LIVRE XL
DEPUIS LEPISCOPAT DE RAYMOND Ier EN 1001 JUSQU A LA CONCLU- SION DU TROISIÈME CONCILE DE TOULOUSE EN 1056.
Un mouvement religieux qui, après avoir été l'effet de la crainte, devint celui de la reconnaissance, marqua le commencement du xie siècle : de toute part on fonda des monastères, on bâtit des églises, on consacra des biens immenses a ces pieuses fondations. Le monde n'avait pas cessé d'exister après l'an 1000 ; on attribuait sa durée aux largesses faites à l'Eglise. On continua donc d'en faire et pour reconnaître les bienfaits déjà reçus et pour en obtenir de nouveaux. L'architecture religieuse prit des formes nouvelles : la gracieuse ogive commença à remplacer le plein-cintre roman ou bysantin.
Vers l'an 1002, Roger, comte de Carcassonne, fit son testament par lequel il partagea ses domaines entre ses deux fils Raymond et Bernard. Nous ne mentionnons ici cet acte qu'à cause de certaines terres situées dans le pays toulousain, et qu'il est utile pour l'histoire de connaître. « Il donne à son fils Raymond le château de Sainte-Ga- » velle avec les alleus qui en dépendent, la moitié de Vol- » vestre et le tiers du comté de Comminges. — Il donne, » après la |mort d'Adalaïs, à Bernard son autre fils la vi- » guérie de Savartés, le comté de Couserans et son évôché, • l'autre moitié de Volvestre, le château de Foix et le pays » de ce nom, le Dalmazan, l'Arganargues, le Podagues, la » moitié de la forêt de Bolbonne , située entre l'Ers et » l'Ariége, à l'exception des abbayes et des églises, qu'il » donne à Dieu et à ses saints pour le repos de son âme. » On trouve ici le plus ancien monument historique relatif au comté et à la châtellenie de Foix, dont Bernard, fils puîné de Roger, a toujours été regardé comme le premier comte, quoiqu'en réalité ce titre n'ait été pris que par Rogér, fils de Bernard, qui lui succéda en 1006.
Vivait alors au pays toulousain un riche et puissant seigneur nommé Sulmus; il possédait de très grands domaines au diocèse de Comminges. Sur ces terres existait une église dédiée à saint Béat, bâtie sur les rives de la Garonne et fondée, à ce que Ton croit, vers fan 980. Par un acte qui porte la date de 1005, il donna cette église à l'abbaye de Lézat en ces termes : « Moi Sulmus, reconnaissant en » ma conscience que j'ai grièvement offensé Dieu et violé » ses commandements, j'ai résolu de donner à Dieu et a sa » sainte Eglise quelque chose de ce que je possède : je
» donne et cède l'église de Saint-Béat qui est située sur la » rive de Garonne, avec toutes ses oblations et ses dépen- » dances, au territoire de Savartés dans le comté de Com- » minges, et l'église de Saint-Vincent, située sur la rive » opposée de la Garonne, avec ses oblations et ses dépen- » dances, k Dieu, à Saint-Pierre de Lézat et au saint con- » fesseur du Christ Antoine, et aux autres saints dont les » reliques reposent en ce lieu, à l'abbé Hugues et à toute » la congrégation en ce lieu réunie, afin que les religieux » vivent dans ce monastère selon la règle de saint Benoît. » La charte est signée de Pierre, évèque, et de Raduin, moine. On doit donc regarder Sulmus comme le principal fondateur du monastère de Saint-Béat, de Tordre de saint Benoît, et qui plus tard devint un prieuré.
La donation de Sulmus eut lieu sous l'épiscopat de Pierre Ier, évêque de Comminges. Ce prélat succéda à Involat, dont l'épiscopat fut assez long. Dans quelques catalogues, on marque trois évêques de Comminges', Aton, Ariolus et Bernard, entre Involat et Pierre; mais nous n'avons trouvé aucun monument authentique qui prouvât l'existence de ces pontifes, et nous croyons que c'est à un autre Bernard qui vivait, comme on l'a vu , vers la fin du xe siècle qu'il faut attribuer l'érection de la collégiale de Saint- Gaudens. Nous trouvons le nom de Pierre, évêque de Comminges, dans une charte du monastère de Lézat, à la date de 1003.
Raymond premier du nom succçda k Attus sur le siège - de Toulouse. Sa patrie et sa famille nous sont inconnues. Le premier monument historique qui nous révèle son épiscopat, estïassemblée tenue au Puy par Gui III qui en était
évèque. Ce prélat, frappé de la licence des mœurs et de la tyrannie des seigneurs séculiers, résolut d'apporter quelque remède à ces maux. H engagea plusieurs évêques de France à se réunir dans sa ville épiscopale avec quelques seigneurs pour chercher les moyens de rétablir la paix publique; on dressa dans cette assemblée divers règlements par lesquels on défendit aux clercs de porter les armes, et aux laïques d'usurper les droits et les biens ecclésiastiques, de troubler les gens de la campagne dans la culture des terres; on défendit aux prêtres de rien exiger pour le baptême, et on déclara excommuniés tous ceux qui n'observeraient pas ces décrets. Raymond, évèque de Toulouse, fut un des évêques souscripteurs, et il dût sans doute tenir la main à l'exécution de ces règlements dans son diocèse (1004).
Pendant que l'évêque Raymond s'était rendu au Puy, Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, assistait à une autre assemblée tenue à Psalmodi, au diocèse de Nîmes, au sujet du rétablissement de cette abbaye. Il signa l'acte dressé dans cette assemblée avec le comte Pons, son fils. Il s'était déjà montré bienveillant à l'égard de cette abbaye, puisque, quelques années auparavant, de concert avec Emma, sa femme, il lui avait restitué le prieuré de Saint-Julien de Corneillan. Depuis son mariage avec Emma, le comte faisait son séjour ordinaire en Provence. Il souscrivit en effet à une charte de Pons, évèque de Marseille, dans laquelle, en 1005, le prélat confirmait toutes les donations que ses parents et lui avaient faites à l'abbaye de Saint- Victor. Guillaume eut part aussi à cette époque aux libéralités d'Ermengaud, archevêque de Narbonne; dans son testament, ce prélat laissa tous ses faucons au comte de Toulouse.
TEMPS INTERMÉDIAÎllES. »
Vers Tan 1005, ou peut-être Tannée suivante, Raymond, évèque de Toulouse, assembla un concile en cette ville (1). Les actes de ce concile, conservés dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Sernin, nous apprennent quel fut le motif de cette convocation.
« Nos pères nous ont appris par un antique usage qu'il » fallait réunir les hommes probes pour détruire le mal et » propager le bien : c'est pourquoi moi, Raymond, évêque » de Toulouse, et Guillaume, comte des Albigeois, des Ca- » durciens et des Toulousains, nous nous sommes réunis à » Toulouse où nous avons appelé l'archevêque de Narbonne » et quelques-uns de ses suffragants, l'archevêque d'Auch » et quelques-uns de ses suffragants, et plusieurs autres » abbés. Voici le motif de cette convocation. Donat de Ca- » ramaing (ou Caraman) et ses prédécesseurs ont reçu du » roi l'autorisation de tenir marché partout où ils vou- » draient, depuis le lieu de Stap jusqu'aux murs de Tou- » louse , trois jours de la semaine , le jeudi , vendredi et * samedi; ce marché peut être de toutes choses, particu- » lièrement du sel. Les prédécesseurs de Donat ont laissé » introduire dans ces marchés plusieurs abus qui, Dieu » aidant, n'ont point plu k Donat : il a donc renoncé entre » mes mains et celles du comte Guillaume k tous ces abus, » en présence des archevêques, des évêques, des abbés et
(4) Nous regardons le concile de 1005 comme le second de Toulouse, car, d'après les savants auteurs de Y Histoire du Languedoc (tom. 2, p. 46), le concile qui aurait été tenu à Toulouse en 884 et présidé par Sigebode, archevêque de Narbonne, n'est appuyé sur aucun fondement C'est donc à tort qu'on a inséré ce prétendu concile dans le catalogue qui a été dressé de nos jours (4850).
» autres personnes présentes. Dans la crainte que Donat » ou quelqu'autre pût ramener et rétablir ces abus ou en » introduire de nouveaux dans le marché depuis Stap jus- » qu'aux murs de Toulouse, l'archevêque de Narbonne avec » l'évêque de Carcassonne, de Béziers et de Maguelonne » ont lancé l'excommunication suivante : — Nous, par l'au- » torité du Dieu tout-puissant, de l'apôtre saint Pierre et » de tous les saints, interdisons, excommunions hors l'E- » glise et séparons de la société des fidèles, privons du » corps . et du sang du Sauveur et de la sépulture tout » homme ou femme qui établira des abus dans le marché » depuis Stap jusqu'à Toulouse, ou les laissera établir , a » l'exception de ce que Donat a conservé. L'archevêque . d'Auch et ses trois évêques ont lancé la même, excom- » munication. Tous les abbés ont approuvé. »
Neuf prélats assistèrent donc à ce concile. L'archevêque d'Auch était Odon d'Astarac, qui avait succédé à Garsie sur ce siège. Les évêchés de ses trois suflragants ne sont point indiqués. Cest par erreur que l'estimable auteur de la nouvelle Histoire de la Gascogne (tom. 2, p. 6) place le concile de Toulouse à l'an 1020. Nous croyons aussi qu'il se trompe quand il traduit malos tisaticos par substances détériorées ; ces expressions signifient abus introduits. Par ces abus, on entend l'établissement de certains péages qui gênaient la liberté des transactions. Il suffit de lire le texte des actes de ce concile pour se convaincre de la vérité de cette interprétation. Les seigneurs de Caraman (de Carmanio), bourg situé au sud-est de Toulouse, étaient donc puissants à cette époque. Donat, qui occupait alors la seigneurie de ce lieu, était un homme religieux et ami de la
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justice; sa femme. s'appelait Rixende. Peu après la tenue du concile, les (Jeux époux cédèrent à l'église de Saint- Sernin le marché de Baziége.
En 1007, Raymond, évêque de Toulouse, se plaignit au pape Jean XVIÏI de ce que quelques évêques faisaient des ordinations dans son diocèse sans son autorisation ; il demanda en même temps au pape la confirmation des privilèges des principales églises} de sa ville épiscopale. Jean lui répondit çn ces termes :
* A notre très cher fils en Jésus-Christ le vénérable » Raymond, évêque de Toulouse, et a ses successeurs à » perpétuité. — Votre charité nous a prié de vous conjir- » mer dans la possession des églises du premier mar- » tyr Etienne, de Saint- Saturnin et de Sainte-Marie, ainsi que de* tous les biens qui en dépendent.... » Le pape énumère ici les vastes domaines de ces églises, et il ajoute : « Nous vous confirmons la possession de ces biens a vous » et à vos successeurs. Qu'il ne soit, de plus, permis à » aucun évêque de faire une ordination dans votre diocèse » sans votre autorisation. » Le pape termine sa bulle par les anathèmes ordinaires (1).
, (4) Çatel, dans ses Mémoires (p. 853), fait adresser cette bulle par le pape Jean VIII à un Raymond qu'il dit avoir été évêque de Toulouse au ixe siècle (887) ; mais il est impossible d'admettre cette date, puisque Jean YII1 mourut en 882. fl est certain , d'un autre cdté, 4° qu'il existait en 1010 un évêque de Toulouse du nom de Raymond; 2° que Jean XVIII fut élu en 4003 et mourut en 1009. Nous croyons d'après cela que la bulle que nous venons de rapporter appartient à Jean XVIII, et a été adressée à Raymond premier du nom , qui n'a occupé le siège de Toulouse qu'au commencement du onzième siècle.
Peu d'années après avoir reçu cette bulle, Raymond quitta Toulouse pour se rendre à Urgel, où il arriva vers la minovembre (1010). Le 18 de ce mois, il assista à une assemblée tenue dans cette ville pour l'établissement de la vie canoniale parmi les chanoines delà cathédrale. On sait que Louis-le-Débonnaire avait institué ce genre de vie pour les chanoines à Aix-la-Chapelle. L'assemblée d'Urgel fut très nombreuse ; on y distinguait Ermengaud, archevêque de Narbonne, Adalbert de Carcassonne, Marfred de Beziers, Pierre de Maguelonne, Frotaire de Nîmes, Etienne d'Agde, Eriballus d'Uzès, Ermengaud d'Urgel, Pierre de Gironne, Borrel d'Ausonne, Oliba d'Elne, Deusdet de Barcelonne, et Aymeric de Ribagorce. Plusieurs seigneurs et princesses assistèrent aussi à cette assemblée.
Lorsque l'évêque de Toulouse rentra dans son diocèse, il n'était question dans le pays toulousain que des singulières aventures de Raymond, seigneur du Bousquet, château situé près du bourg de Lanta. Bernard le Scolastique, auteur contemporain , rapporte ainsi cette histoire : « Ce seigneur, riche et puissant, résolut d'aller visiter les saintslieux. Arrivé à Lunes sur la côte de Toscane, il s'embarqua. Assailli par une furieuse tempête, le vaisseau se brisa contre les écueils ; Raymond et l'un de ses valets échappèrent seuls au naufrage. Le domestique ayant abordé sur une côte voisine, et ne retrouvant plus son maître, crut qu'il avait péri ; il revint au Bousquet et raconta la mort de Raymond à sa femme. Celle-ci se remaria, s'empara de tous les biens, et voulut déshériter ses filles. Un seigneur voisin nommé Hugues Escafred les donna en mariage à ses fils.
Cependant Raymond , après avoir imploré le secours de
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sainte Foi , put aborder sur les côtes d'Afrique. Après avoir erré pendant trois jours sur cette plage déserte, il fut pris par des pirates qui venaient du pays de Turlande. Ceuxci remmenèrent en esclavage et lui firent travailler la terre. Ayant déclaré qu'il était homme de guerre, les pirates l'employèrent dans leurs expéditions. Il y fit des prodiges de valeur ; ce qui ne l'empêcha pas d'être fait prisonnier par les Barbarins , qui , étant instruits à leur tour de sa valeur, se servirent de lui dans la guerre qu'ils faisaient alors aux Sarrasins de Cordoue. Le seigneur du Bousquet fut encore pris par les Sarrasins, et peu de temps après tomba au pouvoir des Alabites, leurs ennemis. Ses nouveaux maîtres lui
firent prendre les armes contre Sanche, comte de Castille, •
qui , les ayant défaits, s'empara de la personne du seigneur français. Sanche, instruit de sa naissance, de sa bravoure et de ses malheurs, lui rendit la liberté. Raymond revint , après trois ans d'absence, à son château du Bousquet et en chassa celui que sa femme avait épousé. Bernard le Scolastique ne dit pas ce que devint la femme du seigneur du Bousquet. — Ce domaine existe encore sur le territoire de la commune de Saint-Pierre de Lage.
L'an 1014, GodefroL comte de Cerdagne, ayant bâti un monastère sur le mont Canigou, envoya deux religieux à Toulouse pour y chercher quelques reliques. Les anciennes légendes avancent qu'ils en rapportèrent le corps de saint Gaudéric, que le comte plaça dans la nouvelle église. Saint Gaudéric était né à Villevieille, lieu situé entre Mirepoix et Fanjaux ; il était laboureur. On raconte qu'il était plein de dévotion à la Sainte-Vierge, et qu'un jour traversant un ruisseau sur un char chargé de blé et enten-
dant sonner Y Angélus, il se précipita à genoux au milieu des flots pour réciter cette prière; que les eaux se divisèrent sous ses pas. Dans une autre circonstance, il apaisa instantanément une affreuse tempête qui menaçait de détruire toutes les moissons.
Gaudéric mourut à Villevieille , et fut inhumé dans le cimetière de la paroisse. D'éclatants miracles s'étant opérés sur sa tombe, son corps fut transporté dans l'église de Saint- Maurice, à Mirepoix, et déposé dans un sépulcre de pierre, dans une chapelle à laquelle on donna son nom. Ses reliques furent ensuite portées à Toulouse, où elles furent reçues avec une grande pompe. On dit que l'évêque de cette ville les fit porter avec lui dans un concile, et que dans une procession qui fut faite pour obtenir la cessation de la sécheresse, une source merveilleuse sortit de terre à l'endroit où la châsse du saint s'était un instant arrêtée.
Voici à quelle occasion Godefroi reçut les reliques de saint Gaudéric. Ce seigneur, ayant entrepris la guerre contre les Maures, fut trahi par un de ses cousins. Il résolut alors de se venger. Celui-ci, pour éviter sa colère, se jeta dans l'église de Saint-Martin des Vais, couvent de bénédictins situé près de Puycerda, au pied de la montagne de la Calme. Godefroi entra à cheval dans l'église et y tua son cousin. Agité par les remords, il se rendit à Rome. Le pape Symmaque lui ordonna de bâtir un autre couvent en l'bon-
neur de saiat Martin. Godefroi le construisit sur le mont Canigou et y plaça des religieux ; il y éleva deux églises, l'une au-dessus de l'autre : la première dédiée à saint Martin, la seconde à la Sainte- Vierge. Le comte se retira au Canigou avec la comtesse sa femme; ils y menèrent une sainte vie.
Nous ignorons en quel temps vivait saint Gaudéric, particulièrement invoqué dans le lieu de sa naissance, qui a pris son nom. On croit qu'il mourut vers l'an 900.
Les princes de la maison de Toulouse se montraient toujours généreux envers l'Eglise. Nous trouvons en l'année 1015 un acte de donation faite au prieuré de Correnz en Provence par Emma, comtesse de cette maison : « Moi » Emma, comtesse, lille du comte Rothbold et d'Hermen- » garde son épouse, ma mère, de l'héritage qui me revient » je donne à Dieu et a Sainte-Marie de Correnz l'église de » saint Pons, martyr, avec toutes ses dépendances, située » dans le comté de Fréjus, au lieu de Favart. » Le prieur de Correnz se nommait Ymbert.
L'abbaye du Mas-Garnier dans le Toulousain recevait aussi un éclatant témoignage de la libéralité d'un autre seigneur nommé Guillaume Farto ou du Fort. Ce vicomte donne à cette abbaye, à Hugues son abbé et aux moines qui y sont réunis, l'alleu iïAmwnas et ses dépendances. Le monastère de Grand-Selve et l'église de Saint-Martin de Dieupentale sont nommés dans l'acte. La donation est laite en l'honneur de Dieu et de saint Géronce ou Girons.
L'an 1017, Pierre, évèque de Comminges, assista à l'ordination de Borel, évèque de Rosa en Espagne. Sous son épiscopat, Sanche Atton et Bleckerte sa femme construisirent l'église de Saint-Martin de Cazeneuve, entre Saint- Gaudens et Aurignac, et y fondèrent un chapitre qui fut richement doté. Ils donnèrent, à cet effet, un alleu nommé Herme, situé dans la terre de Bugiac ; l'église fut dédiée à la Sainte- Vierge et à saint Michel. Il trace dans sa charte de donation les limites du prieuré, et désigne son frère Guil-
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laume et ses fils Odon et Raymond pour établir la paix, entre les chanoines, s'ils venaient à ne pas vivre d'accord entr'eux; il veut qu'on les réduise en les privant du pain et du vin.
Toulouse fut alors témoin d'un événement assez singulier. Il existait un grand nombre de juifs dans cette ville. L'auteur de la vie de saint Théodard, archevêque de Narbonne, avance que Charlcmagne, pour punir les juifs de Toulouse d'avoir livré cette ville aux Sarrasins, avait condamné ces religionnaires à être souffletés devant la porte de la cathédrale , aux trois principales fêtes de l'année. Les assertions de cet auteur sont dénuées de fondement, car Toulouse ne fut jamais livrée aux Sarrasins. 11 est cependant certain qu'au commencement du xie siècle, il existait une coutume de souffleter un juif le jour de Pâques. On ignore l'origine de cet usage. Nous pensons que c'était une espèce de vengeance exercée contre les juifs à cause du soufflet reçu par le Sauveur dans le palais du grand-prêtre : réparation qui avait pu être exigée comme condition de leur séjour en cette ville et de la tolérance qu'on avait pour eux. Cette bizarre cérémonie pouvait avoir sans doute quelque chose d'humiliant; mais nous pensons que le châtiment s'exerçait avec une certaine modération.
11 n'en fut pas ainsi en 1018. Aymeric, vicomte de Rochechouart, vint à Toulouse accompagné de Hugues son chapelain. On chargea celui-ci d'accomplir la cérémonie du soufflet ; le coup fut si violent, que le juif tomba à la renverse et eut sa tête brisée contre la pierre; il expira. Ses coreligionnaires enlevèrent le corps de la cathédrale et l'inhumèrent dans leur cimetière. Au commencement du
siècle suivant, cette peine fut changée en une leude ou péage que les juifs étaient obligés de payer aux chanoines de Saint-Sernin. Plus tard, ils furent condamnés à payer à la cathédrale de Saint-Etienne quarante-quatre livres de cire qu'on employait au cierge pascal.
Depuis l'assemblée dTYgel à laquelle assista Raymond , évêque de Toulouse, il n'est plus parlé de ce pontife dans nos annales. 11 mourut peu de temps après et eut pour successeur Pierre, premier du nom. Ce prélat, dont la patrie nous est inconnue, avait l'humeur guerrière, car il se trouve mêlé k une expédition qui fut dirigée, vers l'an 1018, contre les Sarrasins, La comtesse de Barcelonne avait appelé à son secours contre ces peuples un prince normand nommé Roger. Ce seigneur équipa une flotte et descendit sur les côtes de la Marche d'Espagne. Ayant livré combat aux Sarrasins, il les mit en déroute et leur -enleva plusieurs châteaux. L'évèque de Toulouse se joignit au prince normand et eut part k la victoire. Après l'avoir accompagné jusqu'à l'extrémité de l'Espagne, le prélat se mit k la tête de quarante hommes déterminés et vint attaquer cinq cents Maures, dont cent restèrent sur le champ de bataille. Après tous ces hauts faits, Pierre rentra dans sa ville épiscopale.
Ce fut k cette époque que l'ancien monastère de Saint- Béat, dont nous avons déjà parlé, fut détruit, peut-être dans la guerre qui eut lieu contre les Sarrasins. Le seigneur du lieu donna alors une terre h Raymond Ier, abbé de Pessan, pour bâtir un nouveau monastère. Cette dernière abbaye était située au diocèse d'Auch. Dans les siècles postérieurs, Saint-Béat passa sous le gouvernement de l'abbé de Lézat, et devint enfin un prieuré simple.
Nous ne voyons pas que Pierre, évêque de Toulouse, ait assisté à l'assemblée que l'évêque de Gironne convoqua en cette ville, le 2 novembre 1019, pour établir la vie commune parmi les chanoines de sa cathédrale. Ermessinde, comtesse de Barcelonne, et Bérenger son fils, assistèrent à cette assemblée ; et comme l'évêque de Gironne portait le môme nom que celui de Toulouse, certains auteurs ont cru, sans fondement, que ce dernier avait été choisi pour arbitre dans un différend qui existait entre le fils et la mère au sujet de l'hérédité paternelle.
Aton , qui avait été prévôt de Saint-Etienne de Toulouse, et qui était alors évêque de Couserans, assista à cette assemblée.
Un grand nombre d'hérétiques infestaient en ces temps l'Aquitaine et le Toulousain. Ces hommes impies alliaient les anciennes erreurs de Manès aux abominations des gnostiques ; ils firent dans le pays un grand nombre de prosélytes. On affirme qu'ils renouvelaient les horreurs des sacrifices humains en immolant de petits enfants au prince des ténèbres, et que, formant une espèce de poudre avec les ossements calcinés et broyés de ces innocentes victimes, ils la faisaient avaler à leurs initiés. La puissance séculière, après les avoir convaincus de plusieurs crimes, en condamna quelques-uns à la peine du feu : sentence qui fut exécutée a Toulouse en 1021. Le clergé demeura étranger à cette exécution. Il est vrai que quelques conciles condamnèrent ces hérétiques; mais cette condamnation portait seulement sur le crime d'hérésie ou de révolte contre la foi. Si les modernes manichéens, précurseurs des albigeois, furent brûlés vifs en quelques lieux, ce terrible supplice leur fut infligé
par les ministres de la justice humaine, et pour d'autres crimes que celui d'hérésie.
Au milieu de ces exécutions, Guillaume Taillefer et Emma sa femme faisaient des libéralités aux églises ; ainsi , en 1024, ils donnèrent à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille une terre qu'ils avaient k Manosque, et dans la même année la comtesse et Pons son fils cédèrent k l'église de Saint- André de Mont-Adêon une maison qu'ils possédaient dans la cité d'Avignon, k l'occasion de la dédicace d'une église de Saint-Martin dans cette abbaye. Bertrand, second fils de la comtesse de Toulouse, était présent k cet acte. Ysarn était abbé de Saint-Victor lorsque Guillaume fit k ce monastère la donation dont nous venons de parler. Ce pieux cénobite était né dans le Toulousain, k Frédelas (Pamiers). 11 fut élevé par les chanoines réguliers de ce lieu. Un saint abbé nommé Gaucelin exhorta Ysarn k le suivre, et le conduisit k Agde, où Etienne, évêque de cette ville, lui donna l'habit monastique. Gaucelin le fit ensuite aller k Marseille, ou Ysarn visita souvent Guifred, qui venait de rétablir l'abbaye de Saint- Victor. Il lui demanda la faveur d'être admis dans celte maison : ce qui lui fut accordé. Après avoir été prieur du monastère, il en fut fait abbé en 1025, après la mort de Guifred. Il fit briller une si grande sainteté dans cet emploi que les seigneurs de Provence comblèrent de biens son monastère, et c'est ce qui nous explique la générosité du comte de Toulouse k l'égard de cette maison. Le reste de la vie d'Ysarn n'appartient pas k cette histoire.
Quelques faits importants se rattachent k l'épiscopat de Pierre Roger k Toulouse. Le monastère de Peyrissas, situé dans le Comminges, devint un sujet de discussion entre
Ayraeric, abbé de Lézat, et Eudes, abbé de Simorre au diocèse d'Auch. Chacun de ces abbés prétendait que Peyrissas lui appartenait. Ils arrivèrent à Toulouse, et convinrent de s'en rapporter au jugement de plusieurs religieux. L'assemblée ne se tint pas cependant en cette dernière ville ; on choisit le lieu de Fustignac dans le Toulousain ; là se trouvèrent réunis, au mois de mars 1026, les abbés Etienne de Lagrasse, Oliba de Saint-Hilaire, Seniorellus de Sorèze, et Richard de Saint-Lizier en Bigorre. Le comte Roger II, de la race d'Arnaud, premier comte de Carcassonne et de Comminges, présida l'assemblée, où se trouvaient aussi un grand nombre de seigneurs. L'abbé de Lézat plaida sa cause et prouva qu'un seigneur nommé Asnarius avait donné Peyrissas à son abbaye. L'assemblée le maintint dans sa possession. Cet abbé reçut aussi vers la même époque l'église de Saint-Michel de Sausan, située dans le territoire de Toulouse et le ministériat de Saves. L'existence de l'abbaye de Sainte-Marie de Lombez nous est révélée dans l'acte de donation, puisqu'on y trouve la souscription d'Aton, son abbé.
L'abbaye de Lézat rentra encore dans la possession de quelques biens : c'est ce qui nous est indiqué par un acte signé du marquis Guillaume, que Ton croit descendre aussi de la race d'Arnaud, premier comte de Carcassonne et de Comminges. Ce seigneur était malade au château de Mirabel , dans le Toulousain , quand il lit acte de déguerpissèment en faveur de cette abbaye de plusieurs églises et alleus, parmi lesquels nous distinguons celui de Saint-Martin de Magrens. Ce seigneur avait deux fils, Bernard et Raymond. Ce dernier se qualifia , comme son père, du titre de « marquis très puissant. »
Pierre était encore évêque de Toulouse lorsque, en 1029, le roi Robert arriva en cette ville. Ce prince avait entre- . pris la visite des lieux célèbres de dévotion de son royaume. Au commencement du carême, il se rendit k Bourges, à Savigny, k Saint-Julien de Brioude, au Puy, à Saint-Gilles, et enfin k Saint-Saturnin de Toulouse. C'est k la visite que ce bon roi fit k cette dernière basilique que nous croyons, après un examen plus approfondi des faits, devoir rattacher la restauration de cette église. L'évêque voulut prélever un impôt sur la mense capitulaire, afin de couvrir les frais de cette restauration. Le chapitre fit opposition k l'évêque ; mais celui-ci parvint k réaliser ses projets. Ainsi la basilique carlovingienne fut relevée de ses ruines par les soins de Pierre Roger. Il est k croire qu'elle n'était pas entièrement détruite, mais que, bâtie déjà depuis quelques siècles, elle avait éprouvé les injures du temps ; et l'on conçoit que le voyage du roi Robert, qui devait la visiter avec toute sa cour, ait été l'occasion naturelle des travaux qui furent alors exécutés.
Pendant que le roi Robert visitait Toulouse, le comte Guillaume se trouvait en Provence, puisqu'il signa l'acte de fondation du monastère de Sauve, au diocèse de Nîmes, faite par Garsinde, veuve de Bernard seigneur d'Anduzc. Il était également présent k l'acte par lequel cette princesse ainsi que Bernard et Abonérade, ses enfants, mirent le monastère de Saint-Pierre de Sauve, qu'ils venaient de fonder, sous la dépendance de l'abbaye de Gellone ou de Saint- Guilhem du Désert. Ces divers actes, qui portent la date de 1029, nous révèlent l'origine de quelques grandes maisons de la province, telles que celles de Sauve, de Som-
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mîères, de Sabran, de Gaïan. de Claret, d'Anduze et de Lèques. Il importe d'observer que dans ce siècle et les suivants plusieurs familles prirent le nom des villes principales où elles possédaient quelques fiefs; c'est ainsi que l'on trouve les familles de Toulouse , de Narbonne , de Béziers et de Carcassonne, familles qu'il ne faut pas confondre avec celles des comtes ou vicomtes leurs suzerains.
Aton H, abbé de Lézat, dans la désolation où se trouvait encore son abbaye par suite des spoliations sacrilèges dont elle fut l'objet, de concert avec ses religieux et le doyen Aymeric, implora le secours de Raymond Guillaume, « marquis très puissant » et dont il avait éprouvé déjà le dévouement. Ce seigneur usa de la grande autorité dont il jouissait dans le pays et par son grand âge et par sa vertu, pour faire rentrer l'abbaye dans la possession des biens usurpés, à cette condition qu'on lui céderait pendant sa vie la moitié des biens qu'il fairait rentrer au pouvoir du monastère. Aton II était aussi à cette époque abbé de Saint-Etienne du Mas-d'Azil.
On ne saurait douter que pendant son séjour à Toulouse le roi Robert, en qualité de souverain, n'ait désigné des commissaires pour y tenir, en son nom, des assises et y rendre la justice. Des documents dont il est difficile de ne pas reconnaître l'authenticité nous apprennent qu'Aymon, archevêque de Bourges, le comte Eudes, l'évêque d'Albi Amélius, Guifred évêque de Carcassonne, l'abbé Asnarius, l'abbé Hubert, Roger écuyer, Gassiot écuyer, Montelan jurisconsulte, Pistan jurisconsulte, Attard secrétaire, prêtèrent serment entre les mains du roi. En Fan 1031, ces grandes sises royales furent assemblées à Toulouse. Le pro-
cureur de Pierre Roger, évêque de Toulouse, se plaignit de ce que le comte de cette ville avait enlevé de vive force certaines dîmes qui appartenaient au prélat. II. fut répondu qu'aux prochaines assises le comte établirait les droits qu'il avait à percevoir ces dîmes. Cette plainte portée par l'évêque explique pourquoi ce prélat ne voulut point être compris au nombre des juges. Il fut ordonné à tous les officiaux ecclésiastiques d'obéir sans délai à tous les arrêts et commandements des maîtres, sous peine d'amende. On décida que, lorsque les vicomtes ordonneraient le duel, la partie condamnée en appellerait au comte, et après lui au roi luimême; qu'on payerait les anciens péages, et que les vicomtes supprimeraient les nouveaux. Un seigneur nommé Astolphe de Thil fut cité aux assises ; on examina l'inquisition et le procès qui lui avaient été intentés par le viguier de Toulouse, et il fut condamné à la prison. Le délit d'Astolphe n'est point spécifié.
La plainte portée aux assises de Toulouse contre le comte Guillaume se renouvela cette même année au concile de Limoges. Les religieux de l'abbaye de Beaulieu en Limousin représentèrent par leurs députés que le comte de Toulouse, s'étant emparé de leur monastère, l'avait donné au comte de Périgord, celui-ci au vicomte de Comborn, qui l'avait cédé a son frère Hugues, abbé séculier. Hugues fut cité au concile, y parut à genoux, avoua sa faute, et donna sa démission. Ces faits avérés de spoliation, attribués au comte Guillaume, nous donnent lieu de croire que c'était à ce même seigneur que le pape Jean XIX avait adressé une lettre quelque temps auparavant, dans laquelle il lui ordonnait, sous peine d'excommunication, de restituer à l'ab-
baye de Saint-Pierre de Moissac plusieurs églises, entr autres celles de Saint-Martin de Montoriol et de Saint-Saturnin de Flamalens.
On trouve, vers cette même époque, la souscription de Pierre Roger k un acte par lequel Guillaume comte d'Astarac donna à l'abbaye de Simorre le monastère de Pessan, qui, depuis bien des temps, était passé aux mains des laïques. Ce prélat vécut encore après le roi Robert, qui mourut en 1051, puisque, sous le roi Henri Ier, successeur de ce prince, il se rendit k Cluny; et dans le sentiment d'admiration pour la sainteté des religieux de ce monastère, il leur donna l'église de Sainte -Colombe située dans son diocèse. Ce fut par cet acte de générosité qu'il termina son pontificat (1),
Quel fut le successeur de Pierre Roger sur le siège de Toulouse ? Les auteurs de X Histoire du Languedoc, et après eux les Messieurs de Sainte-Marthe, lui donnent Arnauld Ier, qu'ils aflirment avoir assisté k une assemblée d'évêques convoquée en 1032 au monastère de Riupoll au diocèse d'Ausonne, pour la cérémonie de la dédicace de la nouvelle église. Ces derniers le font assister encore à un concile tenu à Narbonne vers le même temps. Si ces assertions sont exactes, il faut conclure que l'épi scopat d'Arnaud Vr a été de très courte durée, puisqu'on 1034 nous trouvons un
(1) Trop confiant dans des auteurs peu sincères, nous avons placé l'épiscopat de Pierre Roger beaucoup plus loin, dans le xie siècle, lorsque nous composâmes Y Histoire de saint Saturnin. Des recherches plus exactes ont fixé pour nous la date de sa mort vers la première année du règne de Henri, fils du roi Robert.
autre évêque de Toulouse. Les actes de rassemblée de Riupoll, que nous avons sous nos yeux, portent la souscription d'Arnallus, évêque d'une ville appelée Tolosensis, et non Tolosanemis; de plus, il est fort douteux qu'un concile ait été tenu à cette époque : c'est ce qui nous détermine à donner pour successeur immédiat a Pierre Roger, Bernard, deuxième du nom.
Le commencement de son épiscopat coïncide avec la mort du comte Bernard qui avait en partage le comté et l'évêché de Couserans, le pays de Foix, et plusieurs autres domaines dans le Toulousain. Il eut trois enfants de Garsinde, fille des comtes de Bigorre, Bernard, Roger et Pierre. Le second eut en partage les châteaux de Foix, de Castelpendent, de Roquemaure, de Lordat, et plusieurs autres terres situées dans le Toulousain. C'est ce Roger, premier comte de Foix, qui est devenu la tige des illustres seigneurs de cette maison. Par suite d'un accord passé entre Roger et Pierre évêque de Gii'onne, son oncle paternel , ce dernier se réserva l'honneur de l'évêché de Toulouse, c'est-à-dire le droit de suzeraineté sur les terres dont l'Eglise de cette ville jouissait dans le comté de Foix. Il fit aussi ses réserves sur l'abbaye de Saint-Antonin de Frédelas, qui passa ainsi en sa pos- . session.
Nous ne connaissons l'évèque Bernard dans l'histoire que par deux actes auxquels il a pris part : le premier est une charte de Roger comte de Comminges, qui , étant tombé malade au château de Céselas, lit une donation à l'abbaye de Saint-Pierre de Lézat et à l'abbé Guiraud pour son âme et celle d'Eudes son père ; le second , est le concile que Guifred, archevêque de ISarbonne, tint en 1035 dans l'abbaye
de Cuxa en Roussillon. Ce fut dans ce concile que l'on confirma cette abbaye dans la possession de l'église de Notre-Dame de Trémes-Aigues au diocèse de Toulouse, qui lui avait été cédée par Lupon , archidiacre ou prévôt de Saint-Etienne de Toulouse.
Arnaud Ier, évêque de Comminges, assista aussi au concile de Cuxa ; il succédait sur ce siège à Pierre, dont nous avons parlé plus haut. Il ne gouverna cette Eglise que très peu de temps, puisqu'on lui donne Guillaume pour successeur, immédiatement après la tenue du concile. Guillaume fut évêque de Comminges pendant vingt ans ; et quoique cet épiscopat soit d'une assez longue durée, l'histoire ne nous révèle aucun fait qui le concerne.
Au mois d'octobre 1036 , sous le règne d'Henri Ier, un chevalier toulousain nommé Bernard Odalric tint un plaid dans lequel il céda à Etienne, abbé de Montolieu, et à ses religieux, une église dédiée a saint Saturnin. Ce plaid eut lieu a Toulouse, en présence des bons hommes tant nobles que roturiers, sans en excepter les femmes et les enfants des deux sexes.
Guillaume Taillefer touchait au terme de sa longue carrière. Avant sa mort, il fut témoin, selon toutes les apparences, du second mariage de Pons son fils, qui eut heu au mois de septembre 1037, avec Majore, appartenant à la maison de Foix. Il lui assigna pour douaire l'évêché de la ville d'Albi avec la monnaie et le marché, plusieurs églises et châteaux du pays, la moitié de l'évêché de Nîmes et la moitié de l'abbaye de Saint-Gilles. La cession de ces évêchés et de ces abbayes ne consistait , comme on l'a déjà vu, que dans un certain droit de suzeraineté sur les terres appartc-
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nant aux églises. Le comte de Toulouse mourut peu après ce mariage, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et fut inhumé à Saint-Saturnin, où Ton voit encore son tombeau, dont les historiens du Languedoc et les archéologues nous ont donné une ample description. On croit que le surnom de Taillefer lui fut donné à cause de sa valeur et de sa fermeté. Attentif à réprimer les vexations de ses vassaux , il faisait quelques donations aux églises : ce qui ne l'empêchait pas d'usurper les biens ecclésiastiques et de vendre les évêchés. Il trafiquait d'une manière assez honteuse de ses droits de suzerain , puisqu'il vendit trente mille sols son patronat sur l'abbaye de Moissac à un seigneur nommé Gausbert.
Ce comte fut marié deux fois. Àrsinde d'Anjou, sa première femme, lui donna deux fils, Raymond et Henri , qui moururent sans postérité avant leur père ; et deux filles, Constance, que l'on croit avoir été la femme du roi Robert, et Ermengarde, qui épousa Robert, premier comte d'Auvergne. 11 épousa en secondes noces Emma de Provence, dont il eut deux fils, Pons qui lui succéda dans le comté de Toulouse, et Bertrand qui eut en partage une partie de la Provence. On donne encore à Guillaume une autre fille dont le nom est inconnu, qui épousa Aton Raymond , seigneur de l'Ile-Jourdain au diocèse de Toulouse.
Pons III , fils de Guillaume Taillefer. était âgé de quarantecinq ans quand il succéda à son père. Il possédait une partie de la Provence du chef d'Emma, sa mère, et de son oncle Guillaume III, comte de cette province. La moitié de l'abbaye de Saint-Gilles, c'est-à-dire des terres de sa dépendance, lui appartenait aussi , et c'est de cette possession que tira son origine le comté de Saint-Gilles dont Pons et
ses successeurs prirent le titre, et entr'autres Raymond, son fils puiné. Il perdit k cette époque, vers l'an 1040, la princesse Majore, sa première épouse ; d'autres disent qu'il la répudia. Il prit pour seconde épouse Almodis, fille de Bernard comte de la Marche en Limousin. Nous avons vu plus haut que Pons possédait aussi l'évêché d'Albi : ce qui n'empêchait pas les vicomtes de cette ville de partager le droit et les émoluments de l'élection. Ce fut en vertu de ce droit que le comte de Toulouse consentit, en qualité de seigneur dominant dans le pays, à l'achat que firent Frotaire évêque de Nîmes et Bernard vicomte d'Albi , son frère, du château de Montaigut , sur la rive du Tarn. Pons jura au vicomte de l'en laisser paisible possesseur.
Plusieurs seigneurs du pays toulousain , parmi lesquels on distinguait Pons Bernard, Amélius Raynauld, Guillaume Servat, Raymond Arnaud d'Aure, Sanche Elie et ses enfants, donnèrent quelques terres allodiales k Bernard Pelet , évêque de Couserans et abbé de Lézat . pour la reconstruction de cette abbaye et de son église ; il fit lui-même k cette occasion de grandes largesses k ce monastère.
Bernard , évêque de Toulouse, mourut vers l'an 1041 ou 1042, puisque, l'année suivante, nous trouvons le nom de son successeur parmi les prélats qui signèrent les actes du septième concile de Narbonne. Ce concile fut ouvert le 17 mars; Guifred, archevêque de Narbonne, y présida. Sur les plaintes d'Oliba, évêque d'Ausonne, et des religieux de Cuxadont il était abbé, les pères du concile excommunièrent les usurpateurs des biens de cette abbaye. Hugues, deuxième du nom, évêque de Toulouse, n'assista pas k ce concile, mais, quoique absent, il en approuva et signa les
actes. C'est le seul document historique qui nous apprenne l'existence de ce prélat , dont l'épiscopat à Toulouse fut de très courte durée, soit qu'il mourut peu de temps après son élection, soit qu'il ait été élevé à quelqu'autre siège. L'historien a de la peine à saisir au passage tous ces évêqties sur lesquels on ne possède presque aucun document intéressant, et qui , sans la consécration fortuite de quelque église ou une charte de donation , auraient été complètement inconnus.
Arnauld ou Arnoul succéda à Hugues II. Nous trouvons sa souscription à l'acte de consécration de l'église de Saint- Martin fondée au comté de Fenouillèdes , dans un vallon nommé anciennement Valcarne ou Lez, sur la rivière d'Aude. Ce fut Guifred, évêque de Carcassonne, qui consacra cette église, a la prière de l'archevêque de Narbonne, en 1045.
Quelques années après le voyage d'Arnoul au comté de Fenouillèdes , un habitant du pays toulousain nommé Sigfred, se sentant près de sa fin, fit approcher de son lit de mort ses amis Ardman et Gérard et le prêtre Bertrand; en leur présence, il fit donation à Dieu et à Saint-Pierre de Lézat d'une terre allodiale qu'il possédait au lieu de Spanis. Après la mort de Sigfred et de ses témoins, sa femme et ses enfants prétendirent que cette donation n'avait aucune valeur. L'affaire fut portée par Bernard, évêque de Couserans et abbé de Lézat, devant le marquis Guillaume Raymond ; il fut décidé qu'on s'en rapporterait au jugement de Dieu. Mais les deux champions n'en vinrent pas aux mains, parce que les opposants n'osèrent pas accepter cette épreuve. La terre fut donc abandonnée à l'abbaye de Lézat. Cet acte porte la date du mois d'août 1048.
Le comte de Toulouse se trouva mêlé, vers la même époque, à une affaire assez délicate. Il exerçait un droit do suzeraineté sur le Velay. Après la mort d'Etienne, évêque du Puy, le clergé et le peuple élurent le prévôt de la cathédrale, Pierre de Mercœur, son neveu, homme recommandable par sa piété. Pons, à l'instigation d'Almodis sa femme, nomma de son autorité Bertrand archidiacre de Mende, de qui il avait reçu une somme considérable. 11 y eut opposition à cette dernière élection, appel au pape Léon IX, qui l'an- , nula, confirma la première, et sacra lui-même Pierre de Mercœur. Il semble que le comte de Toulouse voulût effacer la honte de sa simonie par sa munificence envers les églises, puisque, vers Tan 1055, il donna à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille le lieu de Vigan, au diocèse de Nîmes, avec toutes ses dépendances, et céda aussi à la même abbaye la puissance, l'élection et la domination dont elle avait joiû jusqu'alors sur le monastère de Saint-Pierre de Psalmodi. Ces actes nous prouvent que le comte de Toulouse dominait en qualité de comte de Saint-Gilles sur uné partie du diocèse de Nîmes.
Non content de donner des biens aux églises, Pons III voulut encore concourir au rétablissement de la discipline régulière dans les monastères. On a vu plus haut que le comte Taillefer avait aliéné Yavouerie de l'abbaye de Moissac en faveur du prince Gausbert qui, après quelques contestations, avait été reconnu par l'abbé et les religieux comme abbé chevalier. Ce seigneur avait cherché à établir la réforme à Moissac et s'était adressé à saint Odilon, abbé de Cluny. Le saint refusa d'abord , mais céda ensuite à la demande de Gausbert, se rendit à Moissac, et y laissa quel-
ques religieux clunistes, entr'autres le célèbre Durand de Dôme, dont il sera bientôt question, en qualité d'abbé, avec l'agrément du comte de Toulouse. Gausbert céda ensuite Yawuerie du monastère à ce dernier, avec promesse de la faire gouverner par un abbé régulier sous la dépendance de Cluny. Fidèle à cette promesse, le comte de Toulouse s'empressa de remplir ses engagements. Nous rapportons ici l'acte d'union comme un monument historique d'un assez grand intérêt :
« Quoique l'Apôtre ait dit que toute puissance vient de » Dieu, moi Pons, comte de Toulouse, afin de ne pas être » mis, au jugement de Dieu, au nombre des mauvais prin- » ces, par le salutaire conseil d'Almodis mon épouse et des » princes d'Aquitaine mes vassaux, j'ai résolu d'établir la » régularité dans l'abbaye de Saint-Pierre de Moissac que » moi et mes prédécesseurs tiennent en fief et hommage des » mains des rois des Français. Cest pourquoi je veux qu'il » soit connu de tous mes successeurs que je cède ladite » abbaye de Moissac à Dieu, aux apôtres saint Pierre et » saint Paul, et au vénérable Hugues abbé de Cluni et à ses » successeurs, pour qu'on y vive selon la règle de saint » Benoît. Si quelqu'un de mes proches, de mes successeurs » ou tout autre, après ma mort et celle de Gausbert, abbé » chevalier, ose enfreindre cette union, ce que nous prions » Dieu d'éloigner, que le pape et le roi des Français en pren- » nent connaissance. » Cet acte fut dressé à Moissac, en présence de Durand de Dôme qui en était abbé, de tous les religieux, de la comtesse Almodis, de Bernard, évôque de Cahors, du prince Gausbert et d'autres seigneurs, au jour de la féte de saint Pierre et saint Paul, en 1053.
28 TEMPS ÎNTBHMÉDUIRES.
D'après cet acte, Almodis était encore avec son époux. La destinée de cette femme fut assez singulière et attacha une certaine honte à son nom. Avant d'épouser Pons III, elle avait été la femme de Hugues, seigneur de Lusignan, qui la répudia, après la naissance d'un fils. Du vivant de Hugues, elle épousa le comte de Toulouse, lui donna plusieurs enfants, et fut cédée par lui à Raymond-Béranger comte de Barcelonne. L'historien Catel prétend que c'était une femme très vertueuse. Cet éloge nous paraît suspect, et il est beaucoup plus probable que la conduite d'Almodis força ses deux premiers époux à la répudier. \
Les maux sans nombre qui désolaient l'Eglise déterminèrent la convocation de plusieurs conciles dans les Gaules. L'un des plus célèbres fut , sans aucun doute, celui qui fut assemblé à Toulouse le 15 septembre de Tan 1056, par ordre du pape Victor II, et que l'on compte pour le troisième de cette ville. Il est le premier des conciles de Toulouse dont les actes soient venus jusqu'à nous. Le but du concile fut d'extirper la simonie, de rendre à la discipline ecclésiastique son ancienne vigueur. On y dressa les canons suivants :
« 1 . Si quelque évoque ordonne à prix d'argent un évèque, abbé, prêtre ou diacre, ou quelque clerc que ce soit, qu'il perde son emploi, et que celui qui a été ainsi ordonné ne puisse retirer aucun fruit du bénéfice ni exercer aucune fonction.
2. On ne pourra ordonner un évêque, un abbé, un prêtre avant trente ans, et un diacre avant vingt-cinq, à moins que la sainteté ou la science de l'élu ne puisse le faire dispenser du consentement de l'évêque et du clergé. L'ordi-
nation ne doit se faire qu'au temps fixé par les canons; dans le cas contraire, l'ordination est déclarée nulle.
5. Le saint concile défend de faire des consécrations d églises à prix d'argent.
4. Qu'aucun clerc ou moine, ou toute autre personne, n'ait jamais la témérité d'acheter un évêché, une abbaye ou une charge presbytérale (presbyteratum); qu'aucun comte ou dépositaire de la puissance temporelle n'accepte point de prix pour ces bénéfices. Si quelqu'un transgresse cette défense, qu'il soit excommunié.
5. Le saint concile déclare que, si quelque clerc se fait moine pour obtenir une abbaye, il soit simple moine dans l'abbaye qu'il aura sollicitée, sans jamais pouvoir obtenir le titre d'abbé. S'il agit contrairement à cette défense, qu'il soit excommunié.
6. Que les abbés prennent soin des monastères et des moines; qu'ils procurent à ceux-ci la nourriture et le vêtement selon la règle de saint Benoît, ne leur permettant pas d'avoir quelque bien en propre. Les moines ne doivent accepter aucun emploi sans la permission de l'abbé. Si les abbés enfreignent ces règles, qu'ils soient corrigés par les évêques.
7. Le concile ordonne aux prêtres, aux diacres et autres clercs de s'éloigner de leurs épouses et des autres femmes; s'ils n'obéissent pas, qu'ils soient privés de leurs dignités ou bénéfices et excommuniés.
8. Il a plu aux pères du concile de punir de diverses peines ceux qui se rendaient coupables de certains crimes ; et comme ils ont appris que par un sacrilège abus les laïques tournaient à leur profit les biens ecclésiastiques et les
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retenaient injustement, conséquemment ils défendent à tout laïque de posséder des abbaïes, archidiacones ou autres bénéfices, et les dignités de sacriste et d'écolâtre. S'ils se révoltent contre cette défense, qu'ils soient excommuniés.
9. Qu'aucun laïque n'ait la témérité de s'emparer des biens des défunts, à moins que ceux-ci, pendant leur vie, n'aient fait devant témoins des dispositions en leur faveur; s'ils sont morts ab intestat, l'hérédité doit être divisée au gré des parents.
10. Les églises qui dépendent des évêchés payeront à l'évêque et aux clercs ce qu'elles ont habitué de payer, ou le tiers, ou la parade, ou le synode ; quant aux églises qui ne sont point sujettes à ces droits, elles solderont à l'évêque et aux clercs le tiers des dixmes, ainsi que les prémices et oblations qui proviennent des cimetières ou des services pour les morts. Les églises dépendantes des monastères seront soumises aux mêmes lois.
1 1 . Pour ce qui regarde les églises situées dans les terres allodiales des laïques, le tiers des dixmes, les prémices et ce qui appartient au bénéfice doivent demeurer sous la dépendance de 1 evêque et des clercs, pour l'entretien de ces églises. Pour ceux qui, contrairement aux décisions de notre sainte mère l'Eglise, enlèvent et retiennent à leurs usages les alleus qui appartiennent aux communautés des chanoines, qu'ils soient anathéraatisés s'ils ne restituent.
12. Nous avertissons, au nom de l'obéissance due au Seigneur, à Pierre prince des apôtres, au pape Victor et a nous, les adultères, les incestueux et les parjures de se corriger de ces vices, et d'offrir selon les canons la satis-
faction convenable. Nous défendons, sous peine d'anathème, qu'on renouvelle à l'avenir de semblables excès.
13. Que celui qui communique avec les hérétiques et les excommuniés soit excommunié à son tour, a moins que ce ne soit pour les exhorter à rentrer dans le sein de la foi catholique. Si quelqu'un veut prendre leur défense, qu'il soit aussi excommunié. »
Ce célèbre concile se tint sous le règne de Henri Ier, le pape Victor II occupant le siège apostolique, et Pons III, qui est qualifié de vénérable, étant comte de Toulouse. Raimbaud, archevêque d'Arles, et Pons, archevêque d'Aix, y présidèrent comme légats du pape. Wifred de Narbonne, Arnauld de Toulouse, Bernard de Béziers, Gonthier d'Agde, Arnaud-Bernard d'Agen, Raymond de Bazas, Arnaud de Maguelone, Elfaud d'Apt, Pierre de Rodez, Frotaire de Nîmes, Rostan de Lodève, Héraclius de Tarbes, Bernard de Comminges, Bernard de Couserans, Arnaud d'Elne y assistèrent. Il fut ordonné que les canons de ce concile seraient observés dans la Gaule et l'Espagne, c'est-k-dire la Catalogne, qui était soumise à nos rois pour le temporel et aux archevêques de Narbonne pour le spirituel.
Ce troisième concile de Toulouse s'occupa encore de quelques autres affaires importantes dont il n'est point parlé dans les actes. Les évêques confirmèrent l'union de l'abbaye de Moissac à celle de Cluny, et firent un décret contre les usurpateurs de ses biens ; ils tinrent la même couduite en faveur des religieux de Riupoll, qui y avaient envoyé leurs députés. On prit aussi connaissance dans ce concile du différend survenu entre Ermessinde, comtesse douairière de Barcelonne , et Raymond Bérenger, son petit-fils.
Raymond Borel, son époux, lui avai-t laissé l'administration de ses domaines. Pendant sa viduité, elle les céda à Bérenger son fils, sous certaines conditions ; mais, après la mort de ce seigneur, elle voulut en reprendre la direction. Raymond Bérenger, son petit-fils, et Almodis, sa femme, virent avec peine que la douairière reprît les rênes du gouvernement ; le ressentiment fut si grand, qu'on se porta même jusqu'à la maltraiter. Indignée de cette conduite, la comtesse porta sa plainte au pape, qui chargea Raimbaud, archevêque, et Guifred de Narbonne de rendre justice à la comtesse, en examinant sa plainte en plein concile, avec l'ordre d'excommunier le comte de Barcelonne et sa femme : ce qui fut exécuté. Cependant Ermessinde se réconcilia plus tard avec son petit-fils.
Quelques auteurs espagnols avancent que ce fut au temps du concile de Toulouse, et même dans ce concile, que les légats du pape Victor II jugèrent le différend qui existait entre Ferdinand, roi de Castille, et l'empereur Henri; que ce dernier prince prétendant avoir des droits sur l'Espagne, Ferdinand aurait levé une armée de dix mille hommes, sous la conduite du fameux Cid (Rodrigue Diaz de Bivar) ; que le Cid s'avança jusqu'à Toulouse, où il fut joint par le roi de Castille ; que le pape, sur la prière de ce prince, envoya de son côté en cette ville Robert, cardinal de Sainte-Sabine; que l'empereur y députa aussi des ambassadeurs, et que le différend fut jugé par le légat. Tous ces faits paraissent dénués de fondement. Le Cid était né vers l'an 1040; lorsque le concile fut assemblé à Toulouse, il n'avait que seize ans, et était par conséquent beaucoup trop jeune pour être placé à la tête d'une semblable expédition.