait alors prieur de Borell, obtint la dignité abbatiale. Il eut pour rival Mathurin de Balaguier, moine d'Orléans, qui ne craignit pas d'entreprendre le voyage de Rome pour solliciter ce titre. Mais Gilles lui prouva que les lettres du pape Jules II qu'il avait obtenues ne pouvaient être exécutées. Devenu paisible possesseur de son abbaye, Gilles s'appliqua à orner son église et à rendre heureux par tous les moyens possibles le troupeau qu'il gouvernait. Il abdiqua en faveur de Jean de Toucbebeuf.
Les cbanoinesses de Saint-Saturnin furent gouvernées dans cette période par Antoinette de Gasarte, Antoinette de Nogaret, Guyonie Dangereuse;— celles de Saint-Pantaléon, par Jeanne de Berailh et Marie de Berailh. — L'abbayo d'Eaunes eut pour abbés Jacques de Denise, François d'Anthin et Antoine d'Anthin. — La famille de Narbonne se tint en possession de l'abbaye de Grand-Selve. Louis de Narbonne, en 1514, orna l'église et le cloître de peintures, et Gabriel de Narbonne et Georges la gouvernèrent successivement. Jean de Bertrand) chancelier de Toulouse, 'et Pierre de Bertrand, son frère, étaient abbés de Grand- Selve en 1549 et 1550. — L'abbaye de Salenques ne compte que trois abbesses dans cette période : Agnès de Montant, Eléonore de La Roque, Anne de Saint-EUenne. — A la Capelette, nous trouvons Bernard des Moulins, Jean de Senhac, Jean Capergin et Jacques Bemin, président aux enquêtes et premier abbé commandataire de cette maison. — Sainte-Claire de Toulouse nous donne Marie de Grave, Fromentie de Gaussade et Charlotte de Minut, sœur de Gabriel de Minut baron de Castera, la dernière abbesse connue.
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Nous avons laissé Hugues d'Espagne sur le siège de Rieui. Il mourut en 1500, et fut inhumé dans Téglise paroissiale de Lettes, près de Montpellier. Après sa mort, les chanoines se divisèrent en deux camps pour Télection de son successeur; les uns élurent Bertrand d'Espagne, et les autres Pierre de Laporte. Bertrand vint à mourir : alors ceux qui lavaient élu donnèrent leurs voix à Gaspard de Hontpezat; maïs le pape dirima le différend en nommant à révêché de Rieux Pierre-Louis de Voltan. Ce prélat signala son épiscopat par la construction de la chapelle de S'^^Marie delaMourère, celle du palais épiscopal qui venait d'être la proie des flammes, et la publication de statuts synodaux. Â Jean de Voltan succéda Gaspard de Montpezat, qui déjà avait disputé cet évêché. Montpezat était issu d'une illustre famille d'Aquitaine ; il avait été religieux de Bonnefont et abbé de l'Escale-Dieu. Nous croyons qu'il eut pour suffragant Louis d'Auvelle, conseiller au parlement de Paris, qui dans quelques titres est désigné comme évéque de Rieux. Quoi qu'il en soit, Jean évéque de Callopolis in partibus, administrait ce diocèse en {S22, ainsi qu'il conste des statuts de la communauté des prêtres de Cazères et des registres de l'église de Saint-Sulpice de Lézat.
A Gaspard de Montpezat succéda, sur le siège de Rieux, le célèbre Jean de Pins dont nous avons déjà parlé. Tout entier aux soins du troupeau qui lui était confié, ce prélat érigea en collégiale l'église de Saint- Ybars, et s'appliqua à la visite générale de son diocèse. S'étant rendu à Toulouse en 1537 pour quelques affaires, il alla loger au couvent des Grands-Carmes et y mourut le 1" novembre. Il fut inhumé dans la chapelle de la Présentation, cinq jours après
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sa mort. Il avait gouverné pendant quatre ans seulement TEglise de Rieux, qui devint inconsolable de la perte d'un aussi grand homme. Les muses latines le célébrèrent dans d'élégantes épitaphes ; Toulouse plaça son buste au rang de ses illustres; Erasme et Sadolet le louèrent à renvt. On trouve ses lettres et des détails très curieux sur sa vie dans un ouvrage imprimé à Avignon en 1748 sous le titre de Mémoire pour servir à Véloge historique de Jean de Pins, évêque de Rieux, Son successeur fut François Du Bourg, fils d'Antoine chancelier de France. Celui-ci donna des statuts à son diocèse. Il occupait le siège de Rieux en 1330.
L'abbaye de Feuillants était gouvernée en 1503 par Pierre de la Trilhe (de Trilhia), famille établie à Toulouse dans la rue qui porte ce nom, près des Hauts-Muratis. Elle le fut ensuite par Pierre de Caupène ; Bernard d'Ornesan, évêque de Lombez et abbé de Nisors ; Charles de Crussol, fils de Charles baron de Crussol et vicomte d'Uzès grand panetier de France. Il ne put obtenir ses bulles; on lui donna pour économe Jean Bourgoin. — Pierre du Taur devint abbé de Calers, en 1505. — On trouve ensuite Maffroi de Villars et Georges d'Armagnac. Ce fut sous le gouvernement de ce dernier que le monastère de Calers fut détruit. Tous ses monuments écrits et ses trésors périrent.
Gaillard de l'Hôpital, natif d'Oleron, chanoine de Comminges, fut élu pour succéder sur ce siège à Jean-Baptiste de Foix. Il eut pour compétiteur Amanieu cardinal de Lebret, qui avait obtenu Tévêché par nomination papale. Des actes authentiques indiquent que jusqu'à l'année 1509 ces
lieux prélats exercèrent simultanément les fonctions cpiscopales : ainsi Amanieu se donne le titre d evèque commandataîre de Comminges dans un acte qui fut souscrit par Bertrand d'Espagne, son vicaire-général; en 1507, il cède réglise de Saint-Laurent que déjà Gaillard avait cédée à Guillaume tf Albezan, prêtre de Tordre de Fontevrault. D'un autre côté, en 1507, Guillaume de Vaudetar, conseiller au parlement de Paris, se rendit à Comminges par commission royale et mit Gaillard de THôpital en possession de Tévêché par la remise solennelle des clefs de la ville. Ce dernier prélat dressa des statuts pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique dans son diocèse, et fit don a son chapitre de quelques maisons et jardins qu'il possédait dans la ville. Après sa mort, le siège demeura vacant pendant quatre années.
Gaillard de l'Hôpital eut pour successeur Jean de Mauléon de Soûle, l'un des plus illustres prélats de cette Eglise. Celui-ci eut pour compétiteur Louis Douville, qui fut nomïné par François I*' ; mais ce dernier se désista de ses prétentions moyennant une pension annuelle sur la manse épiscopale. Jean de Mauléon enrichit son église de plusieurs monuments qu*on admire encore aujourd'hui : il fit construire le chœur, véritable chef-d'œuvre d'architecture de la renaissance, l'orgue, les grandes verrières qui entouraient l'abside, l'allée voûtée du cloître, les chapelles de Notre-Dame et de Sainte-Marguerite, le splendide mausolée d'Hugues de Chatillon. Il gouverna l'église de Comminges pendant trente-deux ans et posséda en même temps l'abbaye de Bonnefont, dont il restaura le cloître. Après avoir lait construire le palais épiscopal de Saint-Gaudens,
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il mourut, mement regretté des pauvres dont il était le père. Il fut enseveli dans l'église de Valcabrëre.
L*abbaye de Bonnefont fut gouvernée, dans la première moitié du seizième siècle, par Jean de Mauléon dont nous venons de parler ; — celle de Nizors, par Bernard d'Omesan, évèque de Lombez; — celle de Fabas, par Marie et Anne de Benque. Celle-ci se démit en faveur de Jeanne de Mauléon. Il était réservé à cette illustre abbesse de recevoir et de voir mourir dans son monastère la sainte fille de Garaison dont nous allons retracer en peu de mots Fintéressante histoire.
Au commencement du seizième siècle, vivait, dans une obscure vallée du diocèse d'Auch appelée Garaison, une jeune fille nommée Anglèse de Sagazan^ dont Toccupation était de garder quelques moutons auprès de la chaumière de son père. Non loin de cette chaumière se trouvait une fontaine ombragée par une aubépine. Un jour que la jeune fille mangeait son pain à Tombre de cet arbuste, un personnage mystérieux lui apparut sous la forme d*une femme pleine de grâce et de majesté. Ce personnage se fit connaître à la bergère pour la mère de Dieu et lui déclara qu'elle désirait que Ton bâttt une chapelle en son honneur en ce lieu même, et qu'elle avertit son père de manifester ses desseins aux habitants de la petite ville de Mauléon. Ses ordres forent exécutés; mais les habitants ne cédèrent à l'invitation qu'après plusieurs autres apparitions et d'éclatants miracles. On commença donc à élever une croix auprès de la fontaine, pois une modeste chapelle y fut construite. Ce lieu devint célèbre dans toute la contrée par les bénédictions sans nombre qu'y répandit la mère de
Dieu. DaDs la suite des temps, sous Tépiscopal de Léonard de Trapes> archevêque d'Auch, Pierre Geoffroy décora la nouvelle église qui avait été bâtie sur les ruine» de la première et y fonda une cbapellenie.
Quant à Anglëse de Sagazan, son attrait la porta à entrer dws la vie^ religieuse ; elle se retira au monastère de Fabas où elle* fit profession, et mourut en réputatioa de haute sainteté. De nos jours, le corps de la pieuse fille a été transporté de Saint-Frajou à la chapelle de Garaison.
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