‹ Histoire générale de l'église de Toulouse (volume 5)Chapitre 3 sur 12 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

DEPUIS LÊPiSCOPAT DU CARDINAL DE MEUDON EN 1551 JUSQU A LA MORT DE GERMAINE DE PIBRAC EN 1601.

L^année 1551 s'ouvre dans nos annales par les grands jours tenus à Beziers, et où se trouvèrent, en qualité de députés de la sénéchaussée de Toulouse, Donatian Buor, grand-vicaire du cardinal de Meudon, Michel Du Faur de Sâint-Jory, juge-mage de Toulouse, et un capitoul. Ces grands jours étaient des assemblées extraordinaires tenues dans les provinces par des commissaires royaux pour la réforme des abus, la révision de certains procès, et en général pour le rétablissement de Tordre. Donatian de Buor publia donc une ordonnance tendant à réprimer les scandales qui avaient lieu dans les diverses églises où les nouveaux sectaires et beaucoup de fidèles, à leur exemple, faisaient des promenades et entretenaient des conversations sur les affaires séculières : les coupables devaient payer cent sous tournois d'amende pour la première fois, à la seconde être condamnés à la prison, et à la troisième payer vingt-cinq livres tournois.

Les sectaires étaient peu intimidés par ces ordonnances, eux qui ne reculaient pas devant les bûchers. De temi)s à autre, Toulouse était témoin de quelques exécutions : ainsi un jeune homme nomme Jean Jouery, né dans

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r Albigeois, fat saisi à son passage à Mende, accompagne d'uD garçon ; ils furent conduits Fan et Tautre à Toulouse et brûlés chantant des psaumes. Le parlement faisait exécuter de semblables arrêts en d'autres lieux de son ressort.

On crut nécessaire, pour diminuer le nombre des écoliers à Toulouse, de supprimer plusieurs collèges : les capitouls obtinrent du roi des lettres patentes par lesquelles les collèges de Saint-Girons, de Monlezun, de Verdale, de Saint-Exupëre, des Innocents, du Temple, et quelques autres, étaient supprimés et réunis à deux principaux collèges où Ton devait enseigner les langues hébraïque, grecque et latine. L'un de ces établissements fut fixé à rEsquille^ où se trouvait déjà depuis bien des années une école connue sous le nom de Collegium studiL Les capitouls jetèrent un peu plus tard les fondements du nouveau collège de l'Esquille.

Le roi venait de déclarer la guerre à l'empereur et s'était ligué contre lui avec plusieurs princes de l'empire. Pour soutenir cette nouvelle expédition, il aliéna une partie de son domaine et établit un impôt de 25 livres sur chaque clocher du royaume, et un autre sur l'argenterie des églises. 11 nomma pour ses commissaires à Toulouse le cardinal d'Armagnac et Paul de Carreto, évêque de Cahors, ayant pour adjoints les deux frères Du Faur, l'un président et Tautre juge-mage. Ces commissaires firent leur entrée a Toulouse le 2 mai 1552, et assistèrent le lendemain au diné des Jeux floraux et à la séance de la distribution des prix de poésie. Le journal de Petrois nous apprend comment fut levé Timpùl sur rargcnterie des églises : « On de-

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> Qombra, dit-il, tous les calices, croix, reliquaires et » autres ouvrages d*or et d^argent; rien ne fut épargné, » tout fut porté devant M. de Maduron, grand-vieaire de » Tarchevêque de Toulouse, lequel, avec M»' le cardinal » d*Armagnac, cotisait chaque pièce d'argenterie comme » bon lui semblait. » L'annaliste affirme que Ton vit avec un grand déplaisir prélever cet impôt, attendu qu'on croyait l'argent beaucoup moins destiné aux frais de la guerre qu'a Tavarice de la duchesse de Valentinois.

Les commissaires du roi firent à Toulouse un dénom-> brement de tous les habitants de cette ville qui étaient ea état de porter tes armes. Le but de cette opération était de se tenir prêts à repousser les Espagnols dt>nt la flotte^ sous les ordres d'André Doria, semblait menacer les côtes de France, tandis que le duc d'Albe méditait une irruption dans la province. On apprit bientôt que les galères d'Espagne s'étaient retirées.

A la faveur de la nouvelle hérésie, des fanatiques paru-rent à Toulouse prêchant tes erreurs les plus extravagant tes. L'un d'entr'eux se faisait passer pour saint Jean TEvan* géliste et prétendait avoir été envoyé de Dieu pour la conversion des pécheurs. On lui fit son procès ; mais il fut facile de reconnaître que son cerveau était dérangé, car ayant été condamné à être détenu pendant le reste de sa vie, il mit le feu à la prison. Il fut alors condamné à être brûlé vif. On chassa aussi de ta ville un autre visionnaire qui, sous rhabit d'ermite, haranguait le peuple dans les rues et les places publiques.

Le parlement de Toulouse eut alors à déplorer la triste défection de l'un de ses membres : Antoine de Lautrec S^-

Germier abandonna le catholicisme pour embrasser les * QonveUes opinions. Ayant quitté la ville, où il fut pendu en effigie, il se rendit à Genève avec sa femme et une religieuse sa parente qu'il fit aussi apostasier. Il n'était pas étonnant que le luthéranisme fit tant de progrès à Toulouse : les libraires de cette ville recevaient de Genève une infinité de livres où Thérésie était présentée sous mille fOTmes diverse, depuis la discussion théologique jusqu'à la chanson.

On s'occupait activement de l'organisation des études dans le nouveau collège de l'Esquille. Les eapitouls chargèrent, en 1553, Jacques Dufaur, abbé de la Case-Dieu, homme très versé dans ta littérature, de choisir de bons professeurs. Le président Dufaur y appela Adrien Tumèbe et le trop célèbre Marc-Antoine Muret. Ce dernier professeur enseignait la rhétorique à l'Esquille avec le phis éclatant succès ; mais la passion de la pédérastie Tobligea de quitter Toulouse avec le jeune Frémiot, son comptice ; il passa les monts, se rendit à Venise et de là à Rome où il fat appelé par le cardinal HyppoUte d'Esté, qui l'honora de son amitié. Elevé ensuite au sacerdoce après une conversion éclatante, il mourut à Rome à l'âge de cinquante-neuf ans, dans les sentiments de la plus sincère piété. Il légua sa bibliothèque aux pères minimes de la Trinité du Mont^ où il voulut être enterré.

Le parlement de Toutouse^ poursuivait les fauteurs de la nouvelle hérésie avec toute la sévérité dont il était capable. Ainsi un jeune homme de Condom nommé Lignac, qui s'était rendu à Genève pour y acheter des livres hérétiques, les avait portés à Toulouse ; ayant été surpris.

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il fut condamné malgré son extrême jeunesse à être brûlé vif avec ses livres. Un bachelier en droit nommé Litoy, Gerand Bonnet clerc du palais, Pierre Serres du diocèse de Couserans, furent brûlés vifs pour cause d'hérésie. Leur constance au milieu des supplices était digne assurément d'une meilleure cause.

Pour ranimer la foi dans les âmes, on formait des confréries en rhonneur de la très-sainte Vierge et des saints : ainsi en 1553, on publia de nouveaux statuts de l'antique confrérie de l'Assomption de Notre-Dame établie dans l'église métropolitaine Saint-Etienne. Ces statuts sont précédés d'une très-longue dissertation philosophique sur le principe d'unité; ils sont divisés en trente-quatre articles et sortent des presses de Boudeville. Dans l'église du Taur on renouvela aussi une très-ancienne confrérie de Sainte- Anne, dont on publia les nouveaux statuts.

Les états du Languedoc s'occupèrent aussi des moyens a prendre pour.arrèter les progrès de l'hérésie. Celte assemblée, qui eut lieu au mois de septembre 1554, exhorta les prélats et bénéficiers à résider dans leurs diocèses ; il fut ordonné que, pendant le sermon (dans l'avent et le carême), les plaids des cours cesseraient afin que personne ne pût s'excuser d'y assister ; on créait de nouveaux collèges pour que la jeunesse pût s'y préserver du venin do l'hérésie : ainsi messirc Jacques Secondât, chanoine de S*- Etienne et vicaire-général du cardinal de Meudon, fonda une maison pour cipq écoliers en théologie et un prêtre destiné a les gouverner.

Les écoliers de l'université de Toulouse étaient puissamment excités à embrasser les nouvelles erreurs par rcxcm-

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|)lc de leurs professeurs, car ce fut à peu près à celte époque que Jean de Coras se déclara luthérien. 11 était né k Toulouse en 1513. Ses succès dans Fétude du droit furent si rapides qu*à Tâge de dix-huit ans, il en donna des leçons publiques. Après avoir parcouru la France et l'Italie, il revint dans sa patrie et vit jusqu'à deux mille écoliers assister à ses leçons. Henri II lui donna une charge de conseiller au parlement, et la reine de Navarre le choisit pour son chancelier. Nous verrons plus tard quelle fut la fin de ce célèbre jurisconsulte.

Quatre écoliers de l'université, s'étant déclarés partisans de la nouvelle hérésie, furent arrêtés par les capitouls et condamnés au feu par le parlement. Effrayés du supplice, ils abjurèrent leurs erreurs entre les mains de l'archevêque de Toulouse, et furent cependant envoyés dans les prisons de Yerfeil où ils passèrent quelques semaines, jeûnant au pain et à l'eau de temps à autre. Les capitouls se montrèrent à cette époque zélés défenseurs du catholicisme : ce qui détermina le roi à leur accorder des lettres patentes à l'effet de connaître du crime d'hérésie pourvu qu'ils fussent assistés de dix docteurs ou licenciés.

Ce fut en 1554 qu'eut lieu à Toulouse un concours pour une chaire de droit civil, devenu célèbre par le nom des concurrents : c'étaient Martin Rossel, Etienne Forcadel, Jacques Gujas, Pomisson et de Costa. Il est certain qu'Etienne Forcadel eut le premier rang dans la dispute. Plusieurs auteurs se sont élevés contre les juges du concours de ce qu'ils ne donnèrent pas alors la première place à Cujas. Pour que ce reproche fut fondé, il faudrait pouvoii' assurer que ce dernier entra vérilablemcnl en lice. Il

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est aujourd'hui prouvé qu'au moment où commençait la dispute pour le concours, on offrit k Cujas une chaire à Gahors, chaire qui était beaucoup plus rétribuée que celle de Toulouse. Ainsi l'intérêt de son avenir détermina seul le prétendant à se tourner du côté où les émoluments étaient plus en harmonie avec ses besoins.

Jacques Cujas, le plus habile jurisconsulte que la France ait produits, naquit à Toulouse en 1520, dans la rue qui: porte aujourdliui son nom. Son père, quoique simple tondeur de draps, n'était cependant pas dépourvu des biens de la fortune , et dans sa position il ne négligea rien pour favoriser l'éducation de son fils. La nature avait doué Ciyas de dispositions si heureuses, qu'il apprit seul le grec et le latin. Il eut pour maître dans l'étude du droit le célèbre Arnaud Ferrier. Il se chargea de l'éducation des enfants du président Du Faur, et ce fut pour eux et quelques autres qu'il commença k donner des leçons en 1547 sur les Intitules. En 1554, comme nous venons de le voir, il ac* cepta une chaire de droit a Cahors. Il ne resta qu'un an dans cette ville, et fut nommé k Bourges par le crédit de Michel de l'Hôpital. Après avoir habité a Valence» il alla a Avignon où il épousa Madeleine Roure, fille d'un médecin de cette ville et dont il eut un fils qui mou* rut jeune: D'Avignon Cujas revint k Valence, puis k Turin; de Turin il retourna k Paris, et vint enfin se fixer k Bourges qu'il ne quitta plus. Nous parierons plus tard de ses rares talents et de tout le reste de sa vie.

L'hérésie de Calvin avait déjà pénétré dans Toulouse et la plupart des partisans de Luther l'avaient embrassée. Ces sectaires, poussés par le plus aveugle fanatisme, formé-

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rent en 1555 un odieux complot contre les catboliques : le 15 avril, au milieu de la nuit, ils parcoururent toutes les rues de la ville et jetèrent dans les puits communs toutes les images et statues de la S*'-Vierge et des saints qui se trouvaient placées dans les carrefours et aux angles de la plupart des maisons. On conçoit quelle dût être rindignation des catholiques à leur réveil. Une procession fut aussitôt organisée et parcourut toute la ville, s*arrétant aux divers lieux qui avaient été le théâtre de ces profanations. Quelque temps après un écolier ayant été poursuivi jusque dans Téglise S*-Etienne par des sergents, le peuple, croyant à quelque soulèvement de la part des hérétiques, courut aux armes, les prêtres et les fidèles quittèrent les offices (c'était le jour de la Fête-Dieu), et le peuple transporté de fureur se serait porté dans les maisons des sectaires pour les égorger si Içs capitouls et le président de Masencal n'étaient parvenus à calmer cet épouvantable tumulte. On venait de terminer la constrution des fonts baptismaux qui avaient été bénits par Févêqne d'Âlbe, collégial de S*-Jean.

La cour faisait tous ses efforts pour s'opposer à l'hérésie; sdnsi, en 1556, Henri 11 écrivit au parlement de Toulouse pour lui ordonner de faire sans merci le procès aux sectaires : aussi Jean Escallier, religieux de saint François, qui avait embrassé les nouvelles doctrines, fût-il brûlé vif dans cette viUe. La famine et la peste exercèrent tour à tour leurs ravages, et dans l'espace de deux mois quatre mille cinq cents maisons furent frappées par ce dernier fléau. Le bon historien Antoine Noguier nous donne des détails assez curieux sur ces calamités publiques dans son

livre qui a pour titre : Histoire Tolosaine, sorti des presses de Boudeville, en 1556. Il nous apprend qu'à Launaguet, village situé près de Toulouse, la peste enleva presque tous les habitants, et que les morts demeurèrent sans sépulture; qu'un certain Jean Andrieu, qui avait été député pour veiller à Tinhumation des corps et s était montré très-cruel à Tégard des infortunés qui avaient survécu aux ravages de la peste, fut condamné à être étranglé : ce qui reçut son exécution à la porte de Fille à St-Cyprien.

Antoine Noguier était né à Toulouse, au commencement du seizième siècle. Ayant montré dès sa jeunesse un grand attrait pour les recherches historiques, il passa une grande partie de sa vie au milieu des poudreuses archives de la ville. Noguier trouva parmi les documents de ces archives divers cahiers composés par Pierre Delpech et Raymond Baldaire qui s'étaient appliqués à réunir toutes les traditions populaires sur les événements relatifs à l'existence de la cité toulousaine. L'histoire de Noguier est divisée en trois livres : dans le premier, il traite de la fondation de Toulouse et de son fondateur, de ses premiers rois, du trésor de Toulouse et de son enlèvement par Cépion, des écoles de cette ville, des divers chefs qui la gouvernèrent sous l'autorité romaine, de la prédication de l'Evangile par saint Saturnin, de l'invasion des barbares et de la déUvrance de Toulouse par saint Exupère,de la domination des Visigoths, et après eux de celle des Francs. Dans le second livre, Noguier parle de l'érection du royaume de Toulouse en comté, de ses comtes, de l'hérésie des albigeois et des faits qui s'y rattachent. Le troisième livre est consacré aux événements relatifs à la guerre du comte de Montfort et du fils du comte

de Toulouse, à Foulques évêque de celle ville (fort maltraité par Noguier), au siège de Toulouse, à la mort de MoDtfort, à la naissaûce de Jeanne fille de Raymond VII, à la mort de ce seigneur. Ici se termine ÏHistoire Tolosaine.

Il est incontestable que le bon Noguier a admis beaucoup de fables, aussi est-il assez difficile de connaître la vérité au milieu de tous ces récits puisés dans des chroniques plus que suspectes. On ne peut cependant refuser à Noguier une entière bonne foi, de la probité, une certaine bonhomie qui plaît au lectaqr, et un grand respect pour la religion. Son style est très diffus, il s'est habituellement écarté de cet adage qu'il avait pris pour devise : Ne trap ne peu. Il publia la première édition de son livre en 1556, et annonça qu'il espérait travailler à une seconde. En effet, cette nouvelle édition parut trois ans après. Noguier avait déjà publié quelques autres opuscules qui n'offrent aucun intérêt.

A côté de l'historien Noguier brillait alors à Toulouse le célèbre médecin Augier Ferrier. Né en cette ville au commencement du seizième siècle, il se livra particulièrement à l'étude de la médecine et de l'astrologie. Le plus célèbre de ses ouvrages porte pour titre : Vera medendi methodus ; il est divisé en deux livres. Parmi les indications à suivre pour la guérison des maladies, on trouve celle de la lumière et de l'influence des corps célestes. Le second livre est consacré à l'indication des remèdes curatifs. Ferrier choisit pour le Mécène de son ouvrage le cardinal Jean Bertrand chancelier de France, qui le fit nommer premier médecin de Catherine de Médicis. Après avoir demeuré quelque temps k Rome et à Paris, il revint à Toulouse, où

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il mourut en 1588, à Tâge de soixante-quinze ans, heareux si la paix dont il jouissait dans sa patrie n*eût point été troublée par la longue dispute littéraire qu*il eut avec Bodin au sujet de l'ouvrage de ce dernier — Sur la Repuhliqtie.

Le tribunal de llnquisition avait alors à sa tète le demi" nicain Esprit Rotier. Ce religieux était doyen de la faculté de théologie de Toulouse. Sa juridiction ne s'étendait pas seulement sur le midi de la France, mais encore sur tout le royaume. Il se montra plein de zèle pour Textirpation de rhérésie, et composa plusieurs ouvrages de controverse. On distingue celui qui a pour titre : Antidotes contre la peste â!hérém.

Au fléau de Terreur se joignirent encore, pour désoler Toulouse, ceux du brigandage et de la peste. En 1559, on ^ découvrit une société infernale de brigands qui avait ses chefs et ses lois. Hors de la ville, dans le quartier Saint- Cyprien, entre les chemins qui conduisaient à Muret et à rille, se trouvait une vaste prairie appelée de Santo-Petro; là se rendaient pendant la nuit Jean Ducos, Raymond Monet, Léonard Esquarré, Jean Moret et Jean Montauriol, qui arrêtaient les passants, les dévalisaient, et souvent les mettaient à mort. Ces terribles malfaiteurs furent enfin découverts et subirent divers genres de supplice.

La peste renouvela ses ravages. Pour intéresser le ciel en faveur des Toulousains, les capitouls envoyèrent deux officiers à Notre-Dame du Puy avec ordre d'y faire chanter une messe et d'offrir un cierge de cire blanche à la statue de la Vierge. L'accomplissement de ce vœu n'empêcha pas de prendre de grandes précautions sanitaires. Ainsi on

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construisit à côté de l'hospice de la Grave, sur un espace immense, des loges séparées pour placer les pestiférés, et Ton fit un règlement trës-étendu pour la subsistance des pauvres.

Après de longs démêlés, le roi Henri H et Philippe d'Espagne conclurent un traité de paix au mois d'avril 1558. Cette paix n'était pas très-glorieuse pous la France, voilà pourquoi les parlements s'opposèrent a l'enregistrement des articles. Ce ne fut (^'à la suite de deux jussions que celui de Toulouse consentit à les enregistrer. Le roi tint à Paris, au sujet des religionnaires, une assemblée*à laquelle il présida lui-même. Toulouse y avait envoyé pour députés Arnaud Ferrier, célèbre jurisconsulte et président aux enquêtes, François Dufaur, conseiller, et Anne Dubourg. Ces magistrats, ayant paru favoriser dans leurs discours les calvinistes, furent arrêtés et renfermés a la Bastille. Dubourg, s'étant déclaré luthérien, fut pendu et brûlé sur la place de Grève ; les deux autres furent condamnés à perdre leur charge, dans laquelle ils rentrèrent plus tard.

Mais au milieu des fêtes royales qui se célébraient à Paris pour les deux mariages d'Elisabeth, fille aînée de Henri H, avec Philippe, et de Marguerite sa sœur avec le duc de Savoie, Henri fut blessé mortellement dans un tournois, et mourut a l'âge de quarante-deux ans des suites de sa blessure. Il laissa, de Catherine de Médicis son épouse, quatre fils : François H, qui lui succéda, Charles, Alexandre et Hercule ; trois filles : Elisabeth, qui devint reine d'Espagne, Claude qui épousa Chartes HI de Lorraine, et Marguerite qui épousa Henri de Bourbon roi de Navarre.

Henri H mourut le 10 juillet 1559. François H son fils

lui succéda. Son âge, la délicatesse de son tempérament , son indolence naturelle favorisèrent les brigues au sein de la cour, où se formèrent bientôt deux partis — celui du connétable et celui des Guises. Catherine de Médicis se jeta du côté de ces derniers. Le conseil de ville envoya vers le roi quatre députés : les capilouls Supersantis, Bosquet, Saint-Félix de ï^urémont et d'Aliez. Le parlement envoya aussi les siens : le président de Masencal, de Paulo, Barthélémy et Robert. Ces députés furent reçus par le jeune monarque à Reims. Ce prince confirma tous les offlciers du parlement ainsi que les privilèges de la ville, et renouvela pour cent ans l'abonnement des tailles que Louis XI avait accordé à la ville pour ce même nombre d'années. — On fit au roi Henri de splendides funérailles dans l'église Saint- Etienne ; Tuzaine, docteur en théologie et Chanoine de cette église, y prononça l'oraison funèbre.

De lamentables désordres vinrent à cette époque attrister les sincères amis de la religion à Toulouse : un conseiller clerc nommé Raymond Bonnail, accusé d'entretenir des relations criminelles avec une jeune fille dans sa maison située près de l'église des Récollets, fut dépouillé de sa charge et banni pour dix ans de la sénéchaussée. Au monastère de la Daurade, quelques moines forcenés tuèrent à matines le prieur claustral. Deux des assassins furent arrêtés et écartelés sur la place du monastère. Les auteurs de la Gallia christiana passent sous silence cet événement. Aux Augustins, on surprit quelques religieux qui avaient introduit des femmes dans l'intérieur du couvent k des heures suspectes. Ils furent condamnés a être pendus. Mais comme l'un ne passa que quelque temps dans les prisons

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de rofticiâlilé et que les autres furent rendus à la liberté, cela fait supposer que leur faute n était pas aussi grave qu'on Favait cru d'abord.

Le 25 novembre, Antoine Sanguin cardinal de Meudon et archevêque de Toulouse, mourut à Paris ; il fut inhumé dans l'église du Val des Ecoliers. Il avait gouverné son Eglise pendant neuf ans, mais n'était jamais venu dans sa ville épiscopale. Ses vicaires-généraux publièrent sous son nom des décisions sur la Chapelle épiscopale, citées dans les statuts du cardinal dé Joyeuse. Nous trouvons encore ces vicaires-généraux dans un grand pardon général de planière indulgence qui fut octroyé aux religieuses de S**- Monique ou Âugustines, pour leur couvent situé en la rue Saint-Louop à Porte-No^, étant en grande pauvreté, sans rente ni revenu. Ce pardon fut accordé pour qu'on pût, à la faveur des aumônes, commencer à rebâtir ce couvent qui était tombé en ruines. Le cardinal de Meudon était un homme de mérite; on dit qu'il dût, en partie, son élévation aux dignités de TEglise à la faveur d'Anne de Pisseleu duchesse d'Etampes, sa parente.

Sbu^ répiscopat du cardinal de Meudon fut instituée dans la basiUque de Saint-Saturnin une célèbre confrérie de la Passion qui choisit pour son autel la chapelle du Crucifix, située près de la porte des fonts baptismaux. Ce crucifix, d'après les anciennes traditions, aurait reçu à ses pieds Raymond de Saint-Gilles et les croisés partant pour la terresainte. Cette image du Christ, remarquable par la raideur de ses formes, a été classée au nombre des œuvres de Tan bysantin. Le corps, revêtu dans sa partie inférieure d'une espèce de tunique, repose sur une croix de bois recouveito

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de lames de cuivre. Ce crucifix existe encore, mais la confrérie s'est éteinte.

A peine Odet de Chatillon eut-il appris la mort du cardinal de Meudon qu'en vertu des bulles dont nous avons déjà parlé, et qui lui donnaient le droit de retour, il prit de nouveau possession de l'archevêché de Toulouse, qu'il garda encore trois ans. Il n'eut pas besoin de nouvelles provisions de Rome ; mais il obtint des lettres patentes de François II qui confirmaient la validité du retour. Le chapitre métropolitain exigea que l'archevêque payât une seconde fois le droit de chapelle.

Ce fut à la fatale époque que nous parcourons que prirent naissance les troubles de religion qui désolèrent la France entière. Malgré la rigueur des édits et les exécutions capitales, les huguenots (c'est ainsi que furent nommés les partisans des nouvelles doctrines) s'étaient prodigieusement multipliés, surtout dans la classe moyenne et parmi les nobles, car lo simple peuple était généralement demeuré attaché a la religion de ses ancêtres. Nous avons déjà dit que Catherine de Medicis s'était rangée du côté du cardinal de Lorraine et des Guises : dès-lors le prince de Condé, l'amiral de Coligny et quelques autres grands seigneurs se mirent à la tête du parti des huguenots, plus encore peut-être par jalousie que par zèle pour les nouvelles erreurs. Les trois Coligny, l'amiral, d'Andelot et le cardinal archevêque de Toulouse, furent disgraciés. Tous ces mécontents s'assemblèrent à La Ferté, où il fut résolu qu'on enverrait des émissaires dans toute la France pour engager les sectaires à s'assembler et à demander le libre exercice de leur religion, les armes à la main. La conjnra-

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Uon devait éclater le 15 mars 1560, à Âmboise, où se troavait la cour ; mais, ayant été découverte, la plupart des conjurés furent arrêtés et quelques-uns mis à mort. Le roi écrivit aussitôt à tous fts parlements de France pour leur faire part de ces événements et indiquer une grande assemblée destinée à remédier aux désordres et a réformer les mœurs.

En effet, le roi réunit les notables à Fontainebleau à la fin d*août, et on décida que les Etats généraux s'assembleraient à Meaux pour le 10 décembre. Une lettre écrite au cardinal de Lorraine par Bertrand Sabbatier, procureur général au parlement de Toulouse, nous fait connaître Tétat des esprits : < Les esmeutes et les assemblées croissent de » jour en jour dans ce ressort; mesme aux villes de Mont- » pellier, Nismes, Massilargues, Cauvisson, Aigues-Mortes, » Vauvert, Gignac, Lodëve et Castres, et qui plus est dans » cette ville de Tholôse il y en a quelque descouverte tant » par advertissement des officiers de Montpellier que inqui- » sitions commencées par le juge criminel et capitols de » Tholose, non que par leurs procédures Tautheur ne com- » plices soient descouverts. Monseigneur, je crains quelque » sédition en ces prochaines vacations, s*il ne plaît à Dieu, » au roi, et à vous, Monseigneur, y remédier. »

Cette sédition ne tarda pas à éclater, car quatre cents

écoliers se rendirent chez le président de Masencal pour

lui demander une église afin d*y prêcher à la mode de Genève. Cette manifestation indigna les catholiques, qui dès-lors se tinrent sur la défensive. On augmenta la garde jnunicipale, et Ton prit des précautions pour prévenir les événements. Le parlement faisait toujours parvenir de se-

crels avertissements au cardinal de Lorraine; ainsi, le 13 septembre 1560, il lai annonça « qu'il y avait à Tholose découverte de certaines colligations et entreprinses avec les ministres de Genève. » En* effet, Vignaux, ministre huguenot, après avoir semé Terreur dans plusieurs villes de la province, était arrivé à Toulouse^ où il avait été reçu par trois personnages importants. Vignaux prêchait donc à Toulouse et s'était adjoint le carme Nicolas Folion et Barelles qui, sous ses ordres, parcoururent les contrées voisines. Les trois personnages dont il est ici question étaient les trois capitouls Dufaur de Marnac, Puymisson.et Jean Denos qui avaient embrassé les erreurs nouvelles.

L'Eglise prétendue réformée fut établie à Toulouse par. les soins de celle de Montauban, qui y envoya pour fondateur Jean Le Masson et Vignaux dont nous venons de parler. On s'assembla d'abord dans quelque maison particulière le dimanche pour y chanter des psaumes et y lire quelques passages de rEcriture sainte : c'est ce qui détermina le cha^ pitre de Saint-Etienne à députer un chanoine au connétable de Montmorency pour l'instruire que la ruine de la religion catholique était imminente à Toulouse par les intrigues d'un homme d'autorité et hérétique.

Le roi transféra les Etats généraux de Meaux à Orléans, et le 18 octobre 1560 il fit son entrée dans cette ville. Le roi de Navarre jet le prince de Condé son frère s'y trouvèrent et furenf arrêtés. Celui-ci aurait infailliblement payé de sa tête son imprudence si le crédit de la reine-mère ne l'avait sauvé. Le 5 décembre suivant, François II mourut des suites d'un abcès à la tête. Charles d'Orléans son frère lui succéda a Tàgc de dix ans ; il prit le Aom de Charles l\.

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La politique de Catherine de Medicis sut d abord balancer les intérêts des deux partis qui divisaient la cour. L'ouverture des Etats eut lieu le i3 décembre; la sénéchaussée de Toulouse envoya au tiers-état Gui Du Faur, juge mage, et Claude Terlon, ancien capitoul.

Cest pour la première fois que le nom de Gui Du Faur se rencontre dans notre histoire. Il était né à Toulouse en 1528, et eut pour père Pierre Du Faur, président du parlement de Toulouse. Il eut pour maîtres Bunel pour les lettres , Cujas et Âlciat pour le droit. A vingt-neuf ans , il fiit nommé juge mage. Lorsqu'il eut perdu son père, il épousa Jeanne de Custos dame de Tarabel. Les Etats du Languedoc avaient dressé des cahiers de doléances qui furent présentés aux Etats généraux ; ceux de Toulouse forent dressés par Gui Du Faur et sont représentés comme l'expression véritable des vœux des populations.

Pendant la tenue des Etats généraux à Orléans, le 15 janvier 1561, on célébra à Toulouse les funérailles de François II dans l'église de Saint-Etienne. Il y eut une grande discussion au sujet des* préséances. La messe fut célébrée par Jean de Tournoir, archidiacre, et l'oraison funèbre prononcée par frère de Lana, jacobin.

Les Etats se terminèrent le 51 janvier. On y rendit une célèbre ordonnance par laquelle le roi rétablissait les chapitres et les monastères dans le droit d'élire leurs évêques et leurs abbés. Les huguenots cherchèrent par tous les moyens possibles à obtenir des teniples et le libre exercice de leur religion. Leur demande fut renvoyée aux prochains Etats ; on leur accorda cependant une amnistie, et on défendit toute poursuite conlr eux. Ces Etats, qui avaient été

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convoqués a Melun, forent transportés à Pon toise pour le mois d'août. Le roi venait d'être sacré k Reims (le 15 mai). La grave question du libre exercice de la religion pour les huguenots occupait toujours les esprits. Le cardinal de Lorraine parla avec beaucoup de force au conseil du roi sur la nécessité d'arrêter les désordres qui désolaient la France. Il fut décidé que le roi tiendrait un lit de justice au parlement et qu'on y prendrait des moyens efficaces pour les réprimer. Ck)nséquemment a cette décision, ce lit de justice fut tenu, et au mois de juillet le monarque rendit le fameux édit de 1561, dont nous rapportons ici les principaux articles :

1** Il défendit aux catholiques et aux religionnan*es de se molester les uns les autres et de se donner des noms odieux. 2** Il défendit aux calvinistes toutes assemblées et toute levée de gens de guerre. S"" Il défendit aux prédicateurs de mêler dans leurs sermons des traits qui pussent exciter à la sédition, k"" Il attribua aux juges présidiaux le jugement en derm'er ressort des contraventions à cet édit. S"" Il ordonna que les sacrements seraient administrés uniquement suivant le rite de FEglise romaine. ^^ Le roi réserva aux juges ecclésiastiques la connaissance du crime d'hérésie, à condition néanmoins que lorsque les coupables seraient livrés au bras séculier, ils ne pourraient être punis que de la peine de Texil, jusqu'à la décision du concile général que le pape avait convoqué de nouveau à Trente, ou d'un concile national, f"" Le roi accordait amnistie générale à tous ceux qui avaient contrevenu aux édits ou qui étaient coupables de révolte depuis la mort du roi Henri IL

Cet édit était plein de sagesse, et en sujets fidèles de Sa

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Majesté les huguenots auraient dû s*y conformer. Il n*en fut pas ainsi; ils excitèrent, au contraire, de nouveaux troubles. Il est très important de faire connaître ici quels étaient les hommes auxquels les catholiques avaient affaire. A Montauban, les huguenots se saisirent d*un prêtre, regorgèrent, arrachèrent ses entrailles et les exposèrent en vente sur la place publique ; au village de Bressols, le curé portant le saint-sacrement fut arraché de son église, placé à Tenvers sur un âne, promené et battu de verges dans toutes les rues ; les saintes espèces furent foulées aux pieds ; à RabastenSi François de Lerm, calviniste, fit massacrer plusieurs religieux cordeliers. Guilhot, chanoine d'Âlbi, ayant envoyé un de ses domestiques nommé Girossens avec des lettres missives de Tabbé de Beaulieu au cardinal de Guise, ce domestique fut pris et conduit à François de Lerm. Comme il ne voulut faire aucune réponse aux questions qui lui étaient adressées, il fut d*abord jeté dans une citerne, dont on le retira bientôt après pour retendre nu sur un banc; puis on fit dégoutter sur lui pendant deux heures et à trois reprises différentes du lard fondu et brûlant, malgré les cris déchirants qu'il faisait entendre. Après cet affreux supplice, on le renvoya demi -mort, ayant reçu sur son corps cent-sept brûlures. Il ne faut pas oublier que lorsque Ton condamnait les huguenots à mort, ce n*était pas seulement pour le crime d'hérésie, mais parce que par suite d'hérésie ils attentaient à la vie des autres et se rendaient coupables de tous les excès.

Les calvinistes s'étaient établi aussi à Lectoure. Un des consuls de cette ville nommé Borcio, très zélé catholique, avait donné avis au parlement des séditions qu'ils y occa-

sionnaient. Les conseillers d'Alzon, d'Aussonne et Catel, Dumas substitut du procureur général, et le greffier Bellel, furent envoyés à Lectoure. Dans la nuit qui suivit leur arrivée, les capitaines calvinistes Peyrecave, Mesnin et Delort firent entrer secrètement à Lectoure deux mille religionnaires, et pendant que les commissaires du parlement étaient à réglise assistant à la messe, ils cernèrent Tégllse, se jetèrent dans le clocher et y mirent le feu. Les commissaires furent obligés de se rendre et de délivrer leurs commissions. Les huguenots n*osèrent point massacrer les membres du parlement : ils lièrent Borcio a une potence devant la porte de Féglise, et Qrent conduire les autres à Franciscas où ils furent rendus à la liberté, gardant pour otages le substitut Dumas et le greffier Bellet. Le premier fut dirigé sur Agen et le second sur Pradels. Bellet se racheta pour une forte somme ; quant à Dumas, il dut sa délivrance à une véritable intervention divine. Le président de Masencal envoya à Agen de Villa, receveur de Guienne avec deux cents écus pour sa rançon ; mais un envoyé de Montauban s'opposa à sa délivrance et demanda que Dumas, lui fut livré.

Dans cette extrémité, de Villa s'adressa a un Limousin, nommé Villetierri qui avait quelques relations d'amitié avec les huguenots. Celui-ci parvint à faire évader le substitut, le cacha pendant trois jours dans un lieu de sa maison, d'où il entendait proférer contre lui d'horribles menaces. Alors, désespéré de se sauver par des secours humains, il eut recours à la prière. Todt-a-coup sa cachette fut éclairée par une grande clarté qui lui causa beaucoup de frayeur. Ce phénomène se produisit une seconde fois. Alors son âme

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reçut par une inspiration secrète l'assurance qu'il serait délivré : ce qui fut effectué quelques jours après.

A Lavaur, les calvinistes surprirent la ville de nuit, ayant à leur tête le ministre Labartbe ; l'église des Cordeliers fut saccagée, les religieux furent traqués comme des bétes fauves, les images brisées, les autels renversés, les saintes hosties foulées aux pieds.

A Pamiers, les religionnaires excitèrent des troubles plus îiffreux encore. Cette église était alors gouvernée par Robert Pellevé. Ce prélat avait appelé dans sa ville épiscopalo les jésuites en 1559, qui y établirent un collège, le second de France. Ces religieux avaient eu pour fondateur dom Ignace de Loyola, né en Biscaye en 1491. Le nouvel institut qu il avait formé fut solennellement approuvé par le pape Paul III le 27 septembre 1540; il était particulièrement destiné à procurer par tous les moyens possibles la propagation de la foi et la réforme des mœurs.

Peu de temps après l'approbation de son ordre, Ignace envoya à Paris quelques-uns de ses disciples en qualité d'élèves de l'université : c'étaient Oviedo,Eguia, Domenecb, Paul Achille, VioUe, et Pelletier. En 1542, ils se réunirent au collège des Lombards ; l'évèque de Clermont, Guillaume Duprat, se déclara leur protecteur, fonda leur premier collége à BUlom en Auvergne, et acheta pour eux une maison rue Saint-Jacques à Paris, qui devint plus tard le collège de Louis-le-Grand. Grâce a la haute protection du cardinal de Lorraine, les jésuites obtinrent d'Henri II, au mois de janvier 1550, des lettres patentes par lesquelles il leur était permis de bâtir maison et collège seulement dans la ville 4e Paris. Le roi mandait à ses cours de parlement de vé'

92 TQIPS MODEBNES.

rifier i^s lettres patentes. Cet édit d*Henri II devint le prétexte de la longue guerre que les jésuites eurent à soutenir en France dès leur apparition dans ce royaume. Le parlement, la faculté de théologie, l'université et Tévêque de Paris Eustache Du Bellay se déclarèrent contr'eux par des motifs divers. Les jésuites n'opposèrent à leurs adversaires que les deux grands remèdes qui guérissent souvent bien des maux — le temps et la patience. Ils perdirent, le 31 juillet 1556, leur général, qui mourut à Rome à Tâge de soixante-cinq ans.

Le second collège que les jésuites établirent en France, fut celui de Pamiers, où ils furent appelés, comme on Fa vu plus haut, par Févêque Robert de Pellevé. Trois pères de la compagnie, Edmond Auger, Roger et Pelletier, exercèrent leur apostolat sur toutes les classes de la société, et y produisirent beaucoup de bien. Nous devons ici faire particulièrement connaître Edmond Auger, le plus intrépide de ces nouveaux apôtres. Il était né en 1515 au village d'AUemarche, près de Sezanne en Brie, d'un simple laboureur. Son oncle, curé de campagne, lui fit faire d'excellentes études. Privé de ressources, il prit le parti de se rendre à Rome à pied et mendia son pain. On lui avait donné une lettre de recommandation pour un jésuite, qu'il trouva mort à son arrivée. Après avoir passé quelque temps à gagner sa vie en s'installant comme écrivain public au Campa de Fiori, il alla plus tard se présenter au collège des jésuites comme simple garçon de service. Saint Ignace, l'ayant interrogé, s'aperçut qtfil avait fait d'excellentes études et l'admit au noviciat. Dès qu'il l'eut terminé, le général lui donna la chaire de philosophie au collège Romain.

TEMPS XODBRNEâ. 93

Ce fut Laynés qui l'envoya en France pour travailler à la conversion des huguenots.

Ses éloquentes prédications à Pamiers lui attirèrent la haine des religionnaires, qui, se trouvant beaucoup plus nombreux que les catholiques, dévastèrent cette malheureuse cité, en chassèrent tous les religieux, détruisirent leurs temples, et forcèrent les jésuites à abandonner leur collège naissant pour se réfugier à Toulouse, comme nous le verrons bientôt.

L*état de la religion dans cette dernière ville inspirait les plus vives inquiétudes à cause de Faudace toujours croissante des calvinistes : c*est ce qui détermina le clergé à ouvrir des prédications solennelles en forme de mission dans les quatre principales églises de la ville — S^-Etienne, Saint-Sernin, la Dalbade et la Daurade. Ce ministère fut confié à Melchior Flavin frère mineur, Jean Pelletier jésuite, Antoine Finet minime, et Pierre de Lalaine dominicain. Irrités du bien qu'opéraient ces prédicateurs éloquents et pieux, les huguenots voulurent en détruire Teffet par d'énormes scandales : ainsi, le 10 mars au soir, un grand nombre d'écoliers, suivis de plusieurs habitants de l'un et de l'autre sexe, assistèrent à un prêche qui eut lieu en pleine rue, près de l'école de droit, et qui fut tenu par le ministre Bastard. Le lendemain, ces écoliers parcoururent en armes toute la ville, chantant & plein gosier les psaumes de Marot. Le 30 mars, les religionnaires s'assemblèrent de nouveau à l'Esquille pour y faire le prêche, et le soir la prière aux écoles de droit. A Saint-Sernin, un marchand nommé Robert interrompit le sermon en s'écriant : Tu en as menti, cafard de moine ! Ce misérable paya son audace

de sa vie ; il mourut des suites des coups dont il fut accablé. On accusa le capitoul Teronde d'avoir placé un chapelet dans sa poche pour lui faire donner la sépulture catholique.

Comme il était de Tintérêt de Fhérésie d'arrêter le zèle des prédicateurs catholiques, on forma contr'eux un odieux complot. Les capitouls Marnac et Denos et le viguier Portai, qui avaient embrassé les erreurs nouvelles, les dénoncèrent comme ayant prêché contre la reine-mère et le roi de Navarre. Les prédicateurs quittèrent la ville. Bouniol, licencié, se rendit à Pamiers où se trouvait le père Pelletier. Celui-ci, quoique atteint d'une fièvre ardente et malgré ses souffrances, fut violemment tiré de son lit par Bouniol, jeté dans les prisons de Saverdun, de là conduit à Auterive, et enfin à Verdun où on lui mit les fers aux pieds ; on parvint cependant à le ramener à Toulouse, où il fut déposé (ainsi que Flavin et Finet qui avaient été arrêtés à Albi) à la conciergerie du parlement. Le roi nomma alors les présidents Daffis et Du Faur pour instruire le procès dirigé contre ces religieux. De son côté, le conseil de ville envoya à la cour Luc Urdez, avocat au parlement, et Jacques- de Sus, bourgeois, pour soutenir la cause des prisonniers. Ces députés triomphèrent de toutes les oppositions qui leur furent suscitées par une partie des capitouls et plusieurs habitants, et obtinrent que les prisonniers seraient rendus à la liberté et à l'exercice de leur ministère, à condition de se montrer plus modérés dans leurs discours.

Les gens du roi au parlement de Toulouse, qui tenaient le roi très au courant de tous les désordres que commet-

talent les huguenots dans la province, avaient envoyé à la cour leurs procès-verbaux par un avocat; mais celui-ci, en passant à Âgen, fut jeté dans les fers. Ils se plaignirent alors au roi et à la reine de cet attentat ; leurs lettres, qui portent la date du 23 août, assuraient que les trois quarts du peuple persévéraient dans Tancienne religion, et que les huguenots avaient commis à Montauban, dans Téglise S'- Jacques, des excès déplorables, pillant l'église, brûlant les images, et renversant tous les autels.

Le clergé de Toulouse se fit aussi un devoir de prévenir la cour de la division qui existait entre les capitouls et une partie des habitants : c'est ce qui engagea le prince à envoyer dans cette ville Ife sieur de Terride en qualité de gouverneur pour y faire observer Fédit de juillet. Les communications que Terride fit à la cour nous montrent quel était Tétat où se trouvait à Toulouse le catholicisme. H affirmait que cette ville était entourée de séditieux qui se livraient à de grands désordres ; que les capitouls paralysaient son autorité; que les cabarets étaient remplis d'armes et de livres hérétiques; que, si les religionnaires ne tenaient pas des assemblées publiques, Toulouse n'en était pas moins dans un danger pressant; que les séditieux des villes voisines faisaient de grands approvisionnements d'armes de toute espèce, et qu'ils affirmaient que quatre à cinq mille hommes étaient d'accord avec eux dans la cité, espérant même se rendre maîtres de deux fortes maisons.

Nous trouvons dans une lettre que les gens du roi du parlement de Toulouse écrivirent au roi de Navarre et à la reine-mère, que les séditieux avaient ouvertement déclaré que, qudques commandements ni quelques lois qu'il y eut.

ils na réformeraient auculnement leur vie. Tel était le mot d*ordre de la secte. Ils déclaraient ensuite, après avoir raconté les excès dont les huguenots s'étaient rendus coupables à Montauban, Castres, Pamiers, Villefranche, Lavaur, Lodève et Beziers, que la source du mal venait de ce que dans les principales villes la plupart des officiers royaux et municipaux étaient d'intelligence avec les gentilshommes et les ministres de la religion nouvelle ; qu'ils envoyaient leurs familles au prêche et y allaient eux-mêmes. Le clergé soutint encore Terride qui avait déjà reçu l'ordre de partir : il priait la reine-mère de le laisser en place jusqu'à la prochaine élection des capitouls que l'on craignait devoir être mauvaise, car il était constant que cinq de ceux qui étaient actuellement en place avaient fait entrer dans Toulouse un grand nombre d'hérétiques et de minis* très.

Un événement extraordinaire et qui montrait quels tristes progrès avait faits l'hérésie, arriva au mois d'octobre 1561 : les religieuses du prieuré de Lespinasse, près de Toulouse, de l'ordre de Fontevrault, embrassèrent au nombre de vingt le parti de la réforme. Les catholiques cherchèrent à les ramener ; mais elles écrivirent au roi de Navarre de les prendre sous sa protection, donnant en même temps avis aux protestants de Montauban de leur venir en aide. Ceux-ci envoyèrent une bande de gens armés qui, le 17 octobre, favorisèrent leur sortie du couvent. Une seule demeura fidèle à ses engagements et se retira au monastère de Saint-Pantaléon ; quant aux autres, elles se rendirent à Montauban où elles se marièrent à de jeunes prolestants, consommant ainsi leur odieuse apostasie.

Ce qoe le clergé de Toulouse avait prévu arriva : les capitouls nommés pour Faûnée 1562 appartenaient tous au nouveau parti. Voici leurs noms : Mandinelli, Hunaut de Lanta, d*Âssezat, Ducèdre, Dareau, de Ganelon, Pastoreau, et Vignes. Cette élection ne fit qu'augmenter la hardiesse des religionnaires ; les écoliers de l'université s'armèrent les uns contre les autres ; les professeurs catholiques Femand Rossel et Lacoste furent publiquement injuriés dans leurs leçons ; le roi d'Espagne se vit obUgé de rappeler ses sujets qui étudiaient à Toulouse ; plusieurs maisons particulières furent ouvertes à un jeune ministre agenais nommé Âbei Niord, entr'autres celle de Labastide, du viguier Portai, de l'avocat Vilion, du conseiller présidial Jourdain. Les prêches se tenaient au milieu de la nuit ; les maris y conduisaient leurs femmes, et la fidélité conjugale y recevait de rudes atteintes.

Sur les instances de l'amiral de Coligny, la reine-mère s'était déterminée à modifier l'édit de juillet de Tannée précédente. Au mois de janvier 1562, on rendit à Saint- Germain-en-Laye un second édit en l'absence du connétable de Montmorency et du duc de Guise, édit par lequel il était statué : l"" que les religionnaires rendraient aux catholiques toutes les églises dont ils s'étaient emparés : S"* que l'exercice Ubre de leur religion leur serait permis dans les faubourgs jusqu'à ce que le concile général que le pape voulait de nouveau assembler à Trente eût décidé sur les points contestés. La cour, par cet édit, mécontenta tous les partis, ce qui fut la source du soulèvement général qui eut lieu dans tout le royaume entre les catholiques et les protestants, en un mot de la guerre civile. Le parlement de Toulouse

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enregistra cet édit le 7 février, avec certaines conditions.

Les historiens protestants portent à vingt mille le nombre des religionnaîres existant alors à Toulouse. Ce nombre est évidemment exagéré ; il était principalement formé des habitants des villes voisines qui étaient venus se joindre à ceux de Toulouse. Le 7 février, de Niord, accompagné des capitouls Lanta et Montesquieu, du vîguier Portai, de deux cents arquebusiers portant chacun un pistolet à la ceinture, se rendit hors de la porte Montgaillard dans un lieu voisin du château d'Ulmières, plus tard appelé Frescati, situé entre le jardin des plantes actuel et l'extrémité de Tallée Saint-Michel, vers la grande promenade. Là on dressa une chaire portative et de Niord y parut en habit d'écolier. Il commença le prêche en développant ces paroles : Celui qui sème s'en alla semer son grain. Après la prédication, le même cortège reconduisit le jeune ministre chez l'avocat Prévôt qui logeait à la place Sainte-Scarbes.

A de Niord se joignirent le ministre Molinet, homme avancé en âge et à qui on avait coupé une oreille à cause de ses. nombreux larcins, Foulcon dit La Valée, et Jean Commère dit Barelles dont nous avons déjà parlé. Ce dernier était un cordelier espagnol qui, après avoir jeté son froc, se maria avec la fille d'un apothicaire d'Agen. Ces ministres s'assemblaient tantôt derrière les Hauts-Murats, tantôt au milieu des allées de la promenade publique, où ils baptisaient et faisaient des mariages d'après les rits nonveaux de la secte. Il existait visÀ-vis de la porte Ville* neuve (aujourd'hui place Louis-Napoléon) un champ appelé le champ d'Enfer; les capitouls le cédèrent aux religionnaires, qui y construisirent un édifice en planches pour

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leur servir de temple. Cétait là que Barelles attirait un peuple immense par ses prédications qui ne manquaient pas d*une certaine éloquence.

Le 19 février, un huguenot qui montait la garde près du nouveau temple, du nom de Michel Mechard, commis de Timprimeur Boudeville et huguenot forcené, lâcha un coup d*arquebuse pour se divertir pendant que Barelles prêchait. Ce coup, tiré sur l'assemblée qui se tenait visà-vis, blessa plusieurs personnes et tua le fils du sieur de Lagarde-Monbeton, gentilhomme du Querci. Le soldat fut pris, interrogé, mis en liberté, repris ensuite et pendu. Les protestants ne manquèrent pas de publier que Mecbard, quoique de leur secte, avait' été soudoyé par les catholiques pour tuer le ministre.

Dieu ne délaissa pas l'Eglise de Toulouse dans des circonstances aussi pénibles pour elle : il lui donna d'excellents prédicateurs, entr'autres Albin de Serres de Valsergues, archidiacre de Saint-Etienne. Son éloquence était pleine de force dans l'exposition des dogmes cathoUques ; il se servait, pour émouvoir le peuple, de touchantes allégories. Un jour qu'il prêchait à l'hôpital où l'on avait de la peine à recevoir tous les malades qui se présentaient à cause de la peste, il dit à son auditoire : « J'ai appris, » mes frères, que les habitants de cette ville désirent faire » un grand voyage. Or, pour faire ce voyage, il faut avoir > un bon cheval, lui faire tous les jours sa Utière, lui don- • ner sa ration d'avoine, et si la selle le blesse panser ses » plaies: sans cela, quelque bon cheval que l'on ait, il vous » laissera par les chemins. Au contrare, si le voyageur » est attentif à le bien panser, pour si petit bidet qu'il soit,

100 TEMPS MODKRMIS.

» il le rendra où il veut aller. Cesl pourquoi sachant com- » bien les Tolosains souhaitent de faire le saint voyage du » paradis, j ai voulu les appeler dans cet hôpital afin de » leur donner à chacun un cheval pour monter au ciel. Je » vous assure de la part de Dieu que, si vous prenez cha- » cun un de ces malades, si vous avez le soin de leur faire » remuer leur couche, de leur donner à boire et à man- » ger, et de panser leurs plaies , ces pauvres vous serviront » de monture pour vous conduire en paradis. » A ces mots, les riches qui écoutaient le discours se chargèrent chacun d'un malade et le tirent porter dans leur maison : en sorte que Fhôpital^ se trouva vide.

Albin de Serres composa un excellent traité pour réfuter les erreurs nouvelles ; il a pour titre : Les six Livres du Sacrement de l'Autel. Il composa ce livre à Toulouse, en 1564, et le dédia à Robert Prévôt, ministre de Genève. Il composa aussi quelques lettres adressées à plusieurs dames chrétiennes pour les confirmer dans la foi catholique. Son livre eut huit éditions dans une seule année. La réputation du grand archidiacre de Tholose devint étonnante en France. Le fameux Genebrard et Arnaud de Pontac firent exprès le voyage de Toulouse pour l'entendre ; mais l'ayant trouvé mort à leur arrivée, ils composèrent son épitaphe en vers français et latins, en hébreu et en grec. Arnaud Sorbin, prieur de Montech et recteur de Sainte-Foi composa une ode élégiaque en son honneur. Albin de Serres mourut à Toulouse en 1566, et fut inhumé dans le cloître de Saint-Etienne avec une splendide inscription. Il était si charitable envers les pauvres qu après sa mort on ne trouva dans ses coffres que For nécessaire à ses funé-

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railles et à quelques œuvres pies qu'il n'avait du exécuter pendant sa vie.

Ce fut à Téloquence, au zèle, à la sainteté de son archidiacre que rEglise de Toulouse dut la conservation de la foi catholique dans ces temps de désastreuse mémoire. Le 4 avril, un charpentier huguenot, ayant perdu sa femme qui était catholique, voulut Tenterrer avec ceux de sa secte. Le clergé de Féglise Saint-Michel, qui dépendait alors de Saint-Etienne, aidé par quelques cathoUques, enleva le corps et se dirigea vers le cimetière de sa communion. Les protestants accourent aussitôt pour s'opposer à l'inhumation : on sonne à l'instant le tocsin : les catholiques du faubourg se lèvent en armes, tombent sur les calvinistes, en tuent cinq à six, et pillent plusieurs maisons. Au premier bruit de cette invasion, le parlement députa les conseillers d'Âlzon et Loze Lorgis pour arrêter le tumulte. Coignard et Du Bourg se réunirent à eux, et se rendirent à l'hôtelde-ville pour se joindre aux capitouls. Deux de ces derniers, d'Âssezat et Gannèlon, et les quatre conseillers, se dirigèrent avec les soldats du guet, les dizaines et quatre cents hommes de garde, vers la porte du château qui conduisait au faubourg ; mais ayant trouvé à cette porte une formidable barricade, ils furent obligés de se retirer. La nuit mit un terme au combat, dans lequel il y eut de part et d'autre quelques morts et quelques blessés.

Le 6 avril, on tint au couvent des Augustins une grande assemblée où se trouvèrent le premier président de Masencal, les présidents, les conseillers, quelques capitouls et plusieurs bourgeois. On dressa dans cette assemblée les articles suivants :

402 TEMPS MODEBNBS.

l^' L'exefcice de la nouvelle religion n^aara lieu que hors de Fenceinte de la ville ;

2* Les capitouls pourront y assister avec cent hommes armés, mais sans armes à feu, dont les huguenots répondront ;

S"* Les catholiques fourniront pour la garde de la ville deux cents hommes à leur solde, dont ils répondront aussi ;

4^" n est défendu aux ecclésiastiques de sonner te tocsin, sous peine d'être brûlés vifs;

S"" Les soldats ou gens sans aveu de Tune et Fautre religion seront tenus de quitter la ville dans les vingt-quatre heures ;

6"" Les officiers du sénéchal et les capitouls jugeront en dernier ressort les causes des accusés de sédition, sans que le parlement puisse en prendre connaissance;

7<* Les bourgeois garderont en personne les portes de la ville.

Ces articles furent publiés dans toute la ville. Le quatrième mécontenta les catholiques, parce que, dans un moment d'invasion, ils se trouvaient à la merci de leurs ennemis. Le sixième ne fut pas exécuté, comme on va le voir.

Par suite du soulèvement dont le faubourg Saint-Michel avait été le théâtre, un huguenot, poursuivi hors des murs jusqu'à l'église Saint-Sauveur (place Dupuy),- fut tué au milieu du tumulte par les catholiques : aussitôt les capitouls se saisirent de plusieurs catholiques au nombre de cinquante, tant laïques que prêtres, et les conduisirent à l'hôtel-de-ville, où s'assemblèrent le lieutenant du sénéchal, les conseillers présidiaux et le lieutenant du viguier.

TBHPS MODB&MBS. 40^3

qui condamnèrent à mort six des prisonniers. Ceux-ci interjetèrent appel de la sentence au parlement, qui fit conduire les condamnés à la Tournelle pendant que les écoliers demandaient à Tbôtel-de-yiHe leur mort à grands cris. Le palais fut assailli à son t^ur par une horde de séditieux.

Le parlement cassa la sentence des capitouls relativement à deux catholiques; les quatre autres furent pendus à des potences dressées aux quatre angles de la place St-Georges.

 la suite de cette exécution, les communautés religieuses, les chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Semin, les principaux membres du parlement et de la bourgeoisie, dans la craûnle de quelque nouvelle attaque, établirent chez eux des garnisons, pendant que quatre gentilshommes, fiazordan, Clermont, Montmaur et Trébons, levaient à Toulouse et aux environs des compagnies de gens de pied. Les capitouls, effrayés de cet appareil, demandèrent au parlement que les capitaines ne pussent flaire à Tavenir de nouvelles recrues et que Ton ne pût changer les garnisons établies. Il fut répondu par la cour que les capitaines ne lèveraient des troupes que sur des commissions en forme, et que, pour les garnisons, on aviserait plus tard.

Peu satisfaits de cette réponse, les capitouls firent publier un arrêté par lequel il était enjoint aux étrangers de quitter la ville ; il était défendu de sinjurier par paroles ou chansons difiamatoires, et on ordonnait aux garnisons de déloger. Le parlement cassa aussitôt ce dernier article, et les capitouls ne poussèrent pas plus loin les choses. On voit que les deux autorités à Toulouse étaient en perpétuelle opposition. Le parlement était divisé en trois partis relativement aux affaires religieuses : le premier était ouverte-

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ment catholique, et poussait aux mesures de rigueur; le second avait, au fond, embrassé les erreurs nouvelles, sans cependant trop manifester ses opinions ; le troisième était catholique aussi, mais ennemi des mesures extrêmes. Ce dernier craignait de passer pour «calviniste et favorisait le premier. Quant aux capitouls, la majorité avait embrassé les doctrines opposées au catholicisme.

On apprit bientôt que le prince de Coudé, le il avril, après s'être emparé d'Orléans, avait pris les armes et attiré à son parti plusieurs villes du royaume. D envoya des émissaires à Toulouse qui cherchèrent à grossir son parti. D'un autre côté, le cordelier Barelles écrivait incessamment pour exciter les esprits à la révolte. Aussitôt un conseil secret fut formé dans le parti des huguenots; on y comp* tait deux officiers du parlement, Cavaignes et Jean de Coras, les capitaines Saux et Saucens, Annette, Fossat, George Fort son gendre, et plusieurs autres chefs de factions. On se réunissait pendant la nuit chez Portai, qui était alors malade. Il fut résolu qu'on enverrait a Orléans, auprès du prince de Coudé, le capitoul Hunaud baron de Lanta; qu'on s'emparerait de l'hôtel-de-ville; qu'on chasserait tous les ecclésiastiques et religieux de la ville ; qu'on livrerait les églises au pillage ; qu'on établirait la religion réformée sur les ruines du catholicisme. Quoique ce plan ne fût pas facile à exécuter, on commença néanmoins à envoyer des émissaires dans les villes voisines pour y donner de secrets avertissements, et Annette se chargea de préparer des logements pour deux mille huguenots qui devaient arriver à Toulouse.

Pendant qu'on faisait ces préparatifs en cette ville, Hu-

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naad de Lanta n^ociait auprès do prince, et lui promettait de mettre Toulouse dans son parti moyennant le secours de douze cents hommes que le vicomte d*Arpajon avait le* vés dans les Cevennes. Il était d*une absolue nécessité pour les conjurés de gagner du temps : aussi proposèrent-ils au parlement des accords ou des règlements qui, sous le prétexte de rétablir la paix , n'étaient que des moyens de temporiser en attendant Farrivée des renforts. Bientôt on vit arriver six cents hommes à Toulouse venant de Gascogne et du pays de Foix. De son côté, Bazordan levait des troupes et parcourait la ville avec ses soldats, non sans être insulté par les huguenots, car un jour qu'il faisait battre la caisse par un tambour, un écolier brisa la caisse. Cet acte fut renouvelé par le capitoul Gannelon sur un autre tambour.

A la mi-carême, on tint chez Portai une grande assem- Uée où se trouvèrent le ministre Niord, les capitaines Saux, Saucens et Sopeto, Tapothicaire Butin, le menuisier Gascon, Forfèvre Arquier, les jeunes écoliers Tolose et Spérant, et quelques autres. Le but de cette seconde réunion était de concerter la prise de l'hôtel-de-ville qu'on regardait comme immanquable avec le secours qu'on attendait du seigneur d'Arpajon : ce qui fait supposer que le baron de Lanta était de retour de son ambassade, ou du moins sur le point de revenir. Ces sortes d'assemblées ne pouvaient se tenir si secrètement qu'on ne fût bientôt averti des projets formés par le parti : c'est ce qui détermina les catholiques à doubler leurs garnisons ^t à en augmenter le nombre. Le parlement lui-même, sous prétexte que 1^ sénéchal baron de Casteinau s'était rendu suspect, mit une

très forte garnison dans Thôtel de la sénéchaussée (nonvelle maison des jésuites). En attendant, Théodore de Bèze écrivait à toutes les églises réformées de France et frappsdt sur elles une imposition de deux cent mille écus. Toulouse devait en payer quatre mille : quinze cents seulement furent comptés sur l'heure et déposés chez Molinier où logeait le ministre Barelles ; cette somme fut envoyée ensuite à Orléans.

L*orage était sur le point d'éclater : il éclata en effet de la manière suivante. Le 9 mai, à trois heures du matin, le président de Masencal reçut une lettre du maréchal de Montluc, datée du château de Faudoas, près de Toulouse. Cette lettre était accompagnée d*une autre qu*un gentilhomme du pays de Poix avait écrite à Montluc ; elle était ainsi conçue : « Monsieur, m'en revenant de la cour, je suis » passé à Orléans, où j'ai laissé H. le prince de Gondé qui » assemble de grandes forces et en a déjà beaucoup. Il y » a un capitoul de Toulouse qui s'en vient à grandes cour- » vées après moi, et pensé-je qu'il passera cette nuit ici ; » lequel a promis audit seigneur prince de lui rendre à » dévotion, dans le treize de ce mois, la ville de Toulouse. » Ledit capitoul s'est découvert à moi. Je vous en ai voulu » avertir en extrême diligence, afin que vous y pourvoyez » s'il vous est possible, et pour des raisons que vous écri- » ra M. de La Roque. Je n'ai point voulu signer cette let- » tre; mais je l'ai fait écrire et signer audit sieur de La » Roque. »

Montluc se serait immédiatement porté sur Toulouse ; mais étant occupé à réduire la ville d'Auch sous l'obéissance du roi, il se contenta d'envoyer le capitaine Charri

TEMPS MODERNBS. 407

avec deux compagnies à Fronton pour couper la marche du vicomte d'Arpajon.

Le dimanche 10 mai, à la pointe du jour, le président de Masencal communiqua ces missives aux présidents de Paulo, Daffis de Latomi, et à huit conseillers. Aussitôt ces magistrats mandèrent les capitouls qui assistaient au sermon à Saint-Etienne : c'étaient Ducèdre, Dareau et d'Âssezat, qui se rendirent au palais. On leur reprocha leur perfidie, et il fut un instant question de délibérer sur les propositions de paix dont les articles non signés furent présentés par les huguenots. Les magistrats écrivirent ensuite an vicomte de Joyeuse ainsi qu'au maréchal de Montluc et à Terride, pour lui exposer toute la suite de cette affaire, et chargèrent le président de Paulo de lever une compagnie de deux cents hommes.

Le lendemain, les chambres devaient être assemblées. Elles le furent en effet le lundi 11 mai. Les lettres furent lues, et le parlement manda les capitouls; on leur ordonna de &ire partir incessamment tous les étrangers de la ville et d*empêcher la cène que les calvinistes avaient indiquée au dimanche suivant 17 mai, jour de la Pentecôte. On nomma douze bourgeois pour assister les capitouls, avec défense à ceux-ci de rien entreprendre sans leur participation : c'étaient Bosquet, Roguier, Delpech, Gos, Lalaine, Gestes, Madron, Dulaur, et quatre autres choisis par ces derniers. On nomma le président Du Faur et les conseillers Alzon, Solier, Forez, Papus et Du Bourg pour présider au conseil de ville ; il fut résolu que rhôtel-de-ville serait confié aux capitaines Bazbrdan, Montmaur, Clermont et Trébons, avec quatre cents hommes. Le baron de Lanta fut décrété

408 TKKPS MODEilNES.

de prise de corps, mais ii se sauva par une fuite précipitée.

Les capitouls furent vivement contrariés de la nomination des bourgeois qu*on leur avait donnés pour adjoints. La présence de Delpech surtout les inquiétait beaucoup ; ils résolurent de s'en défaire. Delpech était un catholique très zélé et plein d'intelligence qui entretenait à ses frais dans sa maison de la rue des Changes un assez grand nombre de soldats pour sa défense. L^s capitouls lui avaient confié la garde de la porte Arnaud-Bernard. Delpech, se trouvant souffrant, se retira de bonne heure, chez lui, laissant à vingt-cinq soldats la garde de cette porte. Ceux-ci, accompagnés d'un de ses laquais, portèrent la clef au capitoul Gannelon, logé rue du Taur, près de Saint-Semin. Ce dernier parut froissé de ce que Delpech ne fut pas venu luimême. Les soldats excusèrent Delpech, et comme ils se retiraient du côté de la Porterie, cent écoUers sortant du collège de Maguelonne (rue du Taur) et cent autres <ie celui de Périgord (même rue) se précipitèrent sur ces soldats, les accablèrent de coups, et blessèrent mortellement le laquais de Delpech en lui disant : « Mordleu ! si nous tenions votre maître papiste, notre grand ennemi 1 »

A peine les religionnaires apprirent-ils que leur conjuration était découverte qu'ils s'assemblèrent aussitôt chez le viguier Portai et délibérèrent sur ce qu'ils avaient à laire dans des circonstances aussi délicates. Les avis lurent d'abord partagés ; mais le ministre Barelles parla avec tant de force qu'il fut presque unanimement résolu que la nuit suivante (du 11 au 12 mai) on s'emparerait de l'hôteUdeville avant que les catholiques eussent pu s'y rendre. Ce plan fut ainsi réalisé. Le H, à neuf heures du soir, les

huguenots s'assemblèrent au nombre de douze cents, ayant à leur tête les capitaines Saux, Sopetto et Saucens. Ds partirent de la place de la Pierre et s'avancèrent vers l'hôtelde-ville, dont les capitouls, par une infâme trahison, leur ouvrirent les portes. De là ayant appelé les gens du parti, ils s'emparèrent du collège de Saint-Martial (place du Capitole), de Sainte-Catherine (aux Balances), de Périgord, de la porte de Villeneuve et de deux carrefours, et barricadèrent toutes les avenues de Thôtel-de-ville.

Le mardi 12 au matin, le parlement et les catholiques furent étrangement surpris du coup hardi des huguenots. On vît alors qu'il ne pouvait être question de négocier la paix, et que le sort des deux partis ne pouvait être décidé que par les armes. Le premier soin du parlement fut de dépêcher des courriers à Terride, à Bellegarde, à Fourquevaux gouverneur de Narbonne, et au maréchal de Montluc, pour les presser de venir au secours de la ville. Ils envoyèrent ^ussi des courriers a tous les officiers du roi et à tous les consuls des villes voisines pour leur ordonner de faire main basse sur tous les huguenots qu'ils trouveraient en armes ou réunis. A huit heures du matin, quatre conseillers en robes rouges suivis de plusieurs gentilshommes publièrent une proclamation par laquelle il était enjoint à tous les catholiques de porter une croix blanche et de marquer leurs maisons du même signe, d'abattre les auvents des boutiques, et de placer des chandelles aux fenêtres à l'entrée de la nuit. Il était défendu à la noblesse de quitter la ville; A midi, le parlement ordonna à tous les catholiques de se rendre en armes au palais, fit abattre toutes les boutiques des libraires qui se trouvaient autour de cet édifice,

440 TEHPS MODEaRBS.

fit brûler tous leurs livres, et conduire en prison plusieurs de ces libraires qui avaient embrassé les nouvelles erreurs. On fit porter promptement au palais toute la poudre à canon renfermée dans une tour de la ville, près du Bazacle ; on pourvut à la garde du trésor du roi ; et pour soutenir les frais de Fattaque, le président et les conseillers donnèrent de grandes sommes de leur épargne. Sur le soir, le capitaine Saux sortit avec quelques religionnaires, et se dirigea vers la tour du Bazacle pour s'en emparer. Dans cette sortie, Montmaur fut fait prisonnier. Avant la fin du jour, le parlement cassa les capitouls comme traîtres à leur patrie, et de son autorité nomma huit autres zélés catholiques : c'étaient Alies, Borderia, Saint-Félix, Colomiés, La Landelle, Madron le jeune et Dupin. Les religionnaires demeurèrent dans l'inaction ; trois cents hommes venus du pays castrais et du Lauraguais se joignirent a eux à Thôtel-de-ville.

Le lendemain 13 mai, à deux heures après minuit, Pierre de Saint-Lari seigneur de Bellegarde arriva à Toulouse; sa compagnie de gens d'armes devait le suivre. H était accompagné de Gaston de Foix comte de Carmaing, de Cannes, Lamezan, Bazordan et Trébons, capitaines des chevau-légers. Fourquevaux gouverneur de Narbonne, Clermont, d'Andoufielle, Verdale, Gardouch, Blagnac, les trois frères Savignac- de la maison de Gomminges, arrivèrent à leur tour. Le pariement, avant de commencer l'attaque, envoya CarOiaing, Fourquevaux et La Landelle à l'hôtel-de-ville pour faire des propositions, qui ne furent pas acceptées. La noblesse fut alors convoquée. On donna le commandement de la ville au comte de Carmaing. Ce choix déplut au sénéchal de Vabres, qui porta ses plaintes

an parlement. Cet officier était regardé comme suspect, et on n'eut point égard à ses représentations. Le chevalier d'Alzon reçat alors Tordre de s'emparer de la sénéchaussée et d y tenir garnison.

La yille allait être bientôt changée en un vaste champ de bataille : if était nécessaire de garder les portes. Richard, conseiller, et Gargas, marchand, furent placés à la porte du Château-Narbonnais ; Clermont, Trébons, Gardoach et les deux aines Savignac, à celle de la Daurade ; les sieurs de Blagnac, Montmaur et Bazordan, à celle du Bazacle; et ainsi des autres. Lorsque ces dispositions eurent été prises, quelques officiers du parlement, à cheval et en robe rouge, parcoururent les rues, ordonnant à tous les catholiques de s'armer contre leurs ennemis. Le tocsin donna le signal de l'attaque à cinq lieues à la ronde. Aussitôt les catholiques se jetèrent sur tous les huguenots qu'ils purent rencontrer, et après les avoir frappés avec violence, il les conduisirent en prison et en tuèrent un certain nombre. Plusieurs maisons furent saccagées. A la rue des Couteliers, un huguenot s'étant renfermé dans sa maison avec dix-sept de ses amis et ses filles, les catholiques la livrèrent aux flammes avec tous ceux qui s'y étaient réfugiés. Vingt-<^inq religionnaires qui s'étaient sauvés dans les fossés de la ville y furent pris et précipités dans le fleuve. Le massacre devint général, à la rue des Changes surtout, où Delpech et de Suze avaient élevé une formidable barricade.

De leur côté, les calvinistes cherchèrent a s'organiser. Ils avaient 1700 hommes de troupes réglées et en augmentèrent le nombre en formant des compagnies avec les éco-

liers de Funiversité. Chaque nation forma la sienne. Stopinian commandait aux gascons ; les poitevins, saintongeois, angoumois et rochelais étaient conduits par La Popeliniëre. Georges Seignot sieur de la Boissiëre, gentilhomme breton, prit le commandement en chef de toutes ces troupes qui occupèrent un tiers de la ville avec lès dHux portes de Matabiau et d'Amaud-Bernard, et placèrent neuf postes aux divers quartiers de la ville dont ils étaient les maîtres.

Le même jour 13 mai, à dix heures du soir, le capitaine Saux et Robert, calvinistes, se dirigèrent de l'hôtel-de-ville vers la place Rouaix, par les Puits-Clos. Leur dessein était de s'emparer du grand couvent des Carmes ; mais ils furent repoussés par Montmaur. Robert y perdit la vie. Dès qu'on les eut refoulés vers Saint-Pantaléon, on s'empressa de barricader la rue des Puits-Clos avec d'énormes balles de laine près de la maison de Jacques Bordes, où se trouvait une bande de catholiques. Les huguenots se jetèrent alors sur l'église Saint-Pantaléon, qu'ils pillèrent. Leur but principal était de s'emparer du palais. Dans ce dessein, ils se divisèrent en deux troupes : la première se dirigea vers la place de la Pierre, où ils furent repoussés par Delpech, qui tua trois de leurs enseignes ; la seconde se dirigea vers Saint-Etienne par la rue de la Pomme ; elle arriva sans coup férir jusqu'à la place Saint-George où elle pilla l'église de ce nom, en fit descendre les cloches, qui furent portées à l'hôtel-de-ville. Mais la grosse cloche de Cardaillac ayant appelé la noblesse au combat, cette seconde bande fut arrêtée dans la rue Boulbonne, près de la maison de Cardaillac , par les troupes de Montmaur, d'AndouBelle, de Savignac et de Gardouch. Repoussé de ce côté, elle se

THK MODERNES. 'i 13

porta vers la Daurade» où elle éprouva un uouvel échec.

Le jeudi 14 mai, les calvinistes firent dans la matinée une nouvelle tentative contre la rue des Changes ; mais ils furent encore repoussés. Les catholiques formèrent alors le projet d'attaquer les religionnaires dans leurs postes. En attendant les secours de Joyeuse, de Montluc et de Terride, on s assembla pour dresser le plan d'attaque. A dix heures du matin , le capitaine Lamezan et son fils, à la tête de deux cents hommes, attaquèrent la tour de Najac pendant qu'on attaquait en même temps trois autres postes. Les cathoUques furent repoussés. Les calvinistes se disposent alors à se porter de nouveau vers le palais. Le capitaine Saux, ayant cherché à les en détourner, il leur parut suspect, et l'on donna le commandement à Saucens. Celui-ci s'avança dans la rue de la Ponune avec de l'artillerie. Il était déjà parvenu à la rue Boulbonne lorsque le comte de Carmaing et plusieurs gentilshommes, à la tête de huit cents fantassins, les repoussèrent avec vigueur. Les catholiques perdirent dans ce combat quatre-vingts hommes, et les religionnaires soixante.

Du côté du collège Périgord (rue du Taur), avait lieu en même temps une autre mêlée ; mais là les calvinistes gardèrent leurs postes et gagnèrent du terrain ; leur courage s'augmenta même par la nouvelle qu'ils reçurent que deux cent vingt hommes leur arrivaient de l'Isle- Jourdain, Rabastens et Verfeil, et que Hunaut de Lanta était entré dans la ville avec quelques soldats. Aussitôt ils dressèrent une batterie de deux grosses pièces de canon à la tour de Fhôtel-de-ville et battirent les clochers des Augustins, des Cordeliers, des Jacobins et de Saint-Sernin. Celui des Jacobins

^\'k TKMrs MODERNES.

fui abattu. Après avoir fait entrer un nouveau renfort par la porte du Bazacle, ils attaquèrent Tégllse des Jacobins, dont ils brisèrent les images et emportèrent le trésor. Les couvents de Saint-Orens, des Cordeliers, de la Merci , de Saint- Antoine en Viennois, des Tiercerettes , des Augustines, de Saint-Pantaléon, et les églises du Taur, de Saint- Quentin, de Saint-Georges tombèrent en leur pouvoir; tout fut pillé, saccagé, brûlé dans ces églises et ces monastères; la plupart des religieux furent conduits presque nus à rhôtel-de-ville, et chassés ensuite sans aucun secours. Trois cordeliers apostasièrent, par suite des instigations du ministre Barelles. Pendant que les calvinistes s'emparaient ainsi de toute la partie nord de la ville, les troupes de Termes, de Terride et de Montluc s'approchaient des remparts et formaient une ligne pour empêcher l'entrée des renforts envoyés du dehors aux calvinistes. Quelques propositions de paix qui eurent lieu sur le soir n'eurent aucun succès. Le vendredi 1 5 mai , l'église de Saint-Sernin tomba au pouvoir des sectaires, qui brisèrent les saintes images et chassèrent, les chanoines de l'abbaye. Les catholiques restèrent maîtres du clocher. Du haut des tours du collège Saint-Martial et du toit de l'hôtel-de-ville, les canons ennemis exerçaient d'affreux ravages. La fureur des catholiques* était au comble : ils mirent le feu au quartier St-Georges, avec défense de l'éteindre. Deux cents maisons tombèrent en ruines, et l'incendie dura deux jours. L'hôtel du président de Bernuy, le plus beau de toute la ville; devint la proie des flammes. S'il faut ajouter foi au récit des écrivains protestants, quelques catholiques forcenés se seraient empares d'une dame de qualité et de ses filles réfugiées dans

cet hôtel et se seraient portés sur ces faibles femmes à des extrémités telles qu'il n'est pas possible de les rapporter dans cette histoire. L'hôtel dans lequel se passa cette horrible scène appartenait au sieur Bernuy, fils d'un riche marchand espagnol qui s'était établi à Toulouse sous le règne de François !•'. Il n'eut qu'une fille qui épousa le seigneur de Clermont-Lodève.

Au dehors se passaient , ce même jour, des événements importants : les compagnies de Termes et de Montluc dispersèrent, entre Montauban et Verfeil, les troupes du vicomte d'Arpajon au nombre de quinze cents hommes, et entrèrent à Toulouse. Vers midi, une compagnie de soldats agenais, conduite par le capitaine Corbière, vint au secours des catholiques, et un renfort calviniste venant de l'Albigeois et du Castrais fut mis en déroute par les paysans. Enfin Hector d'Ossun, évêque de Couserans, se présenta au parlement avec quatre mille hommes qu'il avait levés dans son diocèse. Ce secours fut refusé.

Le samedi 16 mai le combat continua sur plusieurs points ; mais les deux partis, mesurant leurs pertes, convinrent d'une trêve jusqu'au lendemain à midi. Fourquevaux fut chargé de proposer les articles de la trêve aux calvinistes. On leur donnait la liberté de se retirer, en abandonnant la maison de ville et y laissant leurs armes et bagages. Les huguenots, qui commençaiei^ à manquer de vivres et de munitions, acceptèrent cet article. Ils étaient dans l'hôtel-de-ville au nombre de deux mille hommes, femmes et enfants. Dès le soir même et le lendemain, plusieurs profitèrent de la trêve pour se diriger vers Castres et Montauban.

\ 10 TEMJ'S moi»i:r>e5.

Le dimanche 17 mai, jour de la Pentecôte, ceux qui étaient restés dans rhôtel-dô-ville commirent une imprudence : ils voulurent, avant de partir, célébrer solennellement la sainte cène et firent entonner plusieurs airs de psaumes et cantiques au trompette placé au sommet du donjon, ce qui fut entendu de toute la ville. Vers le soir, ils sortirent tous, entre sept et huit heures, par la porte de Villeneuve ; mais Savignac, qui voulait venger la mort de ses deux frères, aidé par une troupe de catholiques, les poursuivit et en tua un grand nombre. Les paysans du voisinage, qui ignoraient ce qui venait de se passer à Toulouse, se jetèrent aussi sur les sectaires et en tuèrent quelques-uns. Ces derniers faits ne peuvent être attribués qu'à des vengeances particulières ou à l'ignorance. Quoi qu'il en soit , la ville fut délivrée en ce jour des tentatives que les calvinistes avaient exercées contr'elle.

n est certain que si le vicomte d'Arpajon avait pu faire entrer ses troupes, c'en était fait de cette cité. Aussi les catholiques voulurent-ils perpétuer le souvenir de cette délivrance en instituant au 17 mai une procession solennelle où l'on devait porter les reliques des saints qui reposent dans la basilique de Saint-Saturnin. Dès que les calvinistes eurent quitté la ville, les habitants prirent possession du Capitole, où ils trouvèrent le capitoul Maudinel, qu'ils mirent en prisin ; on y trouva aussi le capitaine Saux, qui fut conduit à la Conciergerie. Plusieurs religieux retenus captifs furent mis en liberté. Quant au nombre d'hommes des deux partis qui périrent dans cette guerre civile, les uns ont prétendu qu'il en périt deux cents du côté des calvinistes et cent du côté des catholiques ; les autres ont

avancé qu*il y en eut environ six cents de tués de part et d*aatre ; enQn quelques historiens protestants ont porté ce nombre à trois ou quatre mille des deux parts. Ce chiffre est évidemment exagéré, car, lorsqu'on suit pas a pas les détails de ces quelques jours de combat, il paraît impossible d^admettre un nombre aussi élevé.

n est certain que dans cette guerre les calvinistes furent les premiers agresseurs, et que, s'ils eussent été plus exacts à observer les édits, jamais on n'aurait eu à déplorer de semblables malheurs. Beaucoup de catholiques et de protestants cherchèrent à assouvir leur haine particulière contre plusieurs de leurs ennemis dans Tune et l'autre religion. Jamais aucun prédicateur de l'Evangile n'excita ses frères au meurtre des huguenots. Il est matériellement faux que le jésuite Edmond Auger ait usé de sa grande influence pour porter les fidèles à Tassassinat des sectaires ; il se borna seulement à exciter les peuples à fuir les hérétiques et à les chasser loin du troupeau. C'est ainsi qu'il écrivit aux Toulousains : < Tous ceux qui marcheront en cette » affaire par connivence ou dissimulation, soit gendarmes » ou magistrats, ne verront jamais la face de Dieu sans ré- » paration des excès qui seront perpétrés par leur faute : » car les pasteurs qui, de propos délibéré ou par négligence, » laissent les loups parquer avec les brebis, sous couleur » qu'ils s'adouciront et changeront de complexion, sont » redevables à leur maître de tout le carnage qui se > commet dedans le troupeau des pauvres et innocentes

brebiettes. » Ces conseils, qui ne s'adressaient qu'aux pasteurs, étaient vraiment pleins de sagesse. Il n'est pas moins faux que les Toulousains aient alors immolé k leur

418 TEMPS MODBRNES.

vengeance cinq mille protestants, comme Ta avancé un auteur moderne, prêtre catholique.

Toulouse dut sa délivrance au sieur, de Montluc, car les calvinistes ne prirent la faite que lorsqu'ils eurent été informés de l'arrivée de ce capitaine. En effet, Montluc fit son entrée dans cette ville le lundi 18 mai, suivi du sieur de Gondrin et de plusieurs autres gentilshommes. Il alla descendre au palais, où il harangua le parlement, qui lui répondit par la bouche de son premier président. Il dut protéger la ville contre des bandes de paysans qui, sous prétexte de poursuivre les huguenots, ne demandaient que le pillage. Le 21 mai, il fut prévenu que le comte de Saint-Pol arrivait, à la tête de quatre mille hommes, pour protéger les catholiques ; mais craignant que ces troupes n'occasionassent quelque désordre, il les fit camper hors des murs ; ensuite ayant ordonné à tous les étrangers de quitter la ville, il fit détruire le temple que les huguenots avaient construit.

Avant de quitter Toulouse, Montluc écrivit (le 22) au roi. H donnait à Sa Majesté des détails précis sur tous les événements dont cette ville venait d'être le théâtre, et lui annonçait qu'il avait résolu les sièges de Lavaur, de Castres et de Montauban, devenus nécessaires pour conserver dans la capitale du Languedoc l'ordre rétabli par ses soins. Dans une seconde lettre, qu'il écrivit le même jour à la reine-mère, il dénonçait le sénéchal et le viguier de Toulouse comme les principaux auteurs de la sédition.

Un avis secret parvint au parlement de Toulouse qui affirmait que les religionnaires avaient formé le projet de reprendre en sous-œuvre la première sédition avortée.

TBHPS NODBBNBS. 410

Cette cour souveraine crut devoir prendre alors des mesures tellement énergiques qu'elles pussent déconcerter les factieux. On fit d'abord une revue générale de tous les chefs de famille capables de porter les armes : il s'en trouva vingt mille. Par un arrêt terrible, la cour déclara criminels de lèse-majesté tous ceux qui avaient porté les armes à Thôtel-de-ville, et les condamna à mort. On procéda alors à une recherche exacte des coupables; malheureusement, plusieurs catholiques faussement dénoncés se trouvèrent sous le coup de cette inflexible justice. Le premier président Masencal fut accusé et délivré par le sieur de Grépiac son fils, qui prit aussi la défense de Du Bourg et de Cavaignes. Le président Du Faur se vit sérieusement menacé. Le conseiller Jean de Coras fut défendu par son ami Fourquevaux. Vint-huit conseillers, le président Du Faur et Bernuis furent interdits de leurs charges comme suspects de calvinisme.

Arrivèrent ensuite les exécutions à mort ; le viguier Portai eut la tête coupée sur la place du Salin; après lui, Santerre et les deux Jordains subirent la même peine. Le capitaine Saux fut écartelé. Ce dernier, pendant la torture, dévoila tous les secrets des conjurés qui n'allaient à rien moins qu'à massacrer tous les catholiques de l'un et de l'autre sexe au-dessus de huit ans, de raser la ville entière, et d'employer ses ruines a Fagrandissement de la ville de Montauban. Le ministre Bastard, le diacre Chaulag, le greffier Martin, les libraires Dupuy et Boudeville eurent la tête tranchée, ainsi que le capitoul Mandinelli. On conduisit ce dernier de la Conciergerie à l'hôtel-de-ville, monté sur un vieux cheval et escorté de huit capilouls;

430 TBMPS MODEENES.

là il fut dégradé et puis porté sur un tombereau à la place de la Daurade, où on le décapita. Les jours suivants, Tavocat Jean Téronde, le négociant Jean Lebrun, les seigneurs de La Salie et de Novital, anciens capitouls, Pompertusat capitaine du guet, Yilliers assesseur, Joubert conseiller au présidial, eurent tous la tète tranchée ; un jacobin fut pendu devant son couvent ; trois augustins qui s'étaient mariés avec trois augustines furent fouettés dans les rues de la ville : celles-ci avaient toutes apostasie. Hunaud de Lanta, ses collègues et le ministre Barelles furent pendus en effigie. Chaque jour offrait le spectacle de quelque sanglante exécution.

Dans la crainte que les huguenots, qui étaient encore maîtres des villes voisines, ne tentassent sur Toulouse un nouveau coup de main, le parlement renforça la garde du guet, mit sur pied huit compagnies d'infanterie, fit murer plusieurs portes, ordonna au grand-vicaire de l'archevêque de mettre garnison au château de Balma et à celui de Saint-Michel; à l'abbé de Saint-Semin, au grand-prieur et à l'archevêque, de mettre sur pied certain nombre de gens à pied et à cheval. Le 24 mai, Montluc quitta Toulouse pour se rendre devant Montauban, dont il fit le siège. Bellegarde, qui prit après lui le commandement des troupes, écrivit le 12 juin au roi pour lui rendre compte de l'état des affaires. Les nouveaux capitouls écrivirent aussi à la cour par le même courrier; ils disaient que la séditiou occasionnée par les religionnaires avait coûté à la ville plus de deux milUons, et demandaient, pour rentrer dans cette somme, la conjSscation des biens de ces derniers. Ils se plaignaient aussi d'un très-grand "nombre de con-

selliers au parlement qui favorisaient les nouvelles doctrines. Le roi renvoya les Toulousains à l'édit de janvier dont on a déjà parlé.

La ville de Toulouse ne se lassait pas de faire des représentations au monarque : le 8 juillet, elle députa à la cour les avocats Dugua et Sabatier, qui demandèrent que le culte protestant fût à jamais aboli à Toulouse ; qu*on réduisît les villes voisines ; que ceux de la nouvelle religion fussent exclus de toutes les charges ; qu*on fît faire à ceux qui aspiraient à quelque dignité que ce fut une profession de foi très explicite, et que tous les biens des huguenots fussent adjugés à la ville. La cour ne se pressa pas de*répondre. Tel est le récit exact et précis des tristes événements qui eurent lieu à Toulouse en 1S62. Si les huguenots étaient demeurés fidèles aux édits royaux, s'ils n'eussent pas provoqué les catholiques par le pillage des églises, la profanation des saintes images, les prédications publiques, les outrages qulls déversaient à chaque instant sur la religion et ses ministres, les chants populaires dont ils faisaient retentir la cité..., la guerre civile n'aurait pas éclaté, et nous n'aurions pas eu besoin de consigner des excès commis de part et d'autre par suite de ce qu'on appelle dans la guerre les représailles, mot terrible à l'ombre duquel se cachent souvent bien des haines particulières qui se satisfont, bien des vengeances qui s'assouvissent.

Le parlement de Toulouse perdit à cette époque son premier président Jean de Masencal. il s'était marié deux fois. De sa première femme (Antoinette d'Olmières) il n'eut qu'un fils, dont la fille uniquB épousa le sieur de Sevin ;

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de sa seconde femme (Jeanne de Vidal) il eut trois fils et trois filles : Jean de Grépiac, qui mourut sans enfants; Pierre seigneur de Miramont, et François seigneur de Venerque. L'aînée des filles se maria à Charles Du Faur, président, la seconde à Jean de Gavaignes, la troisième à Gabriel Du Bourg, conseillers au parlement. Jean de Masencal fut inhumé dans Téglise des religieuses de la grande observance. Cétait un magistrat intègre et bon catholique, quoiqu'on ait voulu jeter quelques doutes sur la pureté de sa foi. Le château et les terres de Masencal étaient situés à Touest de Toulouse, sur le territoire de Rieumes.

Odet de Châtillon, qui, après la mort du cardînal de Meudon, avait repris l'archevêché de Toulouse, le permuta de nouveau avec le cardînal Jean d'Armagnac évoque de Rhodez, qui lui céda les abbayes de Conques et de Belleperche. Celte permutation, qui avait été approuvée par le roi le 17 avril 1562, était la suite des conditions imposées à Odet par la bulle du pape. Peu de temps après, cet infortuné cardinal se laissa aller, par une inconcevable faiblesse, à embrasser les erreurs nouvelles, ce qui força le souverain pontife à lui enlever tQutes ses dignités. Odet de Châtillon n'était point prêtre. Après avoir épousé une dame qu'il avait autrefois aimée, il mourut en Angleterre, où il s'était retiré. Les historiens s'accordent à dire qu'il avait une âme grande et généreuse et qu'il aimait les belles-lettres.

Jean cardinal d'Armagnac, évêque de Lescar, prit donc possession, au mois de septembre 1562, de l'archevêché de Toulouse. Il était fils de Pierre comte d'Armagnac et i

TEMPS MODBRNBS. 423

de lolande de La Haye. Elevé par les soins du cardinal d'Amboise évéque d*Albi, il fut nommé évèque de Rhodez en 1529, et successivement de Vabres, de Lescar, et abbé d'Aurillac. François I*' l'employa dans des négociations où il fit briller son habileté et sa droiture. Nommé ambassadeur à Rome, il s'acquitta de cet emploi à la satisfaction des deux puissances. En récompense de ses services, Paul III réleva au cardinalat. Après la mort d'Henri II, Armagnac revint en France, fut admis au conseil du roi, et reçut le gouvernement du Languedoc. Tel était le prélat qui gouvernait notre Eglise à la fin de Tannée 1562. Il arriva à Toulouse le 4 d'octobre, et quelques jours après il écrivit à la reine-mère pour lui exposer l'état des affaires du pays.

Montluc s'était rendu k Agen après la levée du siège de Montauban ; d'Armagnac lui écrivit pour lui communiquer les desseins des religionnaires, qui étaient commandés par les comtes de Grussol et de Beauvais. Il pressa le départ de François de Lagarde, que le parlement envoyait à la cour pour demander des secours contre les sectaires. Les états du Languedoc s'assemblèrent à Carcassonne le 11 décembre. On y ordonna, dans l'intérêt de la religion, de faire des processions tous les dimanches dans les diverses paroisses, et de tenir une liste exacte de ceux qui feraient leurs Pâques ; on y vota aussi des remercîments au connétable de Montmorency de ce qu'il avait fait nommer Daffis à la charge de premier président du parlement. Cette cour et le cardinal d'Armagnac prièrent Montluc de se rendre à Toulouse pour résister au comte de Cnissol. Arrivé un peu avant la tenue dos Etats, ce général écrivit,

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le 10 décembre, à la reine-mère pour lui expliquer les mesures qu'il avait prises dans Tinlérêt de Tordre. Pendant son séjour à Toulouse, Montluc s'efforça de terminer les différends qui s'étaient élevés entre les officiers du parlement alors en charge et ceux qu'on avait destitués par suite de la dernière sédition. Sa médiation n'obtint pas un grand succès. II se rendit alors a Agen, où d'Armagnac lui écrivit le 22 décembre pour le prier de se hâter de revenir en Languedoc. Six jours après, il envoya des lettres à la reine-mère dans lesquelles il prenait hautement la défense du président Du Faur qu'on avait calomnié.

Gui Du Faur, parent de ce dernier, se trouvait pendant les troubles de Toulouse au concile de Trente en qualité d'ambassadeur de Charles IX. Ce fut le 26 mai qu'il prononça sa fameuse harangue. Elle parut un peu hardie âux légats ; on ne lui répondit que quelques jours après. Pibrac était au concile à côté d'Arnaud Du Ferrier, dont le discours parut encore plus vif que celui de son collègue. Du Ferrier aida puissamment de ses observations et de ses notes Fra-Paolo dans la composition de son histoire (très partiale) du concile de Trente.

Au mois de décembre 1562, le prince de Condé et la reine-mère tinrent des conférences pour la paix; mais elles n'eurent aucun résultat. Le duc de Guise fut tué au siège d'Orléans, au mois de février 1563, de la main d'un assassin. Cette mort inattendue releva le courage des religionnaires, qui complotèrent de se rendre maîtres de Toulouse. Mais on eut le soin de garder exactement toutes les avenues ; une excessive défiance s'empara de tous les esprits, et le parlement ayant fait élever une enceinte de

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murailles pour sa propre sûreté autour du palais, le peuple, vers la mi-janvier, ne voulut demeurer calme que lorsqu'on eut abattu les ouvrages commencés. La situation des masses était telle que, par mesure de sûreté, on fit fermer les écoles de l'université. La présence de Montluc qui arriva dans ces circonstances fit rentrer tout le monde dans le devoir. On tint alors un grand conseil où se trouvèrent le cardinal d'Ârmagnac, lieutenant du roi dans la sénéchaussée de Toulouse, le cardinal Strozzi pour TAlbigcois, le premier président Daffis, Terride, Négrepelisse et Fourquevaux chevaliers de l'ordre, l'avocat général Du Faur, et les capitouls. Il fut résolu que Montluc prendrait le commandement des troupes contre les huguenots, et qu'on formerait entre le clergé, la noblesse et le tiersétat une ligue pour la défense de la religion catholique par la voie des armes.

L'édit de pacification qui fut donné à Amboise le 19 mars, et par lequel on remettait en vigueur celui de janvier dont on a parlé plus haut, suspendit un instant les hostilités. Le cardinal d'Armagnac favorisa la mission qu'avait reçue le baron de Caylus de faire enregistrer cet édit au parlement ; et le 16 avril il écrivit* à la reine-mère une assez longue lettre, dans laquelle il lui. annonçait que les intentions du roi avaient été remplies ; que les huguenots s'étaient emparés de la ville de Buzet. Il la conjurait de prendre tous les moyens nécessaires pour sauvegarder la religion catholique, la suppliant de surseoir à l'assignation des villes de la sénéchaussée de Toulouse qu'on devait accorder aux huguenots pour l'exercice de leur religion. La plus grande faute que commit rautoritc royale à l'époque de la pre-

4 26 TEMPS MODBRKiES.

mière apparition du protestantisme, fut de permettre aux nouveaux sectaires de prêcher publiquement leur doctrine. Avec des hommes de cette nature, les concessions deviennent presque toujours la cause des plus grands maux.

Les huguenots, en effet, méprisèrent Fédit de pacification. En 1563, la ville de Pamiers devint le théâtre de nouveaux excès : éghses, monastères, maisons des catholiques, tout fut pillé et détruit; les prêtres et les religieux furent jetés dans des puits ou indignement massacrés. Par suite de ces désordres, les Pères Jésuites se virent obligés de demander à Toulouse Fhospitalité. Ils ne se réunirent pas tout d'abord et passèrent quelques mois occupés, chacun de son côté, au saint ministère. Le syndic de la ville ne tarda pas à remarquer combien ces Pères avaient de l'attrait et de l'aptitude pour former les jeunes gens aux bonnes lettres et k la vertu ; il prit dès-lors des mesures pour demander au roi qu'il plût à Sa Majesté de transférer à Toulouse le collège qu'ils avaient à Pamiers. Le roi renvoya cette affaire au cardinal d'Armagnac, qui ordonna l'érection de ce collège dans le couvent qu'avaient abandonné les religieuses augustines (aux Pénitents-Noirs) par suite de leur apostasie. Les jésuites demeurèrent dans cette maison trois années entières.

Au mois de mars, la ville d'Auriac, près de Toulouse, tomba au pouvoir des huguenots, qui pillèrent plusieurs maisons et tuèrent un grand nombre de catholiques. Le cardinal d'Armagnac avertit alors les habitants de Montauban qu'il allait dégarnir les châteaux des environs pour bloquer cette dernière ville. Cet avis engagea les religionnaires, qui s'étaient emparés de Buzet sur le Tarn, h se diriger

TEMPS MODEllNES. Hl

vers Montauban pour empêcher le blocus ; ils ne purent réussir : le château et Féglise de Buzet seuls résistèrent h leurs armes.

Par suite de Famnistie accordée dans Tédit de pacification, les officiers du parlement de Toulouse qui avaient été interdits voulurent rentrer daAs leurs charges. La cour ne voulut les admettre qu^aprës qu*ils auraient fait sous forme de serment, leur profession de foi, condition qui ne fut pas généralement acceptée. Les capitouls qui avaient été frappés demandèrent aussi à être réintégrés, exigèrent que la relation des troubles de Toulouse, composée par Georges Bosquet, fut brûlée par la main du bourreau, et que la procession du 17 mai fut interdite. Bosquet dont il est ici question fit paraître en effet , cette année-là , une relation qui a pour titre Hugoneorum hœreticorum Tolosœ conjuratorum Profligaiio. Il était jurisconsulte et avocat au parlement. Quelques légères erreurs peuvent exister dans son livre pour les dates, mais il est digne de foi parce qu*il renferme avec exactitude tout ce qui se passait sous ses yeux. Son livre est dédié à Charles IX. Bosquet traduisit lui-même son ouvrage beaucoup plus tard, et le divisa par chapitres. Uéditeur le dédia au cardinal et au duc de Joyeuse. Cette traduction française est accompagnée de plusieurs pièces de vers adressées aux deux Mécènes : d'un sonnet contre les huguenots, dune oraison très-dévote au Dieu tout-puissant, et d'observations de Bosquet sur le fameux édit de janvier. Au dix-huitième siècle, on publia sous le faux litre A' Amsterdam... une réponse aux assertions de Bosquet et de Lafaille sur les troubles de Toulouse. On a inséré dans cet opuscule Tan'ét royal qui ordonnait

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de livrer aux flammes le livre de notre auteur catholique.

Le roi , ayant accepté la démission du connétable de Montmorency en qualité de gouverneur du Languedoc , nomma à cette haute fonction le fils puîné du connétable, Henri seigneur de Damville, qui arriva à Toulouse au mois d'octobre. Le 25 septembre, Damville se trouvait au château de Terride, où le cardinal d'Armagnac, suivi de quatre cents gentilshommes, alla le saluer. Négrepelisse et plusieurs autres seigneurs joignirent la compagnie, qui s'arrêta cinq à six jours. Le 15 octobre, Damville arriva à la maison Mazade ' située aux Minimes, et entra le lendemain k Toulouse, n s'arrêta d'abord à Saint-Saturnin, dont il visita les reliques, se rendit ensuite au palais, où il reçut les harangues d'usage, et sortit au plutôt de la ville à cause de la peste. Les capitouls lui donnèrent un splendide festin dans la maison Mazade, et la ville une coupe d'or de la valeur de cinq cents écus. Le lendemain il partit pour Buzet.

Cétaient deux hommes terribles pour les religionnaires que Damville et d'Armagnac ! et si la cour eût favorisé leurs desseins, la province eût été bientôt pacifiée. Sur ces entrefaites, le cardinal tomba malade et ne put assister aux Etats du Languedoc qui s'ouvrirent k Narbonne le 10 décembre. Son incommodité ne fut pas de longue durée puisqu'il fit son entrée solennelle à Toulouse en qualité d'archevêque le 22 de ce mois. Ces illustres défenseurs du catholicisme furent poursuivis à la cour par d'indignes calomnies : on les accusait d'entretenir des intelligences avec les princes étrangers contre la fidélité qu'ils devaient au roi. Dès qu'ils eurent appris les injustes soupçons dont ils

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étaient Fobjet, ils écrivirent à la reine-mère le 5 mars i5&i, lui annonçant qu'ils emploieraient tons les moyens possibles poar prouver leur innocence. La cour leur répondit qu'elle n'ajoutait aucune foi à ces accusations. Le cardinal dut confirmer le roi dans l'injustice de ces calomnies lorsqu'il se rendit, au mois de septembre, à Avignon au devant du monarque qui visitait la province.

Quoique vaincus à Toulouse, les huguenots ne laissaient pas d'exciter souvent de nouvelles séditions : ainsi, au mois de mai ils brisèrent une statue de la Vierge et un crucifix qui se trouvaient hors de la porte Saint-Cyprien et auxquels le peuple avait une singulière dévotion. Un certain Fraisse, qui prétendait connaître les auteurs de ce sacrilège, fut appliqué à la question ; il se pendit quelque temps après. Toutefois les catholiques étaient, de leur côté, décidés à ne rien souffrir qui pût porter atteinte à la religion : ainsi, Madame Renée de France douairière de Ferrare étant arrivée à Toulouse, où elle fut reçue par le cardinal d'Armagnac et par le prévôt de Saint-Etienne (de Tournoër), le peuple, qui s'était aperçu que cette princesse avait embrassé les erreurs de Calvin et avait avec elle un ministre, Tinsulta publiquement a son départ. Les coupables furent jetés dans les prisons de Mirabel.

Le connétable de Montmorency précédait le roi dans son voyage ; il fit son entrée solennelle à Toulouse le 26 janvier 1565, suivi de Damville son fils, du vicomte de Joyeuse lieutenant-général du roi, de Montluc, d'Escars, de Terride, Lansac et Gondrin chevaliers de l'ordre, de Bellegarde sénéchal de Toulouse, et de plusieurs autres seigneurs. 11 alla descendre chez le président Du Faur.

Le voyage de Charles IX dans le Languedoc n était qu'une suite de fêtes qui contrastaient avec les malheurs publics. Au château de Ferrais, entre Carcassonne et Castelnaudary, le seigneur de ce lieu reçut le monarque français avec une délicate magnificence. Après un splendide festin, le plafond de la salle s'entr*ouvrit, une nuée descendit sur les convives, se divisa, et fit tomber une grêle de dragées et une pluie d'eau odoriférante avec une telle profusion que le roi se vit obligé de se couvrir de son manteau. Toutes ces œuvres d*un habile machiniste étaient alors dans le goût du temps. Le 31 janvier, le roi arriva à Toulouse et alla descendre à l'archevêché ; le lendemain il fit son entrée solennelle, et fut harangué à la porte Arnaud-Bernard par le capitoul Duranti. Il était accompagné de Catherine de Medicis, du duc d'Anjou, d'Henri prince de Navarre, des cardinaux de Bourbon et de Guise. Nos annales nous offrent un détail très-circonstancié sur le costume du roi. Tordre et la marche du cortège, les décorations, les arcs-de-triomphe, les devises et emblèmes, etc. Clémence-Isaure ne fut pas oubliée, et sous la forme d'une gracieuse nymphe elle vint présenter au roi les trois fleurs de ses jeux. Charles IX se rendit à la cathédrale, où il entendit vêpres ; et comme le prince de Navarre hésitait a entrer dans l'église, le roi jeta son chapeau dans la nef pour le forcer à franchir le seuil. Les présents de la ville consistèrent en médailles d'or et d'argent d'une très-grande valeur.

Le S février, le roi tint son lit de justice au parlement, entouré de toute sa cour ; il dit qu'il était venu pour faire exécuter ses édits. Le chancelier fit un discours sur l'obéissance due àu roi. Jean Daffis lui répondit. Quelques jours

après, Clausonne, conseiller au présidial de Nîmes, et Ferrières, gentilhomme de Castres, présentèrent au roi les cahiers des plaintes des religionnaires du Languedoc contre Damville et Montluc. Ces députés ayant accusé Damville, le connétable les interrompit vivement en déclarant que si son fils était coupable, il fallait lui faire couper la .tête, et que s'il était innocent il fallait la couper aux délateurs. Le 20 février, le roi, la reine-mère et la cour dînèrent à Fhôtel-de-ville où leur fut offert un somptueux festin accompagné de bals, de spectacles et de tournois. Avant son départ, Charles IX créa en faveur du cardinal d'Armagnac et de ses successeurs une charge de conseiller-né au parlement. Déjà cet archevêque avait été honoré par le pape de la légation d'Avignon conjointement avec le cardinal de Bourbon. Il servit avec vigueur dans le Comtat la cause du pontife romain et de la religion en se plaçant à la tête des troupes pontificales et en forçant les huguenots dans leurs derniers retranchements. Le 18 mars, ce prélat donna le sacrement de confirmation au duc d'Anjou et à Marguerite de France, frère et sœur du roi, dans l'église Saint-Etienne. A cette occasion on fit en ville une procession solennelle à laquelle assista toute la cour. Le lendemain, le roi quitta Toulouse.

Le cardinal d'Armagnac jetait alors un grand éclat sur l'archevêché de Toulouse. L'exquise politesse de ses manières, l'honnêteté de ses mœurs, sa piété, son goût pour les lettres, attiraient auprès de lui tout ce qu'il y avait de distingué dans la nation. Son palais était rempli d'hommes érudits et de gens de lettres. La se trouvait Guillaume Philander. Ce savant était né à Châtillon-sur-Seine. Il sui-

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vit (l'Armagnac dans son ambassade à Venise, et fut nommé k son retour chanoine de Rhodez et archidiacre de Sainl- Antonin. Il composa plusieurs ouvrages, entr'autres un commentaire sur Vitruve, qu'il dédia à d'Armagnac. Il mourut en 1565 à Toulouse, dans le palais épiscopal, et fut inhumé avec de grands honneurs dans le cloître de Saint- Etienne, avec une épitaphe. Philander avait le titre de citoyen romain. Dans Cette même année mourut aussi a Toulouse Pierre Pascal, poète et historiographe d'Henri II. Nous avons de cet auteur des discours latins, des lettres, des odes et des élégies. Il fut inhumé, comme le précédent, dans le cloître de Saint-Etienne.

L'archevêque de Toulouse se montra aussi le protecteur d'Arnaud Sorbin, recteur de Sainte-Foy et prieur de Montech. Cet auteur, qui portait le titre de prédicateur ordinaire du roj, a composé un très-grand nombre d'ouvrages qui eurent dans leur temps une certaine vogue. L'un des premiers qu'il publia, fut une traduction des conciles de Toulouse, Beziers et Narbonne, des statuts de Raymond VI, et des accords de la paix conclue entre ce prince et Saint- Louis. Il dédia ce livre à Charles IX. Nous apprenons par l'épître dédicatoire qu'il devait la connaissance de ces divers manuscrits au sieur de Saint-André, doyen de Carcassonne. On trouve à la fin de ce livre une épitaphe en vers que l'auteur composa sur la mort de Pierre Sorbin son père, qui fut massacré à Montech par les huguenots, à l'âge de de 95 ans.

Nous trouvons un juste et magnifique éloge du cardinal d'Armagnac dans Tépîtrc que lui dédia Guillaume Leblanc lorsqu^il publia, sous ses auspices, l'Abrégé de Fllistoire

TEHPS MODERNES. 433

romaine de DionCassius, composé par Xiphilin, patriarche de Constantinople. Ce traducteur loue le cardinal d'avoir sauvé de Toubli la plupart des auteurs classiques en faisant rechercher, à ses frais, leurs manuscrits dans toute l'Europe et en excitant le monarque à envoyer partout des hommes savants pour accomplir cette noble mission. Toujours plein de zèle pour les intérêts de la religion, d'Armagnac écrivit dans le mois de juin à la reine-mère pour lui rendre compte de ce qu'avait fait le président de Paulo par commission royale à Pamiers , où il avait rétabli l'évèque, le clergé et les ordres religieux. II manda à la reine que les huguenots étaient toujours en armes dans le pays de Foix et qu'il était nécessaire de prendre des moyens pour les contenir dans le devoir et obtenir l'exécution des édits. Non moins zélé pour l'intérêt des bonnes études, d'Armagnac favorisa aussi la translation des PP. jésuites du couvent des Augustins à l'hôtel de Bernuy. Le 8 août 1566, les sieurs Delpech, Madron et Gamoy, notables bourgeois de Toulouse, se rendirent à l'hôtel-de-ville et proposèrent aux capitouls de leur céder cet hôtel qu'ils venaient d'acquérir du sieur de Clary, secrétaire du roi, pour y placer le collège des jésuites. L'offre fut acceptée à certaines conditions, et le P. Edmond Auger, provincial d'Aquitaine, fut mis en possession de cette maison par le sieur de La Bourgade, conseiller en la cour. Cest là que ces religieux construisirent plus tard le magnifique collège que nous voyons aujourd'hui, ayant eu le soin de conserver le portail d'entrée,' les élégantes galeries, l'escalier et la tour de l'ancien palais des Bernuy.

L'attention des catholiques de Toulouse se porta sur les

434 TEMPS MODERNBS.

désordres dont la ville de Pamiers fut le théâtre en 1566. Robert de Pellevé, qui en était évêque, obtint, le 23 de février, un arrêt qui défendait l'exercice de la religion réformée dans la ville et les faubourgs. Les tentatives des sectaires pour repousser cet arrêt devinrent inutiles, car ils s'assemblèrent dans les maisons particulières. Les catholiques ne voyaient qu'avec peine ces réunions : aussi les insultaient-ils ; de là une sédition , qui fut bientôt apaisée. Mais, le jour de la Pentecôte, une procession où assistèrent des hommes masqués ayant eu lieu, les religionnaires crurent qu'on avait voulu par là les insulter : ils firent mainbasse sur les catholiques, mirent le feu à plusieurs maisons, pillèrent tous les couvents, et se rendirent maîtres de la ville, après avoir tué beaucoup de catholiques. Un religieux augustin qui s'était sauvé du massacre se rendit à Foix, où il excita la vengeance contre les religionnaires de cette ville, qui furent tués au nombre de vingt-cinq ou trente.

A cette nouvelle, le vicomte de Joyeuse manda à Jean de Nogaret sieur de La Valette de se rendre à Pamiers avec sa compagnie et de pacifier cette ville. La Valette, étant arrivé à Pamiers, fit des propositions qui furent acceptées par la médi)Ltion d'Odet de Foix Carmaing et de Jean de Montluc, évêque de Valence, qui alors se trouvaient à Toulouse pour les affaires du roi. Joyeuse, qui était arrivé le 19 juillet dans cette dernière ville, ordonna au sieur de Sarlabous, maître-de-camp des bandes françaises , de se porter sur Pamiers avec trois compagnies et de désarmer tous les habitants, sans distinction de religion. La frayeur qu'inspira l'approche de ce capitaine fut si grande qu'on lui ferma les portes. Joyeuse, indigné, résolut alors de se

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TEMPS MODEUNES. ' \XS

porter sur Pamiers, avec le premier président Daftis et six cofiseillers, pour y procéder contre les séditieux. Ceux-ci leur firent signifier une récusation le 15 de juillet. Les magistrats et Joyeuse suspendirent alors leur départ. En même temps Jacques d'Angennes sieur de Rambouillet, chargé de faire observer Tédit de pacification, arrivait à Auterive et demandait une entrevue aux consuls de Pamiers. On s'aboucha au Mas, où se trouvaient Sarlabous et ses compagnies; on convint de désarmer, de renvoyer les étrangers et de recevoir ce capitaine. Dès-lors tous ceux qui se crurent coupables quittèrent la ville dans la nuit du 20 au 21 juiUet.

Le vicomte de Joyeuse se rendit à Pamiers avec le président Daffis afin d'y punir les coupables ; mais ceux-ci •eurent le soin de se soustraire à ces poursuites. Il écrivit à la reine pour la prévenir que le pays de Foix était rempU de gens révoltés qui y commettaient de déplorables excès. Le changement des commissaires qui furent de nouveau récusés faisait traîner les choses en longueur. Nonobstant cette récusation, le lieutenant du grand prévôt fit prendre vingt-quatre des plus coupables, qui furent conduits à la CbnciergerJe de Toulouse ; mais ils parvinrent à s*évader. Le parlement se tourna alors du côté des fugitifs, qu'il condamna à être pendus. Ceux-ci se réfugièrent dans les gorges des Pyrénées avec Tachard, leur ministre. Enfin ils furent pris au mois de mai de Tannée suivante et exécutés à Toulouse, où Tachard marcha au supplice avec un grand courage en chantant le psaume Lœtatus sum,

La présence à Toulouse de Jean de Montluc, évêque de Valence, nous est signalée à cette époque par un mémoire

436 TEMPS MODBRNBS.

qu'il envoya le 20 juillet a la cour, et dans lequel il expose en détail une querelle qui avait eu lieu en cette ville entre les étudiants de l'université, espagnols et français- Elle fut terminée par la mort du prieur des espagnols, qui fut tué dans le combat. Une quarantaine de jeunes hommes de cette nation furent en partie blessés ou forcés de se retirer. Montluc ayant écrit que les capitouls et le petit peuple favorisaient les espagnols, on crut à la cour que le roi d*Espagne fomentait en secret ces divisions. Il disait aussi dans sa lettre qu'une sédition avait éclaté à Grenade* sur-Garonne, et demandait enfin à la reine un congé de cinq à six mois afin de reposer la bourse, le corps et l'esprit, étant las d'être appelé M. le Commissaire.

Les Etats du Languedoc s*élant assemblés le i5 novembre 1566 à Beaucaire, on députa vers le cardinal d'Ar-magnac qui se trouvait alors à Avignon. Ce prélat se rendit aussitôt; mais on laissa la séance au sieur Blanchi, chancelier de l'université, son vicaire-général, parce qu'il était très instruit de toutes les affaires de religion dans la contrée. Dans le cahier des doléances, il est question des troubles qu'excitaient toujours les religionnaires dans la province. En effet, ils s'emparèrent du Cariât (au diocèse de Rieux) dont ils brûlèrent l'église. Sur ces entrefaites, le prince de Condé et l'amiral de Coligny tentèrent d'enlever le roi. Ce projet ne put réussir. Les religionnaires, se voyant frustrés dans leurs espérances, levèrent partout l'étendard de la révolte, et la province fut livrée à toutes les horreurs de la guerre civile. Toutes les églises furent pillées et incendiées, les autels renversés, là sainte Eucharistie et les reliques des saints indignement profa-

TmPS MODERNES. 437

nées, les religieux chassés de leurs monastères ou massacrés.

Au commencement de Tannée 1567, les huguenots restés à Toulouse tinrent une assemblée secrète chez le sieur d'Assezat; il y fut décidé qu'on livrerait la ville au prince de Condé. Mais les catholiques firent bonne garde; on mit de suite trois mille hommes d'infanterie sur pied ; un grand nombre de seigneurs arrivèrent avec de nombreuses compagnies, entr'autres Terride et La Valette ; le seigneur de Mauremont se mit à la tête de deux cents «argoulets ; les cours de l'université furent suspendus ainsi que les séances des tribunaux ; on résolut d'arrêter tous les religionnaires et de confisquer leurs biens. Enfin, le 23 novembre, on fit un recensement exact de tous les catholiques capables de porter les armes : il s'en trouva jusqu'à trente mille. De son côté, le prince de Condé fit faire des levées dans toute les provinces. Quelques-unes de ses troupes se réunirent, au nombre de cinq cents chevaux et quatre mille fantassins, aux environs de Castres et de Montauban. Voulant se rendre dans le Querci, les soldats de Condé attaquèrent en passant le château de Fronton, en sapèrent les murs, aidés par les paysans des environs, forcèrent la place et prirent tous ceux qui la gardaient.

Le 23 février 1568, les religionnaires s'emparèrent du village de Saint-JuUen qu'ils se virent forcés d'abandonner au mois de mars par suite de l'approche de cinq à six mille Toulousains qui s'avançaient sous les ordres de Louis d'Amboise et du baron d'Ambres. Cette armée attaqua Puylaurcns, qui demeura cependant au pouvoir des enne-

^38 TEMPS MODEUNLS.

mis. Ce fut pendant la tenue des Etats du Languedoc a Narbonne qu'on apprit les conditions de la paix conclue le 25 mars à Lonjuraeau, entre le roi et le prince de Condé. D'après ces conditions, le roi devait rentrer en possession de toutes les villes dont les huguenots s'étaient emparés; une amnistie générale était accordée à ces derniers, et l'édit de 1562 devait être exécuté dans sa forme et teneur. Le premier soin de la reine et du prince fut d'envoyer des commissaires pour tenir la main à l'exécutiofl des articles de la paix. Rapin, maître d'hôtel du prince de Condé, se dirigea vers Toulouse et se rendit dans une maison de campagne qu'il avait près de Grenade. Cet homme avait été condamné à mort par le parlement de Toulouse comme l'un des principaux auteurs de la conjuration toulousaine' de 1562. Dès que la cour eut avis de son arrivée, elle envoya des gens d'armes pour s'emparer de sa personne. Il fut conduit à la Conciergerie. Son procès fut instruit, et on lui coupa la tête le 15 avril, sur la place Saint-Georges.

Cette sanglante exécution irrita grandement le prince de Condé, qui porta ses plaintes k la reine. Cette princesse en écrivit au parlement; mais les membres de cette compagnie, en partie ardents catholiques, bien loin d'user de ménagement, rendirent le 7 mai un arrêt par lequel il était ordonné aux huguenots de remettre les places conquises, sous peine de vie. Bien plus, on députa vers le roi le capitoul Jean de Supersantis et deux anciens magistrats, avec les instructions suivantes : « Sont chargés les délé- » gués de se prosterner aux pieds de Sa Majesté et la » supplier très-humblement de permettre que les habitants

TEMPS MODEENES. \ 39

» de la ville de Toulonse qui toujours lui ont été fidèles » sujets et serviteurs, et ne voudraient entreprendre ni » penser en aucun endroit résister à ses volontés ni dé- » voyer de ses commandements, vendent leurs biens et » se retirent en autres lieux que par Sa Majesté seront

» ordonnés aimant mieux s'exiler de leur propre pa-

» trie que de demeurer parmi la synagogue des séditieux, » rebelles et ennemis de la sainte Eglise romaine. ■ Les députés reçurent du roi un accueil favorable, et Texercice de la religion réformée fut interdit à Toulouse.

Ainsi qu'il était facile de le prévoir, les huguenots ne voulurent pas rendre leurs places. Ceux de Montauban, au nombre de dix mille, se mirent en campagne et saccagèrent tous les environs de Grenade, après s'être établis dans le château de Mauvert comme dans une place forte. La révolte était toujours menaçante dans le royaume ; la reine-mère avait projeté de faire arrêter Condé et l'amiral de Coligny, qui se sauvèrent à La Rochelle, où la reine de Navarre et le prince son fils allèrent les joindre. Bientôt, sous les ordres de Ck)ndé, se trouvèrent réunis vingt-deux mille hommes commandés par Jacques de Crussol ; ces bandes s'étant répandues en partie dans l'Albigeois, les villes de Gaillac, Cordes et Albi tombèrent entre leurs mains et devinrent le théâtre de tous les excès dont peut être capable le fanatisme.

Justement effrayés des progrès des religionnaires, les Toulousains résolurent de tenter un suprême effort pour y mettre un terme. Ils envoyèrent secrètement au pape un projet de croisade contre les huguenots, qui reçut l'approbation du pontife par une bulle datée du 15 mars 1568.

On commença par lever des troupes au moyen d'emprunts. La crainte de voir la ville tomber dans quelque surprise engagea Hector d'Ossun, évêque de Couserans, de s'y rendre avec son armée. C'était un prélat vaillant et intrépide qui maniait beaucoup mieux Vépée que la crosse. Tant qu'il vécut, aucun huguenot n'osa pénétrer dans son diocèse ; il marchait toujours à la tête d'une compagnie de gens d'armes qu'il entretenait à ses dépens, et ne disait jamais la messe sans avoir son casque sur une des crédences de l'autel et sa cuirasse sur l'autre. Un prêtre séculier s'étant mis à prêcher publiquement la croisade contre les huguenots, avec l'autorisation du parlement, le 12 septembre l'association catholique fut formée. Le lendemain, les nouveaux croisés se rendirent à la cathédrale, y firent leur profession de foi, prêtèrent serment de sacrifier leurs biens et leur vie pour la défense de la religion, se confessèrent et communièrent. Ils prirent pour devise sur leur drapeau ces paroles : Eamus nos et moriamur cum Ckristo, Us devaient porter une croix blanche sur leurs habits. La croisade commença par la mise aux arrêts de toutes les personnes de haut rang un peu suspectes, parmi lesquelles on trouve les présidents Du Faur et Morlas, Potier de la Terrasse maître des requêtes, trois conseillers, et quelques autres gentilshommes.

L'élan qui venait de se manifester à Toulouse provoqua un édit du roi, daté du 25 septembre, par lequel il fut statué qu'on ne souffrirait qu'une seule religion en France; que tous les ministres devaient sortir du royaume; et que tous les officiers de justice seraient catholiques. Cet édit n arrêta pas les entreprises des huguenots dans la pro-

TKMPS MODEENES. 441

\ince : Laulrec et Vielmur tombèrent en leur pouvoir. Leur projet était d'assiéger Pamiers ; mais Bellegarde, sénéchal de Toulouse, arrêta leur marche à Saverdun.

Les Etats du Languedoc s'ouvrirent à Carcassonne, le lundi 2 décembre. Le vicomte de Joyeuse écrivit à cette assemblée pour lui offrir ses services auprès du roi qu'il allait joindre avec ses troupes. En effet, il se mit en marche, et rencontra l'armée royale commandée par le duc d'Anjou au village de Dissey en Poitou, le 4 décembre. Ce prince voulut alors entreprendre le siège de Loudun, mais la rigueur de la saison l'obligea à mettre ses troupes en quartier d'hiver. Condé et Coligny en firent autant. Impatient d'en venir aux mains, le duc d'Anjou alla à la rencontre de Condé et lui livra bataille le 13 mars 1569, a Jarnac sur la Charente. Condé y perdit la vie; en sorte que les relîgionnaires n'eurent plus pour les défendre que Henri prince de Navarre, le jeune Condé et Coligny. Après la bataille de Jarnac, Bellegarde mit sur pied un corps de Toulousains pour tenter de reprendre quelques villes du pays de Foix. ïl s'empara du Caria et de son château, vint mettre le siège devant le Mas-d'Azil, pendant que les vicomtes de Montauban s'avançaient des faubourgs de Toulouse où ils menacèrent le couvent des Minimes et brûlèrent quelques maisons de campagne ; ils se dirigèrent ensuite sur l'Ariége. Bellegarde arrêta leur marche, revint à Toulouse par le Lauraguais, et en passant prit le lieu de Beauville qu'il abandonna au pillage de ses soldats.

Nous ne ferons pas ici l'histoire de tous les combats que se livrèrent les deux partis dans la province. Les religionnaires avaient a leur tête Gontaut-Biron et Montgomery;

442 TEMPS HODEUNES.

les catholiques, Damville et MoDtluc. Damville ayant appris que les princes de Navarre et de Condé, après avoir perdu la bataille de Moncontour, le 3 octobre, se dirigeaient vers Montauban, s'avança vers Toulouse pour s'opposer k leurs desseins.

Au milieu de tous ces mouvements, les pieux enfants de saint Bruno se réfugièrent à Toulouse. Ils venaient de la chartreuse de Seix près de Castres, qui avait été ruinée de fond en comble par les huguenots. Parmi eux se trouvait le père de Lobra, prédicateur célèbre dont l'éloquence insinuante plaisait même aux calvinistes. La ville leur donna 2,000 livres avec lesquelles ils achetèrent aux religieux de Moissac un collège ou hospice avec un jardin auprès de Saint-Pierre-des-Cuisines : c'est là, comme nous le verrons plus tard, qu'ils bâtirent leur chartreuse de Toulouse.

Le 22 janvier 1570, les princes vinrent camper à Labastide-Saint-Sernin, près de cette ville. Us s'approchèrent ensuite de ses murs et ravagèrent toutes les maisons des membres du parlement pour venger la mort de Rapin. — Damville était renfermé dans Toulouse avec La Valette, colonel-général de la cavalerie légère de France, ainsi que Joyeuse, Négrepelisse et Sarlabous. Il avait sous ses ordres six mille arquebusiers et cinq cents chevaux, armée trop faible contre celle des religionnaires, qui s'étaient emparés du faubourg Saint-Michel où ils avaient massacré les prêtres, violé les femmes et les filles, et commis toute sorte d'excès. La terre de La Valette, près de la ville, fut épargnée. Damville, après une conférence avec Coligny où ils échangèrent des marques d'amitié a c^iuse de leur parenté,

TEUPS MODERNES. 443

inspira quelque défiance aux catholiques : aussi un religieux osa-t-il publiquement se déclarer fauteur de Thérésie et traître au roi et à la patrie. Dainville le fit arrêter ; mais les capitouls allèrent lui demander sa délivrance. L*un de ces magistrats ayant parlé au gouverneur avec une certaine liberté, celui-ci s'oublia jusqu'à lui donner un soufQet. A la nouvelle de cette injure, le peuple se mit en armes et se porta vers le palais épiscopal, où habitait Damville, pour y mettre le feu. Le maréchal crut prudent de se retirer ; il rentra cependant à Toulouse puisque, le 27 février, il écrivit de cette ville à la cour pour se justifier d'une indigne calomnie dont Montluc l'avait chargé.

La présence du cardinal d'Armagnac nous est indiquée à Toulouse par une ordonnance qu'il rendit alors en faveur de la célèbre dévotion du Rosaire établie aux Dominicains. Le culte de la Vierge prit en ce temps beaucoup d'extension par suite des outrages dont la mère de Dieu était l'objet de la part des hérétiques. Ainsi un écolier qui prenait ses grades à l'université ayant refusé d'invoquer la Vierge au commencement de son acte, le parlement rendit aussitôt un arrêt qui ordonnait qu'à l'avenir tout aspirant serait tenu à cette invocation. Cette cour se montrait pleine de zèle pour les . intérêts de la religion ; elle fit poursuivre le théologal de Saint-Etienne (Gibout) parce que dans un de ses discours il avait avancé quelques propositions malsonnantes.

Le dernier jour de janvier, l'armée des princes décampa des environs de Toulouse et s'avança vers le Lauraguais. En passant, on détacha Rouvroy, qui s'empara de Montastruc dont la garnison fut taillée en pièces. Caraman fut pris par larmoc, les habitants passes au fil de l'épée, et la ville

444 TBMP9 MODERNES.

réduite en cendres ; Saint-Félix leur résista : Auriac, Coq et Las Bordes furent pillés. Le 20 février, Farinée se remit en marche et se rendit à Montréal, près de Garcassonne. Damville se mit a sa poursuite, jusqu'à ce qu'enfin, après plusieurs combats dans le Bas-Languedoc et le Vivarais, il l'obligea de quitter la province.

Au commencement du mois d'août, un nouvel édit de pacification fut publié à Saint-Germain-en-Laye. Par cet édit, les religionnaires pouvaient exercer librement leur culte dans les villes dont ils étaient les maîtres et dans les faubourgs de deux autres qui leur seraient indiquées dans chaque province ; de plus, le roi leur donnait quatre places de sûreté : La Rochelle, La Charité, Cognac et Montauban. Une amnistie générale leur était accordée. Cet édit fut enregistré à Toulouse le 31 août, avec prière au roi de ne jamais permettre le libre exercice de la religion réformée a Toulouse ni à dix lieues à la ronde. L'année suivante, Charles IX envoya dans le Languedoc, en qualité de commissaires pour l'exécution de Tédit, Belot maître des requêtes et Mole conseiller à Paris. A la faveur de ce traité de paix, les troubles cessèrent dans la province pour quelque temps ; mais ils reprirent leur cours à l'occasion du massacre de la Saint-Barthelemy qui eut lieu le 24 août

Les huguenots, que Catherine de Medicis avait d'abord favorisés, devinrent bientôt odieux à celte femme, et elle forma le projet de se défaire à tout prix des principaux du parti , ne reculant devant aucun moyen pour arriver à ses fins. Il était nécessaire pour cela de les attirer à sa cour. D'abord elle négocia auprès de Jeanne d'Albret le mariage

TKMPS MODERNES. 145

de Marguerite de Valois, sa fille, avec le prince de Béarn. ensuite elle attira Tamiral de Coligny, en lui proposant de le mettre à la tète d*une expédition pour enlever les Pays- Bas à FEspagne. Pendant ces négociations, le frère de Tamiral, OdetdeCbâtillon ancien archevêque de Toulouse, mourait à Soutbampton, empoisonné par un valet. Coligny et Jeanne tombèrent dans le piège. Le 15 mai 1572, cette princesse arriva à Paris pour conclure les noces ; mais le 9 juin elle mourut , empoisonnée, dit-on, par une paire de gants qui lui furent vendus par msûtre René, parfumeur de Calberine. Au commencement d'août, le nouveau roi de Navarre et le prince de Condé arrivèrent à Paris, escortés de plus de mille seigneurs ou gentilsbommes bien armés et d*un grand nombre de calvinistes parmi lesquels se trouvaient plusieurs ministres du saint Evangile, Ce fut une démarche trës-impolitique que la présence de tous ces huguenots et ministres ; le peuple parut très mécontent. Le mariage fut célébré le 18 août, par le cardinal de Bourbon, • sur une estrade dressée devant le portail de Notre-Dame. Il parait que le complot formé par Catherine de Medicis et ses intimes s'arrêtait d'abord à Coligny, car on espérait exciter par la un tumulte tel qu'il serait facile à la cour de se défaire des protestants dans la mêlée. En conséquence, on manda à Paris un certain Maurevel, grand spadassin , qui reçut mission à'arquebuser l'amiral. Il s'embusqua dans une maison du cloître Saint-Germain-l'Âuxerrois devant laquelle passait tous les jours Coligny, et le 22 août au matin un coup de feu parti d'une fenêtre brisa l'index de la main droite de l'amiral et perça d'une balle son bras gauche. Aussitôt le roi , la reine-mère, les\ ducs d'Anjou et

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(l*Â]eDÇon se rendirent chez Tamiral, qui dit à Charles : « Sire, 11 ne faut pas chercher fort loin celui qui m'a pro- » curé ce bien-ci : qu'on demande à M. de Guise, il dira » qui m'a prêté une telle charité. »

A la nouvelle de cet accident, les huguenots se mirent à parcourir toutes les rues de Paris en armes, jetant d'horribles menaces, passant exprès devant l'hôtel des Guises. Ceux-ci, le matin du 25 août, se rendirent chez le roi pour lui annoncer leur départ. Le prince leur donna congé, feignant de les soupçonner d'être les auteurs de l'attentat commis contre Coligny. On a cru que jusqu'à ce momentlà le roi était demeuré étranger au complot ; mais ce sentiment parait difficile à admettre. Quoi qu'il en soit, le 23 dans l'après-midi, on tint conseil au Louvre dans le cabinet du roi. Là se trouvaient le roi, Catherine de Medicis, le duc d'Anjou, le chancelier Birague, Tavanes, Gondi et le duc de Nevers. La position du monarque fut clairement dessinée par la reine-mère et ses conseillers : il n'y avait que deux partis à prendre — sacrifier le duc de Guise aux hu- • guenots, ou Coligny et les religiônnaires aux catholiques. Le roi sortit furieux de la chambre du conseil en s'écriant : « Par la mordieu î puisque vous trouvez bon qu'on lue » l'amiral, je le veux, mais aussi tous les huguenots de » France, afin qu'il n'en demeure pas un qui me le puisse » reprocher. Par la mordieu ! donnez-y ordre prompte- » ment. » Lorsque le roi fut sorti, M. de Guise, qui était resté dans Paris, fut appelé, et l'on prit instantanément toutes les mesures pour ne pas manquer le coup une seconde fois. Vers les trois heures du malin, le signal est donné par la cloche de l'horloge : Behion, domestique do duc de

TEMPS MOPEnNES. U7

Cuise, et quelques autres courent chez Coligny, le poignardent, et jettent son corps ensanglanté par une des fenêtres de son hôtel. On répandit aussitôt dans Paris que les huguenots avaient formé le complot de tuer le roi, la reinemère, les princes, les Guises et les catholiques. Ce ne fut plus dès-lors qu'un massacre général de tous les religionnaires qu*on put rencontrer dans les rues ou dans leurs demeures. On porte à dix mille le nombre des victimes égorgées' dans Paris ou dans les environs, parmi lesquelles se trouvèrent un très-grand nombre de catholiques qui furent sacrifiés à des vengeances particulières.

Il est évident que la cour n'avait pas prévu que les choses dussent aller aussi loin. A nos yeux, le massacre de la St- Barthélemy fut autant, et plus peut-^trO) le fait du peuple que de la royauté. Le jour môme du 24, le roi écrivit à Joyeuse une lettre dans laquelle il avançait que tout ce qui venait d'arriver dans Paris était l'effet d'une haine particulière des deux maisons de Guise et de CoUpy, et recommandait qu'on observât l'édit de pacification. Le 30 du même mois, Joyeuse communiqua cette lettre à toute la province. Mais le duc de Guise, qui se trouvait ainsi chargé d'une action aussi odieuse, détermina le roi à écrire de nouvelles lettres dans lesquelles Charles déclarait n'avoir ordonné le massacre que parce qu'il avait découvert un horrible complot de la part de l'amiral et de ses adhérents contre les personnes de la reine sa mère, de ses frères, et contre lui-même. Des ordres secrets partis de Paris arrivèrent dans toute la France, et s'ils n'ordonnaient pas directement le massacre des protestants, ils ne mettaient pa.s du moins obstacle a ce qui était entrépris contr'eux»

448 TEMl'S MODEhNES.

Les évënemeats qui se passèrent à Toulouse dans les mois de septembre et d'octobre méritent toute notre alteih tion. Le dimanche 31 août, à huit heures du matin, au sortir de Téglise de Saint-Saturnin où ils venaient d'entendre la messe du Saint-Esprit, les capitouls Lordat, Audonnet, Saint-Laigier, Suau, Belle, Bauteville, Goût et Valade reçurent une lettre de monseigneur de Joyeuse qui leur faisait part des événements de Paris et leur représentait le massacre comme Teffet d'une querelle entre* la maison de Guise et Tamiral. Il leur mandait que les intentions du roi étaient qu^il ne fût rien changé aux édits; qu'on plaçât aux portes de la ville des gardes avec bâtons à feu, et qu'on exerçât une continuelle vigilance sur les huguenots.

Pendant que les capilouls recevaient les missives de Joyeuse, le premier président Daffis en recevait de semblables. Le parlement était alors en vacances, ce qui n'empêcha pas ce magistrat de réunir auprès de lui les présidents et autres membres de la cour. Il fut décidé qu'on manderait les capitouls. En effet, Lordat, Audonnet, BoUe et Goût se rendirent a Thôtel du premier président, où ils trouvèrent l'avocat général Etienne Duranti. 11 fut décidé dans cette première assemblée qu'on écrirait à toutes les villes voisines pour les avertir de se tenir sur leurs gardes; que La Valette, Savinhac et autres gentilshommes seraient mandés de se rendre à Toulouse pour y protéger la tranquillité publique. C'est la seule assemblée où s'est trouvé nommé dans les registres authentiques Etienne Duranti.

Les capitouls s'empressèrent d'exécuter les ordres de la cour; on fit venir des troupes du dehors : Andoufielle arriva avec trois cents hommes ; les portes de In ville furent

TEMPS MODEIWKS. U9

fermées ; un seul guichet demeura ouvert pour rentrée et la sortie. Dès cinq heures du matin, ce même jour, les huguenots s'étaient rendus à Castanet, château situé au midi de la Tille, pour y assister au prêche. Ils apprirent bientôt ce qui se passait à Toulouse; les uns se retirèrent dans les environs, les autres rentrèrent en ville, où ils furent reçus paisiblement après avoir déposé leurs dagues et épées. Le lundi l""' septembre, d'après Goulard, auteur protestant, Daffis aurait mandé aux conseillers qui avaient embrassé la religion nouvelle de rentrer en ville, leur présence devant contribuer puissamment à assurer la tranquillité publique. Ils ne répondirent pas tous à cet S4)pel. Le mardi 2 septembre, le parlement fit publier à son de trompe que la volonté du roi était qu*on ne molestât en rien ceux de la religion réformée. A cette proclamation assistèrent les présidents, le sénéchal^ le viguier, et les capitouls. Etienne Duranti n'y est pas nommé. Le jeudi 4 septembre se tint une autre assemblée où se trouvèrent messieurs de Latomy président, d'Aussonne, Richard de La Cassagne, de La Bastide sénéchal, de Royero juge criminel, et les capitouls Lordat, Audonnet, Suau et Belle. Ces derniers représentèrent que les catboUques de Puylaurens, Mazères^ Caraman, Castres, Montauban, et autres villes, avaient été indignement traités par les protestants et chassés de leur pays. Il fut alors décidé qu'il serait permis an sieur de Montauriol de faire arrêter les huguenots qui s'étaient assemblés, contre les édits du roi, soit dehors, soit dans leurs maisons. Les couvents des Carmes et des Jacobins furent désignés pour lieux de détention. A dix heures du matin, les arrestations commencèrent..

450 TEMPS MODBBNBS.

Les conseillers Jean de Coras, François de Ferrières et Antoine de Latger forent enfermés aux Carmes ; quelquesuns des prisonniers parvinrent cependant à s'évader.

Le 7 septembre on tint une nouvelle assemblée devant le président de Latomy : il fut décidé qu*on murerait les portes de Montgaillard et de Montoulieu, et qu'on saisirait les biens des réformés. Le comte de Rieux se présenta à cette assemblée porteur de lettres de Charles IX qui annonçaient les événements de Paris. Il fut en même temps arrêté qu'on enverrait en cour M. Hector Boyer de Besse vers Sa Majesté pour savoir comment elle entendait faire exécuter ses édits. Il est donc (aux que Delpech et Madron aient été envoyés a Paris, et qu'ils aient plus tard apporté Tordre du massacre à Toulouse.

Il est cependant certain que le parlement avait député k Paris deux conseillers, Du Faur et de Saint-Félix, qui présentèrent au roi, le 13 septembre, des remontrances sur les affaires de la religion. Le roi répondit qu'il avait pourvu à ces demandes par Tédit de pacification, et qu'au surplus il rendait au parlement la connaissance des affaires relatives aux huguenots. Dans les réponses du roi, il n'est nullement question de persécution à exercer contre ce& derniers,

Le 17 septembre, il fut enjoint par le capitoul Suau aux assesseurs Lafon, Taillefer, Ramondi et Dalcun de vaquer à l'audition des religionnaires actuellement détenus sur les contraventions qu'ils avaient commises aux édits du roi. Il est évident que cet ordre fut donné par suite de la commission d'Hector de Besse, commission qui avait dû précéder les remontrances du parlement. Mais ces remontrances

TEVPS MODBBNBS. 434

ne tardèrent pas à avoir leur effet, puisque, le 23 septembre, le parlement ordonna que les trois conseillers prisonniers subiraient leur interrogatoire et seraient transportés en la Conciergerie. Les conseillers refusèrent de répondre. Madame de Latger fut interrogée à son tour pour savoir par qui elle avait eu connaissance de ce qui s'était passé dans Taudience du S3. Elle fut conduite au palais et interrogée par les conseillers Etienne de Bonald et Christophe Bruzard. La plupart des détenus présentèrent des requêtes au parlement. Le 27, cette cour souveraine évoqua toute cette affaire, et nomma pour commissaires Guillaume Doujat, Pierre Sabatier, Vidal d^Àuzonne, Simon Buet, Michel Prohenques et Pierre de Hautpoul, conseillers. On peut conclure de celte nomination que les sieurs Du Faur et de Saint-Félix étaient de retour de Paris.

Est-il vrai que ces députés apportèrent à Toulouse Tordre exprès de la cour de mettre à mort les prisonniers? Est-il vrai qu*Etienne Duranti, avocat général du parlement, ait voté pour Vexécution des ordres du roi ? Ni Goulard, Fauteur protestant de YEtat de la France sous Charles IX, ni l'auteur de l'Histoire des Martyrs protestants, ni M. de Thou, ni aucun des registres de Thôtelde-ville ou du pariement, ne parlent du vote de Duranti. Cest Gâches, historien protestant, qui seul accuse ce grand magistrat. Nous avouons que Duranti était très zélé catholique, très attaché au roi de France et ennemi juré des protestants ; mais de là à un pareil vote il y a une distance assez grande. Quant aux ordres de la cour, c'est sur la foi de Goulacd que certains auteurs ont rapporte

452 Tiom KODEElflS.

ce (ait, et encore se trompent-ils quand ils affirment que les ordres furent apportés par Delpech et Madron.

Quoi qu'il en soit, le premier jour d'octobre, il entra à Toulouse dit le président Latomy, nombre de gens sans aveu, soldats du comté de Foix et de Commingçs, armés la plupart d'arquebuses, piques, corselets, portant morions, et menaçant les gens dans les nies, les nommant parpaillots, patarins, huguenaulx, et insultant ûlles et femmes. L'arrivée soudaine de ces brigands, qui prenaient le nom de catholiques, détermina la tenue d'un conseil qui eut lieu le 3 octobre. On ordonna aux capitouls d'armer les dizaines et de renforcer le guet. H fut décidé qu*on écrirait à Joyeuse pour le prier de venir avec quelques troupes. Cette décision montre qu'il n'y avait pas à Toulouse une force armée assez considérable pour comprimer une sédition. Ces nouveaux venus se montraient très insolents, surtout à l'égard des huguenots : ainsi le maître de l'hôtellerie des Balances vint annoncer aux capitouls que des soldats étaient venus prendre chez lui deux beaux chevaux appartenant à un protestant de Lille (en Flandre), et qu'ils voulaient aussi s'emparer d'un coffre destiné au comte de Candale.

Le samedi matin 4 octobre, avant le lever du soleil, une troupe de ces bandits au nombre de deux ou trois cents, conduits par Latour, prieur de Sainte-Catherine, et Lestelle, et armés de haches et de coutelas, coururent vers la Conciergerie, enfoncèrent les portes, firent descendre les prisonniers l'un après l'autre et les massacrèrent sur les degrés. Après les avoir tués, on les dépouilla de leurs habits et on les exposa entièrement nus dans la cour du

TBMPS MODBINKS. 4S3

palais ; les conseillers furent pendus avec leur robe longue à Tormeau de la cour. Deux jours après, les cadavres furent jetés pèle-mèle dans de grandes fosses qu'on creusa a la sénéchaussée. Ainsi périt Jean de Coras, dont nous avons déjà parlé, à Vâge de cinquante-neuf ans. C'était un jurisconsulte très-habile, comme Tattestent ses ouvrages, dont le plus estimé porte le titre de Miscellanea juris dmlis. n composa aussi une paraphrase de Tédit sur les mariages clandestins, dédiée à Henri II. H était né à Réalmont en Albigeois. Dans son testament, il légua une partie de sa fortune k ses coreligionnaires. La reine de Navarre Tavait créé son chancelier. Sa vie a été écrite par Jacques de Coras, son parente

Pendant qu'on massacrait les huguenots a la Concier- . gerie, quelques-uns de ces brigands se répandirent dans la ville et menacèrent de piller les principaux hôtels des catholiques ; ainsi ils se portèrent tour à tour a celui de Saint-Félix et à celui du président Daffis. La demeure du président de Latomy fut sérieusement menacée; ils vociféraient dans la rue en leur langage : Ayssi que gna dal souklf Ayssi que gna de crouzettos. (Ces mots désignaient la monnaie de Toulouse). Hs appliquèrent des échelles aux murs, et sans un coup d'arquebuse qui fut tiré de Tune des fenêtres de Thôtel, le président n'aurait échappé ni an pillage ni à la mort.

Le 6 octobre fut tenu un grand conseil extraordinaire où se trouvèrent réunis les capitouls, le sénéchal de La Bastide et plusieurs notables. Le capitoul Lordat prit la parole et déclara, d'après les informations et procédures par lui faites, que Latour, prieur du collège de Sainte-

454 TBHPS MODERNES.

Catherine, était le chef des bandits qui avaient exécuté rborrible massacre de la veille; que cet homme avait déclaré n'avoir agi que par le su et vu du sénéchal de La Bastide et autres seigneurs ; quHl était de la maison dudit sénéchal et son serviteur. A ces mots, le sénéchal répondit : « qu'à la vérité il connaissait le sieur Latour à qui il avait permis Feutrée de sa maison ; mais que, pour ce qui regardait le massacre, ce n'était pas le lieu d'en rendre raison, et qu'il n'avait point été fait de son su et consentement. »

Le capitoul Lordat continua d'exposer les faits :'il affirma donc que Latour s'était rendu à l'hôlel-de-ville, portant le mot du guet ; qu'il avait fait ouvrir le^ portes de l'hôtel et celles des prisons, accompagné» de noble Jehan de Brusault, capitaine ; qu'étant entrés dans la prison, ils avaient demandé le sieur Guiestret, prêtre coUégiat de Sainte-Catherine avec lequel Latour avait un procès, et un marchand flamand ; qu'ils avaient fait lever du lit ces deux individus, les avaient conduits pieds nus et en chemise de la Conciergerie à ITiôtel-de-ville, et que là ils les avaient massacrés. Le marchand flamand était celui dont il a été parlé plus haut, et qu'on avait mis en prison pour qu'il, fût plus en sûreté.

Ainsi, d'après les registres publics, Latour est convaincu d'avoir fait exécuter seul le massacre du 4 octobre. Il a accusé le sénéchal de La Bastide, mais celui-ci a nié formellement avoir donné aucun ordre à ce sujet ; il a tué un prêtre catholique et un huguenot pour assouvir sa vengeance personnelle, et il a été l'âme de toutes les scènes déplorables qui désolèrent alors la ville de Toulouse.

TBMPS XOPERAES. 455

Les maisons des catholiques ne furent pas plus épargnées que celles des huguenots. Raymond Donnadien, geôlier des prisons du sénéchal, se porta avec une troupe de brigands chez M. Dumas à Saint-SerniA et enleva un coffre renfermant une assez forte somme d*argent. Nous ne dissimulons cependant pas que les paroles du sénéchal de la Bastide qui refuse de donner des explications sur le massacre, laissent tomber sur ce personnage des soupçons assez fondés malgré sa dénégation, et que^ si Latour n'a pas agi de son propre mouvement, il a dû suiyre les impulsions du sénéchal, dont il était d'ailleurs le serviteur. Quant à Etienne Duranti : s'il est vrai, d'après Gâches, qu'il ait voté l'exécution des ordres royaux contre les huguenots, ce n'est pas sur le massacre que porterait son vote, mais sur la nécessité d'appliquer aux violateurs des édits la plus grande peine possible, après avoir instruit leur procès en forme^ Il résulte de l'ensemble de tous ces faits que le parlement et les capitouls furent étrangers à ce massacre des huguenots à Toulouse, et qu'il faut l'attribuer, d'un côté, à l'effervescence populaire, et de l'autre au peu de troupes dont la ville pouvait disposer contre des soldats et des bandits étrangers.

Au milieu de toutes ces guerres de religion, brillait à Toulouse avec éclat Pierre de Gregorio, avocat au parlement et docteur en droit civil et canonique. Il fit paraître en 1572, chez Jacques Colomiès, son premier ouvrage qui a pour titre : Prœludia optimi JurisconsulU, qu'il dédia au premier président Daffis. Cette dédicace nous apprend que Guibert de €k)sta s'était démis de la chaire de professeur pour devenir conseiller, et que Gregorio se mit sur

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les rangs pour Tobtenir. II adressa une seconde épitre dédrcatoire au cardinal d* Armagnac, qui se trouv^dt alors à Avignon où il remplissait les fonctions de vice-légat. L*oovrage de Gregorio est divisé en cinq livres consacrés à ce qu'il appelle les cinq filles de Thémis, — la Justice, FEconomie, la Paix, les Heures, et les Parques. Cet auteur devint plus tard professeur et doyen de l'université de Pont-à-Mousson en Lorraine, où il publia quelques autres livres, entr'autres une réponse adressée au ministre Du Moulin en faveur de la publication du concile de Trente en France et des Institutes sur la matière bénéficiale. Il mourut au commencement du siècle suivant.

La Théologie naturelle de Raymond de Sébonde occupait beaucoup les esprits d'alors. Quoique cet auteur ait vécu au siècle précédent, son livre n'eut cependant un certain retentissement qu'au seizième siècle, à cause des diverses éditions qui en furent faites et publiées. Sebond» était espagnol d'origine et très versé dans l'étude de la médecine, qu'il professa, dit-on, à Toulouse avec quelque succès. Sa Théologie Naturelle a paru suspecte à certains esprits, parce que l'auteur s'efforce de prouver les dogmes de la religion bien plus par des raisons tirées de la nature des choses que par les lumières de la révélation ou les voies traditionnelles. Il est toutefois facile de remarquer, à la simple lecture de son livre, que, sans s'en apercevoir, il a eu recours a ces lumières et qu'il expose les dogmes tels que la révélation nous les offre. Il règne, du reste, une assez grande confusion dans ce livre, la partie dogmatique s'y trouvant confondue avec la partie morale, et l'auteur revenant à plusieurs reprises sur les

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vérités qu'il a déjà traitées. L'ouvrage de Raymond de Sébonde acquit (dus tard une certaine célébrité par la traduction française qu'en donna au public Michel de Montaigne, à la prière de son père. Le savant Grotius, dans son Traité de la Religion chrétienne, appelle la philosophie de Raymond de Sébonde une philosophie très subtile.

Le massacre des huguenots à Toulouse n'arrêta pas leurs coupables desseins puisque, au mois de juillet 1573, ils prirent par escalade la ville de Montesquieu dans le Lauraguais. Us harcelaient Toulouse de tous côtés, et faisaient des excursions jusqu'à ses portes. Au commencement de l'année suivante, le maréchal de Damville convoqua les Etats a Montpellier. Les capitouls de Toulouse s'excusèrent de ne pouvoir s'y rendre faute d'escorte suffisante pour les accompagner. Raymond de Pavie baron de Fourquevaux adressa un mémoire au roi touchant l'état du clergé, de la noblesse, des officiers de justice et de paix de la province. On essaya, à la suite de ces instructions, d'ouvrir entre les catholiques et les religionnaires une conférence à Pézenas, où se trouva L'Hôpital, conseiller au parlement ; mais ces négociations n'empêchèrent pas les huguenots de commettre toute sorte d'excès : ainsi , au mois de mai, ils détruisirent de fond en comble l'abbaye de Mas-Gamier dans le diocèse de Toulouse.

Le duc d'Anjou, accompagné de Gui Du Faur de Pibrac, avait été prendre possession de la couronne de Pologne. Le maréchal de Montmorency, peu satisfait de l'influence qu'il pouvait exercer à la cour, se mit a la tête d'un tiersparti qu'on appela le parti des politiques, lequel fit une alliance secrète avec les calvinistes. Ce parti, pour se don-

158 TfiHPS VO0ElUntS.

ner quelque importance, voulut placer à sa tête le duc d'Aleuçon. Mais celui-ci ayant découvert lui-même la conjuration, le roi le fit enfermer à Vincennes avec le roi de Navarre. Les maréchaux de Montmorency et de Cossé eurent le même sort. Damville Taurait subi aussi s*il ne s*était tend sur ses gardes. Le roi fit alors savoir au parlement de Toulouse qu'il avait ôté au maréchal de Damville le gouvernement du Languedoc pour le donner à François de Montpensier dauphin d* Auvergne. En même temps Montmorency envoya à la cour le sieur de La Jugte baron de Rieux pour se justifier auprès du prince ; mais ce dernier, à son arrivée à Paris, y trouva le roi à Textrémité. Ce prince mourut en effet le 30 mai 1574, à Yincennes^ des suites des excès auxquels il se livrait, car, durant des matinées entiè^ res, il s'épuisait à donner du cor et poussait Tamour de la chasse jusqu'à la fureur. Il mourut à Tâge de 23 ans, sans enfant mâle, laissant à Catherine de Medicis, sa mère, la régence du royaume. Son frère le duc d'Anjou, nouveau roi de Pologne ^ lui succéda sous le nom d'Henri III. Le 20 juillet, on fit à Toulouse les honneurs au feu roi dans Féglise Saint-Etienne. La messe fut célébrée par Pierre de Lancrau, évêque de Lombez, et Toraison funèbre prononcée par Daffis, grand archidiacre de la métropole.

Quelque temps avant la mort de Chartes IX, Vavocat général Duranli avait été député à la cour par le parlement. Lors de son retour, il fut fait prisonnier en Auvergne et conduit à Seillac en Périgord, d'où il ne sortit qu avec une assez forte rançon qu'avança La Valette. Duranti, de retour à Toulouse, reçut avis que La Noue et ses huguenots s'approchaient, que les vicomtes de Paulin et de Terride réu-

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Hissaient leurs forces pour s'emparer de Toulouse. Aussitôt on s'empressa d'arrêter tous les suspects au nombre de quatre-vingt-seize, parmi lesquels étaient le président Du Faur et le procureur général de Saint-Félix- Les avis devenaient plus pressants. La Rouaisse, chanoine de Saint- Sernin, communiqua une missive qui lui annonçait que la ville devait être attaquée par la porte Saint-Etienne : elle fut aussitôt murée. Toutefois les projets des huguenots ne se réalisèrent pas.

Damville avait levé Fétendard de la révolte. Le 1*' novembre, il écrivit aux capitouls une lettre accompagnée d'une espèce de manifeste où il déclarait que ses intentions étaient de donner son ancien lustre à la couronne de France. Trois autres lettres accompagnaient la première ; elles étaient adressées à l'archevêque, à la noblesse et au tiers;état. Damville invitait la ville de Toulouse a se faire représenter aux Etats de la province qu'il avait convoqués à Montpellier. Toulouse repoussa avec énergie toute participation à cette révolte. Elle envoya ses députés aux Etats qui furent tenus le 20 décembre à Villeneuve-les-Avignon par Henri III en personne, et où le cardinal d'Armagnac et l'archevêque de Narbonne eurent un différend au sujet de la préséance. II fut résolu en faveur du premier.

Dans l'année 1575, le maréchal Damville se mit à la tête de son armée et alla faire la conquête d'Aigues-Mortes. Il fut arrêté dans sa marche par le duc d'Uzès, qui , quoique encore religionnaire, prit le parti du roi : en sorte que les huguenots étaient commandés en Languedoc par un catholique, et les catholiques par un huguenot. Damville tomba dangereusement malade à Montpellier, dans le mois

de mai. Joyeuse était toujours à Toulouse. Résolu à faire la guerre aux rebelles, il assembla à rhôtel-de-ville les députés des diocèses de son département, et demanda soixante mille livres, qui lui furent accordées. 11 se mit en marche le 17 mars, prit Fignan et Mauzac (sur la Garonne), enaporta d'assaut Francarville, le château de Scopon et celui de Montlaur en Lauraguais ; enfin vingt-sept châteaux ou places tombèrent en son pouvoir.

Sur la fin de juin, les capitouls reçurent ordre du roi de députer quelques notables bourgeois à rassemblée des Etats du royaume qui devaient s'ouvrir à Paris le 20 de juillet. Le capitoul Supersantis y fut envoyé, et sa déclaration fut que ceux dont il était mandataire étaient prêts à recevoir les ordres du monarque.

Le 29 décembre, les Etats du Languedoc s'assemblèrent à Carcassonne. Pierre Du Faur, abbé de la Case-JDieu et vicaire-général du cardinal d'Armagnac, y disputa la préséance au vicaire général de Narbonne et Tobtint. Ce fut dans cette assemblée que, sur les remontrances des capitouls de Toulouse, il fut arrêté qu'on formerait une association entre les diocèses de la province contre les religionnaires et les politiques. Les articles de cette ligue furent dressés par les capitouls et les consuls de Carcassonne ; l'assemblée les approuva le 6 janvier suivant. Ces articles sont k peu près les mêmes que ceux qui avaient été dressés en 1572 par d'Armagnac. — Cette association peut être regardée comme ayant servi de modèle à celles qui se formèrent un peu plus tard en France et qui prirent le nom de Ligue.

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Cest au commencement du règne d'Henri III qu'il faut fp] 5 rapporter la création de ces confréries connues sous le ^ 1 ft nom de Pénitents blancs, bleus, noirs et gris, qui se formèrent dans plusieurs villes de France. A Toulouse, les pénitents blancs s'établirent d'abord dans l'église des religieux tierçaires ; plus tard, ils construisirent une église au lieu qui porte encore ce nom, sur la paroisse St-Jérôme. Ainsi furent formées successivement : la confrérie des pénitents noirs, dans la chapelle des religieuses augustines abandonnée par les jésuites ; des pénitents bleus, dans l'église qu'ils construisirent sur la paroisse Saint-Etienne (aujourd'hui Saint-Jérôme) ; des pénitents gris, dans la chapelle qu'ils bâtirent sur la paroisse du Taur. Ces diverses sociétés n'étaient, dans le principe, qu'une simple extension- du tiers-ordre de saint François. Les membres appartenaient tous à l'état laïque. Quoique vivant dans le monde, ils faisaient profession publique de piété, s'adonnaient aux bonnes œuvres, entreprenaient des pèlerinages, visitaient les malades, célébraient avec éclat les fêtes de l'Eglise, assistaient aux processions revêtus d'un sac en signe de pénitence. Le célèbre prédicateur Edmond Auger, père de la compagnie de Jésus, contribua puissamment à l'érection de ces confréries à Toulouse, pendant le jubilé de Grégoire XIII.

Il était toujours question de la paix entre les catholiques et les huguenots. En effet, le roi, séant en son parlement, publia le 14 mai 1576 un nouvel édit de pacification, à la suite duquel Damville désarma son gouvernement du Languedoc. Toutefois la ville de Toulouse ne députa pas vers lui. L'édit ne donna aucune satisfaction aux deux partis, l'un trouvant qu'on avait trop accordé à l'autre. Le prince de

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Condé surtout se plaignait qu'on ne lui eût pas rendu le gouvernement de Picardie et que Péronne eût refusé de recevoir ses troupes. En effet, les habitants de cette ville avaient résolu de former une ligue contre les religionnaires, exemple qui fut suivi par Paris et par un grand nombre d'autres villes, La première idée de la ligue n appartenait pas à Péronne, mais c'est à Toulouse, comme on Ta vu, qu'en revenait tout l'honneur. Ceux qui dans le royaume s'associèrent ainsi contre les huguenots et les politiques^ prirent le nom de ligueurs.

Le 6 décembre, s'ouvrirent les Etats de Blois. La sénéchaussée de Toulouse y députa Pierre Daffis prévôt de la cathédrale, Parisot-Cornusson sénéchal, et l'ancien capitoul Supersantis. La ville y envoya le capitoul Lacroix. Supersantis fit devant Henri III une vive peinture de tous les maux que Toulouse avait particulièrement soufferts pendant les troubles de religion. « Nous les avons supportés, dit-il, » avec une grande et admirable vertu pour soutenir l'hon- » neur de Dieu et de son Eglise, laquelle nous sommes » prêts à défendre, et n'y a péril, danger ni extrémité quel- » conque qui nous en puisse retirer ; et tout ainsi que le » malheur de la France est parvenu de l'introduction des » ministres, je suis d'avis qu'ils soient chassés, et j'adhère » en cela k l'avis des députés de l'Ile-de-France et de Picardie. » n fut résolu, après les Etats de Blois, qu'on ne souffrirait qu'une seule religion en France. Le roi se mit à la tête des ligueurs, et entama des négociations avec Damville pour l'attirer à sa cause. Ces négociations rendirent le maréchal suspect aux religionnaires. Ceux-ci ne cessaient de commettre des excès dans le Toulousain : à Revel,

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ils tuèrent tous les ecclésiastiques et jetèrent leurs corps dans un puits ; à Pamiers et à Castres, ils se livrèrent à d'autres désordres.

Damville flotta longtemps entre les deux partis ; enfin, le 21 mai 1577, sa réconciliation avec le roi fut conclue à certaines conditions. Toutes les places qu'occupait le maréchal en Languedoc rentrèrent sous l'obéissance du roi, qui lui donna le château de Revel pour sa femme et ses enfants. L'armée du roi et celle des religionnaires sillonnèrent tout le bas Languedoc, où furent livrés plusieurs combats jusqu'à la paix de Bergerac. Les députés des deux partis se rendirent dans cette ville; du côté du roi, se trouvaient le duc de Montpensier et Daffis premier président au parlement. En attendant que l'assemblée pût se former, le duc de Montpensier vint visiter Toulouse ; il y arriva le 5 juillet. Après avoir donné de touchants exemples de piété en visitant toutes les églises, celle de Saint-Saturnin en particulier, il se fit enrôler dans la confrérie des pénitents blancs' et noirs. C'était Tusage du temps. L'édit de pacification commencé à Bergerac fut conclu à Poitiers le 17 septembre.

Le cardinal d'Armagnac fut très utile à Henri III dans toutes les affaires de la religion en France. Ce prélat ne résidait plus à Toulouse, mais à Avignon, où il remplissait les fonctions de co-légat. Accablé par le nombre des années, il résigna l'archevêché de Toulouse à Paul de Foix , son parent, avec réserve de certains revenus et la collation de quelques bénéfices, et accepta l'administration de l'Eglise d'Avignon, où il mourut huit ans après à l'âge de 85 ans. Il fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Marie des Doms où il avait lui-même préparé son tombeau. Il gouverna l'Eghse

de Toulouse pendant quinze ans, et fut Tun des hommes les plus distingués de son siècle. L'aménité de ses mœurs, Félégance de ses manières, sa piété, Téclatante protection qu'il accorda aux gens de lettres, son habileté dans les négociations, son dévouement inaltérable à la cause royale et à la religion catholique lui assurent une immortelle mémoire.

Le successeur de Georges d'Armagnac sur le siège de Toulouse fut donc Paul de Foix, fils de Jean de Foix Carmaing et de Madeleine de Caupène. Il naquit en 1528, fit d'étonnants progrès dans les langues grecque et latine, et se livra ensuite a l'étude du droit et de la philosophie, regardant comme ses guides Cujas et Aristote. Il étudia ces sciences sous Jacques Charpentier et Augustin Niphus. Il fut nommé, assez jeune encore, conseiller clerc au parlement de Paris, et entra ensuite dans la carrière diplomatique. Envoyé d'abord auprès de Philibert de Savoie, de Guillaume de Mantoue, de François de Medicis et du pape pour traiter des plus graves affaires, il s'acquitta de toutes ces négociations avec une rare prudence. Quoiqu'il eut été nommé archevêque de Toulouse en 1577, il ne fut cependant reconnu en cette qualité qu'en 1582, puisqu'on 1578 Pierre Du Faur abbé de la Case-Dieu présida aux Etats de Beziers en qualité de vicaire-général du cardinal d'Armagnac.

Ces Etats s'étaient assemblés pour arrêter le cours des hostilités qui continuaient toujours en Languedoc, malgré le dernier édit. Ce fut aussi dans le désir de rétablir la paix que la reine-mère entreprit le voyage de la Guienne et du Languedoc. Elle conduisait elle-même Marguerite sa

fille au roi de Navarre son époux. Les princesses, parties de Paris au mois de juillet, arrivèrent à Bordeaux au mois d'août. Henri les y reçut magnifiquement et les accompagna à Agen, où on commença les conférences, qui furent plus tard transférées à Montauban. Les députés des religionnaires s'y trouvèrent ; mais on ne put convenir d'aucun article. Alors les deux reines se rendirent a Toulouse, où elles firent leur entrée le dimanche 28 octobre. Avec ces princesses se trouvaient en cette ville Joyeuse, Damville, Biron, Lansac, d'Escars, le duc et la duchesse de Montpensier, le prince leur fils, la princesse de Lorraine, la princesse douairière de Gondé avec ses deux fils, la vicomtesse de Joyeuse, et plusieurs autres dames et chevaliers. Les reines entrèrent par la porte Saint-Etienne et allèrent loger à l'archevêché. Le lendemain, le parlement alla rendre ses devoirs à Leurs Majestés séparément- Catherine exhorta ces magistrats à traiter les religionnaires avec plus de douceur. Marguerite, qui s'occupait de choses moins sérieuses, reçut les salutations et compliments des magistrats assise sur un lit de damas blanc et ayant auprès d'elle quelques jeunes garçons qui jouaient du luth.

Catherine de Medicis assista, deux jours après son arrivée, à une procession générale où furent portés le saintsacrement par l'évêque de Lombez et les reliques des saints par des religieux. Le 2 novembre, la reine se rendit a la grande église des Cordeliers où s'étaient réunis lés pénitents et les passa tous en revue. Ce spectacle parut l'amuser beaucoup. Après une grande fête que Damville lui donna, elle quitta Toulouse le 5 novembre, et alla coucher avec sa cour au château de Pibrac, où ce grand magistrat la reçut

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spleodidement. Marguerite de Valois quitta Toulouse avant sa mère, et se rendit à Tlsle-Jourdain où se trouvait le roi son époux.

De risle Jourdain Catherine et Henri de Navarre se rendirent à Nérac où furent rédigés (le 28 février 1579) les articles de la paix qui y fut conclue. Parmi ceux qui signèrent ce traité au nom du roi , se trouvèrent Gui Du Faur sieur de Pibrac et Etienne Durinti qui fut nommé premier président da parlement Tannée suivante. La cour entra dans le Dauphiné après avoir parcouru le pays de Foix et le Lauraguais. La paix de Nérac ne tarda pas à être violée, malgré tous les soins que se donna le duc de Montmorency pour en faire exécuter les divers articles. Après la tenue des Etals à Carcassonne (le 4 décembre 1579), le duc se rendit, accompagné des députés choisis, à Belpech au diocèse de Mirepoix pour y attendre des nouvelles du roi de Navarre qui devait se rendre à Mazères, ville du comté de Foix. Là se tint entre le duc et le prince une longue conférence sur les affaires de la religion, conférence dans laquelle il fut assez difficile de s^entendre.

Le 12 avril, mourut à Toulouse Jean de Montluc évêque de Valence, prélat distingué dans son siècle par sa doctrine, son éloquence, et son habileté dans les ambassades. Il eut le malheur d'embrasser un instant les erreurs nouvelles ; mais, avant sa mort , il rentra dans le sein de TEglise catholique et rétracta ce moment de faiblesse. On lui fit à St-Etienne de splendides funérailles. Son corps fut inhumé devant la porte principale du chœur, au-dessous des orgues; on plaça son épitaphe sur une plaque de marbre que Ton y voit encore aujourd'hui.

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Au commencement de Tannée 1580 les hostilités recommencèrent dans la province. Vers la mi-janvier les religionnaires tinrent à Montauban une assemblée présidée par le roi de Navarre, qui les engagea à reprendre les armes. On alla de suite prendre Cahors ; puis ce prince se rendit en Gascogne et arriva inopinément le 12 juin devant ITsle-Jourdain dont il s*empara et qu'il abandonna au pillage de ses soldats. Ceux-ci dévastèrent les églises et les monastères. On vit alors arriver à Toulouse vingt-sept cordeliers de risle-Jourdain, conduits par François Boëri qui vint présenter une requête au parlement. Cette requête contenait en détail l'exposé fidèle de toutes les pertes qu'ils avaient essuyées, et demandait qu'on leur cédât la chapelle et le petit monastère de Saint-Antoine du Salin : ce qui leur fut acr cordé. Ils s'y établirent. Après la prise de l'Isle, le roi de Navarre se jeta dans Tonneins pour arrêter le maréchal de Biron qui s'était campé à Marmande.

De son côté, le vicomte de Turenne s'avança vers Toulouse. Le 28 juin, il se trouvait devant Auriac et Caraman. Castillon, Caudiâc, Toutens, Maurens, Moussons, Cambiac et plusieurs autres châteaux, étaient tombés en son pouvoir tandis que le baron de Rives son lieutenant brûlait quelques maisons de campagne aux environs de Toulouse et poussait ses courses jusqu'à la porte Saint-Michel. Ces mouvements donnèrent l'alarme dans la ville, qui se trouvait d'ailleurs consternée par la présence d'une maladie contagieuse dont la plupart des habitants étaient atteints^ mais qui cependant ne présentait aucun danger réel. Un nouvel édit de pacification conclue à Fleix vint suspendre les hostilités, et fut accepté temporairement par les deux partie.

468 TRMPS MODERNES.

Le 15 août, le premier président Jean Daffis mourut à Toulouse dans un âge très avancé. Né en cette ville, d'une famille honorée du capitoulat et dans laquelle on comptait plusieurs magistrats et professeurs de Funiversité, il épousa Marie du Tornoër, dont il eut trois fils et cinq filles : l"" Jean, qui devint premier président du parlement de Bordeaux : de cette première branche, il y eut trois présidents a mortier au même parlement et deux évéques de Lombez ; S'* Jacques, avocat général au parlement de Bordeaux : 3" Jean, prévôt de Téglise Saint-Etienne et évêque de Lombez. rainée des filles épousa Jean-Étienne Duranti, qui devint premier président à Toulouse. Son inhumation eut lieu dans l'église Saint- Jacques, près de Saint-Etienne ; la messe fut célébrée par Alexandre de Bardis, évêque de St- Papoul , et Foraison funèbre prêchée par Jean de La Barrière abbé de Feuillants, dont nous parlerons plus bas. Daffis se montra un zélé défenseur de la religion catholique et l'ennemi déclaré des réformés. Quoiqu'il n'ait point laissé d'ouvrages, il mourut avec la réputation d'un jurisconsulte éclairé.

Jean-Etienne Duranti succéda à Daffis dans la chaîne de premier président du parlement de Toulouse. Cétait un homme à grandes œuvres pour le bien de la religion. Il envoya à Borne Etienne Boquety, prébendier de la métropôle, auprès de Paul de Foix archevêque de Toulouse pour demander des religieux de Tordre de saint François appelés capucins. Cette réforme de Tordre des franciscains avait pris naissance en Toscane, eu 1S2S, par les soins de Matthieu Baschi d'Urbin, Cette nouvelle branche franciscaine s était promptement étendue en Kalie et en France. Le P.

Thomas Thurin, gardien du couvent de Lyon, vint alors a Toulouse et prêcha a Saint-Etienne avec tant d'entraînement que les habitants, excités par Durant!, résolurent d'acheter pour ces religieux les anciens collèges de Monlezun et de Verdale (place actuelle de rArtillerie). On se hâta d'approprier ces bâtiments à leur nouvelle destination. La chapelle fut ouverte sous le vocable de Notre-Dame et sous le patronage des saints martyrs Hippolyte et Cassian, dont les reliques reposaient dans l'ancien oratoire. Plus tard, les capucins agrandirent leur église. Roquety et son neveu prirent l'habit des nouveaux venus.

L'année 1582 vit naître de tristes dissensions entre les maisons de Montmorency et de Joyeuse. Il est assez difficile de déterminer quelle en fut la cause ; on l'attribue généralement à l'ambition du nouveau duc de Joyeuse. Celui-ci était fils du vicomte de ce nom, qui l'envoya à la cour de Henri IIL Ce prince fit bientôt paraître à son égard une amitié un peu équivoque , le mit au rang de ses mignons, le créa duc et pair, et le fiança à Marguerite de Lorraine, sa belle-sœur. Anne, nouveau duc de Joyeuse, fut créé amiral de- France, premier gentilhomme de la chambre et gouverneur de Normandie. Placé au faîte des honneurs, il y fit parvenir une partie de sa famille : son père devint maréchal de France ; son frère François, archevêque de Narbonne ; Scipion son autre frère, chevalier de Malte, grand-prieur de Toulouse. Sa haute faveur s'éclipsa cependant plus tard par l'ascendant que prit sur le monarque un dangereux rival, Jean-Louis de Nogaret. Nous avons déjà parlé de cette famille originaire du Toulousain ; son père portait le titre de baron de La Valette. Jean-Louis devint

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aussi favori d'Henri III, qui lui donua la terre d*Epemon au pays chartrais, terre qui fut érigée en duché-pairie. Il épousa Marguerite de Foix-Candale.

Les brouilleries de Montmorency et de Joyeuse laissèrent aux religionnaires la facilité de reprendre quelques places en Languedoc. Les catholiques de Toulouse, s'étant réunis à ceux de Carcassonne, d'Alet et de Saint-Papoul, formèrent une armée de trois mille hommes qui alla assiéger Montréal. Cest ainsi que les édits de pacification étaient Tiolés à chaque instant. Montmorency était constamment accusé par Joyeuse de favoriser toutes ces infractions : c'est ce qui obligea le premier a se justifier auprès du monarque. Joyeuse était tellement animé contre Montmorency qu'il se rendit à Rome en 1585 pour solliciter du pape une excommunication contre lui comme fauteur de l'hérésie en Languedoc.

Paul de Foix se trouvait encore à Rome à l'époque de cevoyage. Il y mourut en 1584, k l'âge de cinquante-six ans, frappé d'une attaque foudroyante pendant la célébration des saints mystères. Il n'avait point été sacré, et n'était venu que très-rarement à Toulouse, si toutefois il y parut jamais. Il possédait avec l'archevêché de cette ville l'abbaye de St-Volusien de Foix. Paul n'appartenait pas à la grande famille des comtes de ce nom et n'en venait que par les femmes ; il descendait, par les mâles, de la famille des d'Euse et d'un frère de Jean XXII, dont l'un des descendants qui fut comte de Carmaing (Caraman) avait épousé l'héritière d'une des branches cadettes de la maison de Foix- Grailli. C'était un homme habile dans les négociations. Il vécut longtemps à Rome en qualité d'ambassadeur de Char-

les IX et d'Henri 111. C'est de cette ville qu'il écrivit à ce dernier prince, pendant les années 1581 et 1582, des lettres très curieuses que l'on donna au public au commencement du siècle suivant. Marc-Antoine Muret prononça son oraison funèbre. Jacques Cujas et Jacques Charpentier lui dédièrent quelques-uns de leurs ouvrages. Il eut pour successeur à Toulouse le cardinal François de Joyeuse, déjà archevêque de Narbonne.

Dans ce même temps mourut à Paris Gui Du Faur de Pibrac, si célèbre dans nos annales. Au retour d'Henri III de la Pologne, il fut cré^président à mortier du parlement de Paris et employé dans les affaires les plus importantes. Il termina ses jours le 27 mai 1584, et fut inhumé dans l'église des Augustins. On affirme que son dévouement à Marguerite de Navarre était mêlé d'une amitié un peu trop vive. Pibrac mit au jour plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue ses fameux quatrains qu'il composa dans le ch?.teau qu'il avait fait construire, un poème sur la vie rustique, des discours et des lettres galantes. On lui attribue aussi une apologie de la Saint-Bartbélemy. Charles Pascal composa sa vie. Nousr avons encore sur ce personnage des mémoires curieux et pleins de détails. Le buste de Pibrac décore la salle des Illustres à Toulouse.

La puissance des Guises était devenue redoutable pour Henri III, surtout depuis la mort du duc d'Anjou son frère, héritier présomptif de la couronne. Le prince chercha à leur opposer Henri roi de Navarre. Dans ce but, le président de Bellièvre et le duc d'Epemon se rencontrèrent à Caumon, château splendide situé dans le diocèse de Lombez, où la dame de La Valette mère du duc faisait sa rési-

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dence ; ils allèrent Joindre Henri à Saverdun. Dans cette conférence, Belliëvre dit à Henri que le roi souhaitait qu'il allât pacifier le Languedoc, mission qui devait avoir pour objet de ramener Montmorency. Quelques historiens ont avancé sans motifs plausibles que d*Epemon profita de cette entrevue pour engager le roi de Navarre à changer de religion. Peu de temps après, dTpernon fit son entrée solennelle à Toulouse (13 juillet), y passa quelques jours au milieu des fêtes, et rentra à Caumon. Henri de Navarre s'excusa de se rendre en Languedoc sous prétexte qu*il devait se trouver le 15 août à Mont^ban pour une assemblée des églises réformées.

Les efforts de BeUièvre pour réconcilier Montmorency et Joyeuse devinrent inutiles, car les hostilités recommencèrent entr*eux. Cependant elles ne furent pas de longue durée : grâce aux lettres royales, ces deux champions désarmèrent vers la fin de Tannée 1584. Au commencement do Tannée suivante, ces deux seigneurs continuèrent à pacifier la province. Après Tassemblée de Montauban, le roi de Navarre se rendit à Castres le U mars 1585, accompagné du. prince de Condé, du vicomte de Turenne, de MM. de Roquelaure, Bethune, Du Plessis-Mornay, et plusieurs autres gentilshommes. Le 15, Henri alla au prêche en grande cérémonie, et le 17 il se porta au-devant du duc de Montmorency qui s'approchait de la ville, revenant de Beziers. Le duc avait avec lui Châtillon, Dandelot, et mille chevaux.

Le roi étant retourné au prêche, le duc Ty accompagna, en sortit peu de temps après, et laissa échapper cette parole : que certainement le premier président Duranti serait bientôt informé de sa démarche. Pendant le séjour du roi

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de Navarre à Castres, on vit arriver à Toulouse les députés de Lautrec auprès de Duranti qui venaient le consulter pour savoir s'il permettrait au roi l'entrée dans la ville. Le premier président répondit qu'il lui permettrait d'y entrer, lui dixième. Henri, ayant appris cette réponse, se montra très mécontent de Duranti, Les conférences de Castres entre le roi de Navarre et Montmorency effrayèrent les Guises et les ligueurs. On sait qu'à cette époque le duc de Guise, alarmé des progrès des religionnaires et craignant de voir monter sur le trône de France un huguenot, s'était retiré dans son gouvernement de Champagne et avait constitué par le traité de Joinville une ligue formidable à la tête de laquelle il avait placé un personnage assez insignifiant — le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre. Il publia un manifeste dans lequel le but avoué de cette ligue était le maintien de la religion catholique et l'exclusion d'un prince protestant. Il est très-possible que le duc de Guise et les princes de la maison de Lorraine mêlassent quelque motif d'ambition personnelle à cette déclaration éclatante ; mais il n'en est pas moins vrai que le motif principal et avoué était louable, et que si Henri III, triomphant de ses perpétuelles hésitations, se fût alors franchement uni aux ligueurs, la prétendue réforme était détruite en France sans retour.

Malheureusement il n'en fut pas ainsi , et le roi dépêcha un courrier secret à Henri de Navarre avec une lettre ainsi conçue : « Mon frère, je vous avise que je n'ai pu empê- » cher, quelque résistance que j'aie faite, les mauvais des- » seins du duc de Guise. Il est armé : tenez-vous sur vos » gardes et n'attendez rien. Jai entendu dire que vous étiez » a Castres pour pariementer avec mon cousin le maréchal

» de Montmorency, ce dont je suis bien aise, afin que vous » pourvoyiez à vos affaires. Je vous enverrai un gentilhom- » me à Montauban qui vous avertira de ma volonté. — » Votre bon frère, Henri. »

Cette conduite d'Henri HI plaça les ligueurs dans une position extrêmement délicate : d'un côté, le bien de la religion semblait justifier leur conduite ; de Vautre, le respect pour Tautorité royale en gênait le mouvement et l'exécution. Abandonner la cause du roi paraissait une révolte ; ne pas s'opposer aux progrès de la religion nouvelle, était une lâcheté : c'est précisément ce qui explique comment une infinité de seigneurs, d'évêques, dô membres du clergé séculier et régulier entrèrent de bonne foi dans la ligue et en favorisèrent les progrès ; comment aussi beaucoup de catholiques très sincères soutinrent la cause du monarque. Il faut avouer que les excès auxquels plus tard s'abandonnèrent les ligueurs justifièrent ces derniers. On abuse presque toujours des meilleures causes, et il est bien difficile que ce qui est bon dans le principe ne change ensuite de nature par Feffèt des passions humaines.

Le duc de Montmorency fit cause commune avec le roi de Navarre pendant que le maréchal de Joyeuse s'alliait aux Guises et aux ligueurs, ayant le soin toutefois de ne pas manifester si tôt cette alliance. La ligue faisait de toutes parts des progrès rapides ; Henri HI, en étant effrayé, résolut de s'unir à elle par un traité, qu'il conclut à Nemours le 7 juillet 1585. Ce traité était expUcite et ne laissait aucune espérance aux religionnaires : on ne devait permettre dans le royaume que l'exercice de la religion catholique ; les ministres de la religion réformée étaient obligés de quit-

ter la Fraace dans un mois, tous les religionnaires dans six, avec la faculté de vendre leurs biens.

A cette nouvelle, le président Duranti ne put contenir les transports de sa joie : il se rendit sur-le-champ à Saint- Sernin pour y faire chanter un Te Deum ; il tint aussi une grande assemblée de tous les gentilshommes catholiques du pays, et leur proposa d'aller en armes chasser les religionnaires des villes voisines. Cet avis ne fut pas suivi ; on se contenta d'enregistrer le traité de Nemours, ce qui eut lieu le 31 juillet. L*histoire nous rapporte ici les efTorts que fit le roi de Navarre pour détacher Henri III de la ligue, et ceux que tenta ce dernier prince pour gagner Montmorency à ce parti ; elle nous montre , la province du Languedoc divisée en deux camps, car depuis Narbonne jusqu'à Toulouse on obéissait à Joyeuse, et depuis Narbonne jusqu'au Rhône à Montmorency.

On prit au sérieux à Toulouse le traité de Nemours. Joyeuse, s'étant rendu en cette ville, y assembla les trois Etats le 7 septembre. Cette assemblée, à laquelle présida Horace de Birague évêque de Lavaur, accorda au roi quarante mille écus. Un arrêt du parlement condamna à être pendus tous ceux qui faisaient profession de la religion prétendue réformée depuis Tédit ; leurs biens devaient être confisqués, et on pouvait leur courir sus comme criminels de lèse-majesté. En province, les hostilités reprirent leur cours entre Joyeuse et Montmorency. Le premier, à la tête de sept ou huit mille hommes, entreprit, le 23 juin 1586, le siège de Montesquieu. Jacques d'Ârassin, qui en était seigneur, en prit la défense ; mais la place, après avoir opposé pendant quelque temps une vigoureuse résistance,

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fut obligée de se rendre. Elle fut rasée, et son rang de ville diocésaine fut donné à Mongiscard.

Au milieu de ces troubles, la compagnie du Gai-Savoir continuait toujours ses séances littéraires et distribuait des fleurs et des couronnes. Cette même année, elle offrit un Apollon d'argent à Antoine Du Baïf, Tun des plus célèbres poètes de son temps, comme elle avait déjà offert à Ronsard une Minerve du même métal. Les mainteneurs avaient du courage assurément pour se livrer à ces jeux littéraires lorsque plusieurs armées occupaient la province : celle de Joyeuse, qui devait soumettre le Languedoc ; la seconde, aux ordres du duc de Mayenne, dirigée contre le roi de Navarre: la troisième, ayant à sa tête le duc d'Epernon gouverneur de Provence ; la quatrième , conduite par le maréchal de Biron contre le prince de Condé; enfin la cinquième, confiée au maréchal de Matignon, qui devait se joindre au duc de Mayenne appelé par les Toulousains pour les délivrer des garnisons protestantes qui incommodaient encore le pays.

L*amiral de Joyeuse conduisit son armée près d*Albi, se rendit ensuite k Gaillac où le maréchal son père vint le 'saluer ainsi que les députés de la ligue. Ayant résolu de faire le siège de Salvagnac, il le commença le 23 novembre, laissant le soin de le poursuivre à Lavardin. Arrivé à Toulouse le 24, il alla descendre à l'archevêché, et partit ensuite pour se rendre à la cour. Le siège de Salvagnac devint funeste aux ligueurs, qui y perdirent un grand nombre des leurs, entr autres Jean de La Valette-Cornusson , sénéchal de Toulouse. Il mourut en cette ville le 46 décembre, des suites de la fatigue qu'il y avait éprouvée. Néanmoins la guerre continua entre les deux partis pendant

Faimée suivante, et à ce premier fléau vint se joindre celui de la peste.

On avait répandu a Rome un bruit assez étrange au sujet du corps de saint Thomas d'Âquin que Ton disait avoir été brûlé par les huguenots en 1562. Cest pour calmer l'inquiétude générale qu'on procéda, le 14 janvier 1587, à la vérification solennelle de ces reliques. La cérémonie eut lieu dans Téglise des Dominicains, en présence des capitouls, de Jean Daffis vicaire général, du recteur de l'université et plusieurs eccclésiastiques et docteurs. Le corps était placé au-dessus du maitre-aulel, dans une niche fermée d'un grillage en fer armé de quatre serrures. On trouva un coffre de bois peint en vert portant les armes de France, de Sicile, de Toulouse et de la maison d'Âquin. La niche était voûtée, et a la clef de cette voûte on avait gravé le nom du saint A l'ouverture de la châsse, on trouva une feuille de vélin contenant la nomenclature exacte des ossements qui y étaient renfermés, et au nombre desquels on trouva la tête. Ces ossements étaient d'une couleur rougeâtre. Après qu'on eut satisfait à la dévotion des assistants, on replaça la châsse dans le même Ueu. Cest dans le siècle suivant que ces reliques furent renfermées dans une nouvelle châsse de vermeil sur un superbe mausolée qui a été détruit en 1789.

L'amiral duc de Joyeuse voulut s'opposer à la marche du roi de Navarre qui cherchait à joindre les princes protestants d'Allemagne. Les deux corps d'armée se rencontrèrent à Contras en Saintonge ; la bataiUe fut livrée le 24 octobre 1587. Le duc de Joyeuse et Sauveur son frère y périrent. Le premier étant mort sans enfants, Henri son autre frère aurait dû lui succéder dans le duché ; mais

étant devenu veuf de Catherine de Nogaret La Valette, il se fit capucin dès le mois de septembre sous le nom de frère Ange. Ainsi ce fut Scipion, grand-prieur de Toulouse, qui succéda à Anne dans le duché. A la nouvelle de la mort de Famiral, les capitouls envoy^ent des députés au maréchal pour lui offrir les doléances de la ville de Toulouse sur ce triste événement. Un service funèbre fut célébré à Saint- Etienne pour le repos de son âme ; la messe fut dite par Daffis prévôt , et foraison funèbre prononcée par Doûard , fameux ligueur.

Sur la fin de janvier 1588 on apprit que le roi de Nar varre, qui s'était emparé des lieux de Monthéqui et de Dieupentale, s'approchait de Montauban, accompagné du prince de Condé et du vicomte de Turenne. L'alarme fut grande à Toulouse ; le parlement et les autres cours de justice suspendirent leurs séances ; on montait la garde jour et nuit. Le maréchal de Joyeuse assembla les Etats de la ligue à rhôtel-de-viUe de Toulouse, le 12 février. Les évoques de Lavaur, Lodève et Nimes s'y trouvèrent avec les grandsvicaires de François de Joyeuse, archevêque de cette ville, qui se trouvait alors à Rome occupé à sacrer les évèques d'Autun et de Mirepoix. — On accorda au roi trente-six mille écus pour l'entretien des gens de guerre. Birague évéque de Lavaur et un des syndics de la province furent députés vers le roi par les Etats, ainsi que le président Saint- Jean et les conseillers Vignaux et Sabathier par le pariement. Ils devaient prier le roi de ne pas rendre le gouvernement du Languedoc à Montmorency, et de procurer l'extinction de l'hérésie dans le royaume.

Espérant se tirer d'une situation extrême dans laquelle

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sa faiblesse et les évënements TâYaient placé, le roi convoqua les Etats géaéraux à Blois pour le mois d^oetobre. Le duc de Guise tint aussi à Nancy, au mois de février, une assemblée de ses partisans dans laquelle il fut arrêté qu'on sommerait le roi de chasser les hérétiques de France, de s'allier à la ligue, de faire publier le concile de Trente, et d'établir le tribunal de Flnquisition. Pour exécuter ces projets, il était nécessaire de s'assurer de la personne du roi : c'est ce qui fut tenté par le duc de Guise au mois de mai , et ce qui donna lieu à la journée des Barricades et à la fuite du roi. flelui-ci cependant feipit de se réconcilier avec le duc pour l'attirer aux Etats de Blois. La sénéchaussée de Toulouse s'assembla à Saint-Sulpice sur le Tarn, au mois de septembre, pour nommer des députés à cette assemblée. Horace de Birague évéque de Lavaur et Ck)musson furent élus pour représenter, le premier, le clergé, et l'autre la noblesse. On adjoignit, à Févéque de Lavaur, Urbain de Saint-Gelais évéque de Comminges. Le député du tiersétat fut l'avocat Toumier. Celaient tous d'ardents ligueurs. Pendant la tenue des Etats de Blois, le duc et le cardinal de Guise furent frappés de mort par ordre du roi, et la ligue perdit en eux son principal appui. La mort de ces deux personnages était de la part du monarque une trahison et une lâcheté. Les députés de Toulouse (Urbain de Saint-Gelais et Tournier) échappèrent au massacre, et revinrent dans cette ville beaucoup plus ligueurs que jamais. Ce triste événement fut bientôt suivi de la mort de la reinemère, qui expira au château de Blois le 5 janvier 1589. Cette princesse était comtesse de Lauraguais, du chef de Madeleine de Latour, sa mère. Après sa mort, ce comté

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passa à Marguerite de Valois sa fille, qui en disposa plus tard eu faveur de Louis XIII alors dauphin. Celui-ci le réunit k la couronne.

La nouvelle de la mort de MM. de Guise excita au plus haut point la colère 4es ligueurs à Toulouse ; a leurs yeux le roi n^était plus qu*un tyran auquel on ne' devait plus obéissance et dont il fallait môme se défaire à tout prix. U faut convenir que ce déplorable événement n'était pas de nature à rassurer les esprits sur la catholicité du monarque. Dès ce moment plusieurs personnages qui avaient fait cause commune avec la ligue Tabandonnërent'psir respect pour la majesté royale, et préférèrent demeurer toujours fidèles au roi que de s'allier à des sujets ouvertement révoltés contre le prince, quel que fut d'ailleurs le motif de leur révolte. De ce nombre fut Durant!.

Le roi écrivit à ce président pour l'engager à calmer rirritation de Saint-Gelais qui voulait passer en Espagne et tâcher de le détourner de ce voyage ; en même temps les Parisiens écrivirent aux Toulousains des lettres pour les déterminer a abandonner le roi. Ceux-ci envoyèrent alors des députés dans la province pour favoriser la sainte-union. On organisa à Toulouse un conseil formé de dix-huit personnes dont six du clergé, six du parlement, et six de la bourgeoisie ; la première, pour le parlement, fut Jean de Paulo, et la première pour le clergé Jean Daflls, prévôt de la cathédrale. Ce conseil était chargé d'organiser la résistance. Peu de temps après Finstitution de ce conseil, on lut au parlement des lettres du roi dans lesquelles il cherchait à justifier la mort des Guises qu'il affirmait en vouloir à sa couronne. Le parlement, composé en grande partie d'intré-

TSXPS HODERMES. 484

{Mdes ligueurs, jura de rester fidèle à la ligue, et refusa d^enr^strer la déclaration royale par laquelle Montmorency était rétabli dans son gouvernement du Languedoc.

Rien ne pouvait arrêter le zèle des ligueurs toulousains : ils écrivirent au pape pour lui rendre compte de leurs démarches et le consulter pour savoir si, Henri de Valois ayant été frappé d*excommunication, ils étaient obligés de lui obéir. Durant! s'empressa d'avertir le roi de ce qui se pas- * sait à Toulouse. Le roi répondit en engageant ce magistrat à calmer l'irritation des esprits, d'assurer aux Toulousains que son désir ét^t d'oublier le passé, et de travailler de toutes ses forces à lextirpation de l'bérésie. Ces promesses royales ne purent apaiser le ressentiment des ligueurs,' qui avaient malheureusement appris à ne pas s'y fier.

Les choses en vinrent au point que, sans attendre la réponse du pape, ils voulurent que le conseil des dix-huit rendit un décret solennel pour soustraire les Toulousains à l'obéissance au roi ; ils avaient même refusé l'entrée de la ville au sénéchal Cornusson, porteur des ordres du prince, lequel fut obligé de se retirer à Castelnau-d'Estretefonds. Ce n'était partout qu'assemblées ou réunions. Dans le conseil de ville, le prévôt DaOis prit la parole, et avec une éloquence entraînante fit voir que la religion catholique était menacée dans son existence en France ; que ce royaume allait devenir semblable à celui d'Angleterre ; qu'il fallait savoir mourir pour le soutien de la vrsâe foi, et que les ossements des martyrs qui reposaient dans la%asilique devaient les exciter à combattre pour elle. En sa qualité de vicaire général de François de Joyeuse, il ordonna des prières publiques. Ce fut alors que commencèrent à Toulouse

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ces processions et ces prédications de la sainte-union où Ton voyait marcher en tête Tévêque de Comminges, Urbain de Saint-Gelais, portant le casque au lieu de la mitre, Fépée en mode de crosse et une cuirasse en guise de chape pontificale. Il était suivi de François Richard provincial des minimes, d*Odard Motte jésuite, et de Doïard curé de Cugnaux, qui excitaient le peuple sur leur passage. Venaient ensuite tous les écoliers ; les moines, le froc retroussé, armés de mousquetons ; la noblesse, et les magistrats : c*était la caricature de la ligue. Les trois prédicateurs que nous avons nommés ne gardaient aucune mesure contre te roi et le président Duranti dans les chaires de Saint-Etienne» Saint-Semin et la Dalbade. Duranti, quoique excellent catholique, n'était plus à leurs yeux qu'un ennemi, k cause d& sa fidélité au prince.

Les ligueurs firent assembler le conseil de ville,, et Ton y déclara que Duranti devait être éloigné de tAute administration publique. Le président Bertrand, qui présidait rassemblée, voulut imposer silence aux ligueurs, qui étaient soutenus par Grégoire et Tournier, avocats; mais ce dernier, après avoir fait un tableau saisissant de la mort des Guises, se tourne du côté du portrait du roi et dit : Autrefois, à Rome, on abattait les statues des tyrans : il faut ici renouveler cette exécution. Une troupe de six cents hommes armés envahit aussitôt la salle. L'avocat général Daffis, ardent royaliste, prit alors la parole, et d'une voix £srme reprocha à Tournier sa révolte, lui déclarant qu'il aurait à se repentir de sa félonie. Il fut toutefois résolu dans cette assemblée qu*on appellerait désormais Duranti aux conseils de Thôtel-de-ville.

TEMPS MODBERBS. t83

La prudence semblait indiquer au premier président de ne pas se rendre aux vœux qui venaient d*étre exprimés. Rien ne put Ten détourner : pendant trois jours consécutifs il se rendit aux assemblées sans garde et avec une noble assurance ; il parvint même par ses sages conseils à calmer reflervescence populaire. Le troisième jour, on examina la question s'il ne serait pas opportun de refuser obéissance au souverain et d^^exiler ceux qui soutenaient sa cause. La scène qui s^était produite précédemment au sujet du portrait du rot se renouvela de la part d*un homme appelé Chapellier. Duranti déclara alors quHl £allait s'en rapporter à la décision du parlement. Aussitôt DafOs, son beau-frère, sort de l'assemblée et se retire dans sa maison de campagne.

Le 27 janvier, le peuple se porte en tumulte à la maison du premier* président, située dans la rue qui porte aujourd'hui son nom, vis-à-vis de l'église des Pénitents-Bleus ; il demande à grands cris que le parlemrat soit convoqué. Il le fut aussitôt, mais l'assemblée se sépara sans rien décider^ Une foule immense de ligueurs entourait le palais ; et comme partout il se trouve des êtres dénaturés, on fit circuler parmi ces flots de peuple l'intention de se défaire du premier président. A l'issue de l'assemblée, Duranti monta dans son carrosse et le cocher traversa la ville en toute vitesse. Les factieux suivirent pendant quelque temps le carrosse, cherchant à le percer à coups d'épées et de hallebardes; maïs cette voiture étant large et profonde, cela permit au président, en se tenant éloigné des portières, d'éviter les coups dont furent criblés les panneaux. On était déjà arrivé au tournant qui conduit de la rue de la Pomme

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à rhôtel Durant! lorsque le carrosse, heurtant avec force contre la margelle d*un puits, fut renversé. Le présideni quitta alors sa voiture et courut à Thôtel-de-ville tandis que les ligueurs s*attachaient à un laquais qui avaient voulu défendre son maître. On le traîna en prison.

A la suite de cet événement le désordre fut à son comble dans toute la ville : les habitants .qui s*étaient montrés fidèles au roi prirent la fuite, tous les magasins furent fermés, des chaînes furent tendues et des barricades élevées. On dit que, vers minuit. Durant! se rendit dans son hôtel pour y brûler des papiers importants et qu*il rentra bientôt après dans rhôteMe-ville. Ce fait n'est point exact. Il passa cinq jours gardé à vue, et peu d'amis allèrent le visiter. Le parlement, pour mieux assurer sa sûreté, rendit un arrêt qui lui permettait de se rendre à Balma, château de Farchevêque. Cet arrêt rencontra quelques opposants, entr^autres le conseiller Caumels, qui craignait que Durant! , une fois rendu à la liberté, ne fît à ses adversaires un. mauvais parti, n fut alors décidé qu'il serait transféré au couvent des Jacobins : ce qui fut exécuté comme il suit. Le 1" février, on envoya une forte escorte avec laquelle le président quitta rhôtel-de-ville, ayant à ses côtés les évêques de Comminges et de Castres, et suivi de deux capitouls. Arrivé' au couvent, il fut placé dans un appartement qui devait lui servir de prison. Vingt-cinq satellites en gardaient Ventrée. Rose Caulet , sa femme, fut seule admise auprès de lui avec deux laquais. La recherche exacte que Ton fit de ses papiers ne fit rien découvrir qui pût le compromettre.

Les ligueurs, trouvant qu'il était trop peu en sûreté chez les jacobins ses amis, proposèrent de le faire transporter

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dans la tour de Saint-Jean de Malte, près de la Dalbade ; mais le président étant tombé malade, ce projet ne fut point exécuté. Malheureusement pour lui, le 7 février, on intercepta des lettres que FaYOcat général Daffis écrivait au maréchal Matignon à Bordeaux ainsi qu'au premier président son frère, pour leur demander du secours. Il était dit dans ces lettres qu'on avait fait partir Guitard Ratte, conseilter clerc de Toulouse, afin d'instruire le roi de tout ce qui se passait. Aussitôt Daffis est arrêté dans sa maison de campagne et déposé à la conciergerie. Ratte fût pris et condamné à mort. Daffis, dans son interrrogatoire, avoua qu'il avait écrit ces lettres et avait dû les écrire. Elles disaient que Duranti n'avait point encore été mis a mort, mais que tout annonçait de sinistres projets.

La mort du président Duranti fut dës-Iors résolue ; on fit entendre m peuple que ce magistrat devait livrer la ville au maréchal de Matignon et aux hérétiques. De quoi n'est pas capable une vile populace quand on parvient ainsi à la tromper et à Tirriter ! Le 10 février, à trois heures du sotr, une horde forcenée composée de femmes, d'hommes et d'enfants de la plus basse classe, se porta au couvent des Jacobins, du côté de la rue Pargaminiëres, et chercha à enfoncer la porte qui servait aux charrois. N'ayant pu y parvenir, on y mit le feu, et cette horde se précipita dans la cour du couvent. Chapellier, qui la conduisait, aborda le premier président en lui disant que le peuple voulait le voir. Duranti se revêt aussitôt de son grand costume, se met à genoux pour faire sa prière, puis se relève, et se tournant vers sa femme : — « Madame, lui dit-il, Dieu m'avait » donné la vie, des biens et des dignités dont je serai bien-

486 TEMPS MOBBftNBS.

» tôt dépouillé. La mort est la fin de la vie, mais elle o*en » pas te châtiment. Mon âme, innocente de toutes les ca- • lomnies qu'on lui impute, va paraître incessamment deyaot » le tribunal du souverain juge. Espérons en Dieu, et il » nous sera toujours secourable ! » Madame Duranti ne répondit que par des sanglots. Tout-à-coup Chapellîer entrtiîne le président vers la porte qui venait d'être brûlée, et le montrant au peuple, il s'écrie : Voilà l'homme / — « Ouf, » répliqua Duranti d'une voix ferme, me voici ! Mais quel » est donc le grand crime que j'ai commis qui puisse m'at- » tirer une haine aussi éclatante que celle que vous faites » paraître contre moi ? » Ces quelques mots prononcés avec calme et majesté arrêtèrent un instant la fureur du peuple ; un profond silence régnait au milieu de cette multitude lorsqu'un coup de mousquet vint le frapper en pleine poitrine et le renverser. Duranti leva alors les yeux au ciel comme pour le prier de pardonner à ses assassins.

Il vivait encore lorsque le peuple se jeta sut* lui et le perça de mille coups. On lui attacha ensuite les pieds avec une corde et on traîna son corps tout ensanglanté au milieu des rues jusqu'à la place Saint-Georges ; là on le redressa sur ses pieds et on l'attacha au pilori, où il demeura toute la nuit. Le portrait de Henri IH fut placé derrière le cadavre. Il n'y a pas d'outrages qu'on ne fit subir à ce martyr des fureurs popiilaires ; les uns lui arrachaient la barbe, les autres le tiraient par le nez en lui disant : Le roi t'étaU si cher, te toilà maintenant avec lui !

Après cette affreuse scène, le peuple accourt à la Conciergerie, fait sortir Daffis, se jette sur lui, le perce de plusieurs coups et laisse son corps exposé pendant toute la

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nuit ; de là il se porte aui^ prisons de rarcbevècbé où se trouvait le laqusûs de Durant! et le pend. Le peuple se précipite ensuite à rhôtel-de-ville, prend le portrait du roi et le traîne dans les rues en criant : A cinq sols le roi tyran, pour lui acheter le Ucol ! En même temps Tavocat Balbaria se rend à Fhôtel Duranti et le fait mettre au pillage. On eut à regretter la bibliothèque, ms^niûque collection qui renfermait de précieux manuscrits. Le lendemain de grand matin, le capitoul Balanquier et un autre de ses collègues firent enlever les corps de Duranti et de Daffis, qui furent inhumés, le premier, aux Cordeliers, et le second à Saint- Antoine du Salin. Il est à remarquer que le corps de Duranti fut enveloppé avec le portrait du roi.

Ainsi périt, k Tâge de cinquante-cinq ans, Jean-Etienne Durant ou Duranti, fils d*un conseiller aux requêtes du parlement de Toulouse. Entré de bonne heure dans le barreau, il devint capitoul, avocat général, et enfin premier président. Il se rendit recommandabte par son intégrité et Taustérité de ses mœurs. Catholique ardent, il se montra le fléau des hérétiques, et sut allier Tamour de la religion avec la fidélité à son roi. Toulouse dut à sa piété le collège des jésuites, les capucins, et les confréries des pénitents. Plein d'une inépuisable charité envers les pauvres, il établit les deux confréries du Saint-Esprit et de la Miséricorde, la première destinée à doter les filles pauvres, la seconde pour les prisonniers. Les hôpitaux, les religieux mendiants oo exilés reçurent des marques de sa générosité. Partisan de la ligue tant qu'elle ne s'était pas séparée du roi, il l'abandonna ensuite lorsqu'il vit qu'il ne pouvait plus servir ses projets sans manquer de fidélité à son souverain.

488 TEMPS Mi)DBaNB&

Daranti nous a laissé deux ouvrages, Tun qui a pour titre De sacris Ecclesiœ Ritibus, divisé en trois livres, et faussement attribué à Dannés évêque de Lavaur, ou à Durand évéque de Mende. Trois jours avant sa mort, Durant! écrivit à Jean de La Barrière abbé de Feuillens pour le prier de faire approuver ce livre, qui fut dédié au cardinal de Pellevé. Jean-Ange Papius l'édita pour la première fois à Rome en 1591, et le dédia à Grégoire XV. Le second ouvrage de Duranti a pour titre : Questiones notcUissimœ. Cesi un recueil de questions relatives au droit civil et canonique recueillies au parlement de Toulouse. Jacques Ferrières annota cet ouvrage. Duranti fut marié deux fois : la première, avec la fille du premier président Daffis, dont il eut une fille unique nommée Marie qui épousa Simon de Garaud conseiller au parlement. Il n*eut point d'enfants de Rose de Caulet, sa seconde femme. Rose et la fille de la première femme firent élever dansVéglise des Cordeliers un mausolée sur lequel était couchée sa statue en bronze. Passerai composa son épitaphe. Ses armes représentaient une tour ouverte sommée de sept créneaux et surmontée d'une étoik^

Antoine Dumai, médecin de Duranti, a composé une relation assez exacte de sa mort, dont il avait été témoin oculaire. Martel, avocat au parlement, donna au public une vie plus détaillée de ce président ; Ponsard consacra à sa mémoire un éloge historique qu'il présenta aux Jeux floraux. Le buste de Duranti fut placé dans la galerie des illustres. La peinture et la gravure ont reproduit ses traits.

Quant a Jacques Daffis, il avait été d'abord conseiller au parlement, ensuite avocat-général ; il avait du savoir et une grande intrépidité. Il laissa quatre enfants, dont l'un seulc-

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ment perpétua sa race, et quitta Toulouse çouv aller fiier sa résidence près de Narbonne. Aucune marque distinctive ne fut placée sur la tombe de cette victime des fureurs populaires, et son corps repose encore sans distinction dans la chapelle de Saint-Antoine, rue Pharaon.

Les ligueurs, après la mort de Duranti, furent maîtres de Toulouse. Ils écrivirent au pape Sixte V pour solliciter son approbation à leurs actes ; mais le pape leur fit répondre par le cardinal de Montalto, son neveu, d*une manière assez ambiguë. On fit célébrer à Toulouse des services funèbres à Saint-Etienne et aux Pénitents-Noirs pour feu Messieurs de Guise ; le parlement et les ordres de la ville y assistèrent. Urbain de Saint-Gelais célébra la messe, et le provincial des minimes prononça Foraison funèbre. Les Etats de la ligue à Paris avaient mis le duc de Mayenne à la tête de la sainte-union et Tavaient déclaré lieutenant-général de la couronne et royaume de France. Instruits de cet événement» les Toulousains envoyèrent au duc quelques députés pour reconnaître son autorité. L'évèque de Castres, Gilles chanoine de Saint-Etienne, Calmels et Vignaux conseillers, les capitouls Balanquier, Favocat Tournier et Jérôme Grégoire composaient cette députation. Il fut demandé à Mayenne d'envoyer en Languedoc un homme de son choix pour y commander les troupes de la ligue. Le duc leur fit espérer renvoi du duc de Nemours ; en attendant, il chargea le marquis de Villars, fils de sa femme, lequel commandait la Guienne, d'aider les Toulousains de ses conseils. Il annonça en même temps au parlement qu il avait fait choix des sieurs de Paulo et Benoit pour remplir les places devenues vacantes par la mort de Duranti et de Daffis.

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Lorsque Henri III eut appris la fin tragique de ces magistrats, son indignation fut au comble. Dans le mois de février, il ordonna que le parlement, le bureau des fifiances, la monnaie et toutes les cours fussent supprimées à Toulouse ; il reprocha à de Paulo son ingratitude, et proféra tour à tour des menaces et des promesses. Ayant su que le maréchal de Joyeuse entretenait des relations avec Mayenne, il confia au duc de Montmorency le gouvemeT ment du Languedoc, tout en lui offrant Toubli du passé. Les ligueurs étant maîtres des deux tiers du royaume, il s'unit enfin au roi de Navarre pour combattre Fennemi commun.

Le maréchal de Joyeuse assembla les Etats de la ligue, qui s'ouvrirent le 15 avril à Castelnaudary ; Philippe Berthier et Jean Vezian, ainsi que les vicaires généraux de Ton* louse, y assistèrent. Le 18, Berthier fit un long discours pour faire approuver les articles de la ligue. Ces articles le furent en effet, et Ton invita Joyeuse à venir prêter serment de les observer. Le maréchal se rendit donc à Téglise des Cordeliers le 20 avril, et y jura d'observer les articles et de les faire observer aussi en tout lieu. L'assemblée» à comT mencer par les évéques, en fit de même, et l'on chanta le cantique Te Deum en action de grâces. Avant de se séparer, on institua un Conseil pour aviser aux affaires du pays ; à Toulouse, le vicaire général Daffis, un capitoul et deux bourgeois en furent créés membres et parties. Le duc de Mayenne établit alors Antoine-Scipion duc de Joyeuse son lieutenant-général en Languedoc pour la ligue, en l'absence du maréchal son père qui était occupé à faire la guerre dans la province contre Montmorency. D'après l'avis de ses

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conseillers, Scipion demanda des secours aq roi d^Espagne, qui lui envoya quelques compagnies sous les ordres de don Pedro Pacheco. Le maréchal ayant convoqué à Thôtel-deville de Toulouse les Etats de la ligue, il y fut voté des subsides pour la guerre. Peu de jours après, on apprit dans cette ville la mort d'Henri III, assassiné par le jacobin Jacques Clément (l'' août 1589). Cette mort inopinée engagea Montmorency et Joyeuse à faire une trêve de quatre mois. Cette trêve ne satisfit pas les ligueurs toulousains, qui , désirant protester contre elle, se portèrent à des actes répréhensibles et complètement inutiles, car ils ne pouvaient que nuire à leur cause : ainsi ils firent célébrer aux Jacobins un service solennel pour le repos de l'âme de Jacques Clément ; les ordres de la ville y assistèrent, et Richard,, provincial des minimes, fit son oraison funèbre ; on alla jusqu'à exposer en public le portrait du régicide et à mêler son nom à celui des saints honorés par l'Eglise. Le parlement ne resta pas en arrière : le 22 août, les chambres assemblées, il rendit un arrêt par lequel il était enjoint de faire tous les ans, le 1'' août, des prières puUiques en mémoire de la mort du roi, avec défense de reconnaître, sous peine de mort , Henri de Navarre comme héritier légitime de la couronne de France.

Le dernier jour de septembre, le maréchal de Joyeuse se rendit au sein du parlement de Toulouse où s'agitait une grave question, — celle de savoir si une célèbre confrérie du S^-Sacrement établie par les ligueurs serait supprimée. L'avocat-général Caumels se prononça pour la suppression, l'évêque de Comminges et le président de Paulo pour son maintien. Après des débats très orageux, il fut déclaré que

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personne à Tavenir ne serait reçu dans celte confrérie, et que tous les étrangers qui ne seraient pas avoués par ie maréchal seraient obligés de sortir de la ville. Joyeuse, prévoyant qu'il aurait de la difficulté à se faire obéir, avait donné Tordre de faire approcher des troupes. Brassac, son capitaine des gardes, se présenta aux portes de la ville ; mais rentrée lui en fut refusée par les soldats du guet. A cette nouvelle, le peuple se soulève, se met en armes, et des prédicateurs excitent les habitants contre Joyeuse. Pendant que celui-ci se fortifie dans Farchevêché, des lettres sont envoyées pour faire approcher des troupes ; mais ces lettres étant interceptées, on se met aussitôt à sonner le tocsin a la Dalbade.

A ce signal, la ligue organisa une procession solennelle ; tous les ecclésiastiques et religieux s'assemblèrent, chaque chapitre et chaque communauté marchant sous sa croix ; ils portaient tous des armes. On se rendit d'abord à Saint- Sernin et puis à la Dalbade. Une scène des plus singulières se passa alors dans cette église. L'évêque de Comminges (Urbain de Saint-Gelais) y entra le premier, revêtu d'une cuirasse et ayant à ses côtés un de ses gens portant une hallebarde. Il était deux heures après midi : le provincial des minimes monte en chaire, et dans un discours violent il exhorte le peuple à chasser de la ville l'homme qui voulait la livrer au Béarnais. S'adressant ensuite à l'évêque de Comminges, il lui annonce qu'il est un nouveau Moïse et qu'à son exemple il doit délivrer son peuple. Le sermon fini , Urbain de Saint-Gelais, suivi du minime, de Clément du Puy, provincial des jésuites, et d'Odard Motte, autre jésuite, sort de l'église tenant de sa main gauche un cinicifix

et de la main droite une épée qu^il brandissait avec force, et accompagné de tout le peuple il se dirige vers Farcbe- Têché. Joyeuse, averti à temps, sortit furtivement par la porte du cloître, se réfugia au château de Balma qui appartenait au cardinal son fils, et de là à Yerfeil. Le maréchal ne put supporter Thumiliation d'avoir été forcé de céder au peuple : il fit approcher le duc son fils, disposa de quelques corps de troupes, et resserra la ville par une espèce de blocus. Mais Tévêque de Comminges ne se laissa pas effrayer : il leva une compagnie de cavalerie, se mit a sa tête, et opéra plusieurs sorties dans Tune desquelles fut tué le baron de Mondenard posté au château de Balma.

Il était à craindre que la conduite des Toulousains à regard du maréchal de Joyeuse ne fût improuvée par les autres villes du royaume : c'est ce qui les détermina a publier, le 10 octobre, un manifeste dans lequel ils cherchèrent à justifier leur conduite et énumérèrent tous leurs griefs contre le maréchal ; en même temps le pariement rendit un arrêt par lequel il était stipulé qu'on ne ferait avec le maréchal aucun accord que la ville ne fût armée. Conséquemment à cette décision, on fit venir quelques troupes ; le marquis de ViUars arriva à la fin d'octobre avec deux cents chevaux et un régiment d'infanterie. Les Toulousains députèi'ent alors au maréchal pour lui témoigner la surprise que leur causait la reprise de ses hostilités. Celuici répondit que tant que Tévêque de Comminges et le provincial des minimes demeureraient à Toulouse, il continuerait ses attaques. Sur cette réponse, Urbain de St-Gelais résolut de se retirer. ViUars fut alors chargé de prendre la défense de la ville et de négocier la paix. Cependant le duc

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la pressait de plus en plus ; Donneville, Deyme, Ponper- Uizat, Pechabou étaient tombés en son pouvoir. Il assiégeait Castanet lorsque Villars vint l'attaquer avec deux régiments; mais ayant été obligé de rétrograder, Castanet fut forcé de se rendre.

Pendant que le duc de Joyeuse s'emparait ainsi de quelques châteaux, le maréchal son père fit à Lavaur (15 novembre) l'ouverture des Etats. Il y exposa sa conduite, et n'oublia pas de rejeter sur l'évêque de Comminges la cause de tous les événements qui lui avaient mis les armes à la main. A la suite de ce discours, la paix fut conclue entre Messieurs de Joyeuse et les Toulousains. L'une des conditions du traité fut que l'évêque <le Comminges quitterait Toulouse. Ce prélat partit en effet le 20 novembre, à neuf heures du soir. Son départ causa quelque tumulte, mais on parvint k calmer le peuple. Le 11 décembre, Philippe Berthier seigneur de Montrabe et François Vignals, députés du parlement de Toulouse, se rendirent aux Etats. Le premier prononça un discours à la suite duquel l'assemblée fit serment de ne reconnaître aucun roi de France qui ne fût catholique, oint et sacré, et prononça l'exclusion du roi de Navarre. Ce serment fut prêté le dimanche 7 décembre, dans l'église des Cordeliers, par tous les membres des Etats ; après quoi, ils se séparèrent.

Vers la fin de l'année, Toulouse devint encore le théâtre de nouveaux troubles ; l'avocat Toumier fut le premier à les exciter. Ayant demandé le retour de l'évêque de Com- - minges, le plus ferme soutien de la ligue, il s'empara de l'ile de Tounis et se fortifia dans la tour qui la dominait. Inquiet de celte tentative, le parlement donna commission au pré-

TEMPS XODEBNES. 495

sident de Paulo et au conseiller BertraDd de Merville d'aller apaiser le tumulte. Ces commissaires se mirent à la tête de la bourgeoisie et se dirigèrent avec leurs troupes vers File de Tounis. Ayant rencontré dans la grande rue de la Dalbade Fontages qui conduisait le conseiller Papus en prison, ils s'emparèrent de Fontages et le firent pdndre. L*ile fut bientôt attaquée et les ligueurs mis en fuite ; Tournier et Tabouët, leurs chefs, ne parurent plus. La plupart des coupables furent condamnés à mort et eurent leurs biens confisqués. La pai^ fut ainsi rendue à la ville.

 la faveur du calme dont jouissait Toulouse, le cardinal de Joyeuse, qui , à son retour de Rome, s'était rendu à Narbonne, vint faire son entrée solennelle le 7 janvier 1590 et fut reçu par tous les ordres de la ville. En prenant possession de son arcfae^ché^ il céda celui de Narbonne à levèque de Nîmes. Le 20 mars, il présida les Etats de la ligue réunis à Lavaur. La trêve entre le duc de Montmorency et le maréchal de Joyeuse ayant été rompue, celui-ci les avait assemblés afin de pourvoir à Fentretien de ses forces. Les Etats prièrent le maréchal de Joyeuse de solliciter des secours du roi d'Espagne contre les hérétiques de la province, puis ils se transportèrent en corps à Toulouse et continuèrent leurs séances à l'archevêché. Le cardinal fut prié également par l'assemblée de réunir au plus tôt à Toulouse le concile de la province afin d'engager le clergé à voter des subsides pour les frais de guerre. On ordonna ensuite la levée de quinze cents hommes.

Conformément au désir des Etats, le cardinal de Joyeuse * assembla à Toulouse, au mois de mai, le concile provincial, l'un des plus célèbres de notre Eglise, et présida Tassem-

196 TEMPS modehnes.

blée à laquelle se trouvèrent Alexandre de Bardis évêque de Saint-Papoul, Jean Du Bourg évêque de Rieux, et Horace de Birague évêque de Lavaur, ainsi que les procureurs de Pierre de Lancrau de Lombez, de Pierre de Pamiers, de Pierre Donault de Mirepoix, et du chapitre de Montauban (le siège étant vacant). Après l'exposition de la foi catholique, on traita dans la première partie des devoirs des évoques, des chapitres et chanoines, des curés, dés prêtres et clercs, des prêcheurs, des vicaires forains, des religieuses. La seconde partie traite des sacrements en général et de tous les sacrements en particulier, des morts et des sépultures, des reliques et images, des indulgences, des viandes défendues, des fêtes chômées, des vœux et pèlerinages. La troisième partie parle des églises et oratoires, des chapelles qui sont sur les chemins, des éco\& et congrégations de la doctrine chrétienne, des universités et collèges, des séminaires, .des clercs, des hôpitaux et maladreries, des confréries et assemblées. La quatrième partie a pour objet Texcommunication, la juridiction ecclésiastique, la justice et la cour de l'évêque, les affermages ou aliénation des choses ecclésiastiques et bénéfices, les dîmes et offrandes, la simonie et confidences, les provisions et résignations de bénéfices, la résidence, la visite, le droit de patronage, la sainte inquisition, tes livres défendus, les hérétiques, magiciens, sorciers et astrologues, les blasphèmes, les usures, les testaments et legs-pies, les exempts et privilèges. Il fut ensuite enjoint à tous les membres de l'assemblée d'observer et de faire observer tous ces décrets ; il fut aussi statué qu'on écrirait au pape pour lui adresser plusieurs questions, avec promesse de se conformer exactement aux réponses du siège

TSHPS HODBBJfBS. 497

apostolique ; enfiû on indiqua le futur concile pour le mois d'avril 1593.

Tel fut le concile tenu à Toulouse par le cardinal de Joyeuse, et où fut proclamée en grande partie la discipline du concile de Trente. Nous possédons les décrets de ce concile en latin et en français. Non content de présider à cette assemblée et d'en publier les ordonnances, le cardinal renouvela, quelques années plus tard, les constitutions de Jean d'Orléans, ainsi que nous le dirons en son lieu. Nous ferons remarquer toutefois qu'il ne fut nullement question au concile de 1590 des subsides pour les frais de la guerre.

Les hostilités continuaient toujours dans la province entre les deux partis : ainsi, le 5 mai, le capitaine Taulat surprit sur les ligueurs la ville de Montastruc , près de Toulouse. Le duc de Joyeuse, qui était alors dans cette ville, se mit aussitôt en marche avec ses troupes vers Montastruc. Le 10 mai il ouvrit la brèche, mais il fut repoussé dans trois assauts qu'il livra ; cependant, au quatrième jour, les assiégés se virent forcés de se retirer dans l'église, où ils furent passés au fil de l'épée. Le parti de la ligue se vit fortifié par six mille lansquenets tant espagnols que tudesques envoyés par le roi d'Espagne, qui débarqu^ent le 1*' août au port de La Nouvelle, près de Narbonne. Il était nécessaire de pourvoir à la subsistance de ces étrangers : c'est ce qui détermina le maréchal de Joyeuse à convoquer pour le 16 août, à Castelnaudary, les Etats de la ligue. Le dua son fils s'étant rendu à l'assemblée, y proposa son plan de camps^e. Il fut arrêté qu'on accorderait trente mille, écus pour la solde des lansquenets, et que les Etats se transporteraient k Toulouse pour s'y concerter avec le parlement.

Cette cour souveraine adopta les résolutions qui avaient été prises ; le ban et Farrière-ban furent convoqués pour grossir Tannée du duc de Joyeuse ; et afin d'exciter le zèle des soldats, on résolut d'incorporer d'excellents prédicateurs et un prêtre dans chaque régiment. Le duc de Joyeuse étant rentré en campagne au mois de septembre, ce ne fut que prises et reprises de places de la part des d^x partis.

Toulouse perdit en 1590 Tun de ses plus illustres enfants, Jacques Cujas. Il mourut à Bourges, après avoir donné un grand éclat à l'université de cette ville. Il s'y était définitivement fixé en 1577. Grégoire XIII avait tenté inutilement de l'attirer à Bologne. On regardait à cette époque la jurisprudence comme la science maîtresse de toutes les autres et comme très-propre à hâter les progrès de la civilisation : c'est ce qui contribua puissamment à augmenter la gloire de Cujas. Son grand talent consista à répandre de la clarté dans les questions les plus obscures du droit, à l'aide de la connaissance qu'il avait des langues anciennes et de son immense érudition. Grâce aussi à ses savantes recherches, le droit romain parut prendre une nouvelle vie : par lui le Code Tbéodosien fut mis au jour, ainsi que le livre des Fiefs et des Décrétales. Les sommaires qu'il a faits sur le Digeste et le Code de Justinien sont des chefs-d'œuvre de clarté : il leur donna le nom de Paratitles. Il sut dépouiller l'ancien droit de toute la barbarie de langage dont l'avaient chargé les commentateurs, et lui rendit toute son antique politesse.

Cujas n'écrivait pas ses leçons ; il les donnait dans l'intérieur de son cabinet , étendu sur un tapis et entouré de ses livres. On accourait à Bourges de toutes les parties de

T8MP3 XODE&NES. 499

TEorope pour écouter ce grand homme. Sa vie fut calme comme celle d'un homme qui , méprisant les distinctions de la terre, donne toutes ses affections a la science qui lui offre le plus d*attrait. Sincèrement attaché à la foi catholique, Cujas demeura toujours fidèle à son roi. Il mourut le 4 octobre, et fut inhumé avec magnificence dans Féglise de Saint*Pierre-le-GaiUard. Il ordonna par testament que sa bibliothèque fût vendue ; mais par une clause singulière il défendit de vendre aucun de ses Uvres à des jésuites, et recommanda de prendre garde que ceux à qui on en vendrait ne s'interposassent pas pour les jésuites. Cette clause bizarre ne s*accorde pas avec la visite qu*il rendit, à la tête de tous ses écoliers, au P. Maldonnat, professeur de théologie à Bourges. Plusieurs auteurs ont écrit sa vie et fait son éloge ; Toulouse a fait dresser son buste et élever sa statue ; de plus, ello a créé de nos jours, sous la protection de son illustre mémoire, une académie de législation. Cujas était petit de taille et assez fort, portait la barbe longue, et avak ane voix claire et ferme. Il eut de Madeleine de Roure, sa première feoune, une fille nommée Suzanne qui épousa François de Bonacorci, gentilhomme du Blésois qui ne fut pas le plus heureux des époux. — Il existe plusieurs édi* tiens des ouvrages de Cujas.

Le 21 janvier 1591, les Etats de la ligue s'assemblèrent de nouveau à Castelnaudary ; le cardinal de Joyeuse les présida. Il fut député auprès du parlement pour terminer un différend survenu entre Vignals, syndic de la province^ et cette cour, au sujet du bail de la monnaie de cette ville. Peu de temps après, le cardinal partit pour Rome. Les hostilités entre les deux partis reprirent leur cours dans

200 TBKPS MODERNES.

i^AIbigeois et lé pays castrais. La cité de Carcassonne se trouvant depuis longtemps au pouvoir du maréchal et du duc de Joyeuse, leur dessein était de chasser les royalistes de la Tille : c'est ce qui avait engagé Montmorency à y faire construire deux citadelles. Dans la nuit du 16 décembre, le duc fit approcher un corps de troupes, et ayant gagné à son parti le juge-mage Philippe de Roux, il se rendit maître de la Tille. Le parlement, qui s'y était réfugié, se Tit contraint de se rendre à Beziers où il continua ses séances. Un Te Deum fut chanté à Toulouse dans Valise métropolitaine en action de grâces pour la prise de Carcassonne. Par un singulier retour des choses d*ici-bas, on fit au président Duranti et à Daffis de splendides fiinérailles dans la même église ; les capitouls et toutes les compagnies de la Tille y assistèrent.

Le 5 jauTier 1592, le duc de Joyeuse se rendit à Tou* louse ; il y fut reçu aTec de grands honneurs. Cest là qu*il apprit la mort de Guillaume maréchal de Joyeuse, son père, arrivée au château de Couissan. Le corps fut inhumé chez les cordeliers de Limoux. Le duc de Mayenne nomma aussitôt Scipion duc de Joyeuse à la place de gouverneur général du Languedoc et à la dignité de maréchal de France. Le 3 février, il fit à Toulouse rouverture des Etats de la ligue, qui s'assemblèrent dans le réfectoire des Augustins. L'évêque de Lodève, qui présida rassemblée, y fit reloge du maréchal. On donna de grandes fêtes à Scipion de Joyeuse, entr*autres une représentation théâtrale au collège des jésuites, à laquelle il assista. La pièce, qui fut jouée par les écoliers, avait trait aux nouvelles expéditions du duc.

niIPS MODBUIBS. SOI

Pendant la dorée des Etats, Scipion se rendit avec ses troupes, au nombre desquelles on comptait quatre mille lansquenets, devant Miremont, petite ville située à trois lieues sud-est de Toulouse. Viviers, qui en était seigneur, la défendit pendant quelque temps ; mais ayant été obligé de se rendre, la garnison fut feite prisonnière de guerre. Au commencement de juin, il reçut à Toulouse le cardinal son frère qui arrivait de Rome. A la prière des Toulousains, Scipion dirigea ses forces vers Montauban, où plusieurs châteaux tombèrent en son pouvoir. A la fin du mois, il se trouvait devant Villemur, ville située sur les bords du Tarn ; Raynier y commandait. Themines, gouverneur de Montauban, ayant rencontré d*Epemon à la tête de ses troupes, rengagea à se diriger vers Villemur. A cette nouvelle, Scipion de Joyeuse alla camper sur la lisière de la forêt ; mais cette première rencontre eut peu de résultat. D'Epemon, qui désirait aller voir sa mère au château de Caumont, laissa le soin de cette expédition à Saint-Maigrin et à Bonouvrier, ses maréchaux-de-camp.

A la suite de quelques expéditions qu*il fit dans le pays, Joyeuse reparut devant Villemur avec son armée. Raynier, se voyant investi, sortit secrètement de la place et se rendit à Montauban pour y prendre des troupes. La place, en son absence, fut confiée au baron de Hauzac. Le 17 septembre, Joyeuse fit battre en brèche et donner Tassant le leur demain ; mais Themines, qui était parvenu à rentrer dans la place avec ses troupes à Finsu des ligueurs, repoussa Tassant avec vigueur, défit un régiment de Toulousains qui venaient au secours de Joyeuse, et obligea celui-ci à décamper. Mais, ayant reçu des renforts, il reprit son an-

tôt TEMPS KODBRNBS.

cien camp, le fortîQa, et recommença Tassaut de la place. Quand il sut que Cbambaud, gouyerneur du haut Languedoc, s'avançait avec de nouvelles troupes, il alla pour les attaquer et remporta quelques avantages. Il fut alors décidé dans Tarmée ennemie qu'on irait attaquer Joyeuse jusque dans son camp. En effet, le premier et le second retranchement furent forcés. De son côté, Themines sortit de la place et pressa tellement les ligueurs que, se voyant pris entre deux feux, ils cherchèrent leur salut en traversant le Tarn sur un pont de bateaux. Ce pont s*étant rompu, la plupart se noyèrent. Ce fut aussi le déplorable sortdeScîpion de Joyeuse, qui perdit la vie avec trois mille de ses soldats ou dans les eaux du fleuve ou sous les coups de rennemi.

Ainsi périt, le 17 octobre 1592, Antoine Scipion de Joyeuse. Il n*eût pas eu une fm aussi tragique s'il avait écouté les conseils du P. Ange son frère, qui le pressait beaucoup de lever le siège de Villemur. Son corps, ayant été retiré de Teau, fut porté aux Minimes de Toulouse et placé en dépôt jusqu'au jour de ses obsèques. La consternation devint générale à Toulouse lorsqu'on apprit la nouvelle de sa mort ; les capitouls se rendirent de suite auprès du cardinal son frère pour lui offrir leurs compliments de condoléance. Le parlement voulut lui conférer le gouvernement, mais il le refusa. On se tourna alors du .côté du P. Ange de Joyeuse.

Ce religieux, prétextant les vœux de sa profession, refusa d'abord; mais plusieurs gentilshommes ligueurs déterminèrent le cardinal à convoquer à l'archev.êché une assemblée de quelques évoques, de curés, de professeurs en

TEMPS MODBRNBS. S03

théologie et en droit canonique , et on y décida que le P. Ange devait, sous peine de faute grave, prendre le commandement de Tarmée. Après cette décision, toute la noblesse se rendit au couvent des capucins et força le religieux à quitter sa cellule.

Ce vieillard, cédant enfin aux sollicitations, quitta Thabit de son ordre, se revêtit du costume de chevalier, reprit le grand cordon de Tordre du Saint-Esprit, et se dirigea, au milieu des acclamations du peuple, vers la cathédrale. Arrivé devant l'autel principal, il se prosterna à genoux sur les degrés, puis, saisissant d'une main ferme une épée nue, il la leva assez haut et dit qu'il ne la prenait que pour le soutien de la plus sainte des causes. Il prit en même temps le titre de duc de Joyeuse.

Sur ces entrefaites, Guillaume Maran, célèbre professeur en droit dans Tuniversité de Toulouse, fut envoyé auprès du papô pour obtenir les dispenses nécessaires au nouveau duc. Au moment où Maran cinglait vers Livourne, il fut pris par les pirates d'Alger et conduit en captivité ; il la subit l'espace de huit mgis. On paya sa rançon quatre mille écus. Le pape accorda d'abord en 1594, à la sollicitation du cardinal de Joyeuse alors à Rome, une première dispense par laquelle il fut transféré dans l'ordre de Malte pour y être placé au titre de prêtre et non de chevalier, avec permission de porter l'habit court pendant la guerre, de commander les troupes, et de gouverner la province. Par un bref du 15 mai 1595, le pape lui permit de porter répée toute sa vie, de posséder toutes les dignités séculières, et par un troisième bref, de posséder toute sorte de Mens et d'en disposer.

204 TKMPS MODBENi».

Le P. Ange se rendit au parlement : là, sur Tinvitation des membres de cette cour, il partagea le gouvernement avec le cardinal son frère, qui eut Tadministratioa des affaires tandis (iu*il réserva pour lui le commandement des armées. Le duc de Mayenne, par des lettres données à Paris en date du 26 novembre, approuva ces dispositions. Le premier soin du nouveau duc de Joyeuse fut de convenir d'une trêve avec le duc de Montmorency. Cette trêve fut signée le 14 novembre, après la tenue des Etats de la ligue à Carcassonne, qui furent présidés par le cardinal de Toulouse.

Au milieu de toutes ces agitations de la politique humaine, cet archevêque s'occupait activement du soin de régler la discipline ecclésiastique dans son diocèse : ainsi, le 10 août 1592, il rendit une ordonnance pour ceux qui devaient être promus aux ordres sacrés. Cette ordonnance est d*une assez grande étendue : c'est ce qui détermina le prélat à en publier en même temps un abrégé.

Le premier jour de Tan 1593, le duc de Joyeuse fit sa première entrée solennelle en cette ville ; il fut reçu par les capitouls. Etant monté à cheval, il alla descendre k réglise métropolitaine, où un Te Deum fut chanté. Il était accompagné par le sénéchal Cornusson et les barons d'Ambres et ÛQ Montberaud. Peu de jours après, arriva la maréchale de Joyeuse, mère du cardinal et du duc. On profita de sa présence pour prier cette dame et les deux seigneurs ses fils de permettre qu'on inhumât à Toulouse le corps de Scipion : ce qui fut accordé. Les funérailles furent donc célébrées avec une grande magnificence, et le corps inhumé dans le chœur de Saint-Etienne. Le cardinal présida aux

obsèques et le P. Contran, jésuite, prêcha Foraison funèbre. D*après Fantique usage, Tarcbevêque donna un repas à tous ceux qui avaient assisté à la cérémonie funèbre.

Le 21 octobre, Henri de Joyeuse, qui venait d'essuyer une maladie assez grave, assembla les Etats de la ligue à Âlbi, par ordre du duc de Mayenne. Il y fut résolu qu'on renouvellerait le serment de la sainte-union et qu'on ne reconnaîtrait aucun roi qui ne fût catholique. Le cardinal arriva aux Etats un dimanche, dernier jour d^octobre, et se rendit dans le chœur de la cathédrale d'Albi pour la prestation du serment. L'évêque de Lodève célébra la messe du Saint- Esprit. Le cardinal fit son serment sur l'autel, et tous les assistants le prêtèrent ensuite entre ses mains.

Le 3 novembre, le cardinal partit pour Rome. Nous allons exposer brièvement les motifs de ce voyage. Le duc de Mayenne et les principaux ligueurs, voyant que le roi Henri IV était partout victorieux, résolurent d'élire un roi. Ce projet effraya les prélats et les seigneurs catholiques du parti d'Henri, qui engagèrent ce prince à embrasser la foi catholique : ce qui fut exécuté le dimanche 25 juillet. Cette conversion porta un coup mortel à la ligue, et plusieurs villes Fabandonnèrent. Henri IV envoya alors à Rome une ambassade dans le but d'obtenir l'absolution du pape ; Mayenne, de son côté, y envoya le cardinal de Joyeuse et le baron de Sénecé pour faire opposition au prince. Cela n'empêcha pas le duc de Mayenne de faire avec lui une trêve qui se prolongea jusqu'à la fin de l'année.

Avant son départ pour Rome, l'archevêque de Toulouse avait rendu deux ordonnances, Tune relative aux divers oratoires que les confréries des pénitents avaient construits

206 TBSIPS XODBRNES.

* dans la ville, et Tautre portant défense de rien publier aux prônes des églises paroissiales sans la permission de Tordinaire.

Le dimanche 27 février 1594, Henri IV fut sacré à Chartres par Nicolas de Thou, évêque de cette ville, et le 22 mars il fit son entrée dans Paris. Ces événements détachèrent du parti de la ligue un grand nombre de villes ; mais celles de la province persistèrent dans leur opposition au monarque. A Toulouse, quelques membres du parlement, ayant reconnu son autorité, crurent prudent de se séparer du reste du corps parce qu'il restait toujours attaché au parti de la ligue.

Dès qu'on eut appris à Toufouse la reddition de Paris» le duc de Joyeuse se rendit au parlement, et il y fut décidé que les capitouls veilleraient à la garde de la ville; qu'on enverrait un député à Mayenne pour l'instruire de l'état des afTaires, ainsi qu'au cardinal de Joyeuse à Rome; qu'on écrirait enfin a toutes les villes du ressort pour les inviter à se maintenir sous l'obéissance de la cour, du duc de Joyeuse et du marquis de Villars.

Arrivèrent alors à Toulouse Antoine de Bruyères abbé de Villeloin , neveu du cardinal de Joyeuse, et le président de l'Estang. Le premier avait été député par le clergé de cette ville aui Etats de Paris; quant au second, qui avait d'abord exercé l'oCQce de lieutenant-général à Brives où il était né, et qui était frère de l'évêque de Lodève, il avait traité de la charge du président Maignial et s'en était fait pourvoir par Mayenne. Se trouvant l'un et l'autre à Paris, le roi les chargea d'une commission pour le parlement de Toulouse. Cette commission fut communiquée

TBMPS MODERNES. 207

au président Bertrand, et le 27 avril on lut en pleine assemblée récrit qu'ils avaient composé à ce sujet, et dans lequel ils rapportaient les intentions du monarque. Henri IV faisait entendre au duc de Joyeuse que ses affaires étaient prospères ; qu'il avait usé d'une grande clémence envers tous ceux qui avaient reconnu son autorité, et qu'il était disposé d'en agir de même à l'égard des autres qui imiteraient cet exemple; que, sur l'observation qui lui avait été faite, il laissait à Rome le cardinal de Joyeuse.

En conséquence de cette communication royale, le parlement députa un capitoul au roi et la ville de Toulouse un autre pour traiter avec ce prince ; un troisième fut envoyé au cardinal pour lui donner avis de ce qui se passait dans le pays, le priant de s'interposer auprès du pape pour le bien général de la religion en France. Les députés envoyés a la courturent Pierre Rahou et Marie-Anne Saluste, anciens capitouls.

Le duc de Joyeuse se trouvait alors à Lavaur, où il ouvrit, le 9 novembre, les Etats de la Ugue. Hs furent présidés par Christophe de Lestang, évêque de Lodeve. On y remarquait Jean Daffis, vicaire-général du cardinal de Toulouse, et ceux de Rieux et de Lavaur; on y lut les lettres de l'archevêque de Toulouse, et le serment de la sainteunion y fut renouvelé. Cependant le roi pressait toujours le duc et le parlement de lui rendre soumission et obéissance. A cet effet, il envoya à Toulouse Aymeric de Vie, conseiller d'état, qui devait s'aboucher avec Joyeuse. Ce projet de négociations alarma les ligueurs de cette ville. Le cordelier Maurel, l'un des plus fougueux, les convoqua le 10 décembre et les conduisit au parlement. Calmels , conseiller-

clerc et grand-vicaire du cardinal de Joyeuse, s'avança pour leur demander le motif de leur présence. Ils déclarèrent qu*ils ne voulaient pas qu^on traitât avec le roi de Navarre avant de connaître ce que le pape avait résolu tou* chant rexcommunication de ce prince ; que, si on allait plus loin, ils feraient fermer toutes les églises. De la cour, les ligueurs se rendirent à Tbôtel-de-ville, dont ils forcèrent les portes, et firent la même déclaration aux quatre capitouls qui s*y trouvaient. Comme parmi les ligueurs se rencontraient beaucoup de religieux de différents ordres, le parlement ordonna au grand-vicaire de Tarchevêque de convoquer tous les supérieurs ainsi que le provincial des jésuites, afin qu'il fût défendu à tous les prédicateurs de rien dire qui pût exciter le peuple. Le P. Lagarde, de la compagnie de Jésus, homme doué d'une éloquence entraînante, reçut ordre de se retirer. Les capitouls, par ordre de la cour, levèrent chacun cinquante soldats pour veiller à la sûreté des habitants.

Pendant que ces événements se passaient à Toulouse, les Etats de Lavaur envoyèrent des députés au parlement pour le prier de ne rien conclure avec Aymeric de Vie. Au retour de ces députés, qui firent part des bonnes dispositions du duc et du parlement, les Etats dressèrent des articles qu'ils envoyèrent au parlement. Il y était déclaré que les Etats voulaient la paix, mais avant tout la conservation de la religion catholique ; qu'il ne fallait pas trop se fier au roi de Navarre nouvellement converti ; que, dans les villes de l'union, il fallait empêcher Texercice de toute autre religion que la reUgion romaine ; qu'ils ne reconnaîtraient pas le connétable de Montmorency pour gouverneur du Langue-

TEXPS MODERNES. tû9

doc ; et que, si on leur refusait le duc de Joyeuse, ils regarderaient ce refus comme une marque du péril où se trouvait la religion ; enfin il fut conclu qu*on ne reconnaîtrait point le roi de Navarre si Ton tfavait satisfaction sur tous ces points.

Aymeric de Vie arriva à Toulouse le 18 décembre ; deux jours après, il alla à rhôlel-de-ville exhorter le Conseil à se soumettre à Sa Majesté. Le capitoul Berthier expliqua la conduite des Toulousains par leur zèle à soutenir la religion. On nom|pi ensuite une commission qui devait conférer avec de Vie sur les réponses- du roi aux demandes qui lui avaient été adressées. De son côté, le parlement nomma deux présidents, quatre conseillers et.Favocat-généralCaumels pour s entendre avec lui. Le 22 décembre, les députés de tavaur présentèrent les articles votés par les Etats, et le 26 on tint chez le président de Saint-Jory une grande assemblée à laquelle se trouvèrent Aymeric et le duc de Joyeuse ; on y rédigea de nouveaux articles, dont les plus essentiels étaient que ce dernier demeurerait seul gouverneur de la province ; qu'il n'y aurait aucun exercice de la religion nouvelle à quatre lieues autour de Toulouse, et que le roi accorderait séparément l'abolition des poursuites contre les meurtriers du président Duranli et de l'avocatgénéral Daffis.

Ces articles furent remis à de Vie, et le 7 janvier 1595 le parlement rendit un arrêt dans lequel le roi était reconnu souverain légitime, s'il voulait bien les accepter. Les Etals de Lavaur adoptèrent ces articles et se séparèrent le 25 du mois de janvier.

Le roi approuva la plupart des articles qui lui avaient é*é

410 TEMPS ilODSRNES.

adressés ; mars en ayant refusé quelques autres, le duc de Joyeuse résolut d'opposer une nouvelle résistance. Après s être assuré de Tlsle, Gaillac, Rabastens et Lavaur, il se rendit à Toulouse à la tète de cinq cents chevaux, et y fit entrer plusieurs gentilshommes et gens de pied. Malgré les représentations qui lui furent faites, il s'empara de l'hôtelde-ville et des portes de la cité. Sur ces entrefaites, frère Maurel monta en chaire à Saint-Etienne et se mit à parler avec beaucoup de véhémence en faveur de la ligue ; puis, brandissant un grand coutelas d'une main et u^ crucifix de l'autre, il se mit à parcourir ainsi toutes les rues de la ville et arriva au palais 'a la tête d'une bande armée. Le parlement fit aussitôt fermer les portes. Le duc de Joyeuse étant arrivé avec ses gens d'armes, députa le baron d'Ambres vers le parlement pour l'engager à se retirer : ce qui fut accepté par le président de Saint- Jory. Le lendemain, la plupart des officiers se rendirent à Castelsarrazin, où le parlement tint ses premières séances le 6 mai. Les choses allaient de telle sorte que cette cour souveraine se trouva divisée en trois fractions : les partisans du roi siégèrent à Beziers, les ligueurs modérés à Castelsarrazin, et les ligueurs fougueux à Toulouse.

De Vie ayant appris ces événements, en instruisit aussitôt Henri IV, qui écrivit aux villes de la province pour se plaindre de la conduite ambitieuse du duc de Joyeuse. En même temps il autorisa les membres du parlement de Toulouse, qui avaient quitté cette ville, à s'assembler où bon leur semblerait : ce qui fit que la chambre des requêtes et les trésoriers de France et du présidial se rendirent à leur tour a Castelsarrazin. Le roi ayant annoncé que la trêve

était rompue, les hostilités recommencèrent de part et d'autre. Le duc de Ventadour et le maréchal de Matignon reçurent ordre de marcher contre la ville de Toulouse. Les ligueurs se réunirent dans cette ville le 7 de mai ; rassemblée se prolongea jusqu'au 8 juin, époque à laquelle Joyeuse revint à Toulouse. Il fut décidé qu'on ferait en sorte d'obtenir la continuation de la trêve, et l'on se sépara après avoir renouvelé le serment de la sainte-union.

Le duc de Ventadour prit alors la résolution de pousser vivement les ligueurs. Après avoir convoqué à Castres, le 4 juin, les Etats de la province et avoir obtenu pour les ifrais de la guerre 9600 écus, il fit une levée de deux mille quatre cents hommes «t commença la guerre. Le 16 juin, Saiçit-Pappul fut pris et livré au pillage. Ventadour passa ensuite TAgout et se dirigea vers Toulouse. 11 assiégea Montpitol, dont il fit pendre les consuls ; Bruguières se soumit volontairement, et Ondes fut pris d'assaut ainsi que Gastelginest ; Fenouillet fut réduit en cendres et la garnison pendue. Il alla ensuite camper au couvent de Sainl- Roch, aux portes de Toulouse, et lança sur la ville une volée de coups de canon. Les Toulousains, animés par le duc de Joyeuse, se disposèrent à opposer une vigdureuse résistance : tous les habitants furent armés ; on enferma dans les couvents les hommes suspects ; les meubles des gens du parlement furent vendus pour fournir aux frais de la défense. Mais Ventadour ne jugea pas convenable de faire le siège de Toulouse, et se porta vers Castanet, qu'il prit et brûla. Venerque, Mourville, Lavalette et quelques autres forts tombèrent en son pouvoir, puis il congédia son armée.

Joyeuse se mit alors en campagne. Après avoir pris Gri-

512 TEMPS MODERNrS.

solles, il fit pendre Fenelon qui y commandait, et puis se présenta devant Castelsarrazin, qu'il abandonna promptement sur la nouvelle qu'il reçut que, las de la guerre, les habitants du Carcassoz et du Narbonais désiraient se soumettre au roi. De retour à Toulouse, Joyeuse fit demander une trêve ; elle fut accordée le 23 septembre. Le parti de la ligue s'affaiblissait de jour en jour : c'est ce qui détermina le duc de Mayenne à faire sa paix avec le roi. Joyeuse, de son côté, songea aussi à faire la sienne. Â cet effet, il convoqua une assemblée, le 28 novembre, dans le réfectoire des Augustins, y exposa l'état des affaires, et conclut en demandant à traiter de la paix dans une conférence qui se tiendrait à Verfeil. Cette conférence fut en effet tenue ; on y rédigea des articles, que le baron d'Hauterive fut chargé d'aller proposer à la cour pour traiter de la paix.

Depuis quelque temps les jésuites avaient acquis de Jean de la Bourdiëre une maison située sur la place de la Capelo redonde ; ils y construisirent une chapelle, avec le consentement du cardinal de Joyeuse, du curé de la Daurade, et malgré l'opposition du prieur claustral du monastère. Le 8 septembre 1594, le cardinal l'avait bénie solennellement. Cest en ce lieu qu'ils ouvrirent leur Noviciat. Un événement imprévu vint alors arrêter le bien qu'ils opéraient parmi les grands et parmi le peuple. A la suite de l'attentat de Jean Chatel contre Henri IV, ce monarque avait rendu un édit qui les expulsait du royaume,' édit qui fut enregistré par le parlement de Paris. Jean Chatel avait étudié quelque temps chez les jésuites : c'en fut assez pour les croire les instigateurs de ce misérable. Il est cependant souverainement injuste d'attribuer aux maîtres les erreurs ou les cri-

TEMPS MODSENBS. 213

mes de leurs élèves. Des perquisitions faites dans la cellule du P. Guignard au collège de Clermont de Paris, dont il était bibliothécaire, amenèrent la découverte de quelques manuscrits ou pamphlets renfermant la doctrine du tyrannicide et de grossières injures contre des têtes couronnées. Si ces divers écrits étaient dans les mains dikP. Guignard, rien ne prouve qu'il les eût composés et qu'ils représentassent ses opinions personnelles sur cette matière dont on parlait alors assez librement dans toutes les écoles. Quoi qu'il en soit, le P. Guignard fut pendu et brûlé en place de Grève.

Les jésuites, bannis de Paris et de quelques autres provinces, trouvèrent un asile à Toulouse, où ils étaient protégés par le parlement, qui soutenait encore le parti de la ligue. Cela n'empêcha pas la partie du parlement royaliste séant a Beziers de rendre un arrêt (21 mars 1595) quî les expulsait de la province. Pierre de Belloy, avocat général de cette fraction du parlement, prononça à cette occasion contre les jésuites un plaidoyer très emphatique où il commençait par citer Aristote et Isocrale.

L'année 1596 devait enfin voir Toulouse mettre un terme à la ligue. Le roi , après avoir examiné en son conseil les articles du duc de Joyeuse, répondit favorablement. S'étant rendu dans le mois de janvier au château de Folembrai, il y conclut un accommodement avec les ducs de Joyeuse et de Mayenne et presque tous les ligueurs. Il rendit ensuite plusieurs édits pour répondre à toutes les demandes qui lui étaient adressées. Celui qui regarde la ville de Toulouse contient vingt-quatre articles, dont le plus essentiel porte qu'il n'y aura d'autre culte que celui de la religion calho-

lique à Toulouse et a quatre lieues a l'entour. Il accorda le titre de maréchal de France à Joyeuse et le nomma son lieutenant-général en Languedoc. Le 25 janvier, ce seigneur convoqua solennellement les Etats de la ligue dans le réfectoire des Âugustins de Toulouse et leur exposa Fétat des affaires. Le ^ février, on fit la procession ordinaire. Le 12 mars, le baron d'Hauterive, revenu de la cour, fit tenir une séance où Tévêque de Lodëve, qui la présidait, déclara qne Ton pouvait, en sûreté de conscience, reconnaître Henri de Navarre comme souverain légitime. Le 13, le maréchal de Joyeuse apporta aux Etats Fédit de Folembrai, et laissa au • syndic la liberté de remontrer au parlement les.articles sur lesquels on avait encore besoin de s'entendre.

Le même jour 13 mars, Tédit de Folembrai fut enregistré au parlement. A trois heures, Joyeuse et les membres des Etals se rendirent au réfectoire des Augustins, où fut servi un splendide festin sur trois tables. Après le repas, on se transporta d'abord dans l'église pour y chanter un TeDeum en musique, et puis sur la place Rouaix, où Ton avait dressé un immense bûcher. La, le maréchal de Joyeuse, l'évêque de Lodève, le baron d'Ambres et un capitôul mirent le feu aux quatre angles de ce bûcher, qui s'embrasa bientôt aux cris mille fois répétés de Vive le rai ! De leur côté, les capitouls firent chanter un Te Deum k la cathédrale et mirent le feu à un second bûcher sur la place Saint-Etienne.

Le 17 mars, les capitouls et les bourgeois prêtèrent serment de fidélité au roi. Le marquis de Mirepoix et le sieur de Rochemaure, envoyés par le monarque, arrivèrent à Toulouse et demandèrent quelques subsides, qu'on s'excusa d'accorder par rapport aux grandes dépenses du pays.

TBMPâ MODB&NES. 115

L'évêque de Lodève, le baron d'Ambres et deux consuls furent envoyés pour saluer le roi et lui demander la confirmation des privilèges. Le 29 mars, les Etats se séparèrent. Peu après, le parlement de Castelsarrazin se réunit à celui de Toulouse (31 mars) pour se rendre au château de Saint-Jory ; on en repartit le 2 avril. Une grande partie de la noblesse étant allée au-devant de lui, elle lui fit cortège. Le duc de Joyeuse alla saluer ces magistrats au pont de THers. Dès leur arrivée, ils se rendirent k la salle d'audience, où le président Pierre Du Faur de Saint-Jory prononça un discours sur leur réunion. Ce magistrat fut plus tard nommé premier président au parlement du Languedoc. Au mois d'août, Joyeuse partit pour aller saluer le roi, et fut de retour au mois de septembre à Toulouse, où on lui fit une réception solennelle.

Ainsi Toulouse et la province, après s'être livrées à toutes les fureurs de la ligue, reconnurent l'autorité d'Henri IV, abjurant ainsi tout leur passé. Les serments de l'exclure à jamais du trône furent effacés par la paix, et cette ligue si menaçante, si ardente, si absolue, se termina à Toulouse par un splendide festin, un Te Deum et un feu de joie.

A la faveur de la paix, le cardinal de Joyeuse rendit plusieurs ordonnances pour le bien da*son clergé et des peuples confiés à ses soins ; elles eurent pour objet la résidence des pasteurs, les obits et les chapellenies. Le 17 décembre 1596, il publia des statuts en synode dont il recommanda la lecture à ses prêtres. A cette occasion, il fit publier le décret du saint concile de Trente touchant la réformalion ^u mariage. L'année suivante (1597), il régla l'ordre^ des fêtes 'a célébrer dans tout son diocèse, ordre qui fut cour

firme par un arrêt particulier des capitouls. Ce fut lui qui reçut à Toulouse M"** la princesse Antoinette d'Orléans de Longueville, qui vint en 1599 se réfugier au nouveau couvent des Feuillantines de cette ville.

En 1562, Jean de La Barrière fut nommé à Tabbaye de FeuiUens, au diocèse de Rieux, à la place de Charles de Crussol, fils du duc d'Uzès, qui s'était démis en sa &veur. La Barrière était né le 23 avril 1544, à Saint-Ceré, diocèse de Cahors. Son père se nommait Barthélémy de La Barrière et sa mère Léonarde d'Amadon. Il fit ses études à Bordeaux, à Toulouse, et à Paris sous le célèbre cardinal d'Ossat. Pendant onze ans il posséda l'abbaye de FeuiUens en commende. Touché de la grâce, il quitta le monde, se retira à l'abbaye d'Eaunes, diocèse de Toulouse, y fit son noviciat et sa profession sous Tbumble habit de saint Benoît, le 9 mai 1575 ; quatre ans après, il reçut la bénédiction abbatiale à Toulouse dans l'église de la Daurade, le jour de Pâques 7 avril 1577, des mains de Pierre de Lanclau, évoque de Lombez.

Dès ce moment, La Barrière se consacra tout entier à la réforme de son abbaye. Il eut a soutenir de terribles assauts de la part des moines de Citeaux ; mais, à sa prière, Sixte V défendit à ces religieux de s'opposer à ses desseins. Quelques novices purent être recueillis à FeuiUens, et cette célèbre réforme commença. Tout ce qu'on raconte des anciens pères du désert se trouva retracé à FeuiUens. Dixhuit onces de pain par jour, des légumes, des fruits, de l'eau pure, étaient la seule nourriture de ces reUgieux. Ils prenaient leurs repas à terre, marchaient nu-pieds et cou;j chaient sur la dure. Vn jeûne presque continuel, un silence

TEMPS HODEBNES. 3t7

absolu, des habits pauvres et grossiers, des macérations effrayantes pour la nature, telle était la règle de celte nouvelle réforme.

Frappé de toutes les merveilles de sainteté qui, tous les jours, éclataient à Feuillens, Henri III appela à Paris La Barrière et ses religieux. Ils partirent pour la capitale de la France k pied , marchant processionnellement et au chant des psaumes. Leur marche fut un triomphe. Le roi les attendait à Vincennes, où le cardinal de Bourbon les bénit à leur arrivée. Ce voyage, dans lequel La Barrière conduisit soixante religieux, s'effectua en 1587. Le monastère que Henri fit construire était situé dans le faubourg S'-IIonoré, sur les bords de la Seine, non loin des Tuileries. A la demande du i-oi de France, le pape fit de l'abbaye de Feuillens une congrégation particulière et indépendante, avec l'autorisation de fonder dans tout le royaume des maisons d'hommes et de femmes. Pendant les troubles de la ligue, La Barrière demeura constamment fidèle à son roi. Nous possédons une histoire détaillée de sa conduite en cette circonstance, et dans laquelle on trouve plusieurs lettres intéressantes écrites, les unes, au saint abbé par Henri III, les autres au monarque par La Barrière. Â la mort de Henri III, l'abbé de Feuillens prêcha son oraison funèbre.

Son attachement à ce prince le fit passer auprès du pape comme suspect dans la foi , et d'autres calomnies le poursuivirent jusque dans Rome : c'est ce qui le força à se rendre en cette ville, où ses ennemis furent assez puissants pour le faire interdire, soit du gouvernement de son abbaye, soit de la célébration des SS. Mystères. Il supporta cette humiliation avec une résignation vraiment héroïque.

11 trouva cependant à Rome une illustre protectrice dans Catherine de Nobilis, nièce du pape Jules III et veuve d'Ascagne Sforce duc de Santa-Fiore. Convaincue de l'innocence 3u saint abbé, elle le visitait souvent dans sa disgrâce. Ayant acheté de vastes jardins qui dépendaient des anciens thermes de Dioclétien, elle y fit construire un monastère dont elle fit hommage à dom Jean de La Barrière.

Insensiblement les préventions qu'on avait eues contre cet abbé se dissipèrent. L'an 1598, le chapitre de sa congrégation, s'étant assemblé à Rome, députa deux religieux au pape pour solliciter l'absolution du saint fondateur. Le pape était alors à Ferrare ; et quoique les cardinaux Aldobrandini, Montai to et Sforzia, ainsi que le duc de Luxembourg, s'intéressassent vivement au sort de La Barrière, le souverain pontife ne voulut cependant rien décider avant d'avoir consulté le P. Alexandre de Franciscis, dominicain , qui avait condamné l'abbé de Feuillens. Celui-ci, jaloux de maintenir sa sentence, arrêta les bonnes intentions du pontife. Mais la duchesse de Santa-Fiore prit en main cette cause qui paraissait désespérée ; elle s'adressa au grandcardinal Bellarmin, qui examina toutes les pièces du procès. Sa conviction fut bientôt formée : il reconnut Tinjustice de toutes les acccusations dirigées contre Fabbé de Feuillens, fit part à Clément VIII de l'état des choses, et le détermina a rétablir La Barrière dans tous ses droits. Bellarmin lui donna donc l'absolution solennelle en présence de tous les religieux assemblés. Dès-lors l'orthodoxie de l'illustre abbé fut universellement reconnue, et il devint l'objet de la vénération publique. — Avant de parler de sa mort , nous devons raconter la vie de Madame de Longue-

ville, qui fut une de ses filles spirituelles les plus célèbres. Antoinette de Longueville naquit au château de. Trie, dans le diocèse de Rouen, Tan 1572. Elle eut pour père Léonor d'Orléans duc de Longueville et d'Estouteville, souverain de Neufchâtel et de Waltengen en Suisse, marquis de Rothelin, comte de Dunois, de Saint-Paul de Tancarville et de Montgomery, chevalier de Tordre du roi, pair et grand chambellan de France ; et pour mère, Marie de Bourbon veuve de Jean de Bourbon duc d'Enghien. Antoinette fut le septième enfant issu de ce mariage. Elle épousa en 1580 Charles de Gondy marquis de Belle-Ile. Après la mort de Henri III, elle se retira avec son mari au château de Macherou dans le duché de Retz, et y passa quelque temps dans la plus complète solitude et les exercices de la plus haute piété. Elle avait pris Thabitude de se lever tous les soirs à minuit, et de passer une heure en oraison devant un tableau représentant la descente de la croix, qu'elle affectionnait beaucoup et qu'elle porta aux Feuillantines de Toulouse. Après avoir perdu son époux, qui fut tué au mont Saint-Michel, elle eut le dessein d'embrasser la vie religieuse, dessein qu'elle avaît communiqué au P. Laurent, capucin, et à M. Du Perron, frère du cardinal, du vivant même du marquis de Belle-Ile. L'un et l'autre la fortifièrent dans cette sainte entreprise.

Ce fut le P. Laurent qui lui apprit qu'on venait de fonder à Toulouse un ordre très austère de religieuses sous le nom de Feuillantines.| Voici comment cette maison s'était établie. Anne de Polastron de la Hillière, (mme de Jean de Grammont seigneur de Saubens, vivement touchée de la vie tout angélique que menaient à Feuillens Jean de La Barrière et

StO TEMPS MODERNES.

ses religieux, manifesta à ce saint abbé le désir qu'elle ^vait d'ouvrir pour les personnes de son sexe une maison semblable à la sienne. Elle proposa pour premières religieuses sa sœur Marguerite de Polastron veuve du sieur de Margastant, et sa fille. La sœur Jeanne de Senaux, du monastère de Saint-Pantaléon voulut se joindre à elles, ainsi que quelques autres demoiselles. Jean de La Barrière, après avoir longtemps examiné devant Dieu ce projet, crut devoir le mettre à exécution. Ces dames arrivèrent à Feuillens au nombre de quinze, et en repartirent le 24 mai 1588. Elles se rendirent d'abord à Rieux pour y recevoir la bénédiction de Jean Du Bourg qui en était évêque, et s'établirent à Montesquieu-Volvestre, d'où cette communauté naissante fut transportée à Toulouse le 12 mai 1599, dans un monastère commencé l'année précédente au faubourg Saint- Cyprien, à côté des murs de la ville. M"* de Margastaul fut élue supérieure de la nouvelle maison.

C'est à cette illustre dame qu'écrivit la princesse de Longueville pour lui faire part de son dessein et la prier de la recevoir dans sa communauté. Il s'établit entre ces deux femmes une correspondance que nous possédons, à la suite de laquelle la princesse partit de Paris, sous le prétexte d'aller à Monserrat accomplir un vœu. Arrivée près de Toulouse, elle alla descendre à la maison de campagne du président de Saint- Jory, et le lendemain 21 octobre 1399 elle entra aux Feuillantines, où elle prit l'habit des mains de dom Jean de S'-Estienne, confesseur du couvent, sans aucun apparat. A la nouvelle de son entrée au couvent, M«' de Gondy, évoque de Paris, son beau-frère, accourut à Toulouse pour l'engager a rentrer dans le sein de sa famille ;

TEMPS MODEIINES. 221

mais les efforts de ce prélat furent iautiles. La princesse s'empressa d'écrire au pape Clément VIII pour le prévenir de sa détermination, et prier Sa Sainteté de la protéger dans son entreprise. Elle en rSçut une lettre qui la consola grandement. La mort de son plus jeune ûls et de la princesse sa mère vinrent tout-à-coup l'affliger sans l'abattre. Après avoir fait sa profession, elle fut élue supérieure de son monastère.

Madame d'Orléans se vit obligée, par ordres exprès du pape et du roi, de sortir de la maison de Toulouse pour se rendre à Fontevrault en qualité de coadjutrice de Madame Eléonore de Bourbon, sa tante. Elle suivit dans cette maison la règle austère des feuillantines, et ne cessa de faire des instances auprès du pape pour sortir de cet ordre, nouveau pour elle. Enfin elle en fut dégagée par un bref du pape qu'avait obtenu le cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse. Elle quitta donc Fontevrault après la mort de sa tante, et se retira au monastère de l'Encloître, dont elle prit la direction. Par ses soins et ses exemples, la réforme fut établie dans cette maison, un noviciat fut érigé, et on agrandit les bâtiments.

Pressée par l'inspiration divine. M"** d'Orléans alla fonder à Poitiers un nouveau monastère sous le titre du Calvaire, dans lequel elle se retira, y faisant entrer toutes les saintes austérités de Feuillens, avec des constitutions particulières qui en firent un ordre à part. C'est dans cette maison du Calvaire qu'elle expira, le 25 avril 1618. D'après les volontés expresses de la princesse, son corps fut transporté à Toulouse en 1620. Ainsi mourut l'une des plus illustres princesses du sang royal de France, avec la réputation d'une

éminente sainteté que le ciel daigna souvent manifester par des prodiges. La vie de M°* d'Orléans a été composée par le P. Lherminier de la congrégation de Saint-Maur, mais elle n*a jamais été publiée, ^e nous sachions.

Le mépris de toutes les grandeurs humaines dont Antoinette avait donné le touchant exemple fut imité à cette époque par le maréchal de Joyeuse : l'agitation et le remords de la conscience, les prédications de l'un de ses anciens confrères, les conseils de sa mère quelque temps avant sa mort , la lecture de la vie de Saint François de Borgia, général de la compagnie de Jésus... contribuèrent puissamment à la détermination qu'il prit. Le 8 mars 1599, sans prévenir même ses domestiques, il entra aux capucins de la rue Saint-Honoré à Paris, où il reprit l'habit de son ordre, après avoir envoyé au roi la démission de toutes ses charges et dignités.

L'ordre de saint Dominique a Toulouse vit sortir alors une nouvelle branche de son antique tronc. La réforme du monastère de cette ville s'opérait par les soins du prieur Sébastien de Michaelis lorsqu'on établit une congrégation de dominicaines. Ainsi s'expriment les annales de l'ordre : « Le cinquième jour du mois de mai 1599, a été rétabli le » tiers-ordre de saint Dominique et de sainte Catherine de » Sienne par les soins du P. S. Michaelis, prieur du cou- » vent des frères prêcheurs de Tolose : et ont pris l'habit » et le scapulaire de l'ordre, le même jour, Marie de Costa, » fille de M. de Costa conseiller au parlement et femme de » M. de Borret conseiller aussi en la cour, Gabrielle Cor- » nusson de La Bastide, Jacqueline de Gargas de Rabaudy, » Gabrielle de Vezian. » Les noms les plus illustres vinrent

s'inscrire dans cette nouvelle colonie, qui fixa son domicile dans la rue du Petit-Versailles où était construit le couvent de sainte Catherine de Sienne.

Le 18 mai 1600, le parlement de Toulouse perdit son premier président Pierre Du Faur de Saint-Jory, qui mourut* frappé d'une attaque foudroyante au moment où il prononçait un arrêt. Cet homme célèbre, Tune des gloires toulousaines, s'était consacré de bonne heure à l'étude de la jurisprudence. 11 était fils de Michel Du Faur de S'-Jory, juge-mage de Toulouse et président au parlement en 1562. Plein d'attraits pour la théologie, il composa un ouvrage qui a pour titre : Dodecamenon, sur le nom et les attributs de Dieu ; il le dédia à Pierre Villars, archevêque de Vienne. Cet ouvrage est rempli de citations des Pères de l'Eglise grecque et latine, et l'auteur y déroule ses idées avec une clarté d'autant plus remarquable que la matière en était moins susceptible. Nous possédons encore de Pierre Du Faur les trois livres des Semestres, qui traitent de diverses matières sur les droits naturel, civil, et des gens ; le livre De Regulis Juris , et XAgoni^ticon, qui traite des jeux athlétiques et gymniques chez les peuples anciens et modernes. Il dédia k son fils ce dernier ouvrage, où Ton trouve de savantes recherches, et qui est beaucoup plus sérieux que son titre ne paraît l'indiquer. Gabriel Terlon, conseiller au parlement de Toulouse, composa en grands vers latins l'éloge de Pierre Du Faur. Toulouse a placé son buste au rang de ses illustres, et de nos jours un magistrat honorable a consacré une Notice à sa mémoire (1).

(I) M. Gazes, président à la Cour impériale de Toulouse.

â24 TEMPS MODERNES.

L'ordre de? feuillants perdit à cette époque son fondateur Jean de La Barrière, qui mourut à Rome le 25 avril 1600. La comtesse de Santa-Fiore lui fit de magnifiques funérailles. Son corps fut inhumé dans Téglise des bernardins réformés, située près des thermes de Dioclétien. Son cœur, renfermé dans un vase d'argent, fut porté à Tabbaye de Feuillens. Plus tard , M. de Sponde, évèque de Pamiers, apporta en France la tête et les pieds du saint abbé ; sa tête fut déposée à Feuillens, et ses pieds au monastère de Paris. Nous parlerons plus loin de la translation de ces précieux restes dans la basilique de Saint-Sernin.

Nous terminerons Fhistoire du seizième siècle à Toulouse par le récit des faits qui , pendant les cinquante dernières années de cette période, ont trait aux abbayes du Toulousain et aux évêchés de Rieux et de Comminges.

Jacques de Castelnau de Clermont-Lodève, prévôt de S*- Etienne, eut pour successeur en 1563 Jean de Tornoër, chanoine archidiacre, docteur en Tun et lautre droit. Il mourut en 1577, et fut inhumé dans le chœur de la métropole. Quelque temps avant sa mort il avait cédé la prévôté à Pierre Daffls, son neveu par sa sœur. Ce dernier eut pour successeur Jean Daffis son frère^ élu évêque de Lombez. En 1598, la prévôté fut occupée par Antoine de Bruyères- Chalabre, qui posséda plusieurs abbayes avec cette haute dignité.

L'abbaye de Saint-Saturnin fut pendant ce temps successivement gouvernée par Jean-Baptiste de Simiane, évêque d*Apt, qui embrassa la prétendue réforme ; — François de Simiane son frère, également évêque d'Apt, qui fonda dans l'église de Saint-Saturnin dix prébendes ; — le cardinal de

TEMPS HODBaNBS. S2o

Joyeuse archevêque de Toulouse, qui obtint cette abbaye en 1587 et la posséda jusqu'à sa mort.

A Antoine de Saveuses, prieur de la Daurade, succéda de CaWière. Geoi^es d'Armagnac, cardinal-archevêque de Toulouse, gouverna cette maison après ce dernier. Il fit cession du prieuré à Jacques de Yillemur, qui accorda aux religieux le privilège de ne recevoir que des nobles dans leur monastère. Jacques de Yillemur céda le prieuré au cardinal de Joyeuse , mais les moines ne voulurent pas reconnaître sa juridiction spirituelle : ce fut Jean Daffis, prévôt de Saint- Etienne, qui fut mis à la tète du prieuré.

L'abbaye de Mas-Garnier fut gouvernée successivement par Jean de Touchebeuf, Pierre de Touchebeuf son frère, et Jacques de Bajordan. En 1559, le Mas passa en commende, et fnt plus tard détruit par les. calvinistes. Les Dames de Saint-Semin à Toulouse eurent à leur tète Anne Lallemand et Claudie de Serres ; — celles de Saint-Pantaléon : Gabrielle de Berailh, Jeanne de Nautayre et Marie de Bènes. — Eaunes eut pour abbés Mathurin de Sabonière et François cardinal de Joyeuse. — Grandselve vit à sa tête Pierre de Bertrand (de Toulouse), Alexandre cardinal Farnèse, de La Roche, et Louis Nogaret de La Valette, qui fit construire le grand cloître. — Anne de Saint-Etienne gouverna Tabbaye de Salenques jusqu'en Tannée 1570 où Julienne de Corneilh lui succéda. Celle-ci fut le triste témoin de la décadence de la discipline régulière dans son monastère et de la dilapidation de ses biens par les novateurs de ce siècle. — Jacques Bernuy gouvernait la Capelette en 1570; il vécut jusqu'aux premières années du siècle

suivant.

226 TEVPâ iionEnNBS.

L*abbaye de Lévignac avait été fondée, au quatorzième siècle, par Tiburge de Flsle-Jourdain comtesse d'Astarac, en faveur des claristôs mitigées. Henri II donna à ces religieuses la seigneurie de ce lieu et toutes les prérogatives attachées à ce titre. Marguerite de GaU, dans le seizième siècle, fut créée économe du monastère, dont la première abbesse fut Antoinette de Mons de Pelot. A celle-ci succéda Marguerite ; après cette dernière , M"' de Menvflle et Françoise de Maignault de Montégut gouvernèrent saccessivêiûent cette maison. Delphine de Pasquet est désignée comme abbesse des clarisses de Saînt-Cyprien à Toulouse pendant toute cette période.

En 1568 mourut à Rieux François Du Bourg. Il s*était démis de son évêché en faveur de Louis de Genouilhac évêque de Tulle ; mais cette cession ne fut point reconnue par le roi, et Tévéché fut cédé à Jean-Baptiste Du Bourg, neveu du précédent. Celui-ci reçut dans son diocèse, à Montesquieu-Volvestre, les premières feuillantines, ainsi que nous Tavons dit plus haut. Sa cathédrale lui fut redevable du chœur et de la sacristie qui Tacccompagne, et il se montra plein de zèle pour établir de nouvelles confréries dans son diocèse, tout en maintenant celles qui existaient déjà.

A Charles de Crussol d'Uzès, abbé de Feuillens, succéda le célèbre Jean de La Barrière dont nous avons déjà parlé, et à celui-ci Jean de Valades. — Lancelot de Caries, évoque de Riez, occupait Tabbaye de Calers en 1533 ; Pierre de Sabatier et Albert de Nobles lui succédèrent.

Note. Nous devons ici réparer une lacune qui se trouve dans cette histoire, et qui est relative à Fabbaye de Bolbonne

TEMPS MOOBtNBS. 227

doDt DOU& avons oublié de mentionner les abbés depuis la dernière moitié du treizième siècle. — Adhémar gouvernait cette célèbre abbaye en 1256 ; son successeur fut Guillaume Roberti , qui reçut à Boulbonne le dernier soupir de Roger comte de Foix. A la suite de ce dernier on trouve Olric , Bernard Saquarti, Imbert, Arnaud de Guilhem, Guillaume de Lacour, Durand, Arnaud, Guillaume-Raymond, Pierre d*Aulier qui avait été abbé de Calers, Arnaud ancien abbé de Bonnefont , Kerre-Elie de Foix, Raymond, Pierre d'EnboUet, qui obtint du pape Fautorisation de célébrer pontificalement dans son église, Antoine de Solers, très versé dans la théologie, et Guillaume de Roger. A cette époque (1454) Tabbaye de Bolbonne passa en commende : Jean de Foix en devint le premier abbé commendataire.

Au seizième siècle, Bolbonne eut pour abbés le cardinal de Ferrare ; Paul de Béarn, qui fut abbé de Saint-Savin et évéque de Lescar ; Amanieu de Foix , qui obtint du pape Paul III rautorisation de prendre l'habit religieux, de recevoir des novices, et de réformer le monastère ; il fut aussi homme administrateur du diocèse de Garcassonne, et plus lard évêque de Maçon et de Bazas. Sous le régime d'Hyppolite d'Esté cardinal de Ferrare, qui succéda à Amanieu, Bolbonne fut entièrement détruit par les calvinistes. Louis - d'Esté cardinal de Ferrare, neveu du précédent, gouverna Tabbaye après son oncle. Il obtint d'Henri IV de faire rentrer sa maison en possession de tous les biens que les calvinistes avaient usurpés^ Arnaud, Uippolyte II cardinal de Ferrare, François de Joyeuse archevêque de Toulouse , Jacques de Villemur de Pailhés, prieur de la Daurade, obtinrent successivement cette abbaye vers la fln dii siècle.

228 TEHP5 MODERNES.

Après la mort de Jean de Mauléon, évêque de Gomminges, arrivée en 15S1, cette église fut privée de son évêque pendant trois années. Jean Bertrandi, président au parlement de Toulouse, succéda au précédent. Son épiscopat fut marqué à Comminges par un différend qu*ii eut avec le roi au sujet de Tarchidiaconé de cette église, que Févêque prétendait avoir le droit de pourvoir parce que son église ne tombait pas en régale. Il fut transféré à la métropole de Sens, avec le titre de cardinal et de vice-cfaancelier de France. Cétait un homme profondément versé dans la connaissance des lettres grecques et latines. Il avait embrassé Fétat ecclésiastique après être devenu veuf de Jeanne de Barrac dame de Mirabeau, dont il avait eu plusieurs enfants. Il mourut à Venise en 1560, à Tâge de 90 ans.

On donna pour successeur à Jean Bertrandi Charles Carafa, neveu de Paul IV, légat de Bologne et de France, qui fut étranglé au château Saint-Ange par ordre de Pie IV, en 1560, et dont la mémoire fut réhabilitée par saiot Pie V ; mais il n*est pas bien certain qu'il ait jamais gouverné cette Eglise. Quoi qu'il en soit, en 1561, Pierre d'Albret, fils de Jean d'Albret bâtard du roi de Navarre, occupait le siège de Comminges. Ayant fait profession religieuse dans un couvent de bénédictins de Navarre, il y porta le nom de Vermond. Les historiens parlent des rares qualités de son esprit. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret l'envoyèrent en mission auprès de Pie IV; il assista au concile de Trente; mais, quelque temps après, il se vit obligé de fuir dans la vallée d'Aran, par suite d*une condamnation du parlement de Toulouse pour avoir fait battre monnaie dans son cMteau d'Alan.

Charles de Bourbon, bâtard d'Antoine dé Navarre, succéda à Pierre d'Albret sur le siège de Comminges, en 1569, quoiqu'il ne fut pas encore prêtre. Les leçons de son précepteur François Baudouin le rendirent très-habile dans les lettres humaines. Il n'occupa le siège de Conoiminges que très peu de temps^ ayant été fait évêque de Lectoure et archevêque de Rouen. En 1580, Urbain de Saint-Gelais, bâtard de Louis de Lansac, chevalier des ordres, fut nommé au siège de Comminges, et envoyé par Catherine de Medicis en Portugal pour y soutenir les droits de cette princesse à celte couronne.

Sous répiscopat d'Urbain de Saint-Gelais, la ville de Comminges fut prise par les huguenots (1586) ; quatre clercs et cinq laïques furent massacrés par les religionnaires. Les catholiques s'efforcèrent de la reprendre, et leurs efforts furent couronnés de succès après quarante-huit jours d'attaque : le 8 juin, la ville fut enlevée aux protestants. En mémoire de cette délivrance, Urbain de Saint-Gelais et le chapitre instituèrent à pareil jour un office solennel et une procession qui devaient se faire annuellement et à perpétuité. Urbain de Saint-Gelais assista, en 1588, aux Etats de Blois et gouverna encore l'Eglise de Comminges dans les premières années du dix-septième siècle.

L'abbaye de Nizors eut pour abbé Bernard d'Omesan, qui vendit sa charge, au grand déplaisir des moines, à Jean de Saint-Lary de Bellegarde. Celui-ci, ayant reçu de son oncle un riche héritage, quitta le froc et se maria. — Le monastère de la Lumière-Dieu fut gouverné par Catherine de Lomagnie de Terride. Marguerite de Biran lui succéda. Après elle, Jeanne de Polastron de la Hillière fut faite ab-

230 TEMPS MODEBMES.

besse, et mourut en 1574. Françoise de Foix fut élue à sa place ; mais Jeanne de Benques obtint du roi sa nomination à Fabbaye, après avoir fait quelques transactions avec l'évêque de Comminges, Urbain de Saint-Gelais. — L'abbaye de Bonnefont, dans cette période, eut pour abbés Jacques de Rostaing, conseiller du roi et aumônier du monastère ; Jean Bretou , et Jean d'Estrades évoque de Condom, qui céda Tabbaye à Alexandre de Bordes, fondateur de l'église da Carbonne.

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