LIVRE TRENTE-SEPTIÈME
DEPUIS LÀ CONDAMNATION DU LIVRE DE FENELON A TOULOUSE, EN 1698, JUSQU A L ÉPISCOPAT DE M*' DE FONTANGES, EN 1788.
Le dix-huitième siècle s'ouvre dans nos annales par la mort de M. Vendages de Malepeyre, Tun des hommes les plus distingués et les plus pieux que Toulouse ait prodaîts. Né en cette ville d'une ancienne famille, Malepeyre s'appliqua dès sa jeunesse à Fétude du droit, de la théologie, des mathématiques, de la philosophie et de la médecine. II n'était pas étranger à l'éloquence et à la poésie. En lui les qualités du cœur étaient plus recommandables encore que celles de l'esprit. Il professa une dévotion singulière pour la mère de Dieu, et composa sept cents sonnets en son honneur, fit construire a ses frais la magnifique chapelle du Mont-Garmel dans l'église des grands carmes, détruite aujourd'hui, et dont il nous a laissé la Description. Cette chapelle lui coûta cent mille livres. Son hôtel, situé me du Canard, était rempli de gravures, portraits, bustes et statues représentant la mère de Dieu. 11 institua à l'Académie des Jeux-Floraux, dont il était mainteneur, un prix annuel pour le sonnet a la Vierçe, et voulut être inhumé à l'entrée de la splendide chapelle qu'il avait si richement décorée. 11 mourut le 5 mai 1702, à l'âge de soixante-dix-
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huit ans. Il était conseiller au présidial, et fut Tun des premiers membres de la société des Lanternistes. Nous donnons plus bas un catalogue de ses ouvrages (1).
La théologie mystique fut enrichie d'un nouvel ouvrage dû à la plume de M. Compaing, docteur en théologie et en droit, chanoine de Saint-Etienne, sous le titre de la Science du salut. Cet excellent ouvrage, qui renferme tous les devoirs du christianisme, fut dédié k M*' de Golbert. Ce prélat appela, en 1707, à Toulouse, les messieurs de Saint- Lazare, compagnie fondée à Paris par saint Vincent de Paul. Us vinrent au nombre de trois et s'établirent au
(4) De la Nature des Comètes, in-8o, 4664. ~ Lettre d'un Toulousain au R. P. provincial des jacobins de la province de Tolose, in-4^ -— Panégyrique de Notre*Dame du Mont-Garmel, pour l'ouverture de sa chapelle, in-S». — Panégyrique de saint Joachim, in-8<>. — Traduction de quelques passages des Pères de TEgliseen l'honneur de la sainte Mère de Dieu, in-S». — Les Privilèges et Règlements de la Conténe de Notre- Dame de la Conception, in-B^. — Description de la chapelle de Notre- Dame du Mont-*Carmel, in-4^ 4692. -» Cinquante sonnets sur la conception immaculée de la sainte Tierge, va-ifi. — Cinquante sonnets sur la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, in-4o. — Cinquante sonnets sur les principales fêtes de la sainte Vierge, in-4^ — Le Psautier de Notre-Dame, ou la Vie de la Mère de Dieu, in-42. -» La Dévotion au glorieux saint Joachim, in-46w -» Discours sur Hmmaculée conception, prononcé par M. de Malepeyre à l'ouverture de l'académie de Saint-Orens (manuscrit). — Discours mr VAssomption de la Vierge, prononcé h l'ouv^ture de facadémio de Saint-Orens. — Discours sur la nature de l'ode. — Dissertation sur la nature de la dévotion. — Discours sur ramour et sur l'amitié contre les insensibles, in-4o. — UniversflB philosopha cursus. — Tractatus théologiens : de Deo uno et trino, de angelis, de sex diebus» de statibus luminis, de peccatis, gratiâ, fide, spe, caritate, et in specio de penitentiâ. — De Medicin& mathematicâ, de restituendSl sanitate, de statu naturali et praetematurali corporis humam, de quanlitatc, de signis divinatoribus, in-fol.
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faobonrg Matabiau, où ron voit encore les restes de leur sémiDaire, à Fangle do boulevard. Ces messieurs reçarent dans leur maison quelques élèves pour les préparer an sacerdoce, et se livrèrent particulièrement aux missicHis dans les campagnes, ministère qu'ils exercèrent avec le plus grand zèle pendant quarante-cinq ans, époque à laquelle ils s'unirent aux prêtres de Caraman, comme nous le verrons en son lieu.
M^' de Ck)lbert fonda, en 1709, une maison de charité au faubourg Saint-Etienne, et y appela les sœurs de saint Vincent. Après avoir construit à ses frais la maison qui existe encore, il la laissa héritière de tous ses biens après sa mort. Catherine de Souche fut une des premières supé-. rieures de cette maison, gouvernée aujourd'hui par Marie- Gharlotte-Théodeline de Georges de Fadat. A peine cet établissement étaiUl fondé, que Farchevéque de Toulouse mourut à Paris, le 11 juillet 1710, à Fige de soixantedouze ans. 11 fut inhumé dans l'église des minimes de k place Royale. Le chapitre de Notre-Dame; dont il était chanoine d'honneur, fit les frais de ses obsèques. Ce grand prélat gouverna notre Eglise pendant dix-sept ans. Il est le premier qui ait composé un catéchisme particulier à l'usage de son diocèse ; au moii^s nous n'en connaissons pas de plus ancien rédigé dans la forme ordinaire et spécialement destiné aux fidèles de l'Eglise de Toulouse. Il se montra toujours très jaloux de son autorité. En s^ qualité de président de l'administration des hospices, il voulut exclure les capitouls de l'hospice des Incurables, et leur fit ôter la présidence de celui de Saint-Jacques pour la faire donner en son absence à ses vicaires généraux.
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L*anué6 même de la mort de rarcbevéque, les jésuites obtinrent la chaire des arts, devenue vacante par la mort du titulaire, et en prirent possession par lettres patentes. Le conseil de ville voulut s'opposer à l'enregistrement de ces lettres : il se fondait sur la perte que les habitants feraient d*une place importante, et sur ce que les jésuites en possession des arts seraient msûtres d*accorder ou de refuser le premier grade, ce qui occasionerait la désertion des classes de rEsquille,
Au commeucement du dix-huitième siècle, des troubles éclatèrent dans les Gévennes; des bandes nombreuses do protestants, excitées par le ministre Jurieu et les déclamations du calviniste de Serres, se répandirent dans ce pays et y commirent toutes sortes d'excès, brûlant les châteaux et les églises, égorgeant les prêtres et les catholiques. On donna à ces huguenots forcenés le nom de Camimrds. M. de Baville, intendant du Languedoc, fit lever des troupes dans sa province pour réduire ces rebelles : Toulouse fournit ses bataillons. Les Camisards furent réduits par les armes et la prudence du maréchal de Villars.
Le 13 juillet 1713, François de Beauveau, successivement évêque de Bayonne et de Tournai, fut nommé archevêque de Toulouse. Il fit son entrée en cette ville Fannée suivante, refusa les honneurs dus à sa dignité, et n'accepta que la harangue des capitouls à la banlieue. Dès les premiers jours de son arrivée^ il assista à la cérémonie de la canonisation de saint i^e V, qui fut célébrée aux Jacobins avec une grande pompe, et reçut dans son palais Elisabeth de France, qui allait épouser Philippe V roi d'Espagne.
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Toulouse perdit à cette époque son anualiste, Gennain de Lafaille. Il était né à Casteluaudary, et fut avocat du roi au présidial de cette Tille. S'étant fixé à Toulouse, H fut Dommé syndic et quatre fois capitoul. L'Académie des Jeux-Floraux, dont il était mainteneur, le choisit pour son secrétaire perpétuel. Nous lui devons Fouvrage le plus complet sur la ville de Toulouse. Les Annales, dont ii est Fauteur, méritent d'être appréciées, malgré quelques inexactitudes qu'elles renferment. Peu de temps avant sa mort, il donna son Traité de la noblesse des CapitotUs. M. de La&ille était très bon catholique, sincèrement attaché à la religion de ses ancêtres. On lui doit aussi la création de la galerie des Illustres, où la ville lui donna une place après sa mort, arrivée dans la quatre-vingtseizième année de son âge.
L'ordre de saint Dominique perdit aussi à Toulouse son historien, Jean-Jacques de Percin, qui nous a laissé an ouvrage précieux à plus d'un titre, sous le nom de Jfonnmenta conventûs tolosani Pra. prœdica. Le P, de Percia joignit à ses qualités d'historien un caractère aimable et gracieux ; il vécut toujours esclave de ses saintes règles» et se montra plein d'une inépuisable charité envers les malheureux. Son livre renferme des détails pleins d'intérêt, non-seulement sur la maison de son ordre à Toulouse, mais encore sur l'hérésie des Albigeois, les conciles qui l'ont combattue, le tribunal de la sainte inquisition, runiversité toulousaine, les généalogies des grandes familles, la description de la belle église des dominicains avec toutes ses richesses, ses reliques et ses tombeaux, l'histoire de la translation du corps de saint Thomas d'Aquin, les hommes
illustres de l'ordre de saint Dominique à Toulouse, la fondation de la chapelle de Notre-Dame de Bruguières, et la confrérie du Rosaire. L'auteur aurait pu sans doute abréger ses récits, qu*il mêle souvent à des digressions et à des passages des Pères assez inutiles. Malgré cette prolixité, l*ouvrage est très curieux, et peut être consulté avec avantage pour rhistoire locale.
Vers le même temps mourut encore à Toulouse François Bayle, docteur en médecine, professeur aux arts libéraux de l'université de cette ville. Parmi les nombreux ouvrages de ce savant médecin, on distingue son Discours sur Vexpérience et la raison, dans lequel il prouve que, dans toutes les sciences, il faut se servir des lumières de Tune et de l'autre. Il était membre de la société des Lantemistes et de celle des Jeux-Floraux. Il mourut à l'âge de quatre-vingtsix ans.
Toulouse vit s'élever dans son sein un nouvel ordre religieux. Pierre de Toumier, prêtre, conseiller clerc au parlement, prieur de Qairvaux, doyen de l'Eglise d'Aurillac, et M"' Elisabeth de Laymeries, établirent en cette ville une maison du Bon-Pasteur, ordre qui avait été fondé à Paris par M"~ de Combé. Cet établissement était destiné à recueillir les jeunes filles pénitentes; il fut élevé dans la rue du Sénéchal, sur le sol où se trouvaient autrefois construits le couvent et l'hôpital de Saint*Orens. Cette communauté naissante éprouva de grands revers ; mais grâce à la protection de Ms* de Beauveau et de ses successeurs, elle put continuer jusqu'à la Révolution française le bien qu'elle opérait. M«' l'archevêque approuva cette maison en 1715, avant de se rendre à l'assemblée générale du clergé de