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France. 11 était à Paris à la mort de Louis XIV, qui arriva le l"" septembre 1715. Le 22, les capitouls écrivireiit au duc d*Orléans pour le féliciter de sa nomination au titre de régent; ils reçurent des lettres du roi, du duc du Maine et du régent. Deux d'entre eux furent envoyés en députation auprès du jeune monarque, qui les reçut avec beaucoup d*aménité, et leur promit de conserver les privilèges de la yille.
Les capitouls sollicitèrent auprès du régent un privilège afin que les étudiants en philosophie du collège de TEsquiUe pussent jouir, comme ceux des jésuites, de la maitrise-èsarts ; ils firent encore plus : par arrêt du conseil, ce col* lége fut incorporé à Tuniversité, de manière que ses aspirants ne pouvaient être gradués, ni ses professeurs avoir voix délibérative dans les assemblées. Trois chaires de théologie furent accordées aux jacobins. Elles, avaient été fondées et dotées par Vabbé de Tourreil. Cet abbé était prieur de Monbazin» et passait pour un homme très versé dans la théologie. Les dominicains firent construire une vaste salle pour y placer les chaires nouvelles.
Les filles de FEnCance, depuis la mort de M*^ de Mondonville, avaient été mises en liberté; quelques-unes restèrent à Toulouse dans des maisons particulières, s'occupant à peu près aux mêmes fonctions qu'elles remplissai^t dans leur institut. Le nouveau règne releva teun^ espérances, et, en 171.5, elles écrivirent au roi et au r^ent pour demander leur rétablissement. Le conseil de conscience fut saisi de cette affaire, et demanda Ta^s de H^ de Beau veau. Ce prélat répondit qu*il ne s'opposait pas au rétablissement de rÊnfancc pourvu qu'on fil aux consUtu-
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lions des changements importants quUl indiqua. Les désirs de ces filles ne forent pas accomplis, et TEnfance ne se vit pas reconstituée.
Lie jansénisme releva son drapeau au oommeucement du dix-huitième siècle et entra dans une nouvelle période de querelles et de dissensions au sujet du livre des Réflexions moraks du P. Quesnel. Cet homme était membre de la congrégation de TOratoire; il fit paraître son livre eu 1671, et en donna une édition plus complète en 1673. La lecture attentive de ce livre réveilla de justes soupçons, et on y trouva bien des propositions qui méritaient d'étro condamnées : c*est ce qui détermina Clément XI, à la prière du roi et du clergé français, à condamner ce livre par la bulle UnigenituSy datée du 8 septembre 1713. Dès que cette constitutioD fot arrivée à Paris, le roi ordonna aux évêques qui y étaient présents de s'assembler pour recevoir la constitution. L'assemblée s'ouvrit au mois d'octobre 1713; elle fut présidée par le cardinal de Noailles. Quarante prélats, du nombre desquels était Ms' de Beau veau, adoptèrent la bulle, et dressèrent une instruction pastorale pour leurs diocèses. Le U février 1714, le roi donna des lettres patentes pour la publication de la bulle et la suppression du Uvre condamné. Sur les conclusions de Tavocat général, M. Joly de Fleury, ces lettres furent enregistrées au parlement de Paris. La bulle Unigenitus fut publiée à Toulouse, ainsi que Hnstruction qui raccompagnait ; le parlement de cette ville imita celai de Paris, et après que la faculté de Paris Peut acceptée, celle de Toulouse Taccept^^ aussi.
Le sieur Fouilloux avait fait paraître un recueil de pré^
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tendus passages des Pères de TEglise en laveur du livre de Quesnel, sous le nom à*Hexaples, et le P. La Borâe, oratorien, avait donné un autre ouvrage sous le titre de Témoignage de la vérité dans l'EgUse. Avwt la mort do roi, rassemblée du clergé s*était occupée de la censure de ces deux livres ; elle crut devoir terminer cette affaire. Les avis furent partagés; Tabbé de Maupeou, agent du clergé, ayant osé dire que la censure de ces ouvrages ne pouvait pas se faire sans le consentement de Farchevèque do dio* cëse, M^ de Beauveau notre archevêque s'éleva fortement contre cette prétention, et ce fut à ses pressantes s(dUcitations que la censure fut enfin publiée.
L*Eglise de France fut vivement affectée à cette époque par la défection de la faculté de théologie de Paris, qui. déclarant nul ce qui avait été fait auparavant par rap^iort à la constitution, refusa de Tadmettre, et mit par la la division dans répiscopat et le clergé. En même temps, le cardinal de NoaiUes retira les pouvoirs aux jésuites de son diocèse, mesure injuste et fatale à leur compagnie. Alors commencèrent les publications de ces libelles, dans lesquels ces Pères étaient représentés comme les corrupteurs de la morale, et les partisans des opinions les plus singulières. Le scandale de Topposition aux dédsions du siège apostohque éclata en 1717, lorsque quatre évoques de France, — de La Broue, évèque de Mirepoix, de Soanen de Senez, Colbert de Montpellier, et de L'Angle de Boulogne, interjetèrent appel de la bulle au futur concile général. Ces prélats, oubliant le respect qu*ils devaient au chef de TEgUse enseignante, devinrent les fauteurs de cet appel qui causa tant de maux. A la suite de ces malheureux évéques, plu-
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sieurs membres du clergé séculier et régulier, tant à Paris que dans la province, devinrent appelants. Les jésuites, les sulpiciôns, les messieurs de Saint-Lazare, la grande famille de saint François, quelques autres communautés, une grande partie du clergé des paroisses et des chapitres, demeurèrent fidèles aux vrais principes.
Le 8 mars 1718 parut un décret du Saint-Office : Parcel acte, le pape condamnait Fappel et les appelants. Ce décret inquiéta beaucoup le conseil de conscience à Paris, à la tête duquel était le marquis d*Huxelles. Il fut résolu qu'on le déférerait aux parlements de France, et le cardinal de Noailles y consentit. Le parlement de Paris déclara qu*il y avait abus dans ce décret. Malheureusement celui de Toulouse marcha sur ses traces. Le procureur général Le Mazuyerfit contre Tinquisition un splendide plaidoyer dans lequel il s*él6va beaucoup contre la domination de la cour de Rome et traita très bien Fappel et les appelants.
L'Université de Paris se rangea aussi du côté de ces derniers. Toutes les grandes universités de France se composaient alors de quatre facultés : celle de théologie, sacra factUtas; celte de droit, constUtissima facultas; celle des arts, prœclara facultas; celle de médecine, saluherrimà facultas. La première avait déjà fait son appel. Sur les conclusions du célèbre RoUin, ancien recteur et professeur d'éloquence au collège royal, celle des arts fit le sien; les deux autres s'engagèrent dans la même voie, et Michel Godeau, recteur en exercice, amplisshnus rector, publia rappel de l'université entière.
Les jésuites se montraient les plus attentifs et les plus clairvoyants à suivre les progrès du mal. Ils découvrirent
4fi TKSIPS MOUBKNBS.
à Toulouse uq fail assez singulier : Mf* Févêque de Cabors ayant désiré établir la réforme dans son nnitersité, on nomma pour commissaires à cet efifet MM. de Costa, conseiller au parlement de Toulouse, et Gaspard Da Boarg, docteur en Sorbonne, abbé commandatairé de Gimoilt. Ce dernier partit pour Cahors, et, au lieu de prendre la route directe et la plus (iourte, il passa par Lyon. Les jésaîtes apprirent que cet abbé profitait de son long voyage poar exciter à Fappel ; ils en écrivirent à Farchevéquè de Tonlouse, qui se trouvait alors auï états^ Ce pi^t porta sa plainte au régent, qui donna ordre k M. de La Vrilliëre de faire savoir à Tabbé de Gimont qu'il eût à quitter le diocèse et la ville de Toulouse, où il était demeuré en attendant de pouvoir remplir sa tomfnission à Cahors. Des lettres de cachet furent même remises à M^' de Beau veau, contre Tabbé Du Bourg et quatre docteurs de la Su^ulté de théologie de Toulouse. Cet abbé chercha, par un voyage à Paris, à détourner Forage, et y parvint, grâce à la médiation du bon cardinal de Noailles, protecteur-né de messieurs les appelants.
Il fut question aussi d*opérer une réforme dans Funtversité de Toulouse. On y dressa des articles qui étaient tous au préjudice des jésuites et contraires aux privilèges dont ils jouissaient. Ces articles furent homologués au pao*lemant, le 18 mars 1718. M^ de Beauveau se montra très irrité de cette réforme; il porta sa plainte au garde-des* sceaux d'Ârgenson, qui ordonna au président et au procureur général du parlement de lui envoyer un compte exact de tout ce qui s'était passé, avec défense de rien innover à Favenir. Le premier président assembla alors la sacrée
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(acuité i et posa la question insidieuse : » , dans les nou-* Teaux statuts, il avait été question des affaires présentes. On répondit négativement; le piège ne fut pas découvert, et rassemblée fut congédiée , avec autorisation d*observer les règlements nouveaux.
Cette procédure mécontenta grandement M^ rarchevéque^ qui frappa d'interdit un prêtre de l'Oratoire prêchant à la Dalbade^ Cet oratorien, parlant de la passion du Sauveur, avait fait une allusion assez transparente au P. Quesnel. Le prélat lui ordonna de quitter instantanément le dio* cëse. On parvint cependant à l'adoucir par des explications plausibles. L'opposition qu'il mettait contre les appelants se traduisit par un mandement dont il annonça la publicatton aux états. Â cette nouvelle, le parti s'agita; dom Lousme, prieur du collège Saint^Bernard et professeur de théologie, fut un des plus emportés. Il reçut alors une lettre de cachet qui lui fut envoyée par Tarcbevêque. On se plai-^ gnit au régent, qui fit révoquer cette lettre ^ malgré le duc de La Vrillièret qui entrait entièrement dans les vues de Mc' de Beauveau.
Le parlement de Toulouse se mit en mesure d'empêcher Farchevêque de publier son mandement. A cet effet, il rendit un arrêt, le 20 tôvrier 1719, dans lequel il déclarait y avoir abus aux mandements faits par les évêques de Lavaur , de Saint-Pons et de Vabres , et faisait défense k tous archevêques et évêques du ressort de faire de semblables mandements, sous les peines de droit. M. de Prohenques fut le rapporteur de cet arrêt. Celait une bien mauvaise voie que celle dans laquelle entrait notre parlement ! Le 5 novembre, le régent nomma M^^ de Beauveau archevêque
de Narboone, et Henri de Nesmood , arcbeTéque d'AIbi , aa siège de Toulouse. Le parlement , un peu embarrassé de ces nominations, résolut de devenir plus sage : ce qui fit dire à d'Orsanne que cette cour s'occupait beaucoup plus des affaires utiles aux juges que du droit public. M^* de Besjor veau avait gouverné pendant six ans TEglise de Toulouse.
Son successeur était né en Angoumois, et avait £ût avec distinction ses premières études à Paris. Il était abbé de Chezy , au diocèse de Soissons , quand il Ait élu évêque de Montauban et docteur de Sorbonne. Cette ville lui doit soo église cathédrale, ei ses diocésains conserveront longtemps le souvenir de son éloquence. Sa translation à la métropole d*Albi eut lieu en 1703. Il assista plusieurs fois aux assemblées du clergé de France, et s'y fit toujours admirer par Téclat de sa diction. L'Académie française le reçut dans son sein , à la place de Fillustre Flécbier. Tel était le nouvel archevêque de Toulouse.
M. de Baville, qui avait gouverné pendant trenten^inq ans la province du Languedoc , ^ria le roi de recevoir sa démission, qui fut acceptée. M. de Bernage fut nommé à sa place. Nous devons à la plume de M. de Baville des Mémoires pleins d'intérêt sur le Languedoc , mémoires qui parurent quelques années plus tard. Cet ouvrage est divisé en cinq chapitres : le premier donne une idée générale du Languedoc; le second traite du gouvernement et renferme quatre sections; le troisième chapitre a pour objet les droits du roi; le quatrième a pour objet le commerce; le cinquième expose les divers ouvrages qui ont été exécutés dans la province.
A peine W de Nesmond eut-il pris possession de son
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siège, qu'il fbt le témoin des vives contestations qui existaient entre les capitouls et les administrateurs des hospices. On cherclia a y mettre un terme par de sages règlements qui, renouvelant les anciens statuts, devaient fixer à chaque ordre ses droits et prérogatives; ils furent publiés à peu près a cette époque. Nous apprenons de ces règlements que Tadministration des hospices était ainsi compo- 'sée : l'archevêque, premier président , ou, en son absence, le doyen des présidents à mortier, le doyen et le sousdoyen des conseillers, le procureur général et les avocats généraux ; le juge mage et les capitouls en étaient les chefs. La direction était composée de vingt-quatre intendants , huit ecclésiastiques, huit avocats et huit marchands; il y avait, de plus , un trésorier ou syndic. Cette organisation a subsisté, à peu de choses près, jusqu'à la Révolution française. Les hôpitaux n'étaient pas les seuls qui avaient des différends avec les capitouls : l'Académie des Jeux-Floraux avait obtenu que les magistrats de la cité, le chef du consistoire en tôte, accompagneraient les mainteneurs, dans les grands jours, jusqu'à la porte extérieure du Capitole. Résistance du capitoulat. Appel de l'Académie au parlement, qui maintient jusqu'à plus ample informé FAcadémie dans ses droits. Appel des capitouls au conseil d'Etat, qui défend de rien innover. aémence-4saure remporta, pour le moment, une éclatante victoire. Le prévôt de Saint-Etienne, M. Deville, eut aussi Hae dispute assez vive avec un capîtoul dans le chœur même de la métropole , au milieu d'une cérémonie religieuse. Le capitoul Lardés^ étant passé devant le prévôt pour aller prendre sa place, est repoussé avec violence. Les capitouls s'assemblent, et portent leur plainte au pre-
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mier président de Bertier, qui assistait à la cérémonie (un Te Deum). Le sieur Monlaudier prononça un discours pour soutenir les droits du consistoire, et le sieur Dëzes^^ prébende , répliqua aTec véhémence. Il ne fut question de rien moins que de faire ouvrir une porte exprès a la cinquième stalle de gauche pour messieurs du capîtoulat. L'affaire fut heureusement assoupie.
M«' de Nesmond avait donné de lui une très haute idée à Toulouse par la manière dont il avait répondu aux capitouls qui l'avaient félicité sur sa nomination. « Messieurs, » leur avait-il dit, je ne puis vous exprimer toute la recon- » naissance que je conserverai pendant ma vie pour les » bontés dont vous me donnez des marques si flatteuses sur » ma nomination. Je sais, Messieurs, tout ce que vous
» perdez..., et je n'ai rien qui puisse vous consoler
» Je vous demande très instamment votre amitié. Je n'ou- » blierai rien pour la mériter par toute mon attention aux » intérêts d'une ville que j'ai toujours respectée depuis que » je suis dans cette province. » Le 14 janvier 1722, il reçut l'institution canonique; le 14 août, il prêta serment entre les mains du roi , et le 22 octobre il prononça une très belle harangue au sacre de Sa Majesté, au nom de l'assemblée générale du clergé.
Le prélat fit son entrée à Toulouse sans éclat; les capitouls le haranguèrent, et le syndic de la ville lui offrit les présents ordinaires (cire et dragées). M. de Maniban , qui avait succédé à Mf. de Bertier en qualité de premier président du parlement, suivit de près M»' de Nesmond à Toulouse. Le procès entre les capitouls et l'Académie des Jeux- Floraux durait toujours et ne paraissait pas prendre encore
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fin. Dès les premiers jours de son iDStallaiion, M^^Farchevêque s'occupa de la liturgie , et donna un nouveau Propre des Saints pour son diocèse. Il déclare dans raverlissement que, quoique FEglise de Toulouse eut adopté la liturgie de Rome , c'était cependant pour se conformer aux anciens usages que ses prédécesseurs avaient donnés des offices particuliers, et qu'il marche sur leurs traces en faisant imprimer ces offices et en en ajoutant de nouveaux. Il n'est nullement question , dans le mandement de l'illustre prélat, de l'approbation de Rome donnée à ces offices particuliers au diocèse»
On apprit alors à Toulouse Télection de Benoit XIII, Pierre-François Orsini, de l'ordre des Frères Prêcheurs. Les dominicains de cette ville firent éclater leurs justes transports à l'élection de l'un de leurs frères : ils célébrèrent une fêle splendide, à laquelle ils invitèrent les capitouls , qui la terminèrent par un feu d'artifice. Le P. Gaugiran , religieux du même ordre , prononça un très long discours pour célébrer cette exaltation ^ qu'il montra agréable au ciel , favorable à la terre , formidable à l'enfer. Les appelants avaient conçu quelques espérances de l'élection d'Orsini ; mais le nouvel élu fit rendre au général des dominicains un décret pour exclure de cet ordre ceux qui ne voulaient pas se soumettre à la constitution de Qément XI. Nous ignorons si le P. Gaugiran fit un autre discours sur ce décret.
L'assemblée du clergé de 1725 fut très orageuse; M«' de Nesmondla présida et harangua le roi. W l'évéque de Saint- Flour, opinant sur quelques articles concernant la juridiction , dit qu'il était utile qu'on établît un bureau pour exa-
4â0 TEMPS HODEBNES.
miner Tétat présent des affaires de FEglise et les moyens d'y remédier. On pressa M«' de Nesmond d'établir ce bureau; mais le prélat répondit qu'il s*était engagé auprès du duc d'Orléans à ne rien faire dans l'assemblée sans lui en avoir rendu compte. Le prélat s'étant rendu à Versailles et ayant pris les ordres du duc, le bureau fut constitué, et nomma pour le premier ordre Farchevêque de Rouen, les évoques de Soissons , d'Angers , de Châlons-sur-Marne et de Luçon ; et pour le second ordre , les abbés de La Vieuville , de La Châtre , Le Normand , Bridel et de Vignaux. Le bureau fit un rapport sur MM. de Colbert et de Lorraine, évêques de Montpellier et de Bayeux, et décida qu'il fallait demander au roi la permission de tenir des conciles dans les provinces de Narbonne et de Rouen. On s'occupait alors de raffaire des douze articles. On donna ce nom à un nouveau corps de doctrine , que l'on fit paraître pour faciliter Facceptation de la bulle. Il va sans dire que les appelants d étaient pas étrangers à ces articles ; on espérait que le pape les approuverait. Afin d'instruire Sa Sainteté, les cardinaux de Bissy et de Rohan et l'évéque de Fréjus écrivirent une lettre dans laquelle ils le conjuraient ide ne pas donner une semblable approbation , et *M^ de Beaumont , évêque de Saintes, publia un mandement contre les douze articles. Cette dernière mesure reçut l'assentiment de l'épis* copat. L'assemblée touchait à son terme ; elle se rendît a Fontainebleau , et on profila de ce voyage pour solliciter du duc l'autorisation de censurer douze propositions. Le duc y consentit; mais lorsque les évêques allaient publier une circulaire annonçant cette censure, U^ de Nesmond les prévint qu'il avait reçu, par M. de Merville, une lettre pour
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arrêter cette publication. Sur cela, oq mit en question d'adresser une lettre au jeune monarque pour se plaindre de cet incident. Celte lettre fut faite et présentée à la signature des prélats. L'archevêque de Toulouse voulait d'abord éviter cet éclat ; il finit cependant par la signer comme les autres membres de l'assemblée. Cette lettre fut saisie par ordre du duc dans les archives de l'assemblée, et nous ignorons si elle fut présentée à Sa Majesté.
Toulouse ne manquait pas d'un certain nombre d'appelants. D'Orsanne nous apprend, dans son journal, que le P. Hyacinthe Gravezon était le chargé d'affaires du cardinal de Noailles à Rome. Ce religieux écrivait à cette Eminence qu'il lui envoyait des Réflexions, composées par un religieux, de son ordre de la province de Toulouse , alors à Rome , et très dévoué au prélat; il lui annonçait aussi que le P. Brimon, de la même ville, avait composé quelques écrits sur les matières du temps. Dès qu'une thèse était- soutenue dans un ordre religieux reconnu pour constitutionnaire, aussitôt messieurs les appelants y trouvaient toujours quelque proposition à dénoncer à M^' de Noailles , en sorte que la guerre était continuelle.
W de Nesmond cessa d'être le témoin de ces combats ; il mourut à Toulouse au mois de mai 1727, et institua pour ses héritiers les pauvres de l'hospice de la Grave , où son cœur fut porté et inhumé avec une épitaphe qui renfermait réloge du prélat. On publia après sa mort ses discours , où Fou remarque de la facilité et de l'élégance. Il eut pour successeur à Toulouse Louis de Bertons de Grillon , fils du comte de ce nom , qui fut bientôt après préconisé a Rome ^ Il était évêque de Saint-Pons.
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Le faubourg Saint-Cyprien, à Toulouse, fut, cette année, le théâtre d'une effrayante inondation. La maison du Bon- Pasteur fut entièrement renversée par les eaux , et écrasa sous ses ruines cinquante religieuses ou fiUes , ainsi que le P. Badou, doctrinaire, qui leur prêchait alors tes exercices de la retraite annuelle. Ne voyant plus aucun espoir de salut, le P. Badou exhorta à la mort tout son auditoire et Tattendit avec calme et résignation. Cest ainsi qa*il mourut martyr de son zèle. On lui doit un ouvrage ascétique qui a pour litre : Exercices spirituels, souvent imprimé et qui jouit encore d un certain renom.
M^ de Grillon , ayant appris sa nomination à Tarchevêché de Toulouse, se 'rendit à Saint-Pons pour y attendre la députalion des capitouls qui étaient allés le complimenter. H arriva incognito à Toulouse. Les rigueurs de la saison ayant réduit à la misère la plupart des habitants des campagnes, il fit ouvrir les portes de son palais et distribuer du pain a tous ceux qui en demandèrent.
Sur ces entrefaites se célébra le concile d'Embrun , où fut condamné Soanen , évêque de Senez , et Tappel anathématisé. Les jansénistes écrivirent beaucoup contre ce concile. Cinquante avocats de Paris firent paraître, dans le même sens, une Consultation; elle fut répandue à Toulouse. Le 22 mars 1728, le sieur Robert, imprimeur, fut arrêté par la maréchaussée et conduit aux prisons de Thôtelde-ville par ordre de l'intendant, comme soupçonné d'avoir imprimé la Consultation, Les PP. Mondrau et Autier, jésuites , avec lesquels il était lié , vinrent le visiter dans sa prison et lui donnèrent quelques conseils. Robert fut élargi.
M«' de Grillon se montra très animé contre les appelants.
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Le 3 juillet, il rendit une ordonnance par laquelle tous les prédicateurs et confesseurs de son diocèse étaient tenus de se présenter devant lui pour signer le formulaire d*Alexaûdre VII. Cette mesure prouve qu*U existait encore dans le diocèse quelques prêtres qui n'avaient pas satisfait à la bulle. A la suite de cette ordonnanjce , le prélat publia ses statuts synodaux, dans lesquels il renouvela tous les règlements de ses prédécesseurs.
On s'occupait alors beaucoup de l'affaire de FofQce de Grégoire VII , nouvellement introduit au bréviaire romain par un décret de la congrégation des Rites, du 25 septembre 1728. Le parlement de Paris fit supprimer la légende, et tes appelants la représentèrent comme un attentat de la cour romaine. Le grand-cbancelier écrivit au procureur général du parlement de Toulouse, pour lui prescrire de simples réquisitions au sujet de la légende, et qu'on se contentât de saisir les exemplaires et de les déposer au greffe, ayant le soin de ne pas faire imprimer l'arrêt qui pourrait intervenir.
L'ardeur des jansénistes allait toujours croissant à Paris et dans les provinces. La soumission pleine et entière de M^ de Noailles et celle de plusieurs membres du clergé séculier et régulier ne firent que l'exalter encore. Elle écla^ tait tantôt dans la Dénonciation contre les jésuites, tantôt dans les Remontrances à M«^ de Paris (de Vintimille), et dans d'autres libelles. A la prière de ce prélat, Louis XV donna, contre les jansénistes , une célèbre Déclaration qu'il publia lui-môme en lit de justice , le 3 avril 1730. Cette Déclaration ne fut enregistrée qu'avec une certaine peine au parlement de Paris, et c'est ici qu'on doit constater ce malheu-
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reux coaflit qui exista entre rautorité royale et les cours souveraines, qui, par une fatale opposition, furent la cause des plus grands maux. La Déclaration fut apportée à Toulouse le 2 mai. En Tabsence de M. de Maniban, le parlement fut présidé par M. d'Aspe. On comptait dix-sept opinants ; onze votèrent pour Fenregistrement immédiat, et six pour Topinion contraire. Les opposants étaient MM. de Sapte, de Lafont, de Bruscat, de Chalvet, de Gapella et de Trincalie , conseillers. La Déclaration fut enregistrée.
Les appelants lassaient la patience du clergé et des fidèles. M. de Loupes, académicien de Toulouse, avait composé une ode sur la grâce, qui avait été couronnée aux Jeux- Floraux. Le parti le soupçonnait d*avoir fait imprimer et distribuer la fameuse chanson contre M. de Montempuis. Celui-ci, qui était chanoine de Notre-Dame de Paris et avait professé au collège du Plessis, était accusé de s*être introduit à la faveur d*un déguisement à la Comédie-Française. Cette aventure n'échappa pas à la verve du P. du Cerceau, qui composa sur ce fait une chanson pleine d'esprit. M. de Loupes avait composé une cantate sur le Saint-Sacrement, dans laquelle on crut voir quelque application à la cinquante-sixième proposition condamnée par la bulle. Les jansénistes chantaient déjà victoire, mais il fut facile de les détromper en leur montrant que les vers de racadémicieu ne renfermaient rien que d'orthodoxe.
M. de Loupes appartenait , sans doute , à une nouvelle académie des sciences qui venait d'être fondée à Toulouse par les soins des sieurs Gouazé , médecin ; Carrière , chirurgien; Sage, pharmacien; et Borrust, mathématicien. Le président , M. de Rességuier , obtint du cardinal de
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Fleury rautorisation de tenir des assemblées, qui devaieDl être composées d*associés simples et. ordinaires. Le comte de Caraman fournit au frais d'installation, laquelle eut lieu dans une des tours de la ville, vis-à-vis Téglise des pénitents noirs. Plus tard, cette académie fut légalement instituée par lettres patentes.
La faculté de théologie de Paris, ayant enfin accepté la constitution, envoya à celle de Toulouse ses délibérations. M. de Boisset, doyen, donna lecture des lettres de cachet du premier ministre, et la déclaration fut acceptée, avec cette clause toutefois, — que les autres décrets de la faculté parisienne seraient mis de côté, et qu'il n'en serait point fait mention dans le procès-verbal. Â la suite de cette acceptation, on soutint, dans l'université de Toulouse, quatre thèses, deux tentatives et deux sorboniques, qui effarouchèrent tout le parti. Celui-ci jetait les hauts cris à la moindre attaque dont il croyait être l'objet. Ainsi M. Herman, supérieur du séminaire de Saint-Lazare à Toulouse, avait dans sa maison un élève qui voulait soutenir une thèse dans laquelle la constitution était présentée comme une règle de foi. M. Herman fit quelques objections à l'élève; celui-ci en prévint M. Fermât, chanoine de Saint-Sernin, qui crut devoir avertir le supérieur général de la Mission. M. Herman fut envoyé dans un autre séminaire. Â cette nouvelle, tous les jansénistes de Toulouse regardèrent comme un martyr de la bulle ce lazariste, qui certaineinent était bien éloigné de prétendre à une pareille gloire. M^ de Grillon, qui se trouvait aux eaux thermales à l'époque de cet événement, parut contrarié que cette afiEsdre eut été négociée sans son entremise.
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Il existait alors un homme à Toulouse que les jaoséoistes accablaient des plus grossières injures : c*était M. Pijon> avocat du roi en la sénéchaussée de cette ville. M. Bréal, doyen de Pamiers, lui avait remis la somme de 600 livres pour impétrer un bénéfice en cour de Rome. Pijon ayant appris que Bréal était janséniste, ne voulut lui rendre soa argent que par décision des gens du roi. Pijon fut traité d'infâme voleur. Il avait averti la cour que la famille de Cbalvet était suspecte de jansénisme, et, au nom de tous les membres de la sénéchaussée, il avait recommandé une extrême prudence dans la nomination à la place de sénéchal, promise à cette famille : Pijon devint un affreux calomniateur. Nous donnons ici un exemple de Tinsigne mauvaise foi des jansénistes àTégard des jésuites. Le P.Delair, préchant chez les augustines à Toulouse, avait dit que, pour détruire les habitudes invétérées , il fallait communier souvent. On représenta aussitôt ce Père comme un corrupteur de la morale. Il n*est rien cependant de plus simple que cette proposition, et la communion fréquente a toujours été regardée comme le meilleur moyen pour détruire les habi* tudes, c'est-à-dire pour éviter les tristes rechûtes. Que firent les jansénistes? Ils Taccusërenl d'avoir dit qu'il fallait communier avec des habitudes invétérées. Voltaire avait raison d'appeler les Provinciales les belles merdeuses.
Il nous est impossible de rapporter dans notre Histoire tous les faits qui se sont passés à Toulouse dans le dixhuitième siècle, soit au parlement, soit dans l'université, relativement aux querelles du jansénisme. Ces faits sont presque tous identiques : il est toujours question de thèses soutenues chez les dominicains , chez les jésuites et dans
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les diverses écoles, thèses attaquées et défendues avec plus ou moins d*animosité de part et d'autre ; de Jivres publiés et qui eurent le même sort. Nous devons seulement constater que, par une condescendance fatale, le parlement se montra, en partie, favorable aux nouvelles doctrines, et se laissa trop facilement impressionner contre les jésuites, que les jansénistes poursuivaient de toute la hauteur de leur orgueil et de toute Fardeur de leur haine.
L'abbé de Juliard, neveu de W^ de Mondonville, présenta, en 1735, une requête au parlement , tendant a obtenir que Y Histoire de V Enfance, de Reboulet , qui venait de paraître , fut brûlée par la main du bourreau. Cette cour souveraine fit droit aux réclamations du prévôt, et, le 25 mai, rendit un arrêt qui condamna au feu X Histoire en question : arrêt qui fut exécuté le lendemsdn , au bas du grand escalier. M. de Montgazin fut rapporteur dans cette affaire.
La ville de Hsle-enJourdain s'enrichit, à cette époque, d'une précieuse relique de saint Bertrand , auquel elle avait donné le jour. La translation de cette relique se fit avec la plus grande solennité. Jean Lestrade, prébende de l'église de Comminges, nous a laissé une très ample description de tout ce qui fut observé dans cette solennité. Cette relique fut placée avec honneur dans l'église collégiale de l'Isle, où on la voit encore aujourd'hui.
L'archevêque de Toulouse se trouvait toujours à Paris et haranguait, le 5 juin 1735, le roi, la reine et le dauphin pour l'ouverture de l'assemblée générale du clergé. Il disait au prince : « Plus l'esprit de liberté et d'indépendance fait de » nouveaux progrès , plus nos soins et nos travaux auront > besoin du secours de votre autorité, et plus nous ferons
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» agir la juste confiance que nous avons en Votre Majesté. » H fut nommé à une abbaye commandataire au diocèse de Besançon.
L*ordre des dominicaines de sainte Catherine de Sienne perdit en ce temps à Toulouse deux saintes religieuses dont la Vie a été donnée au public, et qui , après avoir offert les exemples des plus sublimes vertus, moururent Tune et Taotre dans une grande réputation de sainteté. La première était M^"" Gabrielle de Josse-Louvreins , qui prit en religion le nom de sœur Marguerite de Saint-Jérôme ; elle était née à Colomiers, près de Toulouse , au château de Larmuré, de M. Charles de Josse-Louvt*eins , coseigneur de Colomiers, du Vernet et autres lieux, et de dame Anne deLayrac. La seconde était Catherine Guibaut, née à Toulouse, dans la paroisse du Taur, de Jean Guibaut, tailleur d*habits, et de Françoise Pergemane. Elle prit en religion le nom d'Agnès de Jésus. Ces deux saintes filles, parties de deux extrémités opposées dans la société ^ arrivèrent au même but par la même voie.
M«'de Grillon fut transféré, en 1739, de l'archevêché de Toulouse à celui de Narbonne. Le roi nomma pour lui succéder Févéque de Tarbes, M«' Charles-Antoine de la Roche- Aymon, fils de Raymond-Nicolas et de Geneviève Baudri de Biancourt, docteur de Sorbonne, ancien vicaire général de Limoges, sous le titre d'évêque de Sarepta. Il fut préconisé à Rome en 1745, prêta serment au roi, harangua ce prince au nom des états du Languedoc, et fit son entrée à Toulouse sans aucun cérémonial. Peu de temps après, le maréchal duc de Richelieu, commandant pour le roi dans le Languedoc, vint visiter Toulouse ; on lui rendit de grands honneurs.
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Ce fut au commencement de Tépiscopat de M^' de La Rocbe-Aymon, que la compagnie de Saint-Sulpice établit à Toulouse un séminaire sous le titre de Saint-Charles- M. Antoine de Calvet, prêtre, fut l'homme que la Providence destina à cet établissement. Il était né à Toulouse, du trésorier de France, et jouissait d'une assez grande fortune. Après avoir suivi son cours de droit , il embrassa l'état ecclésiastique, et son attrait le porta à se consacrer à l'éducation des jeunes clercs. 11 réunit d'abord quelques élèves à l'hôtel de la Trésorerie, place du Salin; ensuite, il acheta la maison de M. du Mai, chanoine de Saint-Sernin, derrière l'abside, et y établit sa communauté. M«' de Crillon avait déj'a obtenu de premières lettres patentes : son successeur en obtint de plus amples , avec l'autorisation d'acquérir des revenus ou des capitaux. M. de Calvet se dépouilla alors de tous ses biens en faveur du séminaire de Saint-Charles, et entr'autres du domaine de la Cipière. M. de La Roche- Aymon, craignant qu'après la mort du fondateur ce séminaire ne pût plus se soutenir, pria M. Couturier, supérieur-général de Saint-Sulpice , de vouloir bien accepter cet établissement. Les vœux du prélat furent exaucés, et la compagnie, par un concordat qui* fut passé à Paris, en 1747, se chargea de cette maison qui devint ainsi sa propriété.
Non content d'avoir assuré l'avenir de ce séminaire, M«' l'archevêque publia, en 1744, une ordonnance très étendue sur l'éducation des clercs et leur admission aux saints ordres. Il continua les retraites pastorales que son prédécesseur avait déjà établies, et institua des conf^ences ecclésiastiques pour tout'son diocèse. Le sujet de ces
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conférences était pris ordinairement dans la théologie morale ou dans les évangiles de Tannée. Nous possédons encore le programme de Fune de ces conférences*
Au milieu de ses victoires, le roi se trouva attaqué à Metz, en 1744, d'une maladie tellement grave que ses jours furent en péril. La France entière fut , à cette nouvelle, dans la consternation; un peuple immense se pressa au pied des autels pour demander la guérison du monarque. Les vœux publics furent exaucés, et des transports de joie éclatèrent de toute part. Toulouse célébra, à Foccasion de la convalescence du roi, des fêtes splendides dont la description a été donnée au public ; Farchevêque se distingua, en cette occasion, par les illuminations féeriques de son palais , le repas somptueux qu*il donna à tout le parlement et aux capitouls , et surtout par les lai^esses qu'il fit au peuple.
Il se passait cependant, en France, d'étranges choses au sujet du jansénisme. Depuis quelques années il n'était bniit a Paris que des miracles opérés au cimetière de Saint- Médard, sur la tombe du diacre Paris. François Paris, d'une famille parlementaire, était entré dans les ordres et par respect pour le sacerdoce s'était arrêté au diaconat ; il vivait dans Fobscurité la plus profonde et travaillait même, dit-on, a un état mécanique (il faisait des bas au métier) ; son extérieur et sa vie étaient austères. Il mourut en bon janséniste, ayant passé deux ans sans avoir fait ses pàques. On l'enterra au cimetière de Saint-Médard , sa paroisse. Les jansénistes vinrent se prosterner sur sa tombe , et alors commença la suite vraiment risible de toutes ces jongleries auxquelles les hommes, même les plusVérieux du parti, donnèrent
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le nom de miracles. Ce bienheureux diacre était un étrange saint; il communiquait à ses dévots des convulsions extraordinaires qui leur faisaient prendre les postures les plus ridicules et les plus indécentes. Elles devinrent si fréquentes qu*il exista au sein du jansénisme une caste à part qui prit le nom de convulsionnaires. Ce ne fut plus seulement la tombe de saint Paris qui produisit des convulsions, on en éprouvait encore devant ses images : en sorte qu*il y eut des convulsionnaires partout. Toulouse eut les siens comme tous les autres lieux. La double autorité royale et ecclésiastique parvint à peine à faire cesser ces scandales.
Le parlement de Paris et ceux des provinces entrèrent alors dans cette voie fatale des appels comme d'abus pour refus de sacrements. Exista-t-il jamais d'aberration plus étrange que de vouloir forcer les curés ou les vicaires de donner des sacrements à des personnages qui , d'après la conscience universelle des catholiques, en étaient notoirement indignes ! Le roi, voulant arrêter ces excès, rendit en son conseil un arrêt par lequel il défendit expressément à aucun parlement de prendre connaissance des affaires relatives à la constitution. Le roi n'étant pas écouté, frappe d'exil deux des conseillers du parlement de Paris : cette cour cesse de rendre la justice. Nouveaux ordres : nouvelles résistances. Cent trente-neuf conseillers des enquêtes et des requêtes sont exilés, et rappdés bientôt après. L*antorité royale perdait ainsi toute sa force; et d*où venait ce malheur? De l'affaire du jansénisme. Il ne faut pas s'étonner, par ce qui se passait à Paris, de ce que nous avons vu à Toulouse au sujet de la condamnation de YHistoire de VEnfance par le parlement de Toulouse.
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Les jésuites élaienl toujours le point de mire des appelants de cette ville. Tantôt c'était le P. Galli qui, prêchant Tavent a Saint-Etienne , avait osé dire qu'une simple invocation à la Sainte- Vierge suffisait pour attirer sa protection; tantôt c'était le P. Gottonai qui était dénoncé aux gens du roi et aux vicaires généraux comme prévenu d'avoir eu la hardiesse de s'élever contre les appelants. Si le capitoul d'Estadens fait saisir des exemplaires des Réflexions morales étalés en vente sur la place du Capitole , ce sont les jésuites qui l'ont prévenu de ce fait. Ils ont aussi dénoncé au cardinal de Fleury un dominicain un peu suspect qui devait prêcher le carême à Saint-Etienne et dicté la lettre que cette Eminence écrivit au chapitre pour lui déclarer qu'il eut à remercier ce religieux. Certainement les jésuites étaient en droit d'obtenir des chaires inamovibles dans l'Université, comme tous les autres corps religieux. Ils obtinrent, en effet, 'a Toulouse, en 1756, cette inamovibilité; aussitôt les appelants proclamèrent que l'université de cette ville était sous Tesclavage de ces Pères, et qu'ils étendaient de toute part leur despotisme.
Il était d'usage qu'à l'ouverture des cours de leur collège, les jésuites fissent prononcer par l'un de leurs Pères un discours ou programme. En 1747, le régent de seconde annonça qu'il allait examiner la question de savoir si la science est plus utile au bonheur de la vie que l'ignorance ; c'est là une de ces questions qui, par la manière dont on les envisage , peuvent présenter des solutions diverses. Le parlement, excité par le parti, crut devoir se mêler de cette grave affaire ; et au lieu de considérer la proposition sous la forme dubitative, on prétendit que les Pères l'avaient pré-
TEMPS MODR&NBS. iC33
sentée sous la forme aflKrmatiYe en faveur de rignorance. Le procureur général dédara que le programme ne serait pas prononcé. Le P. Villars, professeur de théologie, crut devoir, à cause des miracles du B. diacre Paris et des convulsions, traiter cette question : si un même miracle peut être produit et par l'esprit de Dieu et par l'esprit des ténèbres. Il devint aussitôt l'objet des plus grossières insultes.
Le collège de la compagnie était très florissant à Toulouse: une nombreuse et studieuse jeunesse venait y recevoir les leçons de ces maîtres dévoués. Cette maison perdit, en 1744, un de ses enfants les plus pieux, Jean- Jacques Daumond. Il était né à Toulouse d'une honnête famille; a l'âge de dix ans il fut admis au collège des jésuites, et pendant quatre années il renouvela les saints exemples que Louis de Gonzague et Stanislas Kostka avaient donnés au noviciat de Rome. Cet enfant annonça d'une manière positive qu'il mourrait le jour de l'Assomption. La prophétie fut vérifiée; il rendit, en effet, son âme à Dieu le 15 août 1744, à l'âge de quatorze ans, et fut inhumé dans le cloître des PP. de la Trinité. Sa Vie a été donnée au public; l'auteur la dédia à tous les élèves du collège de Toulouse.
Dès l'année 1740, le cardinal Lambertini avait succédé à Clément XII sous le nom de Benoit XIV. Cinq ans après sa promotion au souverain pontificat, il accorda, en vue des maux qui afiligeaient l'Italie et l'Europe entière, un jubilé qu'il étendit à toute la chrétienté. M^' l'archevêque publia la bulle du pape et l'accompagna d'un mandement qui rendait témoignage et de sa piété et de ses justes alarmes. Ces alarmes étaient causées par les progrès toujours croissants de l'impiété, qui publiait d'innombrables écrits tendant k
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étouffer dans les âmes le dernier germe de la foi ; c étaient les Lettres sur la religion essentielle à l'homme; les Lettres cabalistiqttes^ chinoises et juives; l'Histoire philosophique de l'âme et des pensées, par La Mettrie; les Pensées philosophie quesy de Diderot; les Mœurs, par Toussaint; le Télliamed ou Entretiens d'un philosophe indien avec un missionnaire français, par M. de Maillet, anagramme du premier nom* Les parlements, au lieu de condamner tous ces livres, s*occupaient très gravement de la misérable querelle des bill^ de confession.
Dans Tannée 1750 eut lieu le jubilé universel qui foi ouvert Tannée suivante, à Toulouse, par un mandement de W de La Roche-Aymon. Les PP. jésuites, ainsi que les cordeliers, se distinguèrent à cette époque par leurs prédications pleines d'onction ^t de zèle. On publia divers écrits à Toulouse sur les matières religieuses, parmi lesquels nous distinguons une excellente Méthode pour la confession générale, composée par le P. François Barrière , de la compagnie de Jésus, Il était certes bien nécessaire de ranimer les sentiments de la religion dans le cœur des populations , car Fimpiété leva k cette époque un nouveau drapeau par la publication de Y Encyclopédie, vaste dictionnaire^ en partie composé par Diderot et d'Alembert , et dont les premiers volumes furent supprimés par arrêt do Conseil. L'épiscopat presque tout entier adressa des lettres respectueuses mais fortes au monarque, sur les excès commis parles cours souveraines dans les affaires de TEglise et sur les arrêts aussi odieux qu'injustes qui avaient frappé Farchevéque de Paris, M«' de Beaumont.
Les vivres manquaient en province^ et à Toulouse en par-
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ticulier on craignit la iàmine. Dès-lors, toutes les administrations se réunirent pour venir au secours des pauvres. Le parlement , les capitouls et le bureau diocésain prirent des délibérations tendant à faire des approvisionnements ou à distribuer des secours. M»' de La Roche-Aymon publia une belle ordonnance sur les devoirs de la charité publique. Il fut décidé qu*on ouvrirait de grands travaux pour occuper les ouvriers et les pauvres : la belle façade du Capitole fut commencée sur les dessins de Cammas; les allées Saint- Michel et Saint-Etienne furent tracées, et Ton forma au point de jonction une promenade circulaire appelée le Boulingrin: le Jardin^Royal fut aussi élevé ; les églises Saint-Nicolas et de la Dalbade reçurent des embellissements. Cette dernière paroisse avait alors pour curé M. Bompart, qui avait succédé à M. Payne, homme d'un caractère gracieux et avenant; elle avait été gouvernée avant eux par M. Emer}-, dont la charité envers les pauvres ne connut pas de bornes. Le parlement de Toulouse adressa» le 17 juillet 1752, des Remontrances au roi au sujet du refus des sacrements qui avait été fait à une femme nommée Vantîeau, et profita de cette occasion pour s*élever avec une force inouïe contre les ministres de FEglise qui s'étaient rendus coupables d*un pareil forfait; il ne les traitait de rien moins que de schismatiques. C est une pièce vraiment curieuse à lire que ces Remontrances; elle montre jusqu'à quel point était portée Tétrange aberration des cours souveraines. Peu de temps après, M^ de La Roche-Aymon fut nommé archevêque de Narbonne; il eut pour successeur M«' François de Crnssol, évoque de Blois, qui fut préconisé à Rome le 26 septembre , et prêta serment au roi en octobre. Dès que sa
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nomination fut connue, la ville délibéra de députer à Montpellier, où il se trouvait, pour le complimenter. Il refusa les honneurs de Feutrée qu*on lui offrit. Ce prélat était ué au château de Montmaur, dans le Lauraguais, d'Alexandre Galliot de Crussol d'Âmboise, seigneur de Montmaur et sénéchal de Toulouse. Il fit ses premières études au collège de TEsquille, fut pourvu de Tabbaye de Charroux au diocèse de Poitiers, de Tévêché de Blois et de Tabbaye de Saiat- Germain-FÂuxerrois.
A l'époque de la nomination du nouvel archevêque, les PP. jésuites, toujours ardents pour le bien, ouvrirent une mission à Saint-Pierre-des-Cuisines et à la paroisse Saint- Nicolas. L'un d'entr'eux, le P. Dezures , prêchant à Nazareth le panégyrique de saint Yves, fut accusé de s'être élevé contre la nécessité des appels comme d'abus. Il fut aussitôt cité devant les gens du roi et opposa le désaveu le plus complet; il n'en fut pas moins condamné à être admonesté dans la chambre du conseil. On lui défendit pendant cinq ans d'enseigner la réthorique qu'il professait. L'arrêt tut rendu sur le rapport de M. de Montgazin. L'admonestation eut lieu en ces termes : « Vous avez été instruit par arrêt » de la cour, combien elle improuve l'abus que vous avez » fait de votre ministère pour censurer et énerver l'auto*
> rite des lois et des maximes du royaume, aussi anciennes » qu'elles sont nécessaires au maintien des droits et de
> l'indépendance légitime de la couronne de nos rois contre
» les entreprises de la puissance ecclésiastique Vous
» apprendrez à en connaître le mérite et à les respecter. — » Retirez-vous. » On voit par ces paroles quel était res{Hîl qui animait la plus grande partie du parlement de Tou-
TEMPS MOUBHNSS. fiH
iouse. Qu'aurait dit ce parlement si Tarchevêque avait frappé cle ses censures ceux qui étaient d'un tribunal inférieur à cette cour souveraine? Le cas est absolument le même.
La maison professe de Toulouse perdit à cette époque Tun de ses Pères les plus recommandables, Jean Cayron. Il était né à Rodez, en 1672, d'une famille originaire de Toulouse, où ses ancêtres avaient exercé remploi de banquiers en cour de Rome et de présidents aux enquêtes. En 1687, il entra au noviciat des jésuites a Toulouse où, après avoir triomphé de tous les obstacles qu'on opposait à ses desseins, il fil sa profession et son cours de régence. Ses supérieurs le nommèrent recteur du noviciat à Toulouse , ensuite recteur du collège, et plus tard de la maison professe. Il mourut le 51 janvier 1754, à Tâge de quatre-vingtdeux ans, honoré par la ville entière comme un véritable saint. On lui attribue des prophéties et des guérisons miraculeuses. Son zèle pour le salut des âmes ne connut point de bornes; son humilité fut portée jusqu'à l'anéantissement; ses austérités auraient eu de quoi effrayer un courage moins héroïque que le sien. Le P. de Nolhac, recteur de Toulouse, fit de lui un magnifique éloge dans la lettre-circulaire qu'il adressa a toute la province, et le P. Sérane a donné sa Vie au public. Son corps fut inhumé dans l'église des jésuites, à la maison professe ; son chapelet et son crucifix furent envoyés à la reine.
M«^ de Crussol arriva à Toulouse vers la fin de cette année; il reçut la visite des capitouls et les présents d'usage. Peu de temps après, il fut député à l'assemblée générale du clergé, dont il eut la présidence. Nous ne possédons de son administration à Toulouse que quelques ordonnances qui
4^ TEMPS MODBEMIS.
offrent peu dlnlérêt. Ce prélat était à Pai;^s à Fépoqae de Todieux attentat commis sur la personne de Louis XV par Damiens. Il y mourut Tannée suivante des suites â*un accident, et fut inhumé dans Téglise des bamabites. Le roi lui donna pour successeur Arthur-Richard Dillon, évêque d'Evreux. Ce prélat était né à Saint-Germain-en-Laye; il fut préconisé le 28 septembre de Tannée suivante.
Le parlement de Toulouse continuait ses exploits. On soupçonnait M»' de Guinet, évêque de Saint-Pons, d'être Tauteur d*un écrit intitulé : Réflexions d'un évêque du Languedoc sur quelques nouveaux arrêts du parlement de Toulouse. Par arrêt du parlement on ordonna des informations sur cet écrit. Le prélat ayant publie un mandement d'adhésion à la lettre pastorale de Tarchevêque de Paris, la cour suprême du Languedoc rendit un autre arrêt pour condamner ce mandement, sur le rapport de M. de Bastide, conseiller clerc et prédicateur du roi. Peu de temps après, ce parlement, poussant les choses jusqu'au détire, s'érigea en faculté de théologie et condamna par arrêt la Théologie morale de Busembaiim, jésuite allemand, commentée par le P. Lacroix, de la même compagnie et allemand comme lui. Dominique de Bastard fut chargé du rapport. L'avocat général Malaret de Fontboisard déclara que cet ouvrage renfermait des maximes opposées à Tindépendance de la couronne, à la personne des rois et à la tranquillité des citoyens. Il fit remarquer que la réimpression de ce livre, concourant avec l'attentat de Damiens, était un crime de lèsemajesté.
La cour fit droit a ce réquisitoire, et ordonna que cette Théologie serait lacérée el brûlée* dans la cour du palais par
TEMPS KODBRNES, 4^^
Texécuteur de la haute justice, en présence d*un greffier assisté de deux huissiers. Défense fut faite aux libraires, à peine de galères, de vendre ce livre et de le retenir. On manda les supérieurs des quatre maisons des jésuites au pied de la cour en la grand*chambre ; ils y comparurent le lendemain 10 septembre, et là, debout, en manteau long et le bonnet à la main, ils déclarèrent formellement qu*ils étaient étrangers à la publication de cet ouvrage composé dans les Etats d'une puissance qui n'était pas la France, et qu'au surplus ils réprouvaient tout ce qui pouvait se trouver dans ce livre de contraire aux commandements de Dieu, aux lois et aux maximes du royaume; ils signèrent cette déclaration et en demandèrent acte à la cour.
Les jésuites crurent alors qu'il était prudent de prévenir de semblables accusations, et rédigèrent une Déclaration expresse de leurs sentiments, qu'ils envoyèrent au roi, après en avoir donné lecture au parlement. Us s'exprimaient ainsi dans cet acte :
• I. Qu'ils tiennent et professent, qu'ils tiendront et pro- » fesseront toujours qu'en aucun cas et en aucun lieu, » sous quelque prétexte de tyrannie ou de trouble, de per- » sécution ou de religion, ou quelqu'autre prétexte que ce » puisse être, il n'est, ni peut être permis à personne, de » quelque état et condition qu'il soit, d'attenter directe- » ment q/a indirectement à la personne des Souverains, et » de dire, écrire, insinuer, favoriser ou faire rien qui puisse » porter à attenter à leur sûreté ; qu'ils condamnent et dé- » testent comme pernicieuse et digne de l'exécration de » tous les siècles, toute doctrine contraire dans tous les » ouvrages qui auraient été composés, non-seulement par
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» aucun de leur compagnie, mais encore pai quelque auteur » que ce soit.
» II. Qu*ils tiennent et professent, tiendront et prcrfès- » seront toujours la doctrine du clergé de France» décla- » rée dans son assemblée de 1682, qu'en conséquence ils » enseignent et enseigneront toujours, que la puissance » donnée par Jésus-Cbrist à saint Pierre, à ses successeurs » et à FEglise même, est purement spirituelle, et ne s*étend » que sur ce qui appartient au salut éternel; qu'ils n*en
> ont aucune sur ce qui concerne le temporel, et qu'ainsi ^ la puissance des souverains au temporel, est tellement » indépendante de toute puissance spirituelle, qu'en aucun » cas, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce » soit, ils ne peuvent directement ni indirectement être par » le pouvoir des Clefs déposés, ni leurs sujets déliés du » serment de fidélité.
» m. Qu'ils sont et seront toujours soumis aui lois,
* ordonnances, règlements et usages du royaume, ainsi que » tous les autres sujets du roi, tant ecclésiastiques que » séculiers, comme aussi aux règles de discipline et de
> droit commun ecclésiastique, ainsi qu'elles ont lieu dans
> le royaume pour les autres religieux, sans qu'ils puissent » rien entreprendre de contraire aux droits des évêqaes,
• curés, universités et autres quelconques, ni faire aucun » usage d'aucun privilège quel qu'il soit, que conformé- » ment aux termes des lois et maximes du royaume.
» IV. Que si, ce qu'à Dieu ne plaise, il leur était ordonné » par le général ou tout autre revêtu de quelque autorité » que ce soit, quelque chose de contraire aux déclarations I» portées ci-dessus, aux lois de l'Eglise et de l'Etat, à leurs
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> devoirs envers leurs souverains, au bien et a la tranquil- » lité publique, ils déclarent qu ils tiennent et tiendront
> toujours tels décrets ou actes, pour illégitimes et nuls de » plein droit, et qu'ils seraient et se croiraient obligés de » n'y pas obéir. »
Les ennemis de la compagnie ne manquèrent pas d'attaquer cet acte, et ne pouvant le prendre sur le fond , ils prétendirent le prendre sur l'intention de ceux qui l'avaient dressé, jetant d'odieux soupçons sur leur sincérité. Pour répondre à cette persécution qui s'annonçait déjà d'une manière si menaçante, les jésuites ouvrirent à Toulouse les exercices d'une Mission que les PP. Sérane et Latour donnèrent à l'église Saint-Michel. Cette mission attira un immense concours de peuple de tous les points de la ville; elle fut marquée par les conversions les plus éclatantes. Ce fut à l'occasion de ces exercices que M*' Dillon publia ses Avis aux Confesseurs, dans lesquels il résume toutes les règles de discipline données par ses prédécesseurs.
Toulouse s'enrichit à cette époque de deux nouveaux édifices religieux. Le 20 septembre 1758, M. le premier président de Maniban posa la première pierre de l'iiospice de la Grave, en présence des capitouls, du clergé et des pauvres. Cet édifice, resté longtemps inachevé, a été terminé de nos jours. Les bénédictins démolirent l'ancien autel de leur église et voulurent remplacer la voûte par un dôme; on s'aperçut alors que le vieil édifice tombait en ruines et on forma le projet de la construction de l'église actuelle. En creusant les fondements, on découvrit des colonnes, un basrelief en marbre blanc, une Vénus tenant à la main un Amour, une tête de Janus, des briques sur lesquelles étaient
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inscrits des noms romains en saillie, une excavation à laquelle aboutissait un tuyau, une mosaïque où étaient gravés ces mots : ubi olim. Tous ces objets indiquaient évidemment qu*à la place de Téglise primitive se trouvait un temple consacré aux idoles.
Le 13 octobre 1761 fut marqué à Toulouse par un événement destiné à avoir un grand retentissement en Europe, et dont on s'est encore beaucoup occupé de nos jours : la mort tragique de Marc-Ântoine Calas. Notre intention étant de publier un récit exact et fidèle de cette affaire , nous nous bornerons ici à signaler les faits principaux. Ce jeune homme était fils de Jean Calas, protestant, négociant à Toulouse, logé rue des Filatiers. il était Tainé des six enfants qu'avait eus son père de Rose Cabibel : quatre garçons et deux filles. L'un de ces garçons, Louis, avait embrassé le catholicisme; Donat s'était fixé à Nîmes; Marc^Antoine, Pierre et les deux filles habitaient à Toulouse la maison paternelle. Il est certain que Calas était obligé, par les lois alors existantes, de payer une pension alimentaire a son fils Louis, et que cette pension était fort mal payée.
Il est certain que Marc-Ântoine avait manifesté le dessein, réel ou fictif, de suivre Texemple de Louis son frère, et que ce dessein était connu de la famille. Ce projet, s'il eut été réalisé, obligeait Calas à payer encore une nouvelle pension à son fils aîné. Des lettres authentiques, et que nous produirons plus tard, prouvent que Calas était très dur et trè$ attaché à ses intérêts.
Le 13 octobre, vers les 7 heures du soir, eut lieu le souper ordinaire de la famille, auquel fut mvité un jeune homme, David Lavaysse, arrivé la veille de Bordeaux. Marc-Antoine
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assista à ce repas. Avant de se mettre à table, U venait de jouer tranquillement une partie de billard avec ses amis. Après le souper, Marc-Ântoine descend au magasin sans donner le moindre signe d'exaltation, et lorsque Pierre accompagne Lavaysse qui se retirait de la maison Calas, ils aperçoivent Fun et Fautre le corps de Marc-Antoine pendu k la porte intérieure qui séparait Farriëre-magasin de la boutique donnant sur la rue. Us jettent des cris, appellent du secours : M. et M*"^ Calas, Jeannette la cuisinière, descendent. (Les demoiselles Calas étaient parties la veille pour la campagne.) On prodigue à Marc-Antoine des soins inutiles. Un chirurgien arrive pour constater sa mort. Le bruit de cet événement se répand au dehors ; le peuple se porte en foule à la maison Calas ; la justice arrive, quoique un peu tard. Toute la famille Calas, Jeannette et Lavaysse sont conduits au Capitole, où ils sont interrogés; le cadavre y est porté aussi. Tous déclarent qu'ils ont vu le corps de Marc-Antoine étendu à terre (c'était faux). Le lendemain, mieux conseillés, ils déclarent qu'ils l'ont trouvé pendu à la porte intérieure (c'était vrai). Cette contradiction si frappante éveille les soupçons de la justice ; les capitouls instruisent la procédure, et le 14 novembre ils rendent une sentence qui condamne Calas père, M^^" Calas et Pierre Calas a la question ordinaire et extraordinaire, Jeannette et Lavaysse à être présents à la question.
Le même jour les accusés firent appel au parlement. Devant cette cour suprême, ils prirent pour défenseur M* Sudre, avocat très distingué du barreau de Toulouse. M. de Cassan-Qairac fut nommé rapporteur. Pendant l'instruction, divers mémoires furent publiés par les personnes
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intéressées. Le parlement condamna Calas à mort le 9 mars 1762, et la sentence fut exécutée le 10. La famille Calas, soutenue par de puissants protecteurs, à la tête desquels se trouvait Voltaire, présenta une requête en cassation de Tarrét du parlement et en réhabilitation du supplicié au conseil du roi. L'arrêt de cassation fut rendu le 4 juin 1764; il annulait pour vice de forme la sentence des capitouls et les arrêts du parlement, et renvoyait l'affaire aux maîtres des requêtes de l'hôtel au souverain. Elie de Beaumont se constitua le défenseur des accusés, et, le 9 mars 1765, un arrêt de cet hôtel les déchargea de toutes poursuites, ainsi que la mémoire de Calas de Taocusation dirigée contre lui. Le roi donna des gratifications à toute cette famille.
Telle fut la fin de cette tragique histoire. Il est absolument possible que les capitouls et le parlement de Toulouse aient fait fausse route dans la condamnation de Calas ; mais après avoir lu avec la plus sérieuse attention, et Tune après l'autre, toutes les pièces de cette procédure qui ont été mises à notre disposition, nous sommes arrivés à ces conclusions :
l*» Il est certain que Marc-Antoine ne s'est pas suicidé et qu'on Ta pendu dans la maison paternelle.
2" Tous les faits qui se sont produits dans l'intérieur de cette maison depuis 7 heures du soir, heure du souper, jusqu'après 1 i heures , heure a laquelle arriva ta justice, n'ont eu pour témoins que les accusés. Leur témoignage par rapport à ces faits si importants, se trouvant intéressé, n'a à nos yeux aucune valeur.
S^" Eh acceptant même ces faits, la contradiction vraiment inexplicable, quoi qu'on en dise, dans laquelle les accusés
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sont tombés par rapport ii la position du cadavre, est aux yeux de tout homme impartial un indice accusateur au plus haut degré. Quand on est étranger à un crime, on dit simplement ce qu'on a vu, tout ce qu'on a vu, et de la manière dont on Ta vu, et on n'a pas la maladresse de se servir d'un mensonge pour éloigner de sa tête une accusation quelconque. L'innocence prend une autre route.
^'^ Il existe dans la procédure des faits qui accusent Jean Calas de la mort de son fils, qu'elle qu'ait été sa coopération à cet événement.
b"" Si Calas est l'auteur de la mort de son fils, la religion est, à nos yeux, étrangère à cette mort. La dureté, la ténacité et Vavarice de cet homme n'expliquerait que trop l'excès auquel il a pu se livrer.
Un autre procès bien différent de celui de Jean Calas vint occuper à Toulouse, comme dans toute la France, l'opinion publique : ce fut celui des jésuites. La perte de cette compagnie avait été résolue ; elle incommodait trop les jansénistes d'un côté et les philosophes de l'autre. Les souverains qui l'expulsèrent de leurs Etats furent la dupe de leurs premiers ministres, et le pontife qui sanctionna sa destruction montra une faiblesse qui imprimera toujours une tache à sa mémoire. La première scène de ce procès se passa en Portugal. Là dominait Carvalho marquis de Pombal, créature de Joseph I". Cet homme profondément impie parvint, sur des prétextes imaginaires, à éloigner d'abord tous les jésuites de la cour; il les comprit ensuite dans la prétendue conspiration contre le roi , et a l'occasion de laquelle les nobles maisons d'Âveiro et de Tavora furent injustement fn^pées. Le 3 septembre 1759, un édit royal bannit tous les jésuites
du royaume, et le 24 septembre 1761 le P. Malagrida fut brûlé comme faux prophète. Ce coup eut un grand reteotissement en France, où se poursuivit le procès. Il est né> cessaire d'en suivre avec soin la marche. Le 9 mai 1760, le parlement de Paris rendit un arrêt portant défense à toute personne de former aucune congrégation on confrérie sans lettres patentes. Cet arrêt était évidemment dirigé contre les congrégations établies chez les jésuites, congrégations qui, quoique très utiles en elles-mêmes, étaient vues d'assez mauvais œil par le clergé paroissial, qui prétendait que par ce moyen les jésuites attiraient tout à eux.
Le 19 août, l'affaire du P. de Lavalette fut portée au parlement de Paris par les jésuites. Ce Père résidait aux Antilles depuis longtemps en qualité de supérieur, et était accusé de se livrer à des opérations commerciales. On le rappela en France où il se justifia, et revint aux AoUlles avec la qualité de visiteur général et de préfet apostolique des missions de la société. On lui confia les affaires de la mission de la Martinique, sans toutefois l'autoriser à faire des opérations commerciales. Malheureusement il ne suivit pas des ordres aussi sages; il se livra à des spéculations et fut d'abord assez heureux ; mais les corsaires anglais ayant capturé des bâtiments français, il éprouva de grandes pertes et ne pot faire honneur à ses engagements. Les frères Lioney, de Marseille, étaient ses créanciers pour des sommes considérables; ceux-ci furent obligés de déposer leur bilan, et les syndics de la faillite obtinrent du consulat de Marseille une sentence qui déclarait la compagnie solidairement obligée a satisfaire aux engagements du P. de Lavalette.
TB9I1*S VODBRKES. |47
Les jésuites crurent arrêter le mal en appelant de cette sentence au parlement de Paris. Plusieurs de leurs amis, sincèrement dévoués à leur cause, les blâmèrent de cette déterminatfou. Quoi qu'il en soit, le parlement confirma la première sentence par un arrêt qui, aux yeux de tout homme impartial, est un véritable non-sens. Comment, en effet, rendre tout un eorps responsable de la faute de Tun de ses membres, surtout lorsque ce membre agit contre les ordres de ses supérieurs immédiats? La faute des jésuites ne con^ste pas, a nos yeux, dans rappel au parlement de * Paris ; elle consiste dans la confiance trop aveugle qu*ils eurent au P. de Lavalette, qu'ils auraient dû retirer des Antilles et envoyer dans Tun -de leurs collèges pCHir professer quelque classe aux jeunes élèves. Cette affaire fit un tort immense aux jésuites. Le 17 avril, fabbé dé Cbauvelin dénonça les constitutions de la société ; le 6 août, le pariement rendit deux arrêts contre elle : Tun appelant comme d*abus des bulles des papes en sa faveur, de leurs institutions, formules de vœux, décrets des généraux et des congrégations , l'autre concernait la doctrine morale et pratique des jésuites.
Ces Pères perdaient du terrain de toute part^ car le roi ayant nommé en son conseil une commission pour examiner leurs constitutions, celle-ci leur fut très peu favorable. L'orage qui grondait sur leurs têtes détermina une assemblée composée de plus de cinquante évéques, qui, dans leur réponse aux questions proposées par la commission, se montrèrent avec éclat très favorables à la compagnie ; la Providence ménageant ce témoignage et cette consolation à des hommes qu'on voulait opprimer. Parut alors un recueil
448 TBMPS MODERNC^
ayant pour titre : Extrait des assertions dangermses et pernicieuses que les soi-disant jésuites avaient enseignées et publiées. Au lieu de livrer cette fastidieuse compilation, fausse dans la plupart des articles et exagérée dans le reste, au mépris qu'elle méritait, le parlement la prit pour base des opérations subséquentes. Malgré quelques palliatifs que la cour employa pour retarder la marche des événements, le l*' avril 1762, les noviciats et les collèges des jésuites furent fermés dans tout le ressort du parlement de Paris. Le 22 juin, Tasseniblée générale du clergé de France prit ouvertement la défense des jésuites et demanda leur maintien dans le royaume. La réponse de la cour fut faible et évasive : aussi, le 6 août, le parlement de Paris rendit-il son anrêt définitif qui supprimait la compagnie de Jésus dans tout son ressort.
Sans nous occuper ici des autres parlements de France, nous allons suivre la marche du procès des jésuites devant celui de Toulouse. Cette colir avait alors pour premier président M. de Maniban. MM. de Cantalause et de Chalvet, conseillers, furent nommés rapporteurs; H. de Boarepos remplissait les fonctions de procureur général. Le i5 septembre 1761, le parlement, sur la demande de M. de Bo|at père, ordonna le dépôt au greffe des constilutkKis de la ccHnpagnie pour que le procureur général pût en rendre compte ; le 14 novembre Tarrèt fut signifié aux jésuites; le 16 et le 18 les constitutions furent déposées au greffe. Le i3 novembre, les gens du roi, par Torgane de M. Lecomte, avocat général, demandèrent un délai, qui leur fut accordé; on nomma en même temps une commission composée de sept membres , sous la présidence de M. de Senaux.
mPS HODBBNES; 449
Le 24 avril 1762, le parlemeot fat convoqué, sous la présidence de M. de Senaux, pour entendre le compte-rendu du procureur général. M. de Bojat fils, très dévoué aux jésuites, dénonça à la cour la Somme de Saint-Thomas, comme contenant des maximes contraires à la sûreté des rois. Cétait un procès en contre-partie. La cour renvoya cette aflaire après celle des Jésuites. Aussitôt M. de Bonrepos, procureur général, assisté de MM. de Malaret et de Cambon, avocats généraux, commença la lecture de son rapport, qui fut continuée le 30 avril et le 4 mai. Ce jour-là, il fut donné lecture d'une lettre du parlement de Toulouse à celui de Paris, tendant à lui demander un exemplaire des Assertions des jésuites. Le compte-rendu de M. de Bonrepos est assez étendu; nous n'avons pas eu le courage d*analyser toutes ces divagations, pas plus que celles auxquelles s'abandonnèrent MM. de Cantalause et de Chalvet dans leurs rapports, dont la lecture ne tint pas moins de sept longues séances, depuis le 5 jusqu'au 28 mai. Cétait vraiment pitié de voir des magistrats abandonner toutes les afEsdres particulières de leur tribunal pour s'occuper exclusivement des constitutions des jésuites, qui, dans le fond, ressemblaient à celles de tous les autres ordres ; et si ces Pères étaient susceptibles de vanité, il y avait certes ample matière à éveiller en eux ce sentiment en voyant toute la haute magistrature française s'occuper ainsi de leurs constitutions. La conclusion des gens du roi fut — d'être reçus appelants comme d'abus des bulles et brefs, décrets des congr^ations , de la formule des voeux et des livres de l'institut. Le 22 mai, on reçut la réponse du parlement de Paris et l'envoi de l'ouvrage demandé.
450 TEMPS XODERNRS.
Le 5 juin, fui eûfio reDdu Tarrêt contre la compagnie, sur le rapport de Dominique de Bastard. Nous rapportons ici cet -arrêt in extenso, laissant de côté Texposition des motifs:
« La Cour, toutes les chambres assemblées, faisant droit
> sur les conclusions et réquisitions du procureur général
> du roi, Ta reçu et reçoit appelant comnve d'abus des
> buUes, brefs, lettres apostoliques, oracles de vive voix, » qui ont reçu et approuvé Tinstilut de la société des soi- » disants jésuites et lui ont accordé des privilèges; comme
> aussi des constitutions, décrets des congrégations, ordon-
> nances des généraux et de tout le contenu des deux livres » de rinstitut de ladite société, comme aussi de la formate » des vœux exprimée dans lesdites constitutions; ce faisant, » et concédant acte audit procureur général dudit appel
> comme d*abus et opposition par lui formée en tant qae » de besoin et que la forme pourrait le requérir, envers » tous les arrêts de la Cour qui ont autorisé des établisse- » ment des soi-disants jésuites dans son ressort; ce faisant» » a ordonné et ordonne que dans quinzaine, à compter du » jour de la signification du présont arrêt, lesdits soi-di- » sants jésuites qui ont des maisons et possessions dans la » sénéchaussée de Toulouse, et dans deux mois, à compter » pareillement du jour de la signification du présent arrêt,
> tous ceux qui ont des maisons et possessions dans les » autres sénéchaussées du ressort, remettront devers le » greffe de la Cour tous les titres et actes d'établissement » et propriété desdites maisons et possessions, pour le tout » communiqué au procureur général du roi, être par loi » pris telles conclusions, et par la Cour ordonné ce qu'il » appartiendra. Ordonne ladite Cour que dans lesdits délais
TEMPS M0DBRNB9. 454
lesdits supérieurs des maisons de ladite société remettront un état des biens-fonds qu'ils possèdent dans le ressort, et du nombre et du grade des soi-disants jésuites qui sont dans chacune desdites maisons. A permis et permet ladite Cour audit procureur général du roi, d'intimer sur son appel comme d'abus et son opposition le général et société desdits soi-disants jésuites, au délai de l'ordonnance. Et faisant pareillement droit sur le surplus des conclusions et réquisitions du procureur général du roi, ladite Cour a fait et fait (par provision et jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur ledit appel comme d'abus et sur ladite opposition, ou autrement par ta Cour ordonné) très-expresses inhibitions et défenses à tous sujets du roi du ressort de la Cour, de quelle qualité et condition qu'ils soient, d'entrer dans ladite société, soit à titre de probation ou noviciat, soit par émission de vœux dits solennels ou non-solennels ; et à tous prêtres, écoliers et autres de ladite société de les y recevoir, d'assister à leur émission de vœux, en rédiger ou signer les actes, le tout sous telles peines qu'il appartiendra. Fait pareillement inhibitions et défenses auxdits prêtres, écoliers et autres de ladite société, de recevoir, sous quelque prétexte que ce soit dans leurs maisons aucuns membres de ladite société, nés en pays étrangers, même d'y recevoir tous membres de ladite société naturels français qui feraient à l'avenir, hors du royaume, les vœux dits solennels ou non-solennels, sous les mêmes peines. Fait pareillement inhibitions et défenses par provision auxdits prêtres, écoliers et autres de ladite société, de continuer aucune leçon publique ou particulière de théologie, phi-
TEMPS MODEIINES.
losophte ou humanités dans les écoles, collèges ou séminaires du ressort de la Cour, sous les mêmes peines, et ce à commencer du jour de Texpiration des délais ci-après fixés. Fait aussi inhibitions et défenses par provision, et jusqu'à ce que par la Cour en ait été autrement ordonné, à tous les sujets du roi du ressort de la Cour de fréquenter les collèges, écoles et pensions desdits soi-disants jésuites après Texpiration de Tannée académique; comme aussi de fréquenter les séminaires, noviciats et maisons desdits soi-disants jésuites; auquel effet ordonne ladite Cour, que tous les étudiants, pensionnaires, séminaristes et novices vuideront les collèges, pensions, sémiiiaires et noviciats, et ce à commencer, sçavoir : les novices au premier du mois de juillet prochain; les écoliers à la clôture des classes, finissant à la fin de Tannée académique; et les séminaristes dans le courant du mois de septembre prochain. A ordonné et ordonne que tous ceux qui continueraient, après Texpiration des susdits délais, de fréquenter lesdites pensions, écoles, collèges, séminaires et noviciats desdits soi-disants jésuites, eu quel lieu que ce puisse être, seront réputés et déclarés incapables de prendre ni de recevoir aucuns degrés dans les universités, et de toutes charges civiles et municipales, offices et fonctions publiques. Et désirant ladite Cour pourvoir par provision à Téducation de la jeunesse, a ordonné et ordonne que dans deux mois, pour toute préfixion de délai, après la signification du présent arrêt, les capitouls, les maires et consuls des villes, les officiers des sénéchaussées du ressort de la Cour, ensemble les universités dans les villes où il y en a, enverront au pro-
TBMPS MODBRNES. 453
cureur général du roi, chacun séparément, les Mémoires contenant ce qu'ils estiment convenable pour remplacer les écoles, collèges, chaires des arts et de théologie tenues jusqu'à présent par lesdits soi-disants jésuites; pour ce Hait ou faute de ce faire, être par la Cour, les chambres assemblées, ordonné, sur les conclusions du procureur général du roi, ce qu'il appartiendra, sauf le droit des ordinaires et celui d*autres personnes qui pourraient en prétendre à titre général ou titres particuliers. Fait de plus ladite Cour inhibitions et défenses à tous sujets du roi du ressort de la Ck)ur, de quelque état et condition qu'ils puissent être, de s'agréger ou s'afQlier à ladif^Q société : comme aussi leur fait inhibition et défenses, sous telles peines qu'il appartiendra, de s'assembler avec les prêtres, écoliers ou autres de ladite société soidisans de Jésus, eu leurs maisons ou ailleurs, sous prétexte de congrégations, associations, confréries, conférences ou autres exercices particuliers. Ordonne ladite Cour que le présent arrêt sera imprimé et signifié sana délai aux supérieurs des maisons de ladite société qui sont dans la présente ville, et dans quinzaine aux supérieurs des autres maisons de ladite société qui sont dans le ressort de la Cour : leur enjoignant de s'y conformer, sous peine d'être poursuivis par les voies de droit pour fait de désobéissance et contravention aux arrêts de la Cour. Ordonne que copies collatipnnées du présent arrêt seront envoyées a tous les bailliages, sénéchaussées et autres justices royales du ressort, pour y être lues, publiées et enregistrées à la diligence des substituts du procureur général du roi, qui en certifieront la Cour dans
454 TEMPS XOOBaNIS.
» le mois. Prononcé à Toulouse, en parlement, le cinq > juin mil sept cent soiiiante-deux. CoUâtionné, Carrière. » Contrôlé, Verlhac. Monsieur de Bastard, rapporteur. »
Le 16 juin, la cour ordonna par arrêt de livrer aux flam* mes plus de vingt livres de différents auteurs (qu'aucun membre du parlement n'avait jamais ouverts), arrêt qui fut exécuté le 22 par l'exécuteur des hautes-œuvres. Le 19, le parlement rendit un nouvel arrêt qui défendait de démluter ou impétrer les bénéfices dépendants de la compagnie. Le même jour, arrêt qui ordonnait qu'un exemplaire des Assertions fût envoyé à tous les archevêques et évoques du ressort. Le parlement de Toulouse acceptait toutes les qualifications données à ce recueil par celui de Paris sans l'avoir parcouru, car ces Assertions étaient arrivées à Toulouse le 15 juin, et l'arrêt était rendu le 19. Il rendit encore quelques autres arrêts pour faciliter TexécutioQ de celui du 5 juin : on pourvut, entr'autres choses, à la réorganisation du collège de la compagnie. Les jésuites furent donc condamnés à Toulouse comme dans la plupart des parlements de France ; mais, dans tous les arrêts qui furent rendus, on ne put jamais arriver à l'unanimité des suffrages. Un certain nombre de conseillers étaient très dévoués à la compagnie, et M. de Bojat fils se distingua pardessus tous les autres. Elle put compter encore au nombre de ses amis dévoués François de Bastard, qui venait d'être nommé premier président du parlement à la place de M. de Maniban, décédé en 1762. Le premier soin de ce magistrat fut d'augmenter la pension des jésuites.
Sur ces entrefaites, W Richard-Arthur de Dillon fol transféré à l'archevêché de Narbonne, et le 5 février 1765
TEMPS 1I0DBENE& 455
M*' Etienne-Charles de Brienne, évêque de Condom, fut nommé pour lui succéder. Ce prélat était né à Paris en 1727, de M. Nicolas-Louis comte de Brienne et de Gabrielle de Chamillart-Villate. Il était abbé de Bellefontaine au diocèse de Troyes et vicaire général de Rouen quand il fut sacré l^ar le cardinal de Luynes, évéque de Condom.
Le 1" février 1763, M. de Cambon dénonça a la cour le bref de Clément XIII en faveur des jésuites , et trouva tout naturel de dénoncer ce bref comme apocryphe. Un arrêt supprima ce bref, ainsi que quelques autres écrits faits dans le même sens. A l'occasion d'un placet du P. Charron, provincial, et du P. Delmas, syndic de la compagnie, s& portant opposants à Tarrêt du 5 juin, M. de Bonrepos prononça un long plaidoyer dans lequel il discuta tous les moyens d'appel déjà mentionnés, et conclut à Textinction de la compagnie. On prétend que ce plaidoyer n'était pas l'œuvre du procureur général, mais qu'il avait été composé par un sieur Comtézat, prêtre chassé de plusieurs diocèses. Le président de Basiard obtint une lettre de cachet qui exila à Montréal ce fanatique abbé.
Le 26 février 1763, le parlement de Toulouse rendit l'arrêt célèbre qui proscrivait la compagnie dans son ressort. Il était défendu par cet arrêt à ces religieux de porter l'habit de la société, et d'entretenir aucune correspondance avec leur supérieur général ou autres supérieurs ; il leur était enjoint également de vider les maisons de la compagnie dans la quinzaine. Le surlendemain 28, le parlement motivait dans un dernier arrêt son refus d'enregistrer l'édit du roi tendant à opérer des modifications à l'institut. L'arrêt d'expulsion fut rendu à Toulouse à la majorité'de 41 voix con-
4S6 TBKP8 MODERNES.
tre 39. Le président de Bastard vit avec ime douleor profonde la marcbe qu'avait suivie son parlement. On lui attribue ces paroles prophétiques : « Vous venez de donner, > Messieurs, un exemple funeste, celui des suppressions ; » vous serez supprimés à votre tour. • Tous les biens, meubles et livres des jésuites de Toulouse furent vendus. Cette province comptait 700 jésuites, parmi lesquels se trouvaient les noms des plus grandes familles. Leur collège et leur noviciat furent donnés au nouvel établissement d'ins* traction publique ; la maison professe fut vendue à des particuliers qui en démolirent Téglise ; le séminaire du diocèse qu'ils dirigeaient passa a la compagnie de Saint-Sulpice ; leur maison de campagne, située sur ta route de Muret, fut aussi vendue à des particuliers. Quelques jésuites de Toulouse demeurèrent en cette ville, occupés aux différentes fonctions du ministère; les autres se retirèrent dans leurs familles.
Vers ce même temps, furent publiées les Lettres toulousaines, dues à la plume de Court de Gébelin. Ces lettres, au nombre de trente, sont destinées à prendre la défense des Eglises réformées et des divers protestants condamnés par le parlement du Languedoc. H est question dans ces lettres de Taffaire du ministre Rochette de Caussade et des frères Grenier, du procès de Calas, de rinquisition de Toulouse, de TafiEaire de Sirven, et des jésuites. Ces lettres sont écrites dans le style du temps, c*est-à-dire ampoulé et déclamatoire. On 7 trouve des détails assez curieux.
Les jésuites étaient certainement assez malheureux sans qu'on cherchât encore à les inquiéter. Les amis de la compagnie crurent voir, dans un acte qui se passa au couvent
TEMPS HODERMBS. 457
des dominicaios à Tonloase, une attaque indirecte dirigée contre eux. Le P. Dufour, jacobin et professeur royal de théologie, fit soutenir une thèse, dédiée au très-auguste parlement de Toulouse — augustissimo senaiui — , sur le pou-* voir des rois d'après la déclaration de 1682. Cette thèse dogmatique, métaphysique, historique et apologétique, fut soutenue le dimanche 12 août 1764 par le P. Gaussonel, sous la direction du P. Dufour. A la fin de la thèse, ce professeur prit la parole et s'exprima ainsi : « Les corrupteurs » de toute morale, si justement proscrits, ont toujours » travaillé à répandre des ombres ou du venin sur la doc- » trine de saint Thomas pour avoir ensuite le prétexte n d'en extraire de quoi étayer leur système ultramontain. » Cette attaque ne resta pas sans réponse ; elle parut sous le titre de : Lettre d'un jeune écolier des soi^isants au P. Dufour. À la fin de cet écrit, on trouve une liste assez étendue d auteurs de Tordre de saint Dominique qui avaient adopté les opinions ultramontaines. Tous les corps religieux auraient dû comprendre qu'ils étaient intéressés dans la cause des jésuites, et qu'ils arriveraient à leur tour à éprouver une pareille destinée.
Au milieu de ces tristes débats, les bénédictins firent poser la première pierre de leur nouvelle église par M. de Cry, vicaire général de H*' de Brienne. La construction de cet édifice donna lieu à un très grand nombre d'oppositions de la part des habitants du quartier, qui se trouvai^t privés du droit de passage de la place de la Halle à celle de la Daurade, oppositions qui furent apaisées par les concessions de ces religieux.
Le séminaire du diocèse étant devenu vacant par le départ
458 TEXPS MODERNES.
des jésuites, M^ de BrieûDe prit possession des bâtiments, par arrêt du parlement rendu en 1765. Il offrit alors la direotion de ce séminaire à la compagnie de Saint-Sulpice, qui l'accepta et y envoya Fabbé de Calvet pour le gouverner. C'était le même qui avait fondé et dirigé le séminaire Saînt- Gbarles, dont les nouveaux bâtiments furent construits en 1764 : M»' Le Tonnelier de Breteuil, évoque de Montauban, en posa la première pierre. Le séminaire du diocèse prit dèslors le nom de Calvet^ qu'il a porté jusqu'à sa destruction, à cause des agrandissements dont ce supérieur l'avait augmenté.
Les longs démêlés qu'eut à cette époque le duc de Fitz- James, intendant du Languedoc, avec le parlement de Toulouse, au sujet de l'enregistrement des édits royaux, n'appartiennent pas à cette Histoire.
L'assemblée générale du clergé de France s'ouvrit en 1 765. Sensiblement touchée des maux qui afQigeaient l'Eglise, elle résolut de faire une protestation solennelle contre les usurpations de pouvoir des parlements. Cette protestation prit le nom à'Actes du clergé sur la religion. Ces Actes furent souscrits à Paris par trente«deux évêques, puis on les fit passer à tous les évêques du royaume. Rien n'était plus juste et plus nécessaire que cette protestation, car les parlements se livraient toujours à de nouveaux excès : ainsi, celui de Toulouse, par arrêt du 23 février 1765, avait supprimé la bulle Apostolicum de Clément XIII, par laquelle il confirmait la compagnie de Jésus ; et le 16 mars, il avait rendu un autre arrêt qui condamnait au feu la Lettre du m-disant écolier au P. Dufùur dont nous avons déjà parlé. On comprend que les Actes de l'assemblée du clergé durent exciter
TUPS MODERNES. 459
la colère dos parlements, qui condamnèrent cette protestation et la lettre circulaire aux évêques. Alors l'assemblée tout entière se transportai Versailles, le 8 septembre 1765; M»' Loménie de Brîenne, archevêque de Toulouse, porta la parole devant le roi avec beaucoup de fermeté et d'éloquence. Dans ce discours, trop long pour être rapporté ici, le prélat prit la défense du clergé et parla en faveur de son indépendance. Ces dernières paroles furent celles-ci : « Le clergé » sera toujours supérieur à ces outrages. »
Au mois de décembre, la France fit une perte irréparable en la personne de Louis, fils de Louis XV, dauphin de France, ennemi déclaré de tous les philosophes, et sincèrement attaché à la religion de ses ancêtres. Le !•' mars 1766, W de Brienne prononça l'oraison funèbre de ce prince dans la cathédrale de Paris. Il prit pour texte ces paroles de Jerémie : Abstulit magnificos meos Dominm de medio meiy et montra le dauphin évitant tous les écueils de la grandeur et sachant, dans un siècle mauvais, pratiquer les plus sublimes vertus. Cette oraison funèbre a été imprimée.
La décadence de la discipline régulière dans les cloîtres engagea les évêques de l'assemblée du clergé à écrire au souverain pontife et au roi pour les prier de porter quelque remède à ce mal. Le roi prit les devants sur le pape, et înstitiia une commission dans laquelle se trouvaient plusieurs archevêques et évêques de France, entr'autres M«' de Brienne, qui devint Tàme de cette nouvelle assemblée. En sa qualité de rapporteur, il domina bientôt la commission qui, agissant en dehors du pape et contre les règles canoniques, multiplia les abus au lieu de les corriger. M«' de Brienne avait, par sa place et sa naissance, do nombreux amis ; on
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vantait beaucoup ses talents et son activité ; cepeodaul il échoua complètement dans son œuvre de réforme des réguliers, comme nous le verrons bientôt.
L'œuvre de la destruction des jésuites se poursuivait en Europe. En Espagne, le comte d' Aranda arracha àCharlesID, cet aveugle monarque, hîaLmeuse pragmatique, par laquelle, le 2 avril 1767, tous les jésuites devaient être chassés du royaume et jetés dans les Etats du pape. L'histoire a raconté et la magnanimité des victimes et la cruauté des persécu* teurs. Tannuci à Naples fit consentir Ferdinand III à une mesure identique, mesure que suivit bientôt après la cour de Parme. Le parlement de Paris rendit encore un nouvel arrêt, le 9 mai 1767, contre ces Pères : ils devaient prêter le serment à eux prescrit en 1762, sous peine d'être privés de leur modique pension. Le l"* apût, le parlement de Toulouse rendit un arrêt semblable sur le rapport de Tavocat général de Cambon ; il était de plus ordonné à tous les jésuites de sortir de tout le ressort.
M«' l'archevêque de Toulouse poursuivait à Paris la réforme des réguliers. Le 25 mars 176S, parut un édit de la commission en douze articles. La plupart de ces articles ne tendaient à rien moins qu'à l'extinction de l'état religieux en France, et, de plus, ces mesures étaient prises en dehors de l'autorité ecclésiastique et contrairement à toutes les règles canoniques^ Il ne faut pas se dissimuler que H^^ de Brienne n'ait été le princips^ auteur de ces articles, qui étaient tous empreints de cet esprit philosophique que ce prélat avait laissé paraître dans sa thèse de licence en Sorbonne, et qu'il avait puisé dans un commerce habituel avec les auteurs de l'Encyclopédie. Il forma le singulier pro-
TEMPS MOPERN'KS. 461
jet de transformer toutes les religieuses de son diocèse et de sa province en chanoinesses. Au mois de novembre, il se rendit, avec Tévêque de Saint-Papoul, de L'Angle, au monastère de Prouille, porteur d'une lettre de cachet qui défendait à la prieure de recevoir à l'avenir des novices, et communiqua le projet de séculariser cette maison. M"* de Bellegarde gouvernait alors Prouille; elle supplia les évoques visiteurs de faire tout ce qui était en leur pouvoir afin de rendre non avenues les lettres en question, et s'opposa à l'exécution du projet énoncé. Il existe une correspondance très curieuse entre M** de Brienne et M"' de Bellegarde sur cette affaire qui traîna en longueur et laissa Prouille dans son état primitif. On accusa dans le public M^ de Brienne d'être seul le fauteur de tous ces troubles. Tout en cherchant à réformer les monastères, ce prélat ne s'oubliait pas lui-même : en 1769 il fut pourvu d*une riche abbaye commandataire au diocèse de Beauvais. Nous le trouvons ici avec révoque de Mirepoix, Tristan de Cambon, commissabe royal au chapitre de l'ordre de Grandmont au diocèse de Limoges, où son mauvais vouloir et ses tracasseries aboutirent à la suppression de cet ordre dont les revenus furent unis à l'évêché de cette ville.
Qément XIII venait de mourir; il eut pour successeur Ganganelli, religieux de Saint-François, qui prit le nom de Clément XIV. L'assemblée générale du clergé de France s'attacha à condamner plusieurs ouvrages contraires à la religion. Un certain Audras, professeur à Toulouse, venait de publier, sous le titre d Histoire générale à l'usage des collèges, un abrégé de Y Essai sur les mœurs^ de Voltaire. Ce livre fut dénoncé k l'archevêque qui se vit forcé de le con-
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damner par une sentence datée du 6 août 1770. D^AIembert affirme qu'il résista le plus possible aux sollicitations de sod clergé pour la condamnation de cet ouvrage. Cette conduite de Tabbé de Brienne fit naître contre lui des caricatures et des pamphlets; le plus satirique de tous fut celai qui a pour titre : Brevet de grand aumônier, de réformateur des réguliers et de grand voyer. Nous apprenons de cette satire qu'il avait formé le projet de réunir les huit collèges des boursiers au collège royal et de s'en approprier le revenu, montant à 100,000 livres. Le parlement intervint et le prélat ne put exécuter ses plans. Il présidait à cette époque les états du Languedoc en l'absence de larchevêque de Narbonne, et se fit nommer intendant de la grande voirie pour son diocèse. Plus attentif à s'occuper de quais, de ports et de canaux que du gouvernement de son diocèse, il exécuta les plans dont la chambre de commerce avait eu la première idée ; il força les bénédictins à abandonner leurs jardins pour la construction du quai qu'il fit prolonger jusqu au moulin du Bazacle, et fit creuser le canal qui porte son nom et qui unit le port de la Garonne au canal du Midi. Il avait déjà grandement contrarié les bénédictins pour la construction de leur nouvelle église, en les forçant d'élever un dôme et une façade principale sur le nouveau quai.
La satire dont nous parlons rapporte sur le compte du prélat des anecdotes si scandaleuses, et une entr'aulres arrivée à Montpellier pendant la tenue des états, qu'on a de la peine à y croire. On voit avec peine que, tandis que les autres évoques de France publiaient partout des mandements contre l'incrédulité, rien ne fut publié par ses soins
TEMPS MOBRENKS. 463
dans son diocèse sur une matière aussi importante. Il était principalement occupé de sa réception à FÂcadémie française. Il avait cependant parfois de beaux moments : ainsi, 6n 1772, quand il fut question de l'extinction de la congrégation de Saint-Ruf et du bref de Clément XIV qui l'incorporait à celle de Saint-Lazare, Tabbé de Brienne parla contre la suppression en zélé défenseur de la discipline régulière.
Le 21 juillet 1775, Clément XIV donna le bref qui supprimait la société de Jésus. Par une remarquable coïncidence, tous les parlements de France étaient alors exilés et remplacés par celui qui prit le nom de Maupeou. Si la cour eût pris quelques années plus tôt cette mesure énergique, la religion n'aurait pas eu à déplorer cet acte du souverain pontife dont les conséquences furent si fatales, car un ordre supprimé ouvrait la voie a la suppression de beaucoup d'autres choses. Louis XV mourut le 10 mai 1774; la même année vit mourir Clément XIV et monter Louis XVI sur le trône. La disgrâce du chancelier Maupeou fit pressentir le retour des parlements. En effet, cette magistrature fut rétablie le 12 novembre 1774. Le rappel de celui de Toulouse, qui eut lieu au mois de mars de l'année suivante, causa dans cette ville une joie qui tenait du délire. Le journal de cette rentrée, que nous avons sous les yeux, retrace les brillantes fète^ qui furent célébrées à cette occasion, et rapporte les harangues qui furent prononcées par tous les corps de la province. L'archevêque de Brienne se distingua au-dessus des autres par la magnificence avec laquelle il traita le parlement dans son propre palais.
La congrégation de Saint-Antoine de Vienne avait une
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maison à Toulouse. C*était un ordre de chanoines réguliers, fondé, au xi* siècle, à Vienne en Dauphiné, et réJTonné dans le xvn*" par les abbés Tolosani et de Grammont. M^' de Brienne a\ait fait assembler le chapitre général de cet ordre et avait déclaré qu'il ne pourrait plus subsister tel qu'il était. Les membres de Tordre, effrayés par cette déclaration, se réunirent aussitôt à Tordre de Malte afin d^éviter les coups dont ils étaient menacés. Irrité de cette union, de Brienne parla contre elle avec beaucoup de force dans l'assemblée du clergé. Il prit dans son discours la défense des règles canoniques, qu*il prétendait violées par cette unioD. Sa voix se perdit au milieu des constants efforts que Ton fit de part et d'autre pour hâter cette union : Pie VI, qui venait de succéder à Clément XIV, la consomma par une bulle du 17 décembre 1776. L'année suivante, les chanoines de Saint-Antoine de Toulouse construisirent une nouvelle église et un couvent sur les dessins de Rivais. Ce couvent existe encore et sert aujourd'hui de quartier générai.
On voit par ces détails que M»" de Brienne était Tâme des assemblées du clergé qui se tinrent à cette époque. D porta encore la parole dans une circonstance relative à la rareté des vocations dans le clergé séculier. Son rapport est très remarquable; il y découvre les causes de cette pénurie, parmi lesquelles il signale en particulier le changement de destination des maisons ecclésiastiques qui étaient devenues communes à tous les citoyens. Rendons-lui ici justice : il s'éleva contre les abus du patronnage dans la nomination des cures, et se plaignit du peu de ressources qu'offraient les bénéfices ecclésiastiques pour les prêtres âgés et infirmes. Si Tarchevêque était opposé aux ordres reli-
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S^eux, il était du moias très favorable au clergé séculier : ce fut lui gui donna Fidée de la création des petits séminaires où les enfants pouvaient être élevés gratuitement ou du moins à un prix modique pour Tétat ecclésiastique. Le rapport de M*' de Brienne est plein d'excellentes vues pour Tamélioration du sort du clergé.
Les princes et les princesses se succédaient à Toulouse. Le duc et la duchesse de Chartres (M"*» de Penthièvre) arrivèrent en cette ville et y demeurèrent peu de temps. Le 20 juin 1777, Monsieur le comte de Provence y fit son entrée solennelle ; il descendit à Tarchevêché, visita tous les monuments publics, assista à une séance des Jeux-Floraux, fit inscrire son nom sur les registres de la confrérie des pénitents bleus qu*il visita, et accepta une fête splendide que lui offrit M. de Caraman à son bel hôtel de Bonrepos (rue Velane). Le prince avait une suite de vingt-quatre personnes. Deux jours avant son arrivée, l'empereur d'Autriche était venu à Toulouse dans le plus strict incognito, sous le nom de comte de Falkenstein. Sa Majesté descendit à Thôtel du Grand-Soleil, et se rendit à l'archevêché où M^ de Brienne le reçut avec une exquise politesse.
Conséquemment au désir qu'il avait émis de l'érection des pistits séminaires, M^ de Brienne obtint des lettres patentes en 1779 pour en établir un dans sa ville épiscopale. Cette maison, dont M. Jalabert fut nommé supérieur et MM. Delmas et Bonnery directeurs, s'ouvrit d'abord au collège de Périgord, et fut transportée ensuite au faubourg Arnaud-Bernard, dans les bâtiments du couvent de la Merci qui venait d'être sécularisé. Cet établissement se maintint jusqu à l'époque de la Révolution française.
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UEglise de Toalouse perdit alors m de ses prêtres aassi distingué par sa naissance que par sa piété et ses travaux littéraires, M. Tabbé d'Héliot. Né à la fin du siècle précédent, il avait fait d'excellentes études au collège des jésuites. M. de Maniban, grand archidiacre de Toulouse, ayant été nommé évêque de Mirepoix, Tattira auprès de sa personne et lui donna la direction de son séminaire. Lorsque ce prélat passa à Farchevèché de Bordeaux, Fabbé d*Héltot revint à Toulouse, et accepta la cure de Coloroiers, qu'il gouverna pendant vingt-deux ans. Le roi Tayant nommé à Fabbaye du Parayneuf, il se démit de sa cure et devint professeur des libertés de TEglise gallicane à Funiversîté de Toulouse. Son goût pour les livres le porta à former une riche bibliothèque composée de quinze mille volumes, qu*il donna de son vivant au clergé, à condition qu'elle serait rendue publique. Une vaste salle fut construite, par les soins de M«' de Brienne, près de l'archevêché pour recevoir ces. volumes. L'archevêque y fit transporter aussi une grande partie de sa bibliothèque. Cette riche collection de livres a formé la seconde bibliothèque que Toulouse possède. M. d'Héliot composa sur Fhistoire locale plusieurs ou* vrages, qui, malheureusement, se sont égarés; un mémoire au sujet de la prétendue préférence de Forcadel sur Cujas à Toulouse, est le seul qui soit venu jusqu'à nous. Il mourut à Fâge de quatre-vingt-quatre ans. L'abbé de Bey, conseiller-clerc au parlement, prononça son éloge au sein de FAcadémie des sciences.
Nous ne pouvons oublier dans nos annales uii autre prêtre qui nous a laissé un ouvrage justement estimé sur les Origines de Toulouse, Fabbé Audibert. Il était simple
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vicaire dans la paroisse de Verfeil lorsqu il publia une savante dissertation pour montrer qu^aux temps des Tectosages Toulouse était située sur les hauteurs qui dominent le fleuve au sud-est de la ville actuelle et sur le sol qui porte encore le nom de Vieille-Toulouse. Cette dissertation, que Tabbé Audibert dédia à Tabbé de Barthélémy, garde des médailles du roi, parut en 1764. Les arguments et les recherches sur lesquels Fauteur s'appuie pour établir son sentiment paraissent très plausibles.
La curiosité publique fut vivement excitée a Toulouse, en 1780, par une singulière aventure. Deux jeunes muets âgés de 16 à 18 ans furent promenés dans les rues et places de la ville. La comtesse Me Solar avait eu un enfant sourd-muet, qu*on avait vu jeune à Toulouse ; cette dame s'était attachée à un autre homme, et Tenfant avait disparu en 1775. On était à la recherche de cet enfant lorsqu'il fut rencontré sur le chemin de Péronne ; il indiqua par signes qu'on l'avait abandonné, les yeux bandés, dans une forêt. C'est peut-être cette aventure qui a donné lieu à la pièce de théâtre si connue, l'Abhé de tEpée. Nous ignorons quelles turent les suites de cet événement.
L'assemblée générale du clergé qui se tint en 1780, était justement alarmée des maux qui affligeaient la religion et que produisait principalement la publication des livres impies. M^ de Brienne fut écarté, a cette époque, du bureau des affaires ecclésiastiques, où, du reste, il avait paru avec quelque éclat. On eut des soupçons sur l'ardeur et la sincérité de son zèle à combattre les doctrines philosophiques. Dulau, archevêque d'Aries, fut nommé à sa place. Le prélat fil tous ses efforts pour détruire les mauvaises impres-
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sioas qu*on avait reçues sur la sincérité de ses sentiments religieux. H se rendit à Toulouse et y produisit des œuvres qui ne purent qu'honorer son épiscopat; il institua trois nouvelles paroisses : Croix-Daurade, Lalande et St-Michel, au faubourg de Toulouse; il dota cette dernière d'une maison de charité, qu'il confia aux soeurs de Saint-Vincent de Paul : il présida à Touverture de la châsse de saint Thomas pour en extraire une relique dont les dominicains firent hommage à l'Infant duc de Parme; il aida les petits augustins de Saint-George à construire leur nouvelle église, dont la présidente de Caussade posa la première pierre, et qui n'existe plus aujourd'hui ; il confirma les règlements de la congrégation du Bon Pasteur, qui, du faubourg Saint- Gyprien, s'était transportée dans la paroisse de St-Semin à l'ancien hôpital ou couvent de Saint-Orens (rue Matabiau).
Ge fut en 1782 qu'il tint à Toulouse son célèbre synode, au mois de novembre, où assistèrent tous les dignitaires, abbés et délégués du diocèse de Toulouse. On s'y occupa principalement du sort des prêtres à portion congrue , de la nécessité de ranimer l'esprit ecclésiastique, et l'on y publia d'excellents règlements de discipline pour la conduite des clercs dans le monde. L'archevêque y donna plusieurs ordonnances relatives à l'admission aux saints ordres. M. Mathieu, curé de la paroisse du Taur, prononça le discours d'usage sur Vexcellence du ministère. Ge discours produisit un si grand effet sur l'assemblée, que le prélat quitta l'étole qu'il portait et la remit, séance tenante, au prédicateur, en témoignage du plaisir qu'on avait éprouvé à l'entendre.
L'année même où se tint le synode, une maladie conta-
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gieuse (la suette) exerça ses ravages dans la ville de Toulouse. Cinq mille personnes en furent atteintes, et près de quatre cents succombèrent au fléau. Le ciel, fléchi par les prières publiques, envoya un médecin plus expérimenté que les autres,— Brunet, — qui trouva un remède bien simple aux ardeurs du mal et arrêta la contagion. Ce fut en prodiguant ses soins aux malades que le P. Sérane, ancien jésuite, fut atteint du mal, qui Tenleva au clergé de Toulouse dont il était le modèle et aux fidèles dont il était le guide et Tami. Le P. Sérane était né k Perpignan, en 1712. A Tâge de dix-sept ans il résolut d'entrer dans la compagnie de Jésus, et fit son noviciat à Toulouse sous le P. Cayron, dont il a écrit la vie. Son attrait le porta vers le soin des malades et il prit les hôpitaux pour le théâtre habituel de son zèle. Ses travaux dans la direction des âmes furent couronnés des plus éclatants succès. Lorsque la compagnie de Jésus fut détruite par Clément XIV, le P. Sérane se retira au diocèse de Perpignan, se consacra tout entier aux missions de la campagne , et accepta une cure qu'il gouverna pendant deux ans. Il forma alors le projet de passer dans le Nouveau-Monde- pour y prêcher TEvangile. Des circonstances imprévues le ramenèrent à Toulouse, où il fut reçu comme un ange du ciel. La mort vint le frapper le 17 avril 1784. Sa réputation de sainteté fut si grande que, malgré la défense expresse qui venait d*être donnée d*inhumer dans les églises, le parlement dérogea en sa laveur à ce nouveau décret, en permettant que son corps fût enterré dans l'oraloire de Nazareth, sous les degrés de Tautel, où il repose encore aujourd'hui. Un anonyme composa son éloge bis torique. .
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M«' de Brienne publia, à cette époque, [rfosieurs ordonnances : par la première il prescriYait la lecture en chaire des lettres patentes du roi qui approuvaient la réduction des fêtes chômées, concession faite à Tesprit philosophique ; Tautre défendait au clei^é paroissial de rien exiger des fidèles pour Fadministration des sacrements. Ce prélat fit partie en 1787 de l'assemblée des notables, et se trouva dans le bureau du comte d* Artois. Cette assemblée avait été indiquée pour aviser aux remèdes à apporter aux embarras des finances. Ce fut à la suite de celte assemblée que M^ de Briennë, qui avait une certaine réputation d*habileté, fut transféré à la métropole de Sens et porté au ministère malgré la répugnance du roi, qui ne Taimait pas. Il devint bientôt principal ministre, et toutes les mesures qu'il prit furent marquées au double sceau de la précipitation et de rétourderie. Ce prélat n'appartient plus désormais à notre histoire. Il avait gouverné Féglise de Toulouse pendant vingt-cinq années. Cest a lui qu'on dut la grande réforme liturgique dans ce diocèse ; il modifia la liturgie romaine et, en introduisant le rit parisien , il conserva tout ce qu'il put de la première. M. l'abbé de Vanmalle, l'un de ses grands-vicaires, l'aida puissamment dans la publication de tous les livres liturgiques qu'il fit dans les dernières années de son épiscopat à Toulouse. Il laissa en cette ville la réputation d'un homme actif en administration. Plus heureux s'il y eut laissé'celle d'un prélat régulier et pieux !
Sous son épiscopat, MM. Du Bourg et Boutaric, chanoines de Saint-Etienne, fondèrent dans l'ancien séminaire de Caraman, au faubourg Saint-Etienne, une communauté sous le nom de Bon Jésus; elle était destinée à recueillir , les tilles
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de mauvaise vie qui voulaient se convertir à Dieu. Elles trouvaient dans cette maison une instruction solide, une active surveillance, des occupations proportionnées à leur état. Un terrible incendie dévora cet établissement, que la Révolution vint bientôt détruire. M. Bernadet, curé de Saint-Etienne, fonda aussi, sous M^ de Brienne, la maison des Frères des Ecoles chrétiennes. M"* de Pibrac et M»« de Razingue contribuèrent par leurs largesses à doter ces nouvelles écoles.
Un spectacle vraiment digne dlntérét fut donné, vers cette époque, aux habitants de Toulouse. Trois cent trente esclaves chrétiens, rachetés dans les Etats barbaresques par les trinitaires, furent conduits en cette ville, où ils séjournèrent quatre jours. On leur fit parcourir k ville au milieu des plus vives acclamations et d'abondantes aumônes. Chaque esclave avait à côté de lui un enfant vêtu en ange qui le conduisait avec une chaine d*argent. Ces captifs libérés continuèrent leur route.
uvRE xxxvm.
DEPUIS l'ÉPISCOPAT DE M«' DE FONTANGES, EN 1788, JUSQUÂU CONCORDAT ENTRE PIE VU ET BONAPARTE, EN 1801.
Ce dernier livre de notre histoire doit renfermer les événements qui marquèrent, à Touloose, la Révolution française. Si Ton ne doit que la vérité aux morts, on doit des égards aux vivants. Fidèle à celte règle, nous rapporterons les faits tels qu'ils se sont accomplis, laissant au lecteur judicieux et impartial le soin de les apprécier.
A côté des parlements, on institua en France une non* velle magistrature qui prit le nom de Cour plémère et de grand bailliage. Toulouse en posséda comme les autres villes parlementaires. Le grand bailliage de Toulouse vécut peu. Sa naissance, sa vie et sa mort furent racontées en vers et en prose. MM. de Lartigue, de Sabalos, de Berné, de Mont, de Montané, d'Espigat, de Compayré, Charles Lancelot, Bellegarde, et quelques autres, avaient été nommés officiers de cette cour provisoire. Les membres du paiiement qui avaient été exilés ne manquèrent pas de s^égayer aux dépens de ces nouveaux ma^^strats; et c^est à eux que nous devons les facéties qui furent alors publiées sur le grand bailliage de Toulouse. Passe encore pour cette cour! mais parut alors, sous le titre : Le Ttmlousain à VersaiU&,
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iiu pamphlet où la majesté royale était tristement insultée en la personne de la plus aimable et de la plus infortunée de foutes les reines, et où Ton demandait le retour des parlements, qui ne tardèrent pas à reparaître.
Il est très important, avant de poursuivre Tordre des faits, de fixer le lecteur sur Tétat personnel du haut clergé du diocèse de Toulouse, ainsi que sur celui du pouvoir séculier.
Au mois de juin 1788, M»' de Fontanges, successivement évêque de Nancy, archevêque de Bourges et aumônier de Marie-Antoinette, fut nommé à Tarchevéché de Toulouse. Il n'arriva dans cette ville que Tannée suivante.
La ville de Toulouse renfermait quatre abbayes : Saint* Sernin, abbé M. de Narbonne-Lara; les Salenques, abbesse M"*''deViIlautreix; les cbanoinessesde Saint-Sernin, abbesse M"* de Riquet; les dames de Saint-Pantaléon, abbesse M"** de Montbel. Le diocèse comptait cinq abbayes : Eaunes, de Tordre de Citeaux, abbé M. de Cambon; la Capelette, ordre des prémontrés, abbé M^ de Cambon, évéque deMire- Iioix; Grand-Selve, ordre de Citeaux, abbé M. de Crillon; le Mas-Garnier, ordre de saint Benoît, M^' Tévêque d'Ax ; Favas, ordre de Citeaux, abbesse M"* de Bastard d'Aubaise.
Le chapitre métropolitain se composait d*un prévôt, M. de Malaret; d*un chancelier, M. de Cambon; du grand archidiacre, M. de Cry ; des archidiacres, MM. d Aldéguier, de Barbazan, d*Aspe, de Grumet; de vingt-quatre chanoines, voici les noms de ceux que nous avons connus : MM. de Cambon, de Barbazan, Druilhe de Saint-Médard , de Ver, du Bourg, des Innocents et de Saint-Félix ; de quatre hebdomadiers : deux seulement nous ont été connus ,
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MM. Bonnâl et Cabanel ; de vingt-quatre prébeadés, parmi lesquels MM. d^Aurier, Saint-Jean, Lucres, Pagan, Benaben, Maison, ont vécu jusqu*à nous; des prébendes de la douzaine, dont MM. Audibert, Le Gris, L*Arroy ont vécu jusqu*à nos joars; des prébendes de saint Dominique et des prébendes de sainte Catherine.
Le chapitre de Saint-Semin avait à sa tète M. de Narbonne-Lara; il était composé de vingt-quatre chanoines. MM. Ladevèze, Bouzigues, Cornac, d'Olive, Flory, Devin, de Laffont, ont vécu jusqu'à notre temps. Le chapitre de risle-Jourdain avait pour doyen M. de Conigran; il était composé de dix chanoines, dont un seul, M. d*Ayries, nous a été connu. Le chapitre de Saint-Félix avait pour doyen M. du Crouzet; il comptait. douze chanoines. Le chapitre de la Daurade avait pour prieur dom Maury.
Il y avait à Toulouse, en 1788, huit paroisses dont les curés étaient : à Saint-Etienne, M. Bernadet; à Saint-Sernin, M. Castillon; à la Daurade, M. Saint-Come; à la Dalbade, le P. Roure, oratorien; au Taur, M. Mathieu; à Saint-Pierre, M. Escafre; à Saint-Nicolas, M. Campardon; à Saint-Michel, M. Chabanettes. Le diocèse renfermait environ deux cent vingt-cinq paroisses, divisées en quatre • archiprêtrés : Gardouch, le Lherm, Grenade et Montastruc. Toulouse renfermait cinq grands séminaires, celui du diocèse, supérieur M. Amblard; celui de Saint-Charles, supérieur M. de Saint-Félix; celui de la Mission, supérieur M. Cayla; celui de l'Oratoire, supérieur le P. Beaudoux; celui des Irlandais, supérieur M. de Mac-Rarly ; il y avait aussi un petit séminaire dirigé par M. Jalaberl. L'ordre de Malle avait pour grand-prieur, a Toulouse, M. de Sade-Mazan.
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La ville avait deux grands collèges : celui de FEsquilIe , recteur le P. Rouaix; Collège royal, principal l'abbé Suruge. On comptait neuf collèges de boursiers : Saint*Raymond, de Narbonne, Saint-Martial, de Maguelonne, de Périgord, Sainte-Catherine ou de Pampelonne, de Mirepoix ou de Saint-Nicolas, de Foix ou de la Vache, de Secondât. On comptait encore à Toulouse vingt communautés religieuses d'hommes et vingt-deux de femmes; douze chapelles privées ou oratoires, six msdsons de charité et deux grands hôpitaux. Nous donnerons, à la fin du volume, le tableau de tous les établissements religieux.
Le parlement avait pour premier président M. de Cambon, et pour présidents MM. de Senaux, de Sauveterre, de Sapte^ deMengaud. Indépendamment de la grand'chambre, il y avait encore la chambre tonrnelle, denx chambres des enquêtes, la chambre des requêtes, qui avaient chacune leurs présidents et conseillers ; il y avait ensuite les gens du roi qui étaient : M. de Rességuier, procureur général , et MM. de Catellan et de Latrëne, avocats généraux.
Le tribunal du sénéchal était composé de trois chambres, deux civiles et une criminelle. Ce tribunal avait à sa tète le sénéchal, qui, en 1788, était M. le comte de Portes. Les chambres civiles étaient présidées par le juge-mage, et la chambre criminelle par le juge-criminel. Le tribunal du capitoulat avait à sa tête les huit capitouls ; il possédait aussi les gens du roi et ses avocats, comme les autres cours. Les capitouls de 1788 étaient : MM. de Bonfontan, de Caulet, Grammont, de Senovert, de Gounon-Loubens, Merie, de Manent-Duroux et Esquirol. L'université existait avec ses facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts.
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Parmi les divers professeurs, nous disUoguoBS MM. Barihe, Pijon et Laroque à la théologie, qui comptait aussi ses professeurs conventuels des cinq ordres religieux (bénédictins, dominicains, carmes, cordeliers et augustins); MM. Ruffat, Gouazé, Labroquëre et Rigaud, au droit; MM. Dubemard et Gardeil, à la médecine; le P. Rouaix et le P. Laromiguiëre aux arts.
Âpres avoir donné cet aperçu général sur les institutions religieuses et civiles de la ville de Toulouse, nous reprenons le cours des événements.
Le 9 juillet 1788, le chapitre de la métropole s'assembla pour délibérer sur la convocation que venait de faire Tadministration municipale de la ville d'un conseil général de tous les ordres pour délibérer sur les moyens à prendre dans la situation actuelle. M. l'abbé d'Aldéguier, chanoine archidiacre, et l'un de messieurs les cellériers, furent députés à cette assemblée.
Le 10, un de messieurs les cellériers annonça qu'il avait reçu un billet de messieurs les capitouls qui prévenaient le chapitre que, par ordre supérieur, le conseil général ne pouvait avoir lieu. Un des membres déclara alors qu'il n'en fallait pas moins faire une éclatante démarche auprès des autorités pour détourner les maux dont on était menacé. En conséquence de cet avis et de la délibération qui le suivit, le chapitre écrivit au comte de Périgord pour le prier de lever les obstacles qui s'opposaient à la tenue du conseil indiqué. Le même jour, le chapitre écrivit à M. le baron de Breteuil, ministre d'Etat, pour solliciter le retour des membres du parlement. 11 fut décidé qu'on enverrait c^ deux lettres au nouvel archevêque, en le priant de vouloir
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bien partager la sollicitude de son chapitre qui lui avait écrit en ce sens.
Le 12, le chapitre écrivit à M. l'abbé de Montesquieu, agent général du clergé, en lui adressant les deux lettres précédentes et le priant de vouloir bien les soumettre k rassemblée générale du clergé de France. En même temps MM. les curés de la ville de Toulouse, s*étant réunis, adressèrent de très humbles supplications a M. le comte de Périgord; elles portaient : « Que le meilleur et le plus » juste des rois rende aux lois toute leur activité, à la pa- » trie ses généreux défenseurs, k leurs familles désolées » leurs chefs et leurs appuis. » C'était encore le retour du parlement que demandaient ces pasteurs.
Le U juillet, le chapitre de Saint-Sernin s'assembla extraordinairement, et adressa une lettre à M. le baron de Breteuil, ministre d'Etat, dans laquelle il retraçait le tableau des malheurs qui afQigeaient la ville, msdbeurs qu'il attribuait à la disgrâce du parlement. Ces bons chanoines conseillaient au roi la convocation des états généraux, et envoyèrent copie de leur lettre à M. de Narbonne leur abbé, et au premier président M. de Cambon; à l'un, pour le prier d'appuyer leur demande, et à l'autre, pour lui témoigner l'intérêt qu'ils prenaient à la disgrâce du parlement.
Les vœux de tous ces corps religieux furent exaucés. Le 2 octobre, M. de Montchenu, qui avait succédé au comte de Périgord, envoya a tous les officiers du parlement des lettres de cachet qui leur enjoignaient de se trouver à Toulouse le 17, pour y attendre les ordres du roi. Le 16, M- le procureur général reçut la déclaration du roi portant convocation des états généraux pour le mois de janvier pro-
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Chain. Ce fut le 20 octobre qu*eat lieu la rentrée solennelte du parlement, au milieu des transports de Fallégresse pobli* que. Tous les ordres religieux vinrent complimenter le premier président de cette compagnie, et un Te Deum fut chanté à la métropole pour remercier le ciel de rheureox retour des magistrats.
Le 24 janvier 1789, le roi publia le règlement déterminant le mode des élections aux états généraux. Elles étaient à deux degrés. On devait d*abord choisir les électeurs, qui, dans l'assemblée de la sénéchaussée, devaient eux-mêmes élire les députés aux états. Les lettres de convocation arrivèrent à Toulouse au commencement de^ février.
Chacun en France se croyait appelé à opérer la régéoé> ration sociale. Les curés ne furent pas exempts de cette prétention. Le 26 janvier, ceux de la ville et du diocèse de Toulouse s*assemblërent, sous la présidence du doyen, M. Castillon, curé de St-Sernin. Ils posèrent en principe que leur influence était nécessaire et dans les assemblées de la province et aux états généraux, afin d'y plaider la cause do peuple ; qu'il était indispensable que le clergé du second ordre entrât dans toutes les administrations. Il fut statué : 1** qu'on présenterait un mémoire à Sa Majesté, tendant à appeler les curés aux états généraux ; 2° qu'on communiquerait ce mémoire au garde^es-sceaux, a M. de VlUedeuil, ministre d'Etat, et à l'archevêque de Toulouse. Le 28, il y eut une nouvelle assemblée des curés, où l'on créa une commission qui devait nommer des députés pour assistera l'assemblée générale des trois ordres*
Le 24 février, M^ de Fontanges arriva à Toulouse. Le lendemain, il prit possession de son siège avec tous les
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honneurs dos à son rang ; il fut, le même jour, harangué par le parlement, les autres cours, et tous les corps de la \ille. II donna ses pouvoirs a l'ancienne administration, n'emmenant avec lui qu'un seul grand-vicaire, M. de Fontalart. Peu de temps après l'arrivée du prélat, on s'occupa à Toulouse de l'élection des membres aux élals généraux. La sénéchaussée de cette ville se divisait en quatre sections qui, chacune, devait nommer quatre députés. ,Ces députés étaient ainsi répartis : un du clergé, un de la noblesse, et deux du tiers-état. Ces derniers, sans attendre l'ouverture des assemblées électorales, se réunirent à l'hôtelde-ville et y formèrent un cahier de doléances en trentesept articles. Hs demandaient la délibération par tête, et non par ordre, la liberté de la presse, l'égalité de l'impôt, l'admission de tous les citoyens à tous les emplois, chacun dans son état, sans distinction de naissance, et d'autres innovations. Les avocats se réunirent à leur tour, et demandèrent d'être représentés dans l'assemblée qui devait éUre les députés aux états. On fit droit à leur demande, et deux électeurs, MM. Bragouse et Romiguières, furent ajoutés aux cinquante électeurs.
L'assemblée du clergé de la sénéchaussée de Toulouse se tint dans la grande salle du synode, à l'archevêché. Ce fut dans cette assemblée que parut le P. Sermet, qui devait jouer un si grand rôle à Toulouse dans les annales de la Révolution. Il était né en cette ville en 1732. A l'âge de seize ans, il ontra dans l'ordre des carmes réformés de sainte Thérèse, où l'attira le P. Michel-Ange, son frère aîné. Il enseigna d'abord dans le couvent de Toulouse la philosophie et la théologie avec succès. Employé k traiter
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des affaires délicates dans les différents mooastëres de son ordre eo Europe, il fit partout admirer son adresse. Des recherches historiques sur Toulouse lui donnèrent entrée dans FAcadémie des sciences de cette ville; les sermons qu'il prêchait, et qu*il n*avait peutrétre pas composés, lui valurent le titre de prédicateur ordinaire du roi. Il avait déjà iait concevoir quelques soupçons sur la sincérité de ses sentiments religieux lorsque, à Toccasion de la réforme des réguliers, il osa émettre assez publiquement des opinions hostiles aux constitutions religieuses des divers ordres de FEglise, et se permit des expressions peu décentes sur Fillustre réformatrice du Carmel. Le P. Sermet se dédommageait des abstinences prescrites par la règle dans des repas succulents et nombreux qu*il prenait chez les grands, et en particulier chez M. de Lassus Saint-Geniez, dont il était le commensal assidu. Il ne manquait pas d*un certain esprit: mais cet esprit descendait souvent jusqu'aux expressions les plus triviales, surtout dans Fidiome patois, qu'il employait ordinairement dans ses conversations. Dans Fassemblée du clergé, il attaqua les biens ecclésiastiques, quil prétendit ne pas appartenir aux pasteurs, mais aux fidèles. Du 5 au 8 avril, tous les députés de Toulouse aux états généraux furent nommés. Le clergé élut M«' de Fontanges, Fabbé Cbabanettes, curé de Saint-Michel; Gausserand, curé de FIsle-d'Albi ; Pouch, curé de Mazamet,'èt Laparri, curé de Dieupentale. La noblesse nomma le marquis de Panât, le marquis d'Avessens, le marquis d'Escouloubre, le président de Maurens et M. de Palaminy. Le tiers-état nomma MM. Raby, Voisins, Monsinat, Fosse, de Laprade, Campmas, Lartigue, juge-mage; Vignier, avocat, et Roussillou. Tous
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ces députés se préparèrent à partir pour Paris, chargés des 15 3-
cahiers de leurs commettants. Ceux du clergé de Toulouse »T7 5
devaient présenter au roi les très humbles doléances des S 1 ft
ordres mendiants de cette ville. Ces doléances avaient été dressées le 2 mars 1789, dans une assemblée générale des provinciaux et supérieurs de ces ordres. « Sire, disaient- » ils, les religieux sont les plus malheureux et les plus » accablés de vos sujets ; ils traînent une existence incer- » tainê. Depuis vingt-cinq ans on conspire contre elle. Des » lois surprises à votre religion, différentes commissions » établies subies réguliers, l'extinction de plusieurs ordres » religieux, la destruction d'un grand nombre de couvents, » des tentatives illégales, des procédés révoltants, ont dé- » terminé l'opinion publique contre les religieux. » Ces observations n'étaient que trop vraies. Les signataires de ces doléances demandaient : l*» que la profession religieuse fut valide a seize ans; 2° que le nombre de neuf ne fut pas nécessaire pour qu'un couvent pût subsister; 5° que toute commission pour la réforme des réguliers fût supprimée ; 4* que les évoques n'eussent d'autre juridiction sur les réguliers que celle qui leur est attribuée par le saint concile de Trente; 5*» que la discipline des monastères fût protégée par les lois; 6* que les réguliers, relativement aux impôts, ne pussent être plus chargés que le clergé séculier du royaume. Nous trouvons dans ces doléances la signature de tous les provinciaux et supérieurs de ces ordres.
Le 5 mai, les états généraux s'ouvrirent à Versailles. Ils étaient composés de onze cent quarante-huit individus. Le clergé comptait quarante-sept évêques, trente-cinq abbés ou chanoines, et deux cent huit curés. La chambre de la
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noblesse comptait deux cent soixante-dix députés; celle du tiers-état, cinq cent quatre-vingt-dix-huit membres. Il était facile de prévoir que cette dernière absorberait bientôt les deux autres : aussi statua-t-elle aussitôt que les pouvoirs seraient vérifiés en commun, sans distinction d'ordre : innovation dangereuse qui laissa déjà entrevoir retendue des prétentions du tiers-état. La noblesse et le clergé résistèrent d'abord, mais bientôt quelques-uns do leurs membres se laissèrent entraîner.
Certaines dispositions du règlement du 21 janvier blessèrent vivement les chapitres des églises de France. En effet, ce règlement 'détruisait Tordre ancien pour la composition de la chambre du clergé aux états généraux, en introduisant individuellement dans les assemblées et déclarant éligibles et électeurs pour les états une foule d'ecclésiastiques de campagne qui n'avaient en jamais le droit d'entrer individuellement dans ces assemblées ; tandis qu'il privait de toute représentation les séminaires, collèges, hôpitaux et autres établissements publics; et que, pour ce qui regardait les chapitres, ils n'étaient appelés aux assemblées d'élection que dans la proportion d'un sur dix présents pour les chanoines et d'un sur vingt pour les prébendes et habitués du chœur. Le chapitre métropolitain de Toulouse crut devoir adresser au monarque des représentations et protestations contre ce règlement ; il s'assembla capitulairement le 15 mai et approuva la lecture d'un projet de représentations. Ce projet, que j'ai sous les yeux, est plein de raison et de sagesse; il y est montré jusqu'à la dernière évidence que le règlement détruisait l'ordre ancien, sanctionnait une véritable injustice, était contraire à l'ordre
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hiérarchique, et faisait naître entre les différents membres de la hiérarchie un esprit de désunion et de discorde dont Teffet serait très préjudiciable à la religion* Les chapitres de Saint-Sernin et de la Daurade adhérèrent pleinement aux protestations de celui de la métropole, et le parlement enregistra ces actes le 27 mai.
Le 17 juin, les états généraux, sur la motion de Tabbé Sieyés, député de Paris, et après de longs débats, prirent le nom A'AssembUe nationale. Les membres de la chambre du clergé et de la noblesse qui ne s^étaient pas encore Joints aux Communes (c'était le nom du tiers-état) opérèrent leur réunion le 27, par ordre du roi, et dès-lors tous les rangs furent confondus dans la nouvelle Assemblée nationale. Le 14 Juillet fut marqué à Paris par la prise de la Baslilte. Dans la nuit du 4 août, l'assemblée vota l'abolition des droits féodaux; le clergé consentit au rachat des dîmes, à l'abolition du casuel moyennant l'augmentation des pensions congrues, à la suppression des annates et du droit de déport ainsi que de la pluralité des bénéûces. La noblesse admit la suppression de ses privilèges et des justices seigneuriales ; le tiers^état abandonna les privilèges particuliers. Tout cela fut voté au pas de course et couronné par un Te Deum et par le titre donné au roi de Restaurateur de la liberté française. Bientôt, sur la proposition dé Mirabeau, les dîmes furent entièrement supprimées.
Cette suppression dépouilla le clergé de plus de la moitié de ses revenus, et jeta l'alarme dans toute l'église de France. Les curés de la sénéchaussée de Toulouse adressèrent, sous le titre de Droit des Pasteurs sur les dimeSy des remontrances à la nation et-au roi ; ils portaient leurs do-
léaûces aux pieds da ministre Necker, qu'ils appelaient illustre bienfaiteur d'un empire perdu ; ils faisaient les offres les plus généreuses, et s'efforçaient de prouver que les dîmes n'avaient point d'autres propriétaires réels que les pasteurs des paroisses, qui, seuls, dans les premiers temps, avaient été investis par les propriétaires des biens alors existants. Necker n'eut pas le temps de recevoir ces doléances, car, dès le 11 juillet, le roi avait renvoyé son ministre.
On voulut alors donner une constitution à la France. Elle fut précédée de la fameuse Déclaration des droits de l'homme. 11 est inutile d'entrer ici dans l'exposition des articles de cette constitution. Les maux dont la France était menacée remplissaient d'amertume le cœur de Louis XVI. Il écrivit à tous les évoques de son royaume des lettres closes pour demander des prières publiques. En conséquence, des ordres du roi, M»^ de Fontanges adressa aux fidèles de son diocèse un mandement qui ordonnait une procession solennelle pour le rétablissement de la paix dans la monarchie. Cette procession, composée de tous les ordres de la ville, partit de l'église métropolitaine, se rendit à l'hôlelde-ville, a Saint-Sernin et à la Daurade. Ce fut le dernier acte du culte public a Toulouse.
Cette ville, comme toutes les autres, organisa sa garde nationale, qui fut formée de quinze légions. Douze nobles furent mis à la tête d'autant de légions. Celle de Saint-Barthélemy, commandée par le président d'Aspe, était formée de jeunes gens appartenant aux familles nobles et parlementaires. Les opinions de cette légion étaient connues : elle professait le royalisme le plus pur. Aussi, les attentats
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des 5 et 6 octobre, consommés à Versailles contre la majesté du roi, excitèrent-ils son indignation : ce qui lui faisait dire hautement que l'Assemblée nationale n'était qu'une assemblée de factieux. Les députés de la noblesse et du clergé de la sénéchaussée de Toulouse adressèrent, le 16 oétobre, une déclaration à leurs commettants. Ils y protestaient contre les insultes dont le roi,, la reine et la famille royale venaient d'être l'objet. Cette déclaration déplut à la milice citoyenne, qui, s'étant réunie le 19 novembre par ses députés, sous la présidence du sieur Douziech, ancien commandant du guet, publia contre elle une protestation.
Le clergé de Toulouse, marchant sur les traces de celui de Paris, avait versé au trésor la somme de 865 marcs d'argent lorsqu'il apprit que, le 2 novembre, l'Assemblée nationale avait déclaré que tous les biens ecclésiastiques appartenaient au peuple français. Cette spoliation sacrilège •fut proposée par Tévêque d'Autun — Talleyrand-Périgord — et combattue par l'éloquent abbéj^aury.
Le commencement de Tannée 1790 fut marqué par la division de la France en départements et la prestation du serment de fidélité a la nouvelle constitution. Les membres du clergé crurent devoir le prêter, parce que cette constitution, qui n'était pas encore entièrement terminée, ne contenait rien qui touchât, au moins directement, au spirituel Conséquemment à cet acte civique, de nouvelles administrations prirent la place des anciennes. Le capitoulat fut détruit à Toulouse, et on installa l'administration récemment choisie. M. Rigaud, professeur en droit, fut nommé maire. Les négociants Bertrand, Sabatier, Balar, Esquirol, Vignolles, Marié, Carol, Sacarin et Castan; les avocats
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Romiguières, Bragouse, Malpel, Bellomayre et Gary; les bourgeois d'Adhémard, Ghauliac et Boubée furent élus membres de cette administration, qui prêta le serment dvique dans le grand Consistoire, en présence des officiers du parlement. Il fut aussi ouvert un registre où tous les citoyens étaient invités à donner leurs noms pour marque d*adhésion. Dans la séance où le serment fut prêté, Tabbé Barthe prononça un discours en faveur de cet acte, et fit insérer dans les journaux du temps que c'était à sa persuasive éloquence qu'on était redevable de l'admirable accord qui avait régnéMans l'assemblée. Cet abbé était né à Monredoo, près de Narbonne, dans une condition assez obscure. H dut son éducation au seigneur de ce Ueu. Entré dansFétat ecclésiastique, il fut attaché au chapitre de cette métropole» ou à celui de Carcassonne, jusqu'à sa nomination à une chaire de théologie à Toulouse, et devint doyen de cette faculté. Il s'était déjà fait connaître dans un conseil de villa qui avait précédé la création de l'administration nouvelle, et dans lequel il avait demandé la conservation du chapitre de Saint-Semin. Il donna pour prétexte à sa demande le martyre de cet apôtre, l'antiquité de la basilique, et le nombre considérable de reliques qu'elle renferme. Barthe embrassa avec chaleur les principes de la révolution. Afin, cependant, de donner le change sur ses opinions, il publia des éléments de théologie qu'il dédia à M»' de Fontanges. D eut une discussion très animée avec l'administration diocésaine au sujet du fameux jubilé qui avait été accordé aux pénitents noirs. La bulle de concession de ce jubilé était datée de Tannée 1782. Pie VI déclarait dans sa bulle que le jubilé aurait lieu à perpétuité toutes les fois que la fête
de riuventioû de la sainte Croix arriverait un vendredi, et que, pour la première fois seulement, le jubilé aurait lieu le jour delà fêle, n*importe le jour de la semaine. Cette bulle ne reçut sa première exécution qu'au mois de mai 1790. Cette année-là Flnvention de la sainte Croix n'était point un vendredi ; mais, en vertu de la seconde concession, on ouvrit le jubilé. L'abbé Bartbe composa un long mémoire qui fut inséré dans les journaux, et dans lequel il prétendait que le jubilé était de nulle valeur parce que le souverain pontife, dans sa bulle, n'avait accordé le jubilé une seule fois^ sans distinction de jour, que pour l'année immédiatement suivante : in proximè futuro anno lucrifaciendam. Toute la question se réduisait à savoir si ces termes devaient s'entendre de l'année qui suivrait ou la concession ou bien la publication de la bulle. L'administration diocésaine embrassa ce dernier parti, et le jubilé s*ouvrit avec un éclat inaccoutumé. La renommée du prédicateur (le P. Sermet) augmenta l'aiQuence.
Le bruit se répandit bientôt en France que le comité ecclésiastique formé au sein de l'Assemblée nationale s'occupait de la vente des biens ecclésiastiques. L'alarme futjetée dans le clergé, et de plusieurs points du royaume des adresses partirent pouc l'Assemblée afin d'éloigner ce malheur. Le 10 janvier, les religieux mineurs conventuels (cordelîers) de Toulouse envoyèrent la leur, qui demandait la conservation de leurs couvents. Parmi les signataires de l'adresse, les PP. Ardusset et Gratieux ont vécu jusqu'à nous. Dans la prévision des maux qui allaient fondre sur la religion en France, M*' de Fontanges publia un excellent èml qui a pour titre : Considérations sur les limites de la
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puissance spirituelle et de la puissance civik. Il y montre que cette dernière n'a aucun droit sur les dogmes et la dis* cipline de FEglise, et quelle doit se borner à les protéger au dehors quand ils se trouvent attaqués. Ces divers écrits n'empêchèrent pas l'Assemblée de supprimer, le 13 février, les voBux monastiques, et de déclarer, le 14 avril, que Tadministration des biens ecclésiastiques n'appartenait plus au clergé. Ce décret excita partout en France les plus justes réclamations. Les nombreux catholiques de Toulouse se réunirent le 18 avril, avec la permission de l'autorité municipale, et résolurent unanimement de demander à l'Assemblée nationale que la religion catholique fût déclarée la religion de VEtat; que le siège épiscopal, les chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Sernin, les cures, les séminaires et les maisons religieuses fussent conservés ; et Ton priait les officiers municipaux de suspendre les opérations ordonnées par l'Assemblée.
Le 20 avril, les cordeliers de Toulouse présentèrent des Supplications ^n maire et aux officiers municipaux, leur déclarant qu'ils ne voulaient point abandonner leur saint état, et les conjurant de leur laisser la jouissance de leur grand couvent. De son côté, le chapitre métropolitain adressa des protestations énergiques au corps municipal, déclarant à son tour qu'il acquitterait toujours les fondations établies et continuerait de célébrer le service divin dans son église. De pieux laïques prirent aussi la défense de quelques établissements religieux : ainsi l'avocat Limes publia un écrit pour démontrer que l'utilité publique demandait qu'on conservât la maison des missionnaires de Roqueville et «elle de Sainl-Antoine-du-T ou de Vienne. Plusieurs religieux se
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crurent obligés de protester en particulier contre les décrets de l'Assemblée nationale. Les PP. Noël et Sirvin Calvet, religieux carmes; les PP. Louis Mauret et Crebassan, bénédictins de Saint-Maur, envoyèrent leurs énergiques déclarations à la municipalité. Tous les établissements religieux de la ville et du diocèse rivalisèrent de courage pour condamner les décrets. On ftit puissamment excité à Toulouse à cette résistance par un écrit que nous supposons avoir été composé et publié par MM. les vicaires généraux, et qui porte pour titre : Avis aux catholiques de Toulouse. Cet écrit excitait le zèle de tous les habitants à suivre l'exemple des principales villes du Languedoc, et mettait en demeure la municipalité d'accorder une réunion des citoyens pour la manifestation du sentiment public.
Le 3 mai, s'ouvrit dans la belle chapelle des Pénitents- Noirs le jubilé dont nous avons déjà parlé. La station fut prêchée par le P. Sermet. Une foule immense se pressa pendant huit jours au pied de la chaire. Le prédicateur fit, dans plusieurs circonstances, sa profession de foi, déclarant que jusqu'à la mort il demeurerait fidèle à l'Eglise, dont il exalta lunité. Entr'autres sermons, il en prêchaun sur Jésus-Christ considéré comme pierre angulaire de l'Eglise ; sa péroraison fut marquée par un de ces mouvements oratoires qui, habilement ménagés, produisent toujours de reflet sur l'auditoire : il descendit de chaire avant la fin de son discours, et, montant à l'autel, il prit entre ses mains la divine Eucharistie, la montra au peuple, accompagnant cette action de paroles expressives et brûlantes. Le peuple, agenouillé, fondait en larmes, mais Tœil de l'orateur était sec.
Les actes de rAssemblée nationale relativement à la rcli-
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gioD catholique, avaient justemeol alarmé les amis de la religion; Toulouse était agitée, c*est ce qui détermina le maire et les oQiciers municipaux à faire publier une proclamatioa dans laquelle ils rassuraient les habitants sur toutes leurs craintes. Un événement depuis longtemps préparé vint montrer combien ces craintes étaient fondées.
Le i2 juillet fut décrétée la constitution civile du clergé. Cet acte renversait jusque dans ses fondements Fantique discipline de TEglise et brisait les liens de son unité : acte trop connu pour que les principales dispositions en soient ici rapportées, mais qu'il suffit de lire une seule fois pour comprendre combien elles furent coupables dans leurs principes et pernicieuses dans leurs effets.
Dès Tannée précédente, il s'était formé à Toulouse, comme à Paris, une société des Amis de la Constitution, qui tint d'abord ses séances chez FoUin, au Petit-Versailles (aujourd'hui rue Louis-Napoléon), et ensuite chez Boyer, limonadier sur la place Royale. En 1790, elle se transporta dans un local dépendant du collège royal, près de l'église des Jacobins. Lk se réunissaient tous les exaltés du parti démocratique, et cette société devint comme le germe du tribunal révolutionnaire. La garde nationale, commandée par Douziech, roulait aussi devenir une puissance: elle convoqua toutes les gardes nationales des villes voisines, et fit une fédération au petit pied, qui eut lieu le 4 juillet sur la promenade du Boulingrin. L'abbé Barthe y parut en soutane et portant la ceinture tricolore, célébra^ la messe en plein air, et prononça un discours emphatique dans lequel il prouva aux moins clairvoyants que la nation avait agi très sagement en vendant les biens du clergé. 11 entonna ensuite
le Te Deum, et se fit remarquer en cette occasion par une grande exaltation d'idées révolutionnaires. Les avocats Veyrieu et Rouzet prononcèrent aussi des discours. Les gardes nationales furent passées en revue par Douziech, qui ne fit pas de très grands frais d'éloquence ; on dansa, on but et mangea jusqu'à la nuit, et cinq cents patriotes montalbanais vinrent rehausser l'éclat de la fête. La milice citoyenne voulut se donner des aumôniers : Barthe accepta cet honneur à Toulouse, et le P. Sermet à Saint-Geniez.
On s'occupa dès-lors d'organiser à Toulouse l'administration dépariementale. L'assemblée électorale, formée par les assemblées cantonales, nomma les citoyens qui, au nombre de trente-six, devaient composer cette administration. L'avocat Mailhe fut nommé procureur général syndic, et l'avocat Ricard secrétaire. Ces trente-six membres en élurent huit pour former un directoire permament, car l'administration générale ne devait se réunir que temporairement. Ce directoire fut composé des citoyens Moriez, Cailhassou, Saubat, Dorliac, Niel, Dupau et Pelleport.
Pendant qu'avait lieu à Paris la grande fédération générale (14 juillet), le village de Saint-Geniez eut aussi la sienne. Ce fut en cette occasion que le P. Sermet abjura tout son passé, et que, dans un discours écrit et prêché en langue vulgaire, il excita le peuple contre tout ce qu'il y avait de respectable dans l'Eglise et dans l'Etat. Sous le spécieux prétexte de corriger quelques abus, il déchira le clergé et la noblesse dans des phrases exaltées et où la hardiesse de la pensée et de l'expression annonçaient la terrible réaction qui s'était opérée dans son âme. Ce discoure attira au P, Sermet une satire très piquante : il y
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était déchiré en mille pièces, et les notes de Fauteur étaient encore beaucoup plus incisives que le texte. L'orateur de Saint-Geniez s'efforça de répondre à cette satire par une Lettre qull adressa au club des Amis de la constitution. H ne fut pas très heureux dans sa réplique.
On s'occupa aussi à Toulouse de former l'administration du district. Picot de Lapeyrouse en fut nommé président; l'avocat Malpel, procureur-syndic, et le praticien Trébos, secrétaire. Cette administration nomma, à son tour, un directoire composé de cinq membres : Lapeyrouse; Camus, procureur; Sabathier, négociant; Baville, propriétaire, et l'ingénieur Pin. Le district choisit l'ancien Sénéchal pour lieu de ses séances.
Le 24 août, le roi accepta et promulgua la constitution civile du clergé. Il répugnait à cette démarche éclatante, et ne s'y détermina qu'après les vives instances du comité de l'Assemblée et dans l'espoir que les négociations qu'il avait entamées auprès du siège apostolique pourraient le dégager. Cette acceptation lui causa les plus mortels regrets. Il était du devoir des évoques présents à TAssemblée nationale de protester contre cette constitution. M»' de Boisgelin, archevêque d'Aix, se chargea de cette protestation, qui prit le titre S Exposition de principes, monument impérissable de logique, de clarté et de modération en faveur des droits de l'Eglise indignement méconnus par l'Assemblée. Tous les évêques présents à Paris signèrent Y Exposition, 'a l'exception de l'évêque d'Autun, Talleyrand-Périgord ; de l'évêque de Viviers, Lafontde Savines, et de l'évêque de Lyddasuffragant deBûlc, Gobel. Les autres évêques de France imitèrent ceux de Paris, àrexccplion de rarchevcquc de Sens, Loméniede
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Brienne, et de Tévêquc d'Orléans, de Jarentc. La plupartdes chapitres de France donnèrent leur adhésion ; celui de Toulouse donna la sienne le 27 novembre : elle était signée de M, de Malaret et de Tabbé Déjean, secrétaire.
Ce même jour, TAssemblée nationale décréta que les ecclésiastiques en fonctions qui ne prêteraient pas serment a la constitution seraient remplacés. Il est à remarquer que dans ce décret la constitution civile du clergé tf était point mentionnée, et que le mot général de constitution paraissait s'appliquer à l'acte politique de l'année précédente. C'était un piège dans lequel tombèrent plusieurs ecclésiastiques d'ailleurs très respectables.
Un incident assez curieux vint un instant occuper à Toulouse l'attention publique. Au commencement du mois d'août, M. Tabbé Diraî, l'un des vicaires de Saint-Etienne, monta en chaire à la messe de paroisse, et termina son discours par la lecture d'un acte de consécration à la Sainte-Vierge, où se trouvaient quelques phrases relatives aux nouveaux décrets de l'Assemblée. Sur l'invitation de l'orateur, le peuple prosterné répondit à haute voix : Ainsi soit-il ! A cette nouvelle, les officiers municipaux crurent k une conspiration et demandèrent des explications à M. Bernadet, curé de la métropole. Ce dernier adressa, le 11 août, un certificat aux conseillers municipaux dans lequel il protestait contre tout ce qui s'était passé dans son église au sujet du fait en question, assura la municipalité de son entière soumission aux décrets de l'Assemblée, et écrivit son serment de fidélité à la loi, au roi et à la constitution. On pouvait croire que M. Bernadet ne parlait ici que de la constitution politique.
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Les 6 et 7 septembre, on abolit tous les tribunaux d^ancienne création, sous quelque dénomination qulls fussent Les parlements se trouvèrent ainsi frappés de mort. La chambre des vacations du parlement de Toulouse rédigea, le 2S, une protestation énergique qui ne fut que le prétexte de la condamnation des magistrats de notre cour souveraine. Mailhe, procureur général syndic, dénonça cette protestation a TAssemblée nationale, qui rendit un décret qui ordonnait Farrestation immédiate de tous les signataires. Ces magistrats cherchèrent alors leur salut dans la fuite; quelques-uns se rendirent à Vittoria, en Espagne. Les signataires étaient : les présidents d*Âspe et de Maniban, le procureur général de Rességuier, les conseillers de Bardy, Durègne, Cucsac,deMontégut, de Firmy, de Lafont-Rouis, de Ségla, d'Escalonne, Rigaud, et les conseillers clercs de Gambon et de Rey. Plusieurs de ces magistrats rentrèrent malheureusement en France. La protestation si énergique de la chambre des vacations excita toutes les fureurs des jacobins. Le 2 octobre, Barthe prononça un discours virulent contre cette chambre; ce fut lui qui demanda que ta protestation fût dénoncée à TAssemblée nationale.
L^administration départementale ne vivait que de dénonciations. M^ de Cambon, évêque de Mirepoix, y fut dénoncé pour une lettre .écrite à son chapitre; Tabbô DÈzes, chanoine de Saint-Etienne, pour la nomination d*un cun^à* Montaudran; Tabbé d'Olive, vicaire général de l'abbé de Saint-Semin, pour un discours qu'il avait prononcé en plein chapitre. Le conseil ordonna que tous ces faits seraient portés à l'Assemblée nationale, et le chapitre de Saint-Semin poursuivi parce qu'il avait fait cause commune avec l'abbé
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d'Olive et qu'il le justifiait sur le fait de s'être porté le dénonciateur du grand-vicaire.
On procéda, à la même époque, à la vente des biens des communautés religieuses, biens qui furent cédés a vil prix et ne manquèrent pas d'acquéreurs. Les moines eurent encore la liberté de rester dans leurs couvents ; ils recevaient une pension alimentaire que TAssemblée avait votée en les dépouillant de leurs propriétés territoriales. La vente commença, à Toulouse, au mois de décembre, par les biens des minimes.
Le grand secret des révolutionnaires était d'opérer dans l'esprit du peuple une diversion à tous les brigandages publics par des fêtes demi-patriotiques et demi-religieuses. Le 25 novembre, un service funèbre fut célébré à Saint-Etienne pour les frères d'armes morts à Nancy. L'abbé Barthe prononça un discours dans lequel il comparait les Nanciens aux martyrs. On pourra juger du talent de l'orateur par ce passage où, voulant donner une description du combat, il dit: « Un officier, l'élite des Décius de la France, Demies, $e » place au devant de la bouche du tube foudroyant, l'em- » brasse, met obstacle à l'explosion qui devait être le pré- » lude du plus désastreux des combats, et demeure attaché » au tube fulminant. Ces enragés le criblent de leurs coups » de feu. Soudain le signal bruyant du carnage est donné, » le bronze éclate et vomit mille globes enflammés. » Tel était alors à Toulouse Fun des dieux de l'éloquence révolutionnaire.
Cet abbé Barthe sollicita l'administration départementale de sommer W de Fontanges de nommer des vicaires généraux dont les sentiments fussent plus en harmonie avec les
besoins de Tcpoque que ceux qui étaient en place. L'arche* vêque ne tint aucun compte de cette sommation. Au dob des jacobins, il accusa le lieutenant de la sénéchaussée Laroque-Montané et Tavoeat du roi Laporte-Marignac d*aToir refusé d'enregistrer les décrets de TÂssemblée nationale. On voit par là que ce doyen de l'université était le plus éhonté des dénonciateurs.
Le 12 octobre, l'assemblée électorale du district procéda à la nomination des membres qui devaient former son tribunal. Elle élut pour juges: Bragouse, Arbanëre, Romiguières, Veyrieu, Taverne et Boubée. Loubers, Guyon, Fauré et Roques furent nommés suppléants.
Nous avons déjà observé que le serment demandé au clergé présentait une formule assez ambiguë, ce qui donna lieu a quelques ecclésiastiques de le prêter avec plus ou moins de restrictions. Do ce nombre fut M. Bernadet, curé de Saint- Etienne, ainsi qu'il conste du certiflcat suivant: «Je jure et » promets d'obéir à la nation, à la loi et au roi, et de main- > tenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par » l'Assemblée nationale, acceptée ou sanctionnée par le roi.» Mais ce vénérable prêtre ne tarda pas à s'apercevoir de l'erreur involontaire dans laquelle il était tombé, et le 26 novembre il lit sa rétractation, renfermée dans l'acte qui suit: « L'an 1790 et le vingt-sixième jour du mois de novembre, • à Toulouse, devant nous notaire de ladite ville a été pré- » sent M. Pierre Bernadet, docteur en théologie, curé de la » paroisse Saint-Etienne, lequel nous a déclaré qu'il rétracte » l'acte qu'il a passé le 26 octobre dernier devant nous, au- » quel effet il renonce purement et simplement à sa qualité » de premier vicaire ; de quoi nous avons requis acte, etc. »
Nous rencontrons sansxesse sur nos pas le doyen Barthe. Le 22 décembre, il consacra ane séance tout entière de son cours de théologie à réfuter YExpôsition de principes des éfêques de F Assemblée nationale. La conclusion obligée de , toutes ses leçons était gu*on agissait avec beaucoup de sagesse en vendant les biens du clei^é. Il contribua ainsi puissamment à cette spoliation sacrilège. A cette époque, Ton vendit les propriétés des chanoinesses de Saint-Sernin, des Pères de Saint-Antoine, des grands carmes, du chapitre de Saint-Etienne, des Salenques, des trinitaires, et autres communautés. C*est ce qui déterminale chapitre de la métropole à adresser aux officiers municipaux une Protestation, dans laquelle il exposait lai^narche qu'il devait suivre dans les circonstances où il se trouvait placé. Cet acte est signé de MM. d'Aldéguier commissaire, Druilhe et Barbazan.
Non content d'avoir rétracté son serment, M. Bemadet publia, en janvier 1791, un écrit qui a pour titre : Principes de la doctrine catholique sur la puissance ^rituelle. Ces principes sont au nombre de cinq, et Fauteur les développe dans Tordre suivant : l"" la foi ne varie pas dans la véritable Eglise, et la vérité venue de Dieu a d*abord sa perfection ; 2'' il y a dans TEglise catholique une racine qui est la com* munion avec la' chaire de Saint-Pierre, dans laquelle tous les autres sièges gardent l'unité ; 3* ce sont les évêques que le Saint-Esprit a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu ; 4'' les évêques sont de droit divin supérieurs aux prêtres ; S*" si Jésus-Christ a dit aux apôtres d'enseigner les nations, qui seraient sauvées en croyant, c'est donc aux nations h croire et non à enseigner. L'auteur, prévoyant les maux qui menaçaient la religion en France, fait de touchants adieux k
ses paroissiens. La publication àg cet écrit appela une réponse sous ce titre : Lettre écrite à M. Bemadetpar un de ses paroissiens. L'auteur anonyme opposait M. Bemadet àliiî- • même. C'était la conséquence naturelle d'une démarche un peu trop précipitée.
Parut alors à Toulouse un écrit anonyme contre le c^lbat des prêtres. Le lecteur pourra juger de la force des raisons que Fauteur apporte pour favoriser le mariage des prêtres. Tout dansFEvangile, dit le profond écrivain, concourt àcombattre le célibat : Elisabeth, déjà avancée en âge, devient féconde; le Sauveur assiste à des noces; toutes ses paraboles sont tirées de l'état d'époux et de përè; la sagesse des cinq vierges est récompensée par l'arrivée Se l'époux ; le figuier stérile est maudit; et enfin saint Pierre n'est placé a la tête de l'Eglise que parce qu'il était marié avant son apostolat. Nous n'aurions jamais rappelé dans cet ouvrage cesineptifô s'il n'eût été nécessaire de montrer la faiblesse de ces écrivains qui préparaient par leurs produclionsle plus misérable schisme qui ait jamais existé dans l'Eglise.
Ce schisme allait être consommé par le serment à la constitution civile du clergé qui devait être prêté par tous les évêques, prêtres et religieux du royaume de France. Après bien des discussions au sein de l'Assemblée nationale au sujet des restrictions à apporter au serment, et dans lesquelles l'évêque de Oermont, celui de Lydda, Mirabeau et Cazalës prirent tour à tour la parole, cette assemblée décréta que le serment prescrit le 27 novembre dernier serait prêté purement et simplement dans les termes du décret, sans qu'aucun des ecclésiastiques pût se servir de préambules, d'explications et de restrictions. Le ^janvier 1791, l'immense
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majorité des ecclésiasUques de rÂssemblée refusa le serment. Parmi les évoques qui le prêtèrent, on ne compta que Talleyrand et Gobel.
Le 16 janvier. M»' de Fonlanges adressa à tous les prêtres de son diocèse une lettre au sujet du serment qui bientôt devait leur être demandé. U rendait compte de sa conduite à TAssemblée, et déclarait intrus et schismatique celui qui, contrairement à Fautorité des saints canons, oserait s*asseoir sur le siège de son Eglise. Il annonçait à son diocèse renvoi de la lettre pastorale de M»' l'évoque de Boulogne a laquelle il adhérait pleinement, déclarait refuser le serment, et terminait ainsi : « J'ai cru de mon devoir de confier à vo- > tre piété et à votre zèle mes sentiments et les principes de » ma conduite. J'ignore- s'il me sera permis d'entretenir » encore les relations nécessaires avec le clergé de mon » diocèse ; la violence, à laquelle il est possible qu'on ait » recours, pourrait seule m'empêcher de remplir un devoir » si cher à mon coeur, mais alors le plus ardent de mes vœux » est qu'elle ne soit dirigée que contre moi. » Cette lettre fut publiée ainsi qu'un mandement portant les dispenses ordinaires pour le carême prochain. Cette dernière pièce fut afQchée, contresignée par l'abbé Martin, secrétaire de l'arcbevéque ; elle était revêtue du sceau des armes du prélat. Le conseil municipal fut puérilement indigné de cet acte téméraire : l'abbé Martin fut cité et condamné à 50 francs d'amende. L'arrêt porte qu'il s'est rendu coupable de laudacieux forfait d'avoir donné à ce prélat les titres de Monsei gneur et de Grandeur, abus, dit-on expressément, qui remonte à Caligula, le premier qui se fit appeler seigneur. Barthe continuait ODcore ses leçons publiques. Il consacra,
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au commencement de février, plusieurs séances à expliquer à sa manière Finstitution canonique et la primauté du pape. Il touchait au moment de son triomphe. Le 16 février, un courrier extraordinaire envoyé par les électeurs d*Auch porta la nouvelle de sa nomination à Tévêché de cette ville. Le temps était venu où Toulouse devait avoir à son tour un évoque par la grâce de la Constitution. Le 18 février, le procureur général syndic écrivit aux chefs des districts pour leur annoncer officiellement le refus de serment de M^ de Fontanges. Il indiqua la réunion, pour la nomination de son successeur, a Saint-Etienne. L'invitation portait expressément qu*on devait implorer les lumières du Saint-Esprit. Â peine U^ de Fontanges eut-il appris la convocation du corps électoral, qu'il adressa aussitôt de Paris aux membres qui le composaient une lettre touchante pour les engager, par les raisons les plus solides, à ne pas consommer le schisme k Toulouse par la nomination d'un intrus. Cette lettre porte la date du 27 février. Toutes les justes réclamations du prélat furent inutiles, et le l''' mars une députation du corps électoral vint annoncer au directoire que M»' de Loménie de Brienne, archevêque de Sens, ayant réuni la majorité des suffrages, venait d'être élu et proclamé évêque métropolitain du Sud. La députation invita le directoire à assister à une messe solennelle et au Te Deum qui fut chanté le lendemain au son de toutes les cloches et au bruit du canon.
L'élection de M^ de Brienne avait sans doute été déterminée par la lettre suivante qu'un député de la Haute-Garonne écrivit le 1'^ février à l'un de ses amis à Toulouse : « En ce » moment le président de l'Assemblée lit une lettre de la » municipalité de Sens portant que M'^' le cardinal de Loraé-
TEMPS aODKENBS. 504
» nie, notre ancien archevêque, y a prêté serment à la tête » de son clergé. Tel est l'empire de la raison sur des hom- * mes éclairés ! Quel exemple pour notre cité, si nos ecclé- » sîastiques se rappellent encore la confiance et la vénéra- » tion qu jls doivent à notre archevêque ! »
Le sieur Dalga fut expédié à Sens pour annoncer à W de Loménie sa nomination. Il arriva en cette ville le 6 mars. A cette nouvelle, M. de Chambonas, maire de Sens, un officier municipal et tous les officiers de la garde nationale se rendirent a rarchevêché, et supplièrent S. Em. de ne pas se séparer d*eux. L'Eminence ne répondit rien. Dalga était porteur: 1^ d'une lettre du président de l'assemblée électorale au cardinal : elle portait la signature de Cailhassou; 2^ d'une seconde lettre des membres du directoire du département de la Haute-Garonne au même cardinal, signée Leygue, Chaulia, Saubat père, Dorliac, Niel, Dupau et Mailhe, procureur syndic; 3" d'une troisième lettre des membres composant le directoire du district de Toulouse au même prélat, signée Picot, Baudres, Baville, Balar et Malpel procureur syndic; 4*» d'une quatrième lettre encore au même, signée Picot de Lapeyrouse; 5** d'une cinquième lettre écrite toujours au même par les maire et ofliciers municipaux de Toulouse, signée Rigaud, Bertrand et Balar; 6* enfin, d'une sixième lettre écrite à Ms' de Loménie et signée Marcassm de Puymaurin, qui était sans doute lié d'amitié avec l'anciea archevêque. M*' l'arcbevêquo de Sens refusa la métropole du Sud.
Barthe publia à cette époque des conférences sur la Constitution. Le jour même de cette publication parut un écrit ayant pour titre : Expositioti de la doctrine constamment en-
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seignée dans la faculté de théologie de Toulouse, dans leqad toutes les propositions de Bartbe étaient réfutées avec cette supériorité de talent qui ne laisse à Tadversaire que la honte de ladéfaite. Cette Eocposition est ce qui a été publié de plus solide contre la Constitution civile. Elle avait pour auteur Tabbé Laroque, Fun des professeurs de la faculté de théologie, dont la mémoire, sous le double rapport de la vertu et du talent, sera toujours en bénédiction dans le diocèse de Toulouse.
Le 6 mars, Malpel, procureur général syndic du district, donna lecture au club patriotique d*une très longue adresse aux curés et aux fidèles du diocèse sur la légitimité de la constitution civile. Ce volumineux écrit n'était qu'une fastidieuse répétition de tout ce qu'on avait déjà publié de sophismes, de fausses explications de textes, d'interprétations mensongères des faits pour soutenir une déplorable cause. La réfutation de cette brochure ne se fit pas longtemps attendre. Deux fonctionnaires du diocèse de Toulouse, cachés sous le voile de lapseudonymie, répondirent aux étranges assertions de Malpel. Cette Réponse est d'une grande étendue; on y trouve réunis tous les plus forts arguments contre la constitution civile.
Le moment approchait où le clergé de Toulouse allait être appelé à prêter le serment a cet acte. On répandit alors plusieurs publications contre le serment, ayant pour titres : Instructions d*vn curé à ses paroissiens ;■ Lettre d'un ecclésiastique de Paris à un ecclésiastique de Toulouse, Le dimanche 6 mars fut désigné pour la prestation du serment. La cérémonie eut heu a l'issue de la messe de paroisse, dans la nef de Téglise Saint- Etienne. Lg serment fut refusé par
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l'archevêquc> les vicaires généraux, les chapitres de la ville, les curés et les vicaires, les supérieurs et les directeurs des séminaires de la ville. Les petits augustins, les bénédictins de la Daurade, les cordeliers de la grande observance, les chartreux et les capucins n^eurent aucun jureur. Les grands augustins donnèrent trois jureurs, les grands carmes aussi trois, les dominicains un, les minimes deux, les carmes déchaussés quatre. A la Dalbade, les PP. Roure, curé de la paroisse, et Rambean, supérieur du séminaire, refusèrent le serment. Chez les doctrinaires, tous jurèrent à Texception du P. Théron, recteur de la maison de Saint-Rome, et du P. Rouaix, recteur du collège de TEsquille. A l'université, tous les professeurs refusèrent le serment, àTexception de Fabbé Barthe. Au collège royal, tous prétèrjent serment, à l'exception de VabbéSuruge, principal. Quelques ecclésiastiques, attachés aux diverses paroisses, au nombre d'environ huit à dix, prêtèrent le serment. Le nombre des jureurs s'éleva dans cette assemblée à quarante^inq, parmi lesquels on distinguait plusieurs clercs de sacristie et de jeunes commis de magasin déguisés sous le costume ecclésiastique.
En entrant dans Téglise, Fabbé Chaudon, professeur au coQége royal, promenant avec sa lorgnette ses regards sur Fassen^lée, dit au P. Sermet à haute voix: « Je suis com- » plètement déshonoré; il ny a pas ici un seul ecclésiasti- » que dont Texemple puisse me servir d'excuse. » Il était sur le point de sortir lorsque le P. Sermet le retint. A peine le vicaire de Saint-Etienne eut-il terminé Toffice paroissial il midi, que Sermet monta en chaire et prononça un assez long discours conforme a ses principes étala circonstance'.
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Au moment où lorateur faisait Féloge de M^ de Briemie, des murmures se firent entendre dans rassemblée et fur^t étouffés par les applaudissements des clubistes. Le peu^de, assemblé sur la grande place, attendait avec impatience les jureurs; ceux-ci furent insultés a leur sortie de Féglise, et quelques-uns d^entr'eux ne durent leur salut qu*à la fuite. Le soir du môme jour, Tun des oratQriens qui venaient de prêter serment voulut chanter un psaume à Foraison de quarante heures à la Daibade: personne ne répondit; et les fidèles sortirent de TégUse avec le clergé. U porta sa plainte à la municipalité, et s'abandonnait à d*inutiles invectives lorsqu'un plaisant s*écria : Obtenez donc un décret comme U faut que je chante.
Deux jours après la prestation du serment, le P. Sermet alla iH*évenir le curé de la Daibade que les marguiliiers de son église l'avaient nommé pour y prêcher le carême, et le pria de lui donner son agrément. « Je vous le défends, lui » répondit le curé. Je sais bien que vous prêcherez malgré » moi, puisqu*aucune autorité ecclésiastique n*est aujour- » d'hui respectée; mais, ne pouvant pas vous interdire l'en- » trée démon église, j'en sortirai aussitôt que vous y paraî- > trez. » Il tint en effet parole, et le lendemain, Sermet étant monté en chaire, le curé sortit, suivi de son clergé et de tous ses paroissiens. Dans le diocèse, sur six archiprètrès, ur^ seul prêta le serment; sur quatre cents vicaires, douze obéirent aux décrets ; presque tous les curés restèrent fidèles. Plusieurs monastères répandus dans le diocèse, tels que les bernardins de Grand-Selve, les bénédictins du Mas, les feuillants de Labastide, les capucins de Grenade, les récollets de Verdun, les prémontrés de la Capelette, les cor-
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deliers de Muret, doimërent Texemple d'une inébranlable fermeté.
La voix du souverain pontife ne tarda pas à se faire entendre au milieu de ces défections. Pie VI rendit le bref Caritas, dans lequel il déclara hérétique la constitution civile du clergé, lança une sentence de suspense contre tout ecclésiastique qui avait prêté serment à cette Constitution, frappa de nullité les élections qui avaient déjà été faites dans quelques départements pour plusieurs sièges épiscopaux, et déclara que les nouveaux élus n'avaient aucune juridiction. Ce bref, répandu en France, amena quelques rétractations; mais la plupart des assermentés persévérèrent dans le schisme.
Le chapitre métropolitain de Toulouse écrivît alors à M^ de Fontanges pour lui faire part de la conduite qu'il avait tenue à Foccasion du serment civique. Le prélat répondit au chapitre par une lettre affectueuse, dans laquelle il donna les plus grands éloges à sa fermeté, et se plaint de ce que les circonstances le tiennent éloigné de son troupeau.
Nous avons déjà dit que le cardinal de Loménie avait refusé la métropole du Sud. 11 écrivit au Corps électoral pour le prier d'agréer son refus, et lui adressa le mandement qu1l venait de publiersur le serment civique. Ce mandement fut In au club patriotique, au milieu des plus vi& applaudisse* ments. En même temps, Tun des députés de Toulouse écrivait aux électeurs la lettre suivante : < La nomination du » cardinal de Loménie à la métropole du Sud a été approu- » vée par les hommes sages et éclairés. Elle est aussi » honorable pour le corps électoral que flatteuse pour le
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» cardinal, qui, quoiqu'il lait bien senti, na pu se décider » à suivre les sentiments de son cœur. •
A la nouvelle du refus de M«' de Brienne, toutes les espérances du P. Sermet se ranimèrent. Il fallait donner aui électeurs Uidée de l'opportunité de sa nomination : on employa alors un moyen assez singulier. Le 25 mars^ Sermet se rendit a l'assemblée du club patriotique et littéraire, et là un citoyen nommé Gar... donna lecture d'une pièce de vers en Thonneur du R. Père. Le poète racontait un songe mystérieux dont il avait été favorisé , et dans lequel Sa Révérence lui était apparue sous le costume d'évéque métropolitain du Sud. Cette scène produisit son effet. Les électeurs, touchés jusqu'aux larmes à ce récit, nommèrent deux jours après le P. Sermet à la métropole du Sud. Il reçut aussitôt la visite de tous les corps administratifs et des commissaires des légions. Le son des cloobes et le bruit du canon annoncèrent à la cité la consommation du schisme. Le journal s'exprimait ainsi : « Cet ecclésiastique recommaodable » par ses lumières et ses vertus a accepté, et n'a pu se refo- » ser aux vœux de ses concitoyens. »
Le 29 mars, le nouvel intrus, accompagné de la garde nationale, du corps administratif, de la société des Amis de la Constitution, se rendit à la métropole pour chanter un Te Deum. Le soir du même jour, Sermet Tit son entrée solennelle au club; tout avait été préparé pour sa réception. Le maire et l'intrus s'unirent dans de mutuds embrassements: une femme plaça sur la tète de Sermet une couronne civique; une autre lui adressa un discours dans lequel elle disait que le Sauveur avait prouvé sa divinité par la résurrection des morts, cl l'assemblée sa sagesse on ressuscitant ua
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apôtre. « Je suis bien éloigné, répondit lo métropolitain, » d'être apôtre : Fun d'eux convertit dix mille juifs, je serais » bien heureux de convertir cinq à six prêtres réfractai- > res. » Il achevait à peine ces mots inspirés* par la plus sincère charité, que deux femmes de la paroisse Saint-Sernin s'approchèrent pour lui donner des fleurs, pendant qu'à la tribune on débitait des vers à sa louange, qu'un enfant de sept ans le complimentait, et que M"^ M... répétait à haute voix ces paroles : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. » La joie de Sermet était au comble; il sortit de l'assemblée les yeux baignés de larmes.
Le !•' jour d'avril, le directoire du département de la Haute-Garonne ayant été assemblé, Sermet fut introduit. 11 exposa que, dans son arrondissement, aucun évêque n'ayant prêté le serment prescrit par les décrets de l'Assemblée nar tionale, il était nécessaire qu'en conformité de l'article 4 du décret du 50 janvier il lui fut indiqué par le directoire un évêque en France, parmi ceux qui avaient prêté serment, qui pût procéder à sa confirmation canonique et à sa consécration. Le directoire indiqua alors MM»'* les évêques de Paris et de Limoges pour conférer la confirmation canonique et la consécration au métropolitain du Sud.
Sermet part pour Paris, et dès le neuf avril il écrit aux membres du directoire à Toulouse. Dans cette lettre, il fait part des difficultés qu'il a éprouvées de la part du comité ecclésiastique au sujet de son institution, et annonce que M«' l'évèque du Gers, Barthe, a été désigné pour lui conférer cette institution. Il parait se défier un peu de l'obligeance de son confrère, puisqu'il prévient le directoire qu'en cas de refus de Févêque du Gers, Gausse-
rand, évêque du Tarn, a été désigné par le comité pour procéder à cet acte exigé par les décrets. Il demande qu*on expédie à Auch un homme de confiance gu*il désigne, le sieur Fédas, et désire que Gausserand arrive à Toulouse la veiDe du dimanche des Rameaux. Il espère pouvoir être sacré le lundi de Pâques, si Ton est assez expéditif pdur lui envoyer les pièces. Il prie, en terminant sa lettre, les messieurs du directoire de veiller à «ce qu'on envoie à Auch où k Albi les vases nécessaires pour les saintes huiles.
A peine Barthe a-t-il appris l'élection de Sermet qu'il écrit aux électeurs pour les féliciter de leur choix. Il leur annonce qu'il a tout disposé pour le sacre de son métropolitain qu'il se propose de faire à Toulouse, assisté de l'évêque de Périgueux et de celui d'Albi. Gausserand fit plus encore : se trouvant à Toulouse, il se rendit, le IG avril. Il la société des Amis de la Constitution, et y prononça un discours émi^ nomment patriotique dans lequel il témoigna sa joie de cette élection. Sermet fut sacré à Paris par Gobel, évéquedeLydda.
Le métropolitain du Sud ne différa pas son arrivée à Toulouse. Le 7 mai, à six heures du soir, la voiture de l'intrus parut a la hauteur du pont des Minimes. Il fut reçu par la municipalité au milieu des chants patriotiques. Le lendemain, l'église métropolitaine fut profanée par son installation ; quelques jours après, il y fit le sacre des évoques de Narbonne et de Pamiers, assisté des évéques de Bordeaux et d'Auch. La Providence cependant donnait à l'intrus de sévères leçons: on lui adressa sous le nom du F. Félix, son confrère, une lettre dans laquelle le langage de l'indignation rappelait de terribles souvenirs et faisait de cruelles menaces.
L'installation du P. Sermet sur le siège métropolitain exi-
TBHP& UOOEnNES. 509
geait une éclatante protestation de la.part do pasteur légitime. Cette protestation ne se fit pas longtemps attendre. Le 20 mai, M^ de Fontanges publia sa lettre pastorale adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse contre l'intrusion de Sermet. Après avoir déploré le schisme qui désolait TEglise de Toulouse, le prélat montre la légitimité de sa mission, et prouve la nullité de sa destitution de la part de TÂssemblée nationale. S^adressant ensuite à Sermet, il emploie pour le ramener tout ce que la douceur évangélique a de plus persuasif. Cesl dans cette lettre pastorale que rarchevêque déclare nuls de plein droit tous les actes de juridiction de Tintrus; défend à tout prêtre séculier ou régulier de le reconnaître pour évêque ; ainsi qu*à tous les fidèles, d'assister a sa messe ou à celle des intrus. La lettre est terminée par la concession des pouvoirs au clergé demeuré fidèle, pour faciliter l'exercice du ministère dans les circonstances présentes.
Au mépris de tant d'énergiques protestations , le schisme n'en poursuivait pas moins son cours. Après avoir fait célébrer dans l'église métropolitaine un service funèbre pour Mirabeau, mort dans les premiers jours d'avril, les électeurs du district procédèrent, le 24 mai, à la nomination des curés constitutionnels de la ville de Toulouse, qui furent installés le dimanche 29. Le IS juin, Sermet publia son mandement, qui portait cette suscription assez singulière : Dans la communion du Saint-Siège apostolique. Ce mandement se réduisait à dire : les évêques de l'ancien régime vous adressaient une lettre pastorale ; moi qui vous connais, je m'en dispense. Je suis très mécontent des prêtres non conformistes. Le temps viendra où je vous donne-
540 TBMFS MODBEHVS.
râi des iQstructions plus étendues. En attendant, calmezvous au sujet des fruits de la terre : j*ordonne Foraison de quarante heures, et Toraison pro vitanda scMsmate.
Dès les premiers jours de mai, les officiers municipaux s'étaient présentés dans tous les monastères d'hommes et de femmes pour recevoir une déclaration de sentiments de la part des personnes qui les habitaient. Ces déclaraticos furent formelles : tous les religieux et religieuses déclarèrent ne devoir sortir de leurs maisons que par la force. Parmi les protestations, nous distinguons celle du P. Noël Calvet, grand carme, professeur de Funiversité; celle de Fabbé Suruge, principal du collège royal, et celle de M"*« de Pousan, supérieure des visitandines.
Le 10 juin, le directoire du département de la Haute- Garonne ût paraître une proclamation concernant les sœurs de charité. Des scènes déplorables s'étaient produites à Paris contre ces vénérables filles ; elles crurent devoir envoyer une adresse à FÂssemblée nationale pour se plaindre de ces désordres. Cette adresse provoqua une motion en leur faveur, et le ministre Delessart écrivit à tous les directoires pour leur ordonner de veiller à la sûreté de ces filles et leur faciliter Fexercice de leur ministère auprès des pauvres. La proclamation dont nous venons de parler avait trait à la publication de la motion et de la lettre do ministre.
On redoutait beaucoup à Toulouse, ville éminemment aristocratique, la réaction royaliste. La légion d'Aspe ou de Saint-Barthélémy, composée, en général, de jeunes gens appartenant aux familles parlementaires, inspira de sérieuses inquiétudes : on décréta sa dissolution. Ce fut alors que
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iâ plupart de ces jeunes hommes partirent pour Fémigration. La fuite du roi, du 20 juin, et son arrestation à Varennes avaient répandu l'alarme dans les provinces. Les autorités toulousaines prirent des mesures contre les entreprises de Topposition; on forma alors une garde d'élite où ne furent admis que des patriotes éprouvés. Cette garde fut connue sous le nom de la bande noire, Â côté de cette garde fut institué un corps de gendarmerie destiné à remplacer la maréchaussée. Les sieurs Delmas, Cartier et Pérignon se mirent sur les rangs pour obtenir la lieutenance de ce nouveau corps. Les deux premiers obtinrent la préférence, à l'exclusion du dernier qui était alors simple officier.
En réponse au mandement de Sermet, on répandit do toute part la lettre pastorale de M^ de Fontanges. Elle fut dénoncée au club, condamnée au feu, et brûlée sur la place Royale pendant qu'on brûlait aussi sur la place du Salin l'effigie du prélat. Divers écrits furent alors publiés contre le mandement de l'intrus. Nous distinguons celui qui a pour titre : Réflexions d'un catholique romain, ou Sermet convaincu dHntrusion, d'hérésie et de schisme. Sermet devint l'objet des plus vives attaques, soit en prose par des lettres, soit en vers par des chansons, et cela en français et en patois. Toutes ces productions étaient répandues dans les villeiet les campagnes, et n'avaient d'autre but que d'appeler un souverain mépris sur l'Eglise constitutionnelle de Toulouse et son chef.
Il y avait dans cette Eglise quelques hommes qui ne manquaient pas d'un certain talent : tel était le P. Druilhe, doctrinaire de Saint-Rome et curé intrus de la paroisse du Taur. Il crut devoir publier une lettre pastorale aux fidèles
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de cette paroisse. Cette publication attira à cet ecclésiastique plusieurs réponses de la part des fidèles et de plusieurs membres du clergé. Un sieur Lacoste, de Plaisance, yicaire constitutionnel de la Dalbade, entra aussi dans Farëne pour défendre le serment et le schisme. Il fut aussi victorieusement réfuté par diverses lettres qui lui furent adressées. M. Dardenne, curé constitutionnel d'Auriac, près de Caraman, publia encore une apologie de sa conduite. Cette apo* logie fut vivement attaquée par deux écrits, Fun adressé aux citoyens d^Àuriac et Tautre au sieur Dardenne.
La société des Amis de la Constitution avait fait venir de Paris le buste de Mirabeau, sculpté par Houdon. Il fut décrété que, le 14 juillet, on ferait à Toulouse l'inauguration de ce buste. L'église des cordeliers fut choisie pour la cérémonie. A l'heure indiquée, les élèves des écoles, les administrateurs du département, ceux du district, les officiers municipaux suivis de toutes les légions, les tribunaux et le clergé constitutionnel, Sermet en tête, se rendirent dans cette vaste enceinte. Le buste de Mirabeau était placé sur une estrade. Au moment marqué, le P. Roger, ancien doctrinaire, déroula un long manuscrit et lut un éloge de Mirabeau, dans lequel il voulut prouver qu*en Mirabeau la France avait perdu son libérateur, l'Europe son flambeau, le genre humain son ami. L'effroyable tumulte qui se produisitHans cette assemblée empêcha l'orateur de se faire entendre. Dans ce discours, que nous avons sous nos yeux, et l'une des pièces les plus curieuses de l'époque, le P. Roger y exalte Montesquieu, la Constitution anglaise, Voltaire et Rousseau. Pourquoi faut-il qu'à côté de ces derniers noms l'orateur ait placé celui de Télémaque et de son immortel
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auteur? Si Ton pouvait prendre au sérieux toutes ces phrases ridicules, Fombre de Tillustre archevêque de Cambrai aurait été humiliée d*un pareil rapprochement. Le buste dé Mirabeau fut promené dans toutes les rues de la ville, et déposé ensuite au lieu ordinaire des séances des frères et amis.
Jusqu'à cette époque les anciens titulaires étaient restés dans les églises avec les intrus, sans communiquer avec eux ; il fallut enfin abandonner ces églises paroissiales et chercher un asile dans les oratoires particuliers. Un décret émané de l'autorité du directoire permit de célébrer les saints mystères dans les chapelles ; mais il fut défendu d'y entendre les confessions. Le 3 juillet, le directoire du district de Toulouse s'assembla extraordinairement au sujet de la nouvelle circonscription des paroisses de la ville de Toulouse. M. le procureur général syndic déclara que, conformément aux décrets de l'Assemblée nationale, il était urgent de procéder à la nouvelle formation des paroisses. On donna lecture de quelques pétitions, dans lesquelles l'aies paroissiens de la Daurade s'opposaient à la translation de la paroisse a l'église des dominicains ; 2^ ceux de Saint-Pierre demandaient l'église des chartreux. Un des membres voulait que l'on ne gardât que huit églises pour les paroisses déjà existantes et que les autres fussent démolies. Cette proposition fut vivement combattue. La démolition des églises fut regardée comme un acte de véritable barbarie ; on déclara que la paroisse Saint-Etienne était beaucoup trop étendue et qu'elle serait démembrée pour en former deux autres. La nouvelle circonscription fut décrétée ainsi qu'il suit : 1« la cathédrale; 2^ la paroisse Saint-Augustin, à l'égljse
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des grands auguslins ; 3* la paroisse Sl-Exupère, a Féglise des grands cannes; 4^ les autres paroisses furent laissées dans leur état primitif, sauf les translations plus tard opérées.
Le 6 août, les Frères des écoles chrétiennes, qui ne possédaient alors qu une maison à Toulouse au faubourg St- Elienne, fermèrent leurs classes. La persécution élevée contre ces pieux instituteurs n'était que le prélude de c«lle dont les prêtres demeurés fidèles allaient être Vobjet. Le 18 du même mois, les pouvoirs récemment établis à Toulouse rendirent l'arrêté suivant :
!* Les curés et vicaires, les vicaires généraux, les membres des chapitres, les professeurs de l'université, les religieux de tous les ordres, les supérieurs et directeurs des séminaires, sont tenus, dans le délai de trois jours, de quitter la ville et de s'éloigner à quatre lieues de distance.
2^ Les susdits se présenteront à la municipalité du lieu 6t déclareront ne rien vouloir faire contre l'ordre public.
S"" Les municipalités veilleront avec soin sur la conduite des susdits.
4° Les autres prêtres non conformistes pourront se présenter dans les églises paroissiales pour y dire lu messe seulement.
S'' Les églises paroissiales seront seules ouvertes, pour la célébration des saints mystères, à tout prêtre indistinctement; quant aux oratoires désignés dans l'arrêté, ils ne seront ouverts qu'aux prêtres conformistes.
6* Les portes extérieures des églises de toutes les maisons religieuses seront fermées, et ces églises ne serviront qu'aux religieux et religieuses qui les habitent. Conformément à ce décret, les prêtres ci-dessus désignés quittèrent
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toulouse et se retirèrent à quatre lieues de dislance. La petite ville de Noé se distingua par l'empressement que mirent ses habitants à recevoir les prêtres persécutés ; ils leur offrirent une généreuse hospitalité et pourvurent à tous leurs besoins.
L'arrêté dont on vient de parler excita l'indignation de tous les honnêtes gens et provoqua la publication de deux écrits qui avalient pour titre, l'un : Réflexions aux auteurs de Varrêté, et l'autre : Adresse au département de la Haute- Garonne sur les persécutions qu éprouvent les prêtres catholiques. Ces écrits ne produisirent d'autre effet que celui de manifester une énergique protestation contre la violation des droits les plus sacrés des citoyens.
Le 30 septembre, l'Assemblée nationale ou constituante résigna ses fonctions et fut remplacée par l'Assemblée législative. La nouvelle Constitution fut acceptée par le roi. Cette Constitution si péniblement élaborée renfermait bien des articles qui devaient justement alarmer la conscience des catholiques. On vit siéger dans la Législative dix évèques constitutionnels et dix-sept prêtres assermentés. Les députés à cette assemblée pour la Haute-Garonne furent Mailhe, Cailhassou, Dorliac, Rouède, Pérignon, Gonent, Projean^ Cazes, Veyrieu, Teule et Gérard,
Le clergé de Toulouse fit, au mois d'octobre de cette année, une perte bien sensible dans la personne de l'abbé Pijon, missionnaire de Notre-Dame de Roqueville. Cet ecclésiastique estimable à tant de titres fut si vivement frappé des maux qui menaçaient l'Eglise de France que l'on attribua généralement sa mort à l'impression qui lui fut causée par la publication de l'arrêté qui dispersait les pasteur:^
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légitimes. Je ne puis mieux taire connaître ce saint prêtre qu en rapportant les expressions dont se servit aa de ses collègues pour annoncer sa mort : « Roqueville, disait^], a perdu son ornement, le diocèse de Toulouse sa gloire, la chaire de vérité son héros, la pénitence sa victime, les prêtres leur modèle, la terre un juste; le ciel a reçu un bienheureux. » M. l'abbé Pijon est particulièrement connu par un bon ouvrage qui a pour titre : Témoignages de la divinité de N. S. J. C.
Les catholiques, se voyant privés de toutes les églises destinées au culte, adressèrent au directoire du département une pétition pour obtenir l'ouverture de quelquesuns de ces temples. Les pétitionnaires se fondaient sur l'exemple de la capitale, où les prêtres insermentés pouvaient librement exercer leur ministère dans certaines églises laissées à leur disposition. Cette pétition excita le zèle des constitutionnels, qui adressèrent à leur tour une contrepétition au directoire, le 2 novembre, pour le prier, au nom de la liberté, de ne pas autoriser l'ouverture des églises demandées. Cette seconde pétil^on fut couverte de près de six cents signatures.
n existait au couvent des grands augustins une société de femmes connue sous le nom de tiers-ordre. Quelquesunes de ces femmes avaient embrassé le parti de la révolution. Elles adressèrent une pétition au directoire du département, tendant k leur permettre de s'assembler de nouveau dans leur chapelle, et à forcer l'ancienne supérieure à leur livrer les titres et ornements qui appartenaient à la société. Ces filles demandaient encore à être dirigées par un prêtre assermenté. Sermet, par une déclaration qui porte la date
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dti 17 oovembre, approuva la pétition de ces bonnes citoyennes. Il avoue que, vu le petit nombre de ministres œnstitutionnels, il sera plus convenable que les pétitionnaires soient dirigées par le curé de la paroisse. Cet aveu est précieux dans la bouche du métropolitain, et nous apprend que toutes les cures du diocèse furent bien loin d*èlre remplies par les intrus.
La fête de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, approchait, et Sennet ne voulut point manquer une occasion aussi favorable pour expliquer et justifier sa conduite. Il se rendit donc à la basilique le 29 novembre, et y fut reçu par le P. Hubert, ancien provincial des minimes et curé constitutionnel de Saint-Semin. Sermet officia in pontificalibus, et prononça un très long discours, que nous possédons en entier et dans lequel il poussa le mensonge et rbypocrisie jusqu*au cynisme. Il est certain que ce discours,, devenu aujourd'hui très rare, offre en faveur du schisme constitutionnel les ai^uments les plus forts que le comité ecclésiastique de TAssemblée avait pu réunir. Le métropolitain fit imprimer ce discours, et Ton trouve à la fin une lettre qu*il eut Faudace d'écrire à Pie VI pour lui assurer qu*il demeurerait toujours uni de communion avec le siège apostolique, et qu*il anathématisait toutes les hérésies.
Ce fut à peu près à la même époque que Sennet fit proeessionellement la translation du corps de saint Thomas d*Aquin de Féglise des dominicains à la basilique de Saint- Saturnin. Cette précieuse relique reposait encore sous le splendide mausolée que lui avait élevé la piété de nos pères, lorsque, à la prière de deux religieux de saint Dominique qui avaient embrassé le schisme, le métropolitain se
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détermioa à opérer cette translation. La châsse de vermeil fut enlevée de sa base et déposée dans les cryptes de Saint-Semin jasqu*au jour où elle fut dépouillée de toutes ses richesses.
L'Assemblée législative rendit, le 29 novembre, un décret par lequel elle ordonnait que tous les prêtres qui n^avaient pas encore prêté le serment à la constitution le prêteraient, sous peine d*être privés de leur pension et de tout traitement. Le serment exigé alors se présentait sous une forme nouvelle : on ne demandait plus le serment direct à la constitution civile du clergé, mais seulement à Tacte constitutionnel de la nation. Ce changement dans ta forme laissait toujours le fond dans le même état, car dans cet acte constitutionnel se trouvaient des dispositions qui répugnaient à la conscience de tout prêtre catholique, — par exemple, Télection des ministres du culte par le peuple. Ce nouveau serment ne différait donc en rien de celui de 1790. n devait être refusé par le même motif, il le fut à Toulouse; et la Lettre d'un ecclésiastique de Paris, que Ton suppose être Fun des députés du clergé, vint fixer à Toulouse Topinion publique sur la nature de ce serment.
F^e 20 novembre, mourut à Toulouse M»' François-Tristan de Cambon, évêque de Mirepoix. Il appartenait à une famille distinguée dans la magistrature. Né en 1716, il se consacra dès sa jeunesse à Tétat ecclésiastique. Après de bonnes études, il vint de Paris a Toulouse se placer sous la direction de M«' de La Roche-Aymon, alors archevêque de celte dernière ville. Le prélat attacha Tabbé de Cambon à son Eglise en qualité d'archidiacre. Une charge de conseillerclerc au pariement vint encore ajouter à la considération
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dont jouissait le jeune archidiacre. Louis XV récompensa les travaux de Tabbé deCambon par Tabbaye deLacapelle, en 1757. Au mois de mars 1768, il fut nommé k Févéché de Mirepoix, et succéda à M»' de Champflour, Fun des plus pieux et des plus charitables prélats de France. La faciUté des communications établies dans son diocèse, de grandes roules ouvertes sur plusieurs points et par ses ordres, témoignaient de la sagesse de son administration temporelle ; la paix et Tharmonie unissant tout son clergé dans les liens d une chacité parfaite, Thôpital de Mirepoix rebâti à ses dépens, des secours abondants envoyés périodiquement dans chaque presbytère pour le soulagement des pauvres, témoignaient de sa piété et de son zèle.
On raconte qu'en 1782 se trouvant à Aix pour un procès relatif aux droits de son siège, et ce procès devant être jugé le surlendemain, une lettre lui annonce qu'une maladie épidémique ravage son diocèse: il se rend aussitôt à Montpellier, conduit avec lui le célèbre médecin Fouquet , arrive k Mirepoix, et parcourt tout son diocèse avec Fouquet, lequel arrête le cours de Tépidémie par un remède prompt et facile. L'abbé de Cambon apprend que la population de Toulouse est en proie aux horreurs du même fléau : il détermine le docteur a Taccompagnerdans sa patrie, et c'est par l'activité de ce grand évêque que Toulouse est délivrée d'une épidémie (la suette) qui, dans l'espace de douze jours, enleva phis de mille personnes. En 1790, sa résistance aux décrets de l'Assemblée nationale, la lettre qu'il écrivit k son chapitre et k son clergé pour l'exhorter au refus du serment lui méritèrent la gloire d'être dénoncé à fyeile Assemblée. Menacé k Mirepoix dans sa liberté, il cher-
520 TBMra MODBRNBS.
cha un asfle à Toulouse. Le culte qu*jl avait voué aux lettres et les coDSolatiops de la religiou vinrent adoucir ses douleurs. Il possédait une magnifique bibliothèque composée des ouvrages les plus rares et dont les belles édiUons annonçaient en lui le bibliophile distingué.
il publia, le 8 juin, une lettre pastorale, datée de Toulouse, adressée au clergé et aux fidèles de son Eglise. Cette lettre contenait les dispositions à prendre pour éviter le schisme qui menaçait le diocèse de Mîrepoix.
Il reçut avant de mourir les secours de la religion par le ministère d'un prêtre catholique, et dans la crainte qu'après sa mort sa demeure ne fût violée par Fintrus, 41 avait prescrit Tordre de ses funérailles de la manière la plus simple. Ses craintes ne furent que trop justifiées : Sermet, qui recherchait Foccasion de parader sous son nouveau costume, disputa à la famille la dépouille mortelle de Févëque, et, soutenu par une autorité qui ne connaissait plus de règles, il Farracha de sa demeure. L*intrus Faccompagna jusqu'au cimetière de la paroisse où se fit Finhumation. On était sur le point de descendre le corps dans la fosse lorsque le bruit se répandit que la famille avait mis un mannequin dans la bière à la place du corps. Sermet fit aussitôt ouvrir le cercueil et attesta Fidentité en s'écriant : Oui, c*est bien là le corps de mon confrère. Il n^était permis qu*à cet homme de parler ainsi auprès d'un tombeau.
Le 23 novembre, il fit célébrer un service funèbre pour Ms' de Cambon dans Féglise métropolitaine, et le Journaliste de Fépoque appela cet acte de Sermet un acte d'Ao»nêteté pietm. Le même jour, parut à Toulouse une lettre adressée au P. Hyacinthe, dans laquelle on lui disait, au
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sajet de la pompe funèbre dont il avait entouré Tévêque de Mirepoix : « Le juste, quoique mort, condamne les mé* » chants qui lui survivent... Toutes les marques de dignité » dont vous avez^accompagné les obsèques de ce vrai pon- » tife de la religion, ont été aux yeux du public une repré- » sentation théâtrale qui a rempli d'indignation le plus » grand nombre et amusé à vos dépens cette foule de spec- » tateurs... Je vous ai vu pour la première fois, j'ai vu se » ramasser sur votre figure tous les traits des schismati- » ques qui, à différentes époques, ont déchiré l'unité du » corps mystique de J.-C. Ce cadavre placé au milieu de » cette église des méchants était pour vous comme la tête » sanglante du Précurseur... •
Sermet ne fut point touché de ces manifestations de l'indignation publique, et ses prêtres constitutionnels n'en faisaient pas moins des efforts pour justifier leur schisme. Cest ainsi que l'abbé Lacoste, vicaire de la Dalbade, publia, au mois de décembre, un écrit ayant pour titre : Lettre à un curé non conformiste. Il fit hommage de son livre au conseil général de la Haute-Garonne qui, touché de cette déférence, arrêta que les frais d'impression seraient à la charge de l'administration. Le but de l'auteur dans cet écrit était de justifier le serment à la constitution.
Au commencement de l'année 1792, la situation de l'EgUse de Toulouse devint de plus en plus critique. Les prêtres qui demeurèrent dans la ville se hâtèrent de composer un conseil de conscience destiné à éclairer le clergé catholique dans sa marche. Ce conseil fut composé de MM. Pijon, Amblard, Mac-Carthy, Delmas, Noguié et Barbance. On écrivit k M^' Farchevêque pour lui faire pai1 de la déli-
52S TKMPS HODERNfiS.
béralioQ qu*on avait prise, et le prélat lui donna son approbation.
M»' de Fontanges, archevêque de Toulouse, regardant son retour dans son diocèse comme impossible, s*occnpa des mesures à prendre pour le gouvernement spirituel de son Eglise. Ses vicaires généraux étaient tous dispersés : il fallut pourvoir aux besoins du troupeau par la nomination d'une administration nouvelle. M. Du Bourg fut nommé vicaire général à Toulouse, M. Carrière à Grenade, M. Saltel à Gardoucb, M. Montjousieu à Huret. M. Campardon reçut aussi des lettres de grand-vicaire, mais il opposa au choix de M«' l'archevêque une résistance que son admirable modestie rendit toujours victorieuse de tous les efforts qu'on pouvait faire pour en triompher. Ces ecclésiastiques, dignes sous tous les rapports de la confiance du clergé du diocèse, reçurent des instructions particulières et des pouvoirs très étendus. Je dois ici fixer spécialement Tattention du lecteur sur le premier de ces grands-vicaires, M. Tabbé Du Bourg, qui fut, pendant les années désastreuses de la Révolution, l'homme de la Providence pour tous les malheureux et l'ange tutélaire de TEglise de Toulouse.
M. Marie-Jean-Philippe Du Bourg était issu dune famille ancienne et honorable du Languedoc qui a donné à l'Eglise et a TEtat des hommes distingués. Il reçut sa première éducation dans la maison de son père, et annonça, dès son enfance, une inclination prononcée pour Tétat ecclésiastique. Après avoir fait ses humanités au collège d'Harcourt à Paris, il entra au séminaire de Saint-Magloire pour y suivre le cours de théologie et s y préparer à la réception des saints ordres. 11 prit ses degrés en Sorbonne, él à Tàge de
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27 ans fut reçu docteur. De retour à Toulouse, M. l'abbé Du Bourg fut nommé chanoine de Saint-Etienne. Il embrassa avec ardeur toutes les œuvres de zèle. La direction de plusieurs communautés religieuses et des personnes séculières ; la visite des pauvres malades, sur lesquels il répandait les secours de son inépuisable charité ; la fondation de plusieurs établissements, parmi lesquels il fout distinguer la maison du Bon-Jésus pour les filles repenties, occupaient tous ses instants. La Révolution le rencontra au milieu de toutes ces belles actions, et, comme je viens de le dire, U^ de Fontanges fixa sur lui son choix pour lui confier le gouvernement de son diocèse. Onze évêques imitèrent son exemple.
La persécution contre les prêtres insermentés se déclarait de jour en jour d'une manière plus ouverte ; on prétextait les raisons les plus frivoles pour les tourmenter. Déjà on avait interdit aux fidèles et aux prêtres rentrée des églises des maisons religieuses, ne leur laissant un libre accès que dans les églises paroissiale^. On avait été forcé, dès le commencement, de célébrer les saints mystères dans ces mêmes églises avec les intrus, quoique k des heures difTérentes et sur des autels différents. Il était cependant à craindre que cet état de choses ne favorisât le schisme ; aussi, après une discussion théologique sur ce point de discipline, savoir, si on communiquait in divinis avec les schimastiques en célébrant les offices dans la même église ; il fut décidé qu on devait leur abandonner les églises paroissiales, et qu'on célébrerait dans les maisons particulières ou dans les oratoires privés. Cette détermination devenue indispensable donna à l'EgUse constitutionnelle le coup le plus terrible qu'elle pût
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recevoir. Le métropolitain du Sud eu comprit toute la portée; dès-lors il mit tout en œuvre pour appeler sur les prêtres non conformistes toutes les rigueurs des agents du pouvoir. A cet effet, il eut recours au talent de M. le procureur général syndic, qui fit paraître alors son fameux réquisitoire. Ce magistrat, après avoir exposé les motifs qui avaient déterminé la promulgation de Tarrôté du mois d'août dernier, discutait la position des fidèles qui ne voulaient pas suivre les prêtres insermentés dans les églises paroissiales, il blâmait leur conduite, et prétendait les condamner par une déclaration de M. Fabbé d*Héliot qu*il jugeait favorable à sa cause.
Le réquisitoire tendait à montrer que les prêtres insermentés ne devaient pas abandonner les églises occupées par les constitutionnels, et qu*en fréquentant ainsi que les fidèles les oratoires ou se retirant dans les maisons particulières, ils appelaient sur leur tête toute la rigueur des lois.
 la suite de ce réquisitoire, la municipalité de Toulouse envoya une adresse à l'Assemblée nationale au sujet des troubles qui agitaient de toute part le district, et dont on regardait les catholiques et les prêtres fidèles comme les coupables auteurs. On y représentait ces prêtres commue une horde fanatique^ source, par leurs attentats, du discrédit des assignats, de l'accaparement des denrées* Ces accusations étaient accompagnées des plus horribles blasphèmes contre la religion catholique. Cette adresse produisit une impression si pénible dans les esprits, que les municipaux euxmêmes cherchèrent a en retirer tous les exemplaires. Un arrêté suivit de près l'adresse : il fut statué 1^ que les religieux ou religieuses ne pourraient admettre aucune per-
TEMPS XODKRNES. 52o
sonne externe dans leurs églises, et qu*en cas de contravention, leur entier traitement serait séquestré entre les mains du receveur du district ; 2** que tout rassemblement dans les lieux privés, sous prétexte de célébration de la messe ou des offices, serait interdit sous de fortes peines.
La première disposition de cet arrêté ne devait plus être bientôt applicable» Ce fut dans le cours de cette année et à diverses époques que tous. les religieux et religieuses qui, jusqu*à ce temps, avaient pu habiter leurs mo.nastères, en furent chassés par la force brutale. Alors commencèrent les sacrilèges spoliations des églises paroissiales et de toutes les autres églises ou oratoires de Toulouse.
Le 24 janvier, Sermet écrivit à Danglars, évêque du Lot. Il se plaignait dans sa lettre de ses vicaires généraux, qui sans doute n'avaient pas voulu se soumettre à son autorité. Cette lettre fut surprise et publiée avec des notes explicatives du texte. Sermet se montra vivement contrarié de cet incident ; et, comme ses vicaires avaient porté plainte contre lai au directoire du département, il se vit obligé de se justifier auprès des membres qui le composaient. La lettre qu'il leur adressa dénote un homme qui prenait sa place au sérieux. « Jusqu'ici, dit-il, je n'avais vu que mes devoirs; » aujourd'hui on m'a appris à connaître mes droits. » Les vicaires généraux de Sermet ne se tinrent pas pour battus; ils écrivirent à ceux de Paris, qui, dans leur réponse du 20 février, nous apprennent que la dispute entre le métropolitain du Sud et ses vicaires avait pour objet la part que le conseil de l'évèque prétendait avoir dans le gouvernement extérieur du diocèse.
Au commencemet du mois de mars parurent différentes
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réponses au réquisitoire du procureur général syndic. La plus remarquable fut celle des catholiques de Toulouse. Une contestation assez vive s'éleva à la même époque entre M. Tabbé d'Héliot et le procureur syndic. Le premier se plaignit qu on avait mal interprété ses paroles, et crut devoir manifester ses sentiments, au sujet de la fréquentation des églises possédées par les intrus, dans une déclaration authentique qui enlevait toute espèce de doute sur ses opinions personnelles.
Les fidèles de Toulouse reçurent avec un religieux reâ pect le nouveau bref de Pie VI sur les affaires ecclésiastiques de France, en date du 19 mars. Le souverain pontife donnait des éloges au repentir des prêtres qui avaient rétracté leur serment; il s^afQigeait de la persévérance des quatre évéques dans le parti qu'ils avaient pris, et de la témérité de ceux qui, en s'intitulant évéques constitutionnels, osaient parler par dérision de leur communion avec le Saint-Siège. Il ne voulait pas les frapper encore et se contentait de leur donner des monitions.
Sermet insultait par de mauvais calembourgs à ces actes de Tautorité du Saint-Siège. Le mandement qu il venait de faire paraître au sujet du carême, reçut deux réponses. Le sérieux qui s'attache à cet ouvrage m'empêche de les analyser ici. Ces réponses offrent, l'une d'elles surtout, les traits de l'esprit le plus satirique qui fut jamais. Je ne puis par le même motif rapporter ici la complainte adressée à l'évêque métropolitain au sujet du décret de l'Assemblée législative qui abolit, le 6 avril, le costume épiscopal; elle a pour titre : Adieux du P. Sermet à sa croix. Il perdait tous les jours cette popularité dont il s'était montré si ja-
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loux. Ses prêtres constitutionnels lui écrivaient de toute part que son autorité était méconnue. Celui â*Auterive lui avait écrit déjà, dès le 27 février, que le maire n'avait point voulu recevoir son mandement et qu'il avait vomi contre lui les plus grossières injures.
Voulant, par quelques actes éclatants rassurer ses amis alarmés, il établit un séminaire diocésain dans le couvent des Pères de Saint-Cîeorges. Là, sous la direction d'un certain abbé Létu, se trouvaient réunis quelques jeunes hommes entièrement étrangers aux études ecclésiastiques, qu'il éleva rapidement au sacerdoce. Il faisait des visites pastorales; et lorsque les cloches de la ville annonçaient son retour, les journalistes se plaignaient hautement de cette marque extérieure de respect. On l'attaquait sur le faste qu'il déployait dans les solennités publiques, lui qui avait tant prêché la simplicité; on s'élevait contre sa coiffure, son portier à épaulettes, sa chaise à porteurs, ses laquais, ses mules et ses gants brodés d'or, ses tapis au chœur et son écusson aux armes.
L'Assemblée législative avait proclamé la tolérance de tous les cultes, et ce fut sans doute pour se conformer à ce décret que la municipalité de Toulouse abolit, le 1''^ mai, la procession qui se faisait, toutes les années, le 17 de ce mois. Le rapporteur s'exprimait ainsi : « Considérant que » la procession doit être regardée comme l'apothéose du fa- » natisme, un monument d'ignorance et de superstition » honteux pour la ville de Toulouse, et indigne de figurer » parmi les cérémonies touchantes, fraternelles et toléran- » tes d'une nation libre, je conclus à la suppression. »
Ce n'était pas assez pour la révolution d'avoir à Tou-
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louse ua club des Jacobins, la ville fut dotée à cette époque d*un comité philanthropique, sur la motion d*aa sieur Loubet. Parmi les administrateurs du département, on distinguait Vavocat Capetle, de la commune du F^et, dont Texagération patriotique lui mérita la place de juge crimind et plus tard celle à' accusateur public au tribunal révolutionnaire. Le directeur de la poste, Lapeloniëre, devint suspect au directoire de favoriser la correspondance des émigrés avec leurs parents à Toulouse. Le département arrêta que toute lettre allant a l'étranger, ou en arrivant, serait ouverte, et on prit les mesures les plus énergiques pour fake exécuter cet arrêté.
Le 9 mai, on s'occupa dans le directoire du département de renvoi de Targenterie des diverses églises à la Monnaie.
Le 16 mai, la société des Amis de la constitution, séante h Toulouse et présidée par Lignac, prit une délibération tendant à répandre avec profusion dans le public une lettre dQ P. Hubert, curé constitutionnel de St-Semin, au secrétaire du cardinal-ministre d'Etat à Rome, en réponse à celle que lui aurait écrite ce personnage au sujet de la constitution civile du clergé. Nous croyons k Tauthenticité de la réponse du P. Hubert, mais non à celle du secrétaire romain. Tous ces prêtres constitutionnels avaient recours à tous les moyens possibles et aux plus étranges inventions pour avoir l'occasion de manifester leurs sentiments.
Les travaux de l'Assemblée législative tendaient tous au renversement de la religion. Elle supprima toutes les corporations religieuses et tout costume religieux et ecclésiastique. Le 27 mai, elle rendit un décret pour condamnera la déportation les ecclésiastiques non assermentés. On sail
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qtie Louis XVI apposa son mto k ce décret le 19 juin, et (fue le lendemain il fut attaqué jusque dans son palais par une populace en fureur qui proférait contre lui des cris de mort. Conformément à ce décret, l'autorité municipale rendit le 21 juin, à Toulouse, l'arrêté suivant : l*»Dece jour au 15 juillet prochain, les maire et officiers municipaux feront un état exact dé tous les prêtres insermentés et ci-devant religieux résidant actuellement k Toulouse, lequel contientiendra les noms, âge, lieu de naissance et dernier domicile de chaque individu ; 2^ jusqu'à ce que cet étal soit fait, les maire et officiers municipaux suspendront l'expédition des certificats de résidence, et tiendront un registre pour les déclarations ci-dessus; 3'il est défendu aux prêtres insermentés et aux ci-devant religieux résidant k Toulouse de se rassembler au^ela de cinq personnes, sous peine d'être arrêtés comme perturbateurs du repos public et conduits dans la maison des ci-devant cordeliers, où ils resteront jusqu'à ce qu'il soit pourvu a leur déportation.
Comme d*après l'arrêté de l'Assemblée il suffisait pour qu'un prêtre fût déporté de la dénonciation de quatre ou cinq individus de la commune, on conçoit qu'une pareille disposition mettait les ecclésiastiques sans défense k la merci de leurs persécuteurs. Il fallut dès-lors prendre un parti extrême contre cette loi injuste ; tous les prêtres ne pouvaient point quitter la France, tous ne devaient pas rester. Les plus jeunes se dévouèrent, les autres partirent pour l'émigration ; un assez grand nombre jetés k Toulouse dans l'ancien couvent des dames de Sainte-Catherine, rue du Petit-Versailles, furent déportés dans la Charente, aux îles de Ré et d'Oleron. Je n'ai pu me procurer que les listes supplémentaires
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(les prêtres émigrés, reclus ou déportés du diocèse de Toulouse. On compte sur ces listes cent trente-six détcoras à Sainte-Catherine, cent six déportés et deux cents émigrés en Espagne. Mais ces listes sont bien loin d*être complète. Les prêtres qui restèrent à Toulouse passèrent pour émigrés aux yeux du pouvoir, et se trouvèrent obligés de se dérober, au péril de leur vie, aux visites domiciliaires et aux nombreuses arrestations qui, tous les jours, remplissaient les prisons de victimes.
Les dames de la première noblesse et les religieuses forent enfermées dans le monastère des chanoinesses de Saint-Sernin. Depuis le mois d*août jusques à la fin de Tannée eurent lieu toutes les spoliations des églises, des maisons religieuses, des bibliothèques, la fonte des cloches et notamment de celle dite Cardaillac^ placée sur le clocher de la métropole, du poids de 5250 kilogrammes. On viola aussi à cette époque toutes les sépultures dans les diverses églises, et notamment^ la Dalbade et à St-Etienne^ pour enlever les cercueils de plomb. Les orgues des différentes paroisses et de quelques communautés furent brisées. Rien ne put mettre à Tabri d'un vandalisme brutal Torgne magnifique des cordeliers, qui était regardé avec raison comme un des plus beaux qu il y eût en Europe. Plusieurs clochers» furent démolis ; ce fut à cette même époque que Ton détrui^t la belle flèche de celui de la Dalbade. Je tiens d'un témoîD oculaire les détails suivants sur la destraction de ce clocher. L'administration du district se trouvant un jour réunie dans le lieu de ses séances, aux Augustins, et n'ayant plus rien à Tordre du jour, un ancien procureur au parlement proposa la démolition de ce monument. Sa proposition fut ac-
TEXPi» VUDBBNE». ^^^\
ceptée et exécutée sans délai. Penâant que les démolisseurs étaient à l'œuvre, il contemplait ses ruines. Voici quelle fut la fin de cet homme : infatué des assignats, il annonça qu il allait vendre pour du papier-monnaie sa maison et un bien de campagne qu'il possédait près de Toulouse. Il ne manqua pas d'acquéreurs qui lui donnèrent plusieurs millions de ses pro{Nriétés. La dépréciation complète du papier le réduisit à la plus affreuse misère, et un jour où il avait été chercher quelque secours au sein d'une famille honorable, il tomba mort sans qu'aucun symptôme eût annoncé une fin aussi prompte.
On exigea a cette époque un nouveau serment des prêtres, celui de liberté et d'égalité. Quelques-uns de ceux qui avaient déjà refusé celui de la constitution civile crurent qu'on pouvait en sûreté obtempérer pour celui-ci au décret de l'Assemblée nationale. Dans la prison de Sainte-Catherine, où se trouvaient un grand nombre de prêtres du diocèse de Toulouse destinés à subir la peine de la déportation, plusieurs se déclarèrent en faveur de ce serment, entr'autresle R. P. Théron^ ci^evant doctrinaire. Du reste, quand on eût cru ce serment tolérable, il offrait à ceux qui se seraient déterminés à le prêter une barrière impuissante contre la persécution. Le club des Jacobins, ou société populaire, devenait tous les jours plus exalté contre la religion et ses ministres. La conduite d'un petit nombre de prêtres assermentés qui vinrent y déposer leurs lettres d'ordination et réclamer l'autorisation de contracter de sacriléges mariages, ne contribua pas peu à augmenter l'exaltation de cette société. C'est de là que partaient toutes les mesures violentes contre ce qu'on appelait les oppo^Hons.
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G6 serait une curieuse étude que celle de tous les votes de cette société; rien ne marchait assez vite au gré de la plupart de ses membres. L'un voulait qu'on vendît les biens des émigrés, Tautre qu'on écrivît aux sociétés de Londres pour les engager à surveiller le gouvernement du roi Georges. Celui-ci voulait que toutes les administrations tinssent leurs séances publiques ; celui-là demandait qu'on s'emparât du quart de tous les biens de tout citoyen qui ne marcherait pas au secours de la patrie. Les correspondants de Paris annonçaient que la guillotine avait été déjà mise en permanence et qu'elle avait commencé à faire quelques expéditions ; on demanda qu'elle fût aussi érigée à Toulouse sur la place de la Liberté.
Les événements marchaient à Paris avec une effrayante rapidité. Du mois de mai au 21 septembre eurent lieu la fameuse journée du 20 juin, la translation de Louis XVI au temple, les massacres de septembre à l'Abbaye, aux Carmes et à Saint-Firmin , les décrets de l'Assemblée législative sur le divorce et le mariage, ainsi que sur le serment de liberté et d'égalité, et la vente de tous les biens ecclésiastiques. Le 21 septembre, cette Assemblée termina ses séances et fut remplacée par la Convention, dout l'existence se partage en trois périodes. Du 21 septembre 1792 jusqu'au 51 mai 1793, elle offre le spectacle de deux partis, jacobins et girondins, qui se disputent la victoire. Au 31 mai, les jacobins sont vainqueurs, et les girondins sont immolés ; le règne de la terreur commence et dure quatorze mois. Au 9 thermidor (1794), la Convention commence à s'éteindre au milieu de ses excès.
Vers la fin de l'année 1792, la plupart des prêtres non
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assermentés du diocèse de Toulouse quittèrent la France ; un très grand nombre passèrent en Espagne. Nous distinguons dans ce nombre Fabbé Boix, directeur du séminaire de Saint-Sulpice, qui se retira au monastère de Montserrat; les deux abbés de Saint-Félix, Fun sulpicien et l'autre chanoine de Saint-Etienne, qui furent arrêtés sur la frontière et dépouillés de tout Fargent quHls possédaient ; les abbés Mathieu, Fun curé du Taur et Fautre son vicaire; Fabbé Lamarque, existant encore et parvenu à Fâge de 98 ans , plusieurs curés de la ville et du diocèse, les vicaires généraux et un grand nombre de chanoines. M^ de Fontanges se retira à Palma, capitale des îles Baléares.
Le département de la Haute-Garonne envoya ses députés à la Convention : ce furent les avocats Mailhe, Rouzet et Delmas de Toulouse, Projean de Carbonne, Calés, Ayral, Desacy, Pérès, Estadens, Druilhe, curé constitutionnel du Taur, Mazade et Julien. Ces députés étaient en relation eoDtinuelle avec les jacobins de Toulouse, qui trouvaient que les choses n'allaient pas encore assez vite à Paris. On ne peut mieux retracer Fétat où se trouvait Toulouse à la fin de 1792 qu'en rapportant ici la réponse aux éclaircissements demandés par Camot :
« Depuis Forganisation des pouvoirs constitués, aucun n*a rendu ses comptes.
» Le département, ayant épuisé depuis longtemps les sols additionnels de 1791 , a dépensé plus de cent mille écus sur les futurs de 1792 et 1793 dont les rôles ne sont pas encore faits, et il vient d'entamer les sols de 1794.
» Aucuns travaux publics ne se font, on laisse dépérir honteusement des ouvrages qui ont ruiné les communes
534 tan modbrnbs.
qui les ont iàit faire sous Tancieû diocëde, 0t dans deox ou trois ans, faute d'entretien, les ouvrages seront ruinés $ans retour.
» La municipalité a revendu les biens nationaux qo'eiia avait achetés par un décret; elle a fait verser dans la caisse les à-comptes payés par les acquéreurs, a dépensé ces sommes, n'en a rendu aucun compte» et n*en a rien versé dans la caisse du district, ainsi qu'elle était tenue de le £aure aux termes de la loi.
» Il n'a été remis à la caisse du district que vingt-cinq ou vingt-six petites têtes de diamants provenant des sacristies des églises supprimées ; cependant il est notoire que plusieurs églises étaient richement pourvues de pierreries : l'église métropolitaine possédait une grande croix de vermeil, toute recouverte d'émeraudes, de turquoises, de grenats, de vermeilles, d'améthistes, et peut-être d'autres pierres encore plus précieuses.
» Dans la même église, le buste d'argent de saint Etienne en était recouvert ; on gardait a la sacristie un magnifique saphir, monté sur un anneau, qui avait appartenu à saint Louis, et un rubis donné par feu Montchal, archevêque.
> Aux dominicains, il y avait une Viei^e d'argent dont les carnations étaient émaillées, avec 4a ceinture de rubis; le collier de diamants et des bagues de diamants qui avaient été données, étaient attachées à la couronne.
» Plusieurs bagues de diamants étaient suspendues aa col du buste de saint Thomas d'Âquin.
» Enfin une riche bague de diamants jaunes était attachée à la croix d'un bel ostensoir de vermeil.
» Dans d'autres églises, il y en avait aussi : tout a dis-
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paru; rien n'a été déposé daas la caisse du district, comme leveatlaloû
» Tous les ornements, dont une grande quantité très riche, tout le linge, toute Fargenterie des couvents et églises supprimés ont été portés au dépôt a la municipalité, sans inventaire, sans chargement, et y ont resté un temps très considérable ; et comme les premiers inventaires dressés d*abord par la municipalité étaient très inexacts et superficiels, que les recollements faits parles commissaires des districts étaient infiniment plus étendus, on assure qu*il n'existe aucune trace ni des uns ni des autres.
» La vérité veut qu'on dise qu'on a donné de Targente* rie ainsi que des ornements et du linge à plusieurs paroisses de la ville et de la campagne.
» La dilapidation des bibliothèques, tableaux des églises, et estampes précieuses des couvents, surtout des chartreux, n'a pas été moindre : il est prétendu qu'un officier municipal a fait voiturer chez lui, de nuit, une quantité immense de livres provenant des chartreux, et le sieur Baziége, orfèvre, ainsi que ses voisins, pourraient donner les renseignements les plus positifs sur ce fait.
» On pourrait aussi en obtenir de précieux d'un cordonnier logé dans le collège de Foix. Toujours est-il vrai que lors de ces expéditions le sieur Philippe, greffier dans les bureaux de la municipalité, voitnrait en plein jour les plus précieux ; qu'il les montrait dans les bureaux, et disait que les ofBciers municipaux les lui avaient donnés. Dans ce nombre d'ouvrages étaient ks Fêtes de Gocbin.
» Aujourd'hui le département a nommé les deux citoyens Daspres et Lignac pour aller dans toutes les bibliothèques
536 TSMPS HODBftNBSé
du départemeot de la Haute-GarooDe* rechercher les livres qui contiennent des principes opposés à la révolution, pour les faire brûler.
» On a démoli les flèches des clochers pour avoir les dalles de plomb qui les recouvraient.
» On a fouillé et démoli dans les terres et dans les murs pour en avoir les tuyaux de plomb de conduite des eaux.
» Il n'est aucun couvent qui n^ait été borribtemrat dégradé; on en a enlevé, depuis l'évacuation, croisées, portes, chambranles, plaques de cheminée, et généralement tout ce qui était cloué et fiché.
» Aujourd'hui on voiture publiquement le mobilier des émigrés dans la maison commune, sans inventaire.
» On y a déjà porté soixante douzaines de serviettes dd Flandre des plus magnifiques d'un seul particulier.
» Il existait dans les églises supprimées une quantité im-^ mense de rampes, balustrades, chandeliers, lampes et autres ustensiles de cuivre ou de laiton, des morceaui de sculpture des plus précieux, tels qu'un Christ en ivoire donné par un grand^uc de Toscane ; un tableau représentant une Vierge, par André del Sarte. On n'a pu en suivre la trace.
» Le linge trouvé dans les couvents de filles était immense, et leurs chapelles très précieuses par les peintures et les marbres. Les arts regretteront toujours la spoliaUon de ces maisons. »
Le 16 janvier 1793 eut lieu la condamnation deLoaisXVI. Il appartient à l'histoire de consigner. dans ses annales la part que chacun des députés de la Haute-Garonne prit à cette condamnation.
TIMPS 110DK1INB& 537
Mailhe (Jean), avcwîat, — vota pour la mort en retardant Texécution.
Rouzet — se montra ouvertement favorable à Louis XVI, au point que la société des Jacobins de Toulouse Faccusa de iiédeur dans la durée du procès* Il vota pour la réclusion du prince.
Delmas, ancien officier de milice, — vota pour la mort.
Projean, cultivateur et homme de loi , — vota pour la mort.
Calés, avocat à Toulouse, — vota pour la mort.
Ayral — vota pour la mort.
Desacy — vota pour la mort dans le sens de Mailhe, et mourut peu de temps après, exprimant les remords les plus déchirants de son vote.
Pérès, avocat à Toulouse, — vota pour la réclusion du prince et son expulsion à la paix. Il montra toujours des principes de modération.
Estadens -^ vota la réclosion et Texpulsicm à la paix.
Druilbe — vota la réclusion, le bannissement à la paix, et la peine de mort si le prince rentrait en France.
Mazade — vota la réclusion perpétuelle de Louis XVI.
Julien, ministre protestant, — vota pour la mort.
Le même jour où cet infortuné monarque fut condamné à mort. Calés écrivait que 22,000 patriotes étaient sous les armes autour de la Convention pour protéger la justice nationale, et qu'ils avaient juré de ne quitter Paris qu'après Texécntion du tyran. Mailhe fut le rapporteur de ce grainl procès. Le club des Jacobins de Toulouse n'avait pas at« tendu l'arrêt de Paris. On y avait fait le procès au monarque dès le 25 décembre : il avait été déclaré coupable et
538 TKXPS MODBEIIIS.
digne de mort. Deux lettres avaient été écrites par cette société populaire à la Convention; Tune, pour Firnîter a juger ce prince sans appel au peuple, et Tautre pour demander le jugement de tous les membres de la famille royale. Il fat fait une collecte parmi les frères, et amis pour fournir aux frais du voyage du messager chargé de porter à Paris ces deux missives.
Le 21 janvier, à dix heures un quart du matin^ la tête deXiOuis XVI tomba sur Técbafaud dressé au milieu de h place de la Révolution (aujourd'hui de la Concorde). Mailhe fut le premier a annoncer à Toulouse cette catastrophe. En recevant cette lettre la joie des jacobins fot extrême ; la conduite des députés du département qui n'avaient pas voté la mort du roi excita leur indignation : il fut décidé que leurs noms seraient effacés des listes de la société et leurs effigies brûlées et qu'on enverrait d'autres députés à leur place. Le supplice de Louis XVI jeta la consternation dans la cité tout entière; mais, comme au temps de Néroii, les larmes devenaient accusatrices et l'on condamnait les soupirs échappés à la douleur. La véritable Eglise de Toulouse se vit alors forcée de se cacher dans les maisons particulières et les lieux les plus obscurs; les ministres catholiques furent obligés d'avoir recours à divers travestissements pour échapper aux perquisitions journalières dirigées contre eux; ils changeaient perpétuellement de demeure. On avait pratiqué dans Tintérieur des habitations des cachettes de sûreté, et plus d'une fois la Providence opéra des prodiges en faveur des victimes poursuivies par la fureur des tyrans. J'aurais désiré connaître les noms de tous ces prêtres généreux qui, k cette époque, se dévouèrent à h
TUfPS MODEftKBS; 539
mort pour ne pas abaûdonner les fidèles de TEglise de Toulouse": je n'ai pu me procurer qu'une liste assez incomplète.
M. l'abbé Du Bourg était comme Fàme et la vie qui animaient tous ces confesseurs de la foi. Il plaça quatre cents prêtres dans les différents quartiers de la ville ou dans les environs. Tous se conduisaient par ses ordres. Il avait établi son quartier général chez M. Verlhiac, rue St-Remézy, et de là se transportait partout où l'on rédamait le secours de son ministère. Devenu l'objet des perquisitions les plus sévères, il n'échappa plusieurs fois que par miracle à la fbreur de ses ennemis. Sa tête fut mise à prix, et mille écus devaient être la récompense de celui qui le livrerait. Passant un jour sur le pont qui joint la ville au faubourg Saint- Cyprien, il est reconnu paf un de ses plus redoutables adversaires. Cet homme eut la pensée de le tuer, mais une terreur secrète s'empara de ce malheureux et il ne put exécuter son projet. Obligé de veiller à la subsistance de tons les pauvres de la ville, il se confia toujours à la Providence, et la Providence ne faillit jamais pour lui. Dans une circonstance particulière il était sans aucune ressource c tout-à-coup un inconnu se présente et lui remet une somme de quarante louis; quelques jours après l'inconnu doubla la somme. M"« d'Audonnet et M. Auguste Pujol, devinrent les instruments de la Providence pour la distribution de ces aumônes. Ce dernier m'a souvent raconté qu'il allait porter des secours aux prêtres et aux malheureux à la faveur des ténèbres de la nuit, et que M. Du Bourg versait des torrents d^ larmes lorsque ses ressources étaient épuisées. Je ne puis mieux faire connaître cet homme incomparable qu'en
Îl40 TEMPS MODERNIS.
rapportant ici la lettre que M. Tabbé Ortric, ancien curé de la Dalbade, écrivit à Limoges.
Monsieur,
« J*ai eu Fhonneur de partager les dangers et les travaui de Monseigneur Tévêque de Limoges dans ces temps malheureux qui lui ont si bien servi pour manifester son zèle et sa charité. L*un et Tautre furent inépuisables. Les périls imminents qu'il courait k tout instant ne Fétonnèrent jamais : il célébra constamment les saints mystères. Il se levait tous jours avant cinq heures, il faisait son oraison jusqu'à six; lorsque les dangers ne paraissaient point aussi imminents il disait de suite la messe, et toute la journée était consacrée à un travail auquel plusieurs personnes n'auraient pu suffire : sa correspondance était très étendue; chargé d'une foule de diocèses, il s'était ménagé des moyens pour correspondre avec leurs évoques ; il en recevait fréquemment des nouvelles et se dirigeait par leurs conseils. M^ de Fontanges et M^ de La Tour du Pin étaient les deux prélats avec lesquels il avait les rapports les plus suivis.
» Il a secouru efficacement, pendant la terreur, les prêtres, les religieuses, et tous ceux de toutes les classes dont les besoins lui étaient connus. Il m'a dit plusieurs fois que« dans un court espace de temps, plus de soixante mille francs avaient passé dans ses mains.
» Dans certains temps la terreur était si grande que les fidèles n'osaient nous garder chez eux; la plus grande partie de ceux qui conservaient les prêtres ne voulaient point les laisser sortir pour ne pas s'exposer 'a périr avec eux sur
TEMPS SIODBRNES. 541
récbafaud. M. Du Bourg voulait s'échapper pour voler auprès des malades, et cç ne fut pas sans beaucoup de peine que nous arrêtâmes son zèle. Nous étions alors chez M. Sudre, rue Saint-Remézy. Il alla en confesser un dans la rue des Tourneurs dans un temps des plus critiques.
» Il envoyait dans les divers arrondissements des prêtres qu'il encourageait par des lettres qui inspiraient le plus grand zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; il se faisait rendre compte du bien qui s'opérait; il écrivait même aux simples fidèles pour les fortifier; il promettait à tout le monde que les dangers ne Tépouvanteraient pas, disant en tête de ses lettres : Non emigrabo.
» Je lui annonçai la mort de M. de Rochemontés : il se mit à genoux dans Tinstant, leva les mains au ciel, resta dans le silence, et me parla de suite des grandes vertus de son digne frère, se consolant de sa mort par Fespoir bien fondé qu'elles lui avaient mérité le ciel. Je lui annonçai aussi celle de son cher neveu Melchior qu'il aimait bien tendrement : ce fut toujours la même résignation.
» Je ne l'ai point vu changer de caractère un seul moment. S^étantYu obligé, dans une occasion, d'interdire un prêtre, il se comporta avec une modération sans exemple qui contrastait singulièrement avec la fureur et la colère de ce prêtre. Cette douceur opéra un si heureux effet sur le cœur du prêtre que l'interdit fut levé en peu de temps, et qu'il reprit ses fonctions. Je fus seul témoin dans cette affaire; c'était dans la plue grande terreur. Avec le temps et la réflexion je pourrais rappeler d'autres circonstances de la vie toute sainte de monseigneur l'évêque de Limoges. Je ne doute point un instant qu'il ne soit dans le séjour
542 TKHP5 XObBHKl».
des bicûheareui; il est même impossible de ne pas le peU" ser, pour peu qu*on réfléchisse sur les grandes vertus qu'il a pratiquées. »
11 n^est guère, dans Thistoire générale de FEglise, de tableau plus intéressant que celui du dévouement des pràtra pour le salut des fidèles dans ces circonstances critiques. Les traits particuliers de leur courage et de leur présence d*esprit pour se dérober aux poursuites des réydutioDnaires sont admirables. L'abbé de Chièze, vicaire général de Car* cassonne, cet homme à la vive allure, s'était déguisé sous le costume de garde national; il se faisait présenter les armes aux divers corps de garde, et menaçait très sérieusement de toute la rigueur de la discipline militaire les soldats qui lui refusaient les honneurs. Il rencontre un jour une troupe de gens armés qui Farrètent et lui disent qu'ils sont à la recherche de l'abbé de Chièze. — Attendez, leur répondit-il, il ne doit pas être loin d'ici : et il se mit à lear tête pour le chercher. —L'abbé de Chièze ne se trouva pas. Un capucin exerçait la médecine et s'introduisait ain» dans les maisons pour administrer les sacrements. L'abbé Barquisot, appelé de toute part pour son ministère, parcourait les rues de la ville chantant a plein gosier les chansons patriotiques. L'abbé Douarre, ancien curé de Saint-Exupère, visitait ses malades déguisé en petit maître et portant à sa boutonnière le bouquet obligé de fleur d'oranger. L*abbé Ortric, qui fut plus tard curé de la Dalbade, d^isé sous un costume bizarre, vendait dan» les mes de la ville de la poudre odontalgique. Le père Cassé, devenu portefaix, offrait ses bras au service des passants. On rencontrait dans les mes, marchant cAte à rote, un chaudronnier noir comme
TEMPS KOUBIINES. iVS
un eyclope, fredonnant les airs de la pitloresque Auvergne, et oa garçon boulanger : ces hommes-là étaient deux prêtres, et ces prêtres étaient obligés à chaque instant de changer de demeure et souffraient tous les genres de privations. Le dévouement qu*on admirait alors dans ces ecclésiastiques se faisait également admirer parmi les fidèles.
Le 17 mars, un acte du département enjoignit aux com^ munes d'avoir à transporter toutes leurs cloches, à FexceptioDd'uneseuleparclocher,àToulouse. Le dépôt descloches se trouvait au Palais-de-Justice, dans la saUe dite des Procureurs; c'est de la que partait le métal pour la fabrication de la monnaie de billon, qui disparaissait bientôt dès qu'elle avait été mise en circulation. On se vit obligé, pour y suppléer, de créer des billets de cmfiance de très minime valeur.
Le 21 avril, la Convention rendit un nouveau décret contre les prêtres demeurés fidèles. En vertu de ce décret tout citoyen était tenu de dénoncer, arrêter ou faire arrêter les émigrés et les prêtres, dans le cas de la déportation. Les personnes comprises dans ce premier article devaient être punies de mort dans les vingt-quatre heures. Par un second article tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers, frères convers et lais, qui n'avaient pas prêté le serment de liberté et d'égalité^ devaient être embarqués pour la Guyane françsùse. Les vieillards âgés de plus de soixante suis, les infirmes et caducs, devaient être renfermés, sous huitaine, dans le chef-lieu du département. Par suite de ces décrets deux cents citoyens furent, en un jour, enfermés dans la prison de la Visitation à Toulouse, sans mandat d'arrêt ou procédure quelconque. Le 29 avril, le conseil
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général de la commune prit une délibération relative à li prétendue sûreté publique. L'arrêté était divisé en quinze articles. L'article 7 assignait la maison de Sainte-Catherine pour les ecclésiastiques; la Visitation pour les parents des officiers de Tarmée de Dumouriez, des émigrés et généralement les personnes suspectes ; les Carmélites pour te# femmes suspectes, qui furent en grande partie enfermées ao couvent des dames de Saint- Sernin ; les prisons du Steécbal , pour la détention de ceux contre lesquels on aura décerné un mandat d'arrêt.
A la même époque la guerre fut déclarée à TEspagne. Les représentants du peuple Projean et Chaudron-Rousseau arrivèrent les premiers à Toulouse le 23 avriL Ds étaient envoyés auprès de l'armée des Pyrénées-Orientales. Ils se présentèrent aux Jacobins, où les frères et amis les fêtèrent de leur mieux. Peu de jours après, ils furent suivis des représentants Leyris, Ysabeau et Gareau. Cette guerre d'Espagne devint la cause et le prétexte des réquisitions et des spoliations les plus exorbitantes. Tout fut réformé à Toulouse. La direction de la monnaie fut confiée à Georges Loubet, chaud patriote; l'orfèvre Artaud obtint la direction des postes. Après avoir expulsé des hospices civils les sœurs de la charité et les aumôniers, on noBuna une nouvelle administration dans laquelle on vit figurer Roques, juge; Lespinasse, capitaine du génie; Mailboi, antiquaire, et Trinchant, négociant. Onze commères, bonnes patriotes, remplacèrent les sœurs de Saint-Vincent
Arrivèrent alors à Toulouse le député Mailbe, Lombard, Lachau son collègue et l'ex-capucin Chabot. Ils étaient envoyés par la Convention pour visiter les départements de la
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Haute-Garonne et de FÂude, y étudier lesprit public, et y réchauffer le patriotisme des populations. On offrit en holocauste à ces divinités révolutionnaires les titres de la noblesse et les titres féodaux, tous en parchemin vélin orné de gracieuses vignettes, qui furent lacérés ou brûlés. L'excapucin Chabot monta, le 5 mai, dans la chaire de la métro^ pôle, dont la aef venait d être décorée du titre fastueux de Temple de la Raison , prononça un discours contre tous les prêtres réfractaires^ et sollicita des mesures énergiques tendant à réduire ces citoyens rebelles aux ordres de la nation.
Le patriotisme du procureur général Malpel n*était plus à la hauteur des circonstances. Déjà il avait fait un réqui^ sitoire pour que les détenus dans les diverses prisons fussent jugés, punis s'ils étaient coupables, et mis en liberté s ils étaient innocents. Il fut dénoncé par les sans-culottes comme beaucoup trop tolérant» on demanda sa destitution. Elle fut accordée, et Ton nomma à sa place un jeune homme de vingt-six ans, de Castelsarrasin, nommé Descombels, patriote ardent et jacobin , sans toutefois en partager le cynisme* Il seconda les mesures extra-révolutionnaires des députés de la Convention.
Sur la nouvelle que les Espagnols.se rapprochaient de plus en plus des frontières, on ordonna une levée de 6,664 hommes dans le département pour aller renforcer Farmée. Chabot paraissait peu satisfait des autorités con- ^ stituées à Toulouse ; il prétendait qu*elles n'étaient plus en harmonie avec la marche qu'avait suivie la Convention. Celle-ci était entrée dans la seconde phase de son existence par la défaite fles girondins. L'ex-capucin dénonça le fédé*
546 TBHPS MODERNES*
ralisme. Cétait uq plan arrélé à Bordeaux d*Qne fédératim destinée à résister an parti maratiste de la Convention. 0& s'en occupait activement k Toulouse; mais les tergiversations de Fadministration départementale firent avorter ce projet. 11 fut cependant décidé que, vu la gravité des circonstances, toutes les autorités de la ville délibéreraient en commun et formeraient ainsi un grand conMs^ire qui devrait tenir ses séances a Thôtel-de-ville. Les assemblées primaires du département devaient aussi se réunir à Toulouse pour porter les vœux de leurs comhiettants. Ce grand consistoire et ces «assemblées primaires inspiraient de justes inquiétudes aux représentants du peuple Baudot et Chaudron- Rousseau. Ceux-ci, par le moyen d'émissaires secrets el d'espions, parvinrent à connaître le but de Forganisation nouvelle; leur correspondance avec le parti montagnard devint très active, et les ordres reçus de Paris, en date da 25 juin, leur ordonnèrent de frapper à Toulouse un coup décisif. Ils le frappèrent.
Le 29 juin, dix citoyens des plus notables parmi les autorités furent arrêtés simultanément. Dardignac, président de l'administration départementale; Douziecb, général de la garde nationale; Arbanère, président du district; Loubet, directeur de la monnaie; Rey, maire de Toulouse, et Barras jeune furent les principaux. Les proconsuls les expédièrent sur Paris. A cette nouvelle les sections s'agitèrent ; on proposa de se porter à l'hôtel-de-ville, de s'emparer des armes et d'arrêter les deux représentants. Si l'énergie avait été • l'âme de ces résolutions, le fédéralisme l'emportait à Toulouse, et le règne de la terreur s'y trouvait arrêté dans sa marche. H n'en fut pas ainsi, el lef^ terroristes enhardis
TEMPS MODBftMBS. 547
par Farrestation des dix chefs ennemis finirent par s*emparer des bureaux et par chasser les fédéralistes, dont le parti fut complètement vaincu.
Fiers de leur victoire, les citoyens représentants rendirent, le 8 août, l'arrêté suivant :
« Les représentants, considérant que les capitouls étaient une institution perverse de la tyrannie pour opprimer le (leuple par le peuple même, en arrachant de son sein ceux qui, s*abandonnant à une vanité ridicule, payaient chèrement le droit de ne point partager les vertus do leurs égaux pour acquérir les vices des usurpateurs de la souveraineté nationale, arrêtent :
« Tous les anciens capitouls et tous ceux qui ont
des titres de capitoulat les remettront au citoyen président de la société populaire, qui les recevra dans la salle de la société, sans donner de reçu Seront également remis les portraits des capitouls et les registres du capitoulat qui sont conservés à Thôtei commun
Le terme fatal de la remise des titres et des portraits.
expire le 10 août, à midi Les titres du capitoulat et
les portraits des capitouls seront brûlés sur Fautel
de la patrie, à six heures du soir, aux cris de : Vive Tégalité!.... Le dénonciateur des contrevenants sera récompensé par la République. » En exécution de cet ordre, quatre cent soixante-dix-huit tableaux et portraits de capitouls furent portés sur la place publique, lacérés et brûlés.
. Le 10 août, fut acceptée à Paris la nouvelle Constitution républicaine et le tribunal révolutionnaire institué. Le 22, soixante-qainze personnes furent arrachées à leurs familles.
548 TEMPS MODBBNBg.
à Toulouse et jetées dans la prison de la Visitation. Quelque temps après parut le fameux arrêté pour ordonner la levée en masse qui devait porter sur les frontières tous les citoyens non mariés, depuis dix-huit jusqu^à vingt-cinq ans. De la, des lois oppressives ordonnaient : IMa recherche des armes de toute espèce ; 2^ Fenlèvement, chez tous les habitants, de tout ce qui pouvait être utile pour équiper cette nouveHe armée, comme chevaux, étoffes, ustensiles, voitures, etc. La plus légère infraction à ces lois était punie de mort. Alors se fixèrent à Toulouse deux nouveaux représentants, les citoyens Paganel et Dartigoëte. Ils commencèrent leur sanglante mission par Tinstitution du tribunal révolution* naire, qui devait tenir ses séances à la grand^chambre du palais. Ce tribunal était composé d*un président, de trots juges, d'un accusateur public et de douze jurés. Chaque juré recevait 18 francs par jour. La procédure consistait en deux procès-verbaux : le premier d'arrestation du prévenu, et le second du prétendu délit. Le plus souvent il n y avait aticun témoin; Après des débats dont la brièveté était effrayante, on posait cette seule question : L'accusé est-il coupable? Alors tous les jurés se levaient l'un après l'autre ei répondaient : Ouijaccusé est coupable; ou bien : Le fait est constant. Et aussitôt l'arrêt était exécuté, sans appel. Plusieurs victimes furent, à cette fatale époque, traînées devant ce tribunal et exécutées à Toulouse, d'abord sur la place do Capitole, où la guillotine demeurait en permanence.
Nous devons faire connaître ici les deux représentants du peuple qui firent à Toulouse fonctionner la guillotine. Dartigoëte était député des Landes h la Convention. Se trouvant malade à l'époque de la condamnation du roi, il se fit
TEMPS MODEUNKS. 549
porter à rassemblée et y vota la mort du prince et la prompte exécution de la sentence. Envoyé dans plusieurs départements, il fit une guerre de cannibale à tous les objets du culte catholique, et dansait lui-même la carmagnole autour du bûcher qui les dévorait. Jamais femme ne parut devant lui sans rougir. Il faisait mettre les mères et les filles en réquisition pour le spectacle dans les villes où il passait, et y paraissait lui-même habillé de manière à révolter la pudeur. Il ût plus d'une fois attacher des détenus à des mangeoires, où on leur jetait la plus dégoûtante nourriture, comme à de vils animaux. Décrété d'arrestation en 1794, il fut arrêté et ensuite amnistié. Paganel, curé de Noillac, fut député du Lot-et-Garonne à la Convention, n y vota la mort de Louis XVI, et fut nommé, en 1803, chef de bureau à la chancellerie de la Légion-d'Honneur. Le président du tribunal révolutionnaire de Toulouse fut Hugueny. C'était un notaire de Gascogne, espèce de Brutus sans portée. Nous avons déjà parlé de Capelle, qui devint accusateur public.
Le tribunal révolutionnaire ne fonctionna à Toulouse que pendant trois mois, depuis le 15 janvier 1794 jusqu'au 20 avril. Il prononça quarante-trois condamnations a mort, nombre bien grand sans doute, mais aussi bien inférieur à celui de la plupart des départements de France.
Pendant qu'on célébrait à Paris, le 10 novembre, la fête de la Raison, Toulouse eut aussi la sienne. Le temple consacré à cette nouvelle déesse était la nef de l'égHse métropolitaine. Au pilier d'Orléans s'élevait la statuede la divinité, et la chaire évangélique avait été transformée en tribune aux harangues. Ce fut à cette occasion que le citoyen Paga-
550 TEMPS MODBIUVES.
nel et le citoyen Descombels, procureur général syndic du département, prononcèrent chacun un discours ultra-révolutionnaire. Le citoyen Carré y débita un poème à sa Esiçod sur les gloires de la raison humaine. Un nombreux orchestre y exécuta un hymne se terminant par ces vers :
Terrassé par vos coups, que le dernier esclave Salve au tombeau le dernier roi.
La fin de Tannée 1793 fot marquée par le mariage de quelques prêtres, la spoliation complète de toutes les églises en argenterie, tableaux, statues, ornements, reHques des saints et orgues, et par des fêtes patriotiques.
L'année 1794 s'ouvrit, à Toulouse, par de sanglantes exécutions. Parmi les condamnations à mort, nous citerons les principales :
L'épicier Garnaut, pour avoir méchamment ^ dans des vues contre-révolutionnaires manifesté des idées contraires à celles de la montagne.
Le vitrier Auriolles, pour avoir servi d'intermédiaire à la correspondance entre un émigré et sa famille.
Le négociant Lignères, comme ennemi du maximum.
Le R. P. Hazerat, religieux de l'ordre de la Merci, orateur éloquent.
Jean-Baptiste Delisle, curé de Bellerive*sur-Save, pour avoir rétracté son serment.
Joseph Jaubert, bénéficier de l'église de Thouy, poar infraction aux décrets.
Géry Àllaux, curé de Sainte-Radegonde, pour avoir fait précéder son serment de restrictions et d'explications.
François Astrié, vicaire constitutionnel de Sainl-Auguslin
TEMPS MODERNES. Oo4
de Toulouse, pour être Fauteur d'un complot tendant à anéantir la liberté et Fégalité.
Gabriel Latour, prêtre de Noé, convaincu de n'avoir pas prêté le serment de liberté et d'égalité.
De Bouche-Porn, intendant d'Auch.
Le comte Dubarry (Jean).
Tristan d'Escalonne.
M"« de Cassan née de Rabaudy.
Jean PujoU homme de loi, pour avoir écrit des lettres où se trouvaient exprimées des opinions contre-révolutionnaires-
L'abbé de Beaufort, prêtre à Bmguières, pour s'être opposé au mariage de W^ Toulza avec un prêtre assermenté.
On compte encore parmi les victimes de ce tribunal : Jacques et Pierre Cberdier, de Seyssefs-Tolosanes; — François Pinoux, de la vallée d*Aran; — Arnaud Cazeaux, de Carbonne; — Pierre Lestrade, boucher de Loubens; — Arnaud Delpech, négociant à Villefranche: — Jean-François Boislong de Gariés, capitaine de la idpice ; — Jean-Pierre Balarat, de Sérignac ; — Jacques Bénac, de Saint-Sabind'Escanecrabe ; — Baptiste Pla, de Trédos, vallée d'Aran ; — Henri Bessat, dessinateur; — Raymond Lansac, de Muret ; — Maurice Clombel, de Mazamet; — Jacques Bagens, d'Aucamville ; — Pierre Lamire, de Grisolles; —François Vinsac, homme de loi ; — Jean-Baptiste Romiguières, d'Aucamville; — Jean Capmartin, meunier du Mas-Gamier; — Michel Surgère, homme de loi.
Tels sont les noms que nous avons pu recueillir; un grand nombre d'autres sont tombés dans Toubli. On a vu
551 TEMPS MODBRMBS.
par celle liste que la Révolution, comme Saturne, dé?orait quelquefois ses propres enfants.
Le i6 floréal (5 mai), un huissier, porteur d'une fatale liste, se rendit, après midi, à la prison de la Visitation ^ appela vingt-quatre membres du parlement qui y étaient détenus. Tous les prisonniers les accompagnèrent à la porte. Ces magistrats furent jetés dans les cachots de la Conciergerie, où, par une providence particulière, ils purent recevoir les secours de la religion de M. Fabbé Dubois et du P. Cassé. Ds quittèrent Toulouse dans les premiers 'jours de juin. Les six parlementaires de la chambre des vacations, MM. de Ségla, de Montégutpère, MzadeFirmy, de Laffont-Rouis, de Cussac, de Rigaud, furent condamnés à Paris, le 1*' floréal (20 avril). Le 22 prairial an II, Capelle, accusateur public, écrivit au comité de Paris k lettre suivante :
« Citoyens représentants, tous les Ch^evant conseillers au parlement de Toulouse que j'avais ramassés sont partis, à Texception de quatre, dont deux infirmes depiûs 1789 ne pouvant être trac^ortés, deux autres qui sont malades accidentellement et que je ferai partir dès qu'ils pourront supporter la voiture. Un substitut du ci-devant procureur général et un greffler sont du convoi. On vient de m'en indiquer un autre dans le moment : je vais m'en instruire immédiatement et il ira joindre ses collègues.
• Je viens d'apprendre aussi qu'une intrigante de cette commune, appelée Belin, veuve d'un ci-devant avocat, est partie pour aller solliciter à Paris pour les ci^levant magistrats. Elle a acheté deux mille citrons, et la vente de cette denrée est le prétexte de son voyage* J'ai cru devoir
TEMPS MODEENKS. 653
VOUS en prévenir. J'ai su aussi que nombre des ci -devant conseillers était actuellement à Paris : Cambon , premier président; de Maniban, président à mortier; Catellan, avocat général ; Delong, de Teillasson, Toumier-Vailbac, Ginestet et Pegueirolles, conseillers. Je vais écrire dans leurs départements respectifs pour qu'ils soient compris sur la liste des émigrés dans le cas où ils ne se représenteraient pas à Paris*
» Union et fraternité, » Capelle. »
Le 26 prairial (14 juin), vingt-six magistrats du parlement de Toulouse furent condamnés à mort a Paris» et exécutés à la barrière du Trône. Cétaient MM. de Sapte, d'Aiguesvives,deFajac, de Senaux, de Ck)mbettes4]aumont, dé Gaillard, de Ribonnet, de Lacaze, de Poulariés père et fils, de Marsac, Cassaigne, de Gazes, de laBroue, de Larroquan, de Blanc, Du Boui%, d'Âguin, Molinéri de Murels, de Miégeville, Savyde Gardeil, Rochefort, Buisson d'Aussonne^ Bonhomme-Dupin, d'Héliot et Montégut fils.
Le 5 messidor, cinq habitants de Toulouse furent condamnés à Paris, c'étaient : Fex-maire Rey, Fancien commandant de la garde nationale Douziecb, le négociant Sevennes, et les médecins Dario et RuiTat. Le 18 (6 juillet), les derniers vingt-un membres du parlement furent exécutés: c*étaient : MM. d'Âspe, de Rey, Bardy, Lespinasse, de Rouville, Combette-Labourely, Jugounous de Poucbarramet, Guiringaud, de Carbon, Lespinasse fils, d'Aussaguel, de Lasbordes, de Valbausi, de Belloc, Lassus-Nestier, Guillermin , de Mourlens, Tournier-Vailhac, Barres, le substi-
a54 TEMPS HODKIUNBS.
tut Perrey et le greffier Trinquecostes. Le 8 thermidor, EléoDore-Dorothée de Riquet, épouse d^Emmanuel de Cambon, premier président du parlement» monta sur Téobataud à Paris, victime de l'amour conjugal, comme n^ayaut pas voulu indiquer le lieu où son époux s'était réfugié*
Au milieu de ces exécutions sanglantes, la ConveotiOQ décréta Texistence de FEtre suprême et de Timmortalîté de rame, et ordonna qu'une fête serait célébrée dans toute la France. Toulouse eut la sienne le 20 prairial. On nous a conservé la description de cette fête. Le cortège partit de la -place de la Liberté (le Gapitole). Le représentant Dartigoëte, un bouquet de fleurs à la main, entouré des magistrats et des membres de la société populaire, monta sur une estrade improvisée et harangua tous les démocrates. On se mit eo marche au bruit du canon. Le cortège se rendit sur les allées du Boulingrin en suivant la Grand*-Rtte , la place do Salin et celle du Palais. Le poète Carré avait composé uo hymne à l'Etre suprême, qui fut chanté en chœur dans tout le parcours. Un monticule avait été élevé au milieu de l'espace ; le cortège s'y groupa tout autour, et le
citoyen D , orateur nommé par le comité d' instruction
prononça un discours qui se terminait par ces mots : « Etre
des êtres, source de toutes les bienfaisances gloire à toi!
et vive la République ! » Aussitôt les artistes du théâtre accompagnèrent le chant d'un second hymne , composé encore par Carré. Il était composé de trois strophes; la première, fut chantée par les pères et les fils; la seconde, par les mères et les filles ; la troisième, par tout le peuple. I^s strophes chantées, Descombels, agent national près le district de Toulouse, prononça un second discours, et la
TBMFS HODBHNW. 555
cérémonie se termina par un chœur à la liberté , déesse de ia France.
En instituant la fête de FEtre suprême, la Conyenlion établit aussi d'autres solennités qui devaient être célébrées les jours décadaires, c'est-à-dire trois fois par mois. Il serait trop long de rapporter ici tous les titres donnés à ces fêtes. On trouve parmi ces titres: tous les âges de la vie, les vertus purement païennes, Fagriculture , l'industrie, les aïeux et la postérité, la liberté et Tégalité, la haine des tyrans. La célébration de ces fêtes imposées étaient ordinairement accompagnée de repas patriotiques, où chacun était obligé de porter son plat et de manger en public, les tables se trouvant dressées dans les rues et les places de la ville.
Jetons maintenant un coup-d'œil sur les souffrances qu'éprouvèrent les prisonniers de tout sexe, de tout âge et de toute condition qui, au nombre de près de mille, se trouvaient entassés dans les prisons de Toulouse, la Visitation (place de ce nom), Sainte-Catherine (rue Lafsiyette), le Sénéchal (rue Matabiau), et les Carmélites (rue Périgord). Dès Tannée précédente, on avait commencé par interdire aux prisonniers toute communication directe avec leur famille, leurs amis ou leurs chargés d'affaires. Bientôt ils ne purent plus recevoir leurs aliments des mains de leurs domestiques ; une garde farouche fut chargée de les leur faire pasr ser. On mura la plus grande partie des fenêtres, et les murs des jardins furent exhaussés. Si l'on voulait écrire à sa famille, on ne pouvait le faire que d'une manière très courte, le nombre des lignes étant limité. Les plats que l'on portait du dehors aux détenus étaient enlevés et remplacés
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par (les aliments quelquefois dégoûtaots. La vie commune fut établie : on donnait à chaque détenu du pain composé de mais et d'orge^ du vin aigre, et une portion de viande pourrie où presque crue. Ces aliments étaient à la charge des prisonniers, dout plusieurs payèrent par mois des scmimes énormes. Sous le prétexte de réquisitions, on enleva aux détenus leurs manteaux et leurs souliers. Les satettites préposés à leur garde se faisaient une joie barbare de les effrayer par des menaces de mort, qui trop souvent étai^i réalisées.
Toutes les églises furent fermées et le culte extérieur aboli. Le 7 brumaire an II, le métropoHtain du Sud fut jeté dans la prison de la Visitation. R se trouvait Ta confondu avec des prisonniers qui étaient bien éloignés de partager ses sentiments religieux et politiques. Son séjour dans cette prison fut pour lui un long matyre; il protestait de son repentir, réclamait une indulgence qu*on n'était point disposé à lui accorder, et sollicitait une compassion que la charité ne lui offrait que par le silence. Le i8 brumaire, H fut transféré à la prison des Carmélites, où d*abord il avait été placé. Le 9 thermidor vint le rendre à la liberté.
On s*empressa, à cette époque, d'organiser une armée révolutionnaire à Toulouse, dont Hugueny fut nommé commandant. Cette armée était chargée de la circulation des grains, de requérir tous les objets qui pouvaient être utiles aux hôpitaux militaires ou aux armées, de protéger les sans-culottes, d'arrêter et de conduire en prison tous les suspects et de favoriser la marche du char révolutionnaire. Ferrand fut nommé maire de Toulouse, et après lui Groussac. Sous Tadministralion de ce dernier, la guillotine fut
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transportée de la place du Capitole à la Porte-Neuve. Les propositions les plus extravagantes partaient tous les jours de la société populaire; là figuraient des noms bien connus que nous laissons dans YouiAi pour Fhonnenr des familles. A côté de la société populaire se trouvait le comité de surveillance de la commune, spécialement chargé de recevoir toutes les dénonciations et d'y faire droit. Ce fut devant ce comité que le sieur Dougnac, de Pibrac, dénonça la muni* cipalité tout entière de cette commune, comme favorisant le culte de la B. Germaine. Cette dénonciation fut renvoyée àTagent national près du district. La municipalité de Pibrac reçut un sévère avertissement qui aurait pu avoir pour elle de plus funestes suites.
La France entière gémissait sous le poids de la terreur, et la postérité aura de la peine à croire les faits et les crimes dont la vérité est attestée par Timpartialité de Tbistoire. La chute de Robespierre au 9 thermidor (27 juillet 1794) vint apporter quelque adoucissement aux maux de la patrie. Cet événement fut annoncé à Toulouse par Mailbe ; Descombels lut sa lettre au club des Jacobins. Cet homme continuait à poursuivre les détenus qu'il accusait de complot. Malarmé (de la Meurthe) arriva alors à Toulouse pour juger tous les prisonniers. Il signala d*abord sa présence par un arrêté portant la date du 14 vendémiaire an III (3 octobre 1794). Cet arrêté ordonnait : l"" la démolition de toutes les chapelles autres que celles qui servaient d'églises paroissiales; i"" la destruction de toutes les images, figures des saints en bois ou en pierre, le renversement de toutes les croix en quelque lieu qu'elles fussent placées, sans en excepter même celles qui avaient été élevées sur
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les tombeaax. Cet arrêté défendait : 5"* Fexercice da culte catholique dans tout autre lieu que dans Téglise principale ; i"" il était ordonné aux ministres catholiques de quitter les campagnes pour se rendre dans les chefs-lieux du districl, où ils devaient vivre sous la surveillance des comités révolutionnaires ; S"" il était défendu de célébrer les fêtes et dimanches, sous peine d*ètre enfermé pendant dix jours. On ne pouvait se rendre dans les communes voisines de la sienne, pour assister à ToCfice divin, sous peine de vingt jours d'emprisonnement.
Malarmé se constitua chef du tribunal qui devait juger les détenus. Ce tribunal était composé de six membres de la société populaire. Plusieurs prisonniers furent mis en liberté, mais le plus grand nombre demeura encore dans les fers. Le proconsul était un homme assez galant : aussi la plupart des femmes détenues au Sénéchal, et enlr'autres la comtesse de Latour, sœur de la duchesse de PoUgnac, trouvèrent-elles grâce devant lui. Par arrêté du 15 frimaire an Itl (4 décembre 1794)^ la société des Jacobins fut fermée et tomba ainsi sous le poids de ses propres excès.
Le 11 octobre 1794, les commissaires du district vinrent à Saint-Saturnin pour retirer toute Targenterie de Tégltse. Ils appelèrent auprès d'eux le P. Hubert. Celui-ci, revélo d'un surplis et d'une étole, à mesuretqu'on dépouillait les bustes et les reliquaires de leur argenterie, en retirait les reliques et les remettait entre les mains du sieur Aubert, mande des corps saints depuis vingt-cinq ans. Ce dernier plaçait avec soin les reliques dans les armoires où Ton tenait les bustes et reliquaires, observant de les placer à droite oq a gauche, absolument à la même place quelles occupaient
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auparavant : Âubert fermait aussitôt h clef chacune de ces armoires. La sainte épine, renfermée dans un tube de cristal, fut retirée du reliquaire de vermeil sans aucune fracture, et placée dans le tabernacle de la chapelle du Saint- Esprit. Quant aux grandes châsses de bois, on se contenta de les dépouiller de leur argenterie. Les châsses revêtues de feuilles de cuivre, furent laissées aussi entièrement intactes. L'orfèvre qui démontait les châsses, bustes et reliquaires, prit à la première levée 700 marcs d'argent, et plus de 1700 à la seconde.
Le dimanche 16 mars 1794, la basilique fut fermée et tout culte cessa dans son enceinte. Quelque temps après, le P. Cassé, religieux de saint François de la grande observance, MM. Gabriel-Pierre Limes et François-Médard Pontié, laïques délégués par M. Du Bourg, vicaire général de M. de Fontanges, cherchèrent à préserver les reliques renfermées dans la basilique d'une profanation qui paraissait imminente. À cet effet, ils se rendirent dans la maison du sieur Passerieux, sacristain du chapitre. A sept heures du soir, ils pénétrèrent dans la basilique par la porte du cloître, dont le sacristain s'était procuré la clef; ils étaient accompagnés des époux Passerieux et des époux Labat. Ayant trouvé les clefs nécessaires dans la sacristie, ils ouvrirent toutes les chapelles et armoires où les reliques avaient été renfermées à l'époque de la spoliation des bustes. Prenant successivement chaque paquet de reliques, ils l'enveloppaient dans un linge attaché par les quatre angles et scellé, ayant le soin de numéroter chaque paquet, et désignant la place d'où il avait été pris. Ils transportèrent ensuite dans la sacristie des corps satn/^ toutes les grandes châsses,
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les rangeant par ordre et plaçant au-dessas le nom do saint aaquel chacune appartenait. Toutes les reliques qu ils avaient trouvées furent renfermées dans un coffre, ettrans^ portées d*abord à la maison de M. Pontié et ensuite dans rhôtel de Gomminges. Le lendemain du jour où se fit TeBlëvement des reliques de la basilique, les mêmes personne voulurent faire une seconde tentative a Teffet d*enlever les grandes châsses; mais elles trouvèrent la porte fermée en dedans.
Le 22 juillet 1795, la liberté du culte fut rendue momentanément aux catholiques. Alors les trois commissaires cidessus désignés se rendirent à Thôtel de Comminges pour procéder à la vérification des reliques et les placer dans d^ capsules, afin de faciliter leur translation à la basilique. Cette vérification se fit en présence de M"»« de Comminges, de MM"" Lelong et de Poucharramet, pendant que ces pieuses dames récitaient les Litanies des Saints. Le lendemain, M. Du Bourg se rendit à Thôtel de Comminges, accompagné des commissaires. Les capsule$ furent distribuées aus élèves de la pension de M. Pontié, qui les transportèrent à la basilique. Les reliques furent reçues solennellement par M. Du Bourg; on les déposa sur le grand autel du cbœur. Alors les commissaires prêtèrent le serment solennel, entre les mains du vicaire-général et au pied des autels, que les reliques qu*ils présentaient étaient absolument les mêmes que celles qu'ils avaient enlevées de la basilique, et qu'ils garantissaient sur la religion du serment Hntégrité et Tauthenticité de ce précieux dépôt. Après la prestation du serment, les capsules furent replacées dans les armoires où se trouvait chaque relique avant le premier enlèvement. On
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retrouva les autres reliques que les commissaires n'avaient point eu le temps d'enlever aux mêmes lieux où le P. Hubert les avaient placées. Enfin, les grandes châsses furent aussi retrouvées intactes-dans la sacristie des carps saints, et dans le même ordre qui avait été établi lors de Fenlëvement nocturne opéré par les commissaires. Après cette première opération, M. Du Bourg délégua MM. Jean-Etienne- Marguerite Vidal et Jean Denis Cailhive, prêtres, k Teffet d'apposer sur toutes les reliques les sceaux de U^ de Fon* tanges.
Cette opération eut lieu dans Taprës-midi du mémejfour. Les ecclésiastiques scellèrent successivement les capsules et les châsses, ainsi que toutes les autres reliques qui n'avaient point été enlevées de la basilique.
Bouillerot, que Malarmé avait conduit à Toulouse, se montra facile et compatissant ; la plupart des prisons furent vidées par ses ordres et plusieurs membres de la société populaire furent jetés dans les fers. Sous l'administration de Bouillerot, on s'occupa de la réorganisation des sociétés savantes et littéraires. M. Piicot de Lapeyrouse fut chargé d-opérer la translation du Jardin des Plantes du local de la sénéchaussée à celui des carmes déchaussés, qu'il occupe encore aujourd'hui. Le statuaire Lucas s'occupait activement de la création d'un musée.
' Toutes les constitutions qui avaient gouverné la France pendant la révolution reconnaissaient, en principe, le libre [ exercice de. tous les cultes; mais ce principe n'avait point \ encore reçu son application. La Convention parut revenir à des sentiments de modération et de tolérance, et les vœux des citoyens sur la liberté des cultes furent entendus. Le
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21 février, elle rendit ud arrêté dans lequel on reconnaissait à chaque individu le droit d'exercer son culte, à condition qu'on ne ferait aucune cérémonie extérieure, et que le gouvernement ne paierait pas les ministres et ne domerait aucun local.
Conformément à ce décret, le service divin fut célébré ostensiblement à Toulouse dans plusieurs maisons partieslières, notamment chez M. Du Bourg, place SaiDtes-Scarii)^, chez M'' Lassus-Laborde, rue des Gestes, et chez M. Bernady, au faubourg Saint-Cyprien. Une manifestation éclatante eut lieu dans cette dernière maison le dimanche des Rameaux. On avait dressé un autel sur une galerie supérieure ; toutes les cours et les jardins étaient occupée par une foule immense qui versait des larmes de joie: plusieurs prêtres assermentés, touchés de repentir, vinrent faire leur rétractation au pied de cet autel.
Le 30 mai, la Convention rendit un décrel portant qu ob céderait, pour Vexercice des cérémonies religieuses, les églises qui n'avaient point été aliénées, et que les prêtres, pour avoir le droit de faire publiquement les fonctions de leur ministère, seraient obligés de faire une déclaration de soumission aux lois de la République. Qudques ecclésiastiques crurent pouvoir faire cette déclaration. Ce décret ht mis à exécution à Toulouse par un arrêté du département en date du 24 prairial an III (17 juin 1785), par lequel il était ordonné aux municipalités de désigner les églises non aUénées pour être de nouveau consacrées au culte. Dans les lieux où un seul édifice ne pouvait suffire, à cause de b population, on devait en désigner autant que Texigeait le nombre des fidèles. Les mesures nécessaires étaient près-
TEMPS HODBRlfBS. 5GS
crites ponr fixer Fheure des cérémonies dans les églises où Ton était obligé d'admettre plusieurs cultes. On voit par cette disposition que les catholiques se trouvaient encore exposés à se rencontrer dans un même lieu avec les schismatiques.
L'opinion publique se prononçait d'une manière éclatante en faveur des prêtres qui se trouvaient encore enfermés à Sainte-Catherine. IJAnti^terroriste, journal de Toulouse, publia divers articles pleins de vigueur contre la persécution brutale qui les retenait encore captifs. Le repré^ sentant du peuple Laurence, qui avait succédé à Colombel, avait annoncé, dans sa proclamation du 24 floréal, qu'il venait rétablir l'ordre et faire régner la justice. Ces principes proclamés avec une consolante énergie, avaient ranimé les espérances des prisonniers, et le 3 messidor (21 juin) ils crurent pouvoir adresser une réclamation en laveur de leur liberté. L'abbé Marcepoil, au nom de tous les prêtres reclus à Sainte-Catherine, prononça devant Laurence un discours dans lequel, en rappelant au représentant les promesses qu'il avait faites^ il sollicitait sa bienveillance^ Mais la force vint obtenir ce que sollicitait la prière.
Le 12 messidor (30 juin), pendant que Ton était assemblé à la décade, des cris à Sainte-Catherine f se firent entendre. Aussitôt une foule innombrable d'hommes, de femmes et d'enfants se précipita vers la prison; la garde opposa une inutile résistance, les portes furent brisées ; et cette multi^ tode remplit bientôt la prison. Les reclus, effrayés et tremblants, crurisnt d'abord qu'on venait les égorger : ils fuirent de toutes parts. Instruits cependant bientôt après de la véritable cause de ce mouvement populaire, ils refusèrent
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ûe quitter la prisoD, dans la crainte que leur liberté ne leor devint funeste, et on se vit contraire de les arracher de ^ive force de la prison. La plupart d'entr'eux se retirèrent au Capitole. Leur destination se trouva fixée par larrété que rendit, sur cet événement, le représentant du peufde. Cet arrêté était ainsi conçu -.
Art. l*^ La municipalité de Toulouse continuera les informations commencées contre les auteurs des événements qui ont eu lieu dans cette commune le 12 messidor, et notamment à Toccasion de la sortie des prêtres reclus. Elle rendn compte jour par jour des progrès de Tinstruction.
Art. 2. Tous les prêtres sortis de la maison de réclusion demeureront dans la ville de Toulouse sous la surveillance de la municipalité, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné. Les effets à leur usage, qui sont actuellement à la maison de réclusion, seront provisoirement remis à leur disposition.
Art. 3. Le directoire do département de la Haute-€aronnc est chargé de Texécution du présent arrêté, qui sera imprimé et affiché.
Le premier soin de lautorité ecclésiastique, après qu'on eut obtenu la liberté des cultes et les églises désignées, fat de réconcilier celles qui, pendant la terreur, avaient été profanées. En conséquence, le 17 juillet, MM. Du Bourg et Montjousieu, vicaires généraux de M. de Fontanges, rendirent une ordonnance qui prescrivait l'ordre des cérémo* nies qui devaient avoir lieu pour cette réconciliation ; et le lendemain, Laurence portait un arrêté par lequel tous le^
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prêtres mis en liberté provisoire étaient obligés de se rendre, dans les vingt-quatre heures, à la municipalité de Toulouse, pour y faire la (déclaration du lieu où ils voulaient fixer leur domicile. Ils devaient être plaeés sous la surveillance de la municipalité dans laquelle ils auraient établi ce domicile.
Conformément à Tordonnance des vicaires généraux, la réconciliation solennelle des églises eut lieu à Toulouse. Le dimanche 19 juillet, jour de la fête de Notre-Dame du mont Carmel, M. Du Bourg, accompagné d'un peuple immense, se rendit, à sept heures du matin, à Téglise des grands carmes. Il monta d'abord en chaire pour adresser quelques paroles aux fidèles ; de là il se rendit à la porte extérieure, et, prosterné au pied de la croix, il y fit, au nom de ceux qui avaient participé au schisme, Tabjuration de leurs erreurs. Après avoir prononcé la profession de foi, il s'écria : Persévérez-vous dans le dessein que Dieu vous a donné de vivre et de mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine? La voix du diacre, qui seul devait répondre, tut couverte par celle des assistants, qui s'écrièrent : Oui, mon père, avec la grâce de Dieu! Et lorsque l'abbé Du Bourg porta sa main sur l'Evangile, ils levèrent tous la leur pour jurer de ne jamais se séparer de l'Eglise:
Le chant des prières de la réconciliation était à chaque instant interrompu par les sanglots ; on ne pouvait se lasser de contempler ce vénérable prêtre que le ciel avait conservé d'une manière si miraculeuse au sein de la persécution. Lorsqu'on eut appris que c'était 'a M°« Verlhac en particulier que l'on était redevable de la conservation de M. Du
566 Tf MPS MODBENES.
Bourg, le peuple se rendil daus la maison qu'elle occupait rue SaintrRemésy, renleva de force et la porta en triomphe jusqu'à Téglise des grands earmes^c Le 24 juillet, M. Du Bourg rendit une ordonnance qui filait ainsi qa'A suit les jours où devait se célébrer la réconciliatioa des diverses églises.
« On donnera Tabsolution des censures, et Ton réconciliera les églises, comme il est prescrit par notre précédente ordonnance, dans l'ordre qui suit, si les différentes chapelles sont disposées.
» La cérémonie se fera :
» Dimanche 26 juillet, à SaintrEtienne.
» Lundi 27 juillet, à Sainte-Ursule, représentant provi* soirement la Daurade.
» Mardi 28 juillet, à Saint-Jean, représentant provisoirement la Dalbade.
» Mercredi 29 juillet, au Taur.
» Jeudi 30 juillet, à Saint-Nicolas.
» Vendredi 31 juillet, aux Augustins.
» Samedi l^' août, à Saint-Rome.
» Le dimanche 2 août, à Saint-Sernin. »
Dans cette ordonnance il était dit que M. le curé de la paroisse Saint-Pierre n'avait poiut attendu les ordres de l'autorité pour ouvrir son église, et il y était excusé de cet 2ictQ en faveur de son zèle et de sa piété. L'église Saint- Pierre fut donc la première ouverte, et l'on y célébra une retraite solennelle qui, pendant l'espace de huit jours, attira un grand concours de [peuple.
TUFS MOMftNIS. 567
Le 26 juillet, M. Du Bourg réconcilia Téglise métropolitatoe, et ce même jour eut lieu une assemblée composée de prêtres assermentés et insermentés. Ces derniers firent tous leurs efforts pour ramener au centre de Funité ceux que Fambition avait séduits ou la peur entraînés. Leur zëe fut couronné de quelques succès : vingt-trois rétractations eurent lieu, et le 28 quinze autres purent être jointes aux premières.
Au milieu de toutes ces manifestations, hélas! bien tar^ dives, d*un sincère retour k l'ordre, la révolution ne se regardait pas encore comme vaincue. Le 28 juillet, jour de la décade, la municipalité se présenta à la métropole, musique en tête, pour y célébrer les fêtes de la République. Le peuple défendit lui-même les portes de Féglise, et la municipalité se vit forcée de se retirer. Au même instant une scène bizarre vint occuper la curiosité publique : une vingtaine de femmes trainsûent à la fontaine de la place Saint-ftienne, un pauvre juif qu'elles avaient surpris dans réglise. — Nous allons te baptiser, lui disaient-elles, et disant ces mots, elles le plongèrent dans le bassin. Cette immersion était bien loin des noyades.
La Convention faisait encore célébrer par des fêtes le retour annuel des faits les plus marquants de la Révolution. L*anmversaire du 9 thermidor donna lieu a un homme que nous avons connu, le citoyen Saint-Jean, professeur de fbistoire philosophique des peuples au lycée provisoire de Toulouse, de prononcer un long discours dans lequel il s'éleva avec force contre les excès des terroristes. « La » révolution du 9 thermidor, disait-il, a retrempé les » c;%ractères : radulation et la bassesse ne sont plus a Tor-
56^ TEMK MOUBaMES.
» dre du jour. Ainsi, en traçant d*un trait vigoureux le • tableau de uos lougues infortunes, je lèverai d'une main > hardie le voile qui nous a caché si longtemps les crimes » 4û nos oppresseurs. » L*orateur évoqua le» mânes d'Harmodias et d'Âristogiton, libérateurs d'Athènes, et le souvenir des fêtes. Panathénées. U ne fut pas heureux dans sa prosopppée à la gloire de Voltaire et de Rousseau, qui étaient certainement la cause de la Révolution française. Aristide et Thémistocle terminèrent son discours.
La Convention était fortement tiraillée entre les jacobins et les réactionnaires ; elle voulut proclamer une constitution nouvelle qu*on appela la Constitution de Fan Ht (septembre 1795). Cet acte posait en principe la souveraineté du peuple français, et déclarait que nul individu, nulle réunion partielle de citoyens ne pouvait s'attribuer cette souveraineté. Le pouvoir législatif était attribué à deux c(»iseils qui devaient être élus par les citoyens, celui des Anciens el celui des Cinq-Cenu. Le pouvoir exécutif était délégué à un Directoire de cinq membres nommés par les deux conseils. Parmi les dispositions de cette Coastitution, nous reop^rquons les suivantes :
« Nul ne peut être empêché do dire, écrire, imprimer et publier sa pensée.
» Les biens des émigrés sont irrévocablement acquis au profit de la République.
> Nul ne peut être empêché d'exercer, en se conformant aux lois, le cdte qu'il a choisi.
» Il ne peut être formé de corporations ni d'associalions contraires à l'ordre public. •
Le mauvais vouloir de la Convention envers le clergé
TflMPS HooKanis. 569
cathoUqae se manifesta au 20 fructidor (6 septembre 1795), jowr ot elle renouvela contre lui les décrets de proscription. Elle déclara que tous les ministres des cultes qui, ayant refasé Tacte de soumismn aux lois de ta liépublique exigé par la loi du 11 prairial, ou ayant ajouté des restrictions, ou rayant rétracté, exerceraient un culte quelconque dans les édifices publics ou dans les maisons particulières, ou partout ailleurs, seraient sur-le-champ arrêtés et conduits dans la maison de détention d'un des départements les plus voisins da leur domicile.
Ainsi, la persécution allait recommencer. Peu de jours après, le 7 vendémiaire m, IV (Î8 septembre 1798), parut une nouvelle loi qui avait pour objet Veocercke et la poiiee du culte. Cette loi voulait que nul ne pût exercer le ministère d'aucun cuKe qu'au préalable il n'eût fait devant la municipalité la déclaration suivante : « Je reconnais » que l'uni versaUté des citoyens français est le souverain, » et je promets soumission et obéissance aux lois de la • République. » Ces exigences de la Convention mirent une grande division dans le clergé; les uns, croyant pouvoir en sûreté de conscience signer cette déclaration, les autres la regardant au contraire comme dangereuse. Sans blâmer ici les ecclésiastiques qui, à la faveur de quelques interprétations, crurent pouvoir signer cette déclaration, nous ne pouvons que donner des éloges à ceux qui crurent devoir la refuser.
L'établissement du Directoire nous donna la paix avec TEspagne. Deux citoyens de Toulouse ou des environs avaient été employés dans cette guerre et s'y étaient distingués, les généraux Péiignon et Rougé. Le premier eut
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dassez beaux faits d*armes à la Jonquiëre, à SaintrSébastieo, à la Madeleine et à Roses. Ces succès lui valurent le titre d'ambassadeur en Espagne, après la paix.
Le 26 octobre,Ia Convention termina ses travaux. Le même jour (4 brumaire) elle publiait une amnistie générale, dont furent exceptés les prêtres déportés ou sujets à la déportanitm. Cette loi renouvela le cours des dénonciations et des arrestations, et dans quelques localités Fécbafaud fut encore teint du sang des prêtres. A Toulouse, le 8 décembre, jour de rimmaculée Conception, au moment où, dans les différentes églises, les prêtres se disposaiœt à célébrer les saints mystères, les commissaires de la commune se présentèrenl et leur déclarèrent qu*ils étaient obligés de se rendre devant les officiers municipaux pour y faire leur déclaration de soumission aux lois. La plupart de ces prêtres furent jetés dans les fers. Leur captivité eut bientôt un terme.
Le !•' pluviôse an IV (21 janvier 1796), on célébra â Toulouse l'anniversaire de la mort du roi. Le sieur Veyrieu, procureur général, y prononça un discours brûlant du plus ardent patriotisme : il y fut question de haine à la royauté, d'amour pourjla République, et de dévouement sans bomei pour le bonheur de tous et d'un chacun. A cette cérémonie parut un homme étranger à Toulouse, mais qui s*y était établi depuis quelque temps : c'était le citoyen Destrem, négociant à Fanjeaux. 11 y parut en qualité de commis^r& du Directoire auprès de la municipalité. Destrem avait acheté à vil prix le monastère de Pronille, qu'il fit démolir, et dont il vendit Jes matériaux, à Texception desperres qu'il fit transporter k Toulouse et avec lesquelles il con* struisît une maison assez spacieuse près de la porto Saist-
TEMPS MODBKMBS. 57 f
Elienne. On loi avait donné le nom de Maximum, à cause de son enthousiasme pour celte mesure. Il était naturel que Destrem prononçât aussi un discours à la suite de Veyrieu. Beaucoup plus prudent, il s*en tira en entonnant une chanson, dont il était Fauteur, à la gloire de Varhre de la liberté.
L'Eglise constitutionnelle n*était plus en France qu'ua édifice tombant en ruines de toutes parts. Plusieurs de ses évoques étaient morts, quelques-uns avaient renoncé à leurs fonctions, d'autres avaient abjuré leur état, mettant le comble à leur apostasie par de scandaleux mariages. Gnquante évéques restaient encore à cette Eglise. Quatre d'entre eux avaient formé, dès Tannée précédente, une espèce de comité sous le titre d'^^ties réunis. Le 15 mars, ils écrivirent une lettre encyclique à leurs frères, et recommandaient particulièrement la formation de presbytères, o'est-à-<lire d'un conseil de prêtres destiné à soulager Tévêque dans ses fonctions. Trente*deux prélats joignirent leur adhésion à cette lettre. Quoique nous n'ayons pas de preuve positive de celle du P. Sermet, tout porte à croire qu'il était du ncmibre des trente-deux. Après la révolution du 9 thermidor, il put sortir de prison. La Révolution, en le précipitant dans les fers et le destituant par un acte public de toutes ses fonctions d*évéque, avait jeté sur lui un peu de gloire. Rendu à la liberté, il poursuivit toujours ses idées de schisme. Sa correspondance nous apprend qu'il tînt des synodes à Saint-Etienne, dans lesquels il dressa des canons et fit des règlements, conformément aux délibérations des évéques réunis. Son obstination lui attirait de nouvelles attaques, et, au mois de mars et d avril, paru-^
oli TEMPS MODEBNES.
rent deox écrits dirigés contre lui; le premier ayant pour titre : Lettre à Antoine-PasccU'Hyacinthe Sermet, carme déchaussé, en réponse à son mandement; et le seeond : Sermet ^imposteur condamné par lui-même. l\ trouva encore uu redoutable adversaire dans un journal périodique qui parut à Toulouse, sous le titre de Feuille villageoise. Cette feuille était destiaée à ranimer la piété dans le cceor des peuples et à leur donner, par le moyen de la presse, des instructions dogmatiques et m<Mrales sur les points les plus essentiels de la religion. Dans le numéro de septembre, elle annonçait le retour en France, et en particulier à Touloase^ de beaucoup de prêtres déportés ou émigrés. Quelques-nos d'entre eux arrivèrent, en effet, dans cette ville, et se livrèrent aux fonctions de leur ministère sans qu on parut devoir les troubler de nouveau.
L*EgUse de Toulouse perdit, à celte époque, un des plus illustres confesseurs de la foi, le P. Cassé, religieux cordelier de l'étroite observance. Jeté, pendant les jours de la Terreur, dans les cachots de la Conciergerie, il put offirir tes consolations de la religion à la plus grande partie des vie-* times qui sortaient de cette prison pour monter à l'ëchafaud. Ses funérailles furent un véritable triompbe: plus de six mille catholiques y assistèrent.
Le gouvernement du Directoire commença ses travaux à la même époque. La Convention, en abandonnant le pouvoir, avait pris ses mesures afin d'entrer, au moins pour les deux tiers, dans la composition des conseils. Les cinq preniiers directeurs furent Lareveillère-Lepeaux, Rewbell, Letourneur, Barras et Carnet , tous ayant voté la mort du roi, a Vexception de Rewbell, et tous ennemis des prêtres coUio-
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liques. Pendant le mois de janvier, le Directoire s'appliqua à faire exécuter les lois les plus tyranniques contre les préires réfractaires ; il avait pris pour programme <^ mots adressés à tous les commissaires : Désole leur patience. Par suite de ses ordres affreux, dix-huit prêtres furent encore mis à mort sur le territoire de la république, dans les cinq premiers mois de cette année. On sait que, dans cette période, Druilhe, Tex-doctrinaire, Tex-curé constitutionnel du Taur à Toulouse, lex-convenlionnel, se mpntra le plus ardent au conseil des Cinq-Cents contre les prêtres insermentés, et poussa à toutes les mesures de rigueur contre eux* Un auteur anonyme opposa à la conduite de ce misérable un écrit qui a pour titre : Le cri de la justice.
Malgré quelques mesures transitoires qui tendaient a favoriser les prêtres et les nobles, le Directoire ne se montrait pas animé à leur égard d'intentions très bienveillantes. En juillet 1796, les visites domiciliaires recommencèrent à Toulouse, et Ton y célébrait toutes les fêtes bizarres de la Révolution devant Tautel de la patrie. La théophilanthropie eut aussi (|tielques adeptes en cette ville. Le 17 février 1797, le Directoire avait renvoyé au corps législatif un grand nombre de décisions contre les prêtres : celui-ci refusa de seconder cette nouvelle manifestation de haine contre la religion. Nous le verrons bientôt faire encore quelque chose de plus pour elle. Il avait cependant soumis à la discussion un nouveau serment de soumission aux lois de la république, dont Feffet devait être purement civile Ce serment allait être déféré aux prêtres catholiques. Dans une circonstance aussi délicate, les vicaires généraux de l'archevêque de Toulouse prirent conseil du prélat, qui
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leur adressa a ce sujet une instruction très détaillée, en date du 20 avril 1797. Je ne rapporte point ici cette mtructio]| : après Favoir lue attentivement, je crois que œrtains esprits faux ou ambitieux, ne saisissant pas le véritable sens des principes qui y sont établis par le prélat, pourraient en tirer des conséquences qui étaient bien loin de sa pensée.
Les vicaires généraux de M^^ de Fontanges adressèrent alors plusieurs instructions aux fidèles; Tune était adressée aux anciennes religieuses du diocèse , Tautre prescrivait des prières publiques, une troisième exposait certains points de discipline.
Le 24 août, le corps législatif rendit un décret pour le rappel des prêtres bannis de France. Ce décret irrita 1^ ennemis de la religion, et le 4 septembre (18 fructidor), quelques directeurs s'emparèrent du pouvoir. Le corj» législatif fut décimé; les persécutions contre le clergé recommencèrent avec plus de violence que jamais ; les visites domiciliaires et nocturnes, les déportations à Cayenne et à File de Ré reprirent leur cours à Toulouse comme dans le reste de la France; il y eut même plusieurs condamnations à mort. Cet état de choses dura jusqu'à la fin de l'année 1799, époque à laquelle le Directoire fut renversé et Bonaparte proclamé premier consul (18 brumaire).
L'histoire civile et politique de Toulouse de cette époque présente quelques faits dignes de remarque. On créa une fonderie pour les canons, sous la direction des sieurs Berthac et Laodeur. Cette fonderie fût établie dans le couvent des urbanités (rue de la Dalbade). Le général Saal, fils du docteur de ce nom, commandait à Toulouse les troa-
pes de la garoison. L^insurrection royaliste, marchant sur les traces de la Vendée, prit alors naissance dans le département. Quelques assassinats dont certains patriotes furent victimes jetèrent Talarme au camp républicain. Les insurgés étaient commandés par de Launay et Rouyer Taméricain, qui avaient sous leurs ordres MM. de Paulo, de Laage, du Faur d'Enquns, Auguste d'Âguin. Cette insurrection ne fut pas assez habilement conduite, Ténergie manqua à plusieurs de ses membres : c'est ce qui précipita sa ruine.
Nous terminons notre histoire par la revue rétrospective des établissements religieux du diocèse de Toulouse pendant le dix-huitième siècle.
Au commencement de ce siècle, la prévôté de St-Etienne était occupée par François- de Bertier, qui mourut en 1705. François de Madron, fils d'un conseiller au parlement de Toulouse, lui succéda. Il eut un procès avec l'archevêque au sujet de la stalle destinée au prévôt, procès qui fut porté au parlement de Paris et fut gagné par le prévôt. Après loi, Jean de Cabrerolles de Villespassens occupa la pré* Tôté. 11 fit un testament très détaillé, instituant les pauvres de la ville ses héritiers. Son corps repose dans Tancienne chapelle de Saint-Etienne (Saint-Roch). Il eut pour successeur Guillaume de Juliard; celui-ci, Guillaume de Betou, auquel succéda François de Cassan, qui mourut en 1759 et fut remplacé par l'abbé de Malaret.
L'abbaye de Saint-Saturnin fut successivement occupée par François Sanguin de Livry, Henri de Rosset de Ceilhes de Roscoël, de Fleurigny, et de Narbonne-Lara. Cette abbaye
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est aujourd'hui complètement détruite. Elle était située snr la grande place de Saint-Sernin et occupait la partie occidentale de la basilique. Aux bâtiments de Tabbaye était attaché un cloître à arcades romanes; dans ce cloître $e trouvaient deux chapelles assez vastes, Tune dédiée à Notre- Dame de Bonne-Nouvelle, et Tautre a Notre-Dame du Salut, destinée à la sépulture des abbés.
Le prieuré de la Daurade fut gouverné dans cette période par Jean-Baptiste Lourdet, qui mourut à Paris, Guillanine de la Borde et dom Maury. Le monastère de la Daunde existe encore et sert à la manufacture des tabacs.
Le Mas-Garnier eut pour abbés Henri de Nesmond, a^cb^ véque de Toulouse; de Sorbs; de Castellane-Majastre, chanoine de Riez ; de Belzunce, vicaire général de Marseille; Charles-Auguste de Quien de la Neuville , évêque d\U. L*église de cette abbaye est complètement détruite; il reste encore une portion des bâtiments claustraux.
Françoise de Richart, Marie de Tiflaut gouvernèrent te chanoinesses de Saint-Saturnin, dont la dernière abbesse fut M"^ de Riquet de Bonrepos. L'église et les bâtimeots sont consacrés aujourd'hui à Tune des prisons départemeQ* taies. Nous ne connaissons des abbesses de Saînt-PantaléoB que la dernière, M™' Baron de Montbel. Le monastère aélè complètement détruit; Féglise était située sur le sol occupé dans la rue de la Pomme par les maisons portant les m méros 59 et 61. L'abbaye d'Eaunes ne nous offre qa'oi seul abbé dans le cours du dix-huitième siècle, de Foucaod. M. de Cambon, neveu de Févèque de Mirepoix, en aéii le dernier abbé. Une partie de l'église existe encore, aii qu'une portion de l'abbaye occupée par des particuliers.
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Grançl-Selve eut pour abbés Joseph de la Trémouille cardinal-archevêque de Cambrai , Frédéric Lanti de la Roëre, Louis de Veri, et le duc de Crillon. Ce monastère a été détruit dé fond en comble ; il ne reste plus qu*un pan de muraille de l'entrée principale. Les splendides reliquaires de Grand-Selve ont été déposés dans Féglise paroissiale de Bouillac.
L'abbaye des Salenques compta pour abbesses Gabrielle de Sirgan d'Erce, Jeanne de Montillet, de Villautreix, et de Faye. Ce monastère est aujourd'hui presque entièrement détruit. Il était situé dans la rue qui porte son nom.
La Capelette fut gouvernée par François de Bertier, Montezun de Saint-Lary, de Sainte-Hermine, de Latour vicaire général d'Alais, et François Tristan de Cambon, évêque de Mirepoix. Il ne reste plus rien de cette abbaye située près de Merville.
Le siège épiscopal de Rieux fut successivement occupé par Antoine-François de Bertier, qui mourut le 29 octobre 1705; Pierre de Charyte, de Jouan de Sommery, Jean de Catelan, et Joseph de Lastic, dernier évêque. L'abbaye des Feuillants eut pour abbés Jean-Baptiste de Pradillon de Sainte-Anne, Nicolas de Sainte-Scholastique, Jean Granier de Saint-Ignace, Louis Palarin de Saint-Côme, dom Dorât et dom Papillon. Il n'existe plus de cette abbaye que la cour d'entrée et quelques ruines de l'église. Calers fut gouverné par Barthélémy de Grammont-Lanta, François de Verdier, de Berthou, et Guyonnet de Monbalen. Ce monastère est presque entièrement détruit. Bolbonne eut pour abbés Charles Andrault de Langeron, Barthélémy de Salignac- Fénelon, de Choiseul-Beaupré, Georges-Lazare Berger de
Charency, d*Ormesson, et dé Montesqaiou. Cette -magûifique abbaye existait naguère; Véglise a été détraite ; il oen reste aujourd'hui que de belles ruines.
Le siège de Comminges fut occupé dans cette période par Jean-François de Bresay de Denonville, Olivier-Gabriel de Nubières du Bouchet , Antoine de Lastic, Charles-Antoine d*Osmond, et Eustache d*Osmond, dernier évéque, lequel se démit de. son siège et mourut en 1824 évéque de Nancy. Nous ne connaissons que deux abbés de Nisors : Alexis Prati de Fontaine et Jean Dehosse. Ce monastère, situé près de Boulogne, est entièrement détruit. Quant à Bonnefont, il fut gouverné par Bernard de Podeux et Alphonse de Lansac. Il ne reste que quelques ruines de cette belle abbaye.