LIVRE XXXV
WPUIS LA MORT DE GERMAINE DE PIBRAC EN 1601, JUSQUA CELLE DE MONSEIGNEUR DE MONTCHAL EN 1651.
Le dix-septième siècle s'ouvre, dans nos annales, par la mort d'une jeune bergère que l'Eglise a naguère fait monter sur ses autels. Germaine Cousin naquit à Pibrac , modeste village situé fan couchant de Toulouse, où le célèbre Gui du Faur avait construit son beau manoir. On place sa naissance vers l'année 1579. Elle eut pour père Laurent Cousin et pour mère Marie Laroche. C'étaient de bons et honnêtes cultivateurs qui s'occupaient de la culture de leurs champs. Deux infirmités vinrent atteindre Germaine dans son berceau : la paralysie de l'une de ses mains et des humeurs scrofuleuses, qui devinrent jusqu'à sa mort les compagnes inséparables de soa existence. Cette faible enfant avait cinq ans lorsqu'elle perdit sa mère et fut confiée aux soins d'une marâtre ; elle fut préposée à la garde des troupeaux de son père. Les faveurs divines commencèrent alors . à révéler la sainteté de Germaine.
On raconte que, lorsqu'elle s'écartait pour se livrer à la contemplation, la quenouille fixée en terre par la main de la bergère gardait seule soa troupeau ; que jamais la dent meurtrière des loups ne vint ravir aucun de ses agneaux ; et qu'avec sa houlette elle divisait les eaux du
ruisseau, qui lui laissait un libre passage. La prière du matin et du soir, Tassistance aux saints mystères et aux instructions du pasteur, la fréquentation des sacrements de FEglise, la ûdélité à toutes les pratiques de la piété chrétienne, telles furent les œuvres qui la conduisirent à la sainteté la plus élevée. On la vit s*appliquer encore à rinstruction des enfants de son village et exercer ainsi un véritable apostolat.
Pleine de tendresse pour les pauvres et les malheureux, Germaine aimait à partager avec eux ses faibles ressources. Un jour qu*elle était poursuivie par sa marâtre , qui la soupçonnait d'apporter du pain aux mendiants, ce pain que la charité allait distribuer se trouva changé en de charmantes fleurs. Pendant sa vie entière elle ne cessa d'être en butte aux indignes traitements de cette méchante fanme. Germaine ne s'asseyait jamais à la table de famille; on ne lui donnait que du pain et de Teau pour sa nourriture, et la nuit elle n'avait pour toute couche que des sarments sous l'escalier de la ferme. Au commencement de l'été 1601 , l'humble bergère quitta la terre : on la trouva morte sur son grabat. Son corps fut placé dans un tombeau de famille situé dans la nef de l'église paroissiale, vis-à-vis de la chaire. Nous suivrons plus tard les faits qui se rattachent à l'invention de son corps, à ses miracles et à son culte.
Le 17 mai, le connétable de Montmorency fit son entrée solennelle à Toulouse. Après avoir assisté au Te Deum qui fut chanté en musique à Saint-Etienne, il alla prendre son logement à l'archevêché, où le cardinal de Joyeuse le reçut splendidement. Ce prélat rendit alors plusieurs ordonnances relatives à la publication de quelques décrets du
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saint concile de Trente, à radministralion des sacrements aux malades, à la célébration des saints mystères, et accueillit avec bienveillance le frère Bernard Violan, Fun des quatre franciscains qui rétablirent en France la réforme des récollets. Ceux«ci s'établirent à Toulouse dans le menas* tère de la Petite-Observance, qui, depuis, retint leur nom, et où mourut le frère Bernard. Le cardinal vit aussi s'élever en 1602, dans sa ville épiscopale, le couvent des chartreux. Depuis quelques années, ces religieux, chassés de la Chartreuse de Castres, s'étaient réfugiés à Toulouse et avaient acheté à l'abbaye de Moissac un collège voisin du prieuré de Saint-Pierre-des-Cuisines. Le toulousain Dom Antoine de Saint*Paul, religieux de la Grande-Chartreuse, présida à la construction du couvent et de l'église. La première pierre fut bénite par M«' Jean Daffis, évèque de Lombez. L'église actuelle fut consacrée, quelques années plus tard (1612), par M^ le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux. Ce fut dans la dernière année de Tépiscopat du cardinal de Joyeuse à Toulouse que les pères de la doctrine chrétienne prirent possession du prieuré de Saint-Rome que les dames de Prouille avaient cédé de nouveau au chapitre de Saint-Etienne. Ces pères y furent appelés par les soins de messire de Bourret , conseiller au parlement. Le cardinal écrivit alors à César de Bus, fondateur des doctrinaires, pour le prier d'envoyer à Toulouse des religieuses ursulines dont il avait la direction. Cette nouvelle congrégation, dont le but principal était d'enseigner la doctrine chrétienne aux jeunes filles, avait été fondée, sous le patronage de sainte Ursule, dans le siècle précédent, par la B. Angèle de Bresse. César de Bus, cédant h Finvitation de larche-
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vêque, fit partir pour Toulouse la mère Marguerite Vigier et sœur Françoise Blanchète. Elles furent accompagnées par les PP. Vigier et Siloine, et y arrivèrent au mois d'octobre. Mais comme ce nouvel institut n*était pas encore approuvé en France, le parlement fit quelques difficultés pour les recevoir. La mère Vigier se retira alors au faubourg Saint-Michel, où elle fut assistée par les pères récollets. Cependant M. de Bourret ayant acheté pour les ursulines une msdson dans la rue des Trois-Rois, elles en prirent posr session ainsi que de la chapelle de Saint-Martin qui leur fut cédée par Jean Daffis, évêque de Lombez et prieur de la Daurade, dont cet oratoire dépendait. La rue des Trois- Rois prit alors le nom de Sainte-Ursule qu'elle a retenu jusqu'à nos jours.
Dans Tannée 1605 Toulouse perdit son archevêque, le cardinal de Joyeuse. Après avoir gouverné cette Eglise pendant vingt-trois ans, il donna sa démission en faveur de Louis de La Valette et fut nommé à rarchevéché d& Rouen. Le siège de Toulouse demeura vacant pendant huit années, durant lesquelles il fut gouverné par le vicaire général Nicolas Gilles. Le départ de M»' de Joyeuse causa d'unanimes regrets. On peut le regarder comme le restaurateur de la discipline ecclésiastique dans toute la province par le concile qu*il convoqua et les sages ordonnances qu'il y fit publier.
A cette époque, le connétable de Montmorency se rendit de nouveau à Toulouse avec son fils. La réception d'usage consistait en sérénades, cavalcades. Te Deum, festin et harangues au parlement et à l'hôtel-de-ville. Au dîner qui fut donné parles capitouls, se trouvait le duc de Venta-
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dour, le premier président de Verdun, les présidents de Paulo, de La Terrasse et de Montrabe. Le maréchal d'Ornano, gouverneur de Guienne, vint saluer le connétable.
Au milieu de ces fêtes, les religieux de saint Dominique prirent possession 4P I<l «élëbre chapelle de Notre-Damede-Grâce de Bruguiëres, dont il faut en peu de mots raconter rhistoire. Bruguiëres est un village situé au nord-est de Toulouse. La piété des habitants avait élevé sur Tune des collines qui entourent ce lieu une chapelle destinée à recevoir une image de la Vierge. On place communément Férection de Toratoire primitif quelques années avant la guerre des albigeois. A cette époque, la vénérable image se trouvant menacée par les ravages et les sacrilèges dont se rendaient coupables ces hérétiques, elle fut enfouie dans la terre par un villageois, qui parvint ainsi à la préserver de leur fureur. L*oratoir« fut alors détruit et livré aux flammes. Des fouilles opérées sur le sommet de la colline ne laissent aucun doute sur cette destruction. On trouva, en effet, du charbon, des cendres, des briques calcinées et brisées, des pièces de monnaie, un bois de cerf et des fers de mulet. Ces divers objets paraissaient constater rincendie de Fédifice ^t l'existence de quelques bâtiments destinés aux pèlerins ou au service de la chapelle.
Plusieurs années s'écoulërent , et il ne restait plus de la chapelle que le souveuir lorsqu*un événement merveilleux fit découvrir la sainte image. Vers la fin du treiziëme siècle, un laboureur traçant quelques sillons dans un champ voisin de Tancienne chapelle vit tout-à-coup ses bœufs s'arrêter et s'accroupir. En vain les pressait-il de l'aiguillon, ces animaux restaient immobiles. Le laboureur appela
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UQ de ses voisins à son aide ; mais leurs efforts réunis , leurs menaces et leurs coups devinrent impuissants. Guidés alors par une pensée qui ne pouvait venir que du ciel , ils se mirent à creuser la terre ; mais a peine le fer de la bêche eut-il pénétré dans les premières couches du sol, qu'ils découvrirent une statue en bois de tilleul, coloriée, représentant la Vierge et son enfant. Le laboureur s'empressa d*aller au village prévenir le curé et les consuls de Tévënement. Le pasteur et les fidèles se rendirent aussitôt au lieu de Tinvention merveilleuse et y vénérèrent la sainte image, lis la transpoilèrent, au chant des hymnes et des cantiques , dans l'église paroissiale. On dit que le lendemain, la statue ne se trouva plus dans ce sanctuaire; qu'après l'avoir longtemps cherchée, on la rencontra au sommet de la colline d'où elle avait été enlevée; que ce fait se reproduisit une seconde et une troisième fois; et que, frappés de ce miracle, les habitants de Bruguières résolurent de construire une nouvelle chapelle à la place où la statue avait été découverte.
Ce projet fut exécuté. Le second oratoire fut construit avec des dimensions assez étroites ; on plaça la statue sur l'autel principal, et un second autel, dédié à saint Denis, s'éleva dans la nef. On construisit un péristyle en bois autour du modeste édifice, et une marguillerie fut instituée pour recevoir les dons et veiller à l'entretien de l'oratoire-
L'existence de ces faits est démontrée par un acte authentique, daté de l'an 1458, par lequel Pierre Godieu, laboureur, ouvrier de l'église Notre-Dame-de-Gràce de Bruguières, vendit, au nom de l'œuvre, à Raymond de Paris ,
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habitant dudit lieu, quatre arpents de terre appartenant à la chapelle, au prix de cinq livres tournois.
Les nombreux pèlerinages qui se faisaient tous les jours à Notre-Dame-de-Grâce déterminèrent la construction d'un troisième édifice plus grand et plus commode ; il fut commencé vers Tannée 1600. Peu de temps auparavant, un événement extraordinaire avait puissamment contribué à exciter la dévotion des peuples envers ce saint lieu. Une famille entière, composée du mari, de la femme et d'un enfant, s'étant tenue cachée dans l'église, déroba une robe assez précieuse dont la statue était ornée; aussitôt la cloche fit entendre des sons répétés. Les voisins étant accourus» on s'aperçut du larcin. Les trois voleurs furent arrêtés a Grenade et condamnés à mort par le parlement. Le père et l'enfant furent pendus près de Gaffelase, et la femme sur la route de Bouloc, en un champ qui prit le nom de la Pendue (la Pendudo). Peu de temps après , les reitres désolant le pays, la sainte image fut de nouveau cachée à Bruguières dans un tas de paille où elle fut encore miraculeusement conservée, n'ayant point été atteinte par les flammes qui, à l'exception de la place qu'occupait la statue, consumèrent la paille entière.
Lorsque les religieux de saint Dominique prirent possession de la chapelle de Bruguières, elle se trouvait assez mal desservie : c'est ce qui détermina le curé du lieu et les marguilliers à céder cette église à quelque communauté qui pût y faire résidence. M. Du Faur baron de Saint- Jory, à qui fut communiqué ce dessein, Tayaut approuvé, les marguilliers s'adressèrent au R. P. de Lapalu, prieur des dominicains de Toulouse, et lui offrirent la chapelle
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de Notre-Dame avec tous ses biens et dépendances. Cette offre fut acceptée, et le 29 novembre 1605 ces religieux entrèrent en possession de ce gracieux pèlerinage; Le troisième édiflce, qui avait été commencé cinq ans avant, fut achevé et agrandi sous la direction des dominicains; la nouvelle église reçut de grands embellissements dans les peintures dont la voûte et les murs se trouvaient décorés; plusieurs habitants de Toulouse Tenrichirent métne d'autels, d'ornements, de tabernacles, de tableaux, de vases d'or et d'argent. M. d'Olive, conseiller au parlement, y fit construire une splendide chapelle en l'honneur du docteur angélique.
Notre-Dame-de-Grâce de Bruguières a eu deux historiens : le premier, Jean-Henri d'Aubery, jésuite; le second, Etienne Molinier. Aubery composa son livre sous la forme d'un assez long poème; Molinier publia le sien en 1644. Cette chapelle a été détruite à la Révolution française. On voit encore quelques restes du couvent que les dominicains avaient fait construire; la statue miraculeuse est aujourd'hui déposée dans une charmante et délicieuse chapelle de l'église paroissiale. Deux noms doivent être ici conservés à la postérité : celui de M. Charbonières, curé de Bruguières , sous le rectorat duquel les dominicains s'établirent auprès de la chapelle, et celui de M. Florac , curé actuel, qui a rendu à la dévotion de Notre-Dame-de- Grâce son ancien éclat.
Une imposante cérémonie eut lieu, en 1607, dans la basilique de Saint-Saturnin. Le 27 mai, on y fit l'élévation solennelle des reliques de saint Barnabe. Les reliques de cet apôtre avaient été apportées de l'île de Chypre à Tou-
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louse vers la un du treizième siècle. Le 26 août de Tan 1587, on découvrit, dans Tun des murs latéraux qui forment les cryptes de la basilique, un tombeau en pierre. Ce tombeau, d'après une tradition constante, était celui de ce saint. Après qu'on eut reconnu Tauthenticité de ces reliques elles furent replacées dans le mur jusqu'au moment de leur élévation.
Le 27 mai de Tan 1607, on procéda a Télévation des ossements du saint apôtre. La veille, à sept heures du soir, on fil l'ouverture du mur dans lequel, comme nous venons de Tobserver, se trouvait renfermé le tombeau. L'évêque de Lombez, Jean d'Âffis, présida à la cérémonie. Jean de Tiffaut, vicaire général du cardinal de Joyeuse, abbé de Saint-Saturnin , présenta le marteau d'honneur à l'évèque, qui frappa de trois coups la muraille au lieu indiqué. Les ouvriers employèrent deux heures à détruire la maçonnerie qui soutenait le tombeau. Après l'ouverture du sépulcre, l'évèque prit en ses mains quelques ossements du saint et les fit baiser aux assistants. Cette cérémonie préparatoire ne fut terminée qu'à minuit. La grande nef de l'église avait été magnifiquement décorée pour l'élévation des reliques. De riches tapisseries recouvraient les piliers latéraux. Une estrade avait été disposée au milieu de la nef pour supporter la châsse d'argent destinée à renfermer les ossements du saint apôtre. La cérémonie de l'élévation commença dès six heures du matin. L'évèque de Lombez et le chapitre de la basilique se rendirent processionnellement auprès du tombeau de saint Barnabe. Les ossements furent extraits du sépulcre de pierre et renfermés dans une caisse de bois. Cette caisse fut elle-même placée dans la
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châsse d'argent. La messe fut célébrée ponliftcalement par Tévéque de Lombez. Après la messe on fit une magnifique procession dans Fintérieur de la ville avec toutes les reliques qui reposent dans la basilique. Le soir, après les vêpres, le père Binet, jésuite, prononça un discours sur la solennité du jour. Cette cérémonie avait attiré un concours immense de peuple. On y remarquait M^" Févèque de Lavaur, le premier président du parlement , et les présidents de TEstang, de Paulo et de Montrabe , les vicaires généraux du diocèse de Toulouse , le siège vacant, M. de Clary, juge-mage, MM. les capitouls, le chapitre de Saint- Etienne et celui de la Daurade. La châsse d'argent où furent placés les ossements de saint Barnabe avait été donnée par M^ Tévêque de Lombez.
Un événement d'une nature bien différente vint fixer à Toulouse, en 1608, la curiosité publique : nous voulons parler du célèbre procès de doua Violenta del Gastillo. Cette jeune portugaise avait épousé Sébastien Monseroso de Reynés, espagnol. Devenue veuve, elle se fixa d'abord à Condom et ensuite à Toulouse , avec toute sa £sunille. Dona Violenta était jeune, belle et aimable. Elle se lia d'abord d'amitié avec François de Gairaud, conseiller au sénéchal , et fit ensuite connaissance de dom Pedro Arias de Burdée, religieux augustin, docteur en théologie et professeur à l'université. Elle vit encore Antoine Candolas, jeune écolier, et le praticien François Espaldit. Ainsi se forma une espèce de cour auprès de dona Violenta. Ses adora* teurs lui ayant persuadé de quitter son père, elle y consentit, et alla résider tantôt chez des religieuses, tantôt chez une parente du praticien, tantôt en d'ao-
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très lieux où elle recevait avec assiduité les hommages de tous ces hommes. AQu de jeter un voile sur ces relations qui commençaient à devenir suspectes, il fut décidé qu*elle prendrait un époux, assez simple ou assez complaisant pour en permettre la continuation. On choisit, en effet, Pierre de Saint-Romain, avocat à Gimont, véritable Esope, bossu, boiteux, et sans portée. On devait le faire venir k Toulouse, et, à la faveur de ce mariage, continuer les relations; mais Saint-Romain, devenu maître de sa nouvelle épouse, ne voulut pas quitter Gimont, et déconcerta ainsi tous lés projets formés. Un exécrable complot fut dès-lors formé entre la jeune femme, Gairaud et Candolas pour se défaire du bossu. Ceux-ci envoyèrent du poison à dona Violenta afin qu'elle Fadministràt sous forme de potion à son mari; mais cette tentative ne put aboutir. Gairaud et Candolas ayant communiqué leur dessein à Pedro Burdée celui-ci conseilla de faire venir Saînt-Romain à Toulouse sans sa femme; que là il serait beaucoup plus facile de tenter le coup.
Dona Violenta persuada à son époux de se rendre à Toulouse pour aller réclamer au senor del Castillo, son père, la dot qu'il lui avait promise. Dès qu'il ftit arrivé à l'aubei^e, Gairaud envoya son fils auprès de lui et le fit venir dans sa maison. Le 8 juillet, après souper, Gairaud, accompagné de son fils, de Candolas et d'un écolier, conduisit Saint-Romain à la promenade hors de la porte Matabiau. Vers neuf heures du soir, Gairaud fils et l'écolier se retirent, sous prétexte d'aller au bal ; Candolas feint de prendre les devants pour aller faire ouvrir la porte de derrière de la maison Gairaud, et va rejoindre Espaldit près du collège
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de TEsquille , lieu complëlement désert. Espaklil avait aposté là des assassins. Candolas s'étant retiré, Saint-RomaiQ et Gairaud père arrivèrent seuls au carrefour indiqué. Aussitôt les meurtriers se jetèrent sur Sainf-Romaîn et le percèrent de dix-sept coups d*épée ou de poignard. Linfortuné succomba à ses blessures. En homme adroit, Gairaud fit aussitôt informer sur ce meurtre, et écrivit à dona Violenta de se rendre à Toulouse pour commencer les poursuites.
Pedro Burdée était sorti de son couvent des Augusiins dix jours avant le meurtre, sous prétexte de contagion, et avait pris son logement chez le père de Técolier Candolas. Mais le 14 juillet, il s*enfuit avec ce dernier et se rendit à Nîmes, où il fit semblant d^apostasier pour chercher une sauvegarde au sein de la prétendue réforme. En attendant, des indices accusateurs avaient occasionné, à Toulouse, une procédure qui se termina par la condamnation à mort et l'exécution du conseiller Gairaud, de Pedro Burdée, de Candolas, d'Espaldit et de dona Violenta. Le sieur Guillaume de Segla de Caïra nous a conservé Fhistoire de cette tragique aventure, dans laquelle on trouve les arrêts du parlement, les oraisons ou discours que les condamnés prononcèrent avant d'être exécutés, et de très longues annotations assez singuhères. Le sieur de Caïra dédia son livre au premier président de Verdun.
Les religieux lierçaires furent, à cette époque, réformés à Toulouse par les soins d'un certain P. Vincent, homme docte et éloquent , qui entreprit de rétablir la règle de saint François dans ce monastère situé rue Pargaminières, aujourd'hui complètement détruit. Depuis ce temps, les
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tierçaires devinrent l'objet de ledification publique. Leur communauté était très nombreuse. Les pénitents gris avaient acheté un terrain près du collège de TEsquille, et en 1608 y avaient construit une assez vaste église, aujourd'hui détruite. Elle renfermait une chapelle dans laquelle était exposées les reliques de saint Vincent martyr, qui depuis ont été placées dans l'église du Taur. Ces reliques venaient des catacombes romaines.
Le 13 décembre 1609, un incendie dont on ne put découvrir la cause détruisit la voûte en bois du chœur de Saint-Etienne : les balustres, les statues de bronze, les reliquaires, les stalles, les orgues devinrent la proie des flammes. Cette voûte fut remplacée par celle qui existe aujourd'hui, laquelle fut faite en assez peu de temps par les soins de Jean Dafûs, prévôt du chapitre et évéque de Lombez, et par les largesses du cardinal de Joyeuse. Le chœur fut alors agrandi par la démolition de deux chapelles latérales très anciennes qui se trouvaient a l'entrée du monument. Les statues et le jubé actuels furent faits à la même époque.
La peste, la famine et le débordement des fleuves causèrent alors de très grands ravages en Languedoc, et Toulouse souffrit beaucoup de ces fléaux. Cependant on en vit le terme en 1609, et l'on rendit à Dieu de solennelles actions de grâces.
Le 22 janvier 1610, le duc de Ventadour fit l'ouverture des Etats à Pont-Saint-Esprit. Nicolas Gilles, vicaire général de Toulouse, s'y trouva ; il avait accompagné dans cette ville l'évêque de Montpellier, qui vint y prêcher le carême par ordre du roi. On vola dans ces Etats 9,000 livres pour
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aider à la réparation de la cathédrale, à condition que le chapitre dirait tous les ans, à perpétuité, une messe du Saint-Esprit en musique le jour de l'ouverture des Etats; tous les jours , pendant leur tenue , une messe basse qu'on appellerait la Messe des Etats, et que la grosse cloche de Cardaillac sonnerait pour cette messe.
Sur ces entrefaites, le prince de Condé vint prendre possession de son gouvernement de Guienne. De passage à Toulouse , il y fit son entrée solennelle le 7 septembre 1611, et y fut reçu avec le cérémonial accoutumé par le duc de Ventadour, les présidents et conseillers du parlement, et les capitouls. A Saint-Etienne, Jean Daffis, prévôt et évêque de Lombez, harangua le prince, qui alla loger à rhôtel de Saint-Jory. C'est là que le premier président François de Clari, qui avait succédé à Nicolas de Verdun , vint lui rendre visite.
Lorsque le prince de Condé se rendit à Saint-Etienne pour y assister au Te Deum qui y fut chanté en son honneur, la voûte du chœur de cette église était sur le point d'être terminée. Ce fut sous la direction de Pierre Rénefeuille d'Orléans que ce beau travail fut exécuté. On lu( donna cinq mille livres pour la direction de cette voûte, et cinquante pour blanchir l'intérieur de cet édifice : ce qui montre que ce n'est seulement pas de nos jours que les arts et le bon goût ont eu à gémir su;;. Hé semblables dégradations.
A peine le chœur de la métropole était-il terminé, que les jésuites voulurent jeter les fondements d'une église à leur maison professe. Ils possédaient déjà en cette ville 1* uu collège, 2" un petit pensionnat séparé du collège, 3* un
noviciat, i"" une maison professe. Ils avaient acheté mu héritiers des présidents de Saint-Jean et de Boyer dévastes maisons au centre de la ville (rue des Marchands), sur remplacement desquelles ils avaient jeté les fondements de leur maison professe. Le chapitre de Saint-Etienne, le siège étant vacant, fit opposition à cet établissement par acte daté du 12 octobre 1612. Le P. Judicis fut chargé de répondre à cet acte. On joignit à la réponse deux déclarations dans lesquelles se trouvaient expliquées les diverses fonctions auxquelles se livraient les membres de la compagnie pour le bien général des âmes. Le chapitre voulut appuyer son opposition sur la consultation de quatre célëbres avocat du parlement , Maran , Bertier, Cosse et de Lacroix. L'affaire fut évoquée au parlement ; mais les jésuites comptaient de nombreux amis parmi les membres de cette cour souveraine. Plusieurs, et entre autres le conseiller Jacques Dufaur de Saint-Jory, étaient affiliés à la célèbre congrégation, qui se tenait régulièrement tous les diùianches au collège de la compagnie : c'est ce qui détermina le chapitre à avoir recours au conseil du roi. Le 13 janvier de Tannée suivante, il obtint une commission du grand sceau pour assigner au conseil privé le syndic des jésuites de Toulouse, afin de procéder sur l'opposition des parties.
Cette affaire produisait déjà beaucoup d'éclat lorsque les jésuites obtinrent un arrêt du parlement, rendu sur requête, par lequel il était défendu aux libraires du ressort > sous peine d'amende et de prison , de vendre les pièces qu'on avait déjà imprimées. La consultation de l'avocat Maran étant parvenue au cardinal de Joyeuse, celui-ci lui
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écrivit pour lui dire son avis sur cet acte. Cette éminence déclarait que, quoiqu'en particulier il se fût montré favorable k rétablissement en question, il se serait cependant toujours rangé du côté de la majorité. Il s'exprime ensuite en ces termes ;
« Excusez-moi si je vous dis que tant de paroles et con- » ceptions piquantes qui suivent après semées parmi tout » cet acte, me semblent passer les bornes d'une consulta- » tion, et l'imprimer encore plus davantage. Et certes, » monsieur Maran, il me semblait en la lisant que je vous » voyais avoir pris par mégarde une épine au lieu de votre » plume accoutumée à un style plein de douceur et de cha- » rite, et ce contre une compagnie religieuse approuvée du » Saint-Siège, qui, par tant de bons livres, partant de pré- » dications, par tant de disputes contre les hérétiques, par » tant de voyages, de sueurs et de sang même épandu, a » jusques ici, et ne se peut nier, servi très utilement à » l'Eglise de Dieu, lesquelles choses solides, présentes et » certaines, doivent, ce me semble, avoir plus de force » pour les louer et favoriser que de les rejeter, par la » crainte qu'ils ne se rendent, comme vous médites par » votre lettre, enfin arbitres et maîtres en l'Eglise et eu * l'Etat, faisant la loi, et se rendent formidables aux papes, » aux rois et à toute la chrétienté au moyen des grands » avantages dont ils s'emparent journellement, vu que tout » cela ne sont encore que des soupçons éloignés et incer- » tains, et auxquels il y aurait bien du remède lorsqu'on » verrait en être besoin. Je veux ajouter que la chose qui » m'a fait encore être le plus marri de votre dernière con- » sultation, est qu'elle a merveilleusement plu aux héréli-
» ques en Angleterre et en Allemagne, qui s'en servent » contre l'Eglise et en font trophée , qui est chose bien * éloignée de votre intention, et a plu encore davantage, » non-seulement aux hérétiques de France, mais a ce grand » nombre de mauvais catholiques que nous y avons, que »- je sais bien que vous n'aimez pas. »
Pendant cet orage, que faisaient les pères jésuites? Ils bâtissaient leur maison professe et leur église, qui furent Tune et l'autre bientôt terminées.
En 1613, Louis de Nogarèt n'avait point encore pris possession de l'archevêché de Toulouse, puisque François Videlli, vicaire général, sede vacante, mit les religieux récollets, en vertu d'une bulle d'Urbain VIIK en possession du couvent de la Grande-Observance. Ce prélat arriva enfin à Toulouse l'année suivante. Né à Angoulème de Jean- Louis de Nogaret, duc d'Epemon, pair de France, et de Marguerite comtesse de Foix-Candale , il eut pour frères Henri de Foix de Lavalette duc de Caudale , et Bernard duc d'Epernon. Il avait pris d'abord le parti dés armes ; mais pour obéir à son père, il embrassa l'état ecclésiastique. Après avoir fait ses études de philosophie et de théologie, il fut nommé à un très grand nombre de riches abbayes, entre autres à celle de Saint-Saturnin de Toulouse et de Grand-Selve.
A peine ce prélat fut-il arrivé à Toulouse qu'il fut dé^ puté aux Etats généraux qui s'ouvrirent à Paris le 27 octobre 1614. Avec lui se trouva à cette assemblée Pierre dé Marmiesse, avocat au parlement, qui composa à cette occasion un opuscule renfermant des remontrances au roi, au clergé et à la noblesse, pour Tabolitipu des tailles, la corn-
municalion des cahiers entre les trois chambres , et la création d'une chambre de justice contre les financiers. A la suite des Etats généraux , qui furent clos le 8 janvier 1615, Tamiral de Montmorency ouvrit ceux de la province du Languedoc à Pézenas. Il leur fit part des troubles que le prince de Condé, le duc de Bouillon et quelques autres seigneurs mécontents excitaient de toutes parts, en attirant a eux les religionnaires. Le duc de Montmorency chercha les moyens de rétablir la paix en s'abouchant avec Lesdiguières au Pont-Saint-Esprit. Ces troubles furent paeiflés pour un temps, et Louis Xlil qui avait succédé à Henri IV son père, rendit un édit de pacification, daté de Blois le 4 mai 1616. On avait pris à Toulouse des mesures énergiques contre les rebelles, qui, au nombre de quatre cents, avaient résolu de s'emparer de Thôtel-de-ville. Les capitouls levèrent des troupes et les armèrent, firent fermer plusieurs portes, et écrivirent aux villes voisines pour exhorter les habitants a demeurer fidèles au roi. L'édit de pacification fut publié solennellement k Toulouse, ce qui n'empêcha pas les rebelles de s'emparer du Mas-Gamier et de détruire ce monastère. L'arrivée du duc de Montmorency contint les religionnaires dans le devoir.
Au milieu de ces troubles, Toulouse vit s'élever un nouveau monastère, celui des carmélites de sainte Thérèse* Cette réforme célèbre venait d'être introduite en France par les soins du cardinal de Bérulle et de M"'* Acarie. M. de Rességuier donna tous ses soins à l'établissement de cette maison; cinq de ses filles embrassèrent cette sainte règle. Les carmélites s'étaient d'abord réunies dans la maison des tiercerettes et s'établirent ensuite dans leur nouveau mo-
nastëre. Quelques années plus tard (1625), la dernière maison bâtie par les soins de M. de Rességuier possédait une chapelle splendide ornée de belles peintures dues au pinceau de Rivais et de Despax.
Après la tenue des états de Béziers, le duc de Montmorency et la duchesse sa femme résolurent de parcourir les différentes villes du Languedoc. Ils arrivèrent à Toulouse vers la fin de janvier 1619. Les annales du temps racontent avec le plus grand détail les fêtes splendides qui furent données à ces seigneurs ; elles consistèrent en ballets, banquets, courses à la quintaine et prix distribués aux vainqueurs.
Ces réjouis^nces furent troublées par le supplice de Lucilio Yanini. Il était né â Taurozano, dans le royaume de Naples, en 1585. Son père était intendant de dom François de Castro duc de Taurozano ; sa mère s*appelait Béatrlx Lopez de Noguera. Son père l'envoya d'abord à Rome, où il étudia la philosophie et la théologie sous un religieux carme, Barthélémy Ârgotti. De Rome il se rendit à Naples, où la physique, la médecine et l'astronomie occupèrent tous ses instants. Celte dernière science le conduisit, par l'abus qu'il en fit, à toutes les rêveries de l'astrologie : il commença alors à s'élever contre la scolastique, et en particulier contre saint Thomas, prétendant qu'il ne trouvait dans ses ouvrages aucun argument décisif contre les athées. Ce fut à Naples qu'il entra dans les ordres et devint prêtre et prédicateur. Il s'attacha particulièrement, dans ses discours, à la doctrine d'Averroës, philosophe arabe du douzième siècle, doctrine qu'on peut regarder comme une espèce d'éclectisme oriental fondé sur
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les catégories d'Aristotc et les émanations à divers degrés sur l'origine des choses.
De Naples, Vanini alla habiter Padoue, où il passa plusieurs années. Uniquement occupé de l'étude» de l'averroïsme et des systèmes de Cardan et de Pomponace, il revint ensuite à Taurozano sa patrie, et à Naples, où il forma, dit-on, le projet de s'associer douze hommes pour aller prêcher sa doctrine dans le monde entier. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se mit à parcourir la Bohème et l'Allemagne, laissant percer assez ouvertement son penchant vers l'athéisme. La Hollande et le Brabant le virent tour-à-tour prêchant en apparence contre les athées, mais en réalité répondant d'une manière très faible à leurs objections, ir vint 'a Genève, où il ne passa que quelques jours; à Lyon, où sa doctrine parut suspecte; à Londres, où il fut jeté en prison; k Gênes, où ses prédications averroïstes sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme parurent aussi suspectes.
Après aVoir dogmatisé en Italie, il passa en France et se rendit en Guienne. Là, accablé de fatigue, de pauvreté et d'ennui, il se réfugia dans un monastère et y prit l'habit religieux. Jules-César Vanini, car il avait pris ce nom, se mit à enseigner aux jeunes novices toute autre chose que la philosophie d'Averroës, et ses goûts dissolus l'obligèrent à quitter le couvent. Nous le trouvons à Paris, vers l'année 1616, s efforçant de s'introduire chez le nonce Roberto Ubaldini, dont il finit par gagner les bonnes grâces en entreprenant l'apologie du concile de Trente. Il trouva aussi le moyen do se glisser auprès du maréchal de Bassompierre avec le litre d'aumônier et 200 écos de
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rente, et lui dédia ses Dialogues sur la Nature, Fuii de ses premiers ouvrages. Il avait déjà donné au public son Amphithéâtre, livre singulier où il émet les opinions les plus extraordinaires et les plus paradoxales. Vanini quitta bientôt Paris et vint se fixer, en 1617, à Toulouse. D'abord assez prudent, il finit par lever le masque, et s'étant entouré de quelques jeunes écoliers de Tuniversité, il jeta dans leur cœur des semences d'athéisme. Le premier président Le Mazurier, qui lui avait confié l'éducation de ses enfants, ne tarda pas à s'apercevoir de l'hypocrisie du précepteur. Certaines assemblées nocturnes qu'il tenait avec la jeunesse, l'impiété répandue dans tous ses écrits, attirèrent l'attention des magistrats : Vanini fut mis en prison. Il affecta alors de grands sentiments de catholicité ; mais un gentilhomme nommé Franconi affirma que le prêtre napolitain avait plusieurs fois nié devant lui l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, l'éternité des peines, les miracles de Jésus- Christ, et plusieurs autres dogmes du christianisme. La confrontation du témoin et de l'accusé ne servit qu'à montrer sa culpabilité.
On employa six mois entiers à instruire le procès de Vanini. Son athéisme et son impiété furent attestés par un grand nombre de témoignages : il fut condamné à avoir la langue coupée et à être brûlé vif. En vain plaça-t-on dans le tombereau qui le conduisait au supplice un cordelier pour l'exhorter à la pénitence : il affecta, en allant à la mort, une certaine fermeté que trahissaient ses mouvements convulsifs. Arrivé sur l'échafaud, il refusa de donner sa langue au bourreau, qui la saisit par force avec des tenailles. L'horreur de ce supplice fit pousser à Vanini
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d'affreux burlements, qui s'éteignirent au milieu des flammes du bûcher. Il mourut à trente ans. Le seul héritage que laissa Vanîni, à part ses livres, fut un gros crapaud vivant qu'il gardait pour des expériences médicales. Sa figure avait assez de douceur, sa parole était insinuante el facile. Il perdit sa foi dans les rêveries de l'astrologie et les doctrines des mauvais philosophes. S'il faut s'en rapporter à son propre témoignage, il eut une amante qu'il nomme Isabelle ; mais on a de la peine à croire à la réalité de cet amour naturel, quoique coupable, et il est probable qu'il ne parla de celui-ci que pour donner le change sur celui qui le captivait et dont il était tristement épris. II composa plusieurs ouvrages sur la physique, la médecine et l'astronomie, sous le titre de Commentaires. Les seuls, qui soient venus jusqu'à nous sont ses Dialogues sur la nature et son Amphithéâtre. Vanini a eu pour historiens Jean-Maurice Schramm, qui publia sa vie en 1709, et David Durand, qui en publia une seconde très détaillée en 1717. Celle-ci est devenue extrêmement rare. M. de La Croze, M. de Grammont et Bayle en ont aussi parlé assez longuement dans leurs écrits. Vanini a eu aussi des apologistes : M. Arpe donna, en 1712, a Rotterdam» une apologie de ce personnage.
Louis de La Valette ne se trouvait pas alors à Toulouse. Son vicaire général, Jean de Rudelle, approuva les nouvelles constitutions des chanoinesses de Saint-Pantaléon. Dans la supplique que ces dames adressèrent à l'autorité diocésaine pour obtenir cette approbation, on rencontre les noms les plus distingués de la ville et de la province. L'archevêque fut promu, le 11 janvier 1621, au cardinalat
par le pape Paul V, sous le titre de Saint- Adrien , et assista bientôt après à une assemblée du clergé qui se tint à Bordeaux.
Les religionnaires excitaient toujours des troubles dans la province, ce qui obligea Louis XIII de les poursuivre avec vigueur. Il se trouvait alors en Béam, où il s'était rendu après sa réconciliation avec la reine-mère pour y faire reconnaître son autorité, et joindre à la couronne le royaume de Navarre, le Béam, l'Andorre et le Donazan. Pendant qu'il revenait en France, les huguenots, animés par leurs députés, se fortifièrent dans leurs villes du Haut- Languedoc et levèrent des troupes. A Montauban, ils arrêtèrent tous les ecclésiastiques et plusieurs catholiques. Ces mouvements déterminèrent le roi à venir rétablir par lui-même l'ordre dans la province ; il passa la Loire et se rendit à Tours , s'assura de Saumur, de Saint-Jeand'Angely, et s'avança ensuite vers la Guicnne où tout reconnut son autorité. H reçut à Agen le président de Caminade et les six conseillers que le parlement lui avait députés, et vint assiéger Clérac en Agenais, au commencement d'août. Le 18, il investit Montauban et en fit le siège avec l'aide des Toulousains, qui fournirent quinze canons de leur arsenal, un régiment de mille hommes de pied, une compagnie de cent chevaux. Le diocèse de Toulouse leva pour cette expédition un régiment de douze cents hommes, dont Cornusson prit le commandement. De son côté, le duc de Rohan leva des troupes pour venir au secours de Montauban ; mais le duc d'Angoulême en défit une partie en Albigeois. Montmorency s'avança aussi de cette ville avec un corps d'armée pour porter secours au
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roi. Des événements imprévus vinrent tout-à-coup suspendre le siège de la place : une maladie contagieuse, la fièvre maligne, se répandit dans le camp. Montmorency en fut atteint, et fut obligé de se faire transporter à Rabastens, où il se trouva à Textrémité et où il perdit deux de ses gentilshommes et plusieurs de ses domestiques. Privée de la présence de ce seigneur, Tarmée qu'il avait conduite à Montauban se débanda, ainsi qu'un régiment de Toulouse; des maladies pestilentielles attaquèrent les troupes royales ; des pluies continuelles firent déborder le Tarn, et rendirent impossibles les communications des divers quartiers de l'armée : c'est ce qui obligea le roi à lever le siège de Montauban et à venir passer quelques jours à Toulouse.
Le 10 novembre, il quitta Piquecos, où était son quartier général, et vint coucher au château de Montbeton. Ce fut en ce lieu que le roi acheta du duc de Lesdiguières la vicomte de Villemur, la baronie de Roquemaure, et la terre de Ville-Prumier pour la somme de 700,000 livres. Le 13, il partit de Montbeton et alla coucher àCastelnaud*Estretefonds, d'où il se rendit à Toulouse le 14, à deux heures de l'après-midi, sans être attendu, et alla descendre à l'archevêché. Les capitouls et la bourgeoisie s'empressèrent de se rendre au palais, où il fut harangué par Puymisson, qui, dans sa harangue, compara la marche du monarque à celle de l'arche d'alliance. Le dimanche 21 novembre fut fixé pour l'entrée solennelle.
A dix heures du matin, le roi se rendit en carrosse à Saint -Roch, aux Minimes. On avait dressé là une immense galerie ou salle richement décorée ; aux deux ex-
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trémilés opposées, on avait ménagé des escaliers par lesquels devaient monter et descendre tous les corps de la ville; au milieu de la salle s'élevait le trône du roi. Alors passèrent devant lui toutes les corporations religieuses et civiles : M. de Qaret, vicaire général de Farchevêque, harangua le roi au nom du clergé; le président de Bertbier seigneur de Montrabe, au nom du parlement; M. de Caulet, au nom du présidial; et M. de Berclai, au nom de l'université. Un magnifique cortège précéda le roi. Devant Sa Majesté marchaient immédiatement le duc de Praslin, le comte de Schomberg, le duc de Liancourt, le connétable de Luynes, portant Tépée de France. Le roi paraissait ensuite à cheval, revêtu d*un costume étincelant d'or et de pierreries ; à sa droite se trouvait le duc de Joinville, grand chambellan; Monsieur, frère du roi, suivait le prince ; après lui, Ton voyait le cardinal de Retz, les ducs d'Elbeuf et de Luxembourg, et les autres grands seigneurs.
On avait eu l'idée de dresser des arcs-de-triomphe portant le nom des sept planètes : à Arnaud-Bernard, l'arc de Saturne, sous lequel le roi reçut les clefs de la ville, entendit une nouvelle harangue de Puymisson, et toucha la croix et l'évangile ; à Saint-Sernin, l'arc de Jupiter ; aux Changes, celui de Mars; à la place du Salin, celui du Soleil ; à la Perche-Peinte, celui de Vénus ; à la rue Sainles- Scarbes, celui de Mercure ; enfin, vis-à-vis de la porte de l'archevêché, près de Saint-Etienne, celui de la Lune. Tous ces arcs-de-triomphe étaient de différents ordres d'architecture, chargés d'ornements, d'inscriptions et de devises. Le roi «ntra dans la cathédrale, où il fut reçu par le cha-
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pi Ire en chasuble, au sou de là musique, qui exécuta le Te Deum. Le sieur Alard composa une description très détaillée de cette entrée de Louis XIII a Toulouse.
La présence du roi dans ces contrées méridionales n'arrêta pas les mouvements des religionnaires qui, conduits par le duc de Roban, combattirent contre le duc de Montmorency. Cependant Louis XIII soumit diverses places en Guienne et s'avança vers le Querci. Le H juin 1622, il prit d'assaut la ville de Négrepelisse, qu'il livra au pillage. Le 23, il parut devant Saint-Antonin et obligea cette place à se rendre. Le roi étant parti deux jours après, alla coucher à Gastelnau de Montmirail, diocèse d'Albi, passa par Rabastens, et se rendit à Saint-Sulpice de la Pointe, et de là à Toulouse. Le 26 juin, Sa Majesté coucha à Saint-Jory. Le 27, les capitouls allèrent le recevoir a la porte de Saint-Etienne, où il fut harangué. Le roi répondit à très-haute voix : « Continuez à me bien servir, et je » vous serai toujours bon prince. »
Pendant son second séjour à Toulouse, le roi y fit faire des prières publiques pour le succès de ses armes. Il assista, le 3 juillet, aux vêpres solennelles qui furent chantées aux Pénitents-Bleus, dont il vit passer la procession qui se rendait à Notre-Dame-du-Taur. Monsieur le prince, le duc de Vendôme, le grand prieur de France, le prince de Joinville, le duc d'Elbeuf, le comte d'Harcourt, et un grand nombre d'autres seigneurs, se firent enrôler dans cette confrérie, et assistèrent a la cérémonie en habit de pénitent. Le roi s'y enrôla aussi, et posa la première pierre de leur nouvelle chapelle, qui fut dédiée à saint Jérôme. Les Feuillants construisirent leur nouveau couvent : le
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P. d'Héliot, jésuite, jeta les fondements de la maison des orphelines, au Petit-Versaillés ; les bénédictins réformés de la nouvelle congrégation de Saint-Maur ouvrirent un séminaire dans la paroisse du Taur; les carmes-déchaussés construisirent leur couvent et leur église près de la porte MontgaiUard. Tous ces corps religieux profitèrent de la bonne volonté et de la présence du monarque pour agrandir leurs établissements.
Le roi partit de Toulouse pour Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne et Beziers, où il se reposa des fatigues que des chaleurs excessives avaient occasionées, et dont étaient morts plusieurs seigneurs, entr'autres le cardinal de Retz. Ce fut à Beziers que Pierre de Fenouillet, évêque de Montpellier, vint représenter au roi, dans un discours pathétique, les violences exercées par les religionnaires de Montpellier contre les catholiques ; c'est ce qui détermina le prince k fair#le siège de cette place. On sait que ce siège fut terminé par la paix donnée aux religionnaires et l'entrée du roi dans cette ville.
Ce prince se montra très favorable aux jésuites et leur donna une preuve éclatante de son dévouement par des lettres-patentes datées de Lyon, du mois de décembre 1622. Par ces lettres, il était permis aux jésuites de Tournon de faire prendre à leurs étudiants les degrés de maîtrise et de doctorat, d*ètre nommés aux bénéfices comme gradués, ainsi que dans les universités. Ces lettres furent enregistrées au parlement de Toulouse le 9 février 1625 ; mais les universités de Toulouse, de Valence et de Cahors formèrent aussitôt opposition. II est très-important d^observer que les papes Paul III, Jules lil. Pie IV, Pie V et Gré-
goire XIII avaient accordé à la compagnie, par différentes bulles, le pouvoir de posséder des collèges dans les universités, celui de nommer des lecteurs de théologie et pour les autres sciences dans tout le monde chrétien» de conférer tous les degrés avec quelques restrictions. On conçoit que des pouvoirs aussi étendus durent exciter une vive opposition de la part des universités, qui se crurent attaquées dans leurs droits les plus sacrés.
Un procès fut donc intenté aux jésuites de Touriion, par les syndics des universités déjà nommées, devant le parlement de Toulouse, qui, après avoir entendu les défendeurs et les intimés, rendit, le 19 juillet, un arrêt portant défense aux jésuites de Tournon de prendre le nom, titre et qualité d'université, ni bailler aucunes matricules testimoniales d'étude, ni aucuns degrés en aucune faculté, ni aucune nomination aux bénéfices, à peine de nullités et autres peines arbitraires. Le^rocureur général, dans cet arrêt, était M. de Ciron. Sur la requête de ce dernier magistrat, le parlement de Toulouse, par arrêt du 11 août 1623, étendit à tous les collèges des jésuites de son ressort et autres les mêmes défenses que ci-dessus.
Les jésuites ne se laissèrent pas effrayer par ces arrêts, et le 15 décembre 1623 ils présentèrent requête au conseil du roi pour demander la cassation des arrêts du parlement de Toulouse. L'affaire fut évoquée, et le conseil ordonna qu'en attendant le jugement, les choses demeurassent eu rétat où elles étaient avant les arrêts. De leur côté, les universités de France ne se tinrent pas pour vaincues, et présentèrent requête au conseil contre les prétentions des jésuites. Cette requête fut adressée par les
universités de Paris, de Toulouse, de Bordeaux, de Cahors, de Poitiers, d'Angers, de Reims, de Bourges, d'Orléans, de Caen, d'Aix et de Valeoce. A Toulouse, Tiîniversité s'assembla en corps à cet effet dans l'école de Saint-Thomas, aux Jacobins ; le recteur Maran y porta la parole et dressa le décret en requête. Cette requête universitaire que nous avons sous nos yeux présente les réclamations des jésuites comme contraires à l'autorité du roi, à la juslice ordinaire de Sa Majesté, à la dignité et aux pouvoirs de messieurs les cardinaux, archevêques et évoques, aux règles des autres religieux, à la jeunesse des écoles, aux intérêts des jésuites eux-mêmes, au bien des villes qui les reçoivent, à la perfection des sciences, à l'antiquité des commandements de l'Eglise, à la résolution du clergé de France assemblé à Poissy en 1561. Nous verrons plus tard quels furent les résultats de cette opposition. -
Il existait depuis bien des années une célèbre confrérie établie dans l'église Saint- Jacques, sous le patronage de ^isainte Anne. Elle était composée d'ecclésiastiques et de pieux laïques. Une splendide chapelle formant l'un des côtés de l'église, mais hors de son enceinte, lui était consacrée. La fête de la sainte s'y célébrait avec une grande solennité. La veille, aux premières vêpres, on donnait à chaque confrère un cierge de cire blanche et une image de sainte Anne. Immédiatement après les vêpres, la confrérie se rendait processionnellement à Téghse du Taur, venait ensuite à Saint-Etienne, où, avant de rentrer à Saint- Jacques, elle passait devant la chapelle de Saint-Joseph située dans le cloître, au levant. Cette confrérie sollicita et obtint de grandes indulgences du pape Grégoire XV, qui
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les accorda par une bulle datée du 15 septembre lG2i.
Le cardinal de La Valette partit pour Rome, laissant ladministraflon de son diocèse k Philippe de Cospean, évêque de Lizieux, et à ses vicaires généraux. L'un d'entr'eux, Jean Saverius abbé de Saint-Savin, appela à Toulouse les bénédictins des Blancs-Manteaux, qui allèrent habiter le séminaire de Saint-Louis que le prélat avait construit pour eux.
Une des grandes familles de Toulouse vil alors un de ses membres, Antoine de Paulo, élevé à la dignité de grand-prieur de Malte. 11 contribua puissamment à rétablissement des dames Maltaises à Toulouse. Ces religieuses s'établirent d'abord chez M""'' de la Mamye, vis-à-vis de l'église de la Dalbade ; de là chez M"* de Confort,sur la même paroisse ; enfin à Saint-Cyprien, au lieu de la Cavalerie, où. elles construisirent leur église et monastère, qui a subsisté jusqu'à la Révolution française. De sages constitutions leur avaient été données par le grand-maitre Jean- Paul Lascaris de Castellar ; elles les publièrent à Toulouse en 1644.
Le couvent des Feuillantines, qui n'était pas très éloigné de celui des dames de Malte, venait de s'enrichir de la dépouille mortelle d'Antoinette d'Orléans de Longueville. Ce corps fut placé dans le chœur des religieuses, et il y demeura jusqu'à l'époque de la Révolution, où il fut transporté dans Tun des caveaux de Téglise paroissiale de Saint-Nicolas, d'où il a été tiré de nos jours pour être porté chez les religieuses bénédictines du Saint-Sacrement, où il repose. Nous possédons plusieurs objets précieux ayant appartenu à M™' de Longueville : ses ciseaux damasquinés.
son sceau, une boite de porcelaine guillochée antique. Le pape lui avait fait cadeau d'un splendide reliquaire dont les bénédictines de Toulouse ont une partie. On trouve son testament dans Thistoire de Tâbbaye de Fontevrault.
A la même époque, le corps de saint Thomas d'Aquin, aux jacobins, fut placé sous un splendide mausolée que lui éleva la piété des dominicains et des fidèles de Téglise de Toulouse : le duc de Nevers donna deux colonnes ; les frères Claude Borrey, dominicains, exécutèrent ce monument dont l'extrémité s'élevait jusqu'à la voûte; il terminait le chœur des.religieux qui occupait la partie occidentale de la grande éghse. Le corps du saint reposait sur un autel à quatre faces, et était renfermé dans une caisse de chêne revêtue de lames de vermeil. Ce mausolée a été détruit à la Révolution; le dessin en a été conservé.
En 1624, la paix fut rétablie dans la province; elle fut célébrée à Toulouse par diverses fêtes. Le duc de Ventadour y donna un magnifique carrousel, auquel prit part toute la noblesse du pays. Le comte de Caraman y remporta le prix des courses, qui consistait en une boîte garnie de diamants. Cette paix ne fut pas de longue durée. Les religionnaîres ayant repris les hostilités , ils placèrent à leur tête le duc de Rohan, avec le titre de généralissime de leurs troupes. Le roi envoya contre lui le. maréchal de Thémines, qui s'empara de quelques places sur Rohan, fit du dégât aux environs de Castres, et se porta dans le pays de Foix vers le Mas-d'Azil, dont il fit le siège , mais qui fut levé plus tard. Les Toulousains qui servaient dans l'armée de Thémines se distinguèrent par leur valeur au sié^e.du
Mas et à Tassaut qu'ils livrèrent à la célèbre grotte où deux mille hommes pouvaient se tenir enfermés.
Le cardinal de BéruUe venait de doter TEglise de France d'un nouvel institut connu sous le nom de VOratoire de Jésus. Des prêtres de cette compagnie s'établirent vers cette époque à Toulouse. L'un de ses membres, le P. Paul Mersère, vint en 1618 prêcher k Saint-Etienne. Après avoir entendu ses prédications, le premier président Gilles Le Mazurier et Jean de Rudelle vicaire général lui proposèrent un établissement dans la ville. Il fut alors statué que les prêtres qui desservaient l'église de la Dalbade céderaient la cure aui oratoriens, qui en prirent possession au mois de juin 1620 et s'y établirent définitivement en 1625. Le P. Bourgoing, dont Bossuet prononça l'oraison funèbre, (}irigea pendant quelque temps la maison de l'Oratoire à Toulouse. Plus tard, les oratoriens construisirent un séminaire qui a subsisté jusqu'à la Révolution française ; il était situé rue de la Dalbade, vis-à-vis du grand hôtel 'de Malte. Le dernier de cette célèbre compagnie qui gouverna la cure de celle église, fut le P. Roure, qui est mort de nos jours.
Le duc de Rohan, fatigué de guerroyer en Languedoc, convoqua à Castres une assemblée générale des religionnaires et la fit résoudre à demander la paix. Les négociations eurent un heureux succès : la paix fut conclue le 5 février 1626, et l'édit fut publié par le roi le 6 avril suivant. Pierre d'Esplas sieur de Gragnague, président au parlement de Toulouse, fut chargé par le prince d'aller informer sur les lieux de tous les désordres qu'avaient pu commettre les troupes royales pendant la guerre, afin de les réparer. L'édit ne fut enregistré au parlement qu'après
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le supplice de Canredon, émissaire du duc de Rohan en Espagne, qui eut la tète tranchée à Toulouse. On accusa le premier président Le Mazurier d'avoir différé Fenregistrement, afin que Canredon et Moyse son associé ne pussent pas profiter de Tamnistie. Ce dernier fut condamné aux galères. Il faut observer que le premier président était devenu, à cette époque, Vobjet d'une certaine opposition, et' qu'on publia contre lui plusieurs libelles qui furent déférés au roi, lequel ordonoa d'en poursuivre les auteurs.
Le président de Bertbier donna lieu à une assemblée extraordinaire des mainteneurs du Gai-Savoir. Ce magistrat, en sa qualité de chancelier des jeux, avait envoyé l'œillet à M"« de Cadillac, âgée de sept ans. Tout le consistoire et les bayles des jeux s'alarmèrent d'un pareil abus. Les mainteneurs, sacrifiant la galanterie à leurs devoirs, décrétèrent que les femmes seraient exclues du sein du gai consistoire ; qu'on ne recevrait aucun maitre-ès-jeux qui n'eût remporté trois prix ; que les candidats liraient leurs ojuvrages, pendant le repas, aux trois premières tables ; que les capitouls assisteraient aux séances sans avoir voix délibérative, et que les maîtres-ès-jeux prêteraient serment entre les mains des capitouls.
Les luttes académiques furent beaucoup plus paisibles que celles des universités de France contre les PP. Jésuites; elles poursuivaient toujours leurs projets contre la compagnie. Nous avons laissé cette affaire au conseil du roi. Afin de poursuivre plus facilement leur instance en cassation de l'arrêt du parlement de Toulouse, les jésuites tétaient mis sous le couvert de messire Just-Henri de
Toiirnon, seigaeur et baron dudit lieu, qui se posa comme demandeur en évocation de la cause pendante en la cour du parlement. Aussitôt les universités de France firent paraître un mémoire au mois de mars 1626 contre le sieur de Tournon. Ce mémoire porta un terrible coup à la compagnie, car le conseil privé rendit le 27 mars un arrêt par lequel, sans avoir égard à la requête du sieur de Tournon, renvoya les parties en son parlement de Toulouse, qui, par un nouvel arrêt du 29 août 1G26, déclara que celui du 19 juillet 1623 sortirait son plein et entier effet.
Dès Tannée précédente, la faculté de théologie de Paris et rassemblée du clergé avaient censuré deux écrits composés par les jésuites Eudemon Jean et Relier, et ayant pour titre Admonitio ad regetn et mysteria politica, comme attentatoire aux droits des souverains. Les amis des jésuites, à la tête desquels se trouvait le cardinal de La Rochefoucault, cherchèrent à faire annuler cette censure. Tandis que le parlement de Paris, par plusieurs arrêts, la défendait vivement, le cardinal , poursuivant son plan, réunissait dans son palais abbatial de Sainte-Geneviève plusieurs prélats afm d'obtenir une déclaration de désaveu de la censure. La Rochefoucault n'obtint pas tout ce qu'il voulait puisque, tout en désavouant ce dernier acte, les prélats ne laissaient pas de déclarer que la doctrine de ces écrits ne pouvait être approuvée. Le cardinal de La Valette signa ce désaveu.
Mais le parlement, par un arrêt du 3 mars 1626, déclara cette seconde assemblée illicite. Le 7, les évêques répondirent à larrêt du parlement. Sur la demande des prélats, le conseil du roi évoqua l'affaire à sa personne
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royale. Sans se laisser intimider par cet arrêt dn conseil, le parlement ordonna aux évêques de se rendre dans leurs diocèses, sous peine de saisie de leur temporel. Les choses en étaient à ce point lorsque le cardinal de La Valette, craignant que le désaveu de la première censure ne donnât à la cour quelques soupçons sur Tépiscopat, dressa une nouvelle censure qui condamna la doctrine des écrits mentionnés, sans donner toutefois à leurs auteurs les qualifications déshonorantes de la première.
Ces actes divers, où paraît le nom de Tarchevêque de Toulouse, sont les derniers de son épiscopat. A cette époque il se démit de son siège en faveur de Charles de Montchal, qui lui succéda. La Valette n'était jamais entré dans les ordres. Etant passé dans l'état séculier peu d'années après, il fut créé général des armées du roi en Allemagne, en Belgique, devant Metz et Angers, fit le siège de Landrecies, et mourut à Rivoli près de Turin, en 1639, à l'âge de quarante-sept ans. Son corps, porté d'abord à l'abbaye de Saint-Saturnin de Toulouse, fut inhumé à Cadillac par les ordres du duc d'Epernon son père.
A l'épiscopat de Louis de Nogaret de La Valette, qui dura douze années, se rattache l'existence de plusieurs auteurs célèbres à Toulouse. Le premier est Guillaume Ader, médecin k l'université de cette ville. Il publia, en 1620, un ouvrage latin très curieux qui a pour titre : Enarrationes de œgrotis et morbis in Evangelio. Son but était de prouver que toutes les maladies guéries par Jésus- Christ ne pouvaient pas l'être par les moyens naturels. Il le dédia à Bernard Daffls, évêque de Lombez. Cet ouvrage est divisé en trois parties ; on y trouve à la fin un assez
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long discours qu'il prononça sur ce même sujet ayant de publier son livre, et qui en offre tout le plan. Cest sans aucun fondement que Ton prétend qu'Ader avait â*abord soutenu la thèse contraire, et qu'il ne composa son second ouvrage que pour détruire le mauvais effet qu'avait produit le premier. Les sentiments religieux d'Ader s'opposent à cette supposition. Laurent, son fils, composa en vers latins son éloge.
Le célèbre jurisconsulte Bernard de La Roche-Flavin brillait à cette époque. Il naquit à Saint-Sernin, petite ville du diocèse de Vabres, devint successivement conseiller au parlement de Toulouse et de Paris, président à la chambre des requêtes à Toulouse, et créé conseiller d'Etat par Henri IIL 11 composa d'abord un traité sur les treize par kments de France, qu'il dédia au cardinal de La Valette. Ce traité ne plut pas aux magistrats de Toulouse, qui, par arrêt rendu en 1617, condamnèrent le livre à être lacéré et brûlé par le greffier de la cour ; l'auteur, à trois mille livres d'amende, à être admonesté tête nue par le premier président et suspendu pour un an de ses fonctions. Cet arrêt fut exécuté. On a encore de La Roche-Flavin un recueil des arrêts notablea du parlement de Toulouse , publiés par Graverol ; des mémoires sur les antiquités et singularités de la ville de Toulouse, dont il ne publia que l'abrégé incomplet et qui fait peu regretter le reste. La Roche-Flavin mourut en 1626, à l'âge de soixante-quinze ans. Son corps fut inhumé dans l'église des Cordeliers, sous un mausolée ; son cœur fut placé dans l'église de Frouzins, près de Muret, où il possédait la terre de Labourgade;
Nous trouvons encore sous l'épiscopat de La Valette,
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François de TEstang. Il fut d'abord élevé auprès du duc de Mayenne et embrassa le parti de la ligue ; mais il rentra bientôt sous Vobéissance du roi Henri IV, qui le nomma président à mortier au parlement de Toulouse, et ensuite premier président de la chambre de l'édit établie à Castres. Il mourut à Toulouse en 1617, à Fâge de cinquante-neuf ans. On lui éleva dans la cathédrale une statue en marbre blanc, d*un très beau travail, à Tune des portes latérales du chœur, où elle est encore. Il composa plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue un Traité du Sacrement de FAutel et une Histoire des Gaules. De FEstang était un homme profondément religieux qui employa sa fortune à faire de pieuses fondations, dans plusieurs établissements, soit a Toulouse, soit à Brives dont il avait dirigé le présidial«
Philippe de Berthier seigneur de Montrabe vivait au même temps. Il parvint à la haute dignité de président à mortier au parlement de Toulouse, où il mourut en 1618. Il est auteur d'un livre qui a pour titre : Icônes sancti Saturnini, écrit en vers latins en Thonneur des saints dont les reliques reposent dans la basilique et dçs évèques de Toulouse.
A côté de ces illustres Toulousains paraît encore Guillaume de Maran, savant professeur de droit à l'université de Toulouse. Il avait étudié sous, le célèbre Cujas, et pendant quarante ans il attira à ses cours les hommes les plus distingués, tels que Pierre de Marca, Innocent de Ciron et François Bosquet. Il est Fauteur de plusieurs ouvrages, entr*autres des Paraiitles sur le Digeste, qu'il dédia au cardinal de La Valette. Il mourut en 1621.
Guillaume de Catel tient un des premiers rangs parmi tous ces auteurs. Il naquit à Toulouse en 1560; il fit ses premières études au collège de FEsquille, et ensuite à Paris sousGenebrard. Pourvu d'une place déconseiller au parlement de Toulouse après la mort de Jean de Catel son père, il en remplit les fonctions avec toute l'intégrité et la distinction d'un grand magistrat. Ce fut pendant les loisirs que lui laissaient les fonctions de sa charge qu'il composa les deux grands et excellents ouvrages qui nous restent de lui. Le premier parut en 1623, et porte le titre û' Histoire des comtes de Tolose, Il est dédié à M«' de Montmorency, amiral de France et gouverneur du Languedoc. Cet ouvrage infiniment précieux pour notre histoire locale est divisé en deux livres. Dans le premier on trouve un état sommaire du pays de Languedoc et de ceux qui l'ont occupé Jusqu'à rétablissement des comtes; l'origine et la succession de ces seigneurs, le catalogue général des comtes d'après divers auteurs (Catel en marque vingt-trois, depuis Torcin sous Charlemagne jusqu'à Jeanne de Poitiers) ; l'expositioa des titres des comtes de Toulouse et la description de leur cour souveraine. Catel parle ensuite des princes et rois dont les comtes ont relevé, et arrive enfin à la biographie particulière de chaque comte, en commençant par Corson ou Torcin jusqu'à Raymond IV de Saint-Gilles. Le second livre commence à ce dernier comte et se poursuit jusqu'à Jeanne de Poitiers, fille de Raymond VII et dernière princesse de cette maison.
A la suite de la grande histoire des comtes, Catel inséra sept petites chroniques sur la môme matière. La première renferme les noms et les effigies des comtes avec les cos-
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tûmes originaux extraits d un manuscrit que la famille de Chalvet avait mis à la disposition de l'auteur. La deuxième est un abrégé, en français, de la généalogie et vie des comtes, extrait d un registre de la maison de ville de Toulouse. La troisième est un petit traité sur les comtes, composé par Bernard de La Guyonie, dominicain. La quatrième est la chronique de Guillaume de Puylaurens ; la cinquième attribuée à Pierre de Lodève ; la sixième anonyme ; la septième extraite d'un ancien martyrologe de Saint-Paul de Narbonne.
Le second ouvrage de Guillaume de Catel, ce sont ses Mémoires de Vhistoire du Languedoc. Ils parurent en 1633, sept ans après la mort de l'auteur, par les soins de son neveu, qui les dédia à Séguier, garde-des-sceaux de France. Il est divisé en cinq livres.
Catel établit dans le premier livre que le pays du Languedoc a toujours appartenu à la province des Gaules , et non à l'Espagne. Il décrit ensuite la Gaule narbonnaise appelée Bracata et en fixe les limites; il montre que Tolose a toujours appartenu à cette province. Après avoir donné la division de la Gaule narbonnaise, il fait voir que le pays du Languedoc est ce qu'on appelait autrefois la Narbonnaise première, où se trouvaient les Volsques et leurs principales villes; que la Seplimanie a été appelée Gothie, a ensuite pris le nom de province de Saint-Gilles, et enfin celui de Languedoc. 11 donne ensuite une description exacte de la fertilité de cette province et des rivières qui l'arrosent.
Le second livre contient l'histoire de Narbonne, de Tolose, de Beziers, d'Agde, de Niraes, de Montpellier, de Lodève, d'Uzès, deCarcassonne, d'Alby, dcMende, du Puy,
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de Viviers, de Comminges, de Pamiers, de Lavaur, de Montauban, de Saint-Papoul, de Rieux, de Mirepoix, d'Arles, de Saint-Pons, de Castres. Catel parle ensuite des divers itinéraires du Languedoc, obsen^ant que les Gaulois comptaient par lieues et non par milles, et que les milles étaient beaucoup plus courts que les lieues. Il offre ensuite l'histoire abrégée des villes, bourgs et châteaux du Languedoc qui n'étaient point évéchés ou mentionnés dans les anciens itinéraires. Ce second livre est terminé par U nomenclature des villes, bourgs et villages du Languedoc qui payaient taille au roi. A cet effet la province était divisée en généralités. Celle de Toulouse comprenait onze diocèses ; on y comptait les jugeries de Villelongue, de Lauraguais et de Rieux. Le temporel de Tarchevèché do Toulouse comprenait trente-sept villages ou bourgs.
Le troisième livre des Mémoires du Languedoc renferme d'abord l'histoire fabuleuse des principales villes de cette province. L'auteur expose ensuite l'état du Languedoc avant l'occupation romaine; il parle des divers mémoires que les anciens auteurs nous ont laissés sur ce pays, de là manière dont les Romains s'en emparèrent, du séjour de ces peuples, ainsi que des Germains, des Vandales, des Visigoths et des Francs. Il retrace l'histoire des princes de la nation des visigoths qui régnèrent en deçà et au delà des Alpes. Viennent ensuite les expéditions des Sarrasins en Languedoc, les guerres de Pépin contre les ducs d'Aquitaine, celles de Cbarlemagne et de Louis-le-^ Débonnaire, les invasions des Normands, des Hongrois et des Anglais en Languedoc.
Le quatrième livre renferme l'histoire des vicomtes de
Narbonae, des comtes de Carcassonne, des vicomtes de Beziers, des seigneurs de Montpellier, des comtes de Foix, des comtes de Castres et des comtes de Carmaing.
Le cinquième livre nous offre la biographie des archevêques de Narbonne, des évêques et archevêques de Tolose, des évêques de Beziers, d'Agde, de Nîmes, de Maguelonne ou Montpellier, de Lodève, d'Uzès , d'Elne ou Perpignan, de Carcassonne, d^Albî, de Mende, du Puy, de Viviers, de Pamîers, de Castres, de Saint-Papoul, de Saint-Pons, d'Alet, de Mirepoix, de Rieux, de Montauban, et de Comminges.
On trouve à la tète des Mémoires de Catel un éloge historique composé par son neveu. Nous apprenons que la famille de Catel portait le surnom de la Campane, et qu'elle était originaire d'Ecosse; que Catel eut pour père Jean de Catel, fils de Pierre de Catel, membres du parlement de Toulouse, et pour mère Jacquette de La Mamye. Il épousa Françoise de Seguier, qui lui donna deux filles, l'une mariée à M. de Bertier, conseiller au parlement, et l'autre à M. de Puymisson. Catel mourut le 5 octobre 1626 et fut inhumé au cloître de Saint-Etienne, dans un oratoire de Sainte-Madeleine dit de Catel de la Campane, bâti et orné par ses ancêtres.
Nous nous sommes un peu étendu sur Catel et ses ouvrages, parce que de tous nos anciens auteurs c'est celui dont les recherches sont les plus nombreuses, les plus exactes, et la critique la plus sûre. Il y a sans doute des erreurs dans Catel, mais ces erreurs de noms ou de dates n'empêchent pas que ses livres n'aient servi et ne servent
encore de guide à tous les auteurs qui ont traité ces inèmes matières.
Jean de Chabanel de Toulouse, docteur en théologie et recteur de Téglise de la Daurade, publia son livre des Antiquités de cette église, qu il dédia à la ville et à ses capitouls ; il donna en même temps un autre écrit sur l'état et police de la même église. On trouve dans ses ouvrages des faits intéressants et curieux, mais on désirerait une critique plus éclairée. Chabanel ne fut pas heureux dans la publication d'un livre sur les sources de l'élégance française; il y fit preuve d'un assez mauvais goût. Chabanel mourut sous l'épiscopat de M. de Montchal.
Le prince de Condé arriva à Toulouse le IS janvier 1628, accompagné du duc de Montmorency son beau-frère, du duc de Ventadour et de beaucoup de noblesse ; îl y trouva le duc d'Epernon. Deux jours après son arrivée, il se rendit au parlement et y déclara que le roi l'avait envoyé pour combattre le duc de Rohan et ses partisans. La cour du parlement, par les ordres du roi, rendit un arrêt le 22 janvier contre les rebelles. Rohan fut condamné à être tiré à quatre chevaux, ce qui fut exécuté en effigie sur la place du Salin. A cette nouvelle, Rohan fit, de son côté, exécuter en effigie le premier président Le Mazuyer. Le 2 mars, Condé assembla k Toulouse les Etats du Languedoc, qui se réunirent sous la présidence de l'évêque de Castres dans l'ancien réfectoire du chapitre de Saint- Etienne.
Pendant la tenue des Etats, le prince de Condé partit pour le pays de Foix et alla mettre le siège devant Pamiers, défendu par Beaufort, général du duc de Rohan. La ville
fui prise et livrée au pillage. Béaufort et Auros gouverneur de Mazères prirent la fuite, mais ils furent arrêtés et mis à mort a Toulouse. Les catholiques prirent possession du temple abandonné par les religionnaires jusqu'à ce que la ' cathédrale que ceux-ci avaient détruite fût rebâtie. On chanta à Toulouse un Te Deuni pour la prise de Pamîers.
Nous laisserons le prince de Condé poursuivre le cours de ses expéditions dans le haut Languedoc contre Rohan et les religionnaires, pour nous occuper de Vépiscopàt de Charles de Montchal, Tun des plus longs et des plus glorieux de notre Eglise.
Ce prélat naquit à Annonay, vers la fin du seizième siècle. Il était fils de Jean de Montchal et d*Anne de GaiUon. Il fut d'abord bénéficier d'Autun, ensuite chanoine d'Angoulême et abbé de Saint-Amans-de-Boixe et de Saint-Sauveur-de- Coutances. Il fut sacré dans l'église Sainte-Geneviève, à Paris, par le cardinal de Balnéo, assisté des évêques d'Agen et d'Angers, en présence des cardinaux de La Rochefoucauld et de La Valette. Tout se préparait à Toulouse pour le recevoir : les çapitouls firent meubler la maison du président Du Faur à Lalande pour sa réception. Le 14 mai 1628, au matin, il se rendit au couvent des Minimes où il fut harangué par toutes les compagnies, tant ecclésiastiques que séculières. Il fit son entrée dans Tordre suivant : ses domestiques à cheval, — les juges et auires ofiiciers de ses tribunaux, — cent de ses vassaux à cheval, Fépée au côté, — plusieurs conseillers au parlement, gentilshommes et officiers du roi, — l'archevêque monté sur une mule richement harnachée tenue par deux de ses valets, — deux
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capitouls à ses côtés, — nu-devant son porte-croix à cheval, — derrière lui son carrosse à six chevaux, — la noblesse dans quarante carrosses. Arrivé sur la place Saint- Etienne, il fut reçu par le chapitre, et s'étant revêtu de ses habits pontificaux dans la maison dite du Balcon^ il reçut à rentrée de l'église la harangue de Louis de Bertier, évoque de Rieux. Etant monté à l'autel du chœur, il y donna la bénédiction solennelle au peuple, et se retira à l'archeTêché, où il reçut la visite et les présents des capitouls, qui, le soir, lui offrirent un souper splendide. Le 17 mai, jour de la fête de la délivrance de la ville, il officia pour la première fois pontiâcalement.
M»' de Montchal trouva le diocèse de Toulouse parfaitement administré, quoique le cardinal de La Valette ne fût point dans les ordres et qu'il résidât peu dans son archevêché* Il avait choisi pour vicaires généraux ceux qui avaient gouverné le diocèse sous le cardinal de Joyeuse : de Calmels, de Videlli, de Bertier, de Claret. Ceux-ci rendirent plusieurs ordonnances, en synodes, sur l'obligation pour les fidèles d'assister à la paroisse, sur la résidence des curés et l'obligation de porter l'habit ecclésiastique. Philippe de Cospéan, évêque d'Aire, administra le diocèse de Toulouse et rendit aussi plusieurs ordonnances ; il eut soin de renouveler toutes les règles de discipline étaUies sous le cardinal de Joyeuse. Il tint plusieurs synodes, et un entre autres au mois de mai 1615. Après lui, Jean de Rudèle^ vicaire général du cardinal de La Valette, entretint le bien qui s'était opéré dans le clergé. Tel était l'état du diocèse lorsque Charles de Montchal prit le gouvememeot de son Eglise.
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Le prince de Condé, après la levée du siège de Saint- Affrique, se rendit à Toulouse, où it arriva le 15 juin au soir. Les Etats qui étaient toujours assemblés allèrent le saluer le jour même. Ils avaient accordé quinze cents livres aux jacobins de Toulouse pour leur chapitre général qui devait se tenir dans leur couvent et où Ton devait faîfe félévation des reliques de saint Thomas d'Âquin. Elle se fit avec beaucoup de pompe le jour de la Pentecôte, 1 1 juin 1628, en présence du chapitre général de Tordre, qui fut tenu alors à Toulouse pour la cinquième fois. Les précieuses reliques qui étaient renfermées dans une châsse de bois furent transférées dans une châsse d argent et placées dans un superbe mausolée nouvellement élevé. Le jour de la Trinité, 18 juin, elles furent portées par toute la ville dans une procession sotennelle à laquelle Charles de Montchai officia pontificalement, accompagné des évêques Pierre de Donnaud de Mirepoix, Claude Duverger de Lavaur, Etienne de Polverel d'Alet, Jean-Jacques de Fleyres, coadjuteur de Saint-Pons, et Jean de Plantavit de la Pause de Lodève. Tous les ordres de la province et un concours extraordinaire de peuple se trouvèrent à cette cérémonie. La procession fit une station à la cathédrale de Saint- Etienne, où le prince de Condé, à la tête de la noblesse l'attendait.
Ce prince se rendit aux Elats peu de jours avant leur séparation pour leur rendre compte de son expédition, et y faire voir que la perte qu'il venait d'éprouver devant Saint- Affrique n'était pas aussi grande qu'on pouvait le croire. Il partit de Toulouse le 29 juin, alla joindre son armée aux ionvirons de Laulrec, .s'avança vers Castres, ravagea tout
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le pays et enleva ua grand nombre de places aux religionnaires.
Pendant cette expédition la peste exerça d^affreux ravages à Toulouse. On fit construire des cabanes au milieu des jardins qui entouraient l'oratoire de Saint-Aubin pour y placer les pestiférés ; puis elles furent transportées beaucoup plus loin, — au pré des Sept Deniers, sur les bords de la Garonne. Le clergé séculier et régulier rivalisa de zèle pour le soin des mtalades ; les capucins surtout furent admirables de dévouement. Aux secours naturels on ajouta ceux que la religion peut offrir : des processions furent organisées ; les capitouls firent hommage à Notre- Dame de la Daurade d une lampe du poids de trois cents livres. Grâce aux prières publiques et à la création de bureaux sanitaires, la contagion diminua insensiblement.
Au milieu des ravages de la peste, Charles de Montchal rendit sa première ordonnance qui embrasse les points les plus essentiels de la discipline ecclésiastique. Elle porte la date du 11 juillet 1628. Peu de mois après, la Rochelle tomba au pouvoir du roi. La prise de cette place fut suivie du traité de Nimes, et le cardinal de Richelieu se disposa à se rendre à Montauban pour le faire exécuter. Son Eminence avait envoyé en cette ville le sieur de Guron pour y faire les préparatifs nécessaires à son arrivée. L'archevêque de Toulouse et l'évêque de Pamiers, qui s'y étaient rendus pour l'attendre, s'aperçurent que les armes du cardinal étaient surmontées de la couronne ducale et de la croix de légat, ce qui donna lieu à ces prélats do supposer que son dessein était d'obtenir du pape cette dernière dignité. Larchevèque était encore à Montauban au
commencement de Tannée 1629, puiscpie François Maran, son granâ-vicaire> rendit à Toulouse une ordonnance relative au fléau de la peste : ce qui prouve que le fléau n'avait pas encore entièrement disparu à cette' époque. En effet, nos annales font une description vraiment effrayante des ravages que la peste exerça dans cette cité. La plupart des habitants prirent la fuite. A la peste se mêla bientôt la famine ; tous les tribunaux vaquèrent, et les jeux de Gémence-Isaure furent suspendus. La contagion empêcha le cardinal de Richelieu de se rendre à Toulouse; de Montpellier, il fit route pour Âlbi, en passant par Saint- Sulpice et Buzet, où il reçut une déptitation du parlement, et entra dans Montauban le 20 août. Ce fut dans cette ville que la paix fut accordée aux calvinistes. Sur ces entrefaites le prince de Condé arrivait à Saint-Jory, où il fut complimenté par un capitoul et deux gentilshommes qui lui portèrent des plaintes sérieuses sur la conduite des soldats aux environs de la ville. Les membres du parlement, les capitouls et l'université se rendirent a Montauban pour y complimenter le cardinal ; on débita les harangues en latin, et le cardinal répondit dans la même langue. Le ministre confia aux capitouls le soin de détruire les fortifications de toutes les villes des rebelles du diocèse.
La peste continua ses ravages en 1630 à Toulouse; les besoins étaient extrêmes : c'est ce qui détermina le sieur Ortely, recteur de la Dalbade, à instituer la ville pour son héritière. Les fonds provenant de cette hérédité furent plus tard employés aux prix du collège de l'Esquille.
A celte époque les familles de Cambolas et de Ciron coniribucrcnt puissamment à rétablissement des religieuses de
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Notre-Dame récemment fondées par M*"' de Lestonnac marquise de Montferrand. Cette femme célèbre était née à Bordeaux en 1556, de Richard de Lestonnac et de demoiselle Eyqueili de Montaigne, sœur de Fauteur des Essais. AFâge de dix-sept ans, elle épousa Gaston marquis de Montferrand, dont elle eut sept enfants ; trois moururent en bas âge. A quarante ans, elle devint veuve. La réputation de sainteté d'Antoinette de Longueville et de la maison des feuillantines de Toulouse Tattirèrent dans ce couvent, où elle ne resta que peu de temps; elle y prit cependant l'habit le 11 juin 1603. Ne pouvant supporter les austérités de cette règle, elle revint à Bordeaux, toujours résolue à quitter te monde. Elle confia ses projets au P. Des Bordes, jésuite, et ils tracèrent ensemble le plan d'un institut spécialement destiné à l'éducation des jeunes protestantes converties. Ce plan reçut son exécution, grâce à la bienveillance du cardinal de Sourdis, du maréchal d'Omano, et a l'activité du sieur Moisset, curé de Sainte-Colombe à Bordeaux, qui obtint enfin du pape Paul V l'approbation de ce nouvel insUtut le 16 avril 1607.
En 1619, M"« de Lestonnac vint à Toulouse pour y établir son institut. C'était la cinquième maison qu'elle fondait elle-même. Elle conduisit avec elle Jeanne de Reyniés, Marguerite de Blanchard et Marthe deLaroque. Des obstacles imprévus arrêtèrent toutefois l'œuvre de celte fondation, qui fut reprise en 1630 et heureusement terminée. Les premières ouvertures furent faites à Jean de Rudelle, vicaire général du cardinal de La Valette. On destina d'abord à ces filles l'ancien séminaire des PP. bénédictins, situé rue du Taur ; de là on les transporta près du
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couvent des Grands -Carmes. Mais cette première fondation fut fortement éprouvée par rinconstance et le déplorable caractère d'une dame de qualité, qui avait acheté de ses deniers la maison qu*occupaient M"^ de Lestonnac et ses filles. Les soins les plus touchants, la plus respectueuse déférence de la part de ces saintes religieuses ne purent fléchir cette femme, qui chercha à faire résilier le contrat de donation. Ne pouvant rien obtenir, M"''' de Lestonnac et ses compagnes retournèrent à Bordeaux. Ainsi la fondation de Toulouse échoua pour la seconde fois. Enfin de nouvelles négociations furent ouvertes par cette même dame qu^un sincère repentir conduisait à une éclatante réparation. Elle se servit de la protection de Charles de Montchal • qui, après avoir pris toutes ses assurances, écrivit à Bordeaux pour obtenir le retour des filles de Notre-Dame.
A la prière de ce prélat, Catherine de Guérin, Marie de Reclus, Claire de Laval, Prudence de Monrevel et Jeanne de Joly arrivèrent à Toulouse en 1629. Elles s'établirent dans une maison située rue Valade, vis-à-vis du couvent des capucins, où elles eurent beaucoup à souffrir de la famine, de la peste, et de diverses oppositions, soit de la part des habitants, soit aussi de la part de la femme dont nous avons parlé. Enfin, en 1650, grâce aux libéralités et aux soins des deux grandes familles dont nous avons parlé, elles s'établirent non loin du couvent des dominicains, où elles construisirent plus tard une vaste maison dans la rue qui porte encore le nom de Notre-Dame-du-Sac, et qu'elles possédèrent jusqu'à la Révolution française. M"»'' de Les-. tonnac mourut le 2 février 1640. On poursuit aujourd'hui le procès do sa béatification.
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Près de cinq mille personnes périrent à Toulouse de là peste dans les années 1650 et 163i; Parmi les victimes, on compta le premier président Le Mazurier, qui mourut le 10 octobre et fat inhumé aux Chartreux. On chercha à apaiser le courroux du ciel par des prières publiques, des processions; on fit un vœu aux reliques de saint Edmond, roi d'Angleterre, que possédait la basilique de Saint-Saturnin, vœu qui ne fut réalisé que beaucoup plus tard. De Paris, où il se trouvait alors, FarcbeTêque Charles de Montchal écrivit aux capitouls qu'il avait fail yœu au pied des autels, pour la délivrance de la ville, d'aller processionnellement à Notre-Dame-de-Garaison, et qu'il l'accomplirait à son retour.
Ce prélat eut alors un démêlé assez vif avec le recteur et les professeurs de l'université de Toulouse, au sujet de la préséance dans les cérémonies publiques. L'archevêquo prétendait avoir le pas sur le recteur, même dans les concours de l'université. Le conseil du roi décida en faveur du prélat ; mais le corps enseignant entreprit de justifier ses privilèges contre Charles de Montchal, et publia un ouvrage qui a pour titre : Avertissement pour les recteur, docteurs, régents et professseurs de l'université de Tolose. Cet écrit, plein d'intérêt, renferme l'histoire à peu près complète de l'université de cette ville. Il fut composé par le sieur de Villemonté, rapporteur dans cette affaire. Le recteur adressa ensuite une requête au roi en son conseil privé, et répondit à toutes les injures et attaques qu'on avait dirigées contre le corps qu'il présidait. L'histoire ne nous apprend plus rien de cette affaire.
Un événement d'une toute autre importance doit main-
tenant nous occuper. Marie de Médicis, mère de Louis Xlil, et Gaston d*Orléans son frère détestaient le cardinal de Richelieu ; ils formèrent un parti puissant dans le but d*amener sa disgrâce. Inutiles efforts! le cardinal sut se maintenir. La reine et son fils sortirent du royaume et se réfugièrent dans les Pays-Bas. Gaston envoya des émissaires aux huguenots du Languedoc pour les engager à prendre les armes ; d*un autre côté, le duc de Guise, ennemi du cardinal, envoya des députés aux Etats du Languedoc pour les faire entrer dans le parti d*Orléans. Par dessous main, Alphonse dTlbène, de Florence, évéque d'Albi et créature de la reine-mère, ayant appris que le duc de Montmorency était très mécontent du cardinal, ne négligea rien pour l'engager à embrasser la cause de la reine-mère, lui envoyant son neveu à Pézenas pour activer cette importante négociation. La duchesse sa femme ne demeura pas étrangère aux démarches qu'on fit auprès de lui. Il céda enfin à toutes ces sollicitations, embrassa le parti de Monsieur, et résolut de faire soulever en sa faveur toute la province.
Cependant Hémeri, espion de Richelieu, fut averti de ces démarches et en fit part au cardinal, qui donna ordre au marquis De? Fosses, gouverneur de Montpellier, de s'emparer de la personne du duc. Le coup fut tenté dans un voyage que fit Montmorency le 20 juin 1632 à Montpellier; mais il ne put réussir. Aussitôt le duc leva ouvertement le, masque et se rendit dans le Vivarais pour s'assurer des places situées sur le Rhône. A Bagnols, il rencontra Soudeilhes, son capitaine des gardes, qu'il avait envoyé a la cour et que le cardinal lui renvoyait, le suppliant de ne
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pas embrasser le parti de la reine. Le duc n'écouta ni Soudeilbes ni Claude de Ribé, archevêque de Narbonne, qui rengageait vivement à ne pas déserter le parti du roi.
Ayant appris que Monsieur avait rassemblé quelques troupes et était entré dans le royaume, il s'achemina vers le Languedoc. II ne rattendait pas si tôt, et fut contrarié de cette entreprise un peu trop précipitée, car il n'avait pas eu le temps encore de se saisir des principales places el d'organiser son parti. Le temps pressait. Le 22 juillet, il se rendit aux Etats, où l'évêque d'Àlbi déclara ouvertement qu'il fallait se joindre au duc afin de délivrer la province du joug qui pesait sur elle. L'archevêque de Narbonne s'opposa vivement à ces projets; mais la confiance qu'on avait au duc était si grande que les Etats n'hésitèrent pas h se dévouer à lui.
A la sortie des Etats, l'archevêque de Narbonne et les commissaires du roi, Miron et Hémeri, furent arrêtés. Des gardes furent placés aux portes de Pézenas dans la crainto que tes membres des Etats ne quittassent la ville. L'aprèsmidi, il les fit assembler sous la présidence de d'Elbène, dont le discours tendait à faire accorder Y octroi au duc. €et octroi fut voté et accepté de la part du roi : les prisonniers furent rendus à la liberté. A peine les Etats étaient*ils congédiés que le duc envoya Guilleminet dans tous les diocèses pour faire les levées nécessaires, conformément à l'octroi. Les levées des impositions et celles des troupes s'exécutèrent pour le service du roi. On se servait de ce nom parce qu'on pensait que le prince ignorait ces intrigues. Montmorency chercha à s'assurer alors des diverses places. Albi, Lodôve, Uzès, Saint-Pons embrassèrent son
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parti par suite des sollicitations de leurs évoques. Nimes résista; Beziers fut pris et fortifié par le duc; Narbonne résista encore. Le 25 juillet, le duc était à Agde, d'où il partit bientôt après pour ailer auHlevant de Monsieur, qui était arrivé dans la province.
Ce prince arriva dans le royaume avec deux mille chevaux liégeois, allemands et wallons commandés par Metternik. chanoine de Trêves, et Des Granges. Il passa dans l'Auvergne et le Gévaudan, où Tévêque de Mende refusa de lui ouvrir les portes de sa ville épiscopale. Il reçut Ta l'abbé d'Elbène que Montmorency lui envoyait pour le supplier de retarder *son entrée dans la province; mais sa précipitation gâta tout. Le 50 juillet, Gaston et le duc se rencontrèrent à Lunel; le lendemain 31, ils se trouvèrent devant Nîmes, qu'ils ne purent prendre. Ils s'emparèrent du château de Beaucaire, qui fut assiégé par le maréchal de Viré. Monsieur et le duc se retirèrent à Pézenas.
Le parlement de Toulouse avait déjà pris ses mesures pour empêcher que le haut Languedoc ne se déclarât en faveur de Monsieur; la présence du maréchal de Schomberg contribua beaucoup à maintenir cette province dans la soumission au roi. Ce monarque, ayant appris la défection de Montmorency, résolut de marcher en personne en Languedoc pour arrêter la rébellion. Il se mit à la tête de ses troupes et prit la route de Lyon. Montmorency envoya alors Caudiac auprès du cardinal pour lai faire des propositions de paix, qai ne furent pas acceptées. Le 25 août, le roi déclara le duc criminel de lèse-majesté et déchu de tous les honneurs, grades et dignités. Le 5 septembre , il arriva k Lyon.
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Monsieur s'avança alors vers Beziers dans le dessein d'aller vers le Roussillon à la rencontre de cinq mille Napolitains qui venaient à son secours. Ces étrangers rebroussèrent chemin à la nouvelle de la marche du rd. Le duc et le prince marchèrent à la rencontre de Schomberg, qui arriva à Castres. Ce maréchal dirigea ses troupes vers le château de Saint-Félix de Caraman, dont le sieur de Juges de Maillac et ses trois frères s'étaient emparés au nom de Monsieur. Le 19 août, le château fut investi par Schomberg, Saint-Preuil et le marquis d'Ambres, à l'aide de rartillerie de Toulouse. De leur coté, le duc et le prince se dirigèrent vers Castelnaudary, pendant que le château de Saint- Félix était remis à Schomberg par l'abandon que lui en firent les sieurs de Juges moyennant une somme de dix mille livres.
Enfin les deux armées se trouvèrent en présence dans une plaine près de Castelnaudary. Sans entrer ici dans le détail de la bataille qui y fut Uvrée le 1** septembre, nous nous bornerons a dire que Montmorency y fit des prodiges de valeur. Il s'était porté avec intrépidité vers la cavalerie royale pour la charger, lorsque le comte de Rieux, prévoyant le danger qui le menaçait, voulut le détourner de cette attaque. Monsieur de Rieux, répondit le duc, il n'est plus temps de temporiser; donnons hardiment. — Monsieur, répliqua le comte, je mourrai à vos pieds. Aussitôt Montmorency, à la tête d'un escadron, s'avança vers le camp royaliste; son escorte fut en partie tuée, en partie mise en fuite. Le duc reçut un coup de feu à la gorge, qui le mit on fureur; il poussa son cheval, franchit lo fossé, renversa tout ce qui s opposait a son passage et parvint jusqu'au scp-
lième rang. Au mémo instant, il reçoit deux balles qui entrent par la bouche et lui rompent les dents. Son cheval s abat sous les coups de mousquet qu'il a reçus et tombe mort, entraînant le duc dans sa chute. Celui-ci, ne pouvant se débarrasser, cria : Montmorency! et pria ceux qui Tentouraient de ne pas Tabandonner et de le faire confesser. Il tira une bague de son doigt et chargea le sergent Sainte- Marie de la remettre à sa femme. Voyant Saint-Preuil, le due s'écria : AhJ Saint-Preuil f — Courage, mon maître; ce n'est rien, répondit le capitaine. Montmorency fut porté d'abord dans une métairie, près de Castelnaudary, où l'aumônier de Schomberg le confessa. On trouva sur son corps dix-sept blessf)*es. 11 fut ensuite placé sur une échelle couverte de manteaux et transporté à Castelnaudary. Le peuple, en le voyant, jetait des cris de désespoir.
Le combat de Castelnaudary ne dura qu'une demi-heure, et finit par la prise de Montmorency. Le 5 septembre Schomberg conduisit lui-même le duc à Lectoure et le fit enfermer, sous bonne garde, dans le château. On vit alors un grand nombre de villes de la province se soumettre au roi. Ce prince apprit à Lyon ces événements; il s'avança vers la province, et arriva le 14 au Pont-Saint-Esprit. Là, Cbaudebonne, député par Monsieur, apporta au roi les demandes de son frère qui avaient trait à la délivrance dé Montmorency, à obtenir une place de sûreté, et au rétabUssèment de la reine-mère dans ses biens et pensions. Ces articles furent refusés. Après quelques négociations, la paix fut conclue à Beziers le 29 septembre, entre le roi et son frère, Gaston accepta le pardon du roi et se soumit à toutes les conditions imposées. Il ne fut point fait
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mention du duc de Montmorency. Le 11 octobre, Louis XIII fit l'ouverture des Etats dans cette dernière ville. Le 14, il se dirigea vers Narbonne, après avoir essuyé sur la route un épouvantable orage par suite duquel ses équipages, ceux de la reine et de la cour, furent perdus en partie. Enfin, le 22 octobre, Leurs Majestés arritèrent à Toulouse et y entrèrent sans solennité. Lorsque le parlement alla saluer le roi, celui-ci dit à la compagnie qu'il voulait là nommer juge de Montmorency. Le 25 octobre, lô roi ordonna au duc de Brézé d'aller à Lectoure avec un corps de cavalerie chercher le duc et l'emmener à Toulouse. La ville fut occupée par dix compagnies du régiment des gardes et quatre de celui des Suisses; la garde de la cité fut commise à ces derniers.
Le 27 octobre arriva le duc, escorté par huit compagnies de cavalerie. Arrivés aux portes de la ville, le marquis de Brézé sortit du carrosse, fit fermer les portières, monta à cheval et le suivit immédiatement. Il était midi : les mousquetaires du roi environnèrent le carrosse et le conduisirent à l'hôtel-de-ville. Los rues et les places, depuis la barrière de Montpellier jusqu'au Capitole, étaient bordées de soldats, de gardes françaises et suisses. Le marquis de Brézé remit Montmorency entre les mains de Launay, lieutenant des gardes du corps, qui fut chargé de le garder avec vingt de ses hommes et cent suisses. Le duc descendit de carrosse, les yeux bandés. La chambre où il fut conduit existe encore; elle ouvre sur la seconde cour; on y monte par des degrés en pierre. La cheminée fut grillée, les fenêtres murées et la porte garnie de grosses barres de fer. Il fut gardé dans sa chambre par quatre gardes qui veillaient
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toar-à-tour avec son chirurgien dans une chambre voisine. Les yiandes lai furent servies toutes hachées, sans couteau ni fourchette.
Aussitôt après son arrivée, le garde-des-sceaux envoya au parlement les procédures qui avaient été faites contre lui. Elles consistment dans l"" une information faite à Narbonne par Jean de Lausson, maître des requêtes, et dans laquelle avaient été entendus comme témoins Jacques Sirois, écuyer, sieur de Sainte-Marie, archer des gardes du corps du roi; Antoine Boutillon, sergent d'un régiment des gardes; François Comminges, Saint-Preuil, Jean de la Roudière , capitaines aux gardes ; Roger de Bouffars, aidemajor; Claude de Beauregard, qui déposèrent sur la prise du duc ; 2* l'interrogatoire qu'avait subi Pierre Guilleminet, greffier des Etats, qui avait été mis en prison et qui avait justifié sa conduite sur la violence que lui avait faite le duc de Montmorency pour l'obliger a signer les commissions des Etats; 3^ les nouvelles lettres par lesquelles le roi commit le parlement de Toulouse pour faire le procès à Montmorency. — Anne de Cadillac et Clément Le Long furent nommés commissaires pour continuer les procédures.
Deux heures après l'arrivée du duc à l'hôtel-de-ville, les deux commissaires se rendirent auprès de lui pour lui donner lecture de la commission royale et commencer son interrogatoire. Les commissaires firent mander le duc dans une des salles où ils s'étaient arrêtés, et le greffier lui ayant donné lecture de la commission, il répondit : « Bien » que, par le rang que je tiens en France, je ne doive être » jugé que dedans et par le parlement de Paris, qui est la
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» seule cour des pairs, mon affaire néanmoins est d'une » telle conséquence, que, s'il ne plaît au roi d'étendre sur » moi les.fruits de sa miséricorde, il n'y a point déjuge qui » n'ait le pouvoir de me condamner. Toutefois je suis fort » content que messieurs du parlement de Toulouse soient » commis pour mes jug«s : je les ai toujours fort honorés » et les estime fort gens de bien. » Les commissaires s'assirent au bout d'une table et firent asseoir le duc à main gauche. Ils commencèrent à l'interroger sur les charges et informations. Il nia avoir su que le duc d'Orléans dût venir en Languedoc ; bien loin de l'y avoir appelé, il soutint que les Etats ayant eu recours à la protection de ce prince, il avait cru trouver quelque assurance auprès de lui, et ne pouvait mieux faire que de se jeter dans ses troupes, dans l'espérance d'y trouver sa sûreté. 11 nia aussi avoir eu des intelligences hors du royaume, contre le service du roi, et assura que c'était par les ordres du duc d'Orléans que plusieurs villes s'étaient déclarées en sa faveur. Il avoua qu'ayant conçu un , vif ressentiment au sujet des calomnies que l'archevêque de Narbonne écrivait contre lui au cardinal de Richelieu , il avait fait prier ce prélat de se retirer de Pézenas.
Le lendemain, 28 octobre, les deux commissaires lui firent subir un second interrogatoire. Oô lui présenta la délibération des Etats, qu'il nia avoir signée ; mais il avoua avoir signé, par ordre de Monsieur, les commissions pour la levée des impôts, et des troupes. A la fin de cet interrogatoire, le duc déclara que si le roi voulait lui accorder la Vie, il le servirait mieux que jamais ; et qu'il ne le souhaitait que pour employer le reste de ses jours et son
sang pour le service de Sa Majesté, et pour réparer les manquements qu il reconnaissait avoir faits. Ensuite il fut confronté avec les sept témoins dont on a déjà parlé, et il avoua tout ce qa*ils avaient dit de lui touchant la journée de Castelnaudary. L'un d'eux, étant interrogé s'il avait connu le duc dans le combat, répondit, les larmes aux yeux, que le voyant tout couvert de sang et de fumée, il avait eu de la peine à le reconnaître; mais que lui ayant vu rompre six de leurs rangs et tuer des soldats dans le septième, il avait jugé que ce ne pouvait être autre que lui. Le greffier Guilleminet lui ayant été confronté avec la signature de la délibération des Etats, il se mit en colère, lappela faussaire, et soutint qu'il avait fabriqué son seing.
Pendant que le duc subisèait son second interrogatoire, les seigneurs qui étaient à la cour s'occupaient à faire des prières à Dieu et au roi pour obtenir sa grâce. Le cardinal de La Valette, le nonce du pape, le duc de Chevreiise, le duc d'Epemon, implorèrent la clémence de Sa Majesté. Quelques gentilshommes se mêlèrent à la procession des pénitents bleus, qui se rendait à Saint-Sernin pour honorer les reliques des saints apôtres Simon et Jude dont on faisait la fête ce même jour. Madame la princesse, sœur du duc, alla faire sa dévotion à Notre-Dkmé de Bruguières. Dès le matin, le duc fit appeler auprès de lui le P. Arnoux, jésuite, qui s'y rendit avec la permission du roi. Le pri» sonnier lui dit qu'il avait désiré sa communication pour se bien disposer à mourir, et que son intention était de faire une confession générale. 11 devait être jugé le lendemain ; mais il fit demander au roi par le P. Arnoux et par Launay de différer le jugement pendant toute la mali- IV '49
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née, afin d'avoir le temps de se préparer a la morl. II pria Launay de dire au cardinal de Richelieu, de sa part, qu'il élait son serviteur, et que si par sa faveur le roi lui conservait la vie et lui faisait miséricorde, il vivrait de sorte qu'il ne s'en repentirait jamais; qu'au reste, il était résolu de mourir, si sa mort était plus utile à l'Etat que sa vie.
Le même jour, M. le garde-des-sceaux, accompagné de six maîtres des requêtes, alla au parlement. Messieurs de la cour députèrent un président et deux conseillers pour le recevoir. Il entra dans la grand'chambre où tout le parlement était assemblé, prononça un discours sur l'objet de sa présence, et ût déposer sur le bureau toutes les pièces du procès.
Le duc de Montmorency passa la matinée du vendredi 29 à faire une confession générale, à entendre la messe où il communia, et à prier Dieu qu'il lui fît la grâce de lui accorder une parfaite tranquillité d'âme» L'après-midi, il travailla a ses affaires temporelles, et disi)osa entr'autres d'un tableau d'un grand prix (un Saint-François) en faveur du cardinal de Richelieu, et fit le cardinal de La Valette son exécuteur testamentaire. Il écrivit alors à la duchesse sa femme la lettre suivante : « Mon cher cœur, je vous dis » le dernier adieu avec la même affection qui a toujours . » été entre nous. Je vous conjure, pour le repos de mon n^ âme, et par Celui que j'espère voir bientôt par sa misé- » ricorde dans le ciel, de modérer votre ressentiment. J'ai » reçu tant de grâces de mon doux Sauveur, que vous avez » tout sujet d'en recevoir une grande consolation. Adieu » encore une fois». Il écrivit aussi deux lettres, l'une à la princesse et l'autre au cardinal de La Valette. Sur le soir,
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à 9 heures, un gentilhomme alla par trois fois se jeter aux pieds du roi pour lui demander la grâce du duc de la part de Monsieur. Il n'eut d'autre réponse, sinon qu'il était entre les mains du parlement. La reine était résolue, de son côté, à demander la grâce ; mais Richelieu l'en détourna. Il empêcha la princesse de Condé d'entrer à Toulouse, alla lui rendre visite au Glusel, et l'engagea, dans l'intérêt delà grâce qu'elle voulait solliciter, à s'éloigner : ce qu'elle fit en se rendant chez le baron de Saint-Jory, à trois lieues de Toulouse.
Dans la nuit du 29 au 50, les compagnies du régiment des garder, qui étaient campées aux environs, entrèrent dans la ville, et se rangèrent en ordre de bataille sur les places. Les gardes du corps eurent ordre de se saisir de toutes les avenues du palais. Ces divers mouvements se firent au son du tambour. On porte à huit mille hommes le nombre des troupes royales qui se trouvèrent alors réunies dans la ville. Le 30 octobre, au matin, les chambres du parlement s'assemblèrent, et le comte de Charlus eut ordre du roi de conduire au palais Montmorency. Avant de partir de l'hôtel-de-ville, le duc demanda au P. Arnoux s'il ne vaudrait pas mieux pour son salut, pouvant excuser sa conduite sur les conseils qu'on lui avait donnés sous prétexte de bien public et sur des pièces justificatives, de s'avouer entièrement coupable et de ne pas chercher à se justifier. Le P. Arnoux répondit affirmativement, et le duc se rendit à sa décision. Il monta dans un carrosse avec le comte de Charlus, Launay et quelques autres ; les portières étaient abattues. Les gardes du corps et les mousquetaires l'escortèrent jusqu'au palais. Il fut d'abord introduit dans la
2^3 TfâiPS MOD&EllEâ.
salle dés Manteaux; ensuite Charlus le fit entrer dans la grand'chambre, présidée par le garde-des-sceaux deChàteauneui, qui avait été page du connétable son père.
Dès qu'il parut, la plupart des conseillers voilèrent leor visage et versèrent des larmes. Il se plaça sur une sellette élevée au niveau des sièges des juges; il était découvert, libre, et richement vêtu ; il prêta serment de dire la véritéi et répondit aux questions d'usage. On procéda ainsi qu*il suit à son interrogatoire.
D. N'avez-vous pas signé la délibération des Etats du Languedoc que vous avez convoqués à Pézénas?
R. Après y avoir réfléchi, je déclare l'avoir signée.
D. N'avez-vous pas appelé et fait entrer M. le duc d'Orléans dans votre gouvernement?
R. Non, monsieur. Le prince étant entré dans le royaume, les Etats de la province du haut et bas Languedoc l'ont prié de protéger leurs privilèges.
D. Monsieur ne vous a-t-il pas excité à prendre les armes?
R. je ne dois point chercher dès excuses sur la personne du frère du roi.
D. Qui vous a donc obligé à faire ce que vous avez fait?
R. Mon malheur et mon mauvais conseil.
D. Quels sont ceux qui vous ont suivi au combat?
R. Je suis d'accord avec tous les témoins qui m'ont été présentés de tout ce qui s'est passé sur cet article.
D. Avez-vous eu des intelligences avec les étrangers qui s'étaient dirigés sur la frontière et étaient entrés dans le comté du Roussillon ?
TSMPS MODKRNBS. 293
R. Non, monsieur. Je n*ai jamais eu d'intelligence avec les étrangers pour nuire en aucune façon à FEtat.
D. Ne reconnaissez-vous pas avoir failli à la fidélité que vous devez au roi, et ne méritez-vous pas la mort?
R. J'ai commis beaucoup de fautes contre Dieu et mon prince ; comme pécheur que je suis, je mérite la mort audelà de tout ce qu'on peut dire.
Après cet interrogatoire, le duc sortit de la salle et demanda à y rentrer pour dire un mot à la cour, n s*excusa alors de ce qu'il s'était emporté contre le greffier Guilleminet; que la vérité était telle : qu'il l'avait, obligé de signer la délibération contre son consentement. Après ces pro^ cëdures, il fut reconduit à l'hôtel-de-ville avec la mêm^ escorte.
Dès que le duc fut parti, Glément-le-Long ayant fait le rapport du procès et dit son sentiment, qui forma l'arrêt, on alla aux opinions. Toute la compagnie ayant opiné du bonnet sans rien dire, le duc fut condamné à être privé de tous ses honneurs et dignités, et à avoir la tête tranchée sur un échafaud sur la place du Salin. De plus, il fut ordonné que les terres de Montmorency et de Damville seraient privées pour jamais des titres de duché et pairie, et qu'elles seraient confisquées au roi avec tous ses autres biens. L'arrêt fut prononcé le 30, à onze heures du matin. Le roi commua le lieu du supplice, et ordonna que l'exécution serait faite dans l'hôlel-de-ville; il accorda de plus au condamné la permission de disposer de ses biens.
Arrivé à l'hôtel-de- ville , le duc se prépara à terminer son sacrifice : il remit son testament entre les mains de Saint-Preuil et le chargea de le présenter au roi et de lui
294 TEMPS MODEliNES.
demander pardon de sa part. Le cardinal de La Valette se rendit alors auprès de lui. L'entrevue dura une heure. Le duc lui confia son valet de chambre, et le pria de lui donner cent pistoles pour son chirurgien. Les adieux furent déchirants, et le cardinal partit aussitôt pour son abbaye de Grand-Selve. Le comte de Charlus entra bientôt après pour lui demander de la part du roi le bâton de maréchal et le cordon de Tordre du Saint-Esprit. 11 les lui remit en disant : Monsieur et cher cousin , je rends volontiers et le bâton et Tordre à mon roi, puisqu'il juge que je suis indigne de sa grâce. Il se dépouilla ensuite de Thabit qu'il portait et en fit présent à Texempt des gardes ; puis, s'étant revêtu d'un habit de toile qu'il avait fait faire a Lectoure, il remercia tous ceux qui Tentouraient. A midi les commissaires et le greffier arrivèrent. Le comte de Charlus conduisit à la chapelle le duc qui y descendit un crucifix à la main et portant sur son habit de toile une mauvaise casaque de soldat qui se trouva là par hasard. Le duc se mit à genoux devant Tautel, entendit la lecture de l'arrêt, se. leva, et dit aux commissaires : « Messieurs, je vous remer- » cie, et toute votre compagnie, à qui je vous prie de dire » de ma part que je tiens cet arrest de justice du roi pour > un arrest de la miséricorde de Dieu. Priez Dieu qu'il » me fasse la grâce de souffrir chrétiennement Texécution » de ce qu'on vient de lire » . Les commissaires se retirèrent, et Tun d'entr'eux lui dit : Monsieur, nous allons faire ce que vous nous avez demandé et nous prierons Dieu qu'il vous console. Le comte de Charlus et Launay le livrèrent alors au grand-prévôt, qui le remit aux mains de Texécuteur.
Après être demeuré quelques iustants dans la chapelle avec le P. Arnoux et trois autres jésuites, il demanda s'il ne conyenait pas , par forme d'expiation , d'aller à Téchafaud nu-pieds et en chemise ; puis il remonta dans sa chambre ; et quand il en sortit, un des siens, voulant placer sa robe de chambre sur ses épaules , il la rejeta, disant : Il n*en faut point ; nous irons tout blanc en paradis. L'exécution fut différée jusqu'à ce que Launay, qui alla trouver le roi , fat de retour. On fit , dans cet intervalle , de nouvelles instances pour obtenir la grâce ; le maréchal de GhâtiUon, entr'autres, dit au roi, que le visage et les yeux de ceux qu'il voyait hii faisaient connaître que Sa Majesté ferait plaisir à beaucoup de personnes si Elle pardonnait au duc de Montmorency. A quoi le roi répondit qu'il ne serait pas roi s*il avait les sentiments des particuliers. Launay étant revenu, l'exécuteur eut main levée. L'exécution avait été fixée à cinq heures ; sur la demande du condamné, elle fut avancée de deux heures parce qu'il désira, par un sentiment de foi, mourir à la même heure où expira le Sauveur des hommes.
Deux heures sonnaient à l'horloge de l'hôtel-de-ville lorsque le duc, ayant appris que son exécution devait avoir lieu dans l'hôtel-de-ville, dit au P. Arnoux qu'il souhaitait volontiers mourir publiquement pour souffrir avec plus d'ignominie ; néanmoins qu'il remerciait Sa Majesté de cette faveur et grâce. Il pria le P. Arnoux de ne pas l'abandonner ; de remettre a leur adresse quelques lettres qu'il avait écrites ; de donner à la princesse de Condé, sa sœur, un reliquaire qu'il portait à son cou, et une bague à Mademoiselle de Bourbon, sa nièce. Il quitta alors son pour-
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point, se mit en caleçon, et demanda si tout était prêt. Sur la réponse affirmative, il s'écria d'une voix ferme ; Allons, partons ! 11 descendit de sa chambre, tenant un crucifix à la main, et traversa Véspace qui le séparait de la première cour de Thôtel-de-ville, ayant k sa droite le P.* Arnoux, Les officiers des gardes le saluèrent profondément sur son passage. L'échafaud était élevé de quatre pieds dans cette cour. Le duc s'inclina vers un père jésuite et l'avertit de faine en sorte que sa tête , après avoir été séparée du corps , ne tombât pas à terre, et de tâcher de la recueillir s'il le pouvait. II monta ensuite d'un pas ferme sur l'échafaud avec le P. Arnoux et son chirurgien, et se tournant du côté des assistants au milieu desquels se trouvaient le greffier, le grand-prévôt et ses gardes, les capîtouls et leurs officiers, il salua la compagnie et leur dit : « Je vous prie de témoigner au roi que je meurs son très » humble sujet et avec un regret extrême de l'avoir offensé. • Je lui en demande pardon, de même qu'à toute la.com^ » pagnie ».
Il demanda ensuite où était l'exécuteur, qui ne l'avait point encore approché; en le voyant, il lui dit : « Mon ami, lie-moi, bande-moi les yeux,et fais promptement ton office». On lui dit que le roi avait ordonné qu'il n'aurait pas les yeux bandés. Il répondit : Je ne saurais mourir avec assez de honte. Après il croisa ses bras, et voyant que son chirurgien voulait lui lier les mains avec le cordon de sa moustache, il se tourna vers l'exécuteur et lui dit : C'est ton métier, fais-le. Alors l'exécuteur lui lia les mains, et M. de Montmorency lui demanda : Suis-je bien comme cela? L exécuteur répondit qu'on ne lui avait pas coupé les che-
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veux assez près. Coupe4es donc à ton gré, lui dit-il. Son chirurgien voulut y mettre les mains, mais il le repoussa par ces mots : < Un grand pécheur, comme je suis, ne » peut mourir avec assez d*ignominie. Jésus-Christ a été » non-seulement battu, mais servi par des bourreaux ». Alors l'exécuteur lui coupa les cheveux et arrangea sa chemise autour du cou. Le duc se mit ensuite à genoux devant le poteau, sur lequel il se mesura pour prendre une posture qui ne le fît pas trop souffrir à cause de ses bles*^ sures, reçut une dernière absolution du P. Arnoux, récita son In manus, baisa le crucifix, et ayant placé sa tête sur le poteau, dit à Vexécuteur : Frappe hardiment. Au même instant la tête fut séparée du corps par un seul coup de doloire.
Il était deux heures et demie. Après Vexécution, on ouvrit les portes de Fhôtel-de-ville : le peuple se précipita en foule autour de Féchafaud, et étancha le sang du supplicié avec des linges. L'exécuteur montra la tête au peuple, puis elle fut livrée, ainsi que le corps, à deux ecclésiastiques officiers du cardinal de La Valette, qui les portèrent à l'église SaintrSaturnin. La dépouille du duc fut renfermée dans un cercueil de plomb et déposée dans la chapelle de Saint-Exupère, sur un riche catafalque. Les cordeliers et tes jacobins célébrèrent l'office funèbre, et à neuf heures du soir le cercueil fut descendu dans une fosse au même lieu, et y demeura jusqu'en 1640, époque à laquelle il fut placé dans le magnifique mausolée que Félicité des Ursins fit élever à sa mémoire dans la nouvelle église du monastère de la Visitation qu'elle avait fait construire à Moulins où elle s'était retirée et où elle avait fait sa profession religieuse.
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Le cœur de Montmorency fut porté à la maison professe des jésuites.
Ainsi mourut dans sa trente-huitième année Henri II duc de Montmorency et de Damville, pair, maréchal et amiral, comte de Dampmartin et d'Ossemont, chevalier des ordres du roi et gouverneur du Languedoc. Il fut poli, affable, magnifique, généreux, brave à la guerre, quoique plus impétueux que prudent. Il est difficile deFexcuser à Tégard de son roi, contre lequel il poila les armes ; il ne Test pas moins d'excuser le roi, et surtout le cardinal de Richelieu , de n'avoir pas offert le pardon à ce haut seigneur lorsqu'on lavait accordé à Gaston d'Orléans, beaucoup plus coupable que Montmorency.
On composa plusieurs relations de la mort du duc, et Simon Gros de Beziers publia sa vie. La peinture et la sculpture oAt reproduit ses traits ; de longues épitaphes en prose et en vers ont été consacrées à sa mémoire. Nous croyons inutile de les rapporter ici. Montmorency n'eut point d'enfants de Félicité des Ursins. Dans le malheur qui le frappa, il fut encore heureux de pouvoir effacer par une mort aussi chrétienne les galanteries et les faiblesses de sa première jeunesse.
Le roi partit de Toulouse le dimanche 31 octobre, à neuf heures du matin. Le 1"' novembre, à Fronton, il toucha deux cents malades, et revint à Paris par Montauban et Limoges. La reine ne partit que le 2 de ce mois ; elle s'embarqua sur la Garonne avec le cardinal de Richelieu, le garde-des-sceaux de Châteauneuf et le maréchal de Schofflberg, nouveau gouverneur du Languedoc. A leur arrivée à Bordeaux, le cardinal y tomba dangei^usement
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malade, et le 17 novembre Schomberg y mourut d'une attaque d'apoplexie. Le duc d'Hall win, son fils, succéda à son gouvernement. Au mois de juillet 1635, il écrivit aux capitouls pour leur annoncer son arrivée, qui eut lieu avec un certain éclat le 3 août : il fut reçu à Saint-Etienne imr le prévôt du chapitre, Tévêque de Rieux. Charles de Montchal partit bientôt après pour Paris, et assista a. l'assemblée générale du clergé de France en 1635, où il prononça le discours au roi, dans lequel il prit la défense de Tordre du clergé, et fat nommé rapporteur dans l'affaire de la nullité des mariages des princes sans le consentement du roi. Peu après, il ût paraître un mandement qui ordonnait une procession générale pour obtenir du ciel le bienfait de la paix dans la guerre que la France soutenait alors contre l'Espagne, et où le duc d'Hallwin remporta une éclatante victoire à Leucate. Il était encore à Paris au mois de juin 1637, puisqu'il y sacra Noël Du Perron,* évêque d'Angoulême et Alain de Solminihac, évêque de Cahors.
Ce fut à la procession générale dont nous venons, de parler que Charles de Montchal fit la translation solennelle d'une insigne relique de saint Eloi dans l'église des dominicains. Cette relique avait été cédée aux orfèvres de Toulouse par i'évêque de Noyon, Henri de Baradat, par les soins d'Etienne Lourdaus, orfèvre de Toulouse. On composa à cette occasion un cantique a la mémoire du saint. Les sentiments exprimés dans cette pièce font beaucoup plus d'honneur à la piété des auteurs qu'à leur talent pour la poésie. La relique de saint Eloi était renfermée, aux Dominicains, dans une très belle châsse d'argent, et exposée a la vénération publique le jour de sa fête. On termina, k
300 TBKPS HODKBlOe.
ia même époque, là châsse de saint Edmond, par suite d» vœu fait à ce saint à l'occasion de la peste.
n existait, non loin de Toulouse, sur le territoire de la commune de la Vallette, un oratoire dédié à la sainte Vierge, sous le nom deNotre-Dame-de>Monlen. En Tannée 1658, noble Antoine Dufaye seigneur de Launaguet et damoiselle d'Olivier donnèrent une cloche à cette chapelle. Cette cloche est aujourd'hui à la Vallette. L'oratoire est détruit ; il n'existe que l'ancien cimetière.
Toulouse s'enrichit à cette époque d'une nouvelle maison religieuse. Une femme riche et pieuse, M»* d'Andoïn, rassembla auprès d'elle douze autres femmes veuves ccnnme elle, leur inspira le dessein de se consacrer au service des pauvres; elles allèrent s'offrir à l'hôpital Saint-Jacques pour y soigner les malades. Ce premier essai ne fut pas heureux , c'est ce qui détermina la fondatrice à acheter de ses deniers l'hôtel de Nogaret et à s'y retirer avec ses filles spirituelles. M"* d'Andoïn leur donna des règles qui forent approuvées par M«'. de Montchal. Elles se consacrèrent à l'éducation des filles pauvres, auxquelles elles apprenaient la couture et la lecture. Ces dames, qui prirent le nom de leur fondatrice, ne vivaient pas en communauté: elles occupaient dans la maison des appartements séparés, et ne se réunissaient que pour la prière du matin et du soir. Leur maison était située rue des Arts.
Plein de zèle pour le salut du troupeau confié a ses soins, M^ de Montchal entreprit, en 1659, la visite de son diocèse. Il faisait précéder sa venue des exercices de la mission, donnés par les prêtres du diocèse. Le 15 janvier,
il arriva a Lavernose, cure alors desservie par Pierre de
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Bonnefoi ; il était accompagné de M. Flous, sod Tîcairegénéral, chanoine de Saint-Elienne, et de ses aumôniers. Le lendemain 16, il fit faire la première communion des enfants, et fit entendre une éloquente prédication ; le soir, il administra le sacrement de confirmation, et déclara Tauthenticité des reliques de la vraie Croix, de saint Jean-Baptiste, de saint Eutrope et de saint Martial. Le prélat, à son retour à Toulouse, convoqua à Thospice Saint-Jacques une assemblée relative à l'administration des biens de cette maison. Le parlement fit opposition aux ordres de Farchevêqoe, qui ne se laissa pas arrêter, et frappa d'excommunication le président de Garaut, les conseillers Jacques de Cassagneau et Pierre d'Agret , les avocats généraux Thomas de Maniban et Jacques de Marmiesse, comme coupables d'avoir attenté aux droits de l'évêque.
Xe prince de Condé venait d'être nommé lieutenant général du roi dans les provinces du Midi. Âpres avoir fait deux voyages à Toulouse, il y ouvrit les Etats de la province, le 25 novembre 1659, dans le réfectoire du chapitre de Saint-Etienne. L'assemblée fut composée de douze évoques en personne, des grands-vicaires des évêques absents* des commissaires du roi, d'un grand nombre de barons- Ce fut dans ces Etats que l'on donna une gratification de trente livres à Mathelin et a sa bande de violons. Cet artiste célèbre dans nos contrées était né à Toulouse, et mérita, par son rare talent, d'être créé par Louis XIH roi des violons de France.
L'archevêque de Toulouse n'était pas trop l'ami des abbayes exemptes. Il venait de recevoir un bref apostolique qui plaçait sous sa juridiction les chanoines de Saint-Ser-
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nin. Ceux-ci refusèrent d obtempérer à ce bref, ce qui obligea Charles de Montchal à avoir recours aux capitouls. Deux furent désignés pour prêter main-forte au prélat, qui se rendit au consistoire pour exposer les faits. Le parlement manda les capitouls, et d'après leur rapport la conduite qu'ils avaient tenue fut approuvée. La nomination des capitouls ayant été renouvelée, Tarchevêque fil signifier aux nouveaux élus un arrêt du conseil qui ordonnait que cette nomination lui fût communiquée, ou à ses vicaires généraux, pour obtenir un certificat de catholicité. On délibéra aussitôt contre cet arrêt, qui ne fut point exécuté, à ce qu'il parait, comme contraire aux usages établis.
Les lettres étaient toujours cultivées à Toulouse avec éclat. A cette époque, M. Gabriel de Vendages de Malapeire, doyen du présidial, commença a réunir quelques littérateurs dans son hôtel (rue du Canard). De son côté, "le célèbre Pélisson, dont la famille était originaire de Toulouse, de concert avec son frère aîné, imita cet exemple , et en réunit quelques autres à Fhôtel de Campunaud. On comprit que ces deux réunions ayant un même but, il convenait de les réunir, et M. deGaréja, conseiller du présidial, leur offrit son hôtel pour y tenir leurs séances. Elles prirent bientôt le titre d'académie; et comme les membres qui la composaient se rendaient aux séances une fois la semaine pendant la nuit, la lanterne qu'ils étaient obligés de porter leur fit donner le nom de Lanternistes, qu'ils retinrent sans peine. Cette académie naissante institua un prix pour un sonnet en l'honneur du roi, donnant elle-même les rimes qu'il fallait remplir. Elle fit frapper une médaillo allégorique sur laquelle était représentés, d'un côté, un
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Apollon et de Taulre une étoile avec cette exergue : lucerna in nocte. Cette société, dont nous ne pouvons ici suivre toutes les phases, devint comme le germe de l'académie des sciences, inscriptions et belles-lettres établie au siècle suivant.
Ce fut en Tannée 1641 que se tint a Mantes, diocèse de Chartres, la célèbre assemblée du clergé de France, à laquelle Farchevêque de Toulouse prit tant de part. Le cardinal de Richelieu n'avait rien tant à cœur que d'augmenter le trésor du roi afin de faire respecter son autorité : c est ce qui le détermina à faire rendre au roi un édit, le 18 avril 1639, dans lequel on déclarait « que les ecclésias- » tiques, communautés et autres gens de main-morte » étaient entièrement incapables de posséder des biens » immeubles en France ; que le roi pouvait les forcer d'en » vuider leurs mains dans l'an et jour de l'acquisition, faute » de quoi les biens retournaient au domaine royal ; que, » d'après les anciennes ordonnances, il devait être distrait » au profit de Sa Majesté une partie des héritages amortis, » ou qu'il serait payé une finance équipoUente à leur valeur, » sans quoi les amortissements seraient déclarés nuls ; que » cependant, au lieu de réunir à la couronne les immeubles » non amortis, le roi se contenterait d'une indemnité, » moyennant laquelle les communautés et les ecclésiasti- » ques pourraient posséder ces biens » . On nomma des commissaires pour la recherche et la liquidation du droit d'amortissement auxquels étaient soumis tous les établissements religieux, à l'exception des carmélites, des jésuites et des monastères existant seulement depuis trente ans.
A la suite de cet édit et pour en presser l'exécution, on
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rendit plusieurs arrêts qui paraissaient d'une rigueur extrême. Ainsi, il fut ordonné que chaque bénéficier qui ne présenterait point ses titres dans quinzaine paierait lé tiers du revenu d'une année de son bénéfice. De plus, on fit payer de fortes sommes pour les insinuations, réceptions des titres, expéditions de la chambre de Tédit et. des commissaires et les comparutions au greffe. De cette manière, les particuliers profitaient beaucoup plus de Tédit que le trésor du roi. En janvier 1640, on rendit un second édlt pour faire financer ceux qui étaient exempts des tailles pour la confirmation de leurs exemptions. Des plaintes unanimes s'échappèrent alors du sein du clergé séculier et régulier contre ces rigueurs extrêmes ; on composa des livres où le cardinal était fort maltraité.
Cependant l'assemblée ordinaire du clergé de France japprochait. Le cardinal, qui était intéressé à l'éloigner, se servit du prétexte même de l'amortissement pour en dispenser Tépiscopat, attendu que des sommes considérables entrant par ce moyen dans le trésor, on n'avait pas besoin des subsides de l'assemblée. Afin d'augmenter ces sommes, le 6 octobre 1640, il fut donné un arrêt du conseil privé portant que tous les bénéficiers payeraient par chacune des deux années suivantes le sixième du revenu de leurs bénéfices, et que pour cet effet cette portion serait saisie entre les mains des fermiers. On colora cette entreprise en déclarant qu'en payant cette sixième portion, on serait dispensé de fournir la déclaration de leur acquisition et du droit d'amortissement. Par suite de ce dernier arrêt, les revenus des évêques et des chapitres furent saisis. Aussitôt des plaintes unanimes se firent entendre; l'abbé de Saint-
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Vincent, agent général du clergé et frère du premier président au parlement de Toulouse, fit opposition. Le conseil rendit alors un second arrêt qui fit défense aux agents, de la part du roi, de tenir aucune assemblée générale ou particulière- Sur les instances de Fabbé de Saint-Vincent, la plupart des prélats se réunirent ou s'écrivirent dans les provinces pour protester contre cet arrêt attentatoire à la liberté de TEglise, et que le roi avait confirmé. On émettait plusieurs avis : il fallait écrire au cardinal, au roi lui-même, prier Sa Sainteté d*user auprès du prince de son autorité apostolique, et si ces mayens étaient impuissants, faire fermer les églises. Les évêques de la province du Languedoc firent parvenir au cardinal des observations importantes sur la conduite qu*on avait tenue envers le clergé. L'archevêque de Toulouse, qui était bien Tune des plus grandes lumières de VEglise de France^ fut invité par les agents a faire le voyage de Paris, et s'y di^osa, ce dont le complimenta l'archevêque de Narbonne. Eléonore d'Etampes, évêque de Chartres, fit comprendre au cardinal que l'assemblée ne serait peut-être pas aussi contraire à ses desseins qu'il le croyait, et qu'on pourrait encore en tirer de bonnes sommes pour le trésor. D'après ce sentiment, rassemblée fut autorisée; mais on lui assigna Mantes, au diocèse de Chartres, pour le lieu de ses séances, parce qu'en qualité d'évêque diocésain, Eléonore espérait en être élu président. Dans ce dessein, l'évêque de Chartres chercha à éloigner les prélats les plus influents, et fit presser l'archevêque de JBordeaux, qu'il redoutait, de prendre le commandement des forces navales qu'il commandait.
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Mais ce prélat écrivit des lettres très pressantes à l'archevêque de Toulouse pour le supplier de se faire députer par sa province et de partir aussitôt. En même temps, Fabbô de Saint- Vincent écrivit aux évoques de la province de Toulouse pour leur dire que la nomination de Charles de Montchal était indispensable. Il le pressa directement par de très vives instances, le priant de prendre en main la cause de FEglise. Rassemblée de Toulouse eut lieu, et rarchevéque fut nommé. A peine cette élection fut-elle connue, qu'elle reçut l'approbation générale : Févêque d'Alet écrivit à Tarchevêque , et en congratula FEglise ; ainsi fit Tarcbevêque d'Auch, qui recommanda expressément aux députés de la province de se conformer en tout aux sentiments de larchevêque de Toulouse.
A peine ce prélat fut-il arrivé à Paris que le cardinal lui fit savoir qu'il désirait être en correspondance avec lui, et qu'il espérait de sa part un service absolu et une promesse de ne douter jamais de la justice de tout ce qu'il pourrait exiger de lui. Charles de Montchal demeura inflexible et ne voulut point engager sa parole, quoique l'évêque de Nantes, son* parent, lui eût offert des chevaux payables quand il serait cardinal, dignité qu'il ne pouvait manquer d'obtenir. L'archevêque reçut un assez froid accueil du cardinal, qui cependant Tinvita à dîner, et lui fit de grands éloges, lui disant qu'il était au courant de son mérite et le connaissait depuis longtemps. Il le pria ensuite d'être favorable à l'évêque de Chartres, prélat peu régulier. Mais l'archevêque demeura inébranlable pour donner l'exclusion à Eléonore d'Etampes. L'assemblée s'ouvrit à Mantes le 15 février 1641, et Tarchevêquc de Toulouse et celui de
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Sens en furent nommés présidents. Il régna toujours le plus parfait accord entre ces deux archevêques, Fun, celui de Sens, ne prenant aucune détermination sans Tassentiment de Fautre; celui de Toulouse, M»' de Montchal, jouant un très grand rôle dans cette assemblée, soit par les discours qu'il y prononçait , soit par les commissions qu'il dirigeait. Le cardinal lui faisait de temps k autre des prévenances et l'invitait à dîner à Ruel.
Un jour que l'archevêque de Toulouse s'y était rendu, comme il entrait dans la chambre du cardinal pendant qu'il entendait la messe, Richelieu prit lui-même un carreau et le plaça sous les genoux du prélat, lui offrant ensuite une chaise dans la ruelle de son lit. D le prit ensuite par la main, le présenta à M. le prince, lui fit mille protestations, lui assurant qu'il aspirait à son amitié, et en même temps il fit semblant d'essuyer quelques larmes. L*archevêque était bien éloigné de refuser au roi les sommes qu'il demandait sur les biens du clergé, pourvu que tous les droits fussent sauvegardés et que les exigences eussent certaines bornes, car il cherchait k tout concilier. L'évêque d'Autun ayant un jour émis l'opinion que tous les biens de l'Eglise étaient au roi, W' de Montchal la combattit avec force; le 29 avril, il prononça un très long discours contre l'aliénation de la place de receveur général du clergé, et montra les dangers qu'il y avait pour le corps de l'état d'avoir un receveur en titre qui pourrait se ranger facilement du côté opposé a la majorité de l'assemblée. Le cardinal de Richelieu, qui trouvait dans Farchevêque de Toulouse un homme d'un grand caractère et d'une droiture peu commune, cherchait de temps a autre k lui donner du déplaisir ; ainsi
il s'efforça à celte époque de lui enlever l'abbaye de Saînt- Sauveur-le- Vicomte, qu'il tenait du cardinal de La Valettè. Le point en litige dans l'assemblée de Mantes était les subsides que réclamait ie cardinal. Sa Majesté avait demandé douze cent mille livres ; l'assemblée en avait accordé sept cents. Mais les archevêques de Sens et de Toulouse et quelques autres prélats avaient refusé de signer la délibération et étaient sortis de l'assemblée. La cour avait été instruite de cet incidebt, et, le 3 juin, le chancelier députa à Mantes le sieur d'Emery, qui y prononça un discours très virulent dans lequel il déclara que les susdits archevêques avaient, par leur retraite, perdu la dignité de présidents, et qu'ils avaient forfait à leur devoir; qu'en conséquence le .roi le^r ordonnait, ainsi qu'aux autres prélats, de se retirer dans leurs diocèses et de ne plus se mêler d'aucune délibération, sous peine de désobéissance. Il ordonna ensuite aux prélats de le suivre, et à celui de Toulouse de lui remettre la cassette du département nouveau et ceux des années précédentes. L'archevêque de Sens répondit avec beaucoup de fermeté; et comme il sortait, celui de Toulouse l'arrêta pour qu'ils pussent dire adieu à la compagnie, et ils sortirent. On entendit alors dans l'assemblée un sourd gémissement. L'huissier Vitrai, en versant des larmes, se jeta aux pieds de l'archevêque de Toulouse; l'évêque de Boulogne l'embrassa, pleurant aussi. M^ de Montchal lui dit alors : Nolite flere super me, sed super vos fkte. A ces mots l'évêque de Nîmes lui dit : Il semble que vous vous réjouissiez de votre malheur. A quoi l'archevêque répondit : Jbant gaudentes à conspectu concilii, quia digni habiti sunt. . . contumeliam pâli : ce qui fit dire à Richelieu, quand il fut
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ioslruit do cette affsdre : V archevêque de Toulome parle m martyr pour me faire passer pour persécuteur.
Personne dans cette occasion n'égala la grandeur d*àme et l'héroïque fermeté de notre archevêque : il refusa hardiment de rendre à Emery les actes de l'assemblée, et ne les remit qu'au secrétaire. Les prélats congédiés se rendirent à Poissy, et résolurent de ne plus paraître à l'assemblée, lors môme qu'ils y seraient rappelés. M^^ de Montchal se rendit ensuite chez l'un de ses parents, près de Paris, où il: reçut tant de visites qu'il fut obligé de s'éloigner dans la crainte de donner de l'ombrage à la cour. Il arriva enfin dans son diocèse. A une lieûe environ de sa ville épiscopale, il trouva cent cinquante hommes k cheval accompagnés d'autant de carrosses ou se trouvaient les présidents, les conseillers, les capitouls, et toute la noblesse. Le peuple se porta à sa rencontre en si grand nombre que sa voiture put à peine se frayer un libre passage. Arrivé à Saint- Etienne, il monta en chaire et prononça un très éloquent discours sur ces paroles : Fax vobis. Son palais ne désemplit pas jusqu'à minuit. M»' de Montchal a composé des Mémoires très curieux sur cette fameuse assemblée de. Mantes, dans lesquels le cardinal de Richelieu est fort maltraité, ainsi que plusieurs prélats de cette assemblée. H y raconte, entre autres choses, la mort du cardinal de manière à jeter les plus désolantes incertitudes sur l'étemel salut de cette Eminence.
Pendant son séjour à Paris, M*' de Montchal fit le sacre de Noël Du Perron, évéque d'Angoulôme, d'Alain de Solrainihac, évêque de Cahors, et d'Henri de Maupas, évoque du Puy. Le 8 septembre 1642, il consacra la nouvelle églls(>
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de Sorëze. En 1643 et le 18 mai, il reçut à Toulouse le dernier soupir d'Henri de Sponde, évêque de Pamiers. Cet illustre prélat avait eu le bonheur d'abjurer le calrinisme dans lequel il était né. Il composa un traité sur les cimetières catholiques, où il parle des motifs de sa conversion. Ordonné prêtre à Rome» en 1606, il devint le modèle de toutes les vertus sacerdotales. Lié d'une étroite amitié avec le cardinal Baronius, il composa un abrégé de ses grandes Annales qui reçut les éloges de toute TEurope savante. Paul Y le mit à la télé de la maison de Saint- Louis des Français ; sous sa conduite cette maison devint le centre et le rendez-vous de tous les hommes distingués de Rome. En 1626, il fut nommé par Louis XHI à Tévôché de Pamiers, qu'il refusa dlabord et qu'il ftit ensuite forcé d*accepter sur les ordres du pape. Après avoir reçu à Rome l'onction épiscopale des mains du cardinal de Marquemont, il partit pour son diocèse de Pamiers, où il fit son entrée solennelle le 27 mai 1626. L'histoire de son épiscopat ne nous appartient pas; il nous suffit de dire que, jusqu'au jour de la démission qu'il fit en faveur de Jean son neveu, il fit briller aux yeux de son troupeau les plus sublimes vertus.
Après s'être démis de son évéché, il se rendit à Paris pour y continuer les Annales de Baronius, ce qu'il exécuta jusqu'à Tannée même de sa mort. Sentant sa fin approcher, il vint à Toulouse et y mourut à l'âge de soixante* quinze ans. Son corps fut enseveli dans un caveau situé vis-à-vis de la grande chapelle de l'abside, où il repose encore. On y a placé son buste, avec une épitapho que composa le célèbre théologien de Paris Pierre Frizon,
Il laissa sa belle bibliothèque aux minimes de Toulouse.
Cette même année mourut le roi Louis XIII, dont la ville célébra les funérailles avec toute la magnificence possible. L*oraison funèbre fut prèchée à Saint-Etienne par le chanoine Dufour. Au service funèbre succéda une procession générale pour Theureux avènement de Louis XIV, tandis que les députés de la ville avaient au Louvre la première audience du nouveau roi> et que d'Espagne, à genoux, haranguait le jeune monarque. Les députés étaient de retour à Toulouse le 18 octobre.
La reine-régente nomma, en 1644, le duc d'Orléans, oncle du roi, gouverneur du Languedoc à la place du maréchal de Schomberg. Toulouse fut témoin à cette époque d une splendide cérémonie qui eut lieu à Saint-Sernin pour rélévâtion solennelle des reliques de saint Edmond et des quatre couronnés. Le 13 juillet. M»' de Montchal, archevêque de Toulouse, accompagné du chapitre, du premier président au parlement et de MM. les capitouls, se rendit dans les cryptes devant le lieu où était enseveli le corps de saint Edmond. Le sépulcre de pierre, qiai était renfermé sous une petite voûte dans l'épaisseur du mur, fut ouvert, et l'on procéda à la vérification des reliques, dont on dressa la nomenclature. Les ossements furent placés dans une caisse de bois, et la caisse fut déposée dans la chapelle de la Sainte-Epine. La cérémonie de l'élévation fut fixée au 13 novembre. La veille, à quatre heures du soir, m^ l'arehevéque, le chapitre, les capitouls et MM. du parlement, se rendirent dans les cryptes, et les reliques furent portées solennellement au milieu de la grande nef. Après les avoir encensées, Monseigneur officia pontificalement. Le leude-
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main, 13 novembre, M^ Tarchevôque se rendit à huit heures du matin dans la basilique. La nef était ornée de riches tentures ; toutes les cblsses des saints qui reposent dans réglise étaient disposées sur des gradins. Vis-à-vis du trône de Tarchevêque, on voyait les sièges des évêques de la province, qui assistaient à la cérémonie au nombre de huit; et de chaque côté étaient rangés par ordre les chanoines de Saint-Saturnin, MM. du parlement en robes rouges, les docteurs de Tuniversité, les trésoriers généraux de France, les capitouls, et toute la noblesse de la ville. Chacun des assistants tenait en ses mains un flambeau allumé; la musique était placée sous les voûtes latérales. Après Tévangile de la messe pontificale, M^^ Tarchevéqua monta en chaire pour adresser quelques paroles à rassemblée.
Pendant' qu'on élevait à Toulouse les corps de ces saints» celui de la bergère Germaine était découvert à Pibrac de la manière suivante. Françoise Pérès, habitant à Pibrac, étant venue entendre la messe dans l'église paroissiale, vit entrer le carillonneur Nicolas Cassé accompagné de Gaillard Barons. Ces deux hommes se disposèrent à creuser une fosse vis-àvis de la chaire. Ils enlevèrent une des pierres qui formaient le pavé de Féglise, et commencèrent à creuser la terre pour y déposer le corps d'une parente de Germaine. Aux premiers coups de pioche, Nicolas Cassé se retira épouvanté : il venait de mettre à découvert le corps d'une jeune fille dans un parfait état d'intégrité. Ce cadavre se trouvait si rapproché du pavé de l'église, que le carillonneur, avec sa pioche, enleva un fragment du nez. Aussitôt Françoise Pérès sortit de Féghse et appela le peuple pour être témoin
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de cette étonnante découverte. M. le curé de Pibrac, accompagné de presque tous ses paroissiens, se rendit à Féglise, et devant ce peuple assemblé il procéda à Vexamen de ce corps. Ce qui frappa d*aborâ tous les spectateurs, c'est que la fracture du nez laissait voir une chair vive et rosée. Tous les membres étaient en leur entier et très flexibles ; les vêtements jet le suaire qui couvraient le corps étaient intacts. « La cbair, dit le premier biographe de la bien- » heureuse, paraissait sensiblement molle en plusieurs » endroits; les ongles des pieds et des mains étaient encore » adhérents à la chair ; la langue et les oreilles, quoique
» desséchées, étaient parfaitement conservées On
» trouva sur le corps une guirlande formée d'oeillets et » d'épis de seigle; les fleurs étaient légèrement fanées, les » épis n'avaient rien perdu de leur couleur naturelle, et les » grains dont ils étaient remplis avaient la même fraîcheur 9 qu'au temps de la moisson. Un cierge était placé entre les » mains de la jeune fille. >
On s'aperçut bientôt de la difformité que présentait une de ses mains et de quelques cicatrices encore existantes autour du cou. A tous ces indices plusieurs témoins, et entre autres Françoise Pérès, déclarèrent que ce corps était celui de Germaine Cousin enterrée à cette même place, dans cette église, depuis quarante-quatre ans ; qu'ils avaient conservé un souvenir très fidèle de Vépoque et de toutes les circonstances de ses funérailles. On parla alors de quelques événements de sa vie. Le corps fut aussitôt levé de terre, placé dans un cercueil ouvert, et le cercueil fut adossé au mur de l'église, près de la chaire, de telle manière qu'on put voir ce corps en son entier. II parait que
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plasieurs motifs déterminèrent le coré de Pibrac à donner cette place au cercueil. 11 ne nous appartient pas de les discuter ici. On procéda ensuite a Fenterrement de la femme Endoualle, qui fut ensevelie dans le tombeau de la famille Cousin. Une grande partie de la génération contemporaine de Germaine existait encore; il eût été à désirer que Ton eût alors interrogé tous ces témoin^ et dressé des acles authentiques de ces premières dépositions. En procédant ainsi on aurait infailliblement sauvé de l'oubli une infinité de circonstances de sa vie. Toutefois, au nombre des habitants de Pibrac qui assistèrent, en 1644, à la découverte de son corps, et qui avaient vu la pieuse bergère. Dieu en réserva deux que nous verrons, dix-sept ans plus lard, venir déposer, en présence du vicaire-général de Tarchevêque de Toulouse, les feits de la vie de Germaine dont ils avaient été eux-mêmes les témoins.
Après la découverte merveilleuse du corps de Germaine, le ciel voulut attester sa sainteté par un éclatant prodige, la guérison instantanée de M*"' dé Beauregard.
En 1643 habitait en son manoir un riche gentilhomme appelé François de Beauregard, coseigneur de Pibrac. Il était nouvellement marié à très excellente dame Marie de Clément-Gras. Le ciel avait béni leur union par la naissance d'un fils, sur lequel reposait toutes leurs espérances. Le corps de Germaine avait été placé debout à côté de la chaire, et tout auprès du banc seigneurial de la comtesse de Beauregard. La vue de ce cadavre paraissait incommoder beaucoup cette dame, et plusieurs fois elle avait manifesté hautement le désir de le voir éloigné de son banc. Un jour elle éprouva au sein une douleur violente; bientôt un
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ulcère se forma : Fenfant ne voulut plus prendre le sein de sa mère et fut réduit à la dernière extrémité. Tous les médecins et chirurgiens de Toulouse furent consultés sans, qu'on pût apporter un remède à ses maux, qui paraissaient acquérir tous les jours une intensité alarmante. Cette situa* tion jeta M"* de Beauregard dans une profonde affliction. Son mari, la voyant en cet état, lui déclara que sans doute le mépris quelle avait fait du corps de la bergère pouvait bien attirer sur elle un châtiment du ciel. Touchée de cet avertissement, la comtesse se mit aussitôt en prières et se plaça sous la protection de Germaine, dont la sainteté commençait à jeter un certain éclat par l'invention miraculeuse et toute récente de ses ossements.
Pendant son sommeil, la comtesse fut profondément agitée. S'étant éveillée au milieu de la nuit, elle vit sa chambre subitement sillonnée par une clarté toute céleste, et quelques instants après, elle aperçut la jeune bergère qui venait à elle environnée de la splendeur des saints. Germaine Tavertit que sa prière était exaucée, que son ulcère disparaîtrait, et que son enfant reprendrait subitement ses forces. La vision disparut. M** de Beauregard, ne pouvant contenir les transports de sa joie, sort de sa chambre, éveille son mari et ses domestiques, leur raconte la vision merveilleuse dont elle vient d'être favorisée et la promesse qui lui a été faite. Au même instant lulcère disparaît, la plaie est cicatrisée, et l'enfant reprend sans difficulté ce même sein qu'il avait naguère repoussé avec tant de force.
Le lendemain, la paroisse de Pibrac vit un spectacle vraiment digne d'admiration : M"« de Beauregard, accom-
pagnée du comte son époux et de toute sa maison, portant entre ses bras son petit enfant, se rendit à l'église k pied, malgré la longueur du chemin ; elle y fit célébrer une messe solennelle d'action^de grâces, se prosterna humblement devant le corps de la bergère et lui offrit son enfant. Elle raconta a tous ceux qui étaient présents les faveurs dont elle avait été honorée, et pour montrer sa gratitude, elle s*engagea à faire hommage d'un cercueil de plomb pour y renfermer le corps de la bergère. Parmi les domes^ tiques de la comtesse, se trouvait une jeune fille de vingt-, six ans nommée Françoise Pagèse; elle fut le témoin fidèle de cet événement, et l'attesta sous la foi du serment, ea rannée 1700, à M. l'abbé Morel.
Le cercueil de plomb ayant été disposé, on y plaça le corps de la pieuse bergère, et ce précieux dépôt fut trans-. porté dans la sacristie.
Toulouse s'enrichit à cette époque d'une confrérie devenue plus tard très célèbre, et qui fut établie sous le saint nom de Jésus au couvent des dominicains, par les soins et le zèle de Guillaume Matthieu, prieur de cette maison. M^" de Montchal en approuva les règles. Il donna aussi son approbation à des statuts que les dominicains avaient dressés 'pour une maison d'orphelinat, placée sous la direction des religieuses de Sainte Catherine. Ce dernier monastère perdit alors sa prieure, Jacqueline de Gargas veuve de Pierre de Rabaudy. Cette femme avait commencé à recueillir dans sa maison des filles pénitentes qui plus tard furent placées au couvent de la Madeleine, rue des Couteliers, et enfin confiées aux dames du Refuge, rue du Taur. M"* de Gargas est célèbre dans les annales de l'ordre
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par sa haute piété et sa science, car elle connaissait la langue latine et les Pères de TEglise, et parlait plusieurs langues vivantes. Elle mourut en 1644 et fut inhumée dans Téglise de Sainte-Catherine-
L'année suivante, mourut aussi à Toulouse dom de Ruade, ancien évêque de Couserans. Avant d'être élevé à répiscopat, Bruno de Ruade avait embrassé la règle des chartreux au monastère de Vauvert, diocèse de Paris.. Octave de Bellegarde, évêque de Couserans , ayant été transféré à Tarchevêché de Sens, désigna au roi pour lui succéder l'humble chartreux, qui ne céda qu'aux ordres de son général pour accepter la charge pastorale. Dom de Ruade fut sacré à Paris par les mains de son prédécesseur^ et prit possession de l'évêché de Couserans en 1624. Il gouverna ce diocèse pendant près de vingt années. Vers l'an 1640, son âge et ses infirmités le forcèrent de donner sa démission de son siège. Il se retira à la chartreuse de Toulouse, où il mourut dans un état voisin de la folie. Il fut inhumé au milieu du chapitre de la communauté.
L'université de Toulouse cherchait avec empressement toutes les occasions possibles de continuer sa guerre contre les jésuites. Le 1*' mai 1643, elle s'assembla au couvent des Augustins pour statuer sur un ouvrage du P. Annat, portant pour titre : Défense de la science moyenne. Ce religieux, devenu célèbre par son opposition à Port-Royal, et à qui Pascal adressa la dix-septième et la dix-huitième Lettre provinciale, avait professé pendant treize ans la philosophie et la théologie à Toulouse. Plus tard, il dirigea, en cette ville^ comme recteur, le collège de la compagnie. Parmi les nombreux ouvrages sortis de sa plume, on distingue
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celui qui fit Tobjet de la censure de notre unitersité, et où Fauteur traite de la Science moyenne. Pour entendre ces mots, il faut observer que la science en Dieu est Tattribut par lequel il connaît toutes choses. Or les choses sont: 1* ou simplement possibles , 2** ou existantes et devant exister, 3* ou devant exister conditionnellement. Cela posé^ les théologiens distinguent en Dieu trois espèces de sciences correspondantes : la première se nomme science de simple intelligence : elle a pour objet les choses possibles ; la deuxième se nomme science de vision : elle a pour objet les choses qui ont existé, qui existent ou devant exister ; la troisième se nomme science moyenne, parce qu elle tient le milieu entre les deux autres. Cette dernière a pour objet les futurs conditionnels. L^école s'est partagée sur la science moyenne : on a appelé molinistes et congruistes les partisans de cette science en Dieu, et thomistes les adversaires. Le P. Annat se montra donc le défenseur de la science moyenne, et les docteurs de la sacrée faculté de théologie de Toulouse défendirent la lecture de son livre comme ayant été publié sans lapprobation des docteurs.
Ce n'était pas seulement la faculté de théologie qui était opposée aux jésuites : le chapitre de Saint-Etienne s assem- i| bla extraordinairement le 15 mars 1646 et prit la délibé- 1 ration suivante :
« Le samedi 15 mars 1646, au lieu capitulaire de TEglise de Toulouse, à huit heures du matin, furent présens et assemblés en chapitre MM. de Ciron, chancelier; de Maran, grand-archidiacre ; de Benoît, chantre ; Catel, Lalenche,
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Boulay, Barrassi, Rudèle, Boyer, Flous, Tousin, La Bourgade, Dufour, LafoDt, du Panté, tous chanoines de ladite église.
» Le sieur de Maran, célérier et grand-archidiacre, a rapporté que ces jours passés un P. jésuite faisant la doctrine chrétienne, à l'église Saint-George de cette ville, auroit publiquement dissuadé le peuple de se venir confesser à cette église ces fêtes de Pâques , mais bien d'aller à leur maison où il y a d'excellens confesseurs ; et sur ce auroit proféré dès paroles fort indécentes et scandaleuses qui méritent punition. Sur quoi a été délibéré : que inhibitions et défenses seront faites auxdits jésuites de faire dorénavant la doctrine en ladite église de Saint-George, ni en aucune autre qui dépende de celle-ci ; ains que d'autres prêtres seront commis à ce faire; et que MM. les célériers commanderont aux vicaires desdites églises de ne permettre point que lesdits jésuites y retournent; et qu'il sera informé d'autorité de M. l'official desdites paroles et discours indécens. ^- Signé 'de Ciron, chancelier. »
Les ennemis de la Compagnie propageaient une certaine prophétie contenue dans le testament de messire Jean de Carrière, conseiller au parlement de Toulouse, et dans laquelle ce magistrat représentait en 1561 cet institut comme devant exciter de grands troubles dans l'Etat, et se montrer ennemi des rois et des parlements. Les efforts des adversaires des. jésuites devinrent impuissants pour arrêter le cours de leurs travaux; ils agrandirent en effet leur collège, et obtinrent de la ville un subside de 2,400 livres pour construire de nouvelles classes.
M»^ de Monlchal parut encore avec éclat dans l'assemblée
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da clergé en 1C46 et y soutiût les droits de TEglise. Ad mois de décembre de TauDée suirante, il se trouvait dans sa ville épiscopale, et fit transporter dans Tune des chapelles de la cathédrale (celle de Saint-Alexis) les corps de Raymond Scriptor archidiacre de Villelongne et de Bernard son clerc, massacrés à Avignonet. Ces corps reposaient depuis 1242 dans le cloître de Saint-Etienne : ils furent placés du côté de Tévangile. L'inscription que M*' de Montchal fit graver indique encore le lieu de leur sépulture.
Plein de sollicitude pour la discipline ecclésiastique, il fit publier les ordonnances de saint Charles Borromée, en 1648, et accompagna cette publication d'un mandement où il fit un magnifique éloge du saint archevôqae de Milan. Ce fut là run des derniers actes de son administration, car ^ s*étant rendu aux Etats du Languedoc à Carcassonne, il y mourut le 22 août. Sentant arriver sa fin prochaine, il demanda les derniers sacrements, qu*il reçut des mains de Tarchevêque de Narbonne^ et expira en prononçant ces mots : In manus tum. Domine, commendo spiritum meum et sponsam meam. A peine eut-on appris à Toulouse la mort de cet éminent prélat^ que les chanoines de Saint- Etienne se transportèrent à Carcassonne pour réclamer sa dépouille mortelle, qui fut portée à Toulouse, où on lui fit de splendides funérailles. On y voyait Jean-Louis de Berthier, évëque de Rieux; Jean DafQs, de Lombez; Jean de Fossé, de Castres; Pierre de Marca, de Couserans; François de Caulet, de Pamiers, qui prononça son oraison funèbre. U fut inhumé dans le sanctuaire, au pied du trône épisco-^ pal, et repose aujourd'hui dans le nouveau caveau des évêques.
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Tous les auteurs contemporains célèbrent à Fenvi cet I y J ^
incomparable prélat qui, pendant vingt-trois ans d'épisco- JTl^ pat, jeta le plus vif éclat sur le siège de Saint-Saturnin. c^ j CK
La science ecclésiastique de M^' de Montchal tenait du prodige , rien ne lui était étranger : il possédait les langues hébraïques et grecques. Il annota les historiens primitifs de TEglise, et ses annotations obtinrent les suffrages de tout le clergé de France. Il possédait une connaissance approfondie de tous les conciles, du droit civil et canonique, bétonnante sagacité de son esprit lui facilita Tacquisilion de toutes les sciences sacrées et profanes. Il avait formé à grand» frais une immense bibliothèque particulièrement composée de manuscrits hébreux, grecs et arabes qu'il offrait volontiers à tous les savants de son siècle. Plusieurs des manuscrits dont il était possesseur furent imprimés dans la suite ; tels que la synopse des lois de Psellius, le discours de Fempereur Léon sur saint Nicolas, les œuvres de Nil Tarchimandrite, la chaîne des commentaires des Pères grecs sur les évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Les hommes les plus éclairés de son temps lui prodiguèrent tour-à-tour les plus justes éloges; les épîtres dédicatoires des divers auteurs qui placèrent leurs ouvrages sous ses auspices, exaltent sa profonde érudition, la variété de ses connaissances et la fécondité de son génie. Par ses soins les œuvres de saint André de Crète et de saint Jean Damascène furent données au public.
Nous possédons un très grand nombre d'ordonnances de M^ de Montchal sur plusieurs points de la discipline ecclésiastique, dont quelques-unes portent le nom de ses vicaires généraux Raymond de Laffont, François Maran et
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Pierre de Flous. On remarqQe parmi ces ordonnaDces celles qui ont pour objet la translation de la relique de saint Eloi aux dominicains, et Télévation do corps de saint Edmond dans la basilique de Saint-Saturnin. Ses Mémoires sur le ministère da cardinal de Richelieu sont le seul ouvrage sorti de sa plume qui soit venu jusqu'à nous. On trouve encore plusieurs de ses lettres et de ses discours dans les procès-verbaux des assemblées du qlergé de France. Le célèbre Balzac entretenait avec lui une corres* pondance suivie.
Grâce à l'activité de son zèle, plusieurs établissements religieux se formèrent sous son épiscopat à Toulmse et dans le diocèse. Il érigea un séminaire dans la paroisse de Saint-Pierre-des-Cuisines. Les dames de Sainte-Ursule et de la Visitation agrandirent leurs monastères; les premières s'établirent à Grenade, et les cordeliers à Tlsle-Jourdain. 11 fonda et dota la maison des missionnaires du diocèse à Roqueville, dans la paroisse de Montgiscard, auprès d'une antique chapelle dédiée à la Vierge. Les dames du Refuge construisirent une nouvelle maison dans la paroisse du Taur, et les carmélites dans celle de Saint*Saturnin. L'hospice Saint-Joseph-de4a-Grave fut considérablement s^randi, et celui, de Saint- Jacques reçut un nouvel ordre de religieuses destinées au service des malades. Il approuva les statuts d'une célèbre confrérie érigée à Saint-Etienne en l'honneur du saint Sacrement. L'église de l'Inquisition fut construite et enrichie de plusieurs tableaux représentant la vie de saint Dominique. Les capitouts décorèrent le tombeau des comtes de Toulouse, et placèrent sur la porte une inscription en vers latins dans le goût du temps.
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Ms* de Hontchal donna tons ses soins à la conservation des biens de son archeyêché, et put rénnir à la mense épiscopale plnsienrs domaines que ses prédécesseurs avaient aliénés. Il restaura le palais épiscopal et fit placer cette inscription au-dessus de la porte principale : Benedic domui servi tui. Domine, ut sit in sempitemum coram te. Il existe encore à Toulouse deux monuments consacrés à sa mémoire : le premier est une inscription gravée dans régllse du Taur et qui a trait à son arrivée à Toulouse (1); le second est son épitaphe (2).
(4) BBLIGIONE . yiRTUTE .
GLOBU . BT . ERUDITIONB . INGOHPÀRABILI .
k . ILLUST . ET . REVEREND .
DD . CAROLO . DE . MQNTCHAL . REGIS , O0N8IUARIO .
TOiOSANO . ARCniBP . DIGNISSIXO .
CiTHOUCàE . VERITATIS . LUMINI .
ATQUE . OOLUIINAB .
PRO . DESIDERATO . ADVENTIT.
SUO . LONGA . TOLOSAIII . TAEDU .
POPUU . SEDATURO .
(5) ' CAROLUS . ARGHIEP . TOLOSANDS .
HIC . EXPECTAT . RESUREGHONEK . MORTUORUM .
QVOD . TERRENUlt . SUPBREST .
HOC . MARMORE . TEGITUR .
QUOD . CELESTE . OOELO . SABETUR .
QCOD . PRO . REPUBUCA . DIGIOTATB . IMMUNITATIBUS .
ET . ECaESUB . DISCIPLINA.
PRO . RE6B . PRO . 8P0NSA . BCCLB8IA . FORTITBR .
DOCTE . SANCTEQUE . QBsSIT . POSTEBORUX . HSMORIA .
ABTERNUIC . SERVARIT •
8EDIT . ANNIS . 23 . ABTATIS . SUAB . 62 . 0B1IT .