LIVRE XXXVI
DEPUIS LA MORT DE M^ DE MONTCHAL, EN 16S1 , JUSQU A LA CONDAMNATION DU LIVRE DE FENELON A TOULOUSE, EN 1699.
Le 27 mai 1652, Pierre de Marca fat nommé à Farcbevèché de Toulouse. 11 était né en 1594, près de la ville de Pau enBéam, dans le manoir de ses ancêtres, de Jacques de Marca et de Catherine de Lartet. Il fut baptisé dans le monastère de Saint-Pierre -de-Génarés, au diocèse de Tarbes, et fit ses premières études à Auch et ensuite à Toulouse* Â l'âge de vingt-deux ans, il fut créé conseiller h, la cour de Béam, et était le seul catholique de cette compagnie. Constamment fidèle à la foi de ses ancêtres, il mit tout en œuvre pour détruire, dans sa patrie, Thérésie de Calvin, et faire exécuter Védit royal de 1617 par lequel la religion catholique devait être rétablie en Béarn, et les biens restitués aux églises. Pierre épousa à cette époque Marguerite de Forgues, dont il eut plusieurs enfants, et qu'il perdit en 1632. Déjà brillaient en lui les plus rares talents; on admirait son habileté dans la controverse, sa connaissance approfondie des divines Ecritures et des con* ciles, son zèle pour la propagation du catholicisme qui lui donna de ramener à la vrsde foi quatre ministres calvinistes.
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Le roi ayant élevé la cour de Béarn au rang de parlement de France, Pierre de Marca fut nommé président avec dispense d*âge et de finances. Le premier ouvrage qui sortit de sa plume fut la grande histoire du Béarn, composée diaprés les monuments authentiques. Son rare mérite le fit appeler au conseil privé du roi; il fut alors invité à répondre à un ouvrage qui portait le titre i'Optatus Gallus, et il le fit en publiant son livre de Y Accord du sacerdoce, de Vempire et des libertés de l'Eglise gallicane, livre qui blessa un peu les oreilles délicates de la cour romaine.
Pierre de Marca avait embrassé Tétat ecclésiastique ; il fut nommé par le roi k Févêché de Couserans. Il crut alors utile de publier, à Barcelone, en 1646, un opuscule explicatif de son premier écrit. Cette publication lui ouvrit ia voie à la consécration épiscopale, qu'il reçut à Narbonne, en 1648, des mains de Farchevêque Qaude de Rubée, assisté de Clément de Bonzi, évoque de Béziers, et de Nicolas Pavillon, d'Alet, après avoir été ordonné prêtre à Barcelone par Févêque de Babylone. A peine avait-il prêté serment au roi en qualité d'évêque de Couserans, qu'il fut nommé à Farcbevêché de Toulouse. U écrivit à cette occasion une lettre à Innocent X, dans laquelle il se regardait comme indigne de cet honneur, faisant un rapprochement historique entre saint Exupère et Innocent !•'. Immédiatement après sa nomination, il prêta serment au roi et partit bientôt après pour Toulouse, où il arriva au mois de mars 1655, ayant refusé obstinément toute espèce de solennité pour son entrée.
Nous ne pouvons passer ici sous silence la manière dont il se conduisit dans le gouvernement de Catalogne, qui lui
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avait été confié par le roi ; il y rétablit les finances, apaîssi les séditions, confirma Fautorité royale, se fit aimer et respecter de tons, à tel point qu'étant tombé dangereusement malade k Barcelone, d'unanimes supplications montèrent Ters le ciel pour le rétablissement d'une santé si chère. Les soins qu'il donna k l'administration de cette province oe l'empêchèrent pas de composer son histoire sous le titre de Catalonia illustrata^ où l'on trouve rassemblé tout ce que l'érudition la plus vaste et la plus éclairée a pu recueillir sur cette province. Il composa encore un commentaire sur les Psaumes; une dissertation sur la primauté de l'Eglise de Lyon et de quelques autres; une seconde sur le décret du pape Vigile pour la confirmation du cinquièoie fioncile général.
Après avoir reçu le pallium des mains de M^ de Séguier, évêque de Meaux, dans la chapelle du Petit-Bourbon k Paris, il prit, le i6 juillet 1654, possession du siège de Toulouse par procureur, et se rendit aux Etats de Narbonne. L'année suivante, comme on vient de le dire, il se rendit à Toulouse. Son premier soin fut d'établir les petitsaugustins à la place Saint-Georges, auprès d'une chapelle dédiée k ce saint, et où se trouvait aussi un hôpital sous le nom de Notre-Dame-du-Puy. Dans la première assemblée provinciale qui se tint k Toulouse peu de temps après son arrivée, il fut nommé député k l'assemblée générale du clergé de France qui se tint dans les années 1656 et 1657. Avant de partir pour la capitale, il confia le soin de son diocèse k Pierre Faget, Raymond de Maupan et Dufour, ses vicaires généraux, qui rendirent en son nom une première ocdonnance sur les irrévérences dont les églises étaient le
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théâtre : ordonnance que confirma M«' Pierre de Marca.
Ce prélat venait d'être nommé à l'archevêché de Toulouse lorsque, de concert avec les autres évêques présents à Paris, il signa la lettre par eux écrite au pape Innocent X, en 1653, pour Taeceptation de la constitution qui condamnait les cinq fameuses propositions de Jansénius, ainsi que celle qu'ils écrivirent à ce sujet à tous les évêques de Trance. Nous trouvons encore son nom dans les nouvelles lettres qui firent écrites par les mêmes évêques dans les années suivantes, soit au pape, soit au roi ou à la reine, soit au cardinal. Le septième jour de mars 1656, M<^ de Marca prit la parole dans l'assemblée, et déclara qu'après avoir pris connaissance de la bulle d'Alexandre VH sur raffaire du jansénisme, il concluait à l'acceptation de cette bulle et à la rédaction d'un formulaire^ qui devait être signé par tous les membres du clergé séculier et régulier, sans en excepter les communautés des femmes. Ainsi l'archevêque de Toulouse se montra l'intrépide adversaire de la doctrine janséniste et le défenseur des droits du Saint-Siège.
Au commencement de l'épiscopat de Pierre de Marca se rattachent quelques faits dignes d'être rapportés dans cette histoire. Le premier qui fixe nos regards est l'établissement des séminaires. A la fin de l'épiscopat de M^ de Montchal, en 1651, il existait à Toulouse un séminaire, connu sous le nom de Caraman, parce qu'il avait été fondé sur un fonds dépendant des biens de la famille de ce nom, par M. Raymond Bonnal, prêtre, docteur en théologie, qur avait institué, en 1655, une communauté de prêtres, sous te nom de Sainte-Marie. Ce séminaire fut établi au faubourg Saint-Etienne, dans la rue qui porte ce nom. M«^ do
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Montchal, et après lui rterre de Marca résolurent de favoriser son accroissement. On crut pouvoir en assurer Texistence en lui appliquant un legs considérable que les MM. de, Costa, dont Tun était curé de Baziége et lautre capitoul, avaient laissé pour Térection d'un séminaire près de la porte Saint-Etienne. Mais les contestations survenues empêchèrent l'exécution de ces volontés. Vers la même époque, le P. de Saint-Pé, prêtre de l'Oratoire, fut envoyé à Toulouse pour y établir un séminaire, d'après les ordres et avec les fonds du cardinal de Richelieu. Ce projet n'eut point alors de suite. Nous apprenons d'une ordonnance des vicaires-généraux de M^ de Marca, qu'en 1658 il existait plusieurs séminaires à Toulouse, dans l'un desquels les ordinants devaient passer trois mois avant de recevoir le$ ordres. Le séminaire de Carmaing ou Garaman fut regardé comnie celui du diocèse, ainsi que l'indique l'ordonnance de M^ de Boulemont, en date de l'année 1664. Cette maison fut incorporée à la congrégation de la mission quelques années plus tard.
M"» de Montlevrier fonda, à l'époque que nous parcourons, un nouvel ordre connu sous le nom d'Hospitalières. Le but de cette institution charitable était de prodiguer aux pauvres femmes malades les soins les plus assidus dans le monastère même. Ces dames obtinrent la permission de construire une église moyennant une rente décennale d'un calice d'argent au chapitre de Saint-Sernin. Cet établissement était situé rue Matabiau, au lieu occupé aujourd'hui par les dames du Refuge.
Toulouse fut alors témoin d'une grande cérémonie religieuse qui eut pour objet l'élévation des reliques de saint
RaymoDd. Depuis la mort dé ce saint personnage, son eorps se trouvait^placé dans un tombeau de pierre dans la chapelle du: collège. En 1652, la peste ayant ravagé la ville de Toulouse, le parlement et les capitouls firent vœu d^offrir une châsse d*argent pour renfermer les ossements du saint. Le fléau ayant pris fin, la ville se mit en mesure d*accomplir son yœu, ce qui fut fait en 1656. Le 17 septembre, à trois heures de Taprès-midi, les commissaires à ce désignés se rendirent à la chapelle du collège Saint-Raymond, et le sépulcre fut démoli. M. Du Tilh, vicaire-général, ayant mis à découvert les ossements, montra à rassemblée la tête du saint, et la renferma avec les autres reliques dans la nouvelle châsse, qui fut déposée dans la chapelle de Saint-Gilles à Saint-Semin. La fête de Télévation fut fixée au 12 novembre 1656. Le 25 septembre, HM. les vicaires généraux de Pierre de Marca rendirent une ordonnance qui indiquait l'objet de la solennité, retraçait la vie du saint et Thistoire des translations antérieures, et fixait enfin Tordre de la cérémonie. Le 10 novembre, MM. de Gambolas, de Lassus et de Giron, chanoines de la basilique, se rendirent au parlement pour inviter cette cour souveraine, et présentèrent à ses membres dans un bassin de vermeil des médailles formées de la poussière des ossements à refflgie du saint.
Le il novembre, à trois heures du soir, le corps da saint Raymond fut placé dans la grande nef, sur une estrade magnifiquement décorée. L'évéque de Lombe?: officia pontificalement aux premières vêpres. Le lendemain, la messe fut chantée par le même évèque; après la messe et Tostension des reliques, celles-ci furent placées avec la
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châsse de bois qni les renfermait dans la belle châsse d'argent donnée par la ville. Pendant hait jours, d*ai»*6$ Fordonnance des vicaires généraux, tons les archiprêtres, accompagnés de tous les prêtres de leur arcbiprétré, se rendirent à Saint-Semin pour vénérer les reliques. Le dernier jour de Toctave, elles furent portées processionnellement dans Tintérieur de la ville ; au retour, Févêque de Gomminges prononça le panégyrique du saint, et la châsse fut replacée dans la chapelle du collège.
Pierre de Marca se trouvait encore à Paris à Fépoque de Félévation des reliques de saint Raymond; il y donna la bénédiction abbatiale à Anne Letellier, en qualité d*abbesse de Sainl-Sidoine-de-Rouen, et y sacra Jean de Montpézat de Carbon, évêque de Saint-Papoul. Il employa tout son crédit dans l'assemblée du clergé de France en faveur de la publication nouvelle de la Gallia christiana, éditée par MM. de Sainte-Marthe. En perpétuelle relation avec tous les savants de son siècle, il écrivit une longue lettre à dom d'Achéri, qui s'occupait alors de la publication de son Spicilège. Cette lettre, où Tarchevêque de Toulouse déploie la plus vaste érudition et la plus habile critique, avait pour objet de répondre à une question que lui avait adressée le savant bénédictin sur un livre du prêtre Bertram, qu'on attribuait à Ratramn, sur le mystère de rEucharistie.
L'assemblée du clergé prit fin en 1657. Ses membres venaient à peine de se disperser lorsqu'on publia, sous le voile de Tanonyme, deux lettres contre Varchevêque de Toulouse remplies d'odieuses calomnies et d'attaques contre le siège apostolique. Il crut prudent de n'opposer à ces écrits que le silence du mépris. Cependant il fut pris
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par une maladie subite qui le réduisit à telle extrémité qu'il dût recevoir les derniers sacrements. La solitude dlssy, près de Paris, lui rendit la santé; et il se disposait à rentrer dans son diocèse, lorsqu'il fut mis au rang des ministres de la couronne , ce qui l'obligea à suivre le roi à Lyon. De là il se dirigea vers Narbonne, après avoir parcouru les principales villes de la Provence, et assista aux Etats. Il fut frappé de la grandeur des monuments romains répandus sur cette terre si riclie en glorieux souvenirs, et au mois d'avril se dirigea vers Toulouse.
U n'était pas encore arrivé en celle ville en 1658, et n'assista pas à l'entrée solennelle du prince de Conti, qui passa à Toulouse en allant prendre possession de son gouvernement de Guienne. Ce prince fut harangué par le président de la Terrasse. Au mois de novembre, les vicaires généraux de l'archevêque rendirent une ordonnance pour y publier une bulle récente d'Alexandre VU en faveur de l'immaculée conception de la Vierge. Sur ces entre- Êiites, le cardinal Mazarin se rendit à Saint-Jean-de-Luz pour y négocier la paix entre les couronnes de France et d'Espagne. Marca l'y suivit, et en fut très honoral)lement r€çu. Après avoir accepté la promesse du voyage de Leurs Majestés à Toulouse, il se rendit à Bagnères-de-Bigorre et de là à Toulouse, où il arriva au commencement d'octobre. Il pria instamment la ville de ne faire aucune dépense pour sa bienvenue. Deux capitouls et quatre anciens allèrent le saluer à Castanet, et le conduisirent à l'archevêché. Dès qu'il fat entré dans le palais, le chef du consistoire et trois collègues vinrent le complimenter; ensuite le second capitoul et les trois autres firent de même. Lors-
qu'il alla yisiter le Capitole, on lui offrit les présents de la Tille et une splendide collation.
Peu de jours après Tarrivée de Pierre de Marca, les Etats du Languedoc s'ouvrirent à Toulouse dans le réfectoire des Âugustins. Aussitôt les capitouls reçurent les lettres du duc de la Vrillière qui annonçaient l'arrivée du jeune monarque ; il défendait expressément qu'on fît aucun préparatif pour son entrée. Le 14 octobre 1659, Louis XIV arriva, avec Anne d'Autriche sa mère et Philippe d'Anjou son frère, à la porte de Saint-Cyprien, où il fut harangué par le chef du consistoire. Le roi fit serment de conserver tous les privilèges de la ville et arriva jusqu'à la porte de la cathédrale, où il fut reçu par l'archevêque en habits pontificaux. Ce prélat lui adressa un discours plein d*éloquence, et ayant conduit le prince à l'autel du chœur, il entonna le Te Deum; ensuite le roi se rendit à l'archevêché. Le cardinal Mazarin suivit de près ce prince à Toulouse, où il arriva le 22 novembre. Toute la cour alla au-devant de lui; le roi même se trouva sur son passage, ayant dans son carrosse les deux nièces du cardinal, qui fut harangué par les capitouls.
La présence de Leurs Majestés excita à Toulouse le plus grand enthousiasme. Le jour de la Toussaint, le roi et la reine-mère communièrent à Saint-Etienne et offrirent le pain bénit. Le roi passant dans une rue voisine de celle où l'on conduisait deux criminels- au supplice, leur fit grâce. Au mois de décembre, Pierre de Marca, à la tête de l'assemblée des Etats, se rendit auprès du monarque et lui adressa un discours dans lequel il sut concilier les intérêts du roi et ceux de la province. Le roi partit de Toulouse le
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28 décembre pour la Provence, après avoir nommé les capitouls pour Tannée suivante, contre les anciens usages.
Lorsque Mazarin vint à Toulouse, il venait de signer la fameuse paix des Pyrénées, qui fut ratifiée dans cette ville par le roi et enfin promulguée, et dont Funion du jeune prince avec Finfante d'Espagne devint le gage. Cette Eminence honorait Farchevéque de Toulouse de toute sa confiance : déjà le ministre Favait nommé commissaire dans une affaire scandaleuse dont la cathédrale de Metz, où se trouvait alors le grand Bossuet, avait été le théâtre, par suite des longs démêlés entre Bridacier, évéque d'Auguste et suffragant de Metz, et le chapitre de cette [église. 11 lui confia encore le soin de se rendre sur les frontières, avec Hyacinthe Serroni, évêque d'Orange, afin de déterminer les limites de la Gaule narbonnaise et de la province de Tarragonne.
Avant le départ de Pierre de Marca pour sa mission, on tint à Toulouse, au mois de janvier 1660, une assemblée du clergé de la province pour la nomination d'un agent à Fâssemblée générale de. Paris. Il paraît, d'après quelques expressions échappées à Fauteur de la vie de Fillustre prélat, que celui-ci eut à se plaindre des procédés de quelques membres du clergé toulousain à son égard. Nos mémoires ne nous apprennent rien de précis sur cette affaire. Quoi qu'il en soit, Marca partit de Toulouse au mois de mars.
Une assez singulière affaire venait d'avoir lieu à Toulouse dans la famille de saint François d'Assise. Quelques différends étaient survenus entre les Pères du tiers-ordre. Le P. Eutrope récollet avait été chargé de rétablir la paix.
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Ce religieux avait poussé trop loin les choses, et le général lui avait ordonné d*arreter le cours de ses innovations. Pour se dérober à ses poursuites, le P. Henry, agent du provincial, et quelques autres religieux, s'étaient retirés au couvent de rObservance. Le P. Eutrope les y poursuivit : ce qui força ces derniers à se placer sous Tautorité de Tarchevêque. Inutile précaution , car le P. Eutrope 1^ fit arrêter devant la porte du couvent, au grand scandale de la religion, ce qui força les vicaires généraux à jeter Finterdit sur Téglise des tierçaires. Cet interdit fut levé bientôt après, sur la promesse de rentière soumission du coupable.
A côté de ce scandale, qui ne fut que passager, en existait un autre permanent, que le procureur fiscal signala à Farchevêque. Quelques curés, vicaires et autres ecclésiastiques avaient pris alors Tbabitude de quitter Fhabit sacerdotal, de prendre un costume simplement laïque, et, à la faveur de ce costume, de se rendre dans des maisons de jeu ou cabarets. Pour remédier à ce désordre, M«' de Marca rendit une ordonnance qui devait être lue à la messe de paroisse, chose dont on eut pu se passer peut-être, et dans laquelle il frappait de toutes les censures de FEglise tous les prêtres qui, après un séjour de trois jours, ne porteraient pas la soutane et le manteau long, avec défense expresse de laisser célébrer la sainte messe à ceux qui ne se conformeraient pas à ses ordres.
Cependaùt Farcbevêque poursuivait sa route, et arriva à Perpignan, où Fattendait Févêque d'Orange. Il reçut les plus grands honneurs dans la première de ces villes, et se joignit, à Ceret, aux envoyés d'Espagne, nommés Michel Salba et Joseph Romeo. L'histoire de toutes les négocia-
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tons auxquelles donna lien la démarcation des nouvelles imites fut tracée par rarchevèque et adressée à Michel ^e TeUier, son intime ami. Une fièvre aiguë, dont il fut aisi à Perpignan, ne Tempêcha pas de composer une ayante dissertation sur le chef de saint Jean-Baptiste conservé dans Féglise des dominicains de cette ville. Sa con- 'alescencei durait encore lorsqu'il rentra à Toulouse. Il se étira alors au château de Balma. Ce fut dans cette demeure lu'il composa son célèbre ouvrage qui porte pour titre : Harca Hispanica. C'est dans ce livre, dont Térudition ^.tonne, qu'il étudie la géographie des provinces du RousûUon, de Ceret et d'Urgel, décrit toutes les antiquités de Narbonne et de la Septimanie, recherche la positron de l'antique lUiberis, et désigne les peuples qui ont habité la Catalogne et la province taragonnaise.
Pierre de Marca rendit alors plusieurs ordonnances, soit pour rendre à Dieu de solennelles actions de grâces pour la conclusion de la paix des Pyrénées, soit pour le mariage de Sa Majesté, soit enfin pour . régler quelques points de discipline. 11 partit ensuite pour Paris, où il assista à la mort du cardinal Mazarin. Le roi le fit entrer au conseil de conscience, avec plusieurs prélats. Il s'y occupait des affaires les phis graves lorsqu'il fut atteint d'une maladie dont les suites devaient le conduire au tombeau. A cette époque, il composa une dissertation sur Ylnfaillibiliié du j^apey pour réfuter une thèse soutenue en Sorbonne, et ce fut là le dernier de ses ouvrages.
Pendant son séjour a Pari^, ses vicaires généraux rendirent, à Toulouse, deux ordonnances relatives à quelque.^; événements importants; l'une avait trait à la naissance du
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DauphiD, et Tautre à rétablissement des Filles de TEofance. Cette maison étant devenue à Toulouse le foyer du jansénisme, il importe de retracer un tableau rapide de cette hérésie et de faire connaître ses progrès a Toulouse.
Cornélius Jansemus, docteur de Louvain, fut élevé sur le siège dTpres en 1635. Il avait pour ami intime Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Il consacra vingt-deux années de sa vie à composer un livre auquel il donna le titre diAugustinu^. Avant de mourir, il recommanda la publication de ce livre, en le soumettant d*avance au jugement de FEglise romaine. Peu de temps après sa mort, parut ÏAugusHnus, qu'Urbain YIII condamna par sa bulle In eminenti. Malgré ce premier jugement dogmati* que, quelques bacheliers de la faculté de Paris énoncèrent des opinions erronées empruntées à ce livre : c'est ce qui détermina le syndic Cornet à en extraire quelques propositions qu'il soumit, de concert avec les commissaires nommés à cet ^effet, k la censure de la faculté. Ces propositions furent réduites à cinq; elles sont connues dans Técole. En 1650, les évêques assemblés à Paris écrivirent à Innocent X pour le prier de condamner ces propositions. Après le plus sérieux examen, le pape publia sa bulle Cum occasione^ le 31 mai 1653, dans laquelle il condamna les cinq propositions.
Pour se soustraire à ce second jugement du siège apostolique, les partisans de YAugustinus inventèrent la célèbre distinction du fait et du droit, prétendant que ces propositions n'étaient point dans ce livre, ou que, si elles y étaient, elles n'y présentaient pas le sens qu'on leur avait donné en les cendamnant. Alexandre VII, par sa bulle Ad
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sacrum, datée da 16 octobre 1656, déclara que ces propo-* sitions étaient réellement contenues dans YAugusUnus, et qu'elles avaient été condamnées dans le yrai sens de Tau-^ teur. Le clergé de France accepta avec reconnaissance cette dernière constitution, qui réduisait à néant la prétendue distinction inventée par les jansénistes ; et afin d'arrêter les progrès du mal, on dressa un formulaire par lequel on déclarait condamner tout ce qn^avaient condamné Innocent X et Alexandre VU« Les partisans de YAugustinus prétendirent alors que les évéques n'avaient point le droit de dresser un pareil formulaire et encore moins d'en exiger la signature* Comme les chefs du parti venaient de déclarer, dans les cinq articles qu'ils opposèrent aux cinq propositions, qu'ils étaient prêts k obéir en tout au souve* rain ponUfe, Alexandre VII« par la bulle Regiminis, datée du 15 février, dressa, à la prière de Louis XIV, un nouveau et célèbre formulaire, peu différent du premier, avec ordre exprès a tout le clergé séculier et régulier, y compris les religieuses, de le signer purement et simplement. A l'autorité du pontife se joignit celle du roi.
Alors le parti se sépara en deux camps, les tolérants et les rigides. Les premiers avancèrent qu'on pouvait signer en conscience le formulaire, sans déclaration préalable sur le &it et le droit, pourvu que dans le fond on gardât sur le iait un silence respectueux; — les seconds déclarèrent qu'on ne pouvait pas signer le formulaire, ou que, si on le signait, il fallait auparavant déclarer que la soumission portait sur le droit et non sur le fait: en d'autres termes, qu'on pouvait signer, quant au droit, que les propositions énoncées étaient hérétiques; mais que, quant au feit de
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savoir si elles étaient do Jansentus, TEglise, d*aprës eux, n'étant point infaillible sur ces sortes de &its, on ne devait à ces décisions en cette matière qu'un silence respectueux. Au nombre des rigides, se rangèrent les évëques Pavillon d'Alet, Caulet de Pamiers, Buzenval de Beauvais et Arnaud d*Angers.
Sans entrer ici dans des détails sur la paix de Clément IX, dont abusèrent les jansénistes, la constitution dlnnocent XII aux évêques de Belgique, et raffaire du cas de conscience, il suffit de dire qu'en 1705 Qément XI, par sa bulle Vineam Domini Sabaoth, renouvela toutes les coqstitutions de ses prédécesseurs sur l'affaire du jansénisme, déclarant formellement qu'on ne pouvait satisfaire à l'obéissance qui leur était due par le silence respectueux.
Donnons maintenant une idée succincte du jansénisme. Les erreurs janséniennes se réduisent à dire : 1" quelques commandements de Dieu sont impossibles à des hommes justes qui veulent les accomplir, et qui font à cet effet des efforts selon les forces présentes qu'ils ont : la grâce qui les leur rendrait possibles leur manque ; i"" dans l'état de la nature tombée, on ne résiste jamais à la gr&ce intérieure ; 3" dans Tétat de la nature tombée, pour mériter ou démé* riter, Ton n'a pas besoin d'une liberté exempte de nécessité : il suffit d'avoir une liberté exempte de coaction ou de contrainte; i"" c'est une errreur semi-pékgienne de dire que Jésus-Christ est mort et a répandu son sang pour tons les hommes ; 5"^ les semi-pélagiens étaient hérétiques en ce qu'ils pensaient que la volonté de l'homme pouvait se soumettre ou résister à la grâce prévenante. Tel est en substance te système de Jansenius. Chacune de ces cinq
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proposUioDS qui le composent ont été déclarées hérétiques. Nous ne psurlons pas ici d'une partie de la quatrième pro* position jansénienne, qui a été condamnéeseulement comme basse.
Il résulte évidemment de ces propositions que, depuis la chute d*Adam, le pkUsir est le ^ul mobile de Thomme, Inévitable quand il vient, invincible quand il est venu. Cela posé, ou il vient du ciel ou il vient de la terre : dans le premier cas, il porte rh(»nmeau bien ; dans le second, au mal. La volonté humaine est donc nécessairement entraînée par celui qui est actuellement le plus fort; elle fait donc invinciblement, quoique volontairement, le bien ou le mal, et ne résiste jamais ni à Tun ni à Vautre. D*aprës ce système, il y a absence complète de mérite pour les bonnes œuvres et de démérite pour les mauvaises, et la liberté humaine est anéantie.
Le jansénisme fit des prosélytes en Hollande et en France au sein du dergé séculier et régulier, des communautés religieuses de femmes et de la haute magistrature, grâce à Famour de la nouveauté, à la sévérité apparente de la morale, et au goût de la dispute. Cette hérésie ayant eu les jésuites pour adversaires, tous ceux qui étaient ennemis de la compagnie se rangèrent volontiers du parti opposé. Au jansénisme se rattachent des noms devenus fameux : ceux de Fabbé de Saint-Cyran, d'Arnauld, de Nicole, de Pascal, de Port-Royal de Paris avec ses petites écoles, de Port- Royal-des-Champs avec ses solitaires et ses pénitents, de la mère Angélique et de la mère Agnès, de toute la famille des Amauld et de celle des Le Maistre. A cette hérésie se rattachent encore des monuments littéraires élevés par
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LaDcelot sur les langues grecque et latine, la géométrie et la logique, et les trop celles ProvinciàUs de Biaise Pascal.
Dès son apparition en France, le jansénisme eut amassez nombreux adeptes à Toulouse ; le chapiUre de Saint-Etienne comptait parmi eux Dufour, vicaire général de Tarchevéque, le chancelier ,âe ronirer^té, Gabriel de Qron, le chanoine Pelier, quelques communautés, et plusieurs familles de la magistrature, parmi lesquelles on remarquait celles de Juliard et de Ciron. Toulouse eut aussi son Port- Royal dans la maison de TEnfance, fondée par la dame de Mondonville.
Jeanne de Juliard naquit à Toulouse, de Gilles de Juliard conseiller au parlement et de Jeanne de Puymisson; elle n'eut qu'un frère, messire Denis de Juliard, président aux enquêtes. Des rapports d'intime amitié unissaient la famille de Juliard à celle de Giron, qui était aussi parlementaire. M. Gabriel de Ciron fut donc naturellement amené à connaître M**'' de Juliard. Ces deux âmes se comprirent, un projet ou du moins un désir de mariage fut formé entre elles; mais les douces combinaisons d'un rédproque amour ne purent être réalisées, à cause de la modicité de la fortune de Tun et de l'autre. M"'' de Juliard Ait donnée, le 13 décembre 1646, à M. Charles de Turle, conseiller au parlement, seigneur de Mondonville (1). Quand
(4) Cette seigneurie, située au nord-ouest de Toulouse, appartenait primitivement à la maison des comtes de l'Isle- Jourdain, qui, en 4579, la cédèrent à Gui Du Faur de Pibrac. En 46Î0, cette seigneurie fut vendue à Charles de Turle, père du mari de M"* de Mondonville. En 4700, cette terre entra par héritage dans la famille des d'Aliez; et, en 4745, dans celle des Du Bourg Rocbemonteix, par le mariage de Valentin Dïi Bourg avec l'héritière des d'Âliez.
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on connaît le cœur htimaio, on comprend facilement que M. de Ciron dut être profondément affligé de ce mariage, et que, regardant cette union comme un secret avertissement du ciel, il ait pris le parti de se retirer du monde et d*entrer dans Vétat ecclésiastique.
Elevé au sacerdoce, Gabriel de Ciron continua à voir M. et M""^ de Mondonville, qui habitaient la maison Juliard. Ce fut là que mourut Charles de Turle, si& ans après son mariage. On affirme que Fabbé de Ciron Fassista dans ses derniers moments. Il laissait sa jeune veuve sans enfants, mais avec de très grands biens. M"''' de Mondonville forma dès-lors le projet de se consacrer au service des pauvres et à réducation de la jeunesse. Elle commença à réunir, dans la maison qu*elle habitait, non loin de la métropole, quelques demoiselles qu'elle initia dans ses projets. Cette petite communauté, dont nous plaçons le berceau en 1637, s'augmenta de telle sorte que, Tannée suivante, elle comptait soixante et dix filles. On ouvrit des écoles pour les nouvelles catholiques, on allait en ville visiter les malades, on distribuait à la porte de la maison du bouillon et des remèdes. L'abbé de Gron dirigeait cette communauté naissante et la fondatrice.
De ce premier essai à l'établissement d'une congrégation érigée dans toutes les formes, il n'y avait qu'un pas à &ire. M. de Ciron s'occupa en secret, et de concert avec la fondatrice, de dresser les constitutions Qu nouvel institut, qui devait prendre le titre modeste de Congrégation des FiUes de l'Enfance. M"''' de Mondonville acheta de ses deniers une vaste maison dans la paroisse Saint-Pierre, vis-à-vis des Chartreux, et s'y transporta avec sa communauté. Les
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choses furent menées rapidement, et le 19 janvier 1662, Jean Dufoor, vicaire-général de M^^ de Marca, approuva les constitutions nouvelles. Ces constitations déclaraient formellement que Finstitat n*était érigé que pour les personnes qui n*avaient do goût ni pour le monde ni pour la vie religieuse* Ainsi les filles de TEnfance gardaient leurs noms de famille et le titre de demoiselle^ et ne portaient pas de costume religieux ; le noviciat était remplacé par Yèssai^ et la profession par la limon. Il n'y avait pas de clôture. La fin de rinstitut était d*élever de jeunes pensionnaires, de donner gratuitement des leçons aux enfants des pauvres, de soigner les malades en toute manière, et de recueillir les nouvelles catholiques. La maison admettait trois sortes de filles,: l** les nobles, 2<* les bourgeoises, 3" les servantes. Les premières avaient seules voix délibérative et pouvaient être élues supérieure, intendante et économe.
Il ne devait point y avmr de chapelle extérieure dans la maison, mais un simple oratoire ; jamais le Saint-Sacrement ne pouvait y être exposé. Aucun office, aucune prière ne pouvaient être dits autrement que d'après la règle. L*institut ne devait pas plus avoir de supérieur particulier que les simples fidèles. Les exercices spirituels se réduisaient à la prière commune suivie d*ûne demi-heure d'oraison, à une lecture après dîner, à Toraison encore à quatre heures, an chapelet à cinq. Quant à la messe, on pouvait aller Fentendre à la {Croisse si Ton voulait. Les filles de TEnfance ne devaient se confesser que dans Téglise parcHSsiale; le confesseur ne pouvait jamais être un religieux, mais un prêtre séculier parmi ceux approuvés par levê^jne. On trouve au chapitre 41*= un petit article ainsi conçu : On
TBMPS HODSRMBS, 345
pourra loger le confesseur dans le quarlier séparé , avec
relation à la supérieure. Le confesseur de TEnfaDce, d'après les règles, avait ordre de reoyoyer ses péaitentes, ea toutes leurs peines intérieures vraies on imaginaires, à la commu* nication à la supérieure. Cet article est a remarquer. 11 est encore un autre point digne d'attention, c'est celui de la réception des filles à la liaison. La réception pouvait se faire sans la messe; et si la supérieure avait mouvement de dire quelque chose, elle pouvait le faire en toute simpli* cité (ch* l¥). Le tableau que les constitutions font des qualités d'un confesseur de FEnfance est curieux à retenir. « Si Ton trouve un confesseur tel qu'il le faut, homme > sage, discret, suffisamment capable, aimant l'institut et » en ayant l'esprit, éloigné du caquet..., portant les filles à » la correspondance à la supérieure, on ne doit rien épar- » gner pour le conserver : c'est un trésor pour la maison » (cb. 41'). > Il était très expressément défendu aux filles de l'Enfence d'avoir des rapports trop multipliés avec les confesseurs ou ordinaires ou extraordinaires. Ces rapports sont appelés des démangeaisons/ quand on a une supérieure podr c(»nmuniquer dans les véritables besoins (ch. 420-
Le chapitre 43'' des constitutions regarde la supérieure. Il y est dit : « La supérieure donnera audience une fois le
» mois à chacune de ses filles , leur montrant un sein
» de compassion ouvert sur toutes leurs misères, qui les
• invite à n'avoir rien de caché pour elle ; elle leur fera
» de temps en temps de petits entretiens. > La communion pascale dépendait seule du confesseur; toutes les autres devaient être réglées par la supérieure, prenant garde, estil dit au même lieu, que ces communions ne soient faites
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par imitation, jalousie, propre estime et vanité. L'article des corrections à infliger anx filles récalcitrantes est encore essentiel à noter. « La supérieure imposera les pénitences » proportionnées à la grandeur des fautes, et hors le cas
> de scandale ou de mauvaise édification, elle n'en fera
> point faire publiquement; mais elle pourra les ianoer » et les reprendre dans le temps et les circonstances qui
> porteront plus de confusion, pourvu que tout se passe » au-dedans sans que les étrangers en aient connaissance. »
Dans toutes ces constitutions, qui renferment cinquantetrois chapitres, il n*est pas dit un seul mot sur le temps et les jours où les filles de FEnfance doivent se confesser et communier. Avant de les composer, Fabbé de GroB s'était rendu à Paris et s'était mis en communication avec la maison de Port-Royal : aussi ces règles renferment-elles la fine fleur de la morale et des pratiques janséniennes. Le 19 mars 1662, M"«de Mondonville fit le vœu simple et annuel de stabilité, de concert avec MM"** de Belle-Isle, de Cbambert, Donnadieu, d'Hortis et de Custos. Les Juliard et les Ciron étaient alliés à beaucoup de £amillès à Toulouse, c'est ce qui explique la rapidité des progrès toujours croissants de l'Enfance. VL'^ de Mondonville était une femme jeune, spirituelle et belle ; l'abbé de Giron avait des talents, une bonne mine et de l'entrain. 11 donna d'abord six de ses parentes à la fondatrice; M. le premier président Fieubet lui confia ses filles; M. d'Âguesseau, intendant du Languedoc, lui donna les siennes et ses nièces; M"^ d'Âguesseau se prit pour elle d'une grande amitié ; les demoiselles ^ la plus haute noblesse vinrent se ranger auprès d'elle; le prince de Conti et M"^ de Longueville se déclarèrent à la
TEMPS HODBUIES. 347
cour ses protecteurs ; la reiue elle-même lui écrivit pour la charger â*aller accomplir un yœu qu*eUe avait fait à Sainte- CamiQe, au diocèse de Mirepoix.
Cepeudant les adversaires du jansénisme, à Toulouse, conçurent quelques soupçons ; les constitutions furent lues par diverses personnes de Tordre ecclésiastique et trouvées contraires en bien des points à la discipline de FE^lise. Des mémoires furent envoyés à la cour, dans lesquels on se plaignait de la facilité avec laquelle, en Tabsence de Tarcbevéque, le vicsdre-^énéral avait donné son approbation. L*acte de fondation était aussi l'objet de la censure. M. de Lottvois se mit en rapport pour cette afiEaire avec M. Etienne Potier de la Terrasse, président à mortier, qu'il chargea de surveiller FEnfance. M"'' de Mondonville reçut un avis secret de la cour sur les premières attaques dont elle était l'objet. Un anonyme lui écrivit, à la date du 17 mai 1662. Malheureusement cette lettre fut égarée par la fondatrice et tomba entre les mains d'un sieur Antoine Gilles, familier du président, qui la remit à ce magistrat. On avertissait la dame qu'il était nécessaire de faire au plus tôt approuver son institut à Rome, et on lui en offrait les moyens. Les jansénistes avaient à Rome un agent secret qui pbrtait un nom de guerre, Oméga. H devait, par l'entremise du cardinal Chigî, neveu du pape, solliciter une bulle, ou tout au moins un bref. Après quelques difficultés, ce bref fut accordé par Alexandre VII, le 6 novembre 1662, avec la condition expresse que les constitutions seraient approuvées par l'ordinaire du lieu et ne contiendraient rien de contraire aux canons et aux décrets apostoliques.
Lorsque ce bref arriva en France, il y avait déjà quelques
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mois que Pierre de Marca avait cessé de vivre. Le cardinal de Retz aya&t donné sa démission de rarchevèché de Paris, le roi nomma Farchevèque de Toulouse à cette métropole. Vers le mois de mai, le nouvel élu fut pris subitemexrt par une fièvre ardente qui mit ses jours en péril. Persuadé que le terme de sa vie était proche, il fit une confession générale de sa vie au vicaire de Saint«Sulpice, et reçut avec une grande piété le saint-viatique. Il prononça à cette occasion quelques paroles pleines d'éloquence et de sentiment sur la divine Eucharistie, et consola toute Tassi&tance qui fondait en larmes. Il fit réciter auprès de son lit plu- ^eurs passages du Nouveau-Testament, ainsi que du Traité de saint François de Sales sur TAmour de Dieu. Au commencement de juillet, il reçut ses bulles de translation à Tarchevèché de Paris. Dès que les chanoines de la métropole eurent reçu communication des bulles, ils ordonnèrent Toraison de Quarante-Heures dans toutes les églises de la capitale pour le rétablissement d'une santé aussi précieuse. Ces vœux ne furent pas exaucés, et Pierre de Marca mourut le 29 juin 1662, à Fâge de soixante-huit ans, entre les bras d'Etienne de Baluze, qu'il laissa dépositaire de tous ses écrits. Gallois de Marca son fils, président au parlement de Pau, n'arriva à Paris qu'après la mort de son père.
Indépendamment des trois grands ouvrages dont nous avons parlé, l'archevêque de Toulouse laissa plusieurs dissertations savantes sur divers sujets, entre autres, sur 1 époque de la première prédication de l'Evangile dans les <iaules. Il se montra toujours défenseur des droits du Saint- Siège et ennemi déclaré des jansénistes, car ce fut lui qui en 1656 dressa 4e premier formulaire dont nous avons
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parlé. Il eut le soin de faire publier, par ses vicaires gé-* néraux, toutes les constitutions pontificales au sujet du jansénisme; aussi les partisans de cette hérésie Font-ils assez maltraité dans leurs divers écrits. Le jugement qu*en porte Bossuet dans sa Défense de la Déclaration de 1682 n*est guère plus favorable : il rappelle un très célèbre génie, clarissimum ingenium; mais il le regarde comme peu versé dans la science tbéologique, in theologia non satis exerdtatum, un peu changeant dans ses opinions, et accoutumé, à cause de sa grande facilité, à se jouer au milieu de sentiments divers, enfin pas assez arrêté dans les matières ecclésiastiques. Le docte Baluze, auteur de la vie de ce prélat, est bien loin de partager cette opinion. Ce qu*il y a de certain, c'est que Pierre de Marca entra assez tard dams le sacerdoce, et qu'il a laissé des ouvrages qui attesteront toujours sa profonde érudition, sa connaissance de Tantiquité sacrée et sa prodigieuse facilité.
Après la mort de Tillustre prélat, qui laissa à Toulouse dlmpérissaUes regrets, les vicaires généraux capitulaires Dnpuy, Mirman et de Lafont ordonnèrent des prières pour le repos de son âme, et firent un magnifique éloge du poi^ ttfe. Le nom de Jean Dufour ne se trouve pas dans cette ordonnance : c'était un appui de moins pour M"^ de Mon* donville; aussi les vicadres généraux, cédant aux avertissements secrets qui leur furent donnés sur la maison de l'Enfance, écrivirent à la cour, et obtinrent une lettre de cachet par suite de laquelle ils défendirent à ladite dame de continuer ses exercices dans l'établissement dirigé par ses soins. L'abbé de Qron devait être absent de Toulouse a Tépoque de cette ordonnance, caf il avait été nommé
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vicaire général capitulaire avec les autres, et son nom ne se trouve pas sur cette pièce. Sur ces entrefaites, le roi nomma à rarchevèché de Toulouse Charles-François d'Anglure de Bourlemont, évêque de Castres. Ce prélat eut pour père Claude d*Anglure, marquis de Ly, comte de Bourlemont, et pour mère Angélique d*Aquaviva. Il était depuis long-temps prévôt de la cathédrale de Metz }orsqu*il fut nommé évêque d*Aire, ensuite de Castres, et enfin arcbe^ vèque de notre métropole.
Nous avons déjà dit que M. le prince de Conti était le protecteur déclaré de M""* de Mondonville. Grâce- à sa puissante médiation, Forage qui commençait à gronder sur la tète de la fondatrice s*apaisa. Elle obtint des lettres patentes datées du mois d*octobre 1663, et enregistrées au parlement de Toulouse peu de temps après. Nous laisserons rd cette femme poursuivre son œuvre, et ne reviendrons a . TEnfance que pour rapporter et sa destruction et les causes qui la déterminèrent.
Au mois d*octobre 1664, Ms'd'Anglure obtint ses bulles et prit possession de son siège par procureur. Son premier soin fut de faire signer le Formulaire à tous ceux qui dépendaient de son autorité, et publia à ce sujet le mandement suivant :
c Le jansénisme étant une hérésie d'autant plus dangereuse que ceux qui ont entrepris de rétablir la défendent avec plus d*artifice, il est du devoir des évêques, à qui rapôtre saint Paul recommande de veiller k la garde du troupeau que Jésus^^hrist leur a confiéi d'empêcher qu'il ne se répande dans leurs diocèses et n'infecte de son venin les &mes qui sont commises à leur conduite. Cest pourquoi
TBIPS MODBIUCBS. 354
Dieu nous ayant appelé au gouvernement de ce diocèse, nous avons cru que, pour commencer utilement Texercice de nos fonctions archiépiscopales, il était important de nous opposer avec vigueur à cette nouvelle hérésie et d'en arrêter le cours, en nous servant de tous les moyens que nous trouverons les plus convenables. Et d'autant que nous voyons avec regret que les jansénistes pratiquent en nos jours ce que saint Augustin rs^pporte des hérétiques de son temps, dont les uns défendaient publiquement et k la vue de tout le monde les dogmes impies que FEglise avait condamnés, les autres les enseignaient en cachette, soutenant dans des maisons particuKères ce qu'ils n'osaient annoncer publiquement, nous estimons que, pour remédier à ce mal que la trop longue tolérance pourrait rendre incurable ; et pour distinguer en même temps ceux qui rejettent sincë- > rement les erreurs condamnées par le Saint-Siège dans les cinq propositions d'avec ceux qui ne les condamnent qu'en apparence, nous devons obliger les ecclésiastiques de notre diocèse, tant séculiers que réguliers, de condamner indistinctement les cinq propositions extraites de YAugminus de Jansenius, dans le sens propre de l'auteur, conmie elles ont été condamnées par deux constitutions apostoliques; et exiger de tous, comme une marque de leur obéissance et de leur foi, la signature du Formulaire autorisé par deux assemblées générales du clergé et appuyé par lettres patentes de Sa Majesté.
» A ces causes, nous avons ordonné et ordonnons à tous doyens, chanoines, chapitres, abbés, prieurs, couvents, communautés séculières et régulières, maisons de religieux et de religieuses, curés, vicaires, prêtres habitués, béné-
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flcîers, et généralement à tous ecclésîastiqaes, docteurs, principaux des collèges, régents, pr(^sseurs, maîtres d'école de cette Tille, faubourgs et diocèse de Toulouse, se disant exempts ou non exempts, de souscrire au Formulaire mis au bas dans un mois après la publication des présentes. Passé ce terme, ils seront soumis aux peines portées par le droit contre les hérétiques. »
L*arcbeyêque ordonne qu'on lui représente son ordonnance signée; il défend ensuite de lire, garder ou retenir le lirre de Jansenius.
Formulaire.
« Je me soumets sincèrement à la constitution du ps^ Innocent X, du trente-unième may mil six cent cinquantetrois, selon son Yéritable sens qui a esté déterminé par la constitution de nostre saïnct Père le pape Alexandre VU, du seizième octobre mil six cent cinquante-six. Je recognais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces constitutions, et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansenius contenues dans son livre intitulé : AugusHnus, que ces deux papes et les évesques ont condamné; laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansenius a mal expliquée contre le vray sens de ce sainct docteur. »
n faut observer qu'on n'avait pas attendu à Toulouse la prise de possession du nouvel archevêque pour accepter les diverses bulles des papes relatives au jansénisme, et que l'administration ecclésiastique avait publié à ce sujet diverses ordonnances dès l'année 1 657.
TEMPS ttOOBBNES. 353
L'archevêque présidait aux Etats du Languedoc lorsqu*il écrivit aux capitouls pour leur anuoncer sa prochaine arrivée. Elle eut lieu au mois de mars 1665, avec tous les bODoeurs dus à son rang. Peu de jours après son installation, il alla visiter les travaux du canal du Midi. Nous ignorons s'il consacra Féglise des Carmes-Déchaussés, qui fut terminée cette année, et s'il assista à la cérémonie de la canonisation de saint François de S^es, célébrée avec une grande pompe dans la chapelle des dames de la Visitation , ainsi qu'à celle de la béatification de sainte Rose de Lima, qui eut lieu aux Dominicains. Ses vicaires généraux ordonnèrent, au mois d'avril 1666, des prières publiques pour la reine Anne d'Autriche, qui mourut à cette époque. Il est à remarquer que le uom de M. de Ciron ne figure pas dans cette dernière ordonnance. Avant de quitter l'administration diocésaine, ce dernier avait signalé son zèle en faveur du jansénisme en frappant d'interdit deux pères capucins, Simplicien et Vincent, qui, dans une série de prédications faites à leur église, s'étaient élevés avec beaucoup de force contre cette hérésie. C'est par cet acte qu'il marqua le terme de sa carrière administrative. Il consacra depuis ses loisirs à composer plusieurs ouvrages à l'usage de l'Eniance, tels que le Traité des Vœux, les Avis aux Supérieures de cette maison^ et les Règlements particuliers.
L'année 1667 vit s'ouvrir à Toulouse le canal du Languedoc, œuvre étonnante pour le siècle où elle fut exécutée, et qui a immortalisé le nom de son auteur, Paul Riquet de Bonrepos. Ce grand homme mit quatorze années à former ce projet, à eu tracer le plan et à le réaliser au milieu des plus grands obstacles. L'ouverture de ce canal eut lieu à
rentrée da Pré des Sept-Deniers avec une grande pompe. M^ d*Ânglure célébra les saints mystères sous une tente dressée en plein air, assisté des quatre évèques sufiragants, en présence du parlement, des capitouls, de la noblesse et d*un peuple immense. Le duc de Verneuil, qui, cette année, était venu à Toulouse, assista sans doute à cette fête.
Le 26 avril 1667, W^ Farchevêque tint une assemblée synodale où il rendit plusieurs ordonnances sur divers articles de la discipline ecclésiastique.
C'était l'époque, à Toulouse, des monuments et des inscriptions. M^ de Berthier, évêque de Rieux, enrichit le chœur de la métropole du bas-relief représentant la lapidation de saint Etienne, qui fut exécuté en marbre blanc par le ciseau de Gervais Drouët. On plaça des inscriptions en vers latins à Ttle de Tounis, à Tarc-de-triomphe du pont, du côté de Saint-Cyprien et du côté de la ville. Le temps, qui détruit tout, les a aujourd'hui complètement effacées.
L'Eglise de Toulouse perdit, en 1668, l'un de ses prêtres les plus distingués par ses vertus et ses talents : l'abbé Jean de Cambolas mourut dans cette ville le 12 mai, en odeur de sainteté. Il naquit en 1599, de Jean de Cambolas, conseiller du roi et président au parlement de Toulouse, auquel on doit le Recueil des décisions notables du parle-ment de cette ville. Jean de Cambolas fut destiné dès ses premières années a Tétat ecclésiastique, et fut pourvu d'an canonicat au chapitre de Saint-Saturnin. Il consacra sa vie aux bonnes œuvres et à la composition de plusieurs ouvrages qui sont venus jusqu'à nous. Il donna au public le Modèle de la Vie chrétienne. — Idœa cœtus concionatoribtis
TBHPS VODgVIES. 353
efformandis addicti. — Discours fait en rassemblée du clergé. NoQS apprenons de cet écrit que Vâbbé de Cambolas se rendit à Paris porteur d'une lettre de M«' Farchevêque de Toulouse, et qu'ayant été admis au sein de rassemblée générale du clergé, il y prononça un très long discours sur la nécessité de former les jeunes ecclésiastiques à la prédication apostolique et sur les moyens à prendre pour arriver a cette fin ; que l'archevêque de Reims, président, loua beaucoup son zèle ; et qu'étant de retour à Toulouse, il y publia les ouvrages que nous venons de citer. On possède encore de cet auteur des Réflexions sur la diversité de la doctrine qui s'agitait alors en France , et un Dialogue chrétien entre un directeur et son pénitent sur la même matière. L'abbé de Cambolas mourut dans l'exercice de toutes les vertus sacerdotales. Son cœur fut placé dans la chapelle des carmélites, et déposé plus tard dans la basilique de Saint-Saturnin, où il repose aujourd'hui.
Bientôt après, Toulouse perdit aussi son archevêque ; M«' d'Anglure mourut le 25 novembre 1669, à l'âge de soixante-^iuatre ans. Il avait gouverné notre Eglise pendant dnq années, et y av^t fait admirer sa générosité envers les pauvres. Il fut inhumé dans le sanctuaire, auprès de l'autel, avec une somptueuse épitaphe. Cette inscription tumulaire, en rappelant sa noble origine, cite le nom de Saladin. Cette citation a trait à l'un des aïeux du prélat, qui, au temps des croisades, étant tombé en la puissance du Soudan d'Egypte, obtint la permission de rentrer en France pour aller chercher sa rançon, revint ensuite auprès du soudan, remporta une éclatante victoire sur les ennemis de ce prince, et préféra renoncer à une alliance avec la fille du
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Soudan plutôt que d'abjurer la foi de ses ancêtres. Lorsque Ms' d*ADglure fit sa première visite au collège des jésuites, le P. Haugot fit jouer devant lui un drame en vers latins iambiques qui retraçait cet événement ; cette pièce porte pour titre : Anglurits, seu fortitudo christiana.
M*' de Bourlemont se montra plein d'une sainte actiyité pour le bien de son clergé. U rendit, en 1664, une célèbre ordonnance, par laquelle il était enjoint à tous les aspirants aux ordres mineurs et sacrés de faire une retraite de plusieurs jours au séminaire de Carmaing. De concert avec M«' de Ventadour, évêque de Mirepoix, il unit à ce séminaire tous les biens du collège de ce nom, appelé aussi de Saint-Nicolas. Il chercha, peu de jours avant sa mort, à rétablir la concorde au séminaire des Irlandais qu*Anne d'Autriche avait fondé à Toulouse pour douze prêtres irlandais destinés à aller prêcher la foi dans leur patrie. Ce séminaire s'ouvrit en 1660, et eut pour premier supérieur Daniel Mac-Carlhy. Sous le successeur de ce dernier, des intrigues et des cabales jetèrent le trouble dans la communauté ; c'est ce qui força M«' d'Anglure, par une ordonnance en date du 2 mai 1669, à reléguer les deux chefs de la brigue au séminaire de Carmaing. Le calme était un peu rétabli à la mort du prélat; mais ce calme n*était que le précurseur de nouvelles tempêtes, et ce séminaire suscita aux successeurs de M»* d'Anglure les plus grands embarras jusqu'à ce qu'enfin, dans les premières années du siècle suivant, par arrêt du roi, l'élection du supérieur fut laissée au choix des archevêques de Toulouse. Ce séminaire, qui a subsisté jusqu'à la Révolution française, était situé dans la rue Yalade, à l'angle de celle de la Bastide.
TEMPS HODBBNES. 357
Nous croyons devoir placer à Tépoque où ûoqs sommes la mort de M. SimoD de Peyronnet, curé de la paroisse du Taur. Les premières circoustances de sa ?ie nous sont inconnues. Il fut pourvu de la cure du Taur sous Vépiscopat de Ms' de Hontcbal. Ce prélat lui confia le soin de recueillir tous les conciles, statuts et ordonnances synodales du diocèse de Toulouse depuis les temps les plus reculés jusqu*à Tépoque contemporaine. M^^ de Marca Tencourâgea dans ce travail, qui parut en 1669, imprimé par Tordre de M«^ de Bourlemont et aux frais du diocèse. Cette collection si précieuse commence par les statuts de Bernard Du Rozier, en 1452, dont le manuscrit avait été confié à M. de Peyronnet par Tabbé de Reilbac, chanoine de Saint- Etienne, bomme très versé dans la connaissance des antiquités sacrées de Toulouse. On trouve ensuite les constitutions synodales de Jean d'Orléans, promulguées en 1531. Ces constitutions sont d*une immense étendue. Vient en troisième lieu le concile- provincial du cardinal de Joyeuse, en 1590, annoté par Simon de Peyronnet, et là se termine la première partie de la collection.
La seconde partie renferme les ordonnances de Pierre Du Lion, en 1481 ; des vicaires généraux du cardinal de Meudon, en 1551; du cardinal de Joyeuse, en 1592; de Pbilîppe de Cospéan, administrateur du diocèse de Toulouse; des vicaires généraux du cardinal de La Valette; de Cbarles de Montcbal et de ses grands-vicaires ; de Pierre de Marca et de ses grands-vicaires, et de M^'de Bourlemont. On trouve ensuite des instructions diverses de plusieurs évéques de Toulouse sur un grand nombre de points de dogme, morale et discipline. La seconde partie est ter-
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minée par les ordonnances synodales de Monseigneur de Bourlemont.
Simon de Peyronnet composa encore nn catalogue assez étendu des évèques de Toulouse, depuis saint Saturnin jusqu*à son temps, suivi de celui des officiaux métropolitains ; un livre qui a pour titre : Onomastiœn $anctum, ou explication des mots anciens ; un catalogue des noms de tous les saints renfermés dans le martyrologe romain, avec des annotations historiques et critiques; et un traité sur les suffrages en faveur des âmes du purgatoire.
PierreMe Bonzy, évêque de Beziers, fut nommé par le roi k l'archevêché de Toulouse. Peu de temps après son élection, la reine le désigna pour son aumônier. Il obtint ses bulles et prit possession de son siège par procureur. Le roi de Pologne le fit revêtir de la pourpre romaine. Son épiscopat a Toulouse fut de très courte durée, ayant été transféré presque aussitôt à l'archevêché de Narbonne. 11 arriva incognito à Toulouse le 9 août 1672, refusant tous les honneurs dus à son rang ; il était accompagné du marquis de Castries et de la marquise sa sœur. Les seuls actes de son épiscopat qui soient venus jusqu'à nous, sont une visite qu'il fit à la maison de l'Enfance et l'approbation qu'il donna aux statuts des Filles de la Providence. Cette communauté, dont les membres se dévouaient au soulagement des pauvres et à l'instruction des enfants, eut pour fondateur M. l'abbé Mercadier, prêtre de la congrégation des Oblats. Leur maison subsista jusqu'à la Révolution française. Elle était située rue Matabiau, près du Refuge actuel. Les providentes n'avaient ni vœux ni clôture.
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Le 22 novembre 1674, Joseph de Monlpezat de Carbon, évêque de Saint-Papoul, fut nommé archevêque de Toulouse. La ville lui envoya une députation à Montpellier, où il se trouvait à la tenue des Etats, pour le féliciter. 11 reçut ses bulles Tannée suivante, prit possession par procureur, et prêta serment entre les mains du roi. Au mois de novembre 1675, il ût homologuera la chambre des comptes les lettres par lesquelles on lui donnait pouvoir de prélever ses fruits. U négligea de signifier leur inscription en temps utile aux receveurs : aussi un canonicat et la chancellerie étant venus à vaquer à Toulouse, un certsûn Clément obtint ces bénéfice du roi, et celui que Tarchevêque avait nommé fut obligé de se pourvoir en parlement, le droit de régale ayant son effet à cause du défaut de signification des précédentes lettres.
Deux maisons religieuses de la ville de Toulouse, celle des cordeUers et celle des minimes, perdirent, a cette époque. Tune de leurs gloires, quoique dans un degré différent : les cordeliers perdirent Matthieu Viste, frère convers de leur ordre, qui se sanctifia dans la pratique de toutes les vertus religieuses, et particulièrement de l'humilité et de la charité. Le P. Félix Cueillens a donné sa Vie au public. Les minimes perdirent le célèbre P. Magnan, mathématicien et philosophe distingué. H était né à Toulouse, au commencement du siècle. Il entra, dès sa première jeunesse, au couvent des minimes de Toulouse, et y fit profession. En 1656, il fut envoyé à Rome pour y professer les sciences mathématiques et physiques : ce qu'il fit avec le plus grand éclat. Il y publia son premier ouvrage de PerspecUvà Iwrarià. En 161)1 , il fut élu provincial d'Aqui-
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taioe. Peodaot qo*il exerçait cette charge, il publia sa Philosophia sacra, ensuite son Cours de philosophie. Peu d^années avant sa mort, il composa un écrit qui a pour titre : De Usu lidto pecuniœ, et qui a été traduit en français. Ce dernier ouvrage fut censuré par quelques évèqoes, comme favorisant lusure. Louis XIV, qui, à son passage à Toulouse, avait visité le P. Magnan dans sa cellule, Toulut Tattirer à Paris; mais ce religieux, qui était aussi humble que savant, résista aux sollicitations du monarque. Honoré dans l'Europe entière par tous les esprits vraiment sérieux, le P. Magnan mourut avec la réputation d'un excellent religieux. Le P. Saguens a composé sa vie.
L'université comptait à cette époque un professeur célèbre, Jean de Majoret; il enseignait le droit canonique. Son fils publia de savants commentaires de Lancelot de Pérouse, dus à la plume de son père; il les dédia à Philippe de Berthier, évêque de Rieux. Cet ouvrage se recommande aux bibliophiles par la beauté de son exécution typographique, La cour du présidial eut aussi son auteur ; Paul Darailhe, conseiller en cette cour, composa un assez long poëme en l'honneur de l'immaculée conception de la vierge Marie. Antoine de Montlaur publia un livre dont l'originalité dépasse toutes les bornes ; il a pour titre : Palladiœ Tolosœ ludicra. Il est dédié au jeune dauphin de France, et renferme dix-huit pièces de vers sur différents sujets où l'on voit passer les hommes et les événements contemporains. Cet ouvrage, devenu très rare, est illustra par un très grand nombre de figures emblématiques.
L'un des premiers soins de M«' de Montpezat, en prenant ladministration du diocèse de Toulouse, fut d^instituer
TBMPS NOOBUtES. 364
un véritable séminaire, car avant lui tous les établissements destinés aux jeunes clercs méritaient à peine ce .nom. U tint, en 1677, un synode où il dressa de très sages règlements ppur la création de ce séminaire, qu'il confia aux pères do la compagnie de Jésus, sous la direc* tion du P. L'Allemand, provincial, et du P. Louis Duranty, qui passèrent avec F archevêque tous les traités nécessaires à Fétablissemeot durable de cette maison. Indépendamment des fonds qui furent votés par le clergé séculier pour sou entretieu, rarchiprétré de Caraman fut uni au nouveau séminaire, qui ne s'ouvrit que quelques années plus tard.
Pendant que M^^ de Montpezat s'occupait de l'érection de son séminaire, le roi nomma à l'arcbidiaconé de Pamiers un nommé Poucet, protégé du secrétaire d'Etat de Cbâteauneuf. Caulet, évéque, ayant refusé le serment de fidélité à la cour des comptes, le droit de régale se trouvait ouvert dans ce diocèse. L'évéque protesta contre cette nomination. Poucet porta alors sa cause devant l'archevêque de Toulouse, qui, donnant raison au régaliste, cassa les actes de son suffragant. Caulet porta ses doléances à Rome. Le pape parut peu satisfait de la conduite de M<^' de Montpezat, et lui exprima son mécontentement dans un bref daté de Tannée 1679, et dans lequel il se plaint de ce qu'il a favorisé la prise de possession de l'abbesse de Sainte-Qaire du Salin, qui, nommée parle roi et ne pouvant être acceptée par les religieuses, s'était emparée de vive force du monastère à la tète d'une foule de soldats armés. On voit par ces faits qne l'archevêque de Toulouse soutenait vivement les intérêts de la cause royale.
U s'occupa activement du soin des pauvres, et pour
36) TBMK MODKBNBS.
venir à leur secoors, il dressa les statuts d^une confrérie de charité dans son église métropolitaine, et à laquelle tont le clergé et la noblesse donnèrent leurs noms. Plein de zèle pour la solennité du culte, il rédigea un Propre des Saints pour son diocèse, où Ton remarque Tofûce de plu* sieurs bienheureux nouvellement canonisés. Sous son épiscopat, les pères de FOratoire ouvrirent un séminaire dans la paroisse de la Dalbade. Cette cure avait été unie à cette communauté dès Tannée 1624. L'intention des oratorieDs, en formant leur séminaire, n'était que de réunir quelques clercs pour le besoin de leur église et la pompe des cérémonies. Malheureusement cette maison, qui était assez mal famée à Toulouse, et qu'on appelait par ironie Refugium peccatorum, devint un ardent foyer de jansénisme, et on y constata l'existence d'une presse secrète d'où sortait une Gazette ecclésiastique destinée à soutenir le parti.
La mort vint tout-k-coup frapper Pierre-Paul Riquet au moment où il allait jouir du fruit de ses travaux. Il expira, en 1680 à Toulouse, où son nom est devenu immortel. Il fut inhumé dans la nef de l'église Saint-Etienne; une modeste pierre indique seule encore aujourd'hui le lieu où reposent ses cendres. L'année qui suivit sa mort, le canal du Midi devint navigable dans tout son cours. La génération contemporaine s'est montrée justement reconnaissante envers ce grand homme. Ses descendants publièrent, en 1803, l'histoire complète de sa belle œuvre. Vingt-trois ans plus tard, on éleva sur les pierres de Naurouse un monument à sa gloire ; Béziers et Toulouse lui ont élevé des statues, et les poètes ont chanté son génie.
L'université de Toulouse attira a cette époque les regards
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de Louis XIV. Par un édit de 1681, il établit deux chaires académiques en faveur des PP. jésuites. Nous ignorons de quelle manière cet édit fut accepté par le corps enseignant ; mais cette faveur royale donnait une plus grande liberté à la compagnie, et la mettait à couvert des vexations incessantes dont elle avait été l*objet. Par un autre édit daté de 1682, le roi institua, dans Funiversité de la même ville, une chaire de droit français. Jusqu*alors le droit civil ou droit romain et le droit canonique avaient été seuls enseignés dans les facultés de droit ; Louis XIV résolut de consacrer des leçons particulières au droit français dans les universités de Paris, Toulouse, Montpellier et Cahors, et Antoine de Martres fut le premier professeur nommé dans notre ville.
L'université de Toulouse fit à cette époque une perte irréparable en la personne de son doyen, Antoine Dadin dllauteserre. Ce professeur naquit à Cahors et vint encore jeune se fixer à Toulouse. On trouve réunis en lui Thistorien, le romaniste et le canoniste. En 1643, il publia à Toulouse son ouvrage sur les ducs et comtes, et son livre sur Y origine des fiefs. Ces deux écrits furent composés pour donner de la force à l'autorité royale. En 1648, il publia son Histoire d'Aquitaine, recommandable par l'exactitude des faits et la simplicité du récit. La même année, il devint professeur en droit civil à l'université, et doyen en 1671. Vers l'année 1659, il donna son livre de Fictionibus juris, qui est un commentaire du droit romain. Plus tard, des commentaires sur les Institutes de Justinien, les textes de Tryphonin et plusieurs textes du Digeste sortirent de sa plume. Ses travaux sur le droit canonique ne sont pas
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moins nombreux ; il publia six livres de dissertations sur le droit canonique. Ses commentaires sur les décrétâtes d'Innocent III lui acquirent beaucoup de gloire en Europe, et rassemblée générale du clergé de France le chargea, par Torgane de Févéque de Laon, depuis cardinal d'Estrées, de réfuter le Traité de VAbus de Févret. En 1674, d'Hauteserre fit paraître dix livres sur les Origines monastiques, que suivirent des notes sur Grégoire de Tours, les Vies des Papes, par Anastase, et un commentaire sur les clémentines.
Pieux autant et plus même que savant, Hauteserre se montra toujours un parfait modèle de toutes les vertus chrétiennes. Il mourut à Fâge de quatre-vingt-deux ans, et fut inhumé dans Toratoire de Nazareth, dépendant du chapitre de Saint-Etienne, où Ton voit encore aujourd'hui son buste et son épitaphe.
L'année même de la mort de Hauteserre se déroulait à Paris l'affaire des quatre articks de l'assemblée de 1682. Personne n'ignore que la célèbre Déclanuion fut amenée par l'affaire de la régale ; que la première idée appartient à M. de Colbert; que Bossnet, quoique partisan de la doctrine de la Déclaration, n'aurait cependant pas vouId que l'assemblée la fit paraître, dans la crainte d'aigrir innocent XI ; que les intentions du roi se trouvant en opposition manifeste avec les désirs de l'évèque de Meaux, celui-ci se chargea de la rédaction des quatre articles pour ménager la paix. Louis ;XIV rendit un édit qui déclarait obligatoire l'enseignement des quatre articles. Cet édit, enr^stré au parlement, fut accepté, à peu d'exceptions près, par te clergé séculier et régulier, ainsi que les corps enseignants.
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Les quatre articles furent aussi acceptés à Toulouse comme ailleurs.
Ce fut en Tannée 1685 que les pères jésuites ouvrirent, au quartier des Hauts-Murats, dans la rue de la Sénéchaussée, le premier séminaire diocésain. Le 19 mars, jour de saint Joseph, patron de Varchevêque, le prélat bénit la chapelle, et y célébra les saints mystères. Le local était d'abord très peu propre à un établissement de cette nature : on acheta quelques maisons Toisines, et Ton put y loger jusqu'à soixante clercs. Ce séminaire n'exista en ce lieu que trois années, ayant été transféré, comme nous le dirons plus tard, dans la maison de FEnfance. Le prélat partit peu de jours après pour se rendre à l'assemblée générale du clergé de France, à Paris, où il reçut les provisions de l'abbaye de Gimont , à laquelle il venait d'être nommé.
Nous touchons maintenant à la destruction irrévocable de la mcdson de l'Enfance, dont il faut reprendre l'histoire. Quelque soin qu'apportât M*" de Mondonville à faire garder le secret sur les affaires de sa maison, il était bien difficile qu'il ne fût trahi en quelque endroit. La paroisse de Saint- Pierre eut en ce temps pour curé l'abbé Lierre, homme d'esprit et de piété. Ayant conçu quelques soupçons sur la doctrine enseignée à l'Enfance, il adressa quelques questions à une fille nommée Laflèche, qui refusa d'y répondre, et avertit Madame de l'indiscrétion du confesseur, qui fut aussitôt évincé. L'abbé Lierre dut sans doute avertir les vicaires généraux de M«^ d'Ânglure, qui, par un acte du mois de mai 1666, enjoignirent à la fondatrice de fermer ses classes. Elle obéit, tout en protestant, partit avec quel-
366 TEMPS HODBENES.
ques-unes de ses filles poar Montesquieu, où elle atait établi une maison, et dispersa les autres chez ses amis.
Cétait une femme bien adroite que M*^ de Mondonville! Au plus fort de Forage, elle apprend que Tarchevéque désire obtenir la place de secrétaire des Etats pour un de ses protégés nommé Mariette. De concert avec Tabbé de Ciron, elle parvient à gagner certaines voix aux Etats, et fait savoir au ' prélat par son confident que, grâce à sa médiation, cette place est assurée au protégé. De là, Fabbé de Ciron passa à Tétat de désolation où se trouvait TEnfance, et pria l'archevêque de vouloir bien en examiner les constitutions. Le prélat y consentit, et après les avoir soumises à Texamen du P. Ferrier et du P. Roques, jésuites, qui en retranchèrent bien des articles, il consentit à les approuver, sur la promesse expresse que lui fit Tabbé d'opérer les retranchements indiqués. Cette condescendance de l'archevêque déplut beaucoup à la cour.
Rien n'unit les cœurs comme la communauté de chagrins et de disgrâces : aussi les liens qui unissaient la fon- . datrice à l'abbé de Ciron se fortifiaient tous les jours. Fatigué de se rendre à l'Enfance le matin et le soir, le pieux chancelier trouva plus simple de loger à côté de l'établissement dans une maison séparée, mais de laquelle on pouvait se rendre à l'Enfance sans être vu de dehors: dès-lors les entretiens devinrent plus fréquents et plus libres. Les méchantes langues glosèrent un peu sur ce changement de domicile, mais on laissa gloser. M. de Gron partit pour Paris; Madame l'y suivit, accompagnée de M** de Prohenques, dont nous parlerons bientôt. Elle y reçut un grand nombre de visites, et M"*' de Sévigné parle de ce
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voyage en ces termes : Nous avons ici M"* de Mondonville, et tout le monde la court voir.
M"* de La Furetiëre, fille d'un conseiller au parlement de Toulouse, étant sortie de FEnfance, où elle était pensionnaire, dévoila bien des faits à son père, qui se crut obligé d'en avertir la cour. On venait d'apprendre à Paris que M""* de Mondonville s'occupait des affaires de la régale : aussitôt une commission fut envoyée à Potier de La Terrasse, avec ordre de recueillir avec le plus grand soin tout ce qui regardait cet établissement, et M. d'Âguesseau, intendant de la province, reçut celui d'intercepter les lettres écrites à la fondatrice. En vertu de ce dernier mandat, on intercepta une lettre écrite de Paris à la dame, et dans laquelle on lui exposait en toute franchise les accusations dont elle était l'objet de la part de M"'' de La Furetiëre, qui avait déclaré au président : l'' que Madame affectait avec ses filles des airs de grandeur, et vivait au sein du luxe et de la mollesse ; ^'^ qu'elle confessait ses filles, et les faisait prêcher à tour de rôle ; 3^ qu'elle avait souvent des conférences secrètes avec des personnes étrangères qui entraient déguisées dans la maison pendant la nuit; i"" qu'elle-même n'avait pu faire ses pâques dans la maison pendant les deux années que M. de La Furetiëre l'y avait tenue. Nous apprenons de cette lettre que celui qui protégeait à la cour M™ de Mondonville portait le nom de guerre de Custodinos.
La fondatrice n'épargnait pas à ses filles des corrections manuelles, et cela pour les moindres fautes. Ces corrections, qui consistaient en de fortes disciplines administrées par de vigoureuses servantes, se donnaient le soir dans une chambre obscure qu'on appelait Fierabro. M"* Le Bel fut
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radeinent fasligée, et mourut peu de temps après. EHe avait deux oncles à Toulouse appelés Du Boulai, Tun avocat et Tautre capitaine d'infanterie. On répandit le brait que leur nièce était morte des suites des mauvais traitements qu'elle avait reçus à TEnfance. Ces messieurs, aidés de leurs amis et de quelques soldats, prirent toutes leurs mesures, et après avoir reçu toutes les autorisations nécessaires, s'emparèrent du cadavre de leur nièce que Ton portait^au cimetière, le firent déposer dans la boutique d*un frater nommé Montplaisir, et y firent vérifier le corps, sur lequel on trouva des marques assez suspectes. Du Boulai fit dresser procès-verbal de cette visite, laissa continuer l'enterrement, partit ensuite pour Paris, vit M. de Lonvoîs, fut présenté au roi et lui porta sa plainte. Sa Majesté donna ordre aussitôt au président de La Terrasse et au procureur général de Maniban d'informer sur celte allaire, qui ne fut pas poussée plus loin.
Un second événement du même genre excita tellement la fureur du peuple qu'il se porta en foule à l'Enfance, menaçant de détruire la maison et de brûler la fondatrice. Des avis lui vinrent bientôt après de la cour, où elle eut un nouveau protecteur dans la personne de M. Le Tellier, nommé chancelier de France. A la suite de ces avis, elle partit pour Paris avec l'abbé de Ciron, fut reçue du chancelier, des ministres, du P. de La Chaise, et de plusieurs personnes de la cour. Elle plaida sa cause avec tant de force, paria si longtemps et si bien qu'elle finit par capter les suffrages de tous ceux qui la virent. On s'aperçut cependant que tout ce qui tenait au parti janséniste allait la
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visiter, ce qui déplut beaucoup au roi et ne le tendit pas très favorable a cette dame.
De retour à Toulouse^ la fondatrice reçut un coup affreux par la mort inattendue de M. Tabbé de Oron auquel elle prodigua les soins les plus touchants. On répandit sur ce cher défunt beaucoup plus de larmes que de prières à TEnfance. M'"'' de Mondonville, s'érigeant en véritable papesse, lui donna les honneurs de la béatification; ellecom^ posa une oraison pour Tinvoquer, et tous les soii^^ la communauté prosternée, disait à haute Voix : saint Gabriely priez pour nous. Il fut inhumé sous le porche de réglise métropolitaine, et le P. Dumas^ doctrinaire, composa son éloge.
Dans Tintervalle qui s*écoula depuis la mort de Tabbé de
Gron jusqu'à l'affaire de M"« de Prohenques^ le cardinal
de Bonzy, archevêque de Toulouse, fit sa visite à l'Enfance,
parcourut la chapelle, les offices, le réfectoire, les classes,
les chambres, et n'y vit que du feu. En 1677, M«' de Mont-
pezat, successeur du cardinal, fit de son côté sa visite, et
approuva tontes les ordonnances de ses prédécesseurs
relatives à l'Enfance. Tout était cahne alors, lorsqu'on 1682
arriva l'évasion de M""" de Prohenques, qui porta un coup
terrible a la fondatrice. Cette jeune personne, fille d'un
conseiller au parlement de Toulouse, av^t été placée à
l'Eniance pour la soustraire aux poursuites d'un jeune
avocat qui prétendait à sa main. Sa vocation était un peu
forcée; elle forma cependant sa liaison, s'accoutuma tant
bien que mal à sa nouvelle vie, eut le talent de s'insinuer
1^ avant dans les bonnes grâces de Madame, et devint sa
pnncipale confidente.
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jjfue ^Q Prohe&ques avait ud caractère difficile à dompter. M"^ de MondoDTille aurait dû la ménager : elle ne le fit pas. Du mécontentement on passa aux mnrnmres; des murmures à la crainte d*un châtiment justement redouté, et de la crainte au projet d^éyasion, qui fut exécuté le 24 novembre par une fenêtre du rez-de-chaussée. Cette évasion jeta dans de grandes frayeurs la fondatrice. Tous ses efforts pour ramener la fugitive devinrent inutiles. Un véritable désespoir s'empara de Fesprit de cette femme lorsqu'elle apprit que M""" de Prohenques, méprisant la sentence d'excommunication qui avait été portée contre elle par Ms<^ de Montpezat, se rendait a Paris pour demander justice au roi. Cette fille se présenta au P. de La Chaise et à M. de Louvois, qui informèrent le prince de toute cette affaire. Ordre fat donné de recevoir les dépositions de la fugitive. Ses réponses furent claires et précises :.elle dévoila les indignes traitements dont étaient victimes les ûlles de TEnfance de la part d'une femme ambitieuse et hautaine, la doctrine qu'on enseignait dans cette maison, et fortifia les soupçons qu'on avait conçus sur la publication de certains écrits contraires au droit de régale. On accusait le P. Cerle et l'abbé Dorât, vicaires généraux de Pamiers, de composer ces écrits. Le premier fut condamné à mort par le parlement de Toulouse, et exécuté en effigie le 20 avril 1680. 11 se cachait avec soin, et dans sa retraite continuait à devenir plus coupable par de nouvelles publications. On soupçonna que ces deux ecclésiastiques recevaient un asile dans l'Enfance, et que cétait là qu'on imprimait ces pamphlets contre la majesté royale. ^
M"« de Prohenques déclara qu'elle ne pouvait affirmer
Digitizéd by VjOOQIC
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qu*il y eût une imprimerie à rEnfance; mais quant aux livres dont il était question, elle affirma en avoir relié elle-même plusieurs exemplaires. Pour ce qui est da MM. Gerle et Dorat^ elle dit qiie biea des fois elle avait servi en secret à manger à des personnages inconnus^ Ces dépositions si accablantes auraient inCstilIiblement amené à rbeure même la destruction de TEnfance si M. le chancelier, entièrement dévoué à la fondatrice, n*eût détourné, avec une prodigieuse adresse, Forage qui grondait sur cette tête. L'affaire de M"' de Prohenques fut arrêtée, sa dot restituée, et les dépens entièrement payés.
M^ de Montpezat était aux états de Montpellier lorsque arriva Tévasion de cette demoiselle. A son retour^ il prit sur cette affaire les plus amples informations, et le 12 janvier 1683, il se rendit à l'Enfance. Tout y avait été préparé d'avance pour le recevoir. Etant arrivé dans une des salles de la maison, il y trouva une presse à relier et une demoiselle qui reliait de petits livres. Il demanda aussitôt s'il existait dans rétablissement des presses, formes, châssis et caractères d'imprimerie. On comprend que M"' de Mondpnville ne fut pas très embarrassée pour répondre que MM. Pech et Bosc étaient les imprimeurs de l'Enfancç. Le prélat adressa ensuite plusieurs questions à chacune des filles eu particulier, hors de la présence de Madame ; mais comme celle-ci avait par£ûtemeut bien fait la leçon à ses demoiselles, M^ de Montpezat ne put rien découvrir et se retira en donnant des éloges à la fondatrice.
Peu de temps après, il se forma à Toulouse un comité dirigé par la cour, qui, malgré les protestations du chancelier de France, soupçonnait toujours M""' de Mondonville.
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Ce comité avait a sa tête le président Potier de La Terrasse ; M. de Maniban, procureur général, Fintendant de la pro- YiDce, et quelques conseillers, en étaient les membres. Ce comité parvint, par les moyens les plus extraordinaires du monde, à tout découvrir dans FEnfance. Vivait alors à Toulouse un abbé nommé de Saint-Gilles, menant grand train et ayant pompeux équipage. Il était allié au président de La Terrasse, et avait donné pour pensionnaire à FEnfance une charmante petite nièce, fille du marquis de Tiergeville son frère. Sur les bruits qui couraient, il résolut de retirer sa nièce de cette maison, et Madame refusant de la lui rendre, il la prit de vive force dans le carrosse même de la fondatrice au moment où elle se rendait de Féglise de la paroisse à FEnfance.
Dès que Fabbé eut sa nièce en son pouvoir, il Finterrogea avec soin sur tout ce qui se passait dans la maison, et les réponses de M"" de Tiergeville ne firent que confirmer ce que Fon savait déjà. M"* de Mondonville eut Fimprudence de parler à une de ses amies du procédé dont Fabbé avait usé à son égard, et s'oublia jusqu'à lui raconter ^certaines aventures de jeunesse sur ce personnage. Cette, amie, plus imprudente encore, rapporta à M. de Saint-Gilles les paroles de la fondatrice : dès-lors il se mit en communication avec le comité, et lui fit part des plans qu'il avait conçus pour perdre la fondatrice et sa maison. Il crut qu'il était nécessaire d'introduire dans FEnfance un homme qui lui fût dévoué, et qui, en s'insinuant doucement dans les bonnes grâces de la fondatrice, pût parvenir à découvrir bien des choses sur lesquelles on n'était pas encore pleinement informé. Il prit seul la conduite et la
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responsabilité de son projet, et partit pour son abbaye, ou plutôt pour son prieuré, situé à ce que nous croyons, dans le diocèse de Luçon. Là, il trouva un ancien aumônier des gardes-françaises nommé Grégoire Alpbonse, qu*il crut très propre à remplir son but. Des promesses furent faites, des instructions données. Il faut convenir que* ces instructions sont un tissu de mensonges et de fourberies, et que de pareils moyens d^arriver à la vérité n étaient guère dignes de deux prêtres, dont Fun avait créé le rôle quMl avait fait accepter kFautre.
Quoi qu'il en soit, Grégoire Alphonse partit pour Tx)ulouse en véritable Gabaonite, vêtu d'une soutane rapetassée, coiffé d'un vieux chapeau, chausisé de gros souliers poudreux, portant un bréviaire déchiré sous son bras, et à la main un bâton noueux. En arrivant à Toulouse, il se rendit à Thôpital de Saint-Antoine, où l'on recevait les pauvres pèlerins. Le lendemain, il se présenta à TEnfance pour demander l'aumône. La portière ftit frappée de son état de maigreur et d'abattement, et, lui donnant un morceau de pain, se contenta de lui demander s'il était malade. Le lendemain, il revint, à l'Enfance et faisant semblant de verser quelques larmes, il dit qu'il s'appelait Jean Trévegat, angevin; qu'il était curé, mais qu'on l'avait dépouillé de sa cure, et que les jésuites étaient la cause de tous les maux qu'il avait soufferts. On rapporta ce propos a Madame, qui lui fit donner de la soupe. Pendant dix jours, Trévegat vint à l'Enfance et s'expliqua enfin sur le compte des jésuites de manière à faire croire qu'on l'avait arrêté dans sa paroisse et conduit à Versailles; qu'il y avait vu le P. de La Chaise ; qu'on l'avait accusé de servir les intérêts de
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deux prélats ennemis de la compagnie, et que te confesseur du roi rayait fait dépouiller de son bénéfice. Tout cela fut dit avec un air si sincère que la portière s'y prit, en avertit la fondatrice, qui fit servir à Trévegat une portion de viande.
Trévegat comprit alors que son rôle aurait du succès. II se hasarda à demander si Madame ne pourrait pas lui procurer quelque honnête condition où il fût à Tabri des coups de ces maudits jésuites. On lui dit qu*il allait copier un bail à ferme, et que par là on jugerait de sa capacité. Il copia, en effet, ce bail, et y trouva trois irrégularités qull signala à l'intendante, M"* de VarangevîUe. M"* de Mondonville désira naturellement connaître ce personnage. On rintroduisit chez la fondatrice. Son extérieur la déconcerta d*abord; mais elle fut si satisfaite de ses réponses qu'elle crut devoir le retenir. Alors Trévegat lui présenta de faux certificats, entr'autres une attestation prétendue de son évêque, qu*il tenait cachée dans son soulier. Il fut alors décidé qu*il serait chargé de mettre en ordre les papiers de la maison et qu'on lui donnerait quatre cents livres et la table.
Voila donc Trévegat installé à FEnfance. L'abbé de Saint- Gilles revint de la cour et vit son homme chez l'un des conseillers du parlement, où celui-ci s'était rendu pour un procès que la maison avait en cette cour. M, de Baville, nouvel intendant du Languedoc, ayant appris le rôle que Trévegat jouait dans l'Enfance, lui fit donner des instructions très précises par l'abbé de Saint-Gilles. Peu de jours ^près, on donna à Trévegat une fausse lettre écrite par son frère (qui n'avsdt jamais existé), et dans laquelle ce frère
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parlait du P. Gerie et de Tabbé Dorât comme de deux saints persécutés. Il découvrit un jour que deux personnages vêtus en paysans avaient porté à FEnfance deux flacons garnis de paille : il crut reconnaître, à quelques tacbes noires, qu'ils contenaient de Tencre. Communication de cette découverte fut faite au comité. Un jour on vint Tavertir que Madame désirait le recevoir dans son appartement privé. La fondatrice était assise dans un grand fauteuil, ayant à ses côtés MM"" d'Alençon et Nouveau. Lorsque ces demoiselles furent parties, Trévegat donna lecture à Madame de la lettre en question. Celle-ci versa des larmes, poussa des soupirs, appela ses filles, leur communiqua la lettre, et après avoir reçu de Trévegat le serment de lui être fidèle, lui ordonna de se tenir prêt à partir pour Castelnaudary, afin de déposer des ballots en un lieu appelé le Parc de la Biche.
• Avant son départ, Trévegat vit les membres du comité, et il fut décidé qu*il ouvrirait en route les ballots : ce qu'il fit dans une ferme. U y trouva des écrits contre la régale et pleins d'injures contre le roi et ses ministres. Après avoir copié quelques-uns de ces écrits, il arriva au Parc, remit les ballots, et reçut du prêtre qui habitait en ce lieu un signe qu'il devait remettre à Madame. Ces ballots avaient été placés sur une ânesse qui était au service des demoiselles, et qu'on appelait YArgonite. A son retour, Trévegat remit au comité les copies de ces ouvrages, et l'on apprit que ces mêmes écrits venaient d'être répandus dans tous les diocèses voisins. U était donc constant que M"'"' de Mondonville foisait publier ces écrits injurieux au roi. Nous arrivons à une nouvelle découverte. Une nuit, M"^ de
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Varangeville vint éveiller Trévegat, lui ordonna de s'babiller proprement et de se rendre chez Madame. Là, il reçut ordre de partir tout de suite avec trois hommes habillés de noir, qu*il devait conduire hors de Toulouse à travers champs, sur des mulets. On nomma ces hommes MM. d'Orget, Jonc et Philippe, On partit, et Ton marcha a petites journées. Enfin, après quelques jours, nos voyageurs arrivèrent à une ferme près de Blaye ; là, Trévegat fut congédié et rentra à Toulouse.
Le comité perdit un de ses principaux membres dans la personne de M. Etienne Potier de La Terrasse, qui mourut à rage de soiicante-dix ans, le 8 mai 1684, et fut inhumé au noviciat des jésuites. M. de Baville et Fabbé de Saint- Gilles demeurèrent toujours unis pour poursuivre FEnfauce. Trévegat leur fit Fhistoire de son voyage, et au portrait qu'il leur traça des personnages, il fut facile de reconnaître que le P. Cerle et Fabbé Dorât étaient do nombre. Les courriers que M. Fintendant envoya à Bordeaux apportèrent la nouvelle que les voyageurs s'étaient embarqués pour Gênes. En apprenant ces détails, la cour fut indignée; le roi assembla un conseil extraordinafre, et après un sérieux examen, on conclut à la suppression immédiate de FEnfance. Le chancelier de France prit alors la parole, et par un long discours fit modifier la décision, qui ne fut exécutée qu'après sa mort, arrivée le 30 octobre
La cour, désirant avec ardeur mettre un terme à cette affaire, fit savoir au comité de Toulouse que, pour agir avec une plus parfaite connaissance de cause, il était néces- 3aire d'introduire dans FEnfance trois filles, deux du pre-
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mier ordre et une da troisième, qui pussent avec du dévouement, de la patience et de Tadresse, découvrir tout ce qui se passait dans cette maison. Ce projet fut accepté; restait Fexécution. L*abbé de Saint-Gilles jeta aussitôt les yeux sur une demoiselle de Montpellier qui se trouvait alors à Toulouse, M^^** de Verduron. Cette demoiselle était connue de M, de Maniban. L'abbé, Payant rencontrée chez une dame de ses amies, lui dit à l'oreille que le roi avait besoin d'elle pour une affaire tiës importante. Dès que .M^** de Verduron eut connaissance du projet, elle opposa une vive résistance, et ne céda qu'à une invitation de la main du roi. Il fut décidé qu'elle irait d*abord se confesser à M. Pelier, chanoine de Saint-Etienne, grand ami de M"' de Mondonville; qu'elle lui ferait part de sa vocation pour l'Enfance; qu'elle irait habituellement k la messe et aux vêpres dans l'église de Saint-Pierre, en affectant de se placer auprès de la fondatrice et de la saluer profondément. AQn d'éloigner tous les soupçons, le jeune Ladaine, secré* taire de M. de Baville, devait servir d'intermédiaire entre le comité et la demoiselle.
Pendant que M"« de Verduron arrangeait Taffaire de sa vocation au confessionnal du chanoine Pelier, Trévegat trouva une lettre que celui-ci écrivait à Madame pour lui faire part de la conquête qu'il venait de faire dans sa nou-. velle pénitente. Un jour que la fondatrice revenait de Féglise dans son carrosse, M"* de Verduron se trouva sur son passage et la salua avec un air plein de grâce. Il n'en fallut pas davantage à Madame pour faire approcher son carrosse. Ayant appris que c'était là la personne dont le chanoine Pelier lui avait parlé, elle mit tout en œuvre pour l'avoir.
378 TDin MODBUfgS.
Elle se servit de Tabbé de Saint-Drois, qui seconda par&itement ses iDlentions. M"''' de MondonyiUe et M^ de Verdaron se virent, se parlèrent, et son entrée dans l'Enfance fat décidée. Le comité choisit denx autres filles; rone était M"* Pralin et Tautre la Soin, bonne et vigoureuse languedocienne, dont rintervention dans les affaires de TEnEance offre le côté le plus plaisant qui se puisse imaginer.
XP^** de Verduron entra à FEnfance, et n*eut aucune peine à faire accepter W"" Pralin et la Solu par la fondatrice sur les éloges qu'elle Qt de ces deux filles, chacune selon soa rang. M"'' Pralin plut beaucoup par l'air de majesté qui la distinguait ; la Solu se montra avec une tournure si épaisse et si niaise en apparence que Madame fut un peu rebutée. Cependant, considérant que cette fille était très robuste, elle consentit à la prendre à son service. Voilà donc ces trois filles installées dans TEnfance. On fit parvenir a M*** de Verduron, avec laquelle les deux autres devaient correspondre, toutes les instructions nécessaires à chacune d'elles. Une femme nommée Bouchard, qui logeait vis-à-vis de l'Enfance et qui y venait tous les jours, devait rendre à Ladaine les lettres de M"* de Verduron, et celui-ci à l'intendant. M°^ de Mondonvilie fit la réception de ces trois filles de la manière la plus solennelle. Elle était assise dans un grand fauteuil de velours cramoisi comme sur un trône ; les prétendantes se mirent à genoux pour écouter le discours de la fondatrice et recevoir sa bénédiction. La Solu enleva tout le sérieux à la cérémonie par la manière dont elle la reçut : elle croisa ses bras sur sa poitrine en tordant le cou, et s'écria : « Bénis soient Dieu et la très sainte » Vierge, femme de sadnt Joseph, qui me donnent aujour-
' TBIPS M0DKBNB8. 379
» d'hoi sa sainte bénédiction de la main de notre aimable » maîtresse. Ansâ la reçois-je bien de toutes mes forces. » Toute la compagnie éclata de rire*
D'après les instructions données à cette bonne fille, elle devait éviter d'être attachée à la cuisine : aussi montrât-elle une maladresse si grande pour la préparation des aliments, qu'ayant reçu Tordre de £sdre blanchir un lièvre avant de le mettre sur le gril, elle savonna dans Teau cette pièce de gibier et la plaça sur le feu avec sa fourrure. On rit beaucoup dans TEnfance de ce trait.
Le jour fixé pour la confession de W^ de Verduron arriva. On vint la prévenir qu'elle eût à écrire ses péchés pour les présenter à Madame. Elle fut ensuite introduite dans la chapelle particulière de la fondatrice. Au milieu de Fautel était le portrait de Jansenius; adroite, celui de Saint-Cyran, et à gauche, celui de Tabbé de Ciron. Entre Tautel et la porte, étaient placés, appuyés contre le mur, un prie-dieu recouvert d'un beau tapis, et à côté un siège doublé de velours cramoisi. M"^ de Mondonville était assise dans ce siège. M^" de Verduron vint s'agenouiller au priedieu, et commença son Confiteor. La fondatrice lui adressa des questions telles qu'il est impossible de les traduire ici. La pénitente, en fllle d'esprit, répondit toujours négativement, affirmant à sa directrice que la grâce avait toujours èlé victorieuse en elle.
Tous ces détails étaient transmis à la cour : c'est ce qui détermina le roi à rendre une ordonnance, datée du 24 octobre 1685, par laquelle il était défendu k M"**" de Mondonville de recevoir des filles jusqu'à nouvel ordre.
Les trois prétendantes furent admises à entendre un
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superbe sermon que M"* de Varaogevilie prêcha à rEoEance» et qui ne fut qu'une longue diatribe contre tout ce qn*il y a de plus respectable dans la religion. Vint ensuite le tour de la confession pour MP* Pralin et la Solu. La première se tira de cette épreuve comme M"* de Verduron, an grand déplaisir de la prétresse. Quant à la seconde, voici ce qui arriva. M"« de Varangeville, étant allée un jour chercher cette fille, elle la conduisit à la chapelle et la fit mettre à genoux. Sur Tordre qui lui fut donné de s'approcher de rautel, la Solu répondit qu'elle n'était pas prêtre, et qii*un de ses cousins lui avait dit qu'on ne pouvait le faire sans la permission du pape. Ici se passa une de ces scènes de laquelle on pourra conclure combien la Solu était précieuse au comité. M"* de Varangeville prit un missel, l'ouvrit, A plaçant la main de la servante sur le livre, elle lui dit : Jurez fidélité à Madame. La Solù reprit : Jurez fidélité à Madame. • Il faut être bien bête, répondît M"* Laborde, » qui était présente, pour n'entendre pas ce que l'on vous » dit si clairement. » La Solu répondit : Il faut être bien héte, et le reste. Impatientée, M"« de Varangeville fit répéter chaque mot à la Solu, et ainsi finit la cérémonie.
Cette fille découvrit enfin l'existence de l'imprimerie dans la maison de l'Enfance. Les pupitres ou casiers formaient dans une chambre haute une espèce de lambris. Les caractères d'imprimerie étaient renfermés dans deux bottes placées dans l'intérieur d'un coffre qui présentait à l'extérieur la forme exacte d'un siège de lieu d'aisance avec sa lunette et son couvercle. Ce siège était placé dans une masure ouverte au fond du jardin. Dans la chambre haute, on descendait par un escalier pratiqué dans l'épaisseur du
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mur, et on arrivait dans une salle remplie de bois. Là, existait sous les tuiles du carrelage un trou où Ton tenait les châssis. Dans Tembrasure de la croisée, se trouvait une cloison mal assujettie, et qui donnait entrée à un cabinet étroit où se tenaient les presses. La Solu fat conduite dans ce dédale de cachettes ; elle porta elle-même Fencre, les caractères, les châssis dans la chambre des lambris, assista à rimpression de quelques feuilles, en saisit une qui n'était autre qu'un passage de la vie de M. de Ciron, et donna avis de ces découvertes àM"^ de Verduron, qui en Qt part au comité.
Arriva enfin le jour où la Solu fut appelée pour faire sa confession à Madame. La manière grotesque dont elle se présenta à ce tribunal triompha de tout le sérieux de la fondatrice. Nous croyons devoir rapporter ici les questions et les réponses de la directrice et de la pénitente. « Combien de temps y a-t-il que vous avez été à confesse? — Cinq mois. —A qui vous confessiez- vous? — A un dominicain. (La fondatrice frappe du pied et soupire). — Avez- vous eu des images? — Ma chambre en était toute tapissée, et si j'avais su qu'il n'y en eût point ici dans la mienne, j'en aurais porté au moins vingt. — Avezvous ouï la messe les dimanches et fêtes? — Toujours cinq. — Avez-vous honoré votre père et votre mère? — Je ne passais jamais devant eux sans leur faire la révérence. Tous les samedis, j'allais chercher des fleurs au jardin pour mon père; j'en donnais aussi à ma mère, qui les attachait à une sainte-vierge de plâtre ; je met* tais toujours beaucoup d'huile à la salade, pour que mon père ne me grondât pas. — IVavez-vous tué personne?
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— Si, Madame : tine fois un coq , qae j'étraiiglâî avec ma jarretière, ce qui n'empêcha pas mon père de te manger; et, en le mangeant, il disait : ah ! monsieur le coq, je vous ai maintenant dans mon pot; vous ne me mangerez plus mes herbes. » La fondatrice riait aia éclats, tout en cachant sa figure avec son mouchoir. — Avez-vous eu des galants dans votre vie? — Oui, plusieurs. — Qui étaient-ils? — Ils étaient rouges, jaunes, verts, et de toutes couleurs; j*en avais une corbeille pleine. Mais M"* de Verduron m'a dit qu'on n'en portait pas ici, et je les ai donnés à ma cousine Dorothée, qui s'en est parée comme un autel. (Les galants étaient des rubans.)
» Avez-vous dérobé? — J'ai pris des fruits à mon père et un reliquaire à ma mère, qui m'a bien battue. — N'avez-voas jam^ûs commis d'adultère ? — Trois fois en ma vie. — Avec qui? — Toute seule. — Expliquezvous? — J'accompagnais un jour ma bonne maîtresse à confesse, et j'entendis, sans le vouloir, qu'elle prononçait ce mot. De retour à la maison, je lui demandai ce qu1l signifiait. Elle me dit qu'on commettait un adultère quand on p...;. dans l'église^ Gela m'est arrivé trois
A ces mots^ M"*" de Mondonville ne put plus se contenir, et éclata de rire d'une manière si bruyante que la Soin en parut tout étonnée. Là finit la confession de notre rasée languedocienne. Les trois prétendantes entendirent, quelques jours après, prêcher M"*" d^Alençon dans le même ordre d'idées que M^" de Varangeville.
Trévegat était toujours dans la maison, remplissant son
rôle à merveille. M""^ de Mondonyille eut avis qu'on lui envoyait d'Angleterre trois ballots de livres par une lettre, écrite en style de ntacaronée, qui fut interceptée et expliquée à la cour. Elle appela Trévegat et lui dit de se préparer pour un lointain voyage/ Il eut ordre d'aller à Bourg, près de Bordeaux. Là il devait se rendre chez un certain monsieur Salée, prêtre, dont la maison portait sur une pierre le monogramme J. H. S. On y voyait un guidon aux armes de France et une cage dans laquelle était un sansonnet qui répétait sans cesse ces mots : Vive le roi et tous ses bons amis. Trévegat partit et se rendit à la maison indiquée. Le sieur Salée lui ouvrit la porte, tenant en sa main un chapelet blanc. Il remit à Trévegat deux ballots, qui furent placés sur YArgonite, et le voyageur rentra à Toulouse. Il avait eu le soin, comme la première fois, d'ouvrir les ballots, et y avait trouvé des livres à demi reliés, toujours contre la régale. M"* de Mondonville ordonna ensuite à Trévegat d'aller porter ces ballots à l'abbé Nozet, au Parc de la Biche.
Nous devons observer que les jardins de l'Enfance donnaient dans une rue étroite nommé rue de la Bastide, et que, dans cette rue ainsi que dans celle de Pargaminières, s'ouvraient plusieurs petites portes auxquelles M"*' de Mondonville avait donné des noms singuliers : le clou, le raisin, le palmier, la colombe, la loi, etc. Il arrivait souvent à l'Eufance des étrangers vêtus de costumes divers, tantôt en ermites, tantôt en jardiniers ou colporteurs. L'un d'entre eux salua un jour Madame par ces mots : Mémento^ Domine, David. Madame répondit, en portant la main gauche sur son front : Credo. Le messager lui remit alors des lettres.
384 TEMPS MODEflNBS.
Dans une autre circonstance, un second messager entra dans son appartement et, sMnclinant profondément, dît: Veniat super me misericordia tua. Domine. A ces mots Madame fut atterrée et versa des larmes. Peu de jours après, elle fit murer toutes les petites portes du jardin, et ne laissa ouverte que celle qu*on nommait la loi, qui donnait dans la rue Pargaminières.
Cependant les nouvelles que M"* de Mondonville recevait de Paris lui annonçsdent que son institut et sa personne étaient sérieusement menacés^ Dans la prévision d*une prochaine déroute^ on eut soin de faire disparaître de TEntance tout ce qui pouvait compromettre. Les portraits de Jansenius, de Saint-Cyran et de Ciron disparurent; les papiers, livres, châssis, bouteilles à encre, presses, casiers et caractères d^imprimerie, furent enlevés. Les peinture que Madame avait dans ses appartements disparurent à leur tour. Deux prêtres, introduits dans TEnfance, présidèrent a tous ces transports : Fun î$*appelait Peric de Valenciennes^ et desservait une cure dans le diocèse de Tulle ; Tantre se nommait Ragèse, et se trouvait employé dans le diocèse de Bordeaux. Le dernier orage grondait sur la tête de la Mondonville. Le 19 janvier 1686, le roi fit défendre à la fondatrice de recevoir des pensionnaires dans sa maison. Enfin le 12 mai fut rendu un arrêt du conseil dans lequel le roi ordonnait que toutes les maisons de VinsUtut de VEnfance situées dans son royaume fussent supprimées; que les biens meubles ou immeubles apportés par M"^ de Mondonville ou toute autre personne leur fussent rendus ; que les pensionnaires seraient remises à leurs parents, et les demoiselles de TEnfance placées où bon leur semblerait.
avec défense expresse de se réunir jamais. Cet arrêt fut envoyé à M. de Baville, qui le remit au sieur de Mariotle pour le signifier dans le mois de juin : ce qui fut exécuté.
En même temps, d'après les ordres de la cour, W l'archevêque rendit, le 2 juin, une ordonnance dans laquelle il supprima ladite congrégation dans tout son diocèse, releva toutes les filles des engagements qu'elles avaient pu contracter, lança l'interdit sur les chapelles des diverses maisons, et délégua M. Bernard Fortassin, son vicaire général, pour l'exécution de son ordonnance. Il crut devoir écrire en particuUer à l'une des filles de l'Enfance pour lui témoigner qu'il ne pouvait décliner les ordres de la cour, et lui conseiller, ainsi qu'à toutes les autres, de se soumettre aux ordres de Sa Majesté. Le prélat écrivit, au mois de juillet, au P. de La Chaise au sujet de toute cette affaire. Nous apprenons de la réponse du confesseur du roi que toutes les démarches qu'on pouiTait faire désormais en faveur de l'Enfance seraient inutiles. Il fait espérer à l'archevêque que le projet qu'il avait conçu d'unir le collège de Saint-Martial à son nouveau séminaire pourrait avoir son exécution.
Il était ordonné à M. de Baville de faire arrêter l'abbé Nozet au Parc de la Biche, l'abbé Salée à Bourg, les abbés Peric et Ragèze à Toulouse, et par forme Trévegat. Ces arrestations eurent lieu. Déjà M"« de Mondonville était partie pour Paris, où elle mit dans ses intérêts les princesses même de la cour, et s'oublia assez elle-même pour soUiciterla protection des jésuites. Tout fut inutile, et dès le mois d'avril elle avait reçu ordre de se rendre à Cou ■ tances en Normandie. Elle se trouvait donc absente do
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Toulouse quand lârrét fut signifié, et n*en apprit rexécutioo que dans le lieu de son exil. Il est très important d'observer que cet arrêt de suppression fut rendu sur les condosions du chancelier d*Âguesseau, dont la fille était encore à TEnfance, mais qui en sortit bientôt après.
Désolée autant qu'on peut Fêtre, M"*" de Mondonvilie chercha quelques consolations à ses maux dans les lettres touchantes qu'elle écrivait à ses filles, soit de Paris, soit de Coutances. Ces lettres, dont nous possédons un exemplaire, et qui n'ont jamais été imprimées, ne respirent que la mysticité la plus élevée, la résignation la plus absolue. La première de ces lettres, elle l'écrivit à Toulouse, un instant avant de partir. Elle dit : < Je pars en petit équipage et » comme une pauvre, avec une seule fille, une calèche et » un seul valet. J'ai une satisfaction sensible de ce qu*en » cela je tâche d'imiter Jésus-Christ Notre-Seigneur et sa » sainte mère dans leurs voyages. » La fondatrice se dévoile tout entière dans cette comparaison. Elle annonce son départ pour Coutances : « J'ai reçu un ordre du roi qui me
> relègue à Coutances, en basse Normandie. Je m'en irai » dès que j'aurai un équipage. » On se demande qu*est devenue la calèche de Notre-Seigneur et de sa sainte mère. Elle continue : « J'écris à Monseigneur de Toulouse de vous
> vouloir protéger. Je salue tous nos amis et amies. >
Au moment où elle écrivait ces lettres, M""' de Mondonville se croyait frappée seule, et ignorait encore la suppression de son institut. Dans une troisième lettre, elle ^t : « Je m'en vais toujours du côté de mon exil. Coutances, * qui en est le lieu, est si reculé que je ne pourrai guère » vous écrire; je le fais à présent, en vous disant que la
TBMPS HOOCBNU. 387
• Providence vous remet riostitut entre les mains Que
» chacune de mes filles se regarde comme chargée de » tout rinstitut et de moi pour m*aider à porter ma croix
» et pour pourvoir à ma subsistance > Elle annonce
son arrivée à Coutances : « Me voici au lieu de mon eiil » depuis hier... J'ai oublié de vous dire que saint Jean » TEvangéliste est mon patron, à ce que Von m*a toujours
» dit; ainsi priez-le beaucoup Que chaque fille de
» rinstitut fasse une communion pour le roi, et un jeûne » au pain et à Teau à mon intention. Je recommande à
» Durand de veiller sur les domestiques J'ai été con*
» solée de savoir que vous mangez de mon fruit de Saint- » Orens. Je suis encore consolée de ce que les directeurs > de la Grave et autres plaignent nos filles. » Dans une de ses lettres, Madame emprunte le langage prophétique ; elle commence ainsi : « Pour mes très chères filles les » enfants de mon cœur, cieux, écoutez ! et vous, terre,
• soyez attentive aux paroles de ma bouche! Dieu a parlé à » mon cœur^et a ouvert ma bouche pour dire à celles qu'il » m'a données... » M"* de Mondonville fut enfin informée du coup terrible qui venait de frapper son institut. Aux mois de juin et juillet 1686, elle écrit à ses filles et les avertit qu'elle connaît tout, les exhorte à la patience, leur défend d'obéir à l'archeTéque p»r rapport k leur liaison, et espère contre toute espérance.
Il devait lui en rester bien peu lorsque, par lettre de cachet, elle fut enfermée dans le couvent des hospitalières de Coutances, avec défense expresse à la supérieure de la laisser communiquer avec qui que ce fût. Cette mesure de rigueur extrême avait été prise à la suite des interroga-
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toires que iVL de Baville avait fait subir aax demoiselles de Verduron et Pralin, à Trévegat et à la Solu. Tout fut découvert par celte procédure, et llrritation de la cour fut telle que M"* de Mondonville dut s*eslimer très heureuse de ne pas payer de sa tête ses incoucevables imprudences. Tous les efforts que tentèrent les filles de TEnfance auprès des deux puissances pour relever les ruines de leur institut devinrent inutiles. Au mois d'octobre 1686, la maison de TEnfance de Toulouse et celles de ce diocèse furent fermées, et les filles dispersées en divers lieux. Tous ceux qui avaient servi les desseins de la cour dans cette affaire reçurent des récompenses proportionnées à leur condition. Le premier qui prit la défense de Finstitut de TEnfance fut le célèbre Antoine Ârnauld, auquel on attribue Fécrit qui a pour titre : ÏInnocence opprimée par la calmnnie. Les filles de FEnfance composèrent plusieurs relations et mémoires. L'Enfance eut un historien dans la personne de Simon Reboulet, ex-jésuite et avocat à Avignon. Il donna au public, en 1734, sa célèbre Histoire de V Enfance, composée d'après les mémoires du temps, parmi lesquels il faut distinguer ceux de Tabbé de Sabazan, curé de Montastruc, au diocèse de Toulouse, qui les avait composés sur les récits véridiques de quelques filles de TEnfance retirées dans sa paroisse. Cette histoire est très peu exacte dans les dates et l'arrangement des faits. Ainsi Fauteur fait écrire M"* de Verduron, en 1686, au président de La Terrasse, qui incontestablement était mort deux ans avant la suppression de FEnfance; mais ces erreurs ne portent aucune atteinte à la vérité des événements. M. l'abbé de Juliard, chanoine de Saint-Etienne et neveu de la fooda-
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trice, publia, en 1735, un mémoire justificatif dans lequel il relevait les erreurs commises par Reboulet. Ce mémoire attira de la part de Reboulet une Réponse qu1l publia en 1737, et dans laquelle, tout en passant condamnation sur les erreurs de dates et d'ordre chronologique qu'il avait commises, il reprend en sous-ordre les principaux faits, en indique les sources, et les met au grand jour avec des détails inconnus. M"* de Mondonville, son institut, l'abbé de Juliard et tout le parti furent écrasés par cette Réponse. La seule qu'on fit à ce dernier écrit, fut de condamner au feu par la main du bourreau les livres de Reboulet, à la sollicitation du marquis de G...., autre neveu de M"»* de Mondonville. C'était un sacrifice offert pour apaiser les mânes de cette femme aussi coupable que malheureuse. S'il nous est permis maintenant de donner notre opinion personnelle sur une affaire qui occupa à cette époque et la cour et la ville, nous dirons en toute impartialité : M""* de Mondonville avait beaucoup d'esprit, un caractère énergique, une âme dévouée. Âpres la mort de son époux, elle entra franchement dans les voies du salut, et son attrait pour- les bonnes œuvres était sincère. Malheureusement elle fut jansénisée par l'abbé de Ciron, qui gâta son esprit et faussa sa religion. Certainement rien n'était plus respectable que l'institut qu'elle forma, considéré en lui-même: panser les plaies des blessés, distribuer des remèdes, visiter les malades dans les hôpitaux ou à domicile, instruire les nouvelles catholiques, former l'éducation des jeunes personnes et donner l'instruction gratuite, quoi de plus beau ! Les constitutions furent dressées par l'abbé de Ciron seul, qui les saupoudra d'un fastidieux jansénisme, depuis
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le commencement jnsqu*à la fin. Il eut le soin de flatter la fondatrice, en lui conférant dans sa maison une autorité portée au-delà de toutes les bornes. Il lui dit de prêcher et de faire prêcher ses filles : elle le fit, et la doctrine jansénienne passait par toutes ces bouches féminines ayec un indicible charme. Il lui dit de diriger ses filles, et au besoin de les confesser : elle le fit. Sa curiosité naturelle était tous les jours excitée parles confidences demi-sincères, demi-fausses, qu*on lui jetait comme un appât séducteur. Il lui dit de ne pas oublier qu'elle était comtesse, dame de la seigneurie deMondonyille et autres lieux : elle ne Foublia pas. De là, des appartements meublés avec un luxe austère mais beau, des carrosses, des laquais en liyrée, une table délicatement servie, des airs de grandeur et de petite sou* veraine, des fauteuils qui étaient presque des trônes, une cour de jeunes filles nobles et belles comme elle, empressées toutes à la servir et à briguer la faveur de ses regards.
M""" de Mondonville se perdit tout entière dans Tabbé de Ciron et dans ces prêtres de Pamiers et d'ailleurs, grands et infatigables propagateurs du jansénisme. Ils lui dirent qu'il fallait imprimer et répandre des écrits contre la régale: elle le fit, et devint la victime de sa complaisance et des convictions qu*on avait formées dans son esprit. Elle poussa l'amour de ces convictions jusqu'à un véritable fanatisme qui l'aveugla sur Jes dangers qu'elle courait, lui fit mépri* ser les avis gire lui donnaient ses amis, la rendit esclave de la voloHié et des inspirations de ces hommes qui la précipitèrent dans l'abtme. Elle mourut chez les hospitalières de Coutances, en 1702. Heureuse, si avant sa mort elle pût
TUIPS MODEBIiBS. 394
reconnaître ses erreurs et accepter, pour les expier, le sort rigoureux qui la conduisit au tombeau.
M«' Tarchevêque de Toulouse mourut Tannée qui suivit la suppression de FEnfance. Il avait gouverné cette Eglise pendant quatorze ans; il fut inhumé devant Tautel du chœur de sa métropole. Apres sa mort, on reçut à Toulouse un bref d'Innocent XI, dans lequel ce pontife le blâmait de la conduite qu*il avait tenue à Végard des filles de TEnfance. On comprend que ce bref était dirigé bien plus contre les partisans de la régale qu'en faveur d'un institut qui n'était certainement pas très dévoué au siège aposto-. lique.
Jean-Baptiste-Michel de Colbert de Villacerf, évêque de Montauban et abbé de Saint^Pierre de la Cour (le Mas de Verdun), fut nommé archevêque de Toulouse. Ce prélat se trouvait à Nimes à l'époque de sa nomination ; il y reçut une lettre des capitouls pour sa bienvenue. Quatre membres furent députés afin de prendre ses ordres. Il refusa tous les honneurs pour son entrée, ce qui n*empécha pas que tous les capitouls n'allassent le saluer. Il eut d'abord une contestation assez vive avec messieurs du parlement au sujet des premières «visites, contestation qui fut dirimée par une ordonnance royale.
La première année de l'épiscopat de W de Colbert, les dames du Saint-Enfant-Jésus, connues sous le nom de Dames Noires, s'établirent à Toulouse, rue d'Astorg. Ces dames avaient été fondées par le P. Barré, religieux minime, et avaient aidé puissamment M"*'' de Maintenon dans, les premiers soins à donner aux demoiselles de Saint-Cyr. Elles demeurèrent en possession de rétablissement de
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Toulouse jusqu'à la Révolution française. Leur institut avait pour but 1 éducation des jeunes demoiselles.
Le séminaire du diocèse, dirigé par les PP. jésuites, fut transporté à cette époque dans la maison de FEnfance, qui fut achetée au prix de quinze mille livres. Ainsi ces religieux devinrent propriétaires, ou du moins possesseurs d'une maison qui s'était constamment montrée leur implacable ennemie. Cest dans cet établissement que les sulpiciens dirigèrent plus tard les clercs du diocèse.
Une nouvelle colonie religieuse vint s'abriter à Toulouse pour le service des malades. M^ de Colbert appela dans sa ville épiscopale les sœurs grises, que saint Vincent de Paul et M"« Le Gras avaient fondées à Paris. Elles prirent, en 1689, la direction de Thôspice de Saint- Jacques. Elles arrivèrent au nombre de douze. La ville, par ordre du roi, leur compta mille livres, et paya tous les meubles nécessaires à leur établissement. Avant qu'elles ne prissent la direction de l'hôpital, cette maison possédait, pour le service des malades, des frères de la Charité et des sœurs séculières auxquels on donna une pension de retraite.
M«f de Colbert n'avait pas encore reçu ses bulles; elles lui furent expédiées le 5 octobre 1695. Décoré du pallium le 9 novembre, il prêta serment au roi, et prit possession le 25 par procureur. Le dimanche 7 février, il fit son entrée à Toulouse. Il eut un démêlé avec Tarchevêqtie d'Albl pour la préséance aux Etats du Languedoc, en l'absence de l'archevêque de Narbonne. Au mois d'octobre, un arrêt du conseil, tenu à Fontainebleau, décida que l'archevêque était obligé de rendre visite à tous les présidents, les conseillers de la grand'chambre, les présidents aux
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enquêtes, le doyen, le sous-doyen, les procureurs et les avocats généraux, avant d*ètre reçu au parlement.
Ce prélat s'occupa de régler la liturgie de son diocèse ; il publia, en 1697, un nouveau Propre des Saints, dans lequel furent introduits les offices des serviteurs de Dieu nouvellement canonisés. Le bruit des miracles qui s'opéraient tous les jours au tombeau de Germaine de Pibrac porta M«' de Ck)lbert à se rendre en ce lieu, où il ordonna une enquête sur la vie de la bergère et Tauthenticité de ces prodiges. Il fit ouvrir le cercueil, examina le corps et en constata la parfaite intégrité. Jacques de Lespinasse, ancien capitoul de Toulouse, récemment nommé postula* teur de la cause de la béatification de la pieuse bergère, se présenta au prélat, qui l'assura de son zèle à mener à bonne fin cette affaire si bien commencée.
La compagnie du gai-savoir fut élevée à cette époque au rang d'Académie par lettres patentes de Louis XIV datées de Fontainebleau, du mois de septembre 1694. Ces lettres rappelaient la haute ancienneté de l'illustre compagnie, les services qu'elle avait rendus aux belles-lettres et à la poésie en particulier, donnaient de nouveaux statuts, et fixaient le nombre des membres a trente-cinq, qui, plus tard, fut porté à quarante. Il est ordonné au maire et aux capitouls de prêter à la nouvelle académie le grand consistoire pour la lecture de la Semonce et la distribution des prix; et pour les séances ordinaires, la salle qui tient à la galerie des Illustres. II est de plus ordonné à la ville de payer une rente annuelle pour les frais des jeux. Cest ici le lieu de parler de tous les ouvrages qui ont été composés au sujet de dame Clémence, de la compagnie du gai- savoir et de
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TAcadémie des Jeux-Floraux. Le premier auteur est lierre deCazeneuvequi,en 1659, composa un livre ayant pour titre : De VOrigine des Jeux floraux. En 1715, M. de Laloubère donna au public son Traité de l'origine des Jeux floraux; c'est là que Ton trouve la lettre circulaire des sept mainteneurs de 1323. En 1764, M. de Ponsan, trésorier de France, composa une histoire complète des jeux floraux. Vingt ans plus tard, Charles de Lagane, procureur du roi en la sénéchaussée de Toulouse, publia un discours contenant Fhistoire des jeux floraux et celle de dame Clémence. Cest dans cet ouvrage que Lagane attaqua directement l'existence de cette dame. L'académie répondit à Charles de Lagane par un mémoire très étendu, où sont clairement énoncées les preuves qui attestent Texistence de la restauratrice des jeux. A la fin du dernier siècle, un auteur anonyme ût paraître un pamphlet contre le mémoire ; il a pour titre : les Rêveries académiques. De nos jours, M. Poitevin-Peytavi a donné une nouvelle histoire de l'Académie. L'existence de sa restauratrice a été encore attaquée par un savant professeur, et nous avons cm devoir prendre la défense de ce fait historique sous le titre A' Etudes sur Clémence d'Isaure.
L'année même de la visite de M«' de Colbert à Pibrac, mourut à Toulouse, au couvent des pauvres clarisses, Germaine d'Armaing, dans une grande réputation de sainteté. Cette fille était née a Pamiers en 1664. Elle se livra de bonne heure à toutes les austérités de la pénitence. Cédant à un irrésistible attrait qui la portait à la vie religieuse, elle choisit l'ordre de sainte Claire, et se présenta au couvent de Toulouse, où elle reçut l'habit des mains
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de JM"** de Lancefoc, qui en était supérieure. Elle vécut trente-quatre ans dans cette maison, comme le modèle le plus parfait de toutes les vertus portées jusqn^à Théroïsme. Sa sainteté fut attestée par des prodiges. Son corps repose aujourd'hui dans Téglise paroissiale de Saint-Nicolas; Sa vie et ses lettres spirituelles ont été données au public.
La province ecclésiastique de Toulouse s'occupa, en 1699, comme toutes celles de Téglise de France, de la condamnation du livre des Maximes des Saints, de Farchevèque de Cambrai. Le septième jour de mai, à neuf heures du matin, s'assemblèrent, dans le palais archiépis^ copal, l'archevêque de Toulouse, de Colbert; de Bertier, de Gramont, de La Broue, de Nesmond et de Verthamont, évéques de Rieux, de Saint-Papoul, de Mirepoix, de Montauban et de Pamiers. Les prélats se rendirent à la chapelle pour assister à la messe du Saint-Esprit. De retour dans la salle d'où ils étaient partis, et chacun ayant pris place en son siège, M^' de Côlbert fit donner lecture de la lettre du roi qui ordonnait aux évéques de s'assembler pour accepter le bref. M. Compaing, chanoine de Saint-Etienne, ayant été choisi pour secrétaire, lut le bref d'Innocent Xfl portant condamnation du livre de Fénelon. Après cette lecture, la séance fut levée et renvoyée à trois heures de l'après-midi.
A la reprise de la séance, on fit diverses réflexions sur le bref du pape, et l'assemblée fut assignée au lendemain. Le lendemain 8 mai, après avoir entendu la messe, les prélats ouvrirent la séance. On fit apporter sur le bureau le livre des Maximes des Saints; on examina avec le plus grand soin dans le livre les vingt-trois propositions censu
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rées par le bref. Ce travail fut assez long, et la séaace fut levée. Le 9 mai, le sieur Daric, vicaire général à Lombez. présenta ses lettres et fut admis. On reçut des lettres de Lavaur par lesquelles le grand-vicaire de cette Eglise s'excusait de ne pouvoir se rendre à rassemblée. Dans la dernière séance, après plusieurs observations importantes, le bref fut accepté, et les prélats ordonnèrent qu'il serait publié et exécuté dans leurs diocèses respectifs. Ainsi se termina à Toulouse Taffaire de la condamnation du livre de Fénelon.
L'année 1700 fut marquée à Toulouse par le commencement des informations juridiques au sujet du procès de la béatification de Germaine de Pibrac.
Conformément aux ordres et k la promesse de M«' de Colbert, le 7 décembre 1699, le R. P. Joseph de Morel, prêtre de la congrégation de l'Oratoire, curé de la paroisse de la Dalbade à Toulouse et vicaire général de M»' l'archevêque, rendit une ordonnance qui indiquait le commencement des informations. Il fut décidé qu'à cause d'une mission que donnait M. le curé de la Dalbade dans une des paroisses de la ville, aux fêtes de Noël, on différerait jusqu'au commencement de l'année suivante.
En effet, le 3 janvier 1700, M. de Lespinasse, fondé de pouvoirs de la communauté de Pibrac, se rendit à Toulouse auprès du P. deMorel, dans la maison de l'Oratoire. Après avoir exhibé a M. le vicaire général tous les titres qui l'accréditaient auprès de lui, le postulateur fit les déclarations suivantes : 1** que, par un effet de la divine providence, il existait un corps entier qui se gardait dans la sacristie de règlisc de Pibrac, renfermé dans un cercueil de bois, con-
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serve dans le même état depuis soixante ans ; 2° que ce corps était demeuré enseveli pendant quarante ans, comme il était déclaré dans le procès-verbal de M. Dufour, vicaire général de M»' de Marca; S'^quil était constant que ce corps avait appartenu à une bergère de ladite terre de Pibrac qui avait mené une sainte vie et était morte en odeur de sainteté, ayant nom Germaine Cousin, dite la Bigote a cause de sa grande piété ; 4*» que, depuis qu'elle avait été déterrée, Dieu avait opéré un grand nombre de miracles par son intercession en faveur de ceux qui s'étaient dévotement voués à elle; qu'ils avaient reçu instantanément la guérison de leurs infirmités, telles que paralysie, épilepsie, hydropisie, scrofules; que plusieurs avaient recouvré la vue au moment où ils se vouaient à la bergère ; 5^* qu'il se faisait journellement un grand concours de peuple dans l'église de Pibrac pour rendre grâces à Dieu des guérisons instantanées qu'on avait obtenues ; 6*" que, cette afQuence croissant de jour en jour, on avait enregistré divers actes publics relatifs à ces miracles ; 7*» que, pour constater encore d'une manière plus précise un grand nombre de prodiges que Dieu avait faits et faisait journellement pour manifester la vertu de sa servante la dévote bergère, et pour donner suite au décret émané de M^ de Carbon, archevêque de Toulouse, qui avait ordonné de faire un procès d'information sur ladite Germaine, sa vie et les miracles opérés par son intercession, M^ de Colbert avait fait lui-même la visite du corps et ordonné qu'on procédât aux enquêtes; 8^ qu'il n'était pas juste que, puisque Dieu manifestait ouvertement sa volonté, un si précieux dépôt restât plus longtemps dans l'oubli et saus aucune récom-
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pense ea ce monde de la sainte vie que cette dévote fille avait menée pendant les vingt-deux ans qu'elle avait vécu; 9"* que lui, Jacques de Lespinasse, avait reçu commission de Rome d'envoyer le sommaire de la vie de ladite Germaine Cousin et le procès d*enquète sur les miracles que Dieu avait opérés et opérait encore journellement en faveur de ceux qui s'étaient voués à sa protection; lO* que le temps pressait afin de ne pas perdre Toccasion favorable qui se présentait de seconder les désirs de personnages éminents dans Tordre ecclésiastique qui s'intéressaient à
la cause
Tel fut l'exposé ûdële que M. de Lespinasse fit en présence de M. de Morel, sollicitant la faveur que le vicaire général se transportât a Pibrac et fixât le jour où il commencerait les informations.
Nous terminons l'histoire de l'église de Toulouse, pour le dix-septième siècle, par notre revue rétrospective, qui embrasse celte période tout entière.
Au commencement de ce siècle, Antoine de Brnguières- Chalabre occupait la prévôté de Saint-Etienne. Il mourut le 29 juin 1606, et fut inhumé dans le chœur. Après sa mort, la prévôté eut trois compétiteurs, Jean Daffis, Bertrand Daffis et Bertrand de Berthier. Jean demeura paisible possesseur de cette dignité. II était évêque de Lombez. Il fit don à la métropole de riches tentures représentant la vie des principaux évoques de Toulouse. Sous son gouvernement, le chœur fut incendié, et par ses soins la voûte, les orgues et les stalles furent confectionnées dans l'espace de trois années. It mourut en 1614. Il eut pour successeur,
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Bertrand de Berthier, fils da seigneur de Montrabe, de Sâiot-Geniés et de Roche-Montels. Celui-ci abdiqua en faveur de son neveu, après avoir triomphé de François de La Prusse, frère du premier président de Clary, qui lui disputait la prévôté. Il mourut aveugle en 1628. A Bertrand de Berthier succéda Jean-Louis, qui fut nommé coadjuleur de son oncle Févêque de Rieux, sous le titre d'évêque tfHéliopolis, et lui succéda. Il possédait, avec cet évéché, la prévôté, Tabbaye de Lézat et celle de la Capalette. II se. démit avant sa mort de ces abbayes, de la prévôté et de son évêché, étant parvenu à un âge très avancé. Antoine- François de Berthier, neveu du précédent, lui succéda dans toutes ses dignités.
L'abbaye de Saint-Saturnin fut gouvernée dans cette période séculaire par les cardinaux de Joyeuse et de La Valette, archevêques de Toulouse ; par Jean Coëflier, Ruzé d'Effiat et François Sanguin de Livry. Le prieuré de la Daurade eut k sa tête Marc de Calvière, qui céda Téglise de la Dalbade aux oratoriens, en 1620; Marc de Calvière, son neveu, qui fut inhumé à Saint-Etienne dans la chapelle de la Sainte-Vierge, à l'abside ; Jacques-Charles Amelot, et Noël-François de Brion.
Le Mas-Garnier eut pour abbés Christophe de Lestang, évêque de Carcassonne; Jean Alard des Plans; Guillaume de Guilhermin, qui unit le monastère à la congrégation de Sâint-Maur, en 1641, et mourut à Montpellier; Pierre de Gau, chevalier de Malte, qui se démit de Tabbaye en faveur de Mk' de Colbert, archevêque de Toulouse.
Les chanoinesses de Saint-Sernin k Toulouse eurent pour abbesses Marie de Saint-André, Charlotte Ruzé
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d'Effiat, Antoinette de Tiffaut, Barthélemie deCatel, Françoise de Richart. Celles deSainl-Pantaléon eurent Catherine de Savignac ; Hélène de Sainte-Croix, qui fonda les abbayes de Sainte-Marthe, de Tlle d'Albi, de Castelnaudary et de Moncuq; Marie de Sainte-Paule et Françoise de Juliard. . L'abbaye d'Eaunes fut gouvernée par le cardinal de Joyeuse, Henri de Lorraine, Henri d*Authemart, François- Barthélémy de Grammont qui, en 1668, releva les ruines de Tabbaye et de Téglise, et son neveu, qui fut évêque de Saint-Papoul. Grand-Selve compta parmi ses abbés : Nogaret de La Valette, qui fit construire le chœur de la grande église; François de Joyeuse; de La Valette, pour la seconde fois; Armand de Bourbon-Conti; le cardinal Mazarin, et Gabriel de Roquette, de Toulouse. Le monastère de TOraison-Dieu, à Muret, eut pour abbesses Catherine de Benque; Anne de Bize de Saint-Elix, fille de Bertrand de Bize seigneur de Saint-Elix, et d'Alberte de Laiou, qui se retira dans Tabbaye de sa fille et y apporta. tous ses biens; Antoinette et Elisabeth de Gaugeac de Barrière. L'abbaye de Salenques compta parmi ses abbesses Miramonde de Labislon, Jeanne de Mauléon, Marguerite de Francon, Anne de Noé, Philiberte de Noé, qui transféra son abbaye a Toulouse, et de Surgan d'Erce.
L*abbaye de la Capalette fut gouvernée par Bertrand d*Escars, Jean-Louis de Berthier, évêque de Rieax, et François de Berthier, son neveu. Nous trouvons à Lévignac, Madeleine de Campels, Marguerite Du Faur et ]^iue ^Q pibrac pour abbesses.
Jean-Baptiste Du Bourg, évêque de Rieux, dont nous avons déjà parlé, mourut en 1602, et Jut inhumé dai^
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Féglise des cordeliers de sa ville épiscopâle. Il eut pour successeur Jean de Berthier, prévôt de Samt-Etienue, abbé du Mas-Gamier, de Saint-Sever, de Silvanes, chancelier de Marguerite de Valois, agent général du clergé de France: il fut nommé évèque de Rieux en 1602, et mourut en 1620, âgé de soixante-quatre ans. Il était recommandable par son 2ële à remplir tous les devoirs de sa charge et sa charité envers les pauvres. Il fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale, qui n'était psts encore terminée. Jean-Louis, son neveu, lui succéda. Celui-ci se démit en faveur d*Antoine-Françoîs de Berthier, qui devint évoque de Rieux en
Après la mort de Jean de La Barrière, abbé de Feuillants, cette maison fut gouvernée par vingt abbés, dont rhistoire ne nous a conservé que les noms- qu*il serait trop long de rapporter^ L'abbaye de Calers nous offre ceux de François de Nobles, de Montfaucon de Roquetaillade, et de Barthélémy de Grammont, évêque de Saint-Papoul ; celle de Bolbonne, ceux de Philibert de Villemur de Pailhés, et de François de Pailhés.
Urbain de Saint^elais était encore évèque de Comminges au commencement du dix-septième siècle. Il eut pour successeur Gilles de Souvré, qui permuta le siège de Comminges avec celui d^Auxerre qu'occupait François de Donnadieu, qui fit sa démission en Êtveur de son neveu, l'un des plus grands évèques de Comminges. Barthélémy de Griot de Donnadieu était ûls de Ferréol de Griet, seigneur de Villepinte, et de Jeanne de Donnadieu, fille du seigneur de Puchairic. Il naquit à Montesquieu-Volvestre. Il prit d'abord le métier des armes, visita Rome, Naples et l'Aile-
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magne, et revint dans sa patrie en i617. Son inclia^dn le portant vers Tétât ecclésiastique, il ftit initié an sac^oce ^ nommé à Tévèché de Comminges, en 1625. Il se rendit aussitôt dans son diocèse, qu'il édifia pendant douze années par la pratique de toutes les vertus épiscopales. Il moorot en 1637 à Alan, en odeur de sainteté. Ses entrailles furent inhumées dans la chapelle qu*il avait construite en ce lieu ; son cœur fut porté à la collégiale de Saint-Gaudens, et son corps enseveli à Saint-Bertrand, où Ton voit encore son tombeau. Etienne Molinier composa sa vie. Hugues de Labatut, archidiacre de Ck)mminges, lui succéda, et mourut en 1644. Gilbert deChoiseul Du Plessis-Praslin fut nommé évéque de Comminges la même année. M»' de Cboiseul posséda Tévôché de Comminges vingt-deux ans, et passa ensuite à celui de Tournai. Il se montra plein de zèle pour la discipline ecclésiastique et la visite de son diocèse; il institua un séminaire, et chaque année célébra son synode, aimant à recueillir les sentiments de tous les membres de son clergé. Il joua un assez grand rôle dans les affaires du jansénisme, et se conduisit toujours dans les discussions avec beaucoup de prudence. A M^ de Choiseul succéda Louis de Rechigne-Voisin de Guron, évêque de Tulle. Après ce dernier, Jean-François de Brezay de Denonville, archidiacre de Chartres, fut nommé évêque de Comminges en 1695. Il institua à Saint-Gaudens un séminaire dont il confia la direction aux Pères de la compagnie de Jésus.
L'abbaye de Bonnefont n'eut que deux abbés pendant le dix-septième siècle, Antoine de Coust, vicaire général de Condom, et Charles-Henri de Cassagnetde Fimarcon. Celle
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de Nizors fût gouvernée successivement par Jean Breton; Octave de Bellegarde, évoqué de Ck)userans; Bénigne Blon< deau, aamônier du roi ; Amat du Nozet, auditeur de Rote ; François de Bouti, qui permuta Tabbaye avec Téglise de Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris ; François du Couretî Joseph de Moncaup, et Alexis de Fontaine^